Entre Pigalle et Saint-Georges - 1ère partie : la Nouvelle Athènes


itineraire-pigalle-st-georges.jpg

Notre itinéraire partira de la place Pigalle

Place Pigalle

Si nous nous approchons du bassin qui orne son centre, nous nous trouverons approximativement à l'emplacement du pavillon, dessiné par Claude-Nicolas Ledoux, qui gardait la Barrière Montmartre — qu'on appela aussi Barrière des Martyrs ou Barrière Royale — du mur des Fermiers généraux : enceinte d'octroi construite à partir de 1785, c'est-à-dire juste avant la Révolution française, et qui ne fut d'ailleurs pas pour rien dans le déclenchement de cette dernière. N'oublions pas que deux jours avant la prise de la Bastille, le 12 juillet 1789, suite au renvoi de Necker, c'est sur ces barrières, causes du renchérissement du coût de la vie pour les parisiens, que la colère de ces derniers s'abattit. Elles furent pratiquement toutes incendiées ; une action finalement plus symbolique que la prise de la vieille prison quasiment désaffectée du Faubourg St Antoine.

    • Et d'ailleurs, rappelons que ce que nous fêtons le 14 juillet, contrairement à l'idée généralement répandue, ce n'est pas l'anniversaire de la prise de la Bastille, mais celui de la Fédération, c'est-à-dire l'unification nationale célébrée le 14 juillet 1790. Mais les pseudo-historiens sont comme les pseudo-journalistes ; ils ne retiennent que ce qui saigne.

Le matin du 18 mars 1871, le général Susbielle vient essayer de récupérer les canons que le peuple avait entreposés au champ des polonais, en haut de la Butte Montmartre. La population se masse entre autres sur cette place pour s'y opposer. Le capitaine Saint-James donne l'ordre aux gendarmes à cheval de charger la foule. Mais la troupe fraternise. Un officier est abattu. Le général Clément Thomas, un des bouchers de 1848, venu "en péquin" surveiller les opérations est reconnu et arrêté. Il est conduit au Château Rouge où il retrouvera le général Lecomte qui a, lui, donné l'ordre de tirer sur le peuple. Mais ses hommes ont mis la crosse en l'air. Les deux généraux seront fusillés dans la journée. La Commune prend alors le contrôle de Paris. Elle va instaurer le premier pouvoir ouvrier de l'Histoire.

Pendant la Semaine sanglante, le 23 mai, une barricade dressée place Pigalle sera défendue par un bataillon de 50 femmes qui avaient déjà combattu aux Batignolles et place Blanche, mais qui ont dû se replier ici. Parmi elles, Nathalie Le Mel, une militante de l'Association Internationale des travailleurs, fondatrice avec Eugène Varlin des Marmites, ces restaurants coopératifs créés pour les ouvriers pendant le Second Empire ; et Elisabeth Dmitrieff, représentante de l’Internationale à Paris.

Le 26 mars 1941, Boris Vildé, alias Maurice, fondateur du réseau du Musée de l'Homme, vient à un rendez-vous avec Albert Gaveau. Mais ce dernier est un agent des SS. Boris Vidé est arrêté par la Gestapo, il sera fusillé au Mont Valérien.

Autour de la fontaine près de laquelle nous nous trouvons se tenait tous les dimanches matin, depuis 1862, le "marché aux modèles" pour les peintres et sculpteurs nombreux à avoir leur atelier dans le quartier. Rassemblant essentiellement des italiens, ce marché disparut après l'attentat de Caserio contre le président Sadi Carnot en 1894.

    • Il y eut également ici la "foire aux musiciens", sorte de boîte d'intérim en plein air pour les cabarets du coin.

Faisons maintenant le tour de la place.

Bd de Clichy vers l'Ouest

Rue Fromentin aller-retour

  • 12 : Demeure d'André de Latour, dit André de Lorde, "Prince de l'épouvante", auteur dramatique du Grand Guignol.
  • 8 : Cabaret le Monte-Cristo, créé en 1940 par Cyrille Makiwsky avec Vicky Obolensky et Jacques Arthuys, à l'initiative du colonel Alfred Touny, chef de "l'Organisatioon civile et militaire", dans le but de faire du renseignement.
  • 7 : Succursale de l'académie de peinture de Rodolphe Julian, qui forma en particulier de nombreux peintres et sculpteurs étrangers. Celle-ci était réservée aux hommes ; mais il était le seul à tenir par ailleurs, rue du Cherche-Midi, une académie ouverte aux femmes, ce qui n'était pas le cas des Beaux arts à cette époque. Un tableau de Marie Bashkirtseff reflète l'ambiance "cool" de cette fameuse école dont les frasques défrayaient régulièrement la chronique.

Continuer le boulevard de Clichy

  • 43 : Ici se trouvait le Moulin de la Chanson, mi théâtre, mi cabaret. Noël-Noël y fit ses débuts en 1920.
  • 47 : Et là, le casino de Montmartre, fondé par Trombert en 1899. Émile Bessière y créa le tube de l'époque : "Bonsoir Madame la Lune". Le jeune Maurice Chevalier y chanta à ses débuts.
  • 53 : Côte à côte, on trouvait à cet emplacement les cabarets du Ciel à gauche, et de l'Enfer à droite, créés par Antonin en 1898 ; des établissements aux façades quelque peu délirantes. Mais on aura beau dire, le boulevard d'alors avait "une gueule". Aujourd'hui il n'a plus que des fesses !...
  • 54 : Restaurant "les Frites Révolutionnaires", ouvert en 1888 par... Maxime Lisbonne. Eh oui, encore lui, le génial mousquetaire de la Commune, assisté de son compère Louis Bardet. Marcel Legay en était le "barde". On livrait à domicile. Encore une invention du glorieux colonel, que Didier Daeninckx vient — oh bonheur ! — de nous faire revivre avec son "Banquet des Affamés".
    • face au 57 : Avez-vous remarqué l'œuvre d'art devant laquelle vous venez de passer, sans doute sans y prendre garde comme le font pratiquement chaque jour l'immense majorité des parisiens ? Laquelle dites-vous ? Où cela ? Mais la bouche du métro Blanche bien-sûr, œuvre symbole du style Art nouveau, dessinée et techniquement conçue par Hector Guimard ! Eh oui, on ne les remarque même plus ; et pourtant… Elles étaient révolutionnaires elles-aussi, tant pour le style que par leur conception industrielle. Celle-ci date de 1902.
  • 58-60 : La villa des Platanes est malheureusement privée. Mais si un habitant sympa vous laisse y jeter un œil — le plus discret possible afin de ne pas troubler la tranquillité de ce lieu magique — vous pourrez admirer l'escalier à double volute qui donne accès au bâtiment principal et à son jardin. Un surprenant bas-relief évoquant sans doute une des insurrections de la Monarchie de Juillet, à moins que ce ne soit la révolution de 1830 elle-même, orne la première cour.
  • 60 : Jean Baptiste Clément ouvrit ici en 1901 une librairie de propagande socialiste. Il y publiait la revue "l'Avenir du XVIIIème", avant de déménager l'année suivante rue de Laval.
  • 62 : Restaurant "Le Tambourin", qui exposait vers 1885 des peintres dits "du Petit boulevard". Il était tenu par Augustina Segatori, et fréquenté par Toulouse-Lautrec, Bernard, Anquetin, Steinlen, ForainVincent Van Gogh y exposa ses toiles sans succès à ses débuts, en 1887.
  • 64 : Hôtel "le Radio", où séjournèrent Jacques et Simone Prévert en 1928. L'auteur de "Paroles" et de "Spectacle" écrivit ici ses premiers poèmes. Le couple venait de quitter le phalanstère de la rue du Château. Breton leur rendait visite en voisin.
  • 68 : Une plaque mensongère a longtemps indiqué ici le cabaret du Chat Noir, en jouant sur un quiproquo autour de l'usurpation de ce nom par Jean Chagot, qui avait abusé de la veuve de Rodolphe Salis en lui extorquant l'autorisation d'appeler l'établissement, qu'il ouvrit ici en 1900, le "Caveau du Chat Noir". Une carte postale, dont la reproduction circule toujours, présente à tort sa façade comme celle du premier cabaret de Salis.
    • À sa place se trouve aujourd'hui un café qui a repris à son tour le nom du célèbre cabaret. C'est à une de ses tables que Boris Vian aurait rédigé en 1954 les paroles de son "Déserteur", dont la version originale avait un sens beaucoup moins pacifiste que celle que Marcel Mouloudji lui a fait retoquer ; il avait en effet écrit : "dites à vos gendarmes que je possède une arme et que je sais tirer". Chacun choisira la sienne !...

Place Blanche

Nous l’évoquerons plus en détail lors d’une prochaine balade.

  • 3 : Le café de la Place Blanche, cet autre repaire des Surréalistes dans les années 1940 — Breton n'avait que 70 mètres à faire pour s'y rendre — est devenu un Buffalo Grill. Après-tout, la compagnie du tueur de bisons auquel la chaîne propriétaire, grande pourvoyeuse de viande hachée, fait référence, aurait peut-être plu à ces grands enfants. Apollinaire et Max Jacob n'avaient-ils pas songé à créer une "Société des amis de Fantômas" !...
  • 5 : Le cabaret le Liberty's, plus connu sous le nom de Tonton, dirigé par Gaston Baheux, était fréquenté par de nombreux peintres connus : Bernard Buffet, Maurice de Vlaminck, Raoul Dufy, Gen Paul

Rue Pierre Fontaine

Dès la matinée du 18 mars 1871, une barricade fut érigée dans cette rue qui s'appelait alors simplement rue Fontaine ; sans doute une des premières dressées sous la Commune.

  • 45 : Demeure d'Auguste Villiers de l'Isle-Adam, auteur des "Contes cruels", de 1888 à 1889.
  • 42 : André Breton eut d'abord ici, en janvier 1922, un atelier au 1er étage, donnant sur le boulevard au dessus des cabarets "Le Ciel" et "l'Enfer". Il habitera par la suite au 4ème, escalier B, au fond de la cour. C'est à cette époque qu'il adhère au PCF.
    • En 1924, Clara Malraux viendra demander au "pape du Surréalisme" son soutien, suite à la condamnation à trois ans de prison de son époux. Ce dernier lui reprochera cette démarche.
    • Jacques Prévert viendra rencontrer Breton ici pour la première fois en 1925.
    • Paul Éluard, qui habitait alors à Eaubonne, eut également un atelier dans cet immeuble au 3ème étage de 1924 à 1931.
    • C'est dans le cinéma Hollywood, depuis longtemps fermé, qu'eut lieu, le 2 décembre 1932, la première projection du film "L'affaire est dans le sac", de Pierre Prévert. Son frère en était le scénariste. Il avait été tourné avec l'ex groupe de la rue du Château. Ce fut un fiasco.
  • 37 : Annexe de l'académie de peinture de Rodolphe Julian selon Hillairet.
  • 27 : Demeure du poète mexicain José Maria Luis Mora, inspirateur de la réforme libérale du Mexique. Il mourut ici le 14 juillet 1850.
    • Au rez-de-chaussée se tenait la maison Tasset et Lothe, fabricants de couleurs fines et de matériel photographique chez qui se fournissaient Degas et Van Gogh.

Rue de Douai à gauche aller-retour

  • 22 : Demeure de Georges Bizet de 1869 à sa mort en 1875.
    • Geneviève Strauss, dreyfusarde active, tenait ici un salon que fréquentaient Léon Blum et Bizet. Elle fut semble-t-il l'inspiratrice de "Carmen".
    • Demeure également d'Edmond Lepelletier, ami et correspondant de Paul Verlaine.

Continuer la rue Pierre Fontaine

Rue Chaptal

Rue Blanche à gauche

Rue Paul Escudier

Rue Henner à droite

Rue La Bruyère à droite

  • 45 : Demeure du compositeur Hector Berlioz avec la jeune cantatrice Maria Recio, qu'il avait épousée après la mort de sa première femme en 1854.
    • Ce fut également la maison d'enfance de Jean Cocteau, chez son grand-père, entre 1891 et 1907.
  • 47 : Demeure de Léon-Émile Petitdidier, dit Émile Blémont, poète et journaliste, ami de Verlaine.
  • 61 : Atelier en 1904-1905, dans l'ex rue Boursault, d'Henri Manguin, un des peintres "Fauves" les plus caractéristiques. Avec Henri Matisse et Albert Marquet, ils peignent tous trois le même modèle qu'ils intitulent "Académie rue Boursault" ou "Nu dans l'atelier".

Rue Moncey aller-retour

Rue Blanche vers le bas

Place d'Estienne d'Orves

De violents combats eurent lieu sur cette place le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante. Une barricade y avait été érigée la veille à l'annonce de l'entrée des versaillais dans Paris. Ces derniers canonnèrent ici des Fédérés qui s'étaient réfugiés sous le porche de l'église de la Ste Trinité.

  • 1 : À l'emplacement de la Trinité se trouvait autrefois le cabaret de la grande Pinte, tenu par Magny. Il fut repris de 1760 à 1809 par le fameux Jean Ramponeaux qui avait laissé la courtille du Temple à son fils. Il devint alors le cabaret des Porcherons, un établissement de 600 places où se tint le 27 juillet 1830 une réunion des députés libéraux autour de Garnier-Pagès et Armand Barbès, qui prépara l'insurrection des Trois glorieuses.

Rue St Lazare à gauche

  • 58 : Demeure du peintre Paul Delaroche en 1830.
  • 56 : Demeure de Carle et Horace Vernet. Carle mourut ici le 27 novembre 1836.
  • 44 : Demeure de l'actrice Marie Dorval, dont nous avons déjà parlé plus haut, de 1833 à 1836.
  • 34-40 : Demeure d'Alexandre Dumas père, de 1831 à 1833, au n° 2 square d'Orléans. Il vivait alors avec Bell Krelsamer. Après la naissance de leur fille, Dumas reconnut Alexandre fils, alors âgé de 6 ans. Ce dernier présentera plus tard son père comme "un grand enfant qu'il avait eu quand il était tout petit".
  • 27-29 : Magnifique Hôtel de style Renaissance dessiné en 1774 par l'architecte Brongniart pour Melle Dervieux, une danseuse de l'Opéra.
  • 24 : Demeure d'Henri Tolain, ciseleur sur bronze, auteur en 1864 du "Manifeste des Soixante" ; un des fondateurs de l'Association Internationale des Travailleurs. Il en sera exclu en avril 1871 pour avoir désavoué la Commune.

Rue Taitbout à gauche aller-retour

  • 80 : Le square d'Orléans fut surnommé, et pour cause, le "Phalanstère des arts".
    • Nous avons vu qu'Alexandre Dumas père y demeura à partir de 1831. Il organisa ici une fête mémorable le 30 mars 1833.
    • Le célèbre violoniste Niccolò Paganini fut hébergé chez les Movedey au n° 10 en 1833.
    • Frédéric Chopin y vécut avec George Sand, lui au rez-de-chaussée du n° 9 de 1842 à 1849.
    • Elle au 1er étage du n° 5 de 1842 à 1847. Elle était alors en relation avec Pierre Leroux et Heinrich Heine.
    • La cantatrice Pauline Viardot habita également ici quelques temps.

Continuer la rue St Lazare

Rue St Georges à gauche aller-retour

  • 4 : Demeure de Talma, célèbre tragédien à l'origine de la scission de la Comédie française en 1790, suite à la programmation du "Charles IX" de Chénier.

Continuer la rue St Lazare

Rue Notre-Dame de Lorette

Place St Georges

  • 27 : Hôtel d'Élise Dosne, demeure d'Adolphe Thiers que la fille d'Eurydice Matheron, dite Sophie Dosne, lui apporte en dote de mariage en 1833 ; ce qui n'empêchera pas ce champion toute catégorie de l'opportunisme de continuer à coucher avec la mère et la sœur, Félicie Dosne. On parlera à l'époque des "trois moitiés de Monsieur Thiers".
    • Ce modèle du "Rastignac" de Balzac n'a pas pris à temps le train dictatorial de Napoléon-Badinguet, ce qui lui vaudra d'être arrêté par le commissaire Hubault sur ordre de Morny le 2 décembre 1851.
    • Le 11 mai 1871, la maison du boucher de la Commune — la cambuse à Foutriquet — sera rasée en représailles de son acharnement à refuser toute négociation avec le peuple de Paris. Ce dernier le paiera de 30 000 assassinats.
  • 28 : Hôtel de Thérèse Lachmann, dite La Païva, dessiné en 1833 par l'architecte Édouard Renaud, où la plus célèbre courtisane du Second Empire tint un salon fastueux plus que raffiné à partir de 1851.

Rue St Georges aller-retour

  • 60 : Autre demeure de Sulpice-Guillaume Chevalier, dit Paul Gavarni, caricaturiste fameux du "Charivari", de "La Mode", et de "la Caricature".
  • 51 : Hôtel de Polydore Millaud, fondateur du "Petit Journal" en 1855. Une architecture typique du quartier.
    • Il accueillit plus tard le siège du journal "Les Annales", dans les locaux duquel Yvonne Sarcey ouvrit une université féminine, le 20 janvier 1907.
    • Il fut enfin, en 1939, le siège de la FSGT, Fédération sportive et gymnique du travail — organisation sportive du syndicat CGT — et de la revue "Sport" qu'elle éditait depuis 1931. Elle était dirigée par Paul Arma et possédait un hymne intitulé "Sport rouge".
  • 50 : Antoine Joseph Sax, dit Adolphe Sax, inventeur du saxophone, avait ouvert ici au cours des années 1840 un atelier de fabrication d'instruments de musique à vent en bois et cuivre. Elle employa à certains moments plus de 200 ouvriers. Il avait adjoint à sa fabrique une salle de concerts destinée à organiser des démonstrations.
    • En 1848, la salle Sax fut le siège du club des Amis de la Fraternité, un club réactionnaire fondé et dirigé par Henri de Riancey, futur député monarchiste de la Sarthe.
    • Le dessinateur André Warnod habita par la suite l'immeuble actuel. Amedeo Modigliani, sous l'influence de la drogue, y provoqua un incendie le 31 décembre 1908.
  • 43 : Adolphe Sax habitait ici vers 1840, non loin de son entreprise.
  • 41 : Demeure de Suzanne Valadon qui virait alors avec le peintre André Utter, après avoir divorcé de Paul Mousis en 1909.
  • 35 : Demeure, de 1835 à 1848, du général Argentin José de San Martin, libérateur de l'Argentine du Chili et du Pérou, exilé en France depuis 1824.
    • Auguste Renoir eut ici un atelier au début de sa carrière, en 1873 et 1874. Il commençait alors à exposer avec Monet.
  • 29 : Appartement de Pierre-Firmin Martin, dit le Père Martin, qui vendait des tableaux de Corot, Millet, Boudin, Jongkind, Pissaro… entre 1859 et 1899.
  • 22-24 : Emplacement de la demeure, à partir de 1839, de Daniel François Esprit Auber, compositeur d'opéras comiques, directeur du Conservatoire après Cherubini. Il mourut ici le 12 mai 1871.
  • 21 : Demeure d'Émile Zola de 1874 à 1877. C'est ici qu'il commença la rédaction de "l'Assommoir" en 1875.
  • 19 : Siège de la "Nouvelle critique" et de "l'École de la Nation", deux revues éditées par le PCF.
  • 17 : Emplacement de la maison natale d'Henri Murger, auteur des "Scènes de la vie de bohème" qui vint au monde le 27 mars 1822.
  • 14 : Siège des journaux "La Fronde", puis "Le Bâtiment".
  • 11 : Demeure du patron de presse Émile de Girardin et de sa femme Delphine Gay. Cette dernière tenait sous la Monarchie de Juillet un salon très politique fréquenté par Adolphe Thiers, Guizot, Odilon Barrot… mais aussi littéraire avec Victor Hugo, Alfred de Musset, Lamartine, Balzac
    • C'était en même temps le siège du journal "La Presse", fondé par son mari, dans lequel elle inaugura en 1835, sous le titre des "Lettres parisiennes", une rubrique de "potins".
    • C'est également ce journal de Girardin, le premier quotidien populaire à prix modique, qui inaugura la publication de romans feuilletons. Le premier qu'il publia fut "La Vieille Fille", d'Honoré de Balzac.
    • À la même adresse se trouvait la salle St Georges. Elle accueillit le "Club du journal l'Assemblée nationale", présidé par Viennet, Odiot, de Marmier et Nys ; un club réactionnaire créé pour les élections de 1848.
    • 11-15 bis : Par la suite fut construit ici l'immeuble du journal "l'Illustration" qui existe toujours.
  • 10 : Siège du "Club de la Liberté des élections Républicaines" en 1848.
  • 9 : Demeure de Thérésa Cabarrus, égérie des thermidoriens, qui se maria avec Tallien le 26 décembre 1794.
  • 8 : Maison natale du futur peintre Impressionniste Edgar de Gas. Il naquit ici, dans une famille de banquiers, le 19 juillet 1834. Il accolerait plus tard la particule à son patronyme.

Rue d'Aumale

Elle constitue un ensemble unique d'immeubles caractéristiques de l'époque de la Restauration.

  • 3 : Demeure de Richard Wagner lors d'un séjour qu'il fit à Paris en 1861 pour la création de Tannhäuser à l'Opéra. Ce fut l'occasion d'un scandale provoqué par ces messieurs du Jockey Club qui, habitués à arriver au 2ème acte après leur dîner, n'avaient pas apprécié que le compositeur n'accepte pas de reculer la présentation du ballet dans lequel intervenaient leurs "petites protégées". Instructif, n'est-il pas, sur les mœurs de la bourgeoisie sous le Second Empire ?!... On peut supposer que ce sont les mêmes qui dénoncèrent l'immoralité des Communards. Et d'ailleurs, qu'en est-il aujourd'hui ?
  • 12 : Demeure du journaliste et historien François-Auguste Mignet, fondateur avec Thiers et Armand Carrel du journal "le National", théoricien des révolutions bourgeoises. Il mourut ici le 24 mars 1884.
  • 14 : Une cour typique de l'urbanisme du 9ème arrondissement.
  • 15 : Demeure du peintre et décorateur Guillaume Dubufe, auteur du plafond de la Comédie française.

Rue de La Rochefoucauld à gauche

Rue de la Tour des Dames

Elle doit son nom à la présence dans ces parages d'un moulin appartenant aux abbesses de "la Butte" — les Dames de Montmartre — de 1320 à 1822.

  • 1 : Cet Hôtel fut habité par le célèbre navigateur Louis Antoine de Bougainville.
    • Il fut acheté et rénové en 1824 par l'actrice Anne Boutet-Monvel, dite Melle Mars.
  • 3 : Demeure d'une autre actrice fameuse, Catherine-Joseph Raffin, dite Melle Duchesnois, Elle tenait ici, de 1822 à 1834, un salon littéraire fréquenté par Victor Hugo.
  • 5 : Demeure d'Horace Vernet puis de son gendre Hippolyte de La Roche, dit Paul Delaroche, de 1846 à 1856.
  • 7 : Delaroche avait d'abord habité ici à partir de 1835.
  • 9 : Demeure du tragédien Talma à partir de 1824. Son Hôtel fut décoré par Delacroix. Ce promoteur de la mode "à l'antique" — il avait nommé ses enfants Henri-Castor et Charles-Pollux —, réforma le costume de théâtre en l'adaptant au contexte des pièces jouées. Il mourut ici le 19 septembre 1826.
  • 11 : Demeure de Jean-Martin Charcot, célèbre neurologue dont Freud vint suivre les cours à Paris, père du nom moins fameux explorateur prénommé Jean-Baptiste, explorateur des zones polaires et commandant du "Pourquoi pas ?".
  • 14-18 : Ici se tenait la direction de la Poste aux chevaux, dirigée par un certain Adolphe Dailly, à partir du 14 août 1830.

Est-ce la présence de tous ces acteurs promoteurs de la mode "à l'antique" habitant ce quartier, qui lui valut le nom de "Nouvelle Athènes" ? Ou comme on le dit parfois la seule proximité du fameux café de la place Pigalle ?... Qui saura jamais ?...

Rue Blanche à droite

Rue Jean-Baptiste Pigalle

Cité Pigalle aller-retour

  • 5 : Deux pavillons servirent ici d'atelier au peintre Jules Richomme.
  • 8 : À partir du 17 mai 1890, à son retour de St Rémy de Provence, Vincent Van Gogh habita ici chez son frère Théo avec sa femme Johanna et leur fils.

Rue Notre-Dame de Lorette

Rue de La Rochefoucauld à droite

Rue La Bruyère à gauche

Rue Henry Monnier

  • 2 : Demeure de la poétesse Louise Colet qui tint ici, dans l'ancienne rue Bréda, un salon littéraire fréquenté entre autres par Victor Hugo. Un fort tempérament au demeurant : elle poignarda Alphonse Karr pour avoir fait allusion à ses amours clandestines avec Victor Cousin en juillet 1840.
  • 4 : Le bordel de la rue Bréda, tenu par Louise Brémont, fut fréquenté par Émile Zola ; au titre de terrain de documentation, s'entend.

Rue Clauzel

  • 29 : Demeure du peintre A.F. Körner, alors 29 rue Neuve Bréda. Ce fut l'adresse postale de Friedrich Engels en 1846. Il était alors étroitement surveillé par la police.
  • 19 : Demeure de Guy de Maupassant dans l'ancien passage Bréda, de 1878 à 1880.
  • 14 : Boutique-atelier du marchand de couleurs Édouard, chez qui Julien Tanguy, dit le Père Tanguy, travaillait comme broyeur, avant d'ouvrir son propre commerce presque en face, au n°9, après qu'Édouard ait cédé son fonds à un certain Mulard avec lequel Tanguy ne s'entendait pas. La plaque qui surplombe le porche est donc sans doute quelque peu "déplacée"...
  • 13 : Cour typique de la Nouvelle Athènes, dans un immeuble de 1822. Ce nom a été donné au quartier l'année suivante par le "Journal des débats".
  • 11 : Demeure d'Alphonse Boudard, ex tôlard devenu romancier et scénariste, auteur d'une méthode d'apprentissage de l'argot intitulée "la méthode à Mimile".
  • 9 : C'est donc ici que se trouvait à proprement parler la boutique de couleurs du Père Tanguy. Suite à des échanges avec des peintres peu fortunés, il exposa également des tableaux en 1886 et 1887. Van Gogh y rencontra entre autres Cézanne et Signac. C'est ici, semble-t-il, et non pas en face, qu'il peignit ses célèbres portraits du propriétaire des lieux. En tout cas c'est bien ici qu'Ambroise Vollard rafla pour presque rien, à la mort du génial marchand de couleurs, un lot de toiles de Paul Cézanne lors d'une vente au bénéfice de sa veuve.

Rue des Martyrs à gauche

Rue de Navarin

Rue Henry Monnier à droite aller-retour puis à gauche

Rue Notre-Dame de Lorette à droite

Son nom, qui est celui du quartier et, à l'origine, de l'église autour de laquelle il s'est construit, a donné celui des pratiquantes d'une activité pourtant pas très catholique : les "Lorettes" ; des prostituées de "semi-luxe" qui l'avaient investi à l'époque de son urbanisation.

Rue de La Rochefoucauld à droite

Rue Jean-Baptiste Pigalle à droite

Rue Victor Massé aller-retour

  • 36 : Le Bal Tabarin n'existe plus. Ouvert en 1904 par Auguste Bosc, il était devenu le music-hall à la mode où se produisaient des artistes aussi célèbres qu'inattendus comme Jacques Tati, avec sa tournée du facteur, ou Jean Weber de la Comédie française. Il fut détruit en 1966 ; mais son superbe décor Art nouveau avait déjà été "modernisé" depuis longtemps.
  • 37 : Emplacement de la demeure et de l'atelier d'Edgar Degas, dans les combles d'un ancien immeuble, de 1887 à 1917.

Rue Jean-Baptiste Pigalle à droite

  • 58 : Les Tréteaux de Tabarin, créés ici en 1895, qui donnèrent leur nom au bal voisin, étaient connus pour la verve de leurs chansonniers. Ils devinrent après bien des péripéties juridiques, la "Boîte à Fusty", puis le cabaret de la Lune Rousse. Ils accueillirent entre autres Théodore Botrel, chantre de la Bretagne mais aussi grand massacreur de "boches" — en chanson, s'entend — avec sa "petite mitrailleuse" composée pendant la "Grande guerre" ; comme si une guerre pouvait être "grande"…
  • 60 : Demeure de Charles Baudelaire d'octobre 1852 à 1854.
  • 62 : Atelier du photographe Étienne Carjat en 1866.
  • 67 : Emplacement d'une poste aux chevaux pour les voitures de luxe en 1830. Un abreuvoir serait encore visible dans le jardin.
  • 73 : Encore un établissement sorti en 1893 de l'imagination débordante de notre cher Maxime Lisbonne : le "Casino des Concierges". Il devint par la suite, repris par Maxime Brienne et Alexandre Leclerc dit le Bruyant, le "Cabaret Bruyant". Ils y inventèrent le concept de revue de cabaret.
  • 75 : Cabaret du Hanneton, rendez-vous lesbien fréquenté vers la fin des années 1890 par Henri de Toulouse-Lautrec qui peignit sa tenancière, Madame Armande, dans "La Grande Loge".

Rue Frochot à droite

Rue Victor Massé à droite aller-retour puis à gauche

C'est l'ancienne rue de Laval.

  • 26 : L'avenue Frochot.
      Ce petit coin de verdure, de paix et d'Histoire, est bien entendu interdit au public... Nous ne pourrons donc qu'évoquer, à propos de cette belle allée qui débouchait autrefois sur la place Pigalle, la présence de quelques personnages qui ont compté dans le domaine des arts.
    • n° 1 : Demeure du compositeur Victor Massé, décédé ici le 5 juillet 1884.
    • n° 4 : Demeure, de 1846 à 1861, de la belle Aglaé Sabatier, dite Apollonie Sabatier, dite "la présidente Sabatier", qui fit chavirer le cœur de plus d'un, dont celui de Baudelaire. C'est dans son salon que fut décidée la création de "La Revue de Paris". Elle servit de modèle à Auguste Clésinger pour sa très érotique "Femme mordue par un serpent" qui se trouve aujourd'hui au musée d'Orsay ; et peut-être aussi pour "l'Origine du monde" de Courbet, mais personne malheureusement n'est plus là pour confirmer la ressemblance.
    • Ce fut aussi la demeure et l'atelier d'Edgar Degas en 1876 et 1877, après qu'il ait quitté le 77 rue Blanche suite à la faillite de la banque familiale de Naples.
    • N° 5 : Demeure de Paul Meurice, journaliste républicain ami de Victor Hugo, chez qui ce dernier fut hébergé à son retour d'exil le 5 septembre 1870. Anticipant les événements, le poète était déjà revenu à Bruxelles chez son fils Charles.
    • n° 6 : Demeure de Django Reinhardt en 1944 avec Sophie Ziegler dite Naguine. Leur fils Jean-Jacques dit Babik naquit ici.\t
    • n° 7 : Demeure d'Alexandre Dumas père en 1850 et 1851.
    • Plus tard, en 1881, ce fut celle du célèbre violoniste et chef d'orchestre wagnérien Charles Lamoureux, créateur des concerts qui portent son nom.
    • Et encore plus tard, de 1937 à 1969, celle d'Auguste Renoir puis de son fils Jean, le cinéaste.
    • n° 15 : Dernier atelier d'Henri de Toulouse-Lautrec en 1897.
  • 12 : Hôtel qui appartint au peintre belge Alfred Stevens. Il y avait aussi son atelier.
  • 9 : Une vieille confusion fait par erreur demeurer ici le peintre Paul Delaroche en 1840. Il n'y a jamais vécu.
    • Ce fut par contre le siège du journal "Le Populaire de Paris", édité par les Socialistes minoritaires à partir du 11 avril 1918.
    • L'immeuble devint en 1928 le second siège national de la Fédération de la SFIO.
    • Le bâtiment avait abrité le second atelier de Georges Leclanché, fondateur de l'entreprise qui porte son nom et ami de Victor Hugo. Il fabriquait ici piles, accus, paratonnerres, télégraphes, dynamos… Un peu difficile à imaginer aujourd'hui dans ce quartier.
  • 6 : Ici se tenait entre deux guerres la "Librairie populaire" du PCF. Elle diffusait livres, brochures et tracts du parti, mais aussi des bonnets phrygiens, des bustes, des insignes, des drapeaux rouges…

Rue des Martyrs à gauche

  • 59 : Emplacement de l'Hôtel du président Lamoignon de Malesherbes, censeur de la Bibliothèque royale, qui paradoxalement protègeait les philosophes et entreposa chez lui les œuvres de Diderot pourtant interdites, dont l'Encyclopédie, entre 1752 et 1759.

Cité Malesherbes aller-retour

  • 11 : Immeuble remarquable dessiné en 1856 par l'architecte Anatole Jal, et décoré de pierres cuites et de lave émaillée par J. Jollivet. Une des façades les plus représentatives du quartier de la Nouvelle Athènes.
  • 12 : Troisième siège national de la Fédération de la SFIO en 1938.
    • Germain Nouveau habita cette cité en 1879, à une adresse qui nous reste inconnue.

Continuer la rue des Martyrs

Rue Alfred Stevens

  • 8 : Des réfugiés juifs clandestins furent cachés ici pendant l'Occupation. Monsieur Servin, standardiste au commissariat du 17ème arrondissement, interceptait les communications et les prévenait des menaces d'arrestation.
    • Une belle fontaine de 1906 se trouve au fond du passage.

Nous ressortons par le portique qui donne sur le boulevard de Clichy
L'angle que forment ici les boulevards de Clichy et de Rochechouart fut imposé par la lutte des habitants de Montmartre contre la construction sur leur territoire du mur des Fermiers généraux en 1787. Ah, ces Montmartrois !...

Bd de Clichy à gauche

Changeons maintenant de trottoir et reprenons le boulevard à partir de l’angle Nord de la rue des Martyrs.

  • 2-4 : Emplacement d'une salle, dite salle des Martyrs, où se tinrent 21 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire et en 1871.
    • Après sa démolition, Maxime Lisbonne, le "citoyen Lisbonne", ex Communard blessé sur les barricades de la Semaine sanglante, déporté en nouvelle Calédonie, installa pendant quelques temps en 1883, dans une construction de fortune sur un terrain vacant, sa "Taverne du Bagne". Elle était dirigée par un certain Ledanseur. Ce fut le premier de ces établissements atypiques dont le "Murat de la République" avait le secret. Il dut le transférer l'année suivante au 12 de la rue de Belleville.

Ce coup-ci n'omettons pas d'admirer la bouche du métro Pigalle, toujours d'Hector Guimard, elle aussi de 1902.

Retour place Pigalle

Fin du parcours