Montparnasse 2ème partie : de Vavin à Denfert-Rochereau : les Années folles


Nous repartirons, pour cette seconde balade autour de Montparnasse, du métro Vavin, à la croisée des deux boulevards, Raspail et du Montparnasse.

Bd du Montparnasse, vers l'ouest

Rue Vavin

  • 50 : Demeure de Louise Bryant, veuve de John Reed, l'auteur de "Dix jours qui ébranlèrent le monde" en 1936.
    • 45 : Demeure de Jaroslaw Dombrowski, général polonais qui se mit au service de la Commune de Paris en 1871. Blessé grièvement pendant la Semaine sanglante sur une barricade rue Myrha, il mourut à l'hôpital Lariboisière le 23 mai.
    • 28 : Hôtel de la Traversière, où fut enfermé pendant la Terreur, en 1794, Jean-François de La Harpe, un ancien protégé de Voltaire, auteur anticlérical repenti.
    • 26 : Immeuble Art déco dessiné par les architectes Henri Sauvage et Charles Sarazin en 1912.
    • 21 : Hôtel du Danemark où séjourna Simone de Beauvoir en octobre 1939, et à nouveau à l'hiver 1940-1941.
    • 10 : Demeure de Félix-Eugène Chemalé, dessinateur commis d'architecte, membre de la Commission du premier Bureau de l'Association Internationale des Travailleurs, condamné dans le 1er procès de l'A.I.T. le 20 mars 1868.

C'est dans la rue Vavin qu'Henry Bauër, fils naturel d'Alexandre Dumas père, commandant la 6ème légion de la Garde nationale Fédérée, installa son poste de commandement le 22 mai 1871.

*

    • Une barricade érigée ici résista 2 jours aux assauts des versaillais. Des incendies de protection furent allumés le 23, détruisant deux immeubles ; fait pour lequel Maxime Lisbonne, venu négocier l'évacuation des combattants, fut accusé à tort et condamné lourdement.

Rue Notre-Dame des Champs à droite

  • 61 : Couvent Notre-Dame de Sion, tenu par les Sœurs blanches. C'est à travers cet établissement qu'Henry Bauër fit évacuer ses canons grâce à l'intervention de Maxime Lisbonne.
  • 70 bis : Atelier en 1855 des peintres Jean-Léon Gérôme et Paul Baudry, décoré à l'entrée de deux chinois qui le faisaient appeler "la boîte à thé". Baudry est l'auteur du tableau "l'Assassinat de Marat".
    • De 1921 à 1924, ce fut la demeure du poète américain Ezra Pound, auteur des "Cantos", avec sa femme Dorothy. Ils recevaient ici Jean Cocteau, les surréalistes et les dadaïstes. Pound donnait des cours de boxe à Ernest Hemingway.
  • 73 : Atelier en 1914 du peintre Achille-Émile Othon-Friesz, un des représentants du Fauvisme.
  • 75 : Demeure et atelier en 1868 du peintre William Bouguereau, qu'admirait le Douanier Rousseau.
  • 76 : Demeure, au 3ème étage, de Maurice Barrès, le "père" du nationalisme français, à son arrivée à Paris en 1884.
    • Romain Rolland habita ce même immeuble un peu plus tard, de 1892 à 1901. Il y écrivit "Les Loups", une pièce qui lui fut inspirée par l'affaire Dreyfus.
  • 79 : Demeure de Carlo Rosselli, antifasciste italien assassiné avec son frère le 9 juin 1937 par la Cagoule, dans le cadre d'un "contrat" passé avec le comte Ciano, un proche de Mussolini. L'assassin présumé, Jean Filliol, condamné à mort après la Libération, se réfugiera en Espagne franquiste et terminera sa carrière au service d'une branche de... l'Oréal.

Rue de la Grande Chaumière

Bd du Montparnasse à gauche

Il y avait au milieu du 19ème siècle, sur le boulevard du Montparnasse au voisinage de celui de la Grande Chaumière, un "bal de l'Ermitage" que nous ne sommes pas parvenus à situer précisément. Il s'y tenait en 1848 des réunions tenues par une organisation des "Femmes socialistes".

Rue Campagne Première

  • 3 : Emplacement de la demeure et de l'atelier du sculpteur animalier François Pompon entre 1877 et 1933.
    • Amedeo Modigliani y travailla également.
  • 5 : Demeure de Louis Aragon et d'Elsa Triolet après la rue du Château, de septembre 1928 à 1935.
  • 7 : Demeure en 1878 du poète et dessinateur Maxime Lorin, auteur de "Mes Rèves" ; un des fondateurs du cercle des Hydropathes.
  • 9 : Demeure de Théophile Vallée, agent de renseignement de la Commune, envoyé par elle en mission de sabotage de la machine de Marly qui alimentait Versailles en eau.
  • 11 : Lieu de tournage d'une des scènes du film "À bout de souffle" de Jean-Luc Godard, réalisé en 1960.
  • 13 : Entrée de service des Catacombes
  • 17 : Demeure du poète et romancier autrichien Rainer Maria Rilke en 1913.
  • 17 bis : Atelier 17, demeure en 1898 d'Eugène Atget, photographe de Paris qui réunissait chez lui de nombreux artistes, parmi lesquels Picasso, Giacometti, Max Ernst, Man Ray, Bérénice Abbot. Il mourut ici en 1927.
  • 19 : Emplacement du Théâtre Campagne Première ; théâtre expérimental créé après Mai 68 par Sacha Pitoëff.
  • 21 : Un magasin à poudre de l'armée fut détruit ici le 27 mars 1871, sur ordre du ministre de la Guerre réfugié à Versailles ; un sabotage effectué par des militaires restés clandestinement à Paris.
    • Demeure du sculpteur François Roubaud qui cacha Jules Vallès et Pierre Denis pendant 3 mois après la Commune, en 1871. Trois personnes avaient été fusillées sans jugement pendant la Semaine sanglante pour leur seule ressemblance avec le directeur du Cri du Peuple. Ce dernier parvint plus tard à se réfugier en Angleterre.
  • 14 : Arthur Rimbaud cohabita ici pendant trois mois avec Jean-Louis Forain entre 1871 et 1872. Il s'y déroula des orgies auxquelles participait Paul Verlaine.

Passage d'Enfer aller-retour

Passage de l'Enfer puis d'Enfer. Le boulevard d'Enfer devint quant-à lui le boulevard Raspail.

Rue Campagne première à gauche

Bd Raspail à gauche

  • 242 : Cité Nicolas Poussin, demeure de Pablo Picasso d'octobre 1912 à 1913. C'est ici qu'il réalisa entre autres "Bouteille, verre et violon".
  • 243 : Encore un lieu, aujourd'hui disparu, où vécut Arthur Rimbaud, en 1872. Outre Verlaine, il y fréquentait Jean Richepin.
  • 247-249 : L'autre entrée du passage d'Enfer.
  • 254 : Les colonnes dans la cour de l'École spéciale d'architecture sont des vestiges du palais des Tuileries, détruit pendant la Semaine sanglante en 1871.

Rue Boissonade

  • 24 : Demeure, de 1904 à 1914, du poète Paul Fort, qui resta pendant 50 ans le "prince des poètes".
  • 3 : Demeure, au 5ème étage, de Romain Rolland, de 1901 jusqu'à son départ en Suisse en 1914. C'est ici qu'il rédigea en 1912 son roman "Jean-Christophe" qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1915.

Bd du Montparnasse à droite

Av de l'Observatoire à droite

  • 37 : La Grande Chartreuse, la première Closerie des Lilas, le bal Bullier...
    • Le lieu a une longue tradition d'accueil du public. On a retrouvé à cet emplacement les vestiges d'une hôtellerie gallo-romaine située sur la route qui menait à Orléans, marquée par la présence de nombreux ossements d'animaux.
    • En 1838, un certain Carnaud installe dans une tente mauresque un premier bal sur l'emplacement du parc de l'ancien couvent des Chartreux.
    • En 1847, François Bullier transforme le bal de la Grande Chartreuse en Closerie des Lilas, alors au 31 avenue de l'Observatoire.
    • Cette dernière connaît à l'époque une première période littéraire, recevant les rencontres du cercle Zutique auxquelles participent Baudelaire, Verlaine, Léon Valade. Manet, Béranger, Jeean-Louis Forain, fréquentent également le lieu.
    • Pendant la guerre de 1870, il est réquisitionné pour accueillir une ambulance.
    • Dans les années folles, on y danse la Polka et le chahut-cancan. Jeanne Avril y débute à 18 ans en 1886.
    • Le tango y fait son apparition à Paris en 1907, avec Carlos Gardel. Sonia Delaunay qui y vient régulièrement peindra son fameux tableau : "Un tango au bal Bullier".
    • Il est transformé en atelier de confection d'uniformes en 1914.

Dans l'entre-deux-guerres, il accueillera de plus en plus souvent des meetings politiques.

  • Le 27 juillet 1932, une réunion du PCF est attaquée par des trotskystes qui critiquent la politique allemande de la 3ème Internationale.
  • Romain Rolland y préside un meeting dans la foulée du rassemblement antifasciste d'Amsterdam le 2 septembre de la même année.
  • Ernst Thaelmann, venu clandestinement d'Allemagne, participe à un rassemblement antifasciste organisé par le PCF en soutien au parti Allemand le 31 octobre.
  • Le groupe Octobre y donne une représentation de la pièce écrite par Prévert, intitulée "Actualités", en février 1933. Il joue le 18 mars et le 21 avril suivants un spectacle sur la grève des usines Citröen.
  • Le 8 novembre, c'est un meeting pour la libération de Georges Dimitrov, en présence de la mère de ce dernier, d'André Gide, de Paul Vaillant-Couturier, Jacques Duclos et Doriot alors dirigeant des Jeunesses Communistes.
  • Jacques Prévert joue le rôle du dictateur lors de la première représentation de sa pièce "L'avènement de Hitler".
  • La Fédération de la Seine du Parti Socialiste, dirigée par Jean Zyromski et Marceau Pivert, organise le 2 juillet 1934 un meeting unitaire contre le fascisme qui sera considéré comme une des prémices du Front populaire. Nous avons vu que l'assistance fut si nombreuse qu'il fallut dédoubler le meeting dans le gymnase de la rue Huyghens.
  • Et le 9 octobre, Maurice Thorez utilise ici pour la première fois l'expression, proposant un "large front populaire contre le fascisme".
  • Le 18 janvier 1935 s'y déroule le premier meeting commun des organisations de gauche, rassemblant Victor Basch, Marcel Cachin, Léon Blum, Gaston Guiraud pour la CGT, René Arrachart pour la CGTU.

Av Denfert-Rochereau

  • 70 bis-76 : Noviciat de l'Oratoire, maison de repos des oratoriens ; lieu de retraite de personnages célèbres dont Malebranche, en 1650.
  • 70 bis-82 : À son emplacement s'installe de 1838 à 1860 l'hospice des Enfants trouvés. Un touret dans le mur de la rue d'Enfer permet les abandons anonymes. C'est aujourd'hui l'hôpital St Vincent de Paul.
  • 63 : Emplacement de la "fausse porte St Jacques", poste d'octroi installé en 1765, remplacé en 1786 par la Barrière d'Enfer du mur des Fermiers généraux.
  • 65-73 : Le couvent des Filles du Bon Pasteur, autrement appelé couvent des "filles repenties", rue d'Enfer, est incendié le 23 mai 1871. Comme quoi l'Enfer ne vous épargne pas toujours, même en se repentant !...
  • 77 : Cité d'artistes comportant de nombreux ateliers.
  • 79 : Siège de l'Union des jeunes poètes, où Nina Berberova et Marina Tsvetaeva organisent en 1926 des soirées littéraires russes.
  • 81 : Demeure d'Alexandre Auguste Ledru-Rollin, qui organisa les premières élections au suffrage universel en 1848.
  • 83 : Demeure de Pierre-Joseph Proudhon.
  • 88-92 : Infirmerie Marie-Thérèse, où demeure Chateaubriand de 1826 à 1838, alors 88 rue d'Enfer. C'est ici qu'il rédige ses "Mémoires d'outre tombe". Ici également qu'il est arrêté en 1832.
  • 89 : Demeure et atelier, alors 89 rue d'Enfer, du peintre et caricaturiste Communard André Gill, l'auteur de l'enseigne du fameux "Lapin" de la rue des Saules à Montmartre. Il sombrera dans la folie dans les années qui suivront la Commune, après avoir assisté aux atrocités commises par les troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante ; telles que jouer la tournée à celui qui parviendrait à planter sa baïonnette dans l'œil du cadavre d'un Fédéré qui venait d'être fusillé. Vive les héroïques soldats de Monsieur Thiers !...
  • 91 : Demeure de Simone de Beauvoir dans un studio appartenant à sa grand-mère, de 1929 à 1931.

Nous voici à Denfert. C'est ici que se termine la seconde partie de notre parcours dans le quartier de Montparnasse.

Outre la base de données "Paris révolutionnaire",

  • Paris Ouvrier Des Sublimes aux Camarades & Paris des avant-gardes, Alain RUSTENHOLZ, Parigramme 2003-04 http://www.alain-rustenholz.net/]
  • Balades littéraires dans Paris (1900-1945), Jean-Christophe SARROT, Terres d'écrivains - Nouveau monde, 2005
  • https://terresdecrivains.org/
  • Les lieux de la Résistance à Paris, Anne THORAVAL, Parigramme, 2007}}