Le complot de l'Opéra Comique : douze républicains arrêtés à la Salle Favart

Salle Favart/Opéra Comique

 5 rue Favart - 2e arr. (place Boieldieu)

Jules Vallès vers 1871 par Ernest Appert.

Ils avaient prévu de tuer l'Empereur pendant un concert. La police les attendait.

Le 5 juillet 1853, douze personnes sont arrêtées à Paris dans le cadre de ce que la police appelle « le complot de l'Opéra Comique ». Le projet : assassiner Napoléon III lors d'un concert à la Salle Favart, rue Favart. Il avait été découvert avant toute exécution.

La France est sous Empire depuis dix-neuf mois. Le coup d'État du 2 décembre 1851 a balayé la Deuxième République ; l'Empire a été proclamé le 2 décembre 1852. L'opposition républicaine est pourchassée, ses journaux fermés, ses militants surveillés ou exilés. Des groupes de jeunes républicains, souvent étudiants ou intellectuels à peine sortis du lycée, tentent d'organiser une résistance — avec les moyens qu'ils ont.

Parmi les douze arrêtés ce 5 juillet : Jules Vallès et Arthur Ranc. Vallès a vingt et un ans. Il est né au Puy-en-Velay, arrivé à Paris pour préparer l'École normale, déjà bien rompu à l'opposition républicaine — il avait participé aux journées de 1848 à Nantes et, après le coup d'État, tenté de mobiliser les étudiants parisiens. Ranc a vingt-deux ans, même profil : jeune homme de province, républicain convaincu. Les deux sont conduits à la prison Mazas, établissement pénitentiaire du boulevard du même nom, ouvert en 1850, conçu pour l'isolement cellulaire.

L'affaire se dénoue rapidement. Le père d'un des conjurés — un certain Collinet — intervient auprès des autorités. Les « conspirateurs » sont relâchés. Complot éventé avant tout attentat, conjurés libérés après intervention familiale : le Second Empire traite cette affaire de jeunes gens comme ce qu'elle est — une tentative désespérée, sans grande profondeur.

Mais les hommes arrêtés ce jour-là n'en sont qu'au début. En 1871, Jules Vallès siégera à la Commune de Paris, fondera Le Cri du Peuple, sera condamné à mort par contumace. Il passera neuf ans en exil à Londres. Arthur Ranc deviendra sénateur, l'une des voix de la gauche républicaine sous la Troisième République.

Bibliographie