Montparnasse 2ème partie : de Vavin à Denfert-Rochereau : les Années folles
Des cafés mythiques du carrefour Vavin aux ateliers de Campagne-Première, la traversée d'un quartier où se croisèrent la Commune, l'avant-garde artistique et les révolutionnaires du monde entier.
📍 12 arrêts
🚶 ~3.2 km
⏱ ~3h
📖 6e–14e arr.
Nous repartons, pour cette seconde balade autour de Montparnasse, du métro Vavin, à la croisée des deux boulevards, Raspail et du Montparnasse. Des grands cafés des Années folles — le Dôme, la Rotonde, la Coupole, le Select — nous descendrons jusqu'à Denfert-Rochereau, à travers un dédale de rues où se sont succédé, sur près d'un siècle, les combattants de la Commune, les avant-gardes artistiques, les exilés révolutionnaires du monde entier et les grands meetings antifascistes qui préparèrent le Front populaire.
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Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Le carrefour Vavin
Le Dôme, la Rotonde, la Coupole, le Select — l'épicentre du Montparnasse des Années folles.
📍 Bd du Montparnasse, carrefour Vavin, 6e / 14e arr.
Nous repartons du métro Vavin, à la croisée des boulevards Raspail et du Montparnasse. Ici se concentrent les grands cafés qui firent la légende du quartier : en quelques dizaines de mètres se côtoyaient exilés politiques, peintres, écrivains anglo-saxons et poètes. C'est le cœur battant du Montparnasse cosmopolite du premier tiers du XXe siècle.
Dans les années 20, le Dôme détrôna La Coupole. Il vit passer en particulier la bande des auteurs anglo-saxons autour de Sylvia Beach : Fitzgerald, Hemingway, Pound, Ford Madox Ford, Sinclair Lewis, Miller… Serge Férat, l'illustrateur d'Apollinaire qui créa les costumes des "Mamelles de Tirésias", y habita entre 1907 et 1910. François Faure, alias Paco, adjoint du colonel Rémy et membre de la Confrérie Notre-Dame, fut arrêté devant le Dôme le 15 mai 1942, après une rencontre avec deux agents filés par la Gestapo.
Le café de "La Rotonde" fut à l'origine de la réintroduction de la bière dans la capitale, servie de nouveau ici à partir de septembre 1866. Le lieu était fréquenté par Apollinaire, Picasso, Derain, Salmon, Max Jacob, Modigliani…
Au bar de "La Coupole", Louis Aragon rencontre pour la première fois Vladimir Maïakovski le 5 novembre 1928. Le lendemain, c'est Elsa Triolet dont il fait ici la connaissance ; ils ne se quitteront plus. La brasserie est aussi fréquentée par Ilya Ehrenbourg et Sergueï Eisenstein. Mais, réquisitionnée pendant l'Occupation, elle deviendra le lieu privilégié des fêtes du "Tout-Paris allemand".
Louis Aragon
99 — Le Select
Le café "Le Select" est le point de ralliement de la "lost generation" américaine. Robert Desnos et Hemingway y ont de longues discussions sur la guerre d'Espagne en 1936.
Quittez le boulevard et engagez-vous dans la rue Vavin, qui monte vers l'est.
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Arrêt 2
★ Incontournable~12 min
Rue Vavin
Une rue tranquille qui fut, en 1871, une barricade tenue deux jours face aux Versaillais.
📍 Rue Vavin, 6e arr.
C'est dans la rue Vavin qu'Henry Bauër, fils naturel d'Alexandre Dumas père et commandant la 6ème légion de la Garde nationale Fédérée, installa son poste de commandement le 22 mai 1871. Une barricade érigée ici résista deux jours aux assauts des Versaillais. Des incendies de protection furent allumés le 23, détruisant deux immeubles — fait pour lequel Maxime Lisbonne, venu négocier l'évacuation des combattants, fut accusé à tort et condamné lourdement.
50, 45, 28 — Bryant, Dombrowski, La Harpe
Au 50, demeure de Louise Bryant, veuve de John Reed, l'auteur de "Dix jours qui ébranlèrent le monde", en 1936. Au 45, demeure de Jaroslaw Dombrowski, général polonais qui se mit au service de la Commune en 1871 : blessé grièvement pendant la Semaine sanglante sur une barricade rue Myrha, il mourut à l'hôpital Lariboisière le 23 mai. Au 28, l'Hôtel de la Traversière, où fut enfermé pendant la Terreur en 1794 Jean-François de La Harpe, ancien protégé de Voltaire devenu auteur anticlérical repenti.
Au 26, immeuble Art déco dessiné par les architectes Henri Sauvage et Charles Sarazin en 1912. Au 21, l'Hôtel du Danemark où séjourna Simone de Beauvoir en octobre 1939, puis à l'hiver 1940-1941. Au 10, demeure de Félix-Eugène Chemalé, dessinateur commis d'architecte, membre de la Commission du premier Bureau de l'Association Internationale des Travailleurs, condamné dans le 1er procès de l'A.I.T. le 20 mars 1868.
Rejoignez la rue Notre-Dame-des-Champs et remontez-la sur le côté droit.
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Arrêt 3
★ Incontournable~13 min
Rue Notre-Dame-des-Champs
Une enfilade d'ateliers de peintres et de sculpteurs, du Second Empire aux Années folles.
📍 Rue Notre-Dame-des-Champs (côté droit), 6e arr.
Cette rue fut, sur plus d'un siècle, l'une des plus denses en ateliers d'artistes du quartier. Peintres académiques, fauves, poètes américains et sculpteurs communards s'y succédèrent d'immeuble en immeuble.
61 — Couvent Notre-Dame de Sion
Le couvent Notre-Dame de Sion, tenu par les Sœurs blanches. C'est à travers cet établissement qu'Henry Bauër fit évacuer ses canons en 1871, grâce à l'intervention de Maxime Lisbonne.
Bauër Henry Lisbonne Maxime
70 bis, 73 — Gérôme, Baudry, Pound, Othon-Friesz
Au 70 bis, atelier en 1855 des peintres Jean-Léon Gérôme et Paul Baudry, décoré à l'entrée de deux chinois qui le faisaient surnommer "la boîte à thé" ; Baudry est l'auteur du tableau "l'Assassinat de Marat". De 1921 à 1924, ce fut la demeure du poète américain Ezra Pound, auteur des "Cantos", avec sa femme Dorothy. Ils y recevaient Jean Cocteau, les surréalistes et les dadaïstes ; Pound donnait des cours de boxe à Ernest Hemingway. Au 73, atelier en 1914 du peintre Achille-Émile Othon-Friesz, un des représentants du Fauvisme.
Cocteau Jean Hemingway Ernest
75 — Bouguereau, Moreau-Vauthier, Jules Thomas
Demeure et atelier en 1868 du peintre William Bouguereau, qu'admirait le Douanier Rousseau. Ici demeura le sculpteur Augustin-Jean Moreau-Vauthier, membre de la Commission fédérale des artistes pendant la Commune, mort dans son atelier le 17 janvier 1893 — à ne pas confondre avec son fils, auteur du "faux" mur des Fédérés. Ici aussi le sculpteur Jules Thomas, auteur du buste de Melle Mars à la Comédie-Française et de celui de Charles Garnier rue Auber, dont Zéphirin Camélinat fit le décor. Dans les galeries creusées sous ce bâtiment se trouve un puits de carrier comportant une échelle d'étiage.
Au 76, au 3ème étage, demeure de Maurice Barrès, le "père" du nationalisme français, à son arrivée à Paris en 1884 ; Romain Rolland habita le même immeuble un peu plus tard, de 1892 à 1901, où il écrivit "Les Loups", pièce inspirée par l'affaire Dreyfus. Au 79, demeure de Carlo Rosselli, antifasciste italien assassiné avec son frère le 9 juin 1937 par la Cagoule, dans le cadre d'un "contrat" passé avec le comte Ciano, proche de Mussolini. L'assassin présumé, Jean Filliol, condamné à mort après la Libération, se réfugiera en Espagne franquiste et terminera sa carrière au service d'une branche de… l'Oréal.
Maurice Barrès
Vers l’arrêt 4 →
Prenez à droite la rue de la Grande Chaumière, courte mais dense en académies de peinture.
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Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Rue de la Grande Chaumière
Sennelier, Colarossi, la Grande Chaumière : les académies libres où se forma tout Montparnasse.
📍 Rue de la Grande Chaumière, 6e arr.
Sur quelques dizaines de mètres se concentrent le marchand de couleurs des artistes et les grandes académies libres du quartier, où étudièrent Gauguin, Modigliani, Calder, Matisse et tant d'autres. C'est aussi ici que vécut et mourut Modigliani.
4 bis, 8-15 — Sennelier, Gauguin, Modigliani
Au 4 bis, boutique du marchand de couleurs Sennelier, fournisseur et référence de nombreux artistes de Montparnasse, en 1887. Aux 8 et 15, demeure et atelier de Paul Gauguin au retour de son premier séjour à Tahiti, de septembre 1893 à 1894 ; il avait étudié la peinture vingt ans plus tôt à l'académie de Filippo Colarossi toute proche. Au 8, emplacement de la demeure et de l'atelier d'Amedeo Modigliani à partir de 1917 : c'est ici que se suicida sa compagne, Jeanne Hébuterne, et que lui-même, transporté à l'hôpital de la Charité, mourut de la tuberculose le 22 janvier 1920.
Amedeo Modigliani
10, 11 — Académie Colarossi, Jules Bergeret
Au 10, l'Académie Colarossi, école de peinture créée dans les années 1870, où étudièrent Gauguin, Steinlen, Camille Claudel, Gromaire, Lurçat… Modigliani y rencontra Jeanne Hébuterne ; André Favory y fut professeur. Elle ferma en 1920, remplacée à la même adresse par le restaurant Wajda, gargote à prix réduit fréquentée par les peintres fauchés dans les années 30. Au 11, demeure de Jules Bergeret, membre du Comité de vigilance de Montmartre puis du premier Comité central de la Garde nationale : c'est lui qui occupa l'état-major le 18 mars 1871, fut élu au Conseil de la Commune le 26, commanda la désastreuse offensive du 3 avril — échec qui entraîna sa destitution — puis s'enfuit après la Semaine sanglante à Londres, puis à New York.
Revenez sur le boulevard du Montparnasse et longez-le désormais côté pair, vers l'ouest.
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Arrêt 5
★ Incontournable~13 min
Bd du Montparnasse, côté pair
Du bal de la Grande Chaumière aux ateliers de Manet, Matisse et Zola : un siècle de vie artistique.
📍 Bd du Montparnasse (numéros pairs, 112-159), 6e arr.
Il y avait au milieu du 19ème siècle, sur le boulevard au voisinage de la Grande Chaumière, un "bal de l'Ermitage" que l'on n'est pas parvenu à situer précisément ; il s'y tint en 1848 des réunions d'une organisation de "Femmes socialistes". Ce tronçon du boulevard aligne bals populaires, cabarets et demeures d'artistes.
Au 123, cabinet du dentiste Jean-Michel Broutin, du mouvement "Défense de la France", qui soignait clandestinement des Résistants sous l'Occupation. Au 126, une cité d'artistes construite par l'architecte Louis Süe, où habita Léon Blum. Au 127, demeure en 1860 du peintre hollandais Johan-Barthold Jongkind, précurseur de l'Impressionnisme.
Au 146 s'ouvrit en 1923 le cabaret-club "le Jockey", fondé avec un certain Miller par le peintre Hilaire Hiler, fréquenté par Ernest Hemingway et les surréalistes, et où chantait Kiki de Montparnasse. Au 159, le restaurant "le Nègre de Toulouse", fréquenté par la famille Hemingway entre 1924 et 1926.
Ernest Hemingway
Vers l’arrêt 6 →
Engagez-vous dans la rue Campagne-Première, l'une des plus riches en ateliers d'artistes de Paris.
6
Arrêt 6
★ Incontournable~14 min
Rue Campagne-Première
Pompon, Aragon, Rilke, Atget, Man Ray, Rimbaud : la rue-atelier par excellence.
📍 Rue Campagne-Première, 14e arr.
Cette rue, bordée de cités d'artistes et d'ateliers, concentre une densité extraordinaire de mémoire : sculpteurs, poètes, photographes et surréalistes s'y sont succédé sur un siècle, de la Commune aux Années folles. Godard y tourna même une scène d'"À bout de souffle".
3, 5, 7 — Pompon, Aragon/Triolet, Maxime Lorin
Au 3, emplacement de la demeure et de l'atelier du sculpteur animalier François Pompon entre 1877 et 1933 ; Amedeo Modigliani y travailla également. Au 5, demeure de Louis Aragon et d'Elsa Triolet après la rue du Château, de septembre 1928 à 1935. Au 7, demeure en 1878 du poète et dessinateur Maxime Lorin, auteur de "Mes Rêves", un des fondateurs du cercle des Hydropathes.
Amedeo Modigliani Modigliani Amedeo
9 — Vallée, de Chirico, Paulhan
Demeure de Théophile Vallée, agent de renseignement de la Commune, envoyé en mission de sabotage de la machine de Marly qui alimentait Versailles en eau. Cité d'artistes constituée de pavillons récupérés après l'Exposition de 1889 : demeure en 1914 du peintre Giorgio de Chirico, et de 1920 à 1928 de l'écrivain Jean Paulhan, secrétaire de la "Nouvelle Revue Française", engagé dans la Résistance.
Au 17 bis, l'Atelier 17, demeure en 1898 d'Eugène Atget, photographe de Paris qui réunissait chez lui de nombreux artistes — Picasso, Giacometti, Max Ernst, Man Ray, Bérénice Abbot — et où il mourut en 1927. Au 19, emplacement du Théâtre Campagne Première, théâtre expérimental créé après Mai 68 par Sacha Pitoëff.
Au 21, un magasin à poudre de l'armée fut détruit le 27 mars 1871 sur ordre du ministre de la Guerre réfugié à Versailles — sabotage effectué par des militaires restés clandestinement à Paris. Ici demeurait le sculpteur François Roubaud, qui cacha Jules Vallès et Pierre Denis pendant trois mois après la Commune : trois personnes avaient été fusillées sans jugement pendant la Semaine sanglante pour leur seule ressemblance avec le directeur du Cri du Peuple, qui parvint plus tard à se réfugier en Angleterre. Au 14, Arthur Rimbaud cohabita trois mois avec Jean-Louis Forain entre 1871 et 1872 ; il s'y déroula des orgies auxquelles participait Paul Verlaine.
Faites un court aller-retour par le passage d'Enfer, qui s'ouvre à proximité.
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Arrêt 7
Optionnel~5 min
Passage d'Enfer
Un détour discret où vécut Proudhon et que Vercors mit en scène dans "Le Silence de la mer".
📍 Passage d'Enfer, 14e arr.
Passage de l'Enfer puis d'Enfer : le boulevard d'Enfer voisin devint quant à lui le boulevard Raspail. On y trouvait la demeure de Pierre-Joseph Proudhon, l'auteur de la "Théorie de la propriété", en 1855. Dans sa nouvelle "le Silence de la mer", écrite en 1945, Vercors situe "l'imprimerie de Verdun" dans l'angle que forme ce passage.
Vers l’arrêt 8 →
Revenez rue Campagne-Première et poursuivez sur le côté gauche, vers les numéros impairs.
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Arrêt 8
★ Incontournable~10 min
Rue Campagne-Première, côté gauche
Foujita, l'hôtel Istria et l'atelier de Man Ray, foyer du Montparnasse international.
📍 Rue Campagne-Première (côté gauche, 23-31 bis), 14e arr.
Ce côté de la rue abrita quelques-uns des lieux les plus emblématiques du Montparnasse cosmopolite : l'atelier de Foujita, l'hôtel Istria peuplé d'artistes, et le studio de Man Ray où défilèrent les modèles et muses des Années folles.
23, 29 — Foujita, Hôtel Istria
Au 23, demeure et atelier sur deux étages du peintre japonais Tsuguharu Fujita, dit Léonard Foujita, de fin avril 1950 à 1968. Au 29, l'Hôtel Istria où séjournèrent de nombreux artistes : Maïakowski en 1928, Aragon et Elsa Triolet, Picabia, Marcel Duchamp, Man Ray, ainsi que Kiki de Montparnasse ; Elsa Triolet en occupait la chambre 12 de 1924 à 1929.
Man Ray eut ici, de 1922 à 1940, un atelier où défilèrent nombre de modèles féminins tels Berenice Abbot, Lee Miller, Meret Oppenheim, Dora Maar et Alice Ernestine Prin, la fameuse Kiki. Dans cette rue, à une adresse inconnue, habita aussi Émile Goudeau, journaliste et poète qui fit les beaux jours du Chat Noir avec Rodolphe Salis et fonda le Club des Hydropathes.
Vers l’arrêt 9 →
Rejoignez le boulevard Raspail et suivez-le côté gauche.
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Arrêt 9
★ Incontournable~12 min
Bd Raspail et rue Boissonade
Picasso cubiste, les colonnes des Tuileries et le "prince des poètes".
📍 Bd Raspail (242-254) et rue Boissonade, 14e arr.
Le boulevard Raspail et la rue Boissonade voisine gardent la trace de Picasso à l'époque du cubisme, d'un ultime domicile de Rimbaud, et de vestiges des Tuileries détruites en 1871. On y croise aussi Romain Rolland, futur prix Nobel.
242-243 — Picasso, Rimbaud
Au 242, Cité Nicolas Poussin, demeure de Pablo Picasso d'octobre 1912 à 1913, où il réalisa entre autres "Bouteille, verre et violon". Au 243, un lieu aujourd'hui disparu où vécut Arthur Rimbaud en 1872 ; outre Verlaine, il y fréquentait Jean Richepin.
Aux 247-249, l'autre entrée du passage d'Enfer. Au 254, les colonnes dans la cour de l'École spéciale d'architecture sont des vestiges du palais des Tuileries, détruit pendant la Semaine sanglante en 1871.
Au 24, demeure de 1904 à 1914 du poète Paul Fort, qui resta pendant 50 ans le "prince des poètes". Au 3, au 5ème étage, demeure de Romain Rolland de 1901 jusqu'à son départ en Suisse en 1914 : c'est ici qu'il rédigea en 1912 "Jean-Christophe", qui lui valut le prix Nobel de littérature en 1915.
Vers l’arrêt 10 →
Revenez sur le boulevard du Montparnasse, côté impair, jusqu'à la Closerie des Lilas.
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Arrêt 10
★ Incontournable~12 min
La Closerie des Lilas
Le café des poètes, des cubistes et des surréalistes — théâtre de bagarres restées légendaires.
📍 171 bd du Montparnasse, 6e arr.
Restaurant-brasserie fondé en 1883, la Closerie des Lilas fut fréquentée par une foule d'artistes : Ingres, Gide, Verlaine, Apollinaire, Paul Fort, Charles Cros, Maïakovski… Lénine y jouait aux échecs avec Trotsky et Apollinaire au début des années 1910. À la même époque s'y tenaient tous les mardis les réunions du premier groupe cubiste — Metzinger, Robert et Sonia Delaunay, Gleizes, Fernand Léger, Le Fauconnier.
Remontez l'avenue de l'Observatoire, côté droit, jusqu'à l'ancien bal Bullier.
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Arrêt 11
★ Incontournable~13 min
Le bal Bullier (av de l'Observatoire)
Bal populaire, salle de meetings et berceau du Front populaire, sur des vestiges gallo-romains.
📍 37 av de l'Observatoire, 14e arr.
Au 37, l'emplacement de la Grande Chartreuse, première Closerie des Lilas et bal Bullier a une longue tradition d'accueil du public : on y a retrouvé les vestiges d'une hôtellerie gallo-romaine sur la route d'Orléans. En 1838, Carnaud installe un premier bal sous tente mauresque sur l'ancien couvent des Chartreux ; en 1847, François Bullier transforme le bal de la Grande Chartreuse en Closerie des Lilas, alors au 31 avenue de l'Observatoire. Le lieu connaît une période littéraire avec le cercle Zutique — Baudelaire, Verlaine, Léon Valade, et la fréquentation de Manet, Béranger et Jean-Louis Forain.
Le bal : polka, cancan, tango
Pendant la guerre de 1870, le lieu est réquisitionné pour accueillir une ambulance. Dans les années folles, on y danse la polka et le chahut-cancan ; Jeanne Avril y débute à 18 ans en 1886. Le tango y fait son apparition à Paris en 1907 avec Carlos Gardel, et Sonia Delaunay, qui y vient régulièrement, y peindra son fameux tableau "Un tango au bal Bullier". Il est transformé en atelier de confection d'uniformes en 1914.
Sonia Delaunay
Meetings antifascistes (1932-1933)
Dans l'entre-deux-guerres, le lieu accueille de plus en plus de meetings politiques. Le 27 juillet 1932, une réunion du PCF est attaquée par des trotskystes critiquant la politique allemande de la 3ème Internationale. Romain Rolland y préside un meeting après le rassemblement d'Amsterdam le 2 septembre. Ernst Thaelmann, venu clandestinement d'Allemagne, participe à un rassemblement antifasciste du PCF le 31 octobre. Le groupe Octobre y donne en février 1933 "Actualités", pièce de Prévert, puis un spectacle sur la grève des usines Citroën ; le 8 novembre, un meeting pour la libération de Georges Dimitrov réunit sa mère, André Gide, Paul Vaillant-Couturier, Jacques Duclos et Doriot. Jacques Prévert y joue le rôle du dictateur lors de la première de sa pièce "L'avènement de Hitler".
Paul Vaillant-Couturier Jacques Prévert
Vers le Front populaire (1934-1935)
La Fédération de la Seine du Parti Socialiste, dirigée par Jean Zyromski et Marceau Pivert, organise le 2 juillet 1934 un meeting unitaire contre le fascisme, considéré comme une des prémices du Front populaire — l'assistance fut si nombreuse qu'il fallut dédoubler le meeting dans le gymnase de la rue Huyghens. Le 9 octobre, Maurice Thorez y emploie pour la première fois l'expression, proposant un "large front populaire contre le fascisme". Le 18 janvier 1935 s'y tient le premier meeting commun des organisations de gauche : Victor Basch, Marcel Cachin, Léon Blum, Gaston Guiraud pour la CGT et René Arrachart pour la CGTU.
Marceau Pivert Marcel Cachin
Vers l’arrêt 12 →
Descendez l'avenue Denfert-Rochereau vers le sud, jusqu'au terme du parcours.
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Arrêt 12
★ Incontournable~15 min
Avenue Denfter-Rochereau
De l'Enfer à Denfert : couvents incendiés, cités d'artistes et derniers ateliers, jusqu'à Beauvoir.
📍 Av Denfert-Rochereau, 14e arr.
L'ancienne rue d'Enfer, devenue avenue Denfert-Rochereau, aligne institutions religieuses, vestiges de l'octroi, cités d'artistes et demeures d'écrivains. C'est ici, à Denfert, que se termine la seconde partie de notre parcours dans Montparnasse.
Aux 70 bis-76, le Noviciat de l'Oratoire, maison de repos des oratoriens et lieu de retraite de Malebranche en 1650. Aux 70 bis-82 s'installa de 1838 à 1860 l'hospice des Enfants trouvés, avec un touret dans le mur permettant les abandons anonymes — c'est aujourd'hui l'hôpital St Vincent de Paul. Au 63, emplacement de la "fausse porte St Jacques", poste d'octroi de 1765 remplacé en 1786 par la Barrière d'Enfer du mur des Fermiers généraux. Aux 65-73, le couvent des Filles du Bon Pasteur, dit des "filles repenties", est incendié le 23 mai 1871.
Barrière d'Enfer
77 — Cité d'artistes
Une cité d'artistes comportant de nombreux ateliers. Le sculpteur américain d'origine ukrainienne Alexander Archipenko prête le sien à Alberto Giacometti de fin 1922 à 1923. Le sculpteur animalier Louis Barye, ami de Delacroix, y a aussi le sien. Carpeaux, Dalou, George Sand et Frédéric Chopin y séjournèrent également. Il subsiste un beau puits encore en eau dans ces jardins malheureusement inaccessibles.
88-92, 89, 91 — Chateaubriand, André Gill, Beauvoir
Aux 88-92, l'Infirmerie Marie-Thérèse, où demeure Chateaubriand de 1826 à 1838 (alors 88 rue d'Enfer) : il y rédige ses "Mémoires d'outre-tombe" et y est arrêté en 1832. Au 89, demeure et atelier (alors 89 rue d'Enfer) du peintre et caricaturiste communard André Gill, auteur de l'enseigne du fameux "Lapin" de Montmartre ; il sombra dans la folie après avoir assisté aux atrocités des troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante. Au 91, demeure de Simone de Beauvoir dans un studio de sa grand-mère, de 1929 à 1931. Nous voici à Denfert : ainsi s'achève la seconde partie de notre parcours dans le quartier de Montparnasse.