Le Louvre sous Charles V, 1380, Theodor Josef Hubert Hoffbauer — BnF, Domaine public
L'enceinte de Charles V constitue l'une des sept grandes enceintes qui ont entouré Paris au cours de son histoire. Construite entre 1356 et 1383, cette fortification remplace sur la rive droite la vieille muraille de Philippe Auguste, devenue insuffisante pour protéger une capitale dont la population ne cesse de croître.
Les origines d'une nécessité défensive
Le projet de cette nouvelle fortification émerge dans un contexte de crise politique et militaire. En 1356, après le désastre de la bataille de Poitiers, le roi Jean le Bon est fait prisonnier par les Anglais. Son absence provoque une grave instabilité politique. C'est Étienne Marcel, prévôt des marchands, qui prend l'initiative de construire les premiers remparts de terre et fossés entre 1356 et 1358, dans le but de défendre la capitale contre une invasion anglaise durant la Guerre de Cent Ans. Bien que cette muraille soit aujourd'hui appelée « enceinte de Charles V », c'est donc à Étienne Marcel que revient le mérite de son initiation. Charles V, devenu roi en 1364, poursuit et améliore considérablement l'ouvrage.
Caractéristiques et envergure
Cette fortification constitue une véritable prouesse technique. L'enceinte occupe une emprise de 90 mètres de large, comprenant un avant-fossé, un grand fossé rempli d'eau d'une profondeur moyenne de 4 à 5 mètres, et une importante levée de terre sur laquelle s'élève le mur de défense. Le tracé s'étend sur près de cinq kilomètres de circonférence, englobant tous les pôles majeurs du pouvoir : le château du Louvre, l'Hôtel Saint-Pol (résidence royale), et les faubourgs septentrionaux.
Outre sa fonction militaire première, l'enceinte joue également un rôle crucial de régulation hydrographique dans ce quartier marécageux. Il est probable que des pêcheries aient été installées dans les fossés. Plusieurs portes stratégiques percent la muraille : la porte Saint-Denis, passage royal vers la basilique Saint-Denis ; la porte Saint-Martin, menant au prieuré Saint-Martin-des-Champs ; et la porte Saint-Antoine, à proximité de laquelle s'élève la Bastille à partir de 1370.
L'obsolescence progressive
Le rôle défensif de cette enceinte s'avère relativement bref. À mesure que Paris s'étend, la muraille devient superflue. Au XVIIe siècle, Louis XIII en prolonge la partie occidentale pour adapter les fortifications aux méthodes de siège modernes. Mais dès 1670, Louis XIV entreprend la destruction de cette enceinte, disparue pour laisser place aux Grands Boulevards que nous connaissons aujourd'hui.
L'héritage urbain
Bien que physiquement détruite, l'enceinte de Charles V a profondément marqué le tissu urbain parisien. Des vestiges archéologiques subsistent, notamment ceux découverts lors des fouilles du Louvre en 1989-1990 : les murs d'escarpe et de contre-escarpe, traces tangibles d'une époque où la capitale se défendait pierre par pierre contre les menaces extérieures. Son tracé reste aisément visible sur les plans de Paris, témoignage durable de la géométrie du pouvoir royal médiéval.

Enceinte de Charles V, OSM 2020, Paris H. Noizet, A.-L. Bethe, N. Faucherre CC BY-SA 4.0