Action directe frappe Thomson et Air Liquide au nom de l'apartheid

Local de la société Thomson

Logotype de Action directe.

Dans la nuit du 6 juillet 1986, une charge explosive détruit du matériel dans les locaux de Thomson, rue Castagnary, dans le 15e arrondissement. La même nuit, une seconde bombe vise le siège d'Air Liquide, quai d'Orsay. Pas de victime. Des dégâts matériels. Une revendication : celle d'Action directe, qui accuse les deux sociétés françaises de collaborer avec l'Afrique du Sud de l'apartheid.

Juin 1986 : Pieter Botha vient de décréter un état d'urgence national en Afrique du Sud. Nelson Mandela, condamné à la réclusion à vie lors du procès de Rivonia en 1964, y est emprisonné depuis vingt-deux ans. Le mouvement international anti-apartheid appelle au boycott économique : il s'agit d'asphyxier le régime de Pretoria en le coupant des marchés occidentaux. Action directe entend tirer sa propre conclusion.

Ce n'est pas la première fois que le groupe s'en prend à des intérêts économiques liés à l'Afrique du Sud. Le 5 septembre 1985, un quadruple attentat avait déjà visé des sociétés françaises présentées comme liées à Pretoria — l'Association Technique de l'Innovation Charbonnière, Péchiney, des locaux de Renault et Spie Batignolles, faisant un blessé. Le Washington Post titre alors : "French Firms With Ties To S. Africa Bombed." Cette logique s'inscrit dans la "stratégie d'unité des révolutionnaires en Europe de l'Ouest" formalisée avec la Fraction armée rouge (RAF) allemande. Dès le 25 janvier 1985, Action directe avait assassiné l'ingénieur général René Audran, directeur des affaires internationales à la Direction générale de l'armement, devant son domicile de La Celle-Saint-Cloud, en coordination avec la RAF.

L'automne 1986 apporte de nouveaux crimes. Le 17 novembre, Action directe assassine Georges Besse, PDG de Renault, boulevard Edgar-Quinet.

Puis vient la fin. Le 21 février 1987, le RAID investit une longère au gué Girault, à Vitry-aux-Loges, dans le Loiret. Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon, Joëlle Aubron et Georges Cipriani sont arrêtés à 20 h 55. Dans la ferme : huit armes, trente kilos d'explosifs, des plans pour séquestrer un futur otage en vue de faire libérer Régis Schleicher. L'organisation ne se relèvera pas.

Nelson Mandela fut libéré le 11 février 1990. L'apartheid prit fin en 1994, avec les premières élections démocratiques d'Afrique du Sud. Thomson est devenu Thales. Air Liquide fournit toujours des gaz industriels au monde entier. Les bombes de la rue Castagnary n'ont pas accéléré la chute du régime de Pretoria. Elles disent pourtant quelque chose de cette époque : à Paris en 1986, une partie de la gauche armée croyait encore que la lutte militaire pouvait peser sur le cours du monde.