7 place de Fontenoy-Unesco
Toponymie — place de Fontenoy-Unesco
Événements à cette adresse
1 événement · 1958Elle a passé ses douze premières années dans l’hôtel d’où l’armée allemande avait administré la France occupée. Le 3 novembre 1958, l’Unesco inaugure enfin sa maison, sur le terrain d’une ancienne caserne de cavalerie.
L’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture naît à Londres le 16 novembre 1945, dans un monde en ruines. Le préambule de son acte constitutif tient en une phrase restée célèbre : « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». Le texte entre en vigueur le 4 novembre 1946 ; quinze jours plus tard, la première Conférence générale s’ouvre à la Sorbonne et élit à sa tête le biologiste britannique Julian Huxley. Le siège sera à Paris.

Encore faut-il un toit. Le 16 septembre 1946, le secrétariat s’installe au 19 avenue Kléber, dans l’ancien hôtel Majestic. Le palace a été bâti en 1908 par l’architecte Armand Sibien à la place du « palais de Castille », où la reine Isabelle II d’Espagne avait fini ses jours en exil. Proust, Joyce, Picasso, Stravinsky et Diaghilev y ont dîné ensemble un soir de mai 1922. Racheté par l’État en 1936 pour la direction de l’Armement, il a surtout abrité, d’octobre 1940 à juillet 1944, le Militärbefehlshaber in Frankreich, le commandement militaire allemand qui administrait la zone occupée. On s’y est battu à la Libération. Deux ans plus tard, on parle d’éducation pour tous et de coopération scientifique dans les bureaux de l’occupant.

Le provisoire dure douze ans. En 1952, l’État affecte à l’organisation un terrain de trois hectares, place de Fontenoy, au pied de l’École militaire, occupé jusque-là par une caserne de cavalerie et un dépôt d’artillerie. Le bail, signé le 25 juin 1954, court sur quatre-vingt-dix-neuf ans pour un loyer de mille francs par an, et l’État y ajoute un prêt sans intérêt, remboursable en trente ans, pour bâtir : un bail si « généreux », note en 1958 le juriste Jean Salmon, qu’il « participe de la donation ». Trois architectes se partagent le projet : l’Américain Marcel Breuer, ancien du Bauhaus, l’ingénieur italien Pier Luigi Nervi, maître du béton, et le Français Bernard Zehrfuss. Un comité international les surveille, où siègent Le Corbusier, Walter Gropius, Lúcio Costa, Sven Markelius et Ernesto Nathan Rogers. Le premier coup de pioche est donné le 10 avril 1955. Il en sort un secrétariat de sept étages en étoile à trois branches et une salle de conférences au toit de cuivre plissé, dont la forme évoque un accordéon.

Le 3 novembre 1958, la maison est inaugurée. Un comité a commandé des œuvres aux plus grands artistes du temps : une fresque de Picasso, qu’il refuse de signer parce qu’une passerelle de béton en masque une partie, les murs de céramique du Soleil et de la Lune de Joan Miró, un mobile de Calder, une figure couchée de Henry Moore, le jardin japonais d’Isamu Noguchi. Le siège compte aujourd’hui quelque sept cents œuvres.
Il se révèle aussitôt trop petit. Les colonies deviennent des États, et les États nouveaux adhèrent : il faut construire dès 1963 de nouveaux bâtiments. Avec eux vient une autre idée de la culture universelle. Dans les années 1970, les pays du Sud réclament un « nouvel ordre mondial de l’information » face aux grandes agences de presse occidentales ; en 1984, les États-Unis quittent l’Unesco, qu’ils jugent attentatoire à la liberté de la presse. Ils reviennent en 2003, coupent leur contribution quand la Palestine est admise en 2011, partent en 2018, reviennent en 2023, et ont annoncé en juillet 2025 leur départ pour le 31 décembre 2026. L’esprit des hommes a ses bailleurs de fonds.
L’hôtel Majestic, lui, a continué de servir la diplomatie. Devenu centre de conférences internationales du ministère des Affaires étrangères, il a accueilli en 1973 Lê Đức Thọ et Henry Kissinger, venus y négocier la fin de la guerre du Vietnam. Vendu par l’État en 2007, il a rouvert en 2014 comme palace, sous le nom de The Peninsula Paris, propriété de capitaux hongkongais et qatariens.