Club des Jacobins - Paris rue Neuve-Saint-Honoré 1789 - Ancien couvent de l'Ordre de Saint-Dominique - Une séance au club des Jacobins, pendant la Révolution de 1789 - Gravure de 1844 MeisterDrucke
Fondé en mai 1789 sous le nom de « Société des amis de la Constitution », le Club des Jacobins incarne le centre politique de la Révolution française et devient, aux côtés des Cordeliers, l'une de ses institutions les plus décisives. Installé au couvent des Jacobins rue Saint-Honoré à Paris, le club occupe d'abord un rôle modeste de préparation des débats parlementaires, mais il émerge rapidement comme véritable foyer de pouvoir révolutionnaire.
Contrairement aux Cordeliers, les Jacobins constituent une organisation élitiste. L'adhésion requiert une cotisation annuelle élevée de 24 livres, réservant le club à la bourgeoisie aisée — avocats, médecins, négociants, officiers, rentiers. Cette composition de classe marque profondément les positions politiques du club, qui préconise initialement une monarchie constitutionnelle libérale garantissant les droits des citoyens « actifs » — les propriétaires — mais refusant la démocratie.
La scission de juin 1791, consécutive à la fuite du roi, transforme le club. Les modérés dirigés par Barnave se retirent au couvent des Feuillants, tandis que les Jacobins se radicalisent sous l'impulsion de Robespierre. À partir de l'automne 1792, le club se renomme « Société des amis de la Liberté et de l'Égalité » et change progressivement sa composition : la bourgeoisie commerçante cède la place à une bourgeoisie plus jeune et ascendante, côtoyant des militants et des sans-culottes séduits par les discours de Robespierre.
Entre 1792 et 1794, le Club des Jacobins atteint l'apogée de son influence. Doté d'un réseau impressionnant — environ 6 000 sociétés affiliées en France — il exerce une direction politique quasi gouvernementale de la Révolution. Le club organise l'insurrection du 31 mai-2 juin 1793 qui aboutit à l'arrestation des Girondins et à l'instauration du gouvernement révolutionnaire. Pendant la Terreur, les Jacobins unissent bourgeoisie révolutionnaire, sans-culottes et paysans autour d'un programme centralisé, tout en intervenant sur les prix, les salaires et la distribution des biens nationaux.
Cependant, les contradictions sociales entre la bourgeoisie jacobine et les sans-culottes s'approfondissent. Le 9 Thermidor (27 juillet 1794), Robespierre est renversé et guillotiné. Le Club, désormais orphelin, perd sa légitimité et ferme ses portes peu après. De foyer d'effervescence révolutionnaire, il devient le symbole du gouvernement terroriste — une réputation qui perdurera longtemps dans l'historiographie politique.