Club des Cordeliers


Lettre signé aux Citoyen Libres et Amis de la Constitution

Fondé en mai 1790 sous le nom officiel de « Société des Amis des droits de l'homme et du citoyen », le Club des Cordeliers occupe une place singulière dans l'histoire révolutionnaire parisienne. Contrairement aux Jacobins, plus bourgeois et élitistes, le club populaire trouve ses quartiers dans le couvent des Cordeliers, rue de l'École de Médecine, et constitue rapidement un foyer de mobilisation pour les couches ouvrières et artisanales.

Ses figures de proue — Danton, Camille Desmoulins, Marat, Hébert — incarnent des tendances révolutionnaires diverses, des modérés aux extrémistes. Ce qui distingue le Club des Cordeliers est sa volonté délibérée d'accueillir le peuple : contrairement aux Jacobins qui exigent une cotisation d'adhésion élevée, les Cordeliers n'imposent aucun droit d'entrée, quête seulement par un drapeau à la sortie. Cette accessibilité permet l'adhésion de « citoyens passifs » — ceux sans droits politiques — et de femmes, ce qui en fait un véritable creuset de participation démocratique.

Le club fonctionne comme un « groupe d'action et de combat » orienté vers la surveillance des autorités et la mobilisation populaire. Il organise pétitions, manifestations et enquêtes, exprimant les aspirations des faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau. Le club joue ainsi un rôle majeur dans les grands mouvements révolutionnaires : la manifestation du Champ-de-Mars en 1791, les journées des 20 juin et 10 août 1792 portent la marque de son action.

Sous la Convention, le club se radicalise sous l'impulsion des hébertistes. Hébert et ses partisans en font le porte-parole des sans-culottes et du peuple des faubourgs, poussant les revendications révolutionnaires à leur expression la plus extrême. Cette radicalisation attirera la répression : en mars 1794, les principaux chefs hébertistes sont arrêtés et guillotinés. Le Club, vaincu par les Jacobins, subsiste affaibli jusqu'à sa fermeture définitive en 1795, marquant ainsi la fin d'une période de création politique populaire unique dans l'histoire de Paris.

Pour Marx, les Cordeliers incarnent l'expression populaire et plébéienne de la Révolution française, mais demeurent subordonnés aux intérêts bourgeois. Bien que radicalement opposés à l'absolutisme et au féodalisme, leur lutte — même la Terreur de 1793-1794 — ne fait triompher, en dernière analyse, que les intérêts de la bourgeoisie. Les mouvements populaires des Cordeliers, malgré leur ancrage dans les faubourgs et leur radicalité, n'auraient donc pu dépasser le cadre de classe bourgeois qu'ils contribuaient, malgré eux, à consolider.

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