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Balade · 6e–14e arr.

Montparnasse 2ème partie : de Vavin à Denfert-Rochereau : les Années folles

Des cafés mythiques du carrefour Vavin aux ateliers de Campagne-Première, la traversée d'un quartier où se croisèrent la Commune, l'avant-garde artistique et les révolutionnaires du monde entier.
📍 12 arrêts
🚶 ~3.2 km
~3h
📖 6e–14e arr.
Montparnasse 2ème partie : de Vavin à Denfert-Rochereau : les Années folles

Nous repartons, pour cette seconde balade autour de Montparnasse, du métro Vavin, à la croisée des deux boulevards, Raspail et du Montparnasse. Des grands cafés des Années folles — le Dôme, la Rotonde, la Coupole, le Select — nous descendrons jusqu'à Denfert-Rochereau, à travers un dédale de rues où se sont succédé, sur près d'un siècle, les combattants de la Commune, les avant-gardes artistiques, les exilés révolutionnaires du monde entier et les grands meetings antifascistes qui préparèrent le Front populaire.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Le carrefour Vavin

Le Dôme, la Rotonde, la Coupole, le Select — l'épicentre du Montparnasse des Années folles.
📍 Bd du Montparnasse, carrefour Vavin, 6e / 14e arr.

Nous repartons du métro Vavin, à la croisée des boulevards Raspail et du Montparnasse. Ici se concentrent les grands cafés qui firent la légende du quartier : en quelques dizaines de mètres se côtoyaient exilés politiques, peintres, écrivains anglo-saxons et poètes. C'est le cœur battant du Montparnasse cosmopolite du premier tiers du XXe siècle.

108 — Le Dôme

Le café "[Le Dôme>>http://paris1900.lartnouveau.com/paris14/bd_montparnasse/le_dome.htm]]". Lénine, lors de son séjour à Paris, y rencontrait Trotsky et Krassine. Il était fréquenté par de nombreux artistes, parmi lesquels Diego Rivera, Amedeo Modigliani, Pablo Picasso, Max Jacob, Guillaume Apollinaire, André Derain, Maurice de Vlaminck, Maurice Utrillo, Kisling, Foujita

Dans les années 20, le Dôme détrôna La Coupole. Il vit passer en particulier la bande des auteurs anglo-saxons autour de Sylvia Beach : Fitzgerald, Hemingway, Pound, Ford Madox Ford, Sinclair Lewis, MillerSerge Férat, l'illustrateur d'Apollinaire qui créa les costumes des "Mamelles de Tirésias", y habita entre 1907 et 1910. François Faure, alias Paco, adjoint du colonel Rémy et membre de la Confrérie Notre-Dame, fut arrêté devant le Dôme le 15 mai 1942, après une rencontre avec deux agents filés par la Gestapo.

103-105 — La Rotonde

Le café de "La Rotonde" fut à l'origine de la réintroduction de la bière dans la capitale, servie de nouveau ici à partir de septembre 1866. Le lieu était fréquenté par Apollinaire, Picasso, Derain, Salmon, Max Jacob, Modigliani…

Les exilés russes s'y rencontraient dès 1910 — Lénine, Trotsky, Julius Martov, Losovsky, Lounatcharski, Ilya Ehrenbourg… — sans se douter que le patron faisait office d'indicateur de police. Il sera pris à parti pour cela le 13 juillet 1923 par Malcom Cowley et Louis Aragon. En 1914, Trotsky y fait la connaissance de Diego Rivera. Simone de Beauvoir naît le 9 janvier 1908 dans l'immeuble au-dessus de l'établissement, où elle passera son enfance jusqu'en 1919.

102-104 — La Coupole

Au bar de "La Coupole", Louis Aragon rencontre pour la première fois Vladimir Maïakovski le 5 novembre 1928. Le lendemain, c'est Elsa Triolet dont il fait ici la connaissance ; ils ne se quitteront plus. La brasserie est aussi fréquentée par Ilya Ehrenbourg et Sergueï Eisenstein. Mais, réquisitionnée pendant l'Occupation, elle deviendra le lieu privilégié des fêtes du "Tout-Paris allemand".

99 — Le Select

Le café "Le Select" est le point de ralliement de la "lost generation" américaine. Robert Desnos et Hemingway y ont de longues discussions sur la guerre d'Espagne en 1936.

Vers l’arrêt 2 →
Quittez le boulevard et engagez-vous dans la rue Vavin, qui monte vers l'est.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~12 min

Rue Vavin

Une rue tranquille qui fut, en 1871, une barricade tenue deux jours face aux Versaillais.
📍 Rue Vavin, 6e arr.

C'est dans la rue Vavin qu'Henry Bauër, fils naturel d'Alexandre Dumas père et commandant la 6ème légion de la Garde nationale Fédérée, installa son poste de commandement le 22 mai 1871. Une barricade érigée ici résista deux jours aux assauts des Versaillais. Des incendies de protection furent allumés le 23, détruisant deux immeubles — fait pour lequel Maxime Lisbonne, venu négocier l'évacuation des combattants, fut accusé à tort et condamné lourdement.

50, 45, 28 — Bryant, Dombrowski, La Harpe

Au 50, demeure de Louise Bryant, veuve de John Reed, l'auteur de "Dix jours qui ébranlèrent le monde", en 1936. Au 45, demeure de Jaroslaw Dombrowski, général polonais qui se mit au service de la Commune en 1871 : blessé grièvement pendant la Semaine sanglante sur une barricade rue Myrha, il mourut à l'hôpital Lariboisière le 23 mai. Au 28, l'Hôtel de la Traversière, où fut enfermé pendant la Terreur en 1794 Jean-François de La Harpe, ancien protégé de Voltaire devenu auteur anticlérical repenti.

26, 21, 10 — Art déco, Danemark, Chemalé

Au 26, immeuble Art déco dessiné par les architectes Henri Sauvage et Charles Sarazin en 1912. Au 21, l'Hôtel du Danemark où séjourna Simone de Beauvoir en octobre 1939, puis à l'hiver 1940-1941. Au 10, demeure de Félix-Eugène Chemalé, dessinateur commis d'architecte, membre de la Commission du premier Bureau de l'Association Internationale des Travailleurs, condamné dans le 1er procès de l'A.I.T. le 20 mars 1868.

Vers l’arrêt 3 →
Rejoignez la rue Notre-Dame-des-Champs et remontez-la sur le côté droit.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~13 min

Rue Notre-Dame-des-Champs

Une enfilade d'ateliers de peintres et de sculpteurs, du Second Empire aux Années folles.
📍 Rue Notre-Dame-des-Champs (côté droit), 6e arr.

Cette rue fut, sur plus d'un siècle, l'une des plus denses en ateliers d'artistes du quartier. Peintres académiques, fauves, poètes américains et sculpteurs communards s'y succédèrent d'immeuble en immeuble.

61 — Couvent Notre-Dame de Sion

Le couvent Notre-Dame de Sion, tenu par les Sœurs blanches. C'est à travers cet établissement qu'Henry Bauër fit évacuer ses canons en 1871, grâce à l'intervention de Maxime Lisbonne.

70 bis, 73 — Gérôme, Baudry, Pound, Othon-Friesz

Au 70 bis, atelier en 1855 des peintres Jean-Léon Gérôme et Paul Baudry, décoré à l'entrée de deux chinois qui le faisaient surnommer "la boîte à thé" ; Baudry est l'auteur du tableau "l'Assassinat de Marat". De 1921 à 1924, ce fut la demeure du poète américain Ezra Pound, auteur des "Cantos", avec sa femme Dorothy. Ils y recevaient Jean Cocteau, les surréalistes et les dadaïstes ; Pound donnait des cours de boxe à Ernest Hemingway. Au 73, atelier en 1914 du peintre Achille-Émile Othon-Friesz, un des représentants du Fauvisme.

75 — Bouguereau, Moreau-Vauthier, Jules Thomas

Demeure et atelier en 1868 du peintre William Bouguereau, qu'admirait le Douanier Rousseau. Ici demeura le sculpteur Augustin-Jean Moreau-Vauthier, membre de la Commission fédérale des artistes pendant la Commune, mort dans son atelier le 17 janvier 1893 — à ne pas confondre avec son fils, auteur du "faux" mur des Fédérés. Ici aussi le sculpteur Jules Thomas, auteur du buste de Melle Mars à la Comédie-Française et de celui de Charles Garnier rue Auber, dont Zéphirin Camélinat fit le décor. Dans les galeries creusées sous ce bâtiment se trouve un puits de carrier comportant une échelle d'étiage.

76, 79 — Barrès, Rolland, Rosselli

Au 76, au 3ème étage, demeure de Maurice Barrès, le "père" du nationalisme français, à son arrivée à Paris en 1884 ; Romain Rolland habita le même immeuble un peu plus tard, de 1892 à 1901, où il écrivit "Les Loups", pièce inspirée par l'affaire Dreyfus. Au 79, demeure de Carlo Rosselli, antifasciste italien assassiné avec son frère le 9 juin 1937 par la Cagoule, dans le cadre d'un "contrat" passé avec le comte Ciano, proche de Mussolini. L'assassin présumé, Jean Filliol, condamné à mort après la Libération, se réfugiera en Espagne franquiste et terminera sa carrière au service d'une branche de… l'Oréal.

Vers l’arrêt 4 →
Prenez à droite la rue de la Grande Chaumière, courte mais dense en académies de peinture.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~12 min

Rue de la Grande Chaumière

Sennelier, Colarossi, la Grande Chaumière : les académies libres où se forma tout Montparnasse.
📍 Rue de la Grande Chaumière, 6e arr.

Sur quelques dizaines de mètres se concentrent le marchand de couleurs des artistes et les grandes académies libres du quartier, où étudièrent Gauguin, Modigliani, Calder, Matisse et tant d'autres. C'est aussi ici que vécut et mourut Modigliani.

4 bis, 8-15 — Sennelier, Gauguin, Modigliani

Au 4 bis, boutique du marchand de couleurs Sennelier, fournisseur et référence de nombreux artistes de Montparnasse, en 1887. Aux 8 et 15, demeure et atelier de Paul Gauguin au retour de son premier séjour à Tahiti, de septembre 1893 à 1894 ; il avait étudié la peinture vingt ans plus tôt à l'académie de Filippo Colarossi toute proche. Au 8, emplacement de la demeure et de l'atelier d'Amedeo Modigliani à partir de 1917 : c'est ici que se suicida sa compagne, Jeanne Hébuterne, et que lui-même, transporté à l'hôpital de la Charité, mourut de la tuberculose le 22 janvier 1920.

10, 11 — Académie Colarossi, Jules Bergeret

Au 10, l'Académie Colarossi, école de peinture créée dans les années 1870, où étudièrent Gauguin, Steinlen, Camille Claudel, Gromaire, Lurçat… Modigliani y rencontra Jeanne Hébuterne ; André Favory y fut professeur. Elle ferma en 1920, remplacée à la même adresse par le restaurant Wajda, gargote à prix réduit fréquentée par les peintres fauchés dans les années 30. Au 11, demeure de Jules Bergeret, membre du Comité de vigilance de Montmartre puis du premier Comité central de la Garde nationale : c'est lui qui occupa l'état-major le 18 mars 1871, fut élu au Conseil de la Commune le 26, commanda la désastreuse offensive du 3 avril — échec qui entraîna sa destitution — puis s'enfuit après la Semaine sanglante à Londres, puis à New York.

14, 18 — Grande Chaumière, Frontier

Au 14, l'Académie de la Grande Chaumière, fondée en 1904 par Martha Stettler, qui vit passer Alexander Calder, Antoine Bourdelle, René Ménard, Lucien Simon, René-Xavier Prinet, Castelucho, Matisse, Balthus, Léger, Othon-Friesz, André Lhote… Le romancier et Résistant Jean Bruller, le futur Vercors, y étudia le dessin en 1926. Au 18, demeure de Frontier, membre de la commission de la Fédération de la Garde nationale, signataire de "l'affiche noire" du 28 février 1871 appelant les Parisiens à rester chez eux lors de l'entrée des Prussiens — clause humiliante bordée de noir en signe de deuil, négociée par le gouvernement réfugié à Bordeaux. Frontier fut ensuite commissaire de la Commune.

Vers l’arrêt 5 →
Revenez sur le boulevard du Montparnasse et longez-le désormais côté pair, vers l'ouest.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~13 min

Bd du Montparnasse, côté pair

Du bal de la Grande Chaumière aux ateliers de Manet, Matisse et Zola : un siècle de vie artistique.
📍 Bd du Montparnasse (numéros pairs, 112-159), 6e arr.

Il y avait au milieu du 19ème siècle, sur le boulevard au voisinage de la Grande Chaumière, un "bal de l'Ermitage" que l'on n'est pas parvenu à situer précisément ; il s'y tint en 1848 des réunions d'une organisation de "Femmes socialistes". Ce tronçon du boulevard aligne bals populaires, cabarets et demeures d'artistes.

112-136 — Le bal de la Grande Chaumière

Le "bal de la Grande Chaumière", fondé en 1783, fut fréquenté dans les années 1830 par les membres du cénacle de la rue du Doyenné : Gautier, Nerval, Gavarni, Lamartine, Musset, Arsène Houssaye… ainsi que par de nombreuses personnalités politiques : Jules Favre, Barbès, Saint-Simon, Adolphe Thiers… C'est là qu'apparurent à Paris la polka en 1845 et le cancan en 1853, et que se produisaient des artistes comme le père Lahire ou Lola Montès. En 1913, c'était devenu le restaurant Baty, où venaient dîner Apollinaire et Carco — un haut lieu du Montparnasse d'avant la première guerre mondiale.

123, 126, 127 — Broutin, Süe/Blum, Jongkind

Au 123, cabinet du dentiste Jean-Michel Broutin, du mouvement "Défense de la France", qui soignait clandestinement des Résistants sous l'Occupation. Au 126, une cité d'artistes construite par l'architecte Louis Süe, où habita Léon Blum. Au 127, demeure en 1860 du peintre hollandais Johan-Barthold Jongkind, précurseur de l'Impressionnisme.

132, 135, 142 — Manet, Matisse, Germain Nouveau, Zola

Au 132, demeure d'Édouard Manet, à qui Auguste Rodin enseignait alors la sculpture ; ce fut aussi, en 1927, la demeure et l'atelier du peintre Henri Matisse. Au 135, demeure de Germain Nouveau en 1885. Au 142, demeure d'Émile Zola en 1865 et 1866.

146, 159 — Le Jockey, Le Nègre de Toulouse

Au 146 s'ouvrit en 1923 le cabaret-club "le Jockey", fondé avec un certain Miller par le peintre Hilaire Hiler, fréquenté par Ernest Hemingway et les surréalistes, et où chantait Kiki de Montparnasse. Au 159, le restaurant "le Nègre de Toulouse", fréquenté par la famille Hemingway entre 1924 et 1926.

Vers l’arrêt 6 →
Engagez-vous dans la rue Campagne-Première, l'une des plus riches en ateliers d'artistes de Paris.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~14 min

Rue Campagne-Première

Pompon, Aragon, Rilke, Atget, Man Ray, Rimbaud : la rue-atelier par excellence.
📍 Rue Campagne-Première, 14e arr.

Cette rue, bordée de cités d'artistes et d'ateliers, concentre une densité extraordinaire de mémoire : sculpteurs, poètes, photographes et surréalistes s'y sont succédé sur un siècle, de la Commune aux Années folles. Godard y tourna même une scène d'"À bout de souffle".

3, 5, 7 — Pompon, Aragon/Triolet, Maxime Lorin

Au 3, emplacement de la demeure et de l'atelier du sculpteur animalier François Pompon entre 1877 et 1933 ; Amedeo Modigliani y travailla également. Au 5, demeure de Louis Aragon et d'Elsa Triolet après la rue du Château, de septembre 1928 à 1935. Au 7, demeure en 1878 du poète et dessinateur Maxime Lorin, auteur de "Mes Rêves", un des fondateurs du cercle des Hydropathes.

9 — Vallée, de Chirico, Paulhan

Demeure de Théophile Vallée, agent de renseignement de la Commune, envoyé en mission de sabotage de la machine de Marly qui alimentait Versailles en eau. Cité d'artistes constituée de pavillons récupérés après l'Exposition de 1889 : demeure en 1914 du peintre Giorgio de Chirico, et de 1920 à 1928 de l'écrivain Jean Paulhan, secrétaire de la "Nouvelle Revue Française", engagé dans la Résistance.

11, 13, 17 — À bout de souffle, Catacombes, Rilke

Au 11, lieu de tournage d'une scène du film "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard, réalisé en 1960. Au 13, entrée de service des Catacombes. Au 17, demeure du poète et romancier autrichien Rainer Maria Rilke en 1913.

17 bis, 19 — Atget, Théâtre Campagne Première

Au 17 bis, l'Atelier 17, demeure en 1898 d'Eugène Atget, photographe de Paris qui réunissait chez lui de nombreux artistes — Picasso, Giacometti, Max Ernst, Man Ray, Bérénice Abbot — et où il mourut en 1927. Au 19, emplacement du Théâtre Campagne Première, théâtre expérimental créé après Mai 68 par Sacha Pitoëff.

21, 14 — Sabotage de 1871, Rimbaud

Au 21, un magasin à poudre de l'armée fut détruit le 27 mars 1871 sur ordre du ministre de la Guerre réfugié à Versailles — sabotage effectué par des militaires restés clandestinement à Paris. Ici demeurait le sculpteur François Roubaud, qui cacha Jules Vallès et Pierre Denis pendant trois mois après la Commune : trois personnes avaient été fusillées sans jugement pendant la Semaine sanglante pour leur seule ressemblance avec le directeur du Cri du Peuple, qui parvint plus tard à se réfugier en Angleterre. Au 14, Arthur Rimbaud cohabita trois mois avec Jean-Louis Forain entre 1871 et 1872 ; il s'y déroula des orgies auxquelles participait Paul Verlaine.

Vers l’arrêt 7 →
Faites un court aller-retour par le passage d'Enfer, qui s'ouvre à proximité.
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Arrêt 7
Optionnel ~5 min

Passage d'Enfer

Un détour discret où vécut Proudhon et que Vercors mit en scène dans "Le Silence de la mer".
📍 Passage d'Enfer, 14e arr.

Passage de l'Enfer puis d'Enfer : le boulevard d'Enfer voisin devint quant à lui le boulevard Raspail. On y trouvait la demeure de Pierre-Joseph Proudhon, l'auteur de la "Théorie de la propriété", en 1855. Dans sa nouvelle "le Silence de la mer", écrite en 1945, Vercors situe "l'imprimerie de Verdun" dans l'angle que forme ce passage.

Vers l’arrêt 8 →
Revenez rue Campagne-Première et poursuivez sur le côté gauche, vers les numéros impairs.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~10 min

Rue Campagne-Première, côté gauche

Foujita, l'hôtel Istria et l'atelier de Man Ray, foyer du Montparnasse international.
📍 Rue Campagne-Première (côté gauche, 23-31 bis), 14e arr.

Ce côté de la rue abrita quelques-uns des lieux les plus emblématiques du Montparnasse cosmopolite : l'atelier de Foujita, l'hôtel Istria peuplé d'artistes, et le studio de Man Ray où défilèrent les modèles et muses des Années folles.

23, 29 — Foujita, Hôtel Istria

Au 23, demeure et atelier sur deux étages du peintre japonais Tsuguharu Fujita, dit Léonard Foujita, de fin avril 1950 à 1968. Au 29, l'Hôtel Istria où séjournèrent de nombreux artistes : Maïakowski en 1928, Aragon et Elsa Triolet, Picabia, Marcel Duchamp, Man Ray, ainsi que Kiki de Montparnasse ; Elsa Triolet en occupait la chambre 12 de 1924 à 1929.

31 bis — Atelier de Man Ray

Man Ray eut ici, de 1922 à 1940, un atelier où défilèrent nombre de modèles féminins tels Berenice Abbot, Lee Miller, Meret Oppenheim, Dora Maar et Alice Ernestine Prin, la fameuse Kiki. Dans cette rue, à une adresse inconnue, habita aussi Émile Goudeau, journaliste et poète qui fit les beaux jours du Chat Noir avec Rodolphe Salis et fonda le Club des Hydropathes.

Vers l’arrêt 9 →
Rejoignez le boulevard Raspail et suivez-le côté gauche.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~12 min

Bd Raspail et rue Boissonade

Picasso cubiste, les colonnes des Tuileries et le "prince des poètes".
📍 Bd Raspail (242-254) et rue Boissonade, 14e arr.

Le boulevard Raspail et la rue Boissonade voisine gardent la trace de Picasso à l'époque du cubisme, d'un ultime domicile de Rimbaud, et de vestiges des Tuileries détruites en 1871. On y croise aussi Romain Rolland, futur prix Nobel.

242-243 — Picasso, Rimbaud

Au 242, Cité Nicolas Poussin, demeure de Pablo Picasso d'octobre 1912 à 1913, où il réalisa entre autres "Bouteille, verre et violon". Au 243, un lieu aujourd'hui disparu où vécut Arthur Rimbaud en 1872 ; outre Verlaine, il y fréquentait Jean Richepin.

247-254 — Passage d'Enfer, colonnes des Tuileries

Aux 247-249, l'autre entrée du passage d'Enfer. Au 254, les colonnes dans la cour de l'École spéciale d'architecture sont des vestiges du palais des Tuileries, détruit pendant la Semaine sanglante en 1871.

Rue Boissonade — Paul Fort, Romain Rolland

Au 24, demeure de 1904 à 1914 du poète Paul Fort, qui resta pendant 50 ans le "prince des poètes". Au 3, au 5ème étage, demeure de Romain Rolland de 1901 jusqu'à son départ en Suisse en 1914 : c'est ici qu'il rédigea en 1912 "Jean-Christophe", qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1915.

Vers l’arrêt 10 →
Revenez sur le boulevard du Montparnasse, côté impair, jusqu'à la Closerie des Lilas.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~12 min

La Closerie des Lilas

Le café des poètes, des cubistes et des surréalistes — théâtre de bagarres restées légendaires.
📍 171 bd du Montparnasse, 6e arr.

Restaurant-brasserie fondé en 1883, la Closerie des Lilas fut fréquentée par une foule d'artistes : Ingres, Gide, Verlaine, Apollinaire, Paul Fort, Charles Cros, Maïakovski… Lénine y jouait aux échecs avec Trotsky et Apollinaire au début des années 1910. À la même époque s'y tenaient tous les mardis les réunions du premier groupe cubisteMetzinger, Robert et Sonia Delaunay, Gleizes, Fernand Léger, Le Fauconnier.

Les mardis de Paul Fort (1912)

En 1912, c'est ici que Paul Fort fut élu "prince des poètes". Il y tenait ses "mardis littéraires" rassemblant Alfred Jarry, Paul Fournier, Émile Verhaeren, Jules Laforgue, Laurent Tailhade, Francis Carco, Roland Dorgelès

Batailles et scandales (1920-1925)

Le 25 février 1920 s'y déroula une bataille rangée entre les dadaïstes emmenés par Tzara, Breton et Soupault, et les cubistes dissidents de la "Section d'or". En 1924 s'y retrouvaient les écrivains américains de la "lost generation" : Hemingway, Fitzgerald, John Dos Passos, Henry Miller, Ezra Pound… Le 2 juillet 1925, un banquet en l'honneur de Saint-Pol Roux organisé par le Mercure de France tourna au scandale après un article de Paul Claudel contre Dada : Breton molesta Ilya Ehrenbourg.

Résistance et engagements (1935-1941)

Le 17 juin, René Crevel y tenta une conciliation à propos de l'exclusion d'André Breton du Congrès international des écrivains ; il se suicida au gaz la nuit suivante, et l'affaire entraîna la rupture entre les surréalistes et le PCF. Le 2 août 1941, Danielle Casanova y rencontrait Albert Ouzoulias pour lui confier la direction des Bataillons de la Jeunesse. La même année s'y tinrent des réunions du groupe "Socialisme et Liberté" avec Sartre, Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty, Jean Toussaint Desanti, Dominique Desanti, François Cuzin, Nathalie Sarraute, Jean Kanapa… jusqu'à cinquante participants.

Vers l’arrêt 11 →
Remontez l'avenue de l'Observatoire, côté droit, jusqu'à l'ancien bal Bullier.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~13 min

Le bal Bullier (av de l'Observatoire)

Bal populaire, salle de meetings et berceau du Front populaire, sur des vestiges gallo-romains.
📍 37 av de l'Observatoire, 14e arr.

Au 37, l'emplacement de la Grande Chartreuse, première Closerie des Lilas et bal Bullier a une longue tradition d'accueil du public : on y a retrouvé les vestiges d'une hôtellerie gallo-romaine sur la route d'Orléans. En 1838, Carnaud installe un premier bal sous tente mauresque sur l'ancien couvent des Chartreux ; en 1847, François Bullier transforme le bal de la Grande Chartreuse en Closerie des Lilas, alors au 31 avenue de l'Observatoire. Le lieu connaît une période littéraire avec le cercle ZutiqueBaudelaire, Verlaine, Léon Valade, et la fréquentation de Manet, Béranger et Jean-Louis Forain.

Le bal : polka, cancan, tango

Pendant la guerre de 1870, le lieu est réquisitionné pour accueillir une ambulance. Dans les années folles, on y danse la polka et le chahut-cancan ; Jeanne Avril y débute à 18 ans en 1886. Le tango y fait son apparition à Paris en 1907 avec Carlos Gardel, et Sonia Delaunay, qui y vient régulièrement, y peindra son fameux tableau "Un tango au bal Bullier". Il est transformé en atelier de confection d'uniformes en 1914.

Meetings antifascistes (1932-1933)

Dans l'entre-deux-guerres, le lieu accueille de plus en plus de meetings politiques. Le 27 juillet 1932, une réunion du PCF est attaquée par des trotskystes critiquant la politique allemande de la 3ème Internationale. Romain Rolland y préside un meeting après le rassemblement d'Amsterdam le 2 septembre. Ernst Thaelmann, venu clandestinement d'Allemagne, participe à un rassemblement antifasciste du PCF le 31 octobre. Le groupe Octobre y donne en février 1933 "Actualités", pièce de Prévert, puis un spectacle sur la grève des usines Citroën ; le 8 novembre, un meeting pour la libération de Georges Dimitrov réunit sa mère, André Gide, Paul Vaillant-Couturier, Jacques Duclos et Doriot. Jacques Prévert y joue le rôle du dictateur lors de la première de sa pièce "L'avènement de Hitler".

Vers le Front populaire (1934-1935)

La Fédération de la Seine du Parti Socialiste, dirigée par Jean Zyromski et Marceau Pivert, organise le 2 juillet 1934 un meeting unitaire contre le fascisme, considéré comme une des prémices du Front populaire — l'assistance fut si nombreuse qu'il fallut dédoubler le meeting dans le gymnase de la rue Huyghens. Le 9 octobre, Maurice Thorez y emploie pour la première fois l'expression, proposant un "large front populaire contre le fascisme". Le 18 janvier 1935 s'y tient le premier meeting commun des organisations de gauche : Victor Basch, Marcel Cachin, Léon Blum, Gaston Guiraud pour la CGT et René Arrachart pour la CGTU.

Vers l’arrêt 12 →
Descendez l'avenue Denfert-Rochereau vers le sud, jusqu'au terme du parcours.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~15 min

Avenue Denfter-Rochereau

De l'Enfer à Denfert : couvents incendiés, cités d'artistes et derniers ateliers, jusqu'à Beauvoir.
📍 Av Denfert-Rochereau, 14e arr.

L'ancienne rue d'Enfer, devenue avenue Denfert-Rochereau, aligne institutions religieuses, vestiges de l'octroi, cités d'artistes et demeures d'écrivains. C'est ici, à Denfert, que se termine la seconde partie de notre parcours dans Montparnasse.

70 bis-82, 63, 65-73 — Oratoire, Enfants trouvés, octroi, Bon Pasteur

Aux 70 bis-76, le Noviciat de l'Oratoire, maison de repos des oratoriens et lieu de retraite de Malebranche en 1650. Aux 70 bis-82 s'installa de 1838 à 1860 l'hospice des Enfants trouvés, avec un touret dans le mur permettant les abandons anonymes — c'est aujourd'hui l'hôpital St Vincent de Paul. Au 63, emplacement de la "fausse porte St Jacques", poste d'octroi de 1765 remplacé en 1786 par la Barrière d'Enfer du mur des Fermiers généraux. Aux 65-73, le couvent des Filles du Bon Pasteur, dit des "filles repenties", est incendié le 23 mai 1871.

77 — Cité d'artistes

Une cité d'artistes comportant de nombreux ateliers. Le sculpteur américain d'origine ukrainienne Alexander Archipenko prête le sien à Alberto Giacometti de fin 1922 à 1923. Le sculpteur animalier Louis Barye, ami de Delacroix, y a aussi le sien. Carpeaux, Dalou, George Sand et Frédéric Chopin y séjournèrent également. Il subsiste un beau puits encore en eau dans ces jardins malheureusement inaccessibles.

79, 81, 83 — Poètes russes, Ledru-Rollin, Proudhon

Au 79, siège de l'Union des jeunes poètes, où Nina Berberova et Marina Tsvetaeva organisent en 1926 des soirées littéraires russes. Au 81, demeure d'Alexandre Auguste Ledru-Rollin, qui organisa les premières élections au suffrage universel en 1848. Au 83, demeure de Pierre-Joseph Proudhon.

88-92, 89, 91 — Chateaubriand, André Gill, Beauvoir

Aux 88-92, l'Infirmerie Marie-Thérèse, où demeure Chateaubriand de 1826 à 1838 (alors 88 rue d'Enfer) : il y rédige ses "Mémoires d'outre-tombe" et y est arrêté en 1832. Au 89, demeure et atelier (alors 89 rue d'Enfer) du peintre et caricaturiste communard André Gill, auteur de l'enseigne du fameux "Lapin" de Montmartre ; il sombra dans la folie après avoir assisté aux atrocités des troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante. Au 91, demeure de Simone de Beauvoir dans un studio de sa grand-mère, de 1929 à 1931. Nous voici à Denfert : ainsi s'achève la seconde partie de notre parcours dans le quartier de Montparnasse.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.