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Couverture — Les Nouveaux Partisans. Histoire de la Gauche Prolétarienne
Bibliographie

Les Nouveaux Partisans. Histoire de la Gauche Prolétarienne

Militants de base
Al Dante. Documents, 2015.
115 Fiches citant cet ouvrage
2015 Édition

Fiches citant cet ouvrage

115 fiches
Événement
1968
7 février 1968 — Palais de la Mutualité (construite en 1931, style Art déco)
p 36
Manifestation des Comités Viêt Nam de Base (CVB) dont les Groupes de Propagande et d'Autodéfense attaquent un meeting d'Occident. Le 7 février 1968, les Comités Viêt Nam de Base (CVB) appellent à une manifestation à Pari …

Manifestation des Comités Viêt Nam de Base (CVB) dont les Groupes de Propagande et d'Autodéfense attaquent un meeting d'Occident.

Le 7 février 1968, les Comités Viêt Nam de Base (CVB) appellent à une manifestation à Paris, dans la continuité d’une série d’actions anti‑impérialistes qui, depuis 1967, prennent pour cible l’engagement militaire américain au Vietnam. Nés dans le sillage de l’UJC(ml) et des mobilisations étudiantes contre la guerre, les CVB entendent rompre avec les formes plus feutrées de solidarité pour imposer un « style de masse » : tracts à la sortie des usines, meetings, cortèges au Quartier latin, occupation de l’espace public.

Pour encadrer ces actions, le mouvement s’est doté de Groupes de propagande et d’autodéfense. Leur mission est double : diffuser la parole des CVB au plus près des « masses » et assurer la protection active des manifestations, quitte à affronter physiquement les adversaires politiques. En ce début 1968, ces adversaires sont clairement identifiés : les militants d’Occident, organisation d’extrême droite particulièrement implantée dans certaines facultés parisiennes et déjà impliquée dans de nombreux incidents violents.

La journée du 7 février cristallise cette logique de confrontation. Un document interne des CVB, conservé dans les archives militantes, dresse un « bilan » de la manifestation et souligne le rôle des Groupes de propagande et d’autodéfense, chargés d’empêcher Occident de contrôler la rue. Si les sources divergent sur le détail des heurts, elles s’accordent sur le climat de tension extrême : invectives, jets de projectiles, charges de petits groupes, interventions policières. Pour une fraction de la jeunesse militante, la lutte contre la guerre du Vietnam se confond désormais avec la bataille, très concrète, pour le contrôle des accès aux facultés, aux amphithéâtres, aux places publiques.

Cet épisode de février est souvent éclipsé par l’explosion de Mai‑Juin 68, mais il en dit beaucoup sur la pré‑histoire des événements. Bien avant les barricades, les CVB expérimentent des formes d’organisation en comités de base, de service d’ordre et de confrontation avec l’extrême droite qui seront reprises, amplifiées et transformées pendant le printemps insurrectionnel. La manifestation du 7 février 1968 apparaît ainsi comme l’un de ces moments charnières, où la solidarité avec le Vietnam et la guerre des rues parisiennes ne font plus qu’un.

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Événement
1968
21 février 1968 — Lycée St Louis
p 37
Le lycée St Louis est rebaptisé "lycée Nguyen Van Troï" par les manifestants contre la guerre du Viêt Nam
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Événement
1968
21 février 1968
p 37
Manifestation devant l'ambassade du Sud-Viêt Nam ; un drapeau du Front de Libération Nationale (FNL) est hissé sur le bâtiment
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Événement
1968
20 mars 1968 — Bureaux de l'American Express
p 38
Des militants du Comité Viêt Nam National, le CVN, s'attaquent au siège de l'American Express ; la répression qui s'ensuit donnera naissance au "Mouvement du 22 mars", point de départ de Mai 68 Le 20 mars 1968, une poign …

Des militants du Comité Viêt Nam National, le CVN, s'attaquent au siège de l'American Express ; la répression qui s'ensuit donnera naissance au "Mouvement du 22 mars", point de départ de Mai 68

Le 20 mars 1968, une poignée de militants du Comité Viêt Nam National se présentent au 11 rue Scribe, siège parisien de l'American Express. L'idée est simple : l'Amérique bombarde le Viêt Nam, l'American Express représente l'Amérique, les vitres de l'American Express représentent l'American Express. Ils brisent les vitrines.

La police interpelle plusieurs participants, dont Xavier Langlade. C'est cet acte de répression qui va tout déclencher. À Nanterre, des étudiants s'organisent pour exiger la libération des arrêtés. Le 22 mars, ils occupent la salle du conseil de l'université. Le Mouvement du 22 mars est né — et avec lui, Daniel Cohn-Bendit comme figure centrale de ce qui deviendra Mai 68.

Le lien de causalité peut sembler mince : des carreaux cassés rue Scribe, et six semaines plus tard Paris est paralysé. Mais c'est précisément ainsi que fonctionnent les déclencheurs : non par leur ampleur propre, mais par la réaction qu'ils suscitent. La répression de la manifestation anti-américaine fournit aux étudiants de Nanterre le prétexte concret dont ils avaient besoin pour passer de la contestation diffuse à l'action organisée.

Rue Scribe, l'American Express a depuis longtemps oublié l'incident. L'histoire, elle, a retenu la date.![[Le bâtiment abritant le siège de l'American Express dans une carte postale ancienne|American Express Paris-IX-Rue-Scribe.jpg]]

Le bâtiment abritant le siège de l'American Express dans une carte postale ancienne

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Événement
1968
28 avril 1968
p 40
Lors d'une manifestation des Comités Viêt Nam de Base, les Groupes de Protection et d'Autodéfense détruisent une exposition sur le Sud-Viêt Nam organisée par Occident
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Événement
1968
7 mai 1968
p 43
Manifestation de 35 à 40 000 personnes ; de jeunes ouvriers la rejoignent massivement malgré les consignes syndicales
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Événement
1968
13 mai 1968
p 46
Lieu de rassemblement de nombreuses manifestations en Mai 68 ; 800 000 personnes ce jour-là
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Événement
1968
10 mai 1968
p 46
Nuit des barricades ; au cours de laquelle auront lieu les principaux affrontements à Paris en Mai 68
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Événement
1968
24 mai 1968 — Palais Brongniart/Bourse des valeurs
p 47
Assaut et incendie de la Bourse par les militants d'extrême gauche ; l'Hôtel de Ville était visé, mais la police en était informée et fit intervenir un bull de l'armée. Un jeune est tué par une grenade
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Événement
1968
27 mai 1968 — Hôtel du Châtelet/Ministère du Travail (salle des Accords)
p 47
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Événement
1968
27 mai 1968 — Stade Sébastien Charléty (historien, recteur de l'Académie de Paris)
p 48
Meeting de la gauche non communiste au stade Charléty, UNEF, PSU, CFDT
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Événement
1968
Événement
1968
15 juin 1968 — Cimetière des Batignolles (29ème division)/Tombe de Gilles Tautin
p 56
Enterrement de Gilles Tautin, noyé à Meulan en fuyant une charge de CRS lors d'une tentative de rejoindre les ouvriers de Renault Flins. Des milliers de personnes l'accompagnent
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Événement
1960
10 juin 1960 — Palais de l'Élysée
p 56
Tentative par un dirigeant nationaliste algérien d'engager, à l'insu de la direction du FLN, des négociations directes avec la France ; "l'affaire Si Salah"
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Événement
1968
juin 1968 — Prison de la Santé
p 57
Libération des membres de l'OAS encore incarcérés pour crime de sang, en vertu des accords entre de Gaulle et Massu
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Événement
1960
5 septembre 1960 — Palais de Justice
p 57
Il fallait un procès pour que cent vingt et un Français signent en public qu'ils soutenaient ceux que le gouvernement poursuivait. Le 5 septembre 1960, le tribunal permanent des forces armées de Paris ouvre le procès du …

Il fallait un procès pour que cent vingt et un Français signent en public qu'ils soutenaient ceux que le gouvernement poursuivait.

Le 5 septembre 1960, le tribunal permanent des forces armées de Paris ouvre le procès du réseau Jeanson pour "atteinte à la sécurité extérieure de l'État". Sont inculpés six Algériens et dix-huit Français, âgés de vingt-deux à cinquante-neuf ans, qui avaient fourni au FLN des soutiens logistiques : transport de fonds, hébergement de militants recherchés, faux papiers. Cinq "métropolitains" sont en fuite à l'ouverture des débats. Francis Jeanson, le chef du réseau et ancien collaborateur de Sartre, est lui aussi absent.

Le réseau Jeanson avait fonctionné depuis 1957 : des militants français, souvent de formation catholique ou marxiste, avaient décidé que la guerre d'Algérie était une guerre coloniale injuste et que leur solidarité avec le peuple algérien en lutte primait sur leur obéissance à la loi française. "Porter des valises" était l'expression qui désignait le transport de fonds du FLN à travers Paris ou vers la Suisse. C'était un acte illégal, lourd de peines, qui demandait une conviction profonde et une certaine forme de courage.

Le lendemain de l'ouverture du procès, le 6 septembre 1960, la revue "Vérité-Liberté" publie ce qui restera sous le nom de "Manifeste des 121" : "Déclaration sur le droit à l'insoumission dans la guerre d'Algérie", rédigée par Dionys Mascolo et Maurice Blanchot, signée par cent vingt et un intellectuels, universitaires et artistes dont Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Leiris et Vercors. Le texte affirme explicitement que les soldats français ont le droit de refuser de combattre en Algérie et que les citoyens ont le droit de soutenir ceux qui résistent à cette guerre.

La réaction du gouvernement de Gaulle est immédiate : les signataires fonctionnaires sont menacés de révocation, les émissions de radio et de télévision leur sont interdites, des poursuites sont envisagées. Les inculpés du procès Jeanson seront condamnés en octobre à des peines allant de dix ans de prison à des peines plus légères.

Le Manifeste des 121 fut le moment où la résistance intellectuelle à la guerre d'Algérie cessa d'être discrète pour devenir publique et revendicatrice. Dans la tradition de "J'accuse" de Zola, il affirmait que la conscience individuelle peut se dresser contre l'État quand cet État commet une injustice.

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Événement
1968
3 octobre 1968
p 58
La nouvelle du massacre arrive de Mexico le lendemain ; à Paris, ceux qui ont fait Mai descendent dans la rue, et la police en ramasse deux mille. Le 2 octobre 1968, sur la place des Trois-Cultures, dans le quartier de T …

La nouvelle du massacre arrive de Mexico le lendemain ; à Paris, ceux qui ont fait Mai descendent dans la rue, et la police en ramasse deux mille.

Le 2 octobre 1968, sur la place des Trois-Cultures, dans le quartier de Tlatelolco à Mexico, l'armée et la police mexicaines ouvrent le feu sur un rassemblement d'étudiants et de travailleurs. Le mouvement étudiant mexicain dure depuis l'été. Il réclame la libération des prisonniers politiques, l'abrogation des articles du code pénal sur la "dissolution sociale," la dissolution du corps des grenadiers. Le gouvernement de Gustavo Díaz Ordaz veut le liquider avant l'ouverture des Jeux olympiques, prévue dix jours plus tard, le 12 octobre.

Le bilan est disputé et le restera. Le gouvernement annonce quatre morts et vingt blessés. Les organisations étudiantes en comptent entre deux et trois cents. Des milliers d'arrestations suivent. La presse mexicaine reçoit consigne de ne pas "saboter les Jeux olympiques" en parlant du massacre. Les Jeux s'ouvriront sous protection militaire.

À Paris, la nouvelle tombe le 3 octobre. Elle atteint un milieu militant encore à vif : quatre mois plus tôt, les barricades du Quartier latin, la grève générale de dix millions de travailleurs, l'occupation des facultés. Depuis, Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur nommé fin mai, a fait dissoudre en juin l'essentiel des organisations d'extrême gauche : la Jeunesse communiste révolutionnaire, l'UJCML, le Mouvement du 22-Mars, la Fédération des étudiants révolutionnaires. Les militants sont fichés, les groupes clandestins, les manifestations systématiquement interdites.

L'appel à manifester en solidarité avec les étudiants mexicains est donc doublement illégal : la manifestation est interdite, et les organisations qui appellent sont dissoutes. Elle a lieu quand même. La répression policière est massive : environ deux mille arrestations à Paris.

Ce chiffre dit l'état du pays à l'automne 1968. Le pouvoir gaulliste a gagné les élections de juin par un raz-de-marée. Il tient la rue. Mais il tient la rue en arrêtant deux mille personnes venues protester contre un massacre commis à dix mille kilomètres. L'internationalisme des générations post-68 se forge dans ces soirées-là, dans les cars de police et les commissariats parisiens.

Au Mexique, il faudra attendre 2002 pour qu'un ancien président soit entendu par un juge sur ces faits, et 2009 pour qu'il soit acquitté.

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Événement
1969
Événement
1969
28 février 1969 — Bureaux de l'American Express
p 82
Le jour de la visite de Richard Nixon à Paris, au tournant des années 1970, la rue Scribe ne ressemble plus au tranquille couloir bourgeois qui longe l’Opéra. Au numéro 11, les bureaux d’American Express, symbole très vi …

Le jour de la visite de Richard Nixon à Paris, au tournant des années 1970, la rue Scribe ne ressemble plus au tranquille couloir bourgeois qui longe l’Opéra. Au numéro 11, les bureaux d’American Express, symbole très visible de la présence économique américaine, sont pris pour cible par des militants d’extrême gauche, notamment proches de la Gauche prolétarienne. La colère vise autant la guerre du Vietnam que le rôle des grandes firmes dans la mondialisation capitaliste.

Un commando pénètre dans les locaux ou attaque les vitrines : glaces brisées, matériel dégradé, tracts et slogans dénonçant l’« impérialisme yankee » ou la « banque des riches touristes » se répandent dans le hall. L’action est pensée comme un « coup » : frapper une enseigne mondiale, en plein centre de Paris, le jour où le président des États‑Unis foule le sol français, pour montrer qu’il existe une opposition radicale, au‑delà des manifestations encadrées. Les dégâts sont surtout matériels, mais le geste vise le symbole : à travers American Express, c’est l’alliance entre pouvoir politique américain et grands intérêts financiers qui est visée.

Pour les militants maoïstes, ce type d’opération relève de la « propagande par le fait » : un petit groupe, beaucoup de bruit, et un message simple – la guerre au Vietnam et l’emprise des multinationales ne passeront pas sans résistance. Pour les autorités, au contraire, il s’agit d’un épisode de dérive violente justifiant surveillances, poursuites et discours sur le « terrorisme ». La façade du 11 rue Scribe, un temps bardée de planches, garde ainsi la trace fugace d’un moment où, à deux pas de l’Opéra, la contestation de l’ordre mondial s’est attaquée aux vitrines d’un des emblèmes les plus visibles de l’Amérique en voyage.

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Événement
1969
14 septembre 1969
p 105
Bombage de l'Hôtel Rothschild : "Rothschild, le peuple français et le peuple palestinien te balaieront !", "El Fatah vaincra !", "Ben Gourion fasciste"
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Événement
1969
26 septembre 1969
p 106
En septembre 1969, des militants post-68 mettent le feu à la banque Rothschild au nom de la Palestine : un geste qui mêle l'anticolonialisme et une symbolique dont l'ambiguïté ne sera pas levée. En août 1969, Alain Geism …

En septembre 1969, des militants post-68 mettent le feu à la banque Rothschild au nom de la Palestine : un geste qui mêle l'anticolonialisme et une symbolique dont l'ambiguïté ne sera pas levée.

En août 1969, Alain Geismar et Léo Lévy, dirigeants de la Gauche Prolétarienne (GP), reviennent du camp palestinien de Karameh, quartier général du Fatah en Jordanie. Ils en reviennent politiquement transformés. La cause palestinienne devient pour eux la ligne de front principale de l'anticolonialisme mondial. La GP, organisation maoïste née du reflux de Mai 68, décide de traduire ce soutien en actes à Paris.

Le choix de la cible pose problème dès le départ. La banque Rothschild, rue Notre-Dame de Lorette dans le 9e arrondissement, est désignée comme symbole du "soutien au sionisme et à l'impérialisme israélien." Mais les Rothschild, grande famille de banquiers juifs, constituent historiquement l'une des cibles privilégiées de l'antisémitisme européen depuis le XIXe siècle. Attaquer leur banque en y inscrivant des slogans palestiniens, c'est rejouer une symbolique toxique quand bien même l'intention proclamée est anticoloniale.

Le 25 septembre 1969, une première action couvre les murs blancs de la banque de slogans : "El Fath vaincra !" Le lendemain, 26 septembre, trois cents manifestants européens et arabes reviennent : ils brisent les vitres du rez-de-chaussée, versent de l'essence dans les bureaux et y mettent le feu. Le siège du journal L'Aurore, rue de Richelieu, subit le même traitement pour son soutien au gouvernement israélien.

La GP sera dissoute en 1973. Ses anciens membres prendront des chemins très divergents : Geismar deviendra directeur de l'enseignement scolaire sous Jospin ; Benny Lévy, fondateur intellectuel du groupe, se convertira au judaïsme orthodoxe et deviendra le secrétaire particulier de Jean-Paul Sartre. L'action de septembre 1969 reste emblématique d'une génération post-68 qui voulait relier la lutte de classes et l'anticolonialisme, sans toujours mesurer la charge symbolique des cibles qu'elle choisissait.

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Événement
1970
10 janvier 1970
p 112
Le siège du CNPF est occupé par les résidents d'une usine désaffectée d'Ivry où ils sont "logés" dans des conditions épouvantables par un marchand de sommeil
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Événement
1970
2 février 1970 — Gare d'Austerlitz (couloirs du métro)
p 115
Le 2 février 1970, des affrontements ont opposé la police à de jeunes ouvriers sur le quai d'Austerlitz à Paris. Ces jeunes participaient au mouvement de refus de payer les tickets de transport. Ce mouvement visait à pro …

Le 2 février 1970, des affrontements ont opposé la police à de jeunes ouvriers sur le quai d'Austerlitz à Paris. Ces jeunes participaient au mouvement de refus de payer les tickets de transport.

Ce mouvement visait à protester contre les prix des transports publics. Il mobilisait des lycéens, étudiants et ouvriers dans plusieurs villes françaises, dont Paris. À Paris, les manifestations se déroulaient souvent près des stations de métro et des quais de Seine.

Sur le quai d'Austerlitz, les forces de l'ordre ont chargé les manifestants. Des jets de projectiles ont été échangés. Plusieurs jeunes ont été blessés ou interpellés. L'événement s'inscrit dans une série d'actions similaires en février 1970, marquées par des tensions sociales.

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Événement
1970
24 février 1970
p 119
Des militants de la Nouvelle Résistance Populaire, la NRP, se saisissent de 30 000 tickets de métro pour les distribuer aux ouvriers partant travailler
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Événement
1970
30 avril 1970
p 121
Arrestation du nouveau directeur de la CDP le jour même du vote de la loi anticasseurs par le parlement
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Événement
1970
8 mai 1970 — Épicerie Fauchon
p 123-124
Pillage de l'épicerie de luxe Fauchon par des militants de la Gauche Prolétarienne ; ils iront redistribuer les denrées dans les bidonvilles de Nanterre
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Événement
1970
26 novembre 1970
p 145 & 158
Enlèvement par la Nouvelle résistance populaire, la NRP liée à la GP, en représailles de la condamnation d'Alain Geismar par la Cour de Sûreté de l'État, du député de Grailly rapporteur de la loi anticasseurs
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Événement
1970
11 juin 1970 — Palais de la Mutualité
p 148
Création d'un nouveau Secours Rouge destiné à protéger les militants menacés par la loi anticasseurs ; Charles Tillon sera exclu du PCF un mois plus tard
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Événement
1970
25 juin 1970
p 150
Arrestation, chez "une chanteuse célèbre", d'Alain Geismar, un des leaders de Mai 68, porte-parole de la Gauche Prolétarienne "Zorromaoïste", trahi par le seul "prolo" présent à la direction du mouvement ; manque de pot, …

Arrestation, chez "une chanteuse célèbre", d'Alain Geismar, un des leaders de Mai 68, porte-parole de la Gauche Prolétarienne "Zorromaoïste", trahi par le seul "prolo" présent à la direction du mouvement ; manque de pot, une balance

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Événement
1970
26 août 1970
p 151
Un groupe du Mouvement de Libération des Femmes tente de déposer une gerbe avec les mots d'ordres "Il y a plus inconnu que le soldat inconnu. Sa femme" et "Un homme sur deux est une femme". Action fondatrice du MLF
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Événement
1970
20 octobre 1970 — Palais de Justice
p 153-155
Il a été l'une des voix de Mai 68 ; deux ans plus tard, l'État le juge non pour ce qu'il a fait mais pour ce qu'il appartient, et Sartre publie les minutes du procès. Alain Geismar a trente et un ans en 1970. Physicien, …

Il a été l'une des voix de Mai 68 ; deux ans plus tard, l'État le juge non pour ce qu'il a fait mais pour ce qu'il appartient, et Sartre publie les minutes du procès.

Alain Geismar a trente et un ans en 1970. Physicien, maître-assistant à la faculté des sciences de Paris, il a été en mai 1968 secrétaire général du Syndicat national de l'enseignement supérieur, l'un des trois dirigeants avec Cohn-Bendit et Sauvageot que la presse a désignés comme les meneurs du mouvement.

Après le reflux de Mai, il rompt avec le syndicalisme et rejoint la Gauche prolétarienne, organisation maoïste fondée en 1968 par Benny Lévy, qui prône l'établissement des militants en usine, l'action directe et la "résistance populaire" contre l'État qualifié de fasciste. La GP publie La Cause du peuple.

Le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin, spécialiste de la répression des mouvements gauchistes, fait dissoudre la Gauche prolétarienne en mai 1970 en application de la loi de 1936 sur les ligues. Les directeurs successifs de La Cause du peuple sont arrêtés. Jean-Paul Sartre en prend alors la direction, calculant que le gouvernement n'osera pas emprisonner l'auteur de La Nausée. Le calcul est juste : Sartre vend le journal dans la rue sans être inquiété, tandis que des militants anonymes sont condamnés.

Geismar est arrêté en juin 1970. Le procès se tient les 20, 21 et 22 octobre 1970 au Palais de Justice. Le chef d'accusation est la reconstitution de ligue dissoute. Il est condamné le 20 octobre à dix-huit mois de prison, puis de nouveau le 24 novembre devant la Cour de sûreté de l'État à deux ans. Il subira quatre procès entre septembre 1970 et mai 1971.

Sa défense est un manifeste politique. Ses déclarations sont publiées chez Maspero sous les titres "Pourquoi nous combattons" et "Le Prix de la liberté." Sartre préface les minutes du procès.

Geismar quittera la politique révolutionnaire après la dissolution de la GP en 1973. Il deviendra inspecteur général de l'Éducation nationale, puis directeur de l'enseignement scolaire sous le gouvernement Jospin.

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Événement
1970
21 octobre 1970 — École Normale Supérieure
p 155
L'école de la rue d'Ulm, qui forme depuis Napoléon les serviteurs de l'État, devient pour une nuit l'arsenal de ceux qui veulent le renverser. Alain Geismar a été condamné la veille, le 20 octobre 1970, à dix-huit mois d …

L'école de la rue d'Ulm, qui forme depuis Napoléon les serviteurs de l'État, devient pour une nuit l'arsenal de ceux qui veulent le renverser.

Alain Geismar a été condamné la veille, le 20 octobre 1970, à dix-huit mois de prison pour reconstitution de ligue dissoute. La Gauche prolétarienne, organisation maoïste dissoute en mai par le ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin, appelle à la riposte.

L'École normale supérieure, 45 rue d'Ulm, est depuis 1968 l'un des foyers du maoïsme français. C'est là que Louis Althusser enseignait la philosophie, et c'est parmi ses élèves qu'est née l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes, matrice de la Gauche prolétarienne. Benny Lévy, Robert Linhart, Jacques Rancière, Jean-Claude Milner sont passés par ces couloirs. La rupture avec Althusser, resté au Parti communiste, s'est consommée en 1966. Le paradoxe est complet : les normaliens les plus brillants de leur génération, promis aux plus hautes fonctions de l'État, se destinent à l'établissement en usine et à l'insurrection.

Le 21 octobre 1970, les militants transforment les locaux de l'École en atelier de fabrication de cocktails Molotov. Le soir, rue des Écoles, un car de CRS est attaqué, détruit et incendié.

L'affrontement est réel mais l'issue est écrite. Le pouvoir gaulliste tient le pays, les élections de 1968 lui ont donné la Chambre la plus à droite de la Ve République, la classe ouvrière ne suit pas ces étudiants qui prétendent la représenter. La Gauche prolétarienne s'autodissoudra en 1973, ses dirigeants refusant de basculer dans le terrorisme comme l'ont fait leurs homologues allemands et italiens. Ce refus lui évitera les années de plomb.

Les trajectoires ultérieures sont vertigineuses. Geismar deviendra inspecteur général de l'Éducation nationale. Serge July fondera Libération. Benny Lévy deviendra secrétaire de Sartre puis se consacrera à l'étude du Talmud à Jérusalem. Beaucoup rejoindront les rédactions, l'édition, l'université, et certains finiront par siéger dans les institutions qu'ils voulaient abattre.

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Événement
1970
24 novembre 1970 — Palais de Justice !!!/Cour de Sûreté de l'État
p 158
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Événement
1971
26 janvier 1971 — Palais de la Mutualité
p 166
Premier grand meeting de la GP, organisé par les "Amis de la Cause du Peuple" sur le thème "Pour une nouvelle justice"
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Événement
1971
3 février 1971 — La Sorbonne
p 167
Entre 1970 et 1971 plusieurs protestations et grèves de la faim, souvent organisés en collaboration avec le Secours Rouge, ont eu lieu en solidarité avec des détenus politiques. Le 3 février, une plusieurs enseignants de …

Entre 1970 et 1971 plusieurs protestations et grèves de la faim, souvent organisés en collaboration avec le Secours Rouge,  ont eu lieu en solidarité avec des détenus politiques. Le 3 février, une plusieurs enseignants de la Sorbonne entament une grève de la faim de solidarité dans les locaux de l'UER de philosophie de l'université de la Sorbonne. Onze personnes y participaient dont plusieurs enseignants de philosophie M. Teyssèdre, Mmes Clancy et Laudit et un assistant de psychologie de l’Université de Nanterre. Le 4 février dans l'après-midi, trois chercheurs de la faculté des sciences décidèrent d'aller poursuivre leur grève à la Halle-aux-Vins. Pars ailleurs, René Pleven fut interpellé à la Chambre par François Mitterrand. Un concert fut organisé le 6 février à la Halle aux vins, dans la faculté des sciences, par le Secours rouge. Le mouvement de solidarité avec les grévistes de la faim était beaucoup plus ample que lors de la première grève de la faim.

Lors d’une conférence de presse tenue le 8 février 1971 dans la chapelle Saint- Bernard, les avocats Henri Leclerc et Georges Kiejman annoncèrent la suspension de la grève de la faim, car les détenus avaient obtenu une amélioration de leur régime de détention. [Extrait de: Jean-Claude Vimont, Les emprisonnements des maoïstes et la détention politique en France (1970-1971),

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Événement
1971
29 janvier 1971 — Prison de la Santé
p 167
Manifestations autour de la Santé en solidarité avec les militants GP et VLR emprisonnés. Diffusion de messages par haut parleur. Attaque au cocktail Molotov contre deux cars de police
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Événement
1971
9 février 1971
p 170
Manifestation interdite du Secours Rouge en soutien aux prisonniers politiques, réprimée violemment. Le 9 février 1971, la place de Clichy est le théâtre d’une violente répression policière contre une manifestation inter …

Manifestation interdite du Secours Rouge en soutien aux prisonniers politiques, réprimée violemment.

Le 9 février 1971, la place de Clichy est le théâtre d’une violente répression policière contre une manifestation interdite du Secours Rouge, organisée en soutien aux prisonniers politiques. Dans le contexte de l’après-Mai 68, marqué par la criminalisation des mouvements révolutionnaires et l’usage massif des lois d’exception, cette mobilisation s’inscrit dans une séquence de durcissement autoritaire de l’État.

Le Secours Rouge, organisation de solidarité active avec les militants emprisonnés, appelle à manifester malgré l’interdiction préfectorale. Le rassemblement est rapidement encerclé puis dispersé avec une extrême brutalité. Charges, coups, arrestations arbitraires : la place devient un espace de chasse policière visant à intimider et à neutraliser les réseaux militants.

Parmi les manifestants figurent Richard Deshayes et Gilles Guiot, dont les noms resteront associés à cette journée de répression. Comme beaucoup d’autres, ils incarnent une génération politisée par les luttes anti-impérialistes, ouvrières et antifascistes, et confrontée à un État déterminé à briser toute contestation radicale.

Loin d’être un épisode isolé, la répression du 9 février 1971 s’inscrit dans une série de violences policières contre les mouvements d’extrême gauche, les comités de soutien aux prisonniers et les organisations révolutionnaires. Elle révèle la continuité des pratiques répressives, y compris sous la Ve République, face à celles et ceux qui contestent l’ordre social et politique établi.

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Événement
1971
13 février 1971 — Basilique du Sacré-Cœur
p 170-171
Occupation du Sacré-Cœur par des militants de la GP en protestation de la répression violente de la manifestation du Secours Rouge le 9 février Le 13 février 1971, la colline de Montmartre devient, le temps de quelques h …

Occupation du Sacré-Cœur par des militants de la GP en protestation de la répression violente de la manifestation du Secours Rouge le 9 février

Le 13 février 1971, la colline de Montmartre devient, le temps de quelques heures, un terrain d’affrontement politique plutôt qu’un lieu de pèlerinage. Ce jour-là, 200 à 300 étudiants maoïstes, militants de la Gauche prolétarienne (GP), accompagnés de Jean-Paul Sartre et Liliane Siegel, occupent la basilique du Sacré-Cœur pour pour protester contre la violente répression de la manifestation du 9 février de Secours rouge en soutien au prisonniers politiques.

Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Le Sacré-Cœur, érigé en réparation après la Commune de 1871, est depuis longtemps perçu par le mouvement révolutionnaire et contestataire comme un symbole de l’ordre moral, de la répression sociale et de la revanche des vainqueurs sur Paris insurgé. Un siècle plus tard, des militants d’extrême gauche investissent la basilique, retournant le symbole : ils entendent faire de ce sanctuaire un haut-parleur pour les causes qu’on étouffe dans la rue.

L'affaire tourne court et ils sont évacués par la police: 69 sont arrêtés^ ^et quinze blessés sont décomptés^. ^L'archevêque de Paris François Marty ne porte pas plainte mais leur action tombe sous le coup de la loi « anticasseurs » votée un an plus tôt. Dix sont condamnés à six mois de prison et trois à quatre mois.

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Événement
1971
mars 1971 — Basilique du Sacré-Cœur
p 171
Le Groupe révolutionnaire du 16ème, le GR16, issu de la GP, fait sauter une des tourelles du Sacré-Cœur pour le 100ème anniversaire de la Commune de Paris
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Événement
1971
mai 1971
p 173
Occupation du foyer Del Campo par des travailleurs résidents antillais qui protestent contre les accords passés entre le BUMI-DOM et les foyers taudis
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Événement
1971
29 mai 1971
p 174
Attaque du drugstore !!! considéré comme "le temple du luxe et de la consommation bourgeoise". Un comité se forme pour la défense de la liberté de la presse, prémices de l'APL
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Événement
1972
18 juin 1972 — Siège de l'Agence de presse Libération (APL)
p 176
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Événement
1971
25 juin 1971 — Palais de la Mutualité
p 176
Meeting des Comités de Soutien à la Révolution Palestinienne, autour du mot d'ordre "Français immigrés tous unis : guerre au racisme"
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Événement
1971
29 septembre 1971 — Station de métro Ledru Rollin
p 180
Un militant blessé par la police en 1971, et quelques semaines plus tard un policier désarmé dans un couloir de métro : les groupes de l'après-68 tiennent des comptes. L'automne 1971 est l'un des moments les plus tendus …

Un militant blessé par la police en 1971, et quelques semaines plus tard un policier désarmé dans un couloir de métro : les groupes de l'après-68 tiennent des comptes.

L'automne 1971 est l'un des moments les plus tendus de l'après-Mai 68. Les groupes maoïstes et de l'ultra-gauche sont dissous ou surveillés ; les militants pratiquent l'action directe ; les affrontements avec la police sont fréquents et parfois armés. Le pouvoir gaulliste de Georges Pompidou traite ces groupes comme des organisations subversives ; les militants traitent la police comme une force d'occupation de classe.

Christian Riss, militant, est blessé par un coup de feu tiré par un policier. L'affaire, comme beaucoup à cette période, ne donne lieu à aucune poursuite contre le tireur. Pour les groupes de l'ultra-gauche, cette impunité est une confirmation : la justice bourgeoise ne sanctionne pas ses propres forces.

Le 29 septembre 1971, un commando de la Milice Ouvrière Multinationale (MOM) intervient à la station de métro Ledru-Rollin, avenue Ledru-Rollin dans le 12e arrondissement. Ils braquent un policier en service et lui dérobent son arme de service. L'action est présentée par ses auteurs comme une représaille pour le coup de feu qui a blessé Christian Riss.

La logique de ces actions est symbolique autant que matérielle. Désarmer un policier, c'est affirmer que le monopole de la violence légitime n'est pas acquis, que l'État peut être atteint, que ses agents sont vulnérables. C'est aussi, pratiquement, se procurer des armes.

La Milice Ouvrière Multinationale reste une formation peu documentée de la nébuleuse de l'ultra-gauche parisienne des années 1970, dont le nom même indique l'orientation : "multinationale" signale une composition incluant des travailleurs immigrés, dans un contexte où le mouvement révolutionnaire découvre alors que la classe ouvrière française est en grande partie composée de travailleurs venus du Maghreb, du Portugal, d'Espagne, d'Afrique subsaharienne. Cette conscience-là, dans les années 1970, est neuve. Elle aboutira aux luttes des foyers Sonacotra et aux grèves des OS immigrés de l'automobile.

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Événement
1971
27 octobre 1971 — Lieu du meurtre de Djellali Ben Ali
p 182
Un adolescent algérien est abattu par le concubin de la concierge de son immeuble ; Foucault, Sartre, Genet et Deleuze forment un comité pour que l'affaire ne soit pas enterrée. Le 27 octobre 1971, au 53 rue de la Goutte …

Un adolescent algérien est abattu par le concubin de la concierge de son immeuble ; Foucault, Sartre, Genet et Deleuze forment un comité pour que l'affaire ne soit pas enterrée.

Le 27 octobre 1971, au 53 rue de la Goutte-d'Or dans le 18e arrondissement, Djellali Ben Ali est tué par Daniel Pigot, concubin de la concierge de l'immeuble. La victime a quinze ans. Elle est algérienne. Le mobile est raciste.

Le quartier de la Goutte-d'Or est alors le cœur de l'immigration maghrébine à Paris : hôtels garnis surpeuplés, insalubrité, contrôles policiers permanents, hostilité d'une partie du voisinage. Les agressions racistes y sont courantes et les plaintes rarement suivies d'effet.

L'affaire aurait pu suivre le cours ordinaire de ces morts-là, c'est-à-dire l'oubli. Elle ne le suit pas, parce qu'un comité se forme immédiatement. Le "Comité Djellali" mène sa propre enquête, recueille des témoignages, publie. Y participent Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Gilles Deleuze, Jean Genet, Claude Mauriac, Michèle Manceaux, Jean-Claude Passeron. Le modèle est celui du Groupe d'information sur les prisons, créé quelques mois plus tôt par Foucault : faire parler ceux qu'on n'écoute pas, produire un savoir contre le savoir officiel.

Le 7 novembre 1971, quatre mille personnes manifestent dans les rues de Barbès. C'est le plus important rassemblement de travailleurs immigrés depuis le 17 octobre 1961. Le 17 novembre, Le Monde publie une tribune signée Sartre, Foucault, Deleuze, Genet et Michel Drach.

Cette mobilisation ouvre une décennie. Elle précède la grève de la faim de Saïd Bouziri en 1972, la grève générale des travailleurs arabes contre le racisme de 1973, la création du Mouvement des travailleurs arabes. Elle inaugure la présence des intellectuels français aux côtés des immigrés dans la rue.

Daniel Pigot sera condamné en juin 1977, six ans après les faits, à deux ans de prison.

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Événement
1972
4 mars 1972 — Cimetière du Père Lachaise (59ème division)/Tombe de Pierrot Overney
p 193
Le 4 mars 1972, Paris voit sans doute la plus grande manifestation de gauche depuis Mai 68. Le cercueil de Pierre « Pierrot » Overney, ouvrier et militant maoïste de la Gauche prolétarienne, assassiné le 25 février par l …

Le 4 mars 1972, Paris voit sans doute la plus grande manifestation de gauche depuis Mai 68. Le cercueil de Pierre « Pierrot » Overney, ouvrier et militant maoïste de la Gauche prolétarienne, assassiné le 25 février par le vigile Jean‑Antoine Tramoni devant la porte Émile‑Zola de Renault Billancourt, est porté à dos d’hommes de la place Clichy au cimetière du Père‑Lachaise. Pendant plus de trois heures, un cortège long de plusieurs kilomètres – 18 000 personnes selon la police, entre 120 000 et 200 000 selon la plupart des estimations – accompagne la dépouille jusqu’à la 59ᵉ division, drapeaux noirs et rouges mêlés.

Pour beaucoup de militants, Overney incarne la tentative d’implanter durablement l’extrême gauche dans la « forteresse ouvrière » Renault, contre la direction patronale mais aussi contre l’hégémonie de la CGT et du PCF. Son meurtre, survenu lors d’une distribution de tracts appelant à commémorer le massacre de Charonne de 1962, est vécu comme la preuve d’une « violence patronale » qui répond par les armes à l’agitation politique. Autour du cercueil se pressent intellectuels et artistes – Jean‑Paul Sartre en tête – mais aussi de nombreux anonymes venus des usines, des universités, des quartiers populaires.

Les obsèques d’Overney donnent à la Gauche prolétarienne son martyr et un moment de puissance symbolique rare, mais beaucoup d’anciens maoïstes y verront aussi, rétrospectivement, l’enterrement de leurs illusions révolutionnaires. La tombe du jeune ouvrier, au Père‑Lachaise, rejoindra peu à peu le « parcours » militant qui mène des murs des Fédérés aux sépultures des grandes figures de la gauche française, comme un maillon tardif entre la Commune et les luttes ouvrières des années 1970.

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Événement
1972
26 février 1972
p 193
Manifestation de 7 000 personnes à l'initiative des Mal-logés derrière une banderole du Secours Rouge
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Événement
1972
30 avril 1972 — Immeuble rue Jacquier
p 219
Manifestation de 7 000 travailleurs immigrés suivie d'une AG autonome soutenue par la GP
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Événement
1972
27 juin 1972 — Siège du Parti communiste français (dans un bureau au 5ème étage)
p 220
Place du Colonel Fabien, 27 juin 1972 : l'union de la gauche sur papier La tour s'élève à l'angle du boulevard de la Villette et de la rue Armand-Carrel depuis 1971. Oscar Niemeyer l'a conçue pour le Parti communiste fra …

Place du Colonel Fabien, 27 juin 1972 : l'union de la gauche sur papier

La tour s'élève à l'angle du boulevard de la Villette et de la rue Armand-Carrel depuis 1971. Oscar Niemeyer l'a conçue pour le Parti communiste français — une façade incurvée et blanche, une salle de conférences souterraine en forme de dôme, une déclaration d'architecture dans un quartier ouvrier. Le 27 juin 1972, dans un bureau du cinquième étage, le PS et le PCF signent le Programme commun de gouvernement.

Mitterrand a pris la tête du Parti socialiste refondé l'année précédente au congrès d'Épinay. Sa stratégie est claire : faire du PS le premier parti de gauche, quitte à passer par une alliance avec les communistes. Le PCF de Georges Marchais voit dans l'union une chance d'accéder enfin au pouvoir. Les deux partis se rejoignent sur un texte de 200 pages. Le MRG — Mouvement des radicaux de gauche — y apposera sa signature le 12 juillet.

Le programme est ambitieux : salaire minimum porté à 1 000 francs, semaine de 39 heures, retraite à 60 ans, nationalisations massives des banques et des grands groupes industriels, abolition de la peine de mort, réduction du service militaire, droit à l'avortement. Tiré à plus d'un demi-million d'exemplaires — le document politique le plus diffusé du XXe siècle en France —, il est édité en deux versions rivales, l'une chez Flammarion avec une préface de Mitterrand, l'autre aux Éditions sociales avec une préface de Marchais.

L'alliance tient cinq ans. En septembre 1977, les négociations pour « actualiser » le programme tournent court : le PCF exige des nationalisations plus larges, le PS refuse. La rupture est consommée. La gauche se présente en ordre dispersé aux législatives de 1978 et perd. Mitterrand tire les conclusions inverses de tout le monde : c'est lui qui a gagné. Aux présidentielles de 1981, il l'emporte. Une partie du Programme commun sera appliquée — les nationalisations, l'abolition de la peine de mort, la retraite à 60 ans. Le reste s'arrêtera au tournant de la rigueur de 1983.

Pour la gauche communiste qui observait depuis l'exil ou la marginalité, la leçon du Programme commun confirme ce que Bordiga avait dit du parlementarisme depuis les années 1920 : entrer dans les institutions de l'État bourgeois pour les réformer, c'est les légitimer. Les nationalisations prévues ne supprimaient pas le rapport salarial — elles transféraient la propriété à l'État tout en maintenant intacte la structure du capital. Ce que Marx écrivait après la Commune reste valable : la classe ouvrière « ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine de l'État et de la faire fonctionner pour son propre compte. » Le Programme commun ne posait pas cette question.

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Événement
1972
16 décembre 1972
p 223
Marche silencieuse appelée par 137 intellectuels contre l'assassinat de Mohamed Diab le 29 novembre au commissariat de Versailles par le sous-brigadier Marquet ; violemment réprimée elle entraîne de nombreuses arrestatio …

Marche silencieuse appelée par 137 intellectuels contre l'assassinat de Mohamed Diab le 29 novembre au commissariat de Versailles par le sous-brigadier Marquet ; violemment réprimée elle entraîne de nombreuses arrestations

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Événement
1972
26 octobre 1972 — Salle St Bruno
p 223
Un couple de Tunisiens menacés d'expulsion cesse de s'alimenter dans une salle paroissiale du 18e ; Sartre, Foucault et Deleuze viennent les soutenir, et le mouvement des sans-papiers naît. Les circulaires Marcellin-Font …

Un couple de Tunisiens menacés d'expulsion cesse de s'alimenter dans une salle paroissiale du 18e ; Sartre, Foucault et Deleuze viennent les soutenir, et le mouvement des sans-papiers naît.

Les circulaires Marcellin-Fontanet sont publiées au début de 1972 par Raymond Marcellin, ministre de l'Intérieur, et Joseph Fontanet, ministre du Travail. Elles lient désormais le titre de séjour au contrat de travail et au logement : un travailleur immigré qui perd son emploi perd son droit de rester en France. Elles suppriment de fait la régularisation a posteriori, qui était jusque-là la voie ordinaire d'entrée dans le pays. Des dizaines de milliers de travailleurs présents en France depuis des années deviennent du jour au lendemain irréguliers et expulsables.

Saïd Bouziri est tunisien, militant, installé en France depuis plusieurs années. Menacé d'expulsion avec sa femme Faouzia, il choisit un mode d'action que la guerre d'Algérie avait vu naître dans les prisons et qui n'avait plus été employé depuis : la grève de la faim.

Le 26 octobre 1972, le couple commence sa grève à la salle Saint-Bruno, 9 rue Saint-Bruno dans le quartier de la Goutte-d'Or, cœur de l'immigration maghrébine parisienne. Le lieu est prêté par la paroisse, ce qui n'est pas anodin : les chrétiens de gauche seront un soutien constant de ce mouvement.

Le soutien s'organise et déborde vite le cadre militant. Un Comité de défense de la vie et des droits des travailleurs immigrés se constitue. Jean-Paul Sartre, Michel Foucault, Gilles Deleuze, François Mauriac apportent leur signature et leur présence. Le jour prévu pour l'expulsion de Bouziri, deux mille personnes manifestent.

Le mouvement essaime. D'autres grèves de la faim éclatent à Valence, à Paris, dans le Nord, menées principalement par des Tunisiens. Le gouvernement recule partiellement.

Saïd Bouziri consacrera sa vie à la défense des immigrés : il cofondera le journal Sans Frontière, participera à la Marche pour l'égalité de 1983, présidera la Ligue des droits de l'homme de Paris. Il est mort en 2009. Une place de la Goutte-d'Or porte son nom.

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Événement
1972
8 décembre 1972 — Demeure de Mahmoud Al Hamchari
p 225
Assassinat de Mahmoud Al Hamchari par le Mossad israélien à l'aide d'un téléphone piégé, en représailles à l'attentat de Munich ; il mourra le 10 janvier 1973
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Événement
1973
13 janvier 1973
p 225
Manifestation contre la venue de Golda Meir à l'invitation de François Mitterrand, suite à l'assassinat du représentant de l'OLP à Paris Mahmoud Al Hamchari
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Événement
1973
11 janvier 1973
p 225
Meeting organisé par le Mouvement des Travailleurs Arabes en protestation contre l'assassinat du représentant de l'OLP à Paris Mahmoud Al Hamchari
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Événement
1973
6 avril 1973
p 227
Le 6 avril 1973, au soir, Basil al-Kubaisi rentre à pied rue Chauveau-Lagarde, dans le 8e arrondissement, après un dîner au Café de la Paix. Il a quarante ans.Au coin avec la rue de l'Arcade, deux agents du Mossad l'abor …

Le 6 avril 1973, au soir, Basil al-Kubaisi rentre à pied rue Chauveau-Lagarde, dans le 8e arrondissement, après un dîner au Café de la Paix. Il a quarante ans.Au coin avec la rue de l'Arcade, deux agents du Mossad l'abordent et lui tirent dessus à douze reprises avec des pistolets à silencieux. Les balles sont groupées autour du cœur et dans la tête. Il meurt sur le trottoir.

Al-Kubaisi était irakien — professeur de droit international à l'Université américaine de Beyrouth, militant depuis les années 1950 pour la cause palestinienne, membre du FPLP, le Front populaire de libération de la Palestine fondé par George Habash. Prétendument, Israël le soupçonnait d'être un logisticien de l'organisation en Europe — achats d'armes, financement, réseaux. En réalité le Mossad visait des membres des organisations palestiniennes à éliminer dont il avait déjà dressé une liste.

L'assassinat s'inscrit dans l'opération Colère de Dieu, lancée par Golda Meir après le massacre des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich en septembre 1972. Le Mossad avait dressé une liste de cibles palestiniennes à éliminer en Europe. Al-Kubaisi y figurait. Mais les historiens Aaron Klein et George Jonas, qui ont tous deux publié des études approfondies sur Munich, ont établi formellement qu'il n'avait aucun lien avec l'attentat de Munich et aucun rôle dans l'organisation Septembre Noir.

La DST française ouvrit une enquête. Elle n'aboutit pas officiellement. Paris avait déjà été le théâtre d'un précédent assassinat du Mossad en décembre 1972 — Mahmoud Hamshari, tué par un téléphone piégé rue d'Alésia. Il ne sera pas le dernier. La pratique des assassinats de la part du Mossad est essentiellement tolérée par les pays alliés des sionistes.

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Événement
1973
4 avril 1973
p 227
Le 4 avril 1973 est fondé à Paris le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception. Le siège du MLAC est établi auprès du GIS, Groupement Information Santé. Le MLAC naît dans la lignée du manifeste des …

Le 4 avril 1973 est fondé à Paris le Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception. Le siège du MLAC est établi auprès du GIS, Groupement Information Santé.

Le MLAC naît dans la lignée du manifeste des 331 médecins, paru dans Le Monde le 8 février 1973 — trois cent trente et un praticiens déclarant publiquement avoir pratiqué ou aidé à pratiquer des avortements illégaux. Deux ans plus tôt, le "Manifeste des 343" avait vu autant de femmes confesser avoir avorté. Le mouvement est en marche, mais il faut une structure légale pour défendre les médecins qui s'exposent.

Le MLAC est cette structure — déclarée en préfecture, ce qui tranche avec les habitudes de l'extrême gauche et du MLF. Il rassemble un spectre large : Planning familial, MLF, Groupe information santé, Ligue communiste, Lutte ouvrière, Parti socialiste, CFDT. Sa direction tourne autour de trois femmes — Monique Antoine, avocate du procès de Bobigny, Simone Iff et Jeannette Laot.

Sa méthode : pratiquer ouvertement des avortements illégaux, organiser des voyages en Angleterre et aux Pays-Bas, tenir des permanences publiques. Un illégalisme de masse, assumé et revendiqué. Il aura fallu deux ans pour que la loi Veil dépénalise l'IVG, en janvier 1975. Le MLAC se dissout aussitôt — son objectif atteint, ses militantes estimant parfois que la loi n'allait pas assez loin.

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Événement
1973
31 mars 1973
p 227
Manifestation de plusieurs milliers de travailleurs immigrés contre la circulaire Marcellin-Fontanet et pour l'obtention de la carte de travail
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Événement
1973
1 avril 1973 — Palais de la Mutualité
p 227
Rassemblement national des Comités de soutien aux travailleurs grévistes de la faim ; 2 500 participants immigrés
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Événement
1973
26 avril 1973
p 228
Occupation du bureau parisien de la Main d'œuvre par des travailleurs immigrés soutenus par le CDVDTI, pour la carte de travail et l'abrogation de la circulaire Marcellin-Fontanet
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Événement
1973
février 1973 — Siège de l'Agence de presse Libération/Siège du journal "Libération"
p 228
Premier Siège du journal "Libération", qu'il partage avec l'Agence de presse Libération, l'APL; le premier numéro sort le 18 avril
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Événement
1973
16 mai 1973 — Église Notre-Dame de Ménilmontant (dans la crypte)
p 230
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Événement
1973
21 juin 1973 — Palais de la Mutualité
p 231
Un meeting autorisé de l'organisation fasciste Ordre Nouveau contre l'immigration, protégé par la police, est attaqué au cocktail Molotov par des milliers de militants antifascistes
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Événement
1973
28 juin 1973 — Lieu de l'assassinat de Mohammed Boudia (montant dans sa R16 piégée)
p 232
Mohamed Boudia est né en 1932 dans la Casbah d'Alger. En 1954, il rejoint la Fédération de France du FLN, organise en 1958 l'attentat contre les dépôts pétroliers de Mourepiane à Marseille, est arrêté, condamné à vingt a …

Mohamed Boudia est né en 1932 dans la Casbah d'Alger. En 1954, il rejoint la Fédération de France du FLN, organise en 1958 l'attentat contre les dépôts pétroliers de Mourepiane à Marseille, est arrêté, condamné à vingt ans. En prison, il monte des pièces, traduit Molière en arabe dialectal. Il s'évade de la prison d'Angers grâce au réseau Jeanson. En 1963, il dirige le Théâtre national algérien à Alger — le premier créé dans l'Algérie libre. Le coup d'État de Boumédiène en 1965 le chasse. Il revient à Paris, administre le Théâtre de l'Ouest Parisien à Boulogne-Billancourt.

Sa rencontre à Cuba avec Wadie Haddad, responsable militaire du FPLP, est un tournant. Il devient coordinateur du Front populaire de libération de la Palestine en Europe : recrutement, actions armées contre des cibles israéliennes. En 1971, raffinerie de Rotterdam. En août 1972, à Trieste, vingt kilos d'explosifs mettent en feu 250 000 tonnes de pétrole. Le Mossad découvre également un projet d'attentat dans sept grands hôtels de Tel Aviv, prévu pour le seder de Pessah. Boudia est classé cible prioritaire.

Le 28 juin 1973, Boudia s'approche de sa Renault 16 garée au 32 rue des Fossés Saint-Bernard. Il ouvre la portière. Il s'assoit. La bombe placée sous le siège, sensible à la pression, explose. Il meurt sur le coup. Il avait quarante et un ans.

La police française parle d'accident — une bombe mal manipulée. C'est le journaliste Ronen Bergman qui établira la responsabilité des agents du Kidon, l'unité d'exécution du Mossad, dans le cadre de l'opération « Colère de Dieu » lancée après le massacre de Munich. La même opération qui, le 21 juillet 1973 à Lillehammer, fait abattre par erreur Ahmed Bouchikhi — serveur algéro-maroco-norvégien, frère du futur cofondateur des Gipsy Kings — confondu avec le chef de Septembre Noir.

Après Boudia, c'est le Libanais Michel Moukharbal qui prend la tête du réseau FPLP en Europe. Parmi ses membres : Carlos. Le 27 juin 1975, deux ans et un jour après, des agents de la DST remontent la filière jusqu'à la rue Toullier. Carlos les abat.

Dans la tradition léniniste de l'anti-impérialisme — celle de L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme —, Boudia incarne le passage direct de la lutte algérienne à la cause palestinienne : même adversaire, même internationalisme révolutionnaire.

Ses funérailles se tiennent en toute discrétion à Alger. Seuls des Palestiniens manifestent pour sa mémoire.

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Événement
1973
11 octobre 1973
p 235
Ils ont fait grève en septembre contre les meurtres racistes ; en octobre ils défilent pour la Palestine : pour eux c'est le même combat, et la gauche française ne sait pas quoi en faire. L'année 1973 est l'une des plus …

Ils ont fait grève en septembre contre les meurtres racistes ; en octobre ils défilent pour la Palestine : pour eux c'est le même combat, et la gauche française ne sait pas quoi en faire.

L'année 1973 est l'une des plus violentes de l'après-guerre pour les immigrés maghrébins en France. Après le meurtre d'un conducteur de bus à Marseille en août, une vague d'agressions racistes déferle : dizaines de Maghrébins tués ou blessés, ratonnades, attentats. Le consulat d'Algérie à Marseille sera plastiqué en décembre, faisant quatre morts. L'État réagit mollement ; la presse évoque une "insécurité" qui légitime les meurtriers.

Le Mouvement des travailleurs arabes est né en 1972, issu des Comités Palestine fondés après la défaite arabe de juin 1967. Il rassemble des travailleurs immigrés maghrébins et des étudiants du Maghreb et du Machrek. Sa singularité est son autonomie : influencé par le marxisme et par le nationalisme arabe, il refuse la tutelle des organisations françaises comme celle des ambassades des États arabes. Il veut que les travailleurs arabes de France parlent en leur nom propre.

Le 3 septembre 1973, le MTA lance à Marseille une grève générale des travailleurs arabes contre le racisme, qui s'étend à d'autres villes. C'est la première fois que des immigrés organisent en France une grève sur un mot d'ordre spécifiquement antiraciste, hors du cadre syndical. Certaines organisations d'extrême gauche françaises leur reprochent de "diviser la classe ouvrière."

Le 6 octobre 1973, la guerre du Kippour éclate au Proche-Orient. Le 11 octobre, le MTA organise une manifestation à la station de métro Stalingrad, place de la Bataille-de-Stalingrad dans le 19e arrondissement, en soutien aux peuples palestinien et arabe.

Pour les militants du MTA, il n'y a pas deux causes mais une seule. Ceux qui les traitent en sous-hommes dans les foyers et les chaînes d'usine, et ceux qui occupent la Palestine, relèvent du même ordre du monde issu de la colonisation. Cette continuité entre la lutte des immigrés en France et la question palestinienne restera l'une des lignes de force des mouvements de l'immigration jusqu'à la Marche pour l'égalité de 1983.

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Événement
1973
14 septembre 1973 — Grande mosquée de Paris
p 235
Ce vendredi du 14 septembre, les travailleurs arabes de Paris convergent vers la Grande Mosquée non pour prier, mais pour compter leurs morts et décider. L'été 1973 a été meurtrier pour les travailleurs immigrés en Franc …

Ce vendredi du 14 septembre, les travailleurs arabes de Paris convergent vers la Grande Mosquée non pour prier, mais pour compter leurs morts et décider.

L'été 1973 a été meurtrier pour les travailleurs immigrés en France. Depuis juillet, une vague de meurtres racistes frappe les Algériens dans le Midi : à Marseille, à La Ciotat, à Toulon, des hommes sont abattus ou poignardés pour le seul fait de se trouver dans un espace public. Le 25 août, Émile Pons assassine six Algériens dans un bus à Marseille avant de se suicider. Le gouvernement Messmer reste muet. Les grandes centrales syndicales, CGT et CFDT, tardent à réagir.

C'est dans ce contexte que le Mouvement des travailleurs arabes décide de riposter. Fondé en 1972, le MTA regroupe des ouvriers maghrébins et des étudiants du Maghreb et du Levant, liés aux réseaux issus de la lutte pour l'indépendance algérienne et de la cause palestinienne. Face à l'inaction des partis de gauche, il choisit l'action directe : une grève générale des travailleurs arabes, d'abord à Marseille le 3 septembre, puis étendue aux grandes villes. Paris, le 14 septembre.

La convergence se fait à la Grande Mosquée de Paris, rue Georges-Desplas dans le 5e arrondissement. Ce choix n'est pas seulement symbolique : la mosquée est depuis son inauguration en 1926 le principal lieu de rassemblement de la communauté nord-africaine de la capitale. Ce vendredi-là, des délégués d'ateliers de Renault-Billancourt et des chaînes de montage Citroën quai de Javel rejoignent les dockers, les manœuvres du bâtiment, les OS des petites usines de banlieue. Des arrêts de travail ponctuels perturbent plusieurs établissements.

Le meeting dénonce la passivité de l'État et demande la protection effective des travailleurs étrangers. Le MTA articule explicitement lutte antiraciste et lutte de classe : il ne s'agit pas seulement de survivre, mais d'organiser une force qui pèse sur les rapports de production. La jonction avec les grèves autonomes de l'automobile, que les grandes centrales syndicales peinent à contrôler depuis 1969, donne à ce rassemblement une dimension inédite dans l'histoire du mouvement ouvrier immigré en France.

L'Algérie, qui réclame depuis des mois que la France assure la sécurité de ses ressortissants, suspend l'émigration vers la France le 19 septembre, cinq jours après ce rassemblement. Cette décision actera, mieux que tous les discours, la gravité de ce que la France a laissé s'installer cet été-là sur son sol.

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Événement
1973
15 septembre 1973
p 235
À Citroën, la direction a trouvé la parade aux grèves ouvrières : elle ne discute pas, elle licencie. La grève déclenchée à Citroën par les travailleurs arabes dans la première quinzaine de septembre 1973 n'aura pas duré …

À Citroën, la direction a trouvé la parade aux grèves ouvrières : elle ne discute pas, elle licencie.

La grève déclenchée à Citroën par les travailleurs arabes dans la première quinzaine de septembre 1973 n'aura pas duré longtemps. La réponse patronale est immédiate et sans nuance : licenciements massifs. Près de 40 % des grévistes sont remerciés à l'issue du mouvement. Dans les usines du quai de Javel (15e arrondissement) et de Saint-Ouen, où la main-d'œuvre immigrée est surreprésentée aux postes d'ouvriers spécialisés, cette proportion représente des centaines d'hommes mis à la rue.

Citroën a été, tout au long des années 1960, l'un des employeurs les plus systématiquement hostiles à l'organisation syndicale indépendante. La direction a mis en place depuis des années la CSL, Confédération des syndicats libres, syndicat maison qui sert de tampon contre la CGT et la CFDT. Les OS immigrés, soumis à des cadences épuisantes et menacés à la moindre résistance de voir leur titre de séjour compromis, sont structurellement les plus exposés. La peur du renvoi est un instrument ordinaire de gouvernement de la main-d'œuvre.

En septembre 1973, le contexte a changé. La vague de racisme de l'été a provoqué une prise de conscience collective. Le Mouvement des travailleurs arabes a transformé une indignation diffuse en appel à la grève. À Paris, le 14 septembre, des délégués des chaînes Citroën ont participé au rassemblement de la Grande Mosquée. Le lendemain, des débrayages perturbent plusieurs ateliers.

La direction ne négocie pas. Elle compte. Puis elle licencie. La procédure est rapide parce que les contrats des OS étrangers sont souvent précaires, et parce que les syndicats représentatifs, sur ce terrain, n'ont pas encore le rapport de force pour s'y opposer. Après que les licenciements sont signifiés, les recours sont rares : le droit du travail des années 1970 ne protège pas encore efficacement les salariés contre les représailles collectives liées à l'exercice du droit de grève.

L'épisode illustre la condition spécifique du travailleur immigré dans la France des Trente Glorieuses finissantes : essentiel à la production, corvéable à merci, dépourvu de la continuité syndicale qui donne aux travailleurs français un minimum de protection. La grève de septembre 1973 ne sera pas la dernière à Citroën, mais ses suites montrent avec brutalité jusqu'où peut aller un patronat qui n'a pas encore été contraint à composer avec l'organisation des travailleurs étrangers.

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Événement
1973
20 novembre 1973 — Cathédrale Notre-Dame de Paris
p 237
La Gauche Prolétarienne hisse sur la flèche de Notre-Dame un drapeau rouge portant l'inscription LIP en soutien à la grève de Besançon ; il sera retiré dans la matinée par un hélicoptère de la police
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Événement
1977
2 décembre 1977 — Locaux de l'Amicale des Algériens en Europe
p 238-239
Assassinat par un commando fasciste et raciste "Charles Martel", dit commando "Delta", de Laïd Sebaï, gardien des locaux de l'Amicale des algériens en Europe
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Événement
Date imprécise — Demeure d'Émile de Girardin
p 256-257
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Événement
1974
24 mars 1974
p 264
Conférence organisée par des ouvriers maoïstes de l'ex GP qui décide la dissolution de l'Union nationale des Comités de lutte d'atelier, l'UNCLA
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Événement
1974
mars 1974 — Ambassade du Chili
p 264
Manifestation contre le retour d'un ambassadeur du Chili après le coup d'État de Pinochet. Violents affrontements avec la police
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Événement
1974
1974 — École Normale Supérieure
p 265
Des assemblées générales des ex GP, dont l'ancienne direction, ont lieu rue d'Ulm jusqu'à l'été 1974. La Cause du Peuple reparaîtra jusqu'en avril 1977 à l'initiative de quelques militants
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Événement
1977
septembre 1977 — Siège du journal "Libération"
p 274
Occupation par 150 autonomes, dont d'ex maoïstes, des locaux de Libération suite à la parution d'un article titré "La guerre des monstres" à propos de l'enlèvement de Martin Schleyer, patron des patrons allemands par la …

Occupation par 150 autonomes, dont d'ex maoïstes, des locaux de Libération suite à la parution d'un article titré "La guerre des monstres" à propos de l'enlèvement de Martin Schleyer, patron des patrons allemands par la RAF

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Événement
Date imprécise — Consulat général d'Espagne
p 275
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Événement
Date imprécise
p 275
Manifestation d'un millier de personnes qui se termine par l'incendie au cocktail Molotov d'une annexe du ministère de la Justice
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