La Bièvre à Paris


Bords de la Bièvre, vue prise du bas de la rue des Gobelins, Charles Marville, 1865-1868, Carnavalet

Longue de trente-cinq kilomètres, la Bièvre fut pendant des siècles la deuxième rivière de Paris après la Seine. Prenant sa source à Guyancourt dans les Yvelines, elle traversait quinze communes avant d'entrer dans la capitale par la poterne des Peupliers et de serpenter à travers les 13e et 5e arrondissements sur environ cinq kilomètres. Son cours se terminait au niveau de l'actuelle gare d'Austerlitz où elle se jetait dans la Seine.​

Origines du nom

L'étymologie du nom « Bièvre » suscite deux hypothèses. La plus répandue l'attribue à la présence ancienne de castors sur ses rives, le mot latin beber désignant cet animal. Cette théorie semble confirmée par les armoiries de plusieurs communes traversées par la rivière qui représentent un castor.

Toutefois, le faible débit de la rivière et l'absence d'ossements retrouvés rendent cette explication peu probable. Une hypothèse plus plausible repose sur la seconde signification du mot beber, qui désigne également une couleur brune. Plusieurs rivières françaises au fond boueux ont ainsi été baptisées à partir de ce terme.

La rivière fut également appelée « ruisseau des Gobelins » en référence à Jean Gobelin, teinturier flamand qui s'installa sur ses rives en 1443 et dont la famille donna son nom au quartier et à la manufacture.

Modifications médiévales

Au milieu du XIIe siècle, les chanoines de l'abbaye Saint-Victor détournèrent la rivière de son cours naturel pour irriguer leurs terres et alimenter leur moulin. Le cours fut par la suite profondément remanié pour augmenter son débit. Une digue et plusieurs barrages entraînèrent le dédoublement du ruisseau : le lit d'origine devint la « Bièvre morte » tandis que le cours d'eau artificiel fut nommé « Bièvre vive ».

À la fin du XIVe siècle, la Bièvre possédait trois confluents avec la Seine, progressivement comblés au cours des siècles suivants.

Une rivière industrieuse

À partir du XVIIe siècle, la Bièvre devint une rivière de labeur. Un arrêté royal de 1672 obligea certaines activités polluantes à quitter Paris. Tanneurs et mégissiers se réfugièrent alors sur les rives de la Bièvre, rejoignant les teinturiers déjà installés. Au XVIIIe siècle, industries diverses se partagèrent l'eau de la rivière.

Cette concentration d'activités entraîna une pollution catastrophique. Particuliers et artisans déversaient détritus, excréments, produits toxiques et déchets dans le cours d'eau. La Bièvre devint un égout à ciel ouvert, source de maladies.

Pour réguler son utilisation, une police de la Bièvre fut créée en 1732, composée de deux gardes chargés de surveiller la rivière. Les propriétés riveraines furent numérotées, une pierre encastrée dans chaque mur indiquant la longueur de rive que le propriétaire devait entretenir.​

Crues dévastatrices

En raison de la faible profondeur de son lit, la Bièvre était sujette aux débordements lors des fortes pluies. Le « déluge Saint-Marcel » du 8 avril 1579, causé par une pluie ininterrompue de trente heures, fit périr vingt à vingt-cinq personnes et provoqua l'effondrement de douze maisons.

Canalisation et disparition

Face à l'insalubrité croissante, le Conseil municipal décida en 1826 la canalisation de la Bièvre. Les travaux, lancés en 1828, s'achevèrent en 1844 avec la création d'un canal maçonné.

Cette canalisation n'améliora guère la situation. Haussmann et Belgrand constatèrent dès 1860 que seule la suppression de la Bièvre à l'air libre était possible. Les travaux de couverture se prolongèrent sur une cinquantaine d'années. Les derniers biefs encore visibles dans Paris furent recouverts en 1912. La rivière disparut alors totalement du paysage parisien.

Héritage et renaissance

La Bièvre a laissé une empreinte profonde dans la toponymie parisienne. La rue de la Glacière rappelle les exploitations où l'eau gelée était stockée en hiver. Les rues du Moulin-des-Prés, Croulebarbe et la manufacture des Gobelins témoignent des activités qui rythmaient ses rives.​

Depuis quelques années, des projets de renaissance voient le jour. Dans plusieurs communes du Val-de-Marne comme Fresnes, L'Haÿ-les-Roses, Arcueil et Gentilly, des tronçons ont été remis à l'air libre. À Paris, le contrat « Bièvre, Eau, Climat, Trame Verte et Bleue » 2020-2024, voté en octobre 2020, prévoit des études pour déterminer où et comment la rivière peut revivre dans la capitale. Trois secteurs sont envisagés : le parc Kellermann, le square René-Le-Gall et le Muséum national d'Histoire naturelle, soit potentiellement 2300 mètres de cours d'eau à nouveau libres.

Voici l'ancien parcours de la Bièvre dans la ville de Paris.

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