Rachat du "Figaro", revue artistique et mondaine, par Le poitevin de Saint Alme ; il le vend quelques mois plus tard

Siège du journal "Le Figaro" (à sa création)

Première page du journal "Figaro" avec la nouvelle adresse du bureau

Un barbier de théâtre donne son nom à un journal de quatre pages. C'est la plus longue carrière de la presse française — elle commence dans un caniveau du boulevard Poissonnière.

Le 15 janvier 1826, trois jeunes gens font paraître un petit hebdomadaire satirique de quatre pages. Le chansonnier Maurice Alhoy, le romancier Étienne Arago — frère cadet de l'astronome François — et Auguste Le Poitevin de L'Égreville, dit Saint-Alme, lui donnent le nom du barbier de Séville inventé par Beaumarchais, et placent en exergue la réplique fameuse : « Sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur. » Le bureau est au 6 boulevard Poissonnière, au cœur du quartier des petits théâtres et des imprimeurs.

« Aiguiser le poignard de l'esprit »
Le choix du nom est un programme. La France de Charles X vit sous une presse muselée : le régime prépare les lois de 1827 qui durciront encore la censure. Mais le Figaro, trop petit pour inquiéter, joue de sa taille. Sous la houlette de Le Poitevin Saint-Alme, qui prend rapidement la direction effective de la feuille, le journal durcit la veine satirique. Les cibles montent en grade : les jésuites, les milieux ultras, l'entourage bigot du roi. Le ton se fait plus agressif, plus politique, sans renoncer aux chroniques de théâtre et aux potins littéraires. Le patron, dit-on, forme ses jeunes plumes à « aiguiser le poignard de l'esprit et frapper au bon endroit ».

Mais cette montée en puissance a un prix : procès, pressions, difficultés financières. En 1827, Le Poitevin revend le Figaro à un jeune entrepreneur des lettres, Victor Bohain, pour 30 000 francs — une jolie opération pour un canard né d'un investissement dérisoire. Bohain le revendra à son tour. Le journal passera de main en main, cessera de paraître en 1833, avant d'être ressuscité en 1854 par Hippolyte de Villemessant, qui en fera un quotidien en 1866 — celui que l'on connaît encore.

Entre le premier numéro de janvier 1826 et le Figaro d'aujourd'hui, il y a deux siècles, une dizaine de propriétaires, un changement complet de ligne politique — et toujours la même épigraphe de Beaumarchais sur le fronton. C'est peut-être le seul journal au monde dont la devise est une réplique de comédie.

Les nouveaux bureaux du journal se trouvaient au 1. Boulevard Faubourg Poissonnière, mais l'action se situait au n. 6 du Boulevard Poissonnière.