Mohamed Boudia
Mohamed Boudia est né en 1932 dans la Casbah d'Alger. En 1954, il rejoint la Fédération de France du FLN, organise en 1958 l'attentat contre les dépôts pétroliers de Mourepiane à Marseille, est arrêté, condamné à vingt ans. En prison, il monte des pièces, traduit Molière en arabe dialectal. Il s'évade de la prison d'Angers grâce au réseau Jeanson. En 1963, il dirige le Théâtre national algérien à Alger — le premier créé dans l'Algérie libre. Le coup d'État de Boumédiène en 1965 le chasse. Il revient à Paris, administre le Théâtre de l'Ouest Parisien à Boulogne-Billancourt.
Sa rencontre à Cuba avec Wadie Haddad, responsable militaire du FPLP, est un tournant. Il devient coordinateur du Front populaire de libération de la Palestine en Europe : recrutement, actions armées contre des cibles israéliennes. En 1971, raffinerie de Rotterdam. En août 1972, à Trieste, vingt kilos d'explosifs mettent en feu 250 000 tonnes de pétrole. Le Mossad découvre également un projet d'attentat dans sept grands hôtels de Tel Aviv, prévu pour le seder de Pessah. Boudia est classé cible prioritaire.
Le 28 juin 1973, Boudia s'approche de sa Renault 16 garée au 32 rue des Fossés Saint-Bernard. Il ouvre la portière. Il s'assoit. La bombe placée sous le siège, sensible à la pression, explose. Il meurt sur le coup. Il avait quarante et un ans.
La police française parle d'accident — une bombe mal manipulée. C'est le journaliste Ronen Bergman qui établira la responsabilité des agents du Kidon, l'unité d'exécution du Mossad, dans le cadre de l'opération « Colère de Dieu » lancée après le massacre de Munich. La même opération qui, le 21 juillet 1973 à Lillehammer, fait abattre par erreur Ahmed Bouchikhi — serveur algéro-maroco-norvégien, frère du futur cofondateur des Gipsy Kings — confondu avec le chef de Septembre Noir.
Après Boudia, c'est le Libanais Michel Moukharbal qui prend la tête du réseau FPLP en Europe. Parmi ses membres : Carlos. Le 27 juin 1975, deux ans et un jour après, des agents de la DST remontent la filière jusqu'à la rue Toullier. Carlos les abat.
Dans la tradition léniniste de l'anti-impérialisme — celle de L'Impérialisme, stade suprême du capitalisme —, Boudia incarne le passage direct de la lutte algérienne à la cause palestinienne : même adversaire, même internationalisme révolutionnaire.
Ses funérailles se tiennent en toute discrétion à Alger. Seuls des Palestiniens manifestent pour sa mémoire.