Batignolles, c’est l’histoire d’un ancien village indépendant, perché un peu à l’écart du tumulte de Paris jusqu’en 1860. Ni guindé, ni trop sage, le quartier a longtemps vécu de ses guinguettes et cabarets, profitant d’une fiscalité plus douce qui attirait les Parisiens amateurs de vin bon marché, paysans et artistes en quête d’air pur. Les rues portent les noms d’investisseurs et de pionniers, témoins de ce temps où Batignolles rimait avec campagne et maisons de villégiature.
Au XIXe, les trains débarquent, une gare sort de terre. Batignolles se scinde : les voies ferrées la traversent et bouleversent l’espace — on parle alors du « village des Batignolles », mais aussi de toute une zone logistique, entre fret et tranchées pour les wagons. L’urbanisme se modernise, les petits immeubles locatifs côtoient de nouveaux lotissements, haussmanniens ou modestes, selon la fortune des habitants.
Le square des Batignolles, inauguré en 1862 sous l’impulsion du baron Haussmann et de Napoléon III, marque le virage vers le Paris jardiné, avec ses grilles et son kiosque à musique. C’est là, lors de la Semaine Sanglante, que des communards furent fusillés puis ensevelis sous le kiosque, trace douloureuse de l’histoire révolutionnaire du quartier.
Aujourd’hui, Batignolles continue de jouer la carte du mélange : parcs contemporains comme Martin-Luther-King, boutiques bio, vieux cafés, familles et bobos en balade. Entre l’avenue de Saint-Ouen, la porte de Clichy et les rues animées, il reste ce village urbain qui voue un culte à l’apéro du dimanche, fréquenté autrefois par Zola et les artistes du groupe des Batignolles. Le quartier garde la mémoire d’une vie populaire, fière de ses luttes et de ses fêtes, oscillant toujours entre passé faubourien et mise au vert citadine.