Enceinte de Louis XIII


Pieter Casteels - La Porte de la Conférence, vers 1685 - Musée Carnavalet

Au début du XVIIe siècle, Paris connaît une nouvelle phase d'extension défensive qui achève un projet amorcé plusieurs décennies auparavant. L'enceinte de Louis XIII, communément appelée « enceinte des Fossés jaunes », constitue la cinquième fortification majeure de la capitale. Son histoire complexe, marquée par plusieurs phases de construction étalées sur près d'un siècle, reflète les tensions politiques et militaires qui traversent la France à cette époque.

Origines sous Catherine de Médicis

Le projet naît en 1566, sous le règne de Charles IX, dans un contexte particulièrement troublé. Les guerres de Religion ravagent le royaume, la frontière nord n'est qu'à cent cinquante kilomètres de Paris, et les progrès de l'artillerie rendent nécessaire une adaptation des défenses urbaines. Catherine de Médicis, qui vient de faire construire le palais des Tuileries, souhaite intégrer sa nouvelle résidence dans le périmètre fortifié de la capitale.

La première pierre du bastion des Tuileries est posée le 11 juillet 1566 en présence du roi Charles IX. Le projet prévoit la construction d'une ligne de six bastions, édifiée un kilomètre en avant de l'enceinte de Charles V, incorporant à Paris les Tuileries ainsi que les faubourgs Saint-Honoré et Montmartre.

Cette cinquième enceinte reçoit l'appellation de « Fossés jaunes », soit d'après la couleur du limon visible après les terrassements, soit parce qu'elle figurait teintée en jaune sur les plans de l'époque. Les travaux, commencés en 1565, progressent lentement. Le contexte des guerres de Religion provoque d'importants retards. Selon l'historien Du Breul, l'ouvrage est achevé en 1581, mais le chantier est définitivement interrompu vers 1585, laissant le projet inachevé.

Achèvement sous Louis XIII

Le projet reste inachevé pendant près d'un demi-siècle. C'est dans le contexte de la guerre de Trente Ans que Louis XIII décide, en 1631, de relancer la construction. Le cardinal de Richelieu, qui prépare l'intervention française dans ce conflit majeur, fait renforcer les bastions et fortifier les portes de la nouvelle enceinte.

De 1630 à 1635, Richelieu fait renforcer les ouvrages et fortifier six portes selon les plans de l'architecte Jacques Lemercier : les portes Montmartre, Richelieu, Gaillon, Saint-Honoré et de la Conférence. Le traité de 1631 prévoit également la démolition de la vieille enceinte de Charles V entre la porte Saint-Denis et la Seine, effective dès 1633, facilitant l'urbanisation et permettant notamment la construction du Palais-Royal.

La construction s'arrête vers 1647. Le sixième et dernier bastion ne sera jamais terminé. La partie orientale de l'enceinte de Charles V, entre la porte Saint-Denis, la Bastille et l'Arsenal, est maintenue et renforcée.

Architecture et transformation

L'enceinte se compose d'une imposante levée de terre large d'au moins seize mètres, soutenue par une muraille en pierre de 2,7 mètres de large. Un large fossé complète le dispositif défensif. Le tracé du glacis correspond aujourd'hui aux actuels place de la Concorde, rue Royale et boulevards de la Madeleine, des Capucines, des Italiens, Montmartre et Poissonnière.

L'enceinte n'aura qu'une existence éphémère. Une trentaine d'années après son achèvement partiel, Louis XIV, fort de ses victoires militaires, considère que Paris n'a plus besoin de défense. À partir de 1670, il ordonne la démolition des fortifications et leur remplacement par un large boulevard planté d'arbres de trente-six mètres de large, le « Nouveau Cours », qui donnera naissance aux actuels Grands Boulevards.

Les vestiges de cette enceinte sont aujourd'hui rarissimes. Le tronçon le plus important, découvert en 2003 lors des travaux du Musée de l'Orangerie, s'étend sur une soixantaine de mètres. Un seul autre vestige a été retrouvé rue Cambon, correspondant à l'angle nord-ouest du bastion Saint-Honoré.

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