Révolution de février 1848


Lamartine devant l’hôtel de ville de Paris le 25 février 1848 refuse le drapeau rouge – Peinture de Félix Philippoteaux.

La révolution de février 1848 met fin à la monarchie de Juillet en quelques jours, mais ouvre surtout une période d’ambiguïtés, où la bourgeoisie hésite entre réforme politique et peur panique d’une révolution sociale portée par les ouvriers. Marx y voit une révolution « faite par les ouvriers de concert avec la bourgeoisie », qui débouche pourtant sur une République taillée pour consolider la domination bourgeoise.

Contexte : une monarchie à bout de souffle

Sous Louis‑Philippe, la France connaît croissance et modernisation, mais aussi une forte crise économique à partir de 1845 : mauvaises récoltes, hausse du prix du pain, chômage massif dans les villes. Le régime repose sur un suffrage censitaire très restreint : seule une petite minorité de contribuables vote, ce qui exclut la quasi‑totalité des ouvriers et paysans.

Face à cette fermeture, l’opposition républicaine met en place la « campagne des banquets » pour contourner l’interdiction de réunions politiques et réclamer une réforme électorale. Guizot, chef du gouvernement, refuse toute concession ; Marx souligne que cette intransigeance, soutenue par la fraction orléaniste de la bourgeoisie, précipite l’« explosion du malaise général ».

Les journées de février : de la réforme à la chute

Le 22 février 1848, l’interdiction d’un banquet à Paris met le feu aux poudres : manifestations, premières barricades, début d’affrontements avec la troupe. Le 23, la Garde nationale, composée en grande partie de petits bourgeois, commence à fraterniser avec les manifestants, signe que l’unité des possédants se fissure.

Louis‑Philippe sacrifie Guizot pour calmer la rue, mais trop tard. Une fusillade boulevard des Capucines, qui fait de nombreux morts, transforme la protestation en insurrection ouverte ; des cortèges portent les cadavres à travers la ville aux cris de « Vengeance ! ». Le 24, la monarchie s’effondre : le roi abdique et s’enfuit, les insurgés s’emparent des Tuileries puis de l’Hôtel de Ville, où un gouvernement provisoire proclame la République.

L’hésitation de la bourgeoisie

Pour Marx, février 1848 est d’abord une révolution bourgeoise, dont la tâche historique est de remplacer la monarchie par un régime républicain mieux adapté au capitalisme. Mais cette révolution est faite avec l’appui décisif des ouvriers parisiens, qui portent des attentes sociales radicales : droit au travail, limitation de la journée, remise en cause du salariat.

La bourgeoisie libérale veut la fin de la monarchie mais redoute la poussée du « parti ouvrier » ; elle cherche donc à contenir le mouvement en multipliant les gestes symboliques. Le gouvernement provisoire proclame la République et le suffrage universel masculin, crée les Ateliers nationaux et la Commission du Luxembourg, présentée comme un lieu de dialogue social.

Marx insiste toutefois sur le caractère ambigu de ces concessions : la Commission du Luxembourg n’a ni budget ni pouvoir, les Ateliers nationaux servent rapidement à encadrer et surveiller les chômeurs plus qu’à transformer les rapports de production. Derrière le langage de l’union des classes, la bourgeoisie utilise la République pour « briser la couronne derrière laquelle se dissimulait le capital » et rendre sa domination plus directe.

Une révolution inachevée

En février, tout le monde parle de concorde sociale ; Lamartine présente le gouvernement provisoire comme un pouvoir qui « suspend le malentendu » entre classes. Mais, note Marx, ce malentendu est vite levé : dès que les ouvriers tentent de donner un contenu social à la République, la bourgeoisie recule, puis se retourne contre eux en juin 1848.

La révolution de février apparaît ainsi comme un moment double : victoire politique contre la monarchie, mais aussi point de départ d’un conflit de classe ouvert sur la définition de la République. Pour Marx, c’est l’acte I d’une séquence où la bourgeoisie, effrayée par la force potentielle du prolétariat, préférera plus tard s’accommoder d’un Bonaparte plutôt que de risquer une nouvelle insurrection ouvrière.

Sources

Wikipedia - Marx le 18 Brumaire de Louis Napoléon III

Wikipédia: La révolution française de 1848

Karl Marx: Les luttes de classe en France - 1848 - 1850 PDF

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