Exécution du Duc d'Enghien
Dans la nuit du 20 au 21 mars 1804, le duc d'Enghien est fusillé dans les fossés du château de Vincennes. Il a trente-deux ans. Il n'avait rien fait.
Napoléon venait de déjouer une conspiration royaliste — la conjuration Cadoudal — et cherchait à frapper un grand coup contre la maison de Bourbon. Le duc d'Enghien, cousin du futur Louis XVIII, vivait en exil à Ettenheim, en territoire allemand de Baden. On l'accuse sans preuves sérieuses d'avoir participé au complot. Des agents français le kidnappent au-delà du Rhin, en violation flagrante du droit des gens. Ramené à Vincennes, il est jugé de nuit par une commission militaire, condamné en quelques heures et exécuté avant l'aube, à la lueur d'une lanterne, dans les fossés.
Napoléon voulait envoyer un signal aux Bourbons et à l'Europe. Il en envoya un autre. Chateaubriand démissionna de son poste de diplomate. Les cours européennes furent scandalisées — y compris celle de Russie, qui entra en deuil. Talleyrand, qui avait conseillé l'opération, formula plus tard la phrase restée célèbre : c'était pire qu'un crime, c'était une faute.
L'affaire Enghien pèse sur la légende napoléonienne comme une tache indélébile. Pas parce que Napoléon fut le seul à faire exécuter des adversaires politiques — mais parce qu'il fit exécuter un innocent pour l'effet politique, et que tout le monde le sut.