Des cabarets du boulevard de Rochechouart au Bateau-lavoir, des moulins aux ateliers d'artistes, une traversée de la Butte sur les traces des poètes, des peintres et des Communards.
📍 14 arrêts
🚶 ~4.5 km
⏱ ~3h30
📖 9e–18e arr.
Deuxième partie de la promenade sur la butte Montmartre. Des cabarets du boulevard de Rochechouart aux ateliers du Bateau-lavoir, des moulins de la rue Lepic aux allées secrètes des Brouillards, ce parcours traverse la Butte sur les traces de ses poètes, de ses peintres, de ses anarchistes et de ses Communards. Chaque rue, chaque numéro y garde le souvenir d'un artiste, d'un cabaret disparu ou d'un épisode de la Commune, avant de refermer la boucle sur l'enfilade légendaire des cabarets du boulevard de Clichy.
1
Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Boulevard de Rochechouart
Sur le tracé du Mur des Fermiers généraux, la ligne de cabarets qui fit la légende nocturne de Montmartre.
📍 Métro Anvers / boulevard de Rochechouart, 18e
Départ de la station de métro « Anvers », devant la bouche style Art Nouveau d'Hector Guimard. Nous nous trouvons exactement sur le tracé du Mur des Fermiers généraux, construit juste avant la Révolution (ce mur murant Paris qui rendit Paris murmurant). Il fut démoli en 1860, lors du rattachement de Montmartre à la ville.
Le boulevard aligne quelques-uns des lieux fondateurs de la vie nocturne montmartroise, du bal populaire au premier cabaret littéraire.
Salle de l'Élysée Montmartre construite en 1807. Elle est convertie en fabrique de ballons postaux et héberge le club de la Révolution pendant le siège de Paris en 1870, puis transformée en hôpital pendant la Commune de 1871.
Émile Zola y fête, en compagnie du gratin parisien, la 100ème de sa pièce l'Assommoir le 29 avril 1879. Les gens du quartier de la Goutte d'Or voisin, où se trouvait la blanchisserie de Gervaise, ne sont pas invités… Toulouse-Lautrec, habitué du lieu, y dessine « Le Quadrille de la chaise Louis XIII » en 1886. S'y produisent des vedettes qui ont pour nom : la Goulue, Grille d'égout, Nini patte en l'air ou Miss Rigolette. L'École des Beaux-Arts y organise son premier « bal des Quat'z'Arts » le 23 avril 1892. Un débat s'y déroule sur le thème « Le socialisme et la patrie » entre Jean Jaurès et Gustave Hervé le 27 mai 1905. Jean-Louis Barrault, chassé de l'Odéon, y installe sa troupe en Mai 68.
Le bal de l'Élysée Montmartre et son Quadrille
80 : Trianon-Concert
Salle du Trianon-Concert où le fameux transformiste Leopoldo Fregoli fit ses débuts à Paris vers 1900.
L'affiche du Chat Noir et un panneau à l'emplacement de son 1er établissement
86 : Inscription de l'annexion
Inscriptions gravées sur la façade rappelant l'annexion de Montmartre à Paris, le 1er janvier 1860.
Inscription commémorant le rattachement à Paris
Vers l’arrêt 2 →
Prenez la rue Dancourt à droite, qui monte vers la place Charles Dullin.
2
Arrêt 2
★ Incontournable~12 min
Place Charles Dullin et rue des Trois Frères
Le berceau de l'Opéra bouffe et une rue où se croisent théâtre d'ombres, cubistes et le dispensaire de Clemenceau.
📍 Place Charles Dullin / rue des Trois Frères, 18e
La place Charles Dullin abrite l'ancien théâtre de Montmartre, au n° 1, devenu théâtre de l'Atelier en 1922 ; aujourd'hui théâtre de l'Atelier Charles Dullin. Créé par Seveste et Hervé en 1847, il vit la naissance de l'Opéra bouffe. Charles Dullin en fit une école pour jeunes comédiens. Il fut rebaptisé théâtre du Peuple pendant la Révolution de 1848.
Alexandre Steinlen y ouvrit son propre théâtre d'ombres à l'enseigne de la Pie Borgne, que Georges Courteline décrit dans « Les Linottes ». On y trouvait aussi le café des Enfants Terribles, fréquenté par Guillaume Apollinaire. Georges Braque y demeure à son arrivée à Paris, à 18 ans, en 1900-1901. Mais ces différentes adresses nous restent inconnues…
23 : Dispensaire de Clemenceau
Georges Clemenceau ouvre un dispensaire qu'il dirige en tant que médecin de 1870 à 1889. Ce sera par la suite le siège de la revue anarchiste « La Sociale », créée le 12 mai 1895 par Émile Pouget, syndicaliste révolutionnaire, fondateur également du « Père Peinard ».
Georges Clemenceau — son dispensaire
39 : Le Tremplin
Le Tremplin ; plus petit théâtre de Montmartre avec ses 48 places. Théâtre école de mime créé par Pinok et Matho en 1990.
Le théâtre du Tremplin
Vers l’arrêt 3 →
Rejoignez la rue Yvonne Le Tac, à gauche, sur les traces de saint Denis.
3
Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
Rue Yvonne Le Tac et place des Abbesses
Le martyre de saint Denis, le berceau des Jésuites et la mairie de Montmartre, cœur civique de la Butte pendant la Commune.
📍 Rue Yvonne Le Tac / place des Abbesses, 18e
Au 9 de la rue Yvonne Le Tac se trouve le lieu présumé du martyre de saint Denis ; on peut visiter la chapelle du Martyrium au sous-sol. C'est l'emplacement d'une crypte dans laquelle Ignace de Loyola, François Xavier et leurs compagnons fondèrent, le 15 août 1534, l'ordre des Jésuites, dont on sait l'essor et l'influence qu'il prendra, pour le meilleur et pour le pire… C'est à cet endroit que se situait l'entrée de l'Abbaye d'en Bas, reliée à celle d'en Haut par un long couloir recouvrant un escalier.
Emplacement de l'ancienne mairie de Montmartre dont Jean Baptiste Clément fut un élu pendant la Commune, puis tenue par Clemenceau. C'est là qu'on célébra le mariage de Verlaine avec Mathilde Mauté le 11 août 1870.
Les canons de la Commune — la mairie de Montmartre
Église Saint-Jean de Montmartre
Église Saint-Jean l'Évangéliste, premier bâtiment à Paris construit en béton armé par Anatole de Baudot en 1904. Elle fut occupée par les Sans-papiers en 1998.
L'église Saint-Jean de Montmartre
La bouche de métro Guimard
Sur la place se trouve l'ancienne bouche du métro Hôtel de Ville, dessinée par Hector Guimard. C'est la station la plus profonde de Paris : 36 m.
Bouche de métro Guimard importée de l'Hôtel de Ville
Vers l’arrêt 4 →
Faites un aller-retour dans la rue André Antoine, en contrebas.
4
Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Rue André Antoine et rue des Abbesses
Seurat, le Théâtre Libre d'André Antoine et le restaurant de la Mère Bataille, cantine des impressionnistes.
📍 Rue André Antoine / rue des Abbesses, 18e
La rue André Antoine et la rue des Abbesses concentrent une remarquable série d'adresses d'artistes et d'écrivains, du pointilliste au romancier résistant.
Emplacement de la salle de théâtre en bois où André Antoine, ex gazier, fonda son Théâtre Libre en 1887.
André Antoine — l'emplacement de son théâtre
Abbesses, 11 : Roger Vailland
Demeure en 1944 du romancier engagé Roger Vailland, cofondateur de la revue « Drôle de jeu ».
Roger Vailland
Abbesses, 20-21-28 : cafés d'artistes
Au 20, le restaurant de la Mère Bataille, fréquenté par nombre d'artistes et de personnages politiques : Vincent et Théo Van Gogh, Paul Gauguin, François Coppée, Catulle Mendès, Jean Jaurès… Au 21, l'hôtel de Maria Malibran, dite la Malibran en 1832, puis résidence des maires de Montmartre, dont Georges Clemenceau. Au 28, l'emplacement du bar Fauvet, fréquenté par les cubistes et des écrivains comme Paul Fort ou Pierre Mac Orlan. Au 31 bis, massacre de Communards pendant la Semaine sanglante à l'angle de la rue Germain Pilon.
Passage des Abbesses
Demeure de Jean Baptiste Clément chez son oncle en 1861. Pittoresque atelier de menuiserie dans le coin de la placette à droite.
Le passage des Abbesses et son jardin
Rue des Trois Frères, 56 : épicerie Cornillon
En reprenant la rue des Trois Frères à gauche, vous reconnaîtrez l'épicerie Cornillon, rendue célèbre par Amélie Poulain.
La fabuleuse épicerie Cornillon
Vers l’arrêt 5 →
Par la rue Garreau, montez jusqu'à la place Émile Goudeau.
5
Arrêt 5
★ Incontournable~15 min
Place Émile Goudeau — le Bateau-lavoir
Là où Picasso peignit « Les Demoiselles d'Avignon » : le berceau du Cubisme et la ruche de toute une génération d'artistes.
📍 Place Émile Goudeau, 18e
Au 13 de la place Émile Goudeau, emplacement du Poirier sans Pareil, guinguette située sur le « Vieux chemin » autour d'un énorme poirier. Alphonse Karr y demeure à 20 ans, en 1830, dans un ancien Tivoli désaffecté, ainsi que le caricaturiste Gavarni. En 1860 est construite à sa place une fabrique de pianos qui, une fois désaffectée, abritera 25 ateliers d'artistes. Ce bâtiment en bois sera d'abord appelé « la Maison du Trappeur ». André Antoine vient y recruter des acteurs amateurs pour son Théâtre Libre en 1887. S'y tiennent des réunions du Cercle de la Butte, qui réunissent en 1892 peintres et poètes, dont Jehan-Rictus.
En 1906, Pablo Ruiz Picasso, qui a là son atelier de 1904 à 1909, y peint les « Demoiselles d'Avinyó » — c'est-à-dire les demoiselles du bordel de la rue d'Avignon, à Barcelone — toile qui va marquer la naissance du Cubisme.
Max Jacob lui donne finalement le nom universellement connu de Bateau-lavoir, inspiré par ses coursives en bois. Il est la demeure et l'atelier de nombreux artistes, dont Kees Van Dongen en 1905, Pierre Mac Orlan en 1906, André Derain en 1907, José Victoriano Carmelo Carlos González-Pérez, alias Juan Gris, et Amedeo Modigliani en 1908, André Salmon de 1908 à 1909…
Cette même année 1908, Picasso y donne un banquet fameux en l'honneur du Douanier Rousseau. Le Bateau-lavoir est également fréquenté par Braque, Dufy, Marie Laurencin, Apollinaire et bien d'autres… Il sera victime d'un incendie qui le détruira presque entièrement le 12 mai 1970.
Le Bateau-lavoir
Vers l’arrêt 6 →
Laissez à droite la rue Ravignan et engagez-vous dans sa montée.
6
Arrêt 6
★ Incontournable~15 min
Rue Ravignan et rue d'Orchampt
Le « Vieux chemin » de la Butte, ses hôtels d'artistes fauchés et les caboulots anarchistes où Picasso retrouvait Max Jacob.
📍 Rue Ravignan / rue d'Orchampt, 18e
La rue Ravignan est l'ancien chemin de Sacalie, du nom d'une vigne réputée comme la meilleure de Montmartre dès 1308. Plus tard appelé le Vieux chemin, c'est l'une des deux seules voies menant au sommet de la Butte jusqu'au 19ème siècle. Il se terminait par un lieu-dit « l'Enfer » (place Jean Baptiste Clément), ce qui donne une idée de la raideur de la pente !
Ravignan, 16 : Hôtel du Poirier
Demeure de Pierre Mac Orlan, entre 1899 et 1912, quand il a des sous pour payer sa chambre. Séjours également d'Amedeo Modigliani en 1906, de Max Jacob quand il n'est pas au Bateau-Lavoir, de Pierre Reverdy, d'Albert Camus à son arrivée d'Alger le 16 mars 1940.
Ravignan, 7 : Max Jacob
Demeure de Max Jacob dans un appentis au fond de la cour, de 1907 à 1911. C'est là que lui apparaît la tête du christ dont il trace le contour sur le mur de la pièce ; à la suite de quoi il se convertit au catholicisme. Le poète Pierre Reverdy demeura aussi à cette adresse.
Max Jacob
Ravignan, 11-12-15-18 : autres adresses
Au 11, le Grand Hôtel Goudeau, point de chute de Roger Vailland engagé dans la Résistance pendant la Seconde guerre mondiale. Au 12, le café-restaurant « Aux enfants de la Butte », chez Azon, fréquenté par les locataires du Bateau-lavoir : Picasso et sa compagne Fernande Olivier, Modigliani, Van Dongen, Vlaminck, Derain, Apollinaire, Max Jacob… C'est là aussi, dans la blanchisserie de Mme Rouzaire, que les cubistes entreposaient des statues d'art nègre. Au 15, demeure de l'acteur Pierre Fresnay et de sa femme, Rachel Berendt, dite Nanet, en 1917, ainsi que du pianiste Arthur Rubinstein en 1930. Au 18, demeure du compositeur d'opérettes Francis Lopez à ses débuts.
Ravignan, 28-30 : Le Zut
Café « le Zut », tenu par Frédéric Gérard ; repaire d'anarchistes, fermé par la police en 1903. Frédé reprendra par la suite le Lapin Agile. Le Zut est fréquenté par Picasso et ses amis peintres Espagnols. Il y rencontre Max Jacob et en décore les murs malheureusement détruits.
Orchampt, 5 : Courteline
Demeure de Georges Moinaux, dit Courteline, en 1885.
Georges Moinaux, dit Courteline
Orchampt, 11 bis : Céline (maison de Dalida)
Demeure de Louis-Ferdinand Céline dans la maison dite de Dalida, donnant 98 rue Lepic.
Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline — le 11 bis, ouvrant au 98 rue Lepic
Vers l’arrêt 7 →
Rejoignez la rue Lepic à droite, dans le domaine des moulins.
7
Arrêt 7
★ Incontournable~15 min
Rue Lepic — les moulins et la place Jean Baptiste Clément
Le Moulin de la Galette, dernier survivant des moulins de la Butte, et la mémoire de Jean Baptiste Clément, poète communard.
📍 Rue Lepic (haut) / place Jean Baptiste Clément, 18e
La rue Lepic fut l'emplacement de nombreux moulins dont le plus ancien, le Moulin du Palais, fut construit en 1622. Dans l'ancienne enceinte de la guinguette du Moulin de la Galette, restent le Blute-fin, inaccessible, et un pastiche du Moulin Radet, à l'angle de la rue Girardon.
Au 98, demeure de Louis Ferdinand Céline, écrivain de génie mais antisémite et collabo. Au 110, demeure de Jean Baptiste Clément de 1885 à 1903.
Jean Baptiste Clément — sa dernière adresse à Montmartre
Place Jean Baptiste Clément
Une des seules voies à Paris portant le nom d'un membre de la Commune. Mais c'est, bien sûr, en tant que poète qu'il a été ainsi honoré. Au 7, demeure et atelier d'Amedeo Modigliani de 1907 à 1908.
Vers l’arrêt 8 →
Prenez la rue Norvins à gauche, vers le château d'eau et la Folie Sandrin.
8
Arrêt 8
★ Incontournable~15 min
Rue Norvins, place Marcel Aymé et rue Girardon
La Folie Sandrin où fut interné Nerval, la maison de Marcel Aymé et la Mire du Nord, jalon du méridien de Paris.
📍 Rue Norvins / place Marcel Aymé / rue Girardon, 18e
Folie Sandrin de 1774. Maison de santé psychiatrique des docteurs Prost, en 1805, puis Blanche en 1821. Gérard de Nerval y fut interné en 1841. Jacques Arago, écrivain et explorateur, frère de François, Jean et Étienne, auteur d'un « Curieux voyage autour du monde » qu'il écrivit en 1853 sans utiliser la lettre « A », y fut également soigné. Le général « félon » de Langeron, commandant les troupes Russes pendant le siège de Paris, en fit son QG en 1814.
La folie Sandrin
Norvins, 15-17 et 24 : les moulins
Au 15-17, emplacement du moulin de la Vieille Tour, troisième moulin de la Butte, de 1623 à 1840. Au 24, premier emplacement sur la Butte, en 1636, du Moulin Radet, déplacé ici depuis la butte Saint-Roch ; aujourd'hui cité internationale des Arts, annexe de celle de l'Hôtel de Ville depuis 1971.
Demeure de Marcel Aymé, auteur de Clérambard, des Contes du chat perché, de la Jument verte et du Passe-Muraille ; roman qui a inspiré à Jean Marais la sculpture mitoyenne.
Marcel Aymé — le Passe-muraille de Jean Marais
Girardon, 1 : la Mire du Nord
C'est dans l'enceinte du Moulin de la Galette que se trouve, inadmissiblement inaccessible au public — comme ledit moulin d'ailleurs — la Mire du Nord ; d'abord un simple poteau de la Méridienne, implanté le 14 août 1675 par l'abbé Jean Picard à 2931 toises et 2 pieds de l'Observatoire, pour marquer la position du Méridien de Paris, et remplacé en 1736, sous la direction de Jacques Cassini, fils de Jean-Dominique, par une pyramide d'abord surmontée d'une fleur de lys, à laquelle fut substituée à la Révolution une pointe de pique.
La mire du Nord
Girardon, 2-4-11-12 : moulins, Céline et l'Assommoir
Au 2, emplacement du Moulin de la Petite Tour, puis de la Tour à Rollin, construit en 1647 et détruit en 1854. Au 4, demeure de Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, de 1941 à son départ pour Sigmaringen, en compagnie de Pétain, dans les valises de l'armée nazie en 1944. Au 12, restaurant l'Assommoir, ancienne épicerie de la mère Birnbaum, fréquentée par ce même Céline. Au 11, domicile de Roger Tozigny et siège de la revue « La Vache Enragée », qu'il créa en mai 1917 ; au 11 bis, pavillon n° 3 dépendant du Château des Brouillards, demeure de Léon Bloy en 1904 et 1905.
Les moulins de Montmartre le long de la rue Lepic L'Assommoir
Vers l’arrêt 9 →
Descendez vers la place Dalida et l'allée des Brouillards.
9
Arrêt 9
★ Incontournable~15 min
Place Dalida, allée des Brouillards et square Suzanne Buisson
Le Château des Brouillards de Nerval, le pavillon où naquit Jean Renoir et la fontaine légendaire de saint Denis.
📍 Place Dalida / allée des Brouillards / rue Simon Dereure, 18e
C'est dans ces parages que se trouvait la Fontaine du But ou du Buc, ou du Bue, citée par Gérard de Nerval. Elle alimentait un abreuvoir. La brume due à l'humidité qui régnait en ce lieu a probablement donné son nom à la bâtisse voisine ; et c'est sans doute dû au manque de visibilité subséquent qu'on lui a attribué le titre de château…
Gérard de Nerval — le château des Brouillards
Allée des Brouillards — Nerval et Renoir
Gérard de Nerval habite ce Château des Brouillards de 1828 à 1833. Il y rédige son « Voyage en Orient ». Dans un des pavillons faisant face audit château demeure Auguste Renoir de 1890 à 1894. C'est là que naît son fils Jean, le futur cinéaste.
Jean Renoir — le pavillon où demeuraient ses parents et où il naquit
Rue Simon Dereure
Une des rares rues de Paris portant le nom d'un membre de la Commune ; ouvrier cordonnier, membre de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT ou 1ère Internationale), fondateur de la première chambre syndicale à Paris, maire adjoint du 18ème arrondissement après l'amnistie. C'est d'ailleurs à ce dernier titre que Simon Dereure doit d'avoir sa rue dans la capitale, et non pas, bien sûr, en tant que Communard…
Square Suzanne Buisson
De sa terrasse on a une belle vue sur le Moulin de la Galette, scandaleusement privé et donc inaccessible.
Là se trouvait une fontaine sacrée du paganisme, réputée guérir les fièvres et assurer la fidélité des femmes. C'est dans son eau que, selon la légende, saint Denis serait venu laver sa tête coupée avant de continuer son chemin… Au 2, demeure et atelier du peintre et graveur Eugène Paul dit Gen Paul, qui y tenait un salon fréquenté par Céline, Marcel Aymé, Arletty… de 1917 à 1975. Dans cette impasse a demeuré le romancier Louis Henri Jean Farigoule, dit Jules Romains, en 1910.
Eugène Paul dit Gen Paul — sa demeure et son atelier dans l'impasse Girardon
Vers l’arrêt 10 →
Prenez l'avenue Junot à droite, l'artère chic de la Butte.
10
Arrêt 10
★ Incontournable~15 min
Avenue Junot et villa Léandre
L'avenue des artistes, de Poulbot à Tristan Tzara, et la villa Léandre, coin d'Angleterre secret abritant une histoire de Résistance.
📍 Avenue Junot / villa Léandre, 18e
L'avenue Junot aligne cinémas confidentiels, maisons d'artistes et vestiges du maquis de Montmartre.
Junot, 1 : Ciné 13
Ciné 13, théâtre de Montmartre ayant appartenu à Claude Lelouch en 1954. Un des plus petits cinémas de Paris.
Ciné 13, également Théâtre de Montmartre
Junot, 13 : Francisque Poulbot
Demeure de Francisque Poulbot jusqu'à sa mort en 1946. Enfants en mosaïque sur la façade.
Francisque Poulbot — sa maison visitée par ses petits personnages… bien vivants
Junot, 15 : Tristan Tzara
Demeure de Tristan Tzara, un des initiateurs du mouvement « Dada », en 1926. Y habita aussi Jacques Fabbri.
Tristan Tzara
Villa Léandre
Au 23 bis de l'avenue Junot, la villa Léandre offre le charme d'un petit coin de province, ou plutôt d'Angleterre, à Paris. Au 15-17, emplacement du Moulin des Prés ou de la Béquille, construit par Nicolas Menessier en 1724, un des nombreux moulins à gypse de la Butte. Au 8 bis, demeure des Blavette, beaux-parents de Roger Vailland ; ce fut son port d'attache de 1934 jusqu'à la guerre. C'est dans ce même pavillon, devenu la planque de Roman Czerniawski, alias Armand Borni, chef du réseau Interallié, que ce dernier est arrêté, le 16 novembre 1941, en même temps que Mathilde Carré, dite la Chatte, qui habite à deux pas de là, rue Cortot. La Chatte sera « retournée » par les services de l'Abwehr et provoquera l'arrestation de nombreux Résistants.
La villa Léandre
Passage du maquis (17 av Junot / 65 rue Lepic)
En revenant sur quelques pas dans l'avenue Junot, un passage sans nom au 17, débouchant sur le 65 rue Lepic, abrite un jeu de boules, vestige du maquis de Montmartre, sauvé de justesse des griffes des promoteurs.
Redescendez la rue Lepic vers le bas, puis explorez ses rues adjacentes.
11
Arrêt 11
★ Incontournable~15 min
Rue Lepic, rue de l'Armée d'Orient et rue Tholozé
Les moulins à plâtre, le Théâtre Libre des Mamelles de Tirésias et le Studio 28, cinéma d'avant-garde saccagé pour un film de Buñuel.
📍 Rue Lepic (bas) / rue de l'Armée d'Orient / rue Tholozé, 18e
Cette portion basse de la rue Lepic et ses rues voisines mêlent moulins anciens, ateliers d'artistes et hauts lieux du théâtre et du cinéma d'avant-garde.
Lepic, 59 et 53 : moulin et Jean Baptiste Clément
Au 59, le Moulin de la Fontaine Saint-Denis ou Moulin Vieux, un des plus anciens moulins à plâtre de Montmartre ; il aurait été construit en 1724, mais aurait remplacé un autre moulin datant de 1529. Au 53, demeure de Jean Baptiste Clément de 1885 à 1887.
Jean Baptiste Clément
Armée d'Orient, 11 : Poulbot et Paul Fort
Atelier de Francisque Poulbot, le peintre des enfants de Montmartre, de 1910 à 1925. Demeure de Paul Fort, élu par ses pairs « prince des Poètes », en 1908 et 1909, après qu'il ait quitté Montparnasse.
Francisque Poulbot dessiné par un gamin de la Butte
Armée d'Orient, 4 : Théâtre Maubel-Galabru
Conservatoire Renée Maubel ; aujourd'hui Théâtre Maubel-Galabru. Théâtre expérimental qui connut de nombreuses créations, dont celle des « Mamelles de Tirésias », le 24 juin 1917, écrite par Guillaume Apollinaire et mise en scène par Pierre Albert-Birot, avec la complicité de Breton, Éluard, Picasso, Jacques Vaché et Adrienne Monnier. Bien entendu, la pièce fit scandale. Elle était sous-titrée « drame sur-réaliste », mot inventé par l'auteur et qui, perdant son trait d'union, eut l'avenir que l'on sait.
Les Mamelles de Tirésias — le théâtre Maubel-Galabru
Lepic, 77 : perspective sur le Moulin de la Galette
Au 77, belle perspective en contre-plongée sur le Moulin de la Galette. Belle frustration aussi, de ne pouvoir y accéder. Propriété privée, quand tu nous tiens !…
Tholozé, 17 et 10 : Papillon et Studio 28
Au 17, le cabaret du Petit Moulin, caboulot où Papillon avait ses habitudes avant de se retrouver au bagne. Au 10, le cabaret de la Pétaudière où se produisaient Léon Xanrof, auteur du Fiacre, Jeanne Sourza, Raymond Souplex. Remplacé en 1928 par le Studio 28, cinéma d'avant-garde créé par Jean-Placide Mauclaire et la famille Roulleau. La salle est saccagée en 1930 lors de la projection de « l'Âge d'Or » de Luis Buñuel. Des tableaux de Dali et Miró sont lacérés par un commando d'extrême droite.
Le Petit moulin — Papillon Le Studio 28
Vers l’arrêt 12 →
Remontez jusqu'à la rue Durantin à droite, puis la rue Burq à gauche.
12
Arrêt 12
Optionnel~15 min
Rues Durantin, Burq et Tourlaque
Le square Burq caché, la cour remarquable du 40 Durantin, l'atelier de Toulouse-Lautrec et la Cité des Fusains, ruche surréaliste.
📍 Rue Durantin / rue Burq / rue Tourlaque, 18e
Ce détour dans les rues en pente explore quelques cours secrètes et ateliers d'artistes majeurs, de Toulouse-Lautrec à Max Ernst.
Rue Burq — square Burq
Pour jeter un coup d'œil sur le charmant square Burq, situé en contrebas de l'ancien Bateau-lavoir.
Le square Burq — Harold Lloyd a l'air de s'y plaire
Durantin, 40 : la cour remarquable
Superbe cour dans laquelle on trouve deux escaliers à double révolution munis de fontaines malheureusement taries.
La cour remarquable du 40 rue Durantin
Tourlaque, 4 et 7 : Fénéon et Toulouse-Lautrec
Au 4, demeure de Félix Fénéon, écrivain anarchiste accusé de complicité dans l'attentat d'Émile Henry à l'hôtel Terminus ; il fut arrêté le 15 avril 1894. Au 7, atelier d'Henri de Toulouse-Lautrec entre 1884 et 1897.
Au 14, effondrement d'une carrière de gypse sur 17 mètres de profondeur qui fit 1 mort en 1909. Au 22, la Cité des Fusains, cité d'artistes construite avec des matériaux de l'Exposition universelle de 1889 ; une seconde tranche de bâtiments est ajoutée en 1923. Elle abrite une foule d'artistes de renom : Bonnard, Derain, Collamarini, Forain, Masson, Magritte, Dali, Jean Arp et Sophie Taeuber de 1922 à 1926, Max Ernst pendant 10 ans à partir de 1925, Juan Miró en 1927. Georges Joubin y crée en 1929 l'éphémère « École de Montmartre », dont se réclameront Pascin, Maurice Asselin, Creixams, Marcel Leprin… Renoir aurait peint en ce lieu avant même la construction de la cité des Fusains. Un beau puits en granit, de 1614, a été rapporté dans le jardin.
La cité des Fusains
Caulaincourt, 12-18-21 : hôtels et ateliers
Par la rue Joseph de Maistre puis la rue Caulaincourt à gauche : au 12, le Terrasse Hôtel, dont la brasserie était fréquentée par Yves Tanguy, André Breton, Max Ernst… Au 18, l'Hôtel Daniel où séjourna Raymond Queneau avant sa rupture avec Breton. Au 21, atelier de Toulouse-Lautrec de 1887 à 1897 ; il y fait la connaissance de Suzanne Valadon qu'il prend comme modèle, accompagnée par le jeune Maurice Utrillo. Il sera remplacé par Alexandre Steinlen, puis par Georges Paulez.
Vers l’arrêt 13 →
Revenez par la rue de Tourlaque, puis descendez la rue Lepic vers le bas.
13
Arrêt 13
★ Incontournable~15 min
Rue Lepic (bas), rue Constance et impasse Marie Blanche
La maison des frères Van Gogh, les barricades de la Semaine sanglante et les vestiges du château de l'Escalopier.
📍 Rue Lepic (bas) / rue Constance / impasse Marie Blanche, 18e
La descente de la rue Lepic conjugue la mémoire de Van Gogh, celle des Communardes en armes et quelques curiosités cachées.
Lepic, 54 : les frères Van Gogh
Demeure de Théo Van Gogh au 3ème étage. Il héberge son frère, de juin 1886 à 1888. Vincent peint et dessine de la fenêtre qui donne sur la rue. Au rez-de-chaussée se tenait la galerie d'Alphonse Portier, ex marchand de couleurs qui exposait Corot et Cézanne ; un des premiers à soutenir les Impressionnistes. Demeure également du poète et chansonnier Gabriel Randon, dit Jehan-Rictus, de 1904 à 1913.
Au 48, à l'angle de la rue Tholozé, les versaillais ont massacré 20 Fédérés pendant la Semaine sanglante. Au 42, le restaurant « La Pomponette », siège de la République de Montmartre, aujourd'hui ambassade de Groland ; Francisque Poulbot y ouvrit, au fond de la cour, un dispensaire pour les enfants de la Butte en 1936. Au 36, barricade pendant la Commune, défendue par une vingtaine de femmes du Comité de vigilance des citoyennes du 18ème arrondissement le 23 mai 1871.
La Pomponette Barricade de la rue Lepic
Rue Constance, 10 et 7 : Cormon et Clément
Au 10, l'académie de dessin de Fernand Cormon, dite « La Rotule ». Peintre pompier chez qui venait étudier Vincent Van Gogh. Au 7, demeure de Jean Baptiste Clément à son retour d'exil en 1880.
Une autre demeure de Jean Baptiste Clément
Impasse Marie Blanche, 7 : château de l'Escalopier
Vestiges du château de l'Escalopier, édifice de style troubadour construit en 1835. Son entrée se trouvait au 13-19 rue Joseph de Maistre. Son richissime propriétaire avait fait bâtir les premières serres à Paris chauffées à la vapeur.
Château de l'Escalopier
Rue Cauchois et passage Lepic
À l'angle de la rue Lepic, rue Cauchois, on reconnaît le café-tabac où a été tournée la fameuse scène du « Fabuleux destin d'Amélie Poulain ». On traverse la rue Lepic pour prendre, juste en face si possible, le passage Lepic ; sinon, remonter un peu la rue Lepic pour prendre à droite.
Passage Lepic
Rue Planquette, 10 et villa des Platanes
En aller-retour rue Planquette, au 10, la bibliothèque anarchiste « La Rue ». Au bout de la rue, si un résidant sympathique veut bien vous ouvrir la porte, jetez un œil dans la villa des Platanes : un petit coin de province en plein Paris, une merveille difficile d'accès car privée. Villa où, paraît-il, aurait habité Alphonsine Plessis, la Marguerite Gautier de la Dame aux Camélias. On y trouve trois bas-reliefs dont un est réputé, de façon erronée, évoquer la Commune, alors qu'il s'agit sans doute plutôt, d'après les uniformes, de la révolution de 1830. Dans le pavillon D se tenait un cours de dessin qui comptait Charles Léandre parmi ses professeurs.
Local anarchiste Bas-relief insolite des combats de 1830 dans la villa des Platanes
Vers l’arrêt 14 →
Rejoignez le boulevard de Clichy pour la dernière étape, en enfilade de cabarets.
14
Arrêt 14
★ Incontournable~20 min
Boulevard de Clichy — la fin du parcours
La grande enfilade des cabarets : le Néant, le domicile de Daumier, les Frites Révolutionnaires de Maxime Lisbonne et le repaire des Surréalistes.
📍 Boulevard de Clichy, 9e / 18e
Le boulevard de Clichy referme la promenade sur une succession d'établissements légendaires de la vie artistique et politique montmartroise. En sortant de la villa des Platanes, on peut ressortir soit directement par le boulevard de Clichy, soit en rebroussant chemin par la rue Planquette, puis la rue Lepic et la rue Coustou.
34 : Cabaret du Néant
Emplacement du cabaret du Néant, dirigé par un certain Antonin, et où se produisait le chanteur Dorville. Établissement de 1892 à la devanture remarquable transférée à l'Historial.
Cabaret le Néant
36 : Honoré Daumier
Demeure du dessinateur et caricaturiste politique républicain Honoré Daumier, de 1869 à 1873. À cet emplacement, le cabaret des Arts, puis du Logiz de la Lune Rousse, où se produisaient de nombreux chansonniers dont Xavier Privas et Jehan-Rictus, de 1904 à 1914 ; Cabaret de La Chaumière pendant la guerre de 14/18 et enfin théâtre des Dix Heures.
Emplacement du restaurant « les Frites Révolutionnaires » ; un des nombreux établissements créés par Maxime Lisbonne, le d'Artagnan de la Commune, en 1888. Il était animé par Louis Bardet et Marcel Legay.
Maxime Lisbonne
62 : Le Tambourin
Emplacement du restaurant « Le Tambourin », où exposaient et déjeunaient les peintres dits « du Petit boulevard », dont Agostina Segatori, Louis Anquetin, Émile Bernard… vers 1885. Van Gogh, Toulouse-Lautrec, Steinlen, Forain y exposèrent également. Il fut remplacé, de 1893 à 1914, par le cabaret de la Butte, puis des Quat'z'Arts créé par François Trombert ; cabaret à vocation poétique, ancêtre des cafés-théâtres, où le chanteur populaire franco-anglais Harry Fragson fit ses débuts. S'y produisirent des poètes et chansonniers fameux : Jehan-Rictus, Lucien Boyer, Théodore Botrel, Xavier Privas, Gaston Couté…
64 : Hôtel le Radio — Prévert
Hôtel le Radio, demeure de Jacques et Simone Prévert en 1928. Ils venaient de quitter le phalanstère de la rue du Château. Prévert écrivit là ses premiers poèmes.
68 : le faux Chat Noir
Une plaque mensongère a longtemps indiqué ici le cabaret du Chat Noir, jouant sur un quiproquo autour de l'usurpation de ce nom par Jean Chagot. Ce dernier avait extorqué à la veuve de Rodolphe Salis l'autorisation d'appeler l'établissement qu'il ouvrit ici en 1900, le « Caveau du Chat Noir », jouant ensuite sur la confusion. Une carte postale, dont la reproduction circule toujours, présente à tort sa façade comme celle du premier cabaret de Salis. C'est à une table de l'actuel café qui a repris à son tour le nom du célèbre cabaret que Boris Vian aurait écrit les paroles du « Déserteur », en 1954.
Le Caveau du Chat noir, pris à tort pour l'établissement célèbre de Rodolphe Salis Boris Vian — café le Chat noir