Naissance de la chanteuse Fréhel, qui eut un immense succès entre deux guerres

Maison natale de Fréhel

Portrait de Fréhel par le Studio Harcourt en 1941.

Elle est née sur les fortifs et morte à Pigalle ; entre les deux, Fréhel aura prêté sa voix à tous les laissés-pour-compte de Paris.

Le 13 juillet 1891, selon son acte de naissance, une petite fille vient au monde au 109 du boulevard Bessières, dans le 17e. L'adresse dit déjà beaucoup : le boulevard longe alors la ligne des fortifications, la ceinture des « fortifs », là où Paris s'effiloche en terrains vagues et en logements de gagne-petit, du côté des Épinettes et de la porte de Clichy. Marguerite Boulc'h est fille de Bretons montés du Finistère — le père cheminot, la mère cuisinière. On grandit pauvre, on chante dans les cours pour quelques sous.

L'enfant des cours devient « la môme Pervenche », puis emprunte son nom de scène à un cap breton battu par les vents, le cap Fréhel. Vers dix-huit ans, elle croise Maurice Chevalier : deux années de passion, jusqu'à ce qu'il la quitte pour Mistinguett, à l'automne 1911. Fréhel dévisse. Alcool, éther, drogue, une tentative de suicide ; puis des années d'errance à travers l'Europe — Bucarest, la Russie, Constantinople — d'où le consulat de France finit par la rapatrier en 1923, la voix cassée, le corps alourdi.

C'est cette voix-là, précisément, qui va faire d'elle une légende. En décembre 1923, elle remonte sur la scène de l'Olympia. Dans les années qui suivent, Fréhel devient la reine de la chanson réaliste : elle chante les filles perdues, les amours mortes, la misère des faubourgs — tout ce monde de la zone dont elle est sortie et qu'elle porte dans sa gorge éraillée. Le disque, le music-hall, une vingtaine de films : Paris se reconnaît dans celle qui n'a rien caché de ses propres naufrages.

En 1937, Julien Duvivier lui confie un petit rôle dans Pépé le Moko. Elle y est Tania, une chanteuse oubliée, exilée comme le héros dans la casbah d'Alger. Devant un vieux phonographe, elle pose l'une de ses propres rengaines et l'accompagne, les larmes aux yeux : « Où est-il, mon moulin de la place Blanche ? » Fréhel, revenue de tous les exils, y pleure un Paris de Montmartre qui l'avait faite et défaite.

Elle mourra tout près de ce moulin. Le 3 février 1951, on la retrouve seule dans une chambre d'hôtel du 45, rue Pigalle — à quelques centaines de mètres de la place Blanche de sa chanson. Une foule nombreuse suivit le convoi jusqu'au cimetière de Pantin.

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