Enceinte de Thiers - Les « Fortifs »


Enciente de Thiers - Fortifications de la porte de Versailles (Paris) Par Agence Rol, 1913 — BnF, domaine public

Dernière fortification militaire de Paris, l'enceinte de Thiers représente un témoignage remarquable de l'histoire défensive de la capitale au XIXe siècle. Construite entre 1841 et 1844 sous l'impulsion du ministre de la Guerre Adolphe Thiers, cette imposante structure s'étendait sur 34 kilomètres et englobait Paris ainsi que plusieurs communes périphériques.

Un projet de défense ambitieux

Le projet d'une nouvelle enceinte fortifiée répond aux craintes d'une nouvelle invasion étrangère, après l'entrée des troupes coalisées dans la capitale en 1814. Le gouvernement de Louis-Philippe entend cette fois prévenir le désastre. En 1840, malgré l'opposition républicaine, le projet de loi sur les fortifications est adopté sous le soutien actif du roi. Un crédit de 140 millions de francs est accordé, permettant un chantier gigantesque qui mobilise environ 25 000 ouvriers pendant cinq années.

Une architecture défensive impressionnante

Cette fortification se distingue par son ampleur remarquable. Elle compte 94 bastions disposés à intervalles réguliers, 17 portes, 62 barrières et poternes, ainsi que des passages pour les chemins de fer et les canaux. Le mur d'enceinte atteint une hauteur de 10 mètres et s'accompagne d'un fossé de 20 à 40 mètres de largeur. Un terre-plein de 30 mètres de large et de 7 mètres de haut, muni d'escaliers et de rampes, complète le dispositif. La largeur totale de l'ouvrage atteint 142 mètres, témoignant de l'ambition défensive du projet.

Utilité militaire limitée

L'efficacité de l'enceinte est mise à l'épreuve lors du Siège de Paris en 1870-1871. Malgré la présence impressionnante de ces fortifications, les troupes prussiennes bombardent la ville durant plus de quatre mois, révélant l'obsolescence progressive du système défensif face à l'évolution de l'artillerie moderne. La fin du XIXe siècle voit en effet le déclin stratégique de ce type de fortifications.

De la démolition à la transformation urbaine

Déclarée d'inutilité publique en 1919, l'enceinte est progressivement détruite entre 1919 et 1929. Cette démolition transforme le paysage urbain parisien. L'emplacement de l'enceinte accueille désormais des logements sociaux, connus sous l'acronyme HBM (Habitations à bon marché), tandis que la zone antérieure aux fortifications devient, au XXe siècle, le site du boulevard périphérique.

Vestiges subsistants

Seuls quelques bastions survivent à la destruction. Le bastion n°1, situé à proximité de la Porte de Bercy, demeure le plus complet, classé au titre des monuments historiques. Le bastion n°44 du boulevard Berthier subsiste également, ainsi que le bastion n°14 découvert lors de travaux d'aménagement. Des fouilles archéologiques régulières, notamment lors de la construction d'équipements sportifs, continuent de révéler des portions de cette historique fortification.

L'enceinte de Thiers reste ainsi dans la géographie urbaine actuelle, son tracé suivant les boulevards des Maréchaux et marquant profondément l'identité de la capitale.

Enceinte de Thiers Paris_PC_1859, J.M. Schomburg, aka ThePromenader, 2013 — Sur lithographie réalisée par l'Erhard frères, imprimée par Eugène Kaeppelin, CC BY-SA 3.0

Enceinte de Thiers Paris_PC_1859, J.M. Schomburg, aka ThePromenader, 2013 — Sur lithographie réalisée par l'Erhard frères, imprimée par Eugène Kaeppelin, CC BY-SA 3.0

 

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