Entre Pigalle et Saint-Georges - 1ère partie : la Nouvelle Athènes
Des barricades de la Commune aux ateliers des impressionnistes, une plongée dans le quartier des peintres, des poètes et des révoltes.
📍 14 arrêts
🚶 ~3.5 km
⏱ ~3h
📖 9e–18e arr.
Cette balade part de la place Pigalle et sillonne le quartier de la Nouvelle Athènes, ce triangle du 9ème arrondissement où, tout au long du XIXe siècle, se sont concentrés ateliers de peintres, salons littéraires, cabarets et clubs politiques. Barrière d'octroi avant la Révolution, champ de barricades pendant la Commune, refuge des impressionnistes puis des surréalistes : chaque rue superpose les révoltes et les avant-gardes.
Nous suivrons d'abord les boulevards de Clichy et de la place Blanche, hérissés de cabarets, puis nous descendrons dans le lacis des rues intérieures — Fontaine, Chaptal, Blanche, Saint-Georges, la Bruyère — jusqu'à la place Saint-Georges et la rue des Martyrs, avant de remonter vers Pigalle. Certains murs ont gardé leur mémoire ; d'autres n'ont plus que leur adresse. Tous méritent qu'on s'y arrête.
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Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Place Pigalle
Barrière d'octroi, barricade de femmes et marché aux modèles : tout commence sur cette place.
📍 Place Pigalle, 9e / 18e arr.
En nous approchant du bassin qui orne le centre de la place, nous nous trouvons à peu près à l'emplacement du pavillon dessiné par Claude-Nicolas Ledoux qui gardait la Barrière Montmartre — dite aussi Barrière des Martyrs ou Barrière Royale — du mur des Fermiers généraux, enceinte d'octroi construite à partir de 1785. Ce mur ne fut pas pour rien dans le déclenchement de la Révolution : deux jours avant la prise de la Bastille, le 12 juillet 1789, suite au renvoi de Necker, la colère des Parisiens s'abattit sur ces barrières qui renchérissaient le coût de la vie ; elles furent presque toutes incendiées, action finalement plus symbolique que la prise de la vieille prison quasi désaffectée du Faubourg Saint-Antoine.
Rappelons d'ailleurs que ce que nous fêtons le 14 juillet n'est pas l'anniversaire de la prise de la Bastille, mais celui de la Fédération, l'unification nationale célébrée le 14 juillet 1790.
Le matin du 18 mars 1871, le général Susbielle vient récupérer les canons entreposés par le peuple au champ des Polonais, en haut de la Butte. La population se masse ici pour s'y opposer. Le capitaine Saint-James ordonne aux gendarmes à cheval de charger, mais la troupe fraternise. Le général Clément Thomas, un des bouchers de 1848, venu « en péquin » surveiller les opérations, est reconnu et arrêté ; il retrouvera au Château Rouge le général Lecomte, qui avait donné l'ordre de tirer sur le peuple. Les deux généraux seront fusillés dans la journée. La Commune prend alors le contrôle de Paris et va instaurer le premier pouvoir ouvrier de l'Histoire.
La barricade des cinquante femmes (Semaine sanglante)
Pendant la Semaine sanglante, le 23 mai, une barricade dressée place Pigalle sera défendue par un bataillon de 50 femmes qui avaient déjà combattu aux Batignolles et place Blanche avant de se replier ici. Parmi elles, Nathalie Le Mel, militante de l'Association Internationale des Travailleurs, fondatrice avec Eugène Varlin des Marmites, ces restaurants coopératifs ouvriers du Second Empire ; et Elisabeth Dmitrieff, représentante de l'Internationale à Paris.
Autour de la fontaine se tenait tous les dimanches matin, depuis 1862, le « marché aux modèles » pour les peintres et sculpteurs du quartier. Rassemblant surtout des Italiens, il disparut après l'attentat de Caserio contre le président Sadi Carnot en 1894. Il y eut également ici la « foire aux musiciens », sorte d'intérim en plein air pour les cabarets du coin.
Quittez la place par le boulevard de Clichy en direction de l'ouest (vers la place Blanche). Les numéros pairs 34 et 36 se trouvent sur votre droite.
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Arrêt 2
★ Incontournable~15 min
Boulevard de Clichy — les cabarets
Le Néant, l'Enfer, le Ciel : la façade la plus délirante du Paris fin-de-siècle.
📍 Bd de Clichy (nos 34 à 68), 9e / 18e arr.
Nous longeons vers l'ouest le boulevard de Clichy, hérissé jadis de cabarets aux devantures rivalisant de laideur volontaire. « Le boulevard d'alors avait une gueule », disait-on ; aujourd'hui il n'a plus que ses enseignes.
34 — Cabaret du Néant
Le Cabaret du Néant, créé en 1892 par Antonin et illustré par le chanteur Dorville, rivalisait de laideur avec les cabarets du Ciel et de l'Enfer d'en face. Sur son emplacement, Eugène Pottier avait loué un atelier après son retour d'exil en 1880.
Tivoli Eugène Pottier
36 — La maison de Daumier, futur Théâtre de Dix Heures
Demeure du caricaturiste républicain Honoré Daumier de 1869 à 1873. Plus tard s'y installa le cabaret des Arts puis, de 1904 à 1914, le Logiz de la Lune Rousse, où se produisirent Gaston Sécot, Xavier Privas, Jean Varney et Numa Blès. Devenu en 1915 le cabaret de La Chaumière, c'est aujourd'hui le Théâtre de Dix Heures qui perpétue la tradition.
Honoré Daumier
43 à 53 — Moulin de la Chanson, casino, Ciel et Enfer
Au n° 43 se trouvait le Moulin de la Chanson, mi-théâtre mi-cabaret, où Noël-Noël débuta en 1920. Au n° 47, le casino de Montmartre, fondé par Trombert en 1899, où Émile Bessière créa « Bonsoir Madame la Lune » et où le jeune Maurice Chevalier chanta à ses débuts. Au n° 53, côte à côte, les cabarets du Ciel et de l'Enfer, créés par Antonin en 1898, aux façades délirantes.
L'Enfer Atget L'Enfer et le Ciel Le Ciel et l'Enfer Le Ciel et l'Enfer Atget
54-57 — Les Frites Révolutionnaires et la bouche de métro Guimard
Au n° 54, le restaurant « les Frites Révolutionnaires », ouvert en 1888 par Maxime Lisbonne — le génial mousquetaire de la Commune — assisté de Louis Bardet, avec Marcel Legay pour barde. On livrait à domicile : encore une invention du colonel, que Didier Daeninckx a fait revivre dans « le Banquet des Affamés ». Face au n° 57, ne manquez pas la bouche du métro Blanche, œuvre-symbole de l'Art nouveau dessinée par Hector Guimard en 1902.
Au n° 62, le restaurant « Le Tambourin », tenu par Augustina Segatori et fréquenté par Toulouse-Lautrec, Bernard et Anquetin, où Van Gogh exposa sans succès en 1887, devint ensuite le cabaret des Quat'z'Arts de François Trombert. Au n° 64, l'hôtel « le Radio », où Jacques et Simone Prévert séjournèrent en 1928 et où l'auteur de « Paroles » écrivit ses premiers poèmes. Au n° 68, une plaque mensongère indiqua longtemps le cabaret du Chat Noir ; c'est à une table du café actuel que Boris Vian aurait rédigé en 1954 les paroles de son « Déserteur », retouché ensuite par Marcel Mouloudji.
Faites un aller-retour par la rue Fromentin (à gauche du boulevard), puis revenez au boulevard vers la place Blanche.
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Arrêt 3
★ Incontournable~12 min
Rue Fromentin et place Blanche
Le Grand-Guignol, l'académie Julian et le QG des Surréalistes.
📍 Rue Fromentin et place Blanche, 9e / 18e arr.
Un court crochet par la rue Fromentin nous mène du « Prince de l'épouvante » aux ateliers de peinture, avant de rejoindre la place Blanche, autre haut lieu du surréalisme — que nous n'évoquerons ici qu'en passant, une prochaine balade y étant consacrée.
Engagez-vous dans la rue Pierre Fontaine, qui descend vers le sud-est depuis la place Blanche.
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Arrêt 4
★ Incontournable~15 min
Rue Pierre Fontaine et rue de Douai
L'atelier de Breton, celui de Degas, et la demeure de Bizet.
📍 Rue Pierre Fontaine et rue de Douai, 9e arr.
Dès la matinée du 18 mars 1871, une barricade fut érigée dans cette rue qui s'appelait alors simplement rue Fontaine ; sans doute l'une des premières dressées sous la Commune. C'est aussi une rue d'ateliers et de poètes, où le surréalisme prit ses quartiers.
45 et 42 — Villiers de l'Isle-Adam et l'atelier d'André Breton
Au n° 45, demeure d'Auguste Villiers de l'Isle-Adam, auteur des « Contes cruels », de 1888 à 1889. Au n° 42, André Breton eut d'abord, en janvier 1922, un atelier au 1er étage donnant sur le boulevard, avant d'habiter au 4ème, escalier B ; c'est là qu'il adhère au PCF. Clara Malraux vint en 1924 lui demander son soutien après la condamnation de son époux ; Jacques Prévert y rencontra Breton pour la première fois en 1925 ; Paul Éluard y eut aussi un atelier de 1924 à 1931. Au cinéma Hollywood eut lieu, le 2 décembre 1932, la première du film « L'affaire est dans le sac » de Pierre Prévert.
37 et 27 — Académie Julian et José Maria Luis Mora
Au n° 37, une annexe de l'académie de peinture de Rodolphe Julian selon Hillairet. Au n° 27, demeure du poète mexicain José Maria Luis Mora, inspirateur de la réforme libérale du Mexique, mort ici le 14 juillet 1850 ; au rez-de-chaussée, la maison Tasset et Lothe, fabricants de couleurs chez qui se fournissaient Degas et Van Gogh.
Demeure de Georges Bizet de 1869 à sa mort en 1875. Geneviève Strauss, dreyfusarde active, y tenait un salon fréquenté par Léon Blum et Bizet ; elle fut, semble-t-il, l'inspiratrice de « Carmen ». Demeure aussi d'Edmond Lepelletier, ami et correspondant de Paul Verlaine.
Au n° 19 bis, l'atelier d'Edgar Degas existe toujours ; Edmond de Goncourt y vint en 1878 pour documenter « Les Frères Zemganno ». Dans le même immeuble, Lily et René Grenier sous-louèrent une chambre à Toulouse-Lautrec de 1884 à 1887. Au n° 19, il fut ensuite hébergé par le docteur Bourges. Au n° 16 bis, Jules Lévy, grand maître de l'Ordre des Incohérents, créa en 1884 le concert « les Incohérents ». Au n° 1, demeure de Paul Gavarni de 1837 à 1846, qui y recevait Franz Liszt et Honoré de Balzac ; à l'angle avec la rue Jean-Baptiste Pigalle, le café Jean Goujon fut en 1861 le QG de Courbet et de ses amis.
Prenez la rue Chaptal, qui file vers l'est, avec ses hôtels particuliers et son musée.
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Arrêt 5
★ Incontournable~12 min
Rue Chaptal
Le musée de la Vie romantique, la SACEM et le berceau du Hot Club de France.
📍 Rue Chaptal, 9e arr.
Rue des salons et de la musique, la rue Chaptal aligne l'hôtel d'Ary Scheffer devenu musée, le siège historique de la SACEM et le repaire des impressionnistes de la première heure.
9 et 10 — Goupil et la SACEM
Au n° 9, le siège de la galerie d'Adolphe Goupil, où Vincent Van Gogh travailla comme vendeur du 15 mai 1875 à 1876 avant d'être renvoyé pour dépression. Au n° 10, l'immeuble de la SACEM, fondée en 1850 ; on lit encore à son fronton l'inscription ACE.
16 et 17 — Musée de la Vie romantique et salon de Nina de Callias
Au n° 16, le musée de la Vie romantique fut de 1830 à 1856 l'hôtel du peintre Ary Scheffer, qui y tenait un salon fréquenté par Ingres, Delacroix, Liszt, Dickens, Chopin, Lamartine et George Sand ; Ernest Renan, gendre de Scheffer, y vécut de 1856 à 1871. Au n° 17, le premier salon de Nina de Callias, modèle de « la Dame aux éventails » de Manet, l'un des plus fameux salons de la capitale de 1868 à 1870 ; Paul Verlaine y fut amené en 1867 par Charles de Sivry. Au n° 32, la pension Landry.
Rejoignez la rue Blanche par la rue Paul Escudier (à gauche), puis les rues Henner et La Bruyère.
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Arrêt 6
Optionnel~12 min
Rues Paul Escudier, Henner et La Bruyère
Le groupe des Six, Apollinaire et le jeune Cocteau.
📍 Rues Paul Escudier, Henner et La Bruyère, 9e arr.
Ce chapelet de petites rues, entre Blanche et Notre-Dame-de-Lorette, réunit musiciens, poètes et résistances républicaines : c'est le cœur artiste de la Nouvelle Athènes.
Au n° 45, demeure du compositeur Hector Berlioz avec la cantatrice Maria Recio, épousée après la mort de sa première femme en 1854 ; ce fut aussi la maison d'enfance de Jean Cocteau entre 1891 et 1907. Au n° 47, demeure d'Émile Blémont, poète ami de Verlaine. Au n° 61, atelier en 1904-1905 d'Henri Manguin, qui y peignit avec Henri Matisse et Albert Marquet le même modèle.
Descendez la rue Blanche vers le bas, jusqu'à la place d'Estienne d'Orves et l'église de la Trinité.
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Arrêt 7
★ Incontournable~15 min
Rue Blanche et place d'Estienne d'Orves
Clubs de 1848, folie de Boursault et la barricade de la Trinité.
📍 Rue Blanche et place d'Estienne d'Orves, 9e arr.
La descente de la rue Blanche traverse deux siècles d'histoire politique et théâtrale, jusqu'à la place d'Estienne d'Orves, où l'église de la Trinité fut le théâtre de violents combats pendant la Semaine sanglante.
Au n° 15, Charles Lamoureux donnait des concerts dans la salle du « Nouveau Théâtre » et y dirigea la première française de Tristan et Isolde de Richard Wagner en 1899. Au n° 12 bis, siège du club de la Commune de Paris dans un gymnase militaire en avril 1848, présidé par D'Alton-Shée. Au n° 1, l'emplacement de la « Clôture Blanche », poste d'octroi instauré sous Louis XV en 1765, remplacé vingt ans plus tard par le mur des Fermiers généraux.
Richard Wagner
Place d'Estienne d'Orves — la Trinité et le club de la Délivrance
De violents combats eurent lieu ici le 23 mai 1871 pendant la Semaine sanglante : une barricade y avait été érigée la veille, et les Versaillais canonnèrent les Fédérés réfugiés sous le porche de l'église de la Trinité. Celle-ci, transformée en ambulance depuis le siège de 1870, avait été pendant la Commune le siège d'un club essentiellement féminin, le club de la Délivrance, animé par Lodoïska Kawecka et Nathalie Le Mel. À l'emplacement de la Trinité se trouvait autrefois le cabaret de la grande Pinte, repris de 1760 à 1809 par le fameux Jean Ramponeaux, où se tint le 27 juillet 1830 une réunion des députés libéraux autour de Garnier-Pagès et Armand Barbès, préparant les Trois Glorieuses.
Barricade sous la Commune par Arnaud-Durbec Église de la Ste Trinité Nathalie Le Mel Armand Barbès
Vers l’arrêt 8 →
Prenez à gauche la rue Saint-Lazare, puis un aller-retour par la rue Taitbout jusqu'au square d'Orléans.
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Arrêt 8
★ Incontournable~15 min
Rue Saint-Lazare et square d'Orléans
Le « Phalanstère des arts » de Chopin, Sand et Dumas.
📍 Rue Saint-Lazare et rue Taitbout, 9e arr.
La rue Saint-Lazare, artère des peintres du premier XIXe siècle, mène au square d'Orléans, surnommé le « Phalanstère des arts » pour la densité de génies qui s'y sont côtoyés.
Rue Saint-Lazare — nos 58 à 24
Au n° 58, demeure du peintre Paul Delaroche en 1830. Au n° 56, demeure de Carle et Horace Vernet ; Carle y mourut le 27 novembre 1836. Au n° 44, l'actrice Marie Dorval de 1833 à 1836. Aux nos 34-40, Alexandre Dumas père de 1831 à 1833, au square d'Orléans, où il reconnut Alexandre fils. Aux nos 27-29, un hôtel Renaissance dessiné en 1774 par Brongniart. Au n° 24, Henri Tolain, auteur en 1864 du « Manifeste des Soixante » et fondateur de l'Association Internationale des Travailleurs, exclu en 1871 pour avoir désavoué la Commune.
Paul Delaroche
Rue Taitbout, n° 80 — le square d'Orléans
Le square d'Orléans fut surnommé le « Phalanstère des arts ». Dumas père y demeura à partir de 1831 et y organisa une fête mémorable le 30 mars 1833. Le violoniste Niccolò Paganini y fut hébergé au n° 10 en 1833. Frédéric Chopin y vécut avec George Sand, lui au rez-de-chaussée du n° 9 de 1842 à 1849, elle au 1er étage du n° 5 de 1842 à 1847, alors en relation avec Pierre Leroux et Heinrich Heine. La cantatrice Pauline Viardot y habita aussi quelque temps.
Frédéric Chopin George Sand
Suite de la rue Saint-Lazare — nos 10 et 2
Au n° 10, la parfumerie Detaille au décor Art nouveau remarquable de 1905. Au n° 2, demeure d'Horace Vernet, qui recevait son ami Théodore Géricault. Au n° 4 de la rue Saint-Georges toute proche, demeure de Talma, à l'origine de la scission de la Comédie-Française en 1790 autour du « Charles IX » de Chénier.
Vers l’arrêt 9 →
Descendez vers la rue Notre-Dame-de-Lorette puis la place Saint-Georges.
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Arrêt 9
★ Incontournable~15 min
Rue Notre-Dame-de-Lorette et place Saint-Georges
La brasserie des Martyrs, Delescluze et l'hôtel de Thiers.
📍 Rue Notre-Dame-de-Lorette et place Saint-Georges, 9e arr.
Cette rue et cette place, cœur commerçant du quartier, mêlent la bohème artistique du Second Empire, les figures de la Commune et l'hôtel de son ennemi juré, Adolphe Thiers.
Place Saint-Georges, n° 27 — l'hôtel d'Adolphe Thiers
Au n° 27, l'hôtel d'Élise Dosne, demeure d'Adolphe Thiers que Sophie Dosne lui apporta en dot de mariage en 1833. Ce modèle du « Rastignac » de Balzac fut arrêté sur ordre de Morny le 2 décembre 1851. Le 11 mai 1871, la maison du « boucher de la Commune » sera rasée en représailles de son refus de toute négociation. Au n° 28, l'hôtel de Thérèse Lachmann, dite La Païva, où la plus célèbre courtisane du Second Empire tint un salon fastueux à partir de 1851 ; Paul Gauguin y demeura en 1877.
Au n° 50, l'atelier d'Adolphe Sax, inventeur du saxophone, qui employa plus de 200 ouvriers ; la salle Sax fut en 1848 le siège du club des Amis de la Fraternité, et Amedeo Modigliani y provoqua un incendie le 31 décembre 1908. Au n° 35, le général argentin José de San Martín, libérateur de l'Argentine, du Chili et du Pérou, de 1835 à 1848 ; Auguste Renoir y eut un atelier en 1873-1874. Au n° 21, Émile Zola de 1874 à 1877, qui y commença « l'Assommoir ». Au n° 11, Émile de Girardin et Delphine Gay, avec le journal « La Presse », premier quotidien populaire à publier des romans-feuilletons. Au n° 9, Thérésa Cabarrus, égérie des thermidoriens. Au n° 8, maison natale d'Edgar de Gas, né ici le 19 juillet 1834.
Remontez vers l'ouest par les rues d'Aumale, de La Rochefoucauld et de la Tour des Dames, cœur historique de la Nouvelle Athènes.
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Arrêt 10
★ Incontournable~15 min
Rues d'Aumale, de La Rochefoucauld et de la Tour des Dames
Wagner, le musée Gustave Moreau et les acteurs « à l'antique » qui donnèrent son nom au quartier.
📍 Rues d'Aumale, de La Rochefoucauld et de la Tour des Dames, 9e arr.
Cet ensemble de rues Restauration constitue le noyau architectural de la Nouvelle Athènes. C'est peut-être la présence des acteurs promoteurs de la mode « à l'antique » installés rue de la Tour des Dames qui valut au quartier son nom d'inspiration grecque.
Rue d'Aumale — nos 3, 12 et 15
Au n° 3, demeure de Richard Wagner lors de son séjour parisien de 1861 pour la création de Tannhäuser, marquée par le scandale des messieurs du Jockey Club. Au n° 12, l'historien François-Auguste Mignet, fondateur avec Thiers et Armand Carrel du journal « le National », mort ici en 1884. Au n° 15, le peintre Guillaume Dubufe, auteur du plafond de la Comédie-Française.
La rue doit son nom à un moulin des abbesses de Montmartre (1320-1822). Au n° 1, l'hôtel du navigateur Louis Antoine de Bougainville, acheté en 1824 par l'actrice Mlle Mars. Au n° 3, l'actrice Mlle Duchesnois, qui y tenait de 1822 à 1834 un salon fréquenté par Victor Hugo. Au n° 5, Horace Vernet puis Paul Delaroche. Au n° 9, le tragédien Talma à partir de 1824, dont l'hôtel fut décoré par Delacroix ; ce promoteur de la mode « à l'antique » mourut ici en 1826. Au n° 11, le neurologue Jean-Martin Charcot, dont Freud suivit les cours.
Moulin de la Tour des Dames Grande Pinte Ferme de l'Hôtel Dieu
Vers l’arrêt 11 →
Regagnez la rue Jean-Baptiste Pigalle et remontez-la vers le nord, en direction de Pigalle, avec un crochet par la Cité Pigalle.
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Arrêt 11
★ Incontournable~12 min
Rue Jean-Baptiste Pigalle et Cité Pigalle
Baudelaire, Chopin et Sand, et la dernière adresse parisienne de Van Gogh.
📍 Rue Jean-Baptiste Pigalle et Cité Pigalle, 9e arr.
La longue rue Jean-Baptiste Pigalle aligne loges maçonniques, ateliers partagés et demeures de poètes, jusqu'à la discrète Cité Pigalle où Van Gogh passa ses derniers mois parisiens chez son frère Théo.
Au n° 5, deux pavillons servirent d'atelier au peintre Jules Richomme. Au n° 8, à partir du 17 mai 1890, à son retour de Saint-Rémy-de-Provence, Vincent Van Gogh habita chez son frère Théo, sa femme Johanna et leur fils.
Vincent Van Gogh
Vers l’arrêt 12 →
Rejoignez la rue des Martyrs et la rue Clauzel, en flânant dans les rues Henry Monnier, Navarin et la Bruyère.
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Arrêt 12
Optionnel~18 min
Autour de la rue des Martyrs — Tanguy, Engels et la bohème
La boutique du père Tanguy, l'adresse d'Engels et le berceau de Paul Gauguin.
📍 Rues La Bruyère, Henry Monnier, Clauzel, Navarin et des Martyrs, 9e arr.
Ce dense réseau de rues autour des Martyrs concentre les marchands de couleurs qui firent vivre les impressionnistes, les salons littéraires, les foyers militants du PCF de l'entre-deux-guerres et quelques adresses fondatrices — dont la boutique où Van Gogh peignit le père Tanguy.
Rue Clauzel — Engels, Maupassant et le père Tanguy
Au n° 29 (ex-29 rue Neuve Bréda), l'adresse postale de Friedrich Engels en 1846, alors étroitement surveillé par la police. Au n° 19, Guy de Maupassant de 1878 à 1880. Au n° 14, la boutique du marchand de couleurs Édouard, où Julien Tanguy travaillait comme broyeur. Au n° 13, une cour typique de la Nouvelle Athènes, nom donné au quartier en 1823 par le « Journal des débats ». Au n° 9, la boutique de couleurs du père Tanguy, où Van Gogh rencontra Cézanne et Signac et peignit ses célèbres portraits du marchand ; c'est là qu'Ambroise Vollard rafla pour presque rien un lot de toiles de Cézanne.
Rue Notre-Dame-de-Lorette (bas) — Gauguin et Delacroix
Le nom du quartier a donné celui des « Lorettes », prostituées de semi-luxe de l'époque de l'urbanisation. Au n° 39, Émile Gaboriau, père du roman policier, mort ici en 1873. Au n° 44, l'atelier de Charles-François Daubigny. Au n° 48, Henri Murger, auteur des « Scènes de la vie de bohème ». Au n° 56, la maison natale de Paul Gauguin, né ici le 7 juin 1848. Au n° 58, la demeure et l'atelier d'Eugène Delacroix de 1844 à 1857.
Eugène Delacroix atelier Eugène Delacroix
Vers l’arrêt 13 →
Remontez vers la rue Victor Massé et l'avenue Frochot, dernier écrin secret avant le retour vers Pigalle.
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Arrêt 13
★ Incontournable~15 min
Rue Victor Massé et avenue Frochot
Ravel, Django Reinhardt et le dernier atelier de Toulouse-Lautrec.
📍 Rue Victor Massé et avenue Frochot, 9e arr.
L'ancienne rue de Laval et l'avenue Frochot — ce coin de verdure privé — referment la boucle sur une profusion de musiciens, de peintres et de cabarets, dont le Chat Noir de Rodolphe Salis.
Avenue Frochot (n° 26) — Sabatier, Degas, les Renoir et Toulouse-Lautrec
Rue Victor Massé — nos 25 à 9, du Bal Tabarin au Chat Noir
Au n° 36, le Bal Tabarin, music-hall à la mode ouvert en 1904, détruit en 1966. Au n° 37, la demeure et l'atelier d'Edgar Degas de 1887 à 1917. Au n° 29, le compositeur Maurice Ravel, auteur du « Boléro ». Au n° 25, Vincent Van Gogh avec son frère Théo en mars 1886, avec au rez-de-chaussée la galerie de Berthe Weill où exposèrent Derain, Vlaminck et Matisse en 1901 ; Diego Rivera y présenta sa première exposition individuelle en 1914. Au n° 21, Théodore Géricault, ramené mourant ici le 26 janvier 1824. Au n° 12, l'hôtel et l'atelier du peintre belge Alfred Stevens, où Rodolphe Salis déménagea le cabaret du Chat Noir, vendu ensuite à Aristide Bruant.
Rue des Martyrs, au n° 59, l'emplacement de l'hôtel du président Lamoignon de Malesherbes, qui entreposa chez lui les œuvres interdites de Diderot, dont l'Encyclopédie. Cité Malesherbes, au n° 11, un immeuble remarquable de 1856 décoré de lave émaillée. Au n° 65 de la rue des Martyrs, la galerie du Père Soulier fréquentée en 1901 par Picasso et ses amis espagnols. Rue Alfred Stevens, au n° 8, des réfugiés juifs clandestins furent cachés pendant l'Occupation par Monsieur Servin, standardiste au commissariat qui interceptait les communications pour les prévenir.
Ressortez par le portique sur le boulevard de Clichy et longez-le à gauche pour boucler la boucle jusqu'à la place Pigalle.
14
Arrêt 14
★ Incontournable~12 min
Retour au boulevard de Clichy et place Pigalle
Renoir, Picasso, Degas et la bouche de métro Guimard : le dernier tronçon jusqu'au point de départ.
📍 Bd de Clichy et place Pigalle, 9e / 18e arr.
L'angle que forment ici les boulevards de Clichy et de Rochechouart fut imposé par la lutte des Montmartrois contre la construction du mur des Fermiers généraux sur leur territoire en 1787. Nous longeons ce dernier tronçon, riche d'ateliers d'artistes et de salles politiques, avant de retrouver la place Pigalle où tout a commencé.
Apollinaire atelier de Picasso Georges Braque atelier de Picasso Picasso Auguste Renoir
Bd de Clichy — nos 2 à 16, salles politiques et derniers ateliers
Aux nos 2-4, l'emplacement de la salle des Martyrs, où se tinrent 21 réunions politiques à la fin du Second Empire et en 1871 ; Maxime Lisbonne y installa en 1883 sa « Taverne du Bagne ». Au n° 6, l'emplacement de la salle de l'Ermitage et l'immeuble où Edgar Degas mourut à 83 ans en 1917. Au n° 8, Boris Vian à ses débuts en 1951. Au n° 10, le compositeur Darius Milhaud du « Groupe des Six » de 1923 à 1974. Au n° 16, « Le Rat qui n'est pas Mort », rendez-vous nocturne de Francis Carco et Léon-Paul Fargue. N'omettons pas d'admirer la bouche du métro Pigalle, elle aussi due à Hector Guimard et datée de 1902. Retour place Pigalle : fin du parcours.
Métro Pigalle Photo de Émile Zola, 1895 Maxime Lisbonne
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.
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