Commune de Paris, La barricade de la place Blanche, lithographie anonyme, Carnavalet
La Semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871, constitue l'épisode final et le plus meurtrier de la Commune de Paris. En sept jours d'une violence inouïe, l'insurrection ouvrière fut écrasée par les troupes versaillaises du gouvernement de Thiers, laissant derrière elle des milliers de morts et marquant durablement la mémoire du mouvement ouvrier international.
Le dimanche 21 mai, profitant de ce que la poterne du Point-du-Jour n'était pas gardée, les troupes versaillaises, fortes de 120 000 à 130 000 hommes sous le commandement du maréchal de Mac Mahon, franchissent l'enceinte de Paris sans rencontrer de résistance. Les communards, désorganisés et dispersés malgré leurs 20 000 combattants actifs, tentent de résister en érigeant près de 900 barricades à travers la capitale. Mais la stratégie versaillaise s'avère redoutable : utilisant massivement l'artillerie pour contourner les défenses et progressant systématiquement par les rues adjacentes en perçant les murs, l'armée régulière avance inexorablement.
Les communards, pour ralentir cette progression, allument des incendies qui ravagent de nombreux monuments parisiens. Le palais des Tuileries, l'Hôtel de ville, le Palais de justice, le ministère des Finances flambe nt. Ces destructions, loin d'être de simples actes de vandalisme, répondent selon l'historien Éric Fournier à une double logique : défensive, pour opposer aux Versaillais « une barrière de flammes » selon l'expression de Louise Michel, et purificatrice, symbole de la rupture avec l'ancien ordre.
Les combats les plus acharnés se déroulent dans les quartiers populaires de l'est parisien. Les 27 et 28 mai, Belleville et Ménilmontant deviennent les derniers bastions de la résistance communarde. Au cimetière du Père-Lachaise, des dizaines d'insurgés mènent un combat désespéré entre les tombes, à la baïonnette. Le lendemain matin, 147 communards sont fusillés au mur des Fédérés, symbole qui deviendra l'un des lieux de mémoire les plus importants du mouvement ouvrier. La dernière barricade tombe dans l'après-midi du 28 mai, commémorée aujourd'hui par une plaque rue de la Fontaine-au-Roi.
Karl Marx, dans La Guerre civile en France, texte rédigé à chaud deux jours après la fin des combats, dénonce avec une rare violence la répression versaillaise. Pour lui, ces massacres révèlent la vraie nature de la bourgeoisie qui, servie par des hommes sans scrupules comme Thiers, « ce nabot monstrueux », préfère « pactiser avec l'ennemi » prussien plutôt que de « voir la classe ouvrière accéder au pouvoir ». Marx souligne que « les atrocités des bourgeois en juin 1848 elles-mêmes disparaissent devant l'indicible infamie de 1871 ».
Le bilan humain reste sujet à débat. Les historiens contemporains s'accordent sur l'existence de massacres systématiques commis par les Versaillais et évoquent environ 10 000 morts du côté des insurgés, tandis que l'étude récente de Michèle Audin situe le nombre de communards tués entre 15 000 et 20 000. Du côté versaillais, on compte environ 400 morts. Les insurgés exécutèrent également une centaine d'otages, dont l'archevêque de Paris, Monseigneur Darboy.
Après les combats, la répression judiciaire fut massive : 43 522 prisonniers furent arrêtés, 10 137 condamnations prononcées, dont 95 peines de mort. Des milliers de communards furent déportés en Nouvelle-Calédonie, tandis que d'autres choisirent l'exil. L'amnistie ne viendra qu'en 1879-1880.