Vente du "Figaro" par Le poitevin de Saint Alme à Victor Bohain

Siège du journal "Le Figaro"

Le Figaro du 9 juillet 1828, avec la nouvelle adresse 12 cité Bergère

En 1827, le Figaro change une première fois sérieusement de mains. Auguste Le Poitevin de L’Égreville, qui l’avait repris l’année précédente et rebaptisé un temps Le Nouveau Figaro, revend le titre à un jeune entrepreneur des lettres, Victor Bohain, pour 30 000 francs. Le journal reste modeste, mais la somme dit déjà l’espoir qu’il suscite dans ce petit milieu parisien où presse, théâtre et spéculation vont souvent ensemble.

Sous Bohain, le Figaro s’installe dans un « hôtel italien » au 12 cité Bergère  dans le même quartier. Le lieu sert à la fois de rédaction, de salon, et de coulisse pour les projets de son nouveau propriétaire, qui cumule les casquettes : journaliste, directeur de théâtre, fondateur du Courrier de l’Europe, patron de brasserie… Le Figaro n’est qu’une pièce d’un dispositif plus large, tantôt vitrine mondaine, tantôt laboratoire pour pièces satiriques, comme Mirabeau, vite interdite par la censure.

Les années qui suivent sont faites de tirages irréguliers, de suspensions, de renaissances, au rythme des procès, des dettes et des humeurs politiques de la Restauration finissante puis de la monarchie de Juillet. Le journal garde une réputation de feuille impertinente, mais reste fragile, souvent au bord de l’asphyxie financière. En 1832–1833, l’aventure bohainienne touche à sa limite : les éléments républicains sont écartés et le titre passe aux mains de monarchistes conservateurs qui veulent en faire un contre-feu à la presse satirique d’opposition, notamment La Caricature. Le Figaro perd alors une partie de sa verve d’origine, inaugurant une longue série de « morts » et de relances avant sa stabilisation bien plus tard au XIXᵉ siècle.