« Manifs » et révolutions sur les Grands boulevards – De l'Opéra à la porte Saint-Denis
Des cafés de l'aristocratie aux barricades ouvrières : les Grands boulevards, théâtre de deux siècles d'émeutes, de plaisirs et de presse.
📍 9 arrêts
🚶 ~2.2 km
⏱ ~2h30
📖 2e–10e arr.
Peu de promenades parisiennes concentrent autant d'Histoire que celle des Grands boulevards. Sur ce ruban tracé au XVIIᵉ siècle à l'emplacement des anciens remparts de Charles V, se sont succédé les cafés de l'aristocratie et de la bohème, les sièges de journaux, les théâtres à la mode — et, presque à chaque numéro, une barricade, une émeute ou une manifestation.
De l'Opéra à la porte Saint-Denis, cette balade suit un axe où la ville s'est donnée en spectacle autant qu'elle s'est révoltée. On y croise Babeuf et les Égaux, Marx et les proscrits allemands de 1848, les Impressionnistes et les Dadaïstes, mais aussi les fusillades de 1830, de 1851 et la répression du 17 octobre 1961. Chaque arrêt est un fragment de cette mémoire, souvent effacé des façades mais jamais des rues.
1
Arrêt 1
★ Incontournable~12 min
Boulevard des Italiens — le boulevard aux mille noms
Petit Coblence, bd de Gand, bd des Italiens : le boulevard le plus mondain de Paris a changé de nom au gré des régimes.
📍 Boulevard des Italiens (côté impair), 2ᵉ arr.
Peu de boulevards à Paris ont tant de fois changé de nom. Il prit d'abord celui de bd du Dépôt, du fait de la présence de la caserne des gardes françaises. Puis celui de bd Cerruti, du nom d'un hôtel qui s'y trouvait. Après 1795, celui de "Petit Coblence", parce que s'y rassemblaient les émigrés revenus en France après avoir séjourné dans la ville allemande du même nom.
Sous la Restauration, il devint le bd de Gand, en souvenir de l'exil de Louis XVIII dans cette ville de Belgique pendant les Cent Jours ; ses habitués furent alors surnommés les "gandins". Il prit enfin celui de bd des Italiens, en référence au théâtre qui lui tournait pourtant le dos, installé dans la salle Favart, devenue depuis l'Opéra comique. De violents combats s'y déroulèrent pendant la révolution de 1830.
Emplacement, en 1764, d'un dépôt militaire du régiment des gardes-françaises, transformé en établissement d'enseignement pour fils de militaires. Lazare Hoche y fut instructeur. Le lieu abritait également une école de chant, dont la fusion avec une autre école du faubourg Poissonnière donna naissance, pendant la Révolution, au Conservatoire national de musique.
Le 12 juillet 1789, une échauffourée eut lieu à cet endroit entre les gardes-françaises du colonel du Châtelet et le royal-allemand du prince de Lambesc — celui-là même qui fit sabrer les manifestants venus protester contre le renvoi de Necker sur la place Louis XV. La Section de la Grange Batelière, qui devint ensuite Section de Mirabeau puis du Mont Blanc, s'y installa le 21 mai 1790. Sur son emplacement se trouvait plus tard le cinéma "Le Français" ; pendant l'Occupation, en 1941, y fut projeté le film de propagande antisémite "Le Juif Süss", de Veit Harlan.
Hôtel de Bade, où Stanislas Padlewski assassina le général russe Seliverstoff le 21 novembre 1890.
Stanislas PADLEWSKI. Assassinat du général SELIVERSTOFF
Nº 31 — Le pavillon de Hanovre et le palais Berlitz
Emplacement du pavillon de Hanovre, encore appelé "pavillon des fées", construit en 1760 pour le maréchal de Richelieu, et qui fut fréquenté par Voltaire. Ce bâtiment a été démonté pierre par pierre et reconstruit dans le parc de Sceaux.
Poursuivez le long du côté impair du boulevard des Italiens vers l'est. Les numéros décroissent à mesure que vous approchez du carrefour Richelieu-Drouot ; c'est toute la vie des cafés et des journaux du XIXᵉ siècle qui défile façade après façade.
2
Arrêt 2
★ Incontournable~14 min
Boulevard des Italiens — cafés, journaux et Impressionnistes
Tortoni, Café Riche, Maison Dorée : entre deux barricades, le boulevard fut le salon de la vie littéraire et artistique parisienne.
📍 Boulevard des Italiens (nºs 26 à 15), 2ᵉ arr.
Sur quelques dizaines de mètres se succédaient les cafés les plus courus de Paris, où se croisaient écrivains, peintres, journalistes et hommes politiques. C'est ici que se jouait, entre deux verres d'absinthe, une part de la vie intellectuelle du XIXᵉ siècle — et que naquit, à la Maison Dorée, le dernier salon impressionniste.
Nº 26 — Le journal Gil Blas
Siège du journal "Gil Blas", qui paraît de 1835 à 1910 ; Alexandre Steinlen lui fournissait des illustrations. Édouard Manet donne rendez-vous à Émile Zola au Café de Bade, situé dans cet immeuble, pour le remercier d'un article élogieux qu'il a écrit sur sa peinture.
Le Café de Paris, aujourd'hui Taverne Kronenbourg, était le lieu branché de la première moitié du XIXᵉ siècle. Musset, Théophile Gautier, Félix Arvers… en étaient des habitués.
Le Café Tortoni, l'"Annexe de la Bourse" comme on l'appelait alors, était un haut lieu de la vie parisienne et du monde des affaires, de 1798 à 1894. Une salle y était réservée aux duellistes. C'était aussi un lieu de rencontres politiques et artistiques, fréquenté par Jules Vallès, Henri de Rochefort, Aurélien Scholl… Au-dessus du café demeura Louis Blanc.
Emplacement du Café Hardy, un des restaurants les plus fameux de Paris, remplacé plus tard par celui de la Maison Dorée, tout aussi renommé ; l'immeuble a été "façadisé" par la BNP. Le siège du journal "Le Mousquetaire", fondé par Alexandre Dumas père en 1853, était installé dans la cour ; il parut jusqu'en 1857. Dumas logea quelque temps au 3ᵉ étage du 1 rue Laffitte.
La galerie Boufflers, construite ici en 1817, incendiée en 1829, fut remplacée par une galerie métallique, la "Galerie de Fer", qui connut les premiers essais à Paris d'éclairage public au gaz. Elle fut remplacée en 1876 par l'immeuble du Crédit Lyonnais, construction métallique réalisée en partie par les ateliers Eiffel, un des premiers bâtiments à Paris éclairés à l'électricité. Incendié en 1996, il a été restauré.
Le Crédit Lyonnais fut la première banque à rouvrir en juillet 1940. Dirigé par Georges Brincard, Édouard Escarra et Robert Masson, il facilita grandement les transferts financiers franco-allemands et coopéra à la réquisition du STO. L'argent n'a pas d'odeur… ni de patrie !
Emplacement du café Riche, fondé en 1791, fréquenté par les opposants à tous les régimes, en particulier sous le Second Empire, et par de nombreux écrivains et artistes, dont Charles Baudelaire. Un dicton affirmait : "il faut être bien riche pour dîner chez Hardy, et bien hardi pour dîner chez Riche".
Flaubert, Zola, Daudet y fondent en 1872 "les dîners des auteurs sifflés" auxquels participe Tourgueniev. En 1881, autour de Monet, Renoir, Sisley, s'y tiennent les dîners mensuels des peintres impressionnistes. En 1888, il devient le quartier général des Boulangistes.
C'est là aussi que s'est installée la Bibliothèque nouvelle, "Maison de l'Événement et du Bien-Être universel", fondée par Bourdilliat et Jaccottet en 1849 ; librairie-salon où se rencontrent Balzac, Hugo, les frères Goncourt, Louise Collet… et qui publie les discours de Victor Hugo à la chambre où il est alors député.
Pierre WALDECK-ROUSSEAU Victor HUGO
Vers l’arrêt 3 →
Continuez vers le carrefour Richelieu-Drouot, en gardant le côté impair. Les derniers numéros du boulevard des Italiens, avant l'ancien passage de l'Opéra, gardent la mémoire des cercles allemands et des révolutionnaires de 1848.
3
Arrêt 3
★ Incontournable~12 min
Bas du boulevard des Italiens — Marx, Robert-Houdin et Dada
De l'estaminet Mulhouse où siégea Karl Marx au Café Certà, berceau parisien de Dada.
📍 Boulevard des Italiens (nºs 13 à 2), 2ᵉ arr.
L'extrémité du boulevard, aujourd'hui bouleversée par le percement du boulevard Haussmann, fut un foyer d'agitation politique et artistique : cercles d'exilés allemands, théâtres de prestidigitation, et le passage de l'Opéra où naquit le mouvement Dada.
Nº 13 — Le Café Anglais
Encore un établissement à la mode pendant la période romantique, vers 1822 : le Café Anglais, fréquenté par Milord l'Arsouille, personnage haut en couleurs, qui mène entre autres les fameuses "descentes de la Courtille".
Nº 9 — Grétry et le café Poccardi
Demeure d'André Grétry, compositeur soutenu par Voltaire, de 1795 à 1813. Café Poccardi à partir de 1892 ; aujourd'hui un restaurant qui a gardé son décor typique du XIXᵉ siècle, avec un très bel escalier. Dans cet immeuble avait été ouvert pendant l'Occupation, en 1942, un office de recrutement des travailleurs volontaires pour partir en Allemagne — un échec qui conduisit l'État français à instaurer le STO. À la Libération, il abrita le siège du journal "la Dépêche de Paris".
Il fut remplacé par le théâtre de l'illusionniste Jean Eugène Robert-Houdin, rénovateur de la prestidigitation et automaticien de génie. Ses héritiers le vendirent en 1888 à Georges Méliès.
Georg HERWEGH Ludwig FEUERBACH Karl MARX Arnold RUGE Jean-Eugène ROBERT-HOUDIN
Nº 5 bis à 3 — Passage des Princes, Le Temps et Ferdinand Hérold
Au nº 5 bis, le passage des Princes, le dernier passage construit à Paris, en 1860, par Jules Mirès, propriétaire de la Caisse générale des chemins de fer, dont la société fit faillite un mois après. Au nº 5, premier siège du journal "Le Temps", fondé en 1861 par Auguste Nefftzer, auquel collaborent Adrien Hébrard et Edmond Scherer ; il paraîtra jusqu'en 1942, remplacé à la Libération par "Le Monde". Au nº 3, demeure du compositeur Ferdinand Hérold en 1829, puis siège du journal "Le Soir" en 1910.
Nº 2 — Le passage de l'Opéra et le berceau de Dada
Emplacement de l'entrée du passage de l'Opéra, détruit lors du percement du bd Haussmann. Il se composait de deux galeries parallèles — la galerie de l'Horloge et celle du Baromètre — et d'une galerie transversale, la galerie du Thermomètre. À la fin du Second Empire, il s'y tint des réunions publiques dans la salle Beethoven ; après la fermeture des clubs appliquée par le général Vinoy, les réunions se tinrent en plein air.
Au 11 de la galerie du Baromètre se trouvait le Café Certà où se tinrent, en décembre 1919, les assises du mouvement Dada. Ce café fut le quartier général des dadaïstes jusqu'en 1923 ; on y rencontrait Aragon, Breton, Éluard, Soupault, Drieu La Rochelle, René Hilsum, Jacques Rigaut, Théodore Fraenkel… C'est dans le café d'en face, le Petit Grillon, qu'Aragon et Breton rédigèrent pour la revue "Littérature" une "Lettre ouverte au comité Lautréamont", le 1er mars 1922.
Vous atteignez le carrefour Richelieu-Drouot. Le boulevard change de nom : franchissez le carrefour et engagez-vous sur le boulevard Montmartre, qui file droit vers l'est.
4
Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Boulevard Montmartre — barricades et haut-lieu de presse
Trois jours d'émeute pour la Pologne en 1831, un foyer de résistance au coup d'État de 1851, et les affrontements de 1927 pour Sacco et Vanzetti.
Le boulevard Montmartre connut, les 8, 9 et 10 septembre 1831, trois jours d'émeute qui virent s'ériger des barricades en soutien aux insurgés polonais contre l'invasion russe. Le 3 décembre 1851, ce fut l'un des rares foyers de résistance parisienne au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte. Et le 23 août 1927 s'y produisirent de violents affrontements avec la police lors d'une manifestation à l'annonce de l'exécution aux États-Unis des militants anarchistes Nicola Sacco et Bartolomeo Vanzetti.
Nicola SACCO Bartolomeo VANZETTI
Nº 27 à 23 — Ronsin, Frascati et Balzac
Au nº 27, demeure du dramaturge devenu général Charles-Philippe Ronsin, chef de l'Armée révolutionnaire de Paris, guillotiné avec les Hébertistes. Au nº 23, emplacement du café Frascati, au-dessus duquel habita Honoré de Balzac en 1840.
Honoré de BALZAC
Nº 21-19 — Le Figaro et la galerie de Théo Van Gogh
Au nº 21, siège du journal "Le Figaro" dans l'immédiat après-guerre ; il reparaît le 25 août 1944 après s'être sabordé en 1942, et Mauriac y publie un article appelant à la modération dans la chasse aux collabos. Arthur Meyer, fondateur du musée Grévin, y achète le journal "Le Gaulois" en 1892. Au nº 19, la galerie de peinture Boussod et Valadon, ex-galerie Goupil, est dirigée par Théo Van Gogh en 1890.
François MAURIAC Théo VAN GOGH
Vers l’arrêt 5 →
Poursuivez sur le boulevard Montmartre. Au nº 16, le Cercle des Ganaches ; au nº 14, l'un des sièges de journaux les plus sombres de la balade.
5
Arrêt 5
★ Incontournable~15 min
Boulevard Montmartre — la presse, les passages et le musée Grévin
De « La Libre Parole » de Drumont aux passages des Panoramas et Jouffroy, jusqu'au musée Grévin et sa baignoire de Marat.
📍 Boulevard Montmartre (nºs 16 à 6), 2ᵉ / 9ᵉ arr.
Ce tronçon du boulevard aligne sièges de journaux, entrées de passages couverts et théâtres. C'est ici que la presse antisémite côtoie les revues des Jeunesses communistes, et que s'ouvrent les célèbres passages des Panoramas et Jouffroy, ce dernier abritant aujourd'hui le musée Grévin.
Nº 16-14 — Le Cercle des Ganaches et « La Libre Parole »
Au nº 16, hôtel du comte Mercy d'Argenteau où se tiennent les réunions du Cercle des Ganaches en 1876. Au nº 14, siège du journal antisémite "La Libre Parole", fondé par Édouard Drumont le 1er avril 1892 ; c'est aussi la demeure de Caroline Rémy, dite Séverine, ancienne secrétaire de Jules Vallès devenue journaliste de renom.
Édouard DRUMONT Caroline RÉMY, alias SÉVERINE Paul VAILLANT-COUTURIER Charles TILLON André MARTY
Nº 12-11 — Cavaignac et le passage des Panoramas
Au nº 12, réunions de l'Association démocratique des Amis de la Constitution autour du général Cavaignac, qui salue d'un balcon de cet hôtel — sans descendre dans la rue — le mouvement du 13 juin 1849 contre les manœuvres de Louis-Napoléon Bonaparte. Au nº 11, entrée du passage des Panoramas, construit en 1800 par l'américain Thayer, financé en partie par Fulton ; il tient son nom de deux vastes panoramas circulaires où l'on exposait des toiles à 360°. Daguerre y débuta en peignant ces fameux panoramas.
Nº 10-7 — L'hôtel Ronseray, le passage Jouffroy et le musée Grévin
Au nº 10, l'hôtel Ronseray, où séjournèrent François Adrien Boieldieu, qui crée la "Dame Blanche" en 1825, et Rossini lors de la création de "Guillaume Tell" à l'Opéra Le Pelletier en 1829. Il accueillit en novembre 1848 le Comité central électoral pour la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la Seconde République.
Il recouvre l'entrée du passage Jouffroy, construit en 1846, le premier à Paris équipé d'un chauffage par le sol. Il abrite aujourd'hui le musée Grévin, créé en 1881 par Arthur Meyer et le caricaturiste Alfred Grévin, qui recèle l'authentique baignoire dans laquelle fut assassiné Jean-Paul Marat, et où fut montré l'un des premiers personnages de cire, celui de Louise Michel dans sa cellule. On y présenta le "théâtre optique" d'Émile Reynaud, le téléphone de Graham Bell et le premier phonographe de la maison Pathé. Au nº 9, le Café des Variétés, où Villiers de l'Isle-Adam venait vers 1876 se ruiner avec ses amis Catulle Mendès et Léon Dierx. Au nº 7, le Théâtre des Variétés, créé par la Montansier.
On avait surnommé l'intersection du boulevard avec la rue Montmartre le "carrefour des écrasés" ; c'est tout dire… Le 10 avril 1912, un "kiosque-signal" y fut installé, édicule vitré dans lequel un agent manœuvrait des disques blancs et rouges. La confusion redoubla, si bien qu'on s'empressa de le supprimer.
Le boulevard Poissonnière prolonge la ligne des Grands boulevards vers l'est. On y trouve les grandes tables du XIXᵉ siècle, les salons où se prépare la République, les sièges de journaux — et, sur son trottoir, quelques-uns des épisodes les plus sombres de l'Occupation.
Nº 32 à 26 — Paul Brébant, Chopin et le club de 1848
Au nº 32, restaurant Paul Brébant, ancien café des Grands Hommes, où Flaubert déplaça les "Dîners Magny" après la mort de Sainte-Beuve en 1869. Au nº 27, premier domicile parisien de Frédéric Chopin, de fin septembre 1831 à 1832. Au nº 26, siège du Club républicain de la Chapelle St Denis, club révolutionnaire créé en mars 1848.
Nº 23 — L'hôtel Montholon et le salon de Juliette Adam
Hôtel Montholon. C'est là que Mme Juliette Adam tient, au 4ᵉ étage, un salon qui réunit autour de Léon Gambetta un cercle de contestataires au régime du Second Empire. On y rencontre pêle-mêle Adolphe Thiers, Georges Clemenceau, Camille Pelletan, Louis Blanc, Alphonse Daudet… C'est ici que se prendra la décision de fonder la Troisième République.
Siège du journal "l'Humanité", au 4ᵉ étage, après la Seconde Guerre mondiale. Une importante manifestation a lieu sur le boulevard en 1947 contre la saisie répétée du journal, dirigé par Benoît Frachon, pendant les grèves. Il fut également saisi le 25 août 1939, après une déclaration défendant le pacte germano-soviétique. L'Humanité Dimanche avait ses bureaux au 5ᵉ, et au rez-de-chaussée se tenait la "Librairie nouvelle", appartenant au PCF. Au nº 14 bis, siège à partir de 1913 de l'Union des syndicats professionnels d'employés catholiques (10 423 adhérents en 1914).
Benoît FRACHON
Nº 6 à 1 — Le Figaro, Le Matin et l'attentat du Grand Rex
Au nº 6, siège du journal "Le Figaro" lors de sa création par Maurice Alhoy et Étienne Arago, le 15 février 1826 ; ce n'était alors qu'une revue artistique et mondaine, revendue six mois plus tard à Le Poitevin de Saint-Alme. En mai 1946 s'installa dans ces locaux la Société nationale des entreprises de presse (SNEP), qui publia "Le Populaire".
Au nº 2, siège du journal "Le Matin", devant lequel fut exposé l'avion de Louis Blériot le 4 septembre 1909 ; collaborationniste pendant l'Occupation, dirigé par Maurice Bunau-Varilla, il comptait parmi ses rédacteurs Henri de Montherlant. Au nº 1, sur le trottoir devant le Grand Rex transformé en Soldatenkino, Paul Silberman, ancien d'Espagne, membre de la M.O.I., fit sauter une bombe le 16 mars 1943.
C'est notamment sur ce boulevard qu'eut lieu un des épisodes les plus sanglants de la répression de la manifestation pacifique organisée par le FLN contre le couvre-feu instauré par Maurice Papon, préfet de police de de Gaulle, le 17 octobre 1961. Elle fit entre 200 et 300 morts, longtemps totalement occultés.
Franchissez le carrefour et engagez-vous sur le dernier tronçon, le boulevard Bonne-Nouvelle, qui vous mènera jusqu'à la porte Saint-Denis.
7
Arrêt 7
★ Incontournable~13 min
Boulevard Bonne-Nouvelle — lieu privilégié de la contestation
Charges de cuirassiers en 1820, barricade de Février 1848, fusillades de Juin et de 1851 : le boulevard le plus insurgé de la balade.
📍 Boulevard Bonne-Nouvelle, 2ᵉ / 10ᵉ arr.
Un lieu privilégié de la contestation. Pendant la Restauration, le 9 juin 1820, s'y déroula une manifestation au cri de "vive la charte" contre le régime de Louis XVIII ; une charge des cuirassiers fit plusieurs morts. Le 15 juin 1831, un poste de police menacé par des manifestants qui fêtaient l'acquittement d'Évariste Galois — jugé pour avoir porté un toast à Louis-Philippe un couteau à la main — dut être dégagé par la troupe.
Évariste GALOIS
1848 — La barricade de Février et les journées de Juin
Le 24 février 1848, sur une barricade dressée juste en face du théâtre du Gymnase, ont lieu des tractations entre les insurgés et les troupes commandées par le général Bedeau. Un commerçant du quartier nommé Fauvelle-Delebarre, se proposant comme négociateur, est envoyé auprès du maréchal Bugeaud, commandant militaire de Paris, honni du peuple. Ce dernier cède. Odilon Barrot et Thiers sont chargés de former un gouvernement ; Barrot vient sur cette barricade pour se faire acclamer mais ne reçoit que des pierres et des huées. La monarchie est définitivement renversée.
De nouvelles barricades furent érigées en Juin de la même année, mais cette fois de violents combats s'y livrèrent entre la garde nationale bourgeoise et les ouvriers des ateliers nationaux insurgés.
Thomas Robert BUGEAUD, maréchal Odilon BARROT
1849-1851 — Ledru-Rollin, Marx et la répression du coup d'État
Le 4 décembre 1851, la répression y fut particulièrement violente contre la résistance au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte. La division Carrelet, sous les ordres du général Saint-Arnaud, tira au canon contre les opposants républicains, faisant 280 morts. Le 14 juillet 1941, les Jeunesses communistes organisèrent un défilé qui se heurta d'abord aux flics français puis à la police allemande.
Nº 38-36 — Le théâtre du Gymnase et le restaurant Marguery
Au nº 38, le théâtre du Gymnase, où la pièce de Cocteau, "Les Parents terribles", est jouée puis interdite en 1942. Au nº 36, l'ancien restaurant Marguery, fréquenté par Émile Zola et par la classe politique du début de la Troisième République, réputé pour sa "sole Marguery" et son décor éclectique.
Continuez vers la porte Saint-Denis. Sur votre chemin, l'emplacement de l'ancien "Gymnase Musical" puis Bazar Bonne-Nouvelle, où fleurirent en 1848 les clubs révolutionnaires.
8
Arrêt 8
Optionnel~12 min
Le Bazar Bonne-Nouvelle et les clubs de 1848
Une salle unique où David exposa son Marat et où se réunirent, en 1848, du Club du Commerce au Club des Femmes.
À l'emplacement de l'actuel bureau de Poste s'élevait le "Gymnase Musical", qui hébergea un temps le théâtre du Vaudeville après l'incendie de la salle du Carrousel en 1838. Ce "Gymnase musical" brûla à son tour en 1849, alors qu'il abritait le Diorama de Bouton et Daguerre. Il fut alors transformé en bazar — le Bazar Bonne-Nouvelle — qui accueillait des manifestations artistiques et abritait la "Salle des Spectacles-concerts". David y présenta en 1846 son tableau représentant Marat assassiné, exposition que Baudelaire décrit dans "Le musée classique".
Jacques-Louis DAVID. Autoportraits
Les clubs bourgeois de 1848
La salle Bonne-Nouvelle abrita en 1848 un certain nombre de clubs. Dès le 3 mars, le "Club du Commerce" qui réunissait, sous la présidence de Dupuis, les commis-marchands du Sentier. Elle fut au même moment le siège du "Comité central des élections", club bourgeois patronné par le journal Le National, présidé par Recurt, et auquel participait un certain Clément-Thomas qui prit une part active dans la répression de Juin et qui fut fusillé avec le général Lecomte le 18 mars 1871.
Les clubs révolutionnaires et le Club des Femmes
Elle accueillit aussi des clubs révolutionnaires. Le "Club du Peuple", présidé par Alphonse Esquiros, Paul de Flotte et Pierre Lachambeaudie, constitué de communistes Icariens, qui fut très actif en Juin 1848. Le "Club Bonne-Nouvelle", présidé par Bernard, où de Flotte proposait d'"anéantir le dernier bourgeois" et de "brûler le grand-livre de la dette". Le "Club des Provençaux".
Poursuivez jusqu'au bout du boulevard Bonne-Nouvelle. Les derniers pas de la balade, entre Baudelaire, Greuze et Prévert, vous conduisent à la porte Saint-Denis.
9
Arrêt 9
★ Incontournable~10 min
De Baudelaire à Prévert — la porte Saint-Denis
Dernières demeures et garçonnières d'artistes avant l'arc triomphal qui clôt la balade — et ouvre la suivante.
📍 Boulevard Bonne-Nouvelle et porte Saint-Denis, 2ᵉ / 10ᵉ arr.
Au nº 11, une des nombreuses demeures parisiennes de Charles Baudelaire. Le peintre Jean-Baptiste Greuze demeura, et mourut en 1805, dans une maison de la rue des Fossés St Denis, ancien chemin de ronde des fortifications, à une adresse aujourd'hui impossible à situer.
C'est sur ce boulevard enfin que se trouvait, au 4ᵉ étage d'un immeuble dont nous ignorons l'adresse, la garçonnière que Marcel Duhamel, directeur de l'hôtel Grosvenor et copain de régiment de Jacques, prêtait au jeune couple Prévert en 1924. Nous arrivons ainsi à la porte Saint-Denis. Elle sera le point de départ de notre troisième balade sur les Grands boulevards, qui nous mènera jusqu'à la Bastille…