2 février 1871, séance de club - Dessin de Jules Worms (Musée Carnavalet - Histoire de Paris)
Les clubs politiques avant et durant la Commune de 1871
Les clubs politiques constituent un élément majeur de la vie parisienne avant et pendant la Commune de 1871, incarnant la volonté populaire d'émancipation et de participation politique face aux structures traditionnelles du pouvoir.
Avant la Commune : une progressive libéralisation des réunions
Sous le Second Empire, les réunions publiques demeurent strictement encadrées. Ce n'est qu'en 1868, avec la loi du 6 juin 1868, que Napoléon III autorise les réunions publiques sous conditions restrictives : les sujets politiques et religieux demeurent prohibés, une police doit assister aux débats, et les réunions requièrent une simple déclaration préalable. Malgré ces limitations, certains clubs du passé réapparaissent, comme ceux des Folies Belleville ou du Pré-aux-Clercs, tandis que les orateurs contournent l'interdiction des sujets politiques en critiquant la propriété individuelle et la société bourgeoise.
La proclamation de la Troisième République le 4 septembre 1870 transforme radicalement le paysage. La police se retire, les sujets politiques deviennent librement débattus, et les théâtres fermés par le siège prussien offrent d'immenses salles aux clubs. Des dizaines de clubs s'ouvrent rapidement, prenant le nom des lieux qu'ils investissent : clubs de la Porte Saint-Martin, du Collège de France, de l'École de Médecine. Ces espaces deviennent les noyaux de l'insurrection de janvier 1871.
Pendant la Commune : une débordante vie démocratique
Après l'insurrection du 18 mars 1871, les clubs explosent en nombre et en influence. Installés dans des églises surnommées les « granges à corbeaux », notamment dans les quartiers populaires du centre parisien, ils s’absentent des quartiers chics de l'ouest. Le Club de la Révolution à Saint-Bernard animé par Louise Michel, le Club de la révolution sociale aux Batignolles accueillant largement des femmes, ou le Club des Prolétaires fondateur d'un journal du même nom exemplifient cette vitalité.
Ces clubs délibèrent sur l'éducation populaire, défendent l'instruction gratuite, revendiquent le contrôle des élus par le peuple, et promeuvent une nouvelle organisation sociale favorable aux travailleurs. Le Club des Prolétaires, particulièrement actif dans le quartier ouvrier de Popincourt, impose le principe que « l'élu est révocable », exprimant une démocratie participative radicale.
Le 18 mai 1871, face aux menaces versaillaises, les clubs se fédèrent pour coordonner leur action auprès du Conseil de la Commune. Toutefois, leur élan révolutionnaire s'écrase lors de la Semaine Sanglante (21-28 mai 1871). Après la défaite, les autorités restaurées ferment définitivement les clubs et interdisent les réunions publiques pour cinq années d'« Ordre moral ».