De la forteresse abattue au Faubourg insurgé : deux mille ans de révolutions parisiennes autour d'une place devenue le symbole du peuple debout.
📍 13 arrêts
🚶 ~5.5 km
⏱ ~3h30
📖 4e–3e arr.
Vendredi 29 septembre 2017 // ► BASTILLE
De la vieille bastide de Charles V à la colonne de Juillet, aucun lieu de Paris n'a autant concentré d'histoire insurrectionnelle. On y prend une prison en 1789, on y dresse des barricades en 1832, 1848 et 1871, on y brûle un trône, on y célèbre le Front populaire. Cette balade fait le tour de la place puis descend dans le Faubourg Saint-Antoine, le quartier des artisans et des « révolutionnaires sans le savoir », en traquant les traces — souvent ténues, parfois effacées — de tout ce qui s'est joué ici.
Il reste, comme on dit encore, « bien des Bastilles à prendre ».
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Arrêt 1
★ Incontournable~20 min
La place de la Bastille — À la Bastille !
Là où sept prisonniers et douze tonneaux de poudre changèrent le cours de l'Histoire.
📍 Place de la Bastille, angle du bd Henri IV, 4e arr.
Les artisans et compagnons du Faubourg St Antoine qui assiégeaient la vieille bastide de Charles V, en cette belle matinée du 14 juillet 1789, auraient été bien étonnés si on leur avait dit qu'ils étaient en train de « révolutionner » l'Histoire ; celle de la France bien sûr, celle de l'Europe aussi, et quelque part celle du Monde. Ils n'étaient pas là pour ça ; ni même pour libérer les 7 prisonniers qui restaient enfermés entre les murs de la sinistre prison d'État. Prison qu'il avait d'ailleurs été déjà question de démolir en 1784, pour lui substituer une place sur laquelle aurait été érigé un monument à la gloire de… Louis XVI, « le restaurateur de la liberté publique ». Ironie de l'Histoire !
Ces « Vainqueurs de la Bastille » venaient chercher de la poudre et des munitions. Suite à des émeutes provoquées par la hausse du prix du pain et par l'intransigeance du roi qui bloquait du haut de son veto les réformes réclamées par l'Assemblée issue des États généraux, ils avaient appris que des régiments étrangers encerclaient Paris. À la nouvelle du renvoi de Necker, la plupart des barrières d'octroi du mur des Fermiers généraux avaient été incendiées le 12 juillet. Par un discours célèbre au Palais Royal, Camille Desmoulins avait annoncé une « Saint Barthélemy des patriotes » et appelé le peuple à la résistance.
Il fallait s'armer. On avait récupéré 32 000 fusils et une douzaine de canons la veille aux Invalides, mais pas de quoi les utiliser. Les munitions avaient été transférées par sécurité dans la forteresse. Et le marquis de Launay, gouverneur de la place, refusait de livrer sa poudre, menaçant même de faire sauter le quartier. Il fit donner du canon. En faisant tirer sur le peuple, il déclencha un processus qui aboutirait à la fin — provisoire — de la royauté : la Révolution française. Cela lui coûta la vie ; il fut lynché quelques heures plus tard. La prise de la Bastille aurait fait 98 morts. Une seule femme figura officiellement parmi les « Vainqueurs ». Nous allons évoquer ces évènements et bien d'autres en parcourant ce quartier chargé d'Histoire.
Nous partons de l'angle que fait la place avec le bd Henri IV, sur l'emplacement-même de la prison, plus précisément sur celui de la tour de la Bazinière. Le pont-levis qui commandait l'entrée se trouvait juste devant nous, à mi-distance de la seconde tour dessinée sur le sol par un triple rang de pavés : la tour de la Comté. À l'angle du bd Bourdon, il y avait un premier pont-levis, dit « de l'avancée », dont le soldat Louis Tournay brisa la chaîne à coups de hache, permettant aux insurgés d'accéder à la cour du Gouverneur — sur l'entrée actuelle du bd Bourdon — où se déroulèrent les principaux combats.
Plan de la Bastille La Bastille de Charles V — A : tour du Coin ; B : tour de la Chapelle ; C : tour du Trésor ; D : tour de la Comté ; E : tour de la Bazinière ; F : tour de la Bertaudière ; G : tour de la Liberté ; H : tour du Puits ; I : salle du Conseil ; J : bibliothèque
Vers l’arrêt 2 →
Restez sur la place : avant de partir, remontons quelques siècles en arrière pour comprendre ce que fut vraiment cette forteresse.
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Arrêt 2
★ Incontournable~15 min
Six siècles de forteresse
Étienne Marcel, le Masque de fer, Voltaire, Sade : la Bastille avant d'être un symbole.
📍 Place de la Bastille, 4e arr.
La place tient son nom d'une simple porte, puis d'une bastide carrée voulue par Étienne Marcel, renforcée de 4 nouvelles tours à l'initiative de Charles V qui fixe sa résidence, l'Hôtel St Paul, à proximité. Pour les parisiens, elle sera toujours l'ombre menaçante de « la Bastille ». La première pierre est posée le 22 avril 1370 par Hugues Aubriot, prévôt de Paris, qui — accusé d'impiété pour sa clémence envers les juifs — en sera bientôt un des premiers « pensionnaires ». En 1413, elle est assiégée par les Cabochiens révoltés ; les troupes anglaises de Richemont en sont expulsées le 14 avril 1436, alors que se dénoue la Guerre de cent ans.
La Bastille est prise une première fois — on l'oublie — par Gondi, cardinal de Retz, et ses « Corinthiens », durant la Fronde, le 12 janvier 1649 : cette fois, on s'attaquait explicitement au symbole de la tyrannie. En 1652, la Grande Mademoiselle sauve l'armée de Condé en faisant canonner du haut des remparts les troupes de Turenne et ouvrir la porte St Antoine pour les abriter dans Paris.
L'enceinte de Charles V avait entre-temps été remplacée par celle d'Henri II, dite des « Fossés Jaunes », revue par Louis XIII : la haute muraille qui borde le port de l'Arsenal côté bd Bourdon en est un vestige. Louis XIV rase ces fortifications pour les remplacer par une promenade, les « boulevarts ». Mais la vieille forteresse est conservée, transformée par Henri IV puis Richelieu en prison d'État réservée au gratin, sur simple lettre de cachet. Elle n'aura jamais servi qu'à défendre Paris… contre les parisiens.
Bataille des princes sous la Fronde Plan des opérations
Les prisonniers célèbres
Bernard Palissy y meurt en 1590, à 80 ans, après 2 ans d'enfermement pour crime de protestantisme ; son cadavre est jeté dans le fossé, pour l'exemple. Le « Masque de fer », au 3ème étage de la tour de la Bertaudière. Voltaire, détenu à 2 reprises. Marmontel, emprisonné pour une satire en 1739. L'Encyclopédie elle-même y fut enfermée (on incarcérait aussi les livres). L'abbé Morellet, Linguet (pourtant royaliste), le marquis de Sade (transféré à Charenton quelques jours avant la Révolution), le fameux Latude, dont les évasions firent la renommée. Qui s'étonnera dès lors que le peuple ait fait de la Bastille le symbole du despotisme abattu ?
Latude Bernard Palissy Masque de fer à la Bastille
La démolition et les vestiges
Sa destruction commence presque immédiatement. Le citoyen Palloy, qui en obtient la concession, en fait une des premières grandes opérations de propagande : il sculpte des modèles réduits de la forteresse dans ses propres pierres pour les envoyer dans les départements (un exemplaire au musée Carnavalet). La Fayette envoie une de ses clefs au général Washington — elle est toujours au musée de Mount Vernon. Il ne reste presque rien : seul l'emplacement est marqué par trois rangs de pavés. On voit encore, sur le quai du métro vers Bobigny, des vestiges du mur de contrescarpe du fossé Est ; et on a reconstitué, dans le square Henri Galli, la base de la tour de la Liberté.
Vestiges du mur de contrescarpe dans le métro La Fayette
Vers l’arrêt 3 →
Prenez le trottoir de droite du bd Henri IV sur quelques mètres, puis la rue Jacques Cœur : c'est l'ancienne sortie de la prison.
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Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
L'entrée de la Bastille et la rue St Antoine
Le portail exact de la forteresse, et les premiers pas dans la vieille rue Saint-Antoine.
📍 Rue Jacques Cœur / rue St Antoine, 4e arr.
Nous traversons en imagination, faute de pont-levis, les anciens fossés pour rejoindre la sortie — puisque nous avons la chance d'être libres — par le couloir bordé d'échoppes qui menait à l'extérieur sur l'actuel tracé de la rue Jacques Cœur. Le portail de la prison se situait exactement au bord du trottoir faisant l'angle avec la rue St Antoine, à hauteur du n° 5.
C'est sur la place qui se trouvait ici, devant la porte d'entrée de l'enclos, que furent exécutés en 1674 le Chevalier de Rohan, Mme de Villars, le chevalier des Préaux et Affinius Van den Enden, principaux protagonistes — avec Latréaumont, mort à Rouen — d'un complot visant à renverser Louis XIV et à établir une République en Normandie, puis dans le reste de la France. Prenons la rue St Antoine vers la gauche.
Le jeune Honoré de Balzac, encore étudiant, logea au n° 9 (aujourd'hui disparu) dans un appartement offert par ses parents. C'est dans cette rue que se réunissait le club de l'Arsenal, présidé par Siméon Chaumier avec Terron pour secrétaire ; un club très actif pendant les journées de Juin 1848.
Honoré de Balzac
17 rue St Antoine — le couvent de la Visitation
La chapelle du couvent des filles de la Visitation fut occupée pendant la Révolution par un club républicain de femmes auquel participait Anne-Josèphe Terwagne dite Théroigne de Méricourt. Souvenirs : un bonnet phrygien sculpté sur la porte latérale intérieure et une plaque « lois et actes de l'autorité publique ». C'est là que fut inhumé Nicolas Fouquet, mort à Pignerol le 8 mars 1681. Elle fut partiellement détruite pendant la Semaine sanglante en 1871, une barricade à l'angle de la rue Castex ayant tenu 2 jours contre les canons versaillais. Au n° 21 s'élevait l'Hôtel du Petit Musc où le dauphin Louis, 3ème fils de Charles VI, fut enlevé par les Cabochiens en 1413.
Prenez la rue Beautreillis à gauche : nous entrons dans le lacis des vieilles rues de l'Hôtel Saint-Paul.
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Arrêt 4
★ Incontournable~20 min
Le quartier de l'Hôtel Saint-Paul
Baudelaire, le Masque de fer, la marquise de Brinvilliers et le cabaret de Robespierre.
📍 Rues Beautreillis, Neuve St Pierre, Charles V et de la Cerisaie, 4e arr.
Nous parcourons ici le domaine de l'Hôtel St Paul, résidence de Charles V le Sage et de Charles VI le Fou : la rue Beautreillis rappelle l'emplacement de ses vignes, la rue de la Cerisaie évoque plus bucoliquement son verger.
Cimetière de l'église St Paul des Champs où le « Masque de fer » fut inhumé sous le nom de Marchialy le 20 novembre 1703 : Eustache Danger, « simple valet » qui en savait trop sur la conversion projetée de Charles II d'Angleterre, ou bien fils de François Dauger de Cavoye et demi-frère de Louis XIV ? Les deux hypothèses restent ouvertes. L'ancienne église St Paul, 32 rue St Paul, était la paroisse où l'on inhumait les morts de la Bastille.
Emplacement du cimetière St Paul Où fut inhumé le Masque de fer Cimetière St Paul
Retour rue Beautreillis
Au n° 16, maison natale de l'auteur dramatique Victorien Sardou. Au n° 12, il subsiste une belle pompe à eau sur la droite dans la cour.
Pompe à eau Victorien Sardou
Rue Charles V — Brinvilliers et Robespierre
Au n° 12, l'Hôtel d'Aubray fut la demeure de la marquise de Brinvilliers, personnage central de l'affaire des poisons en 1672. Au n° 7, demeure de Canclaux, chef de l'armée républicaine en Vendée en 1794. Au n° 2, cabaret fréquenté par Maximilien Robespierre lorsqu'il habitait rue de Saintonge, d'octobre 1789 à juillet 1791.
Cabaret fréquenté par Maximilien Robespierre Le cabaret Robespierre, rue Charles V Hôtel d'Aubray Brinvilliers marquise de Brinvilliers Maximilien Robespierre
Rue du Petit Musc et rue de la Cerisaie
L'ancien nom déformé de la rue du Petit Musc — rue de la Pute y muse — laisse deviner l'activité qui y régnait autrefois. Au 10 rue de la Cerisaie, une plaque indique l'emplacement d'un superbe hôtel particulier construit pour le financier italien Sébastiano Zamet, créature de Catherine de Médicis, chez qui séjourna en 1599 Gabrielle d'Estrée, deux jours avant de mourir probablement empoisonnée. Paul de Gondi y mourut en 1679 chez sa nièce, dans ce qui était devenu l'Hôtel de Lesdiguière. Mais la plaque commémore surtout le séjour qu'y fit le tzar Pierre le Grand en 1717 chez le maréchal de Villeroy, après avoir refusé le Louvre ; il y reçut Louis XV, encore enfant mais déjà roi. C'est aussi dans cette rue que demeurait Paul Féval, l'auteur du Bossu.
Paul Féval
Vers l’arrêt 5 →
Rejoignez le bd Bourdon et prenez-le à droite, le long du port de plaisance : nous longeons l'ancienne courtine de l'enceinte d'Henri II.
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Arrêt 5
★ Incontournable~20 min
Le bd Bourdon et le port de l'Arsenal
Le laboratoire de Lavoisier, la première barricade de 1832 et le drapeau rouge.
📍 Bd Bourdon, le long du port de la Bastille, 4e arr.
Nous sommes sur ce qui fut jusqu'à la Révolution la courtine de l'enceinte d'Henri II, puis la grande allée de l'Arsenal. Le port de plaisance est aménagé dans les anciens fossés ; le mur qui le borde est celui de l'escarpe des fortifications. En son milieu, depuis la passerelle, on distingue la trace d'un moineau d'artillerie, plate-forme faisant saillie dans la muraille. À l'époque de la Commune, l'arsenal avait été transformé en magasins baptisés « Grenier d'abondance » ; ils furent incendiés lors des combats d'une violence inouïe de la Semaine sanglante.
C'est à l'emplacement du débouché de cette terrasse sur la place que se trouvait la cour du Gouverneur, où se déroulèrent les principaux combats du 14 juillet 1789 ; un canon y avait été mis en batterie par les assaillants. C'est là aussi que fut érigée la première barricade de l'insurrection du 5 juin 1832, déclenchée lors de l'enterrement du général Lamarque. C'est à cette occasion qu'apparut pour la première fois à Paris — après être devenu l'étendard des Canuts lyonnais en 1831 — le drapeau rouge comme symbole de la contestation, lui qui était jusqu'alors celui de la loi martiale. Cabet considère que sa présence relevait peut-être d'une provocation des carlistes. C'est de cet épisode que Victor Hugo s'inspire dans ses Misérables. Sur ce boulevard se tint, de 1840 à 1869, la fameuse Foire à la ferraille et au jambon.
En passant devant la rue Bassompierre, on voit sur le mur de son n° 1 une plaque rappelant qu'Antoine Lavoisier avait ici, dans les bâtiments du Petit Arsenal, son laboratoire et un logement de 1776 à 1792, comme régisseur des Poudres et salpêtres. Il y travaillait avec de jeunes chimistes dont Berthollet et Monge, et y reçut Watt et Benjamin Franklin. Au n° 29, emplacement du magasin de gros et de la banque des Coopératives de France, centrale d'achat liée à la SFIO. Au n° 23, le banc sur lequel se rencontrent Bouvard et Pécuchet au début du roman de Gustave Flaubert en 1880.
En traversant la passerelle au-dessus du port : l'entrée de la partie souterraine du canal St Martin fut bombardée par les versaillais pendant la Semaine sanglante pour tenter de faire sauter les péniches chargées de pétrole que les Communards y avaient entreposées.
Entrée du tunnel du canal St Martin Semaine sanglante
Vers l’arrêt 6 →
Prenez le bd de la Bastille à droite, puis le quai de la Rapée : nous descendons vers la Seine, sur les pas de la Semaine sanglante.
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Arrêt 6
★ Incontournable~20 min
Vers la Seine — quai de la Rapée et place Mazas
Le drapeau rouge, la prison Mazas et les Vengeurs de Flourens sur le pont d'Austerlitz.
📍 Quai de la Rapée, place Mazas et bd Diderot, 12e arr.
Au quai de la Rapée, une barricade à l'entrée du pont Morand offrit une forte résistance à l'avancée des versaillais pendant la Semaine sanglante.
Place Mazas — la naissance du drapeau rouge
C'est ici qu'eut lieu la première échauffourée de l'insurrection de 1832 : les républicains empêchèrent le cortège funèbre de Lamarque de traverser le pont d'Austerlitz. C'est alors qu'un cavalier — un certain Peyron, membre de la « Société gauloise » — traversa la foule, brandissant un drapeau rouge bordé de noir portant la devise « La Liberté ou la mort ». Jusqu'alors le drapeau rouge signalait la loi martiale : la garde nationale de La Fayette l'avait brandi le 17 juillet 1791 avant de tirer au Champ de Mars. Mais les Canuts Lyonnais l'avaient déjà déployé en 1831 : ce 5 juin 1832, il s'affirmait comme l'étendard du « Mouvement ouvrier ».
Le drapeau des Canuts Barricade en 1832
Le pont d'Austerlitz
Le poste de péage du pont fut un des premiers édifices incendiés lors de la révolution de février 1848. Pendant la Semaine sanglante, un bataillon d'adolescents — les Vengeurs de Flourens — tenait ce pont et se fit massacrer jusqu'au dernier. Le général polonais Wróblewski, commandant les Fédérés de la rive gauche, obligé d'évacuer la Butte aux Cailles, parvint à le franchir sous la mitraille le 25 mai 1871. C'est par ce pont que l'avant-garde de la 2ème DB de Leclerc, essentiellement des Républicains espagnols commandés par le capitaine Raymond Dronne, franchit la Seine le 24 août 1944 pour rejoindre l'Hôtel de Ville. Au n° 2 se trouvait le café Trousseau, café-concert de réunions politiques à la fin du Second Empire.
Dronne Raymond
23-25 bd Diderot — la prison de Mazas
En prenant le quai de la Rapée vers Bercy puis le bd Diderot : au n° 20, la gare de Lyon garde son « Train bleu », restaurant au décor 1900, et au n° 20 bis une bouche de métro Guimard Art nouveau. Aux n° 23-25, emplacement de l'entrée de la prison de Mazas. Jules Vallès et Arthur Ranc y furent incarcérés suite au « complot de l'Opéra comique » en 1853 ; Gustave Flourens, emprisonné après le 31 octobre 1870, fut libéré par une émeute le 21 janvier 1871 ; 400 Communards y furent massacrés pendant la Semaine sanglante. Vous ne verrez plus la bouche de métro Guimard qui se trouvait place de la Bastille, détruite par un édile borné.
Traversez l'avenue Daumesnil et prenez la Coulée verte à gauche, sur les anciennes voies de la ligne de Vincennes, avant de redescendre vers l'avenue Ledru-Rollin.
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Arrêt 7
Optionnel~15 min
La rue Moreau et l'entrée du Faubourg
Verlaine, l'inventeur de la conserve et la presse clandestine de la Résistance.
📍 Coulée verte et rue Moreau, 12e arr.
Nous sommes sur les anciennes voies de la ligne de Vincennes : c'est par là que les troupes versaillaises, rentrées dans Paris par l'Est avec la complicité de l'État-major prussien, prirent à revers les Fédérés qui tenaient la place de la Bastille et sa gare. Nous redescendons ensuite sur l'avenue Daumesnil à hauteur de l'avenue Ledru-Rollin pour gagner la rue Moreau.
Rue Moreau — Verlaine et Nicolas Appert
Au n° 5 (6 cour St François, rez-de-chaussée), demeure de Paul Verlaine de 1885 à 1887 ; il y reçoit Mallarmé, Villiers de l'Isle-Adam, René Ghil, et sa mère y meurt en 1886. Au n° 7, siège de la revue « L'Âme annamite » de Ta Thu Thâu, organe du Parti annamite de l'Indépendance en 1927. Au n° 14, l'imprimerie d'Herschel Wolmark servait de dépôt clandestin pour la presse de l'UJRE, liée au PCF, à partir de 1941. Au n° 17, Nicolas Appert, ruiné, installa son laboratoire en 1815 ; promoteur d'un des plus grands progrès de l'humanité, la conservation des aliments par stérilisation ou appertisation.
Nicolas Appert Nicolas Appert Nicolas Appert
Passage du Chantier
En traversant la rue de Charenton : au n° 10 du passage du Chantier, une fonderie de serrurerie fut transformée en fabrique clandestine de munitions pendant la révolution de juin 1848.
Vers l’arrêt 8 →
Traversez la rue du Fbg St Antoine et gagnez la rue de Charonne : nous entrons dans le cœur ouvrier du Faubourg.
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Arrêt 8
★ Incontournable~15 min
Le cœur du Faubourg — rue de Charonne
Léo Fränkel blessé sur la barricade, la fontaine Trogneux et les pierres de la guillotine.
📍 Rue de Charonne, 11e arr.
C'est sur une barricade barrant la rue du Fbg, à l'angle de la rue de Charonne, que Léo Fränkel, internationaliste hongrois, membre de la Commune délégué au Travail, à l'Industrie et à l'Échange, est blessé pendant la Semaine sanglante le 25 mai 1871. Il est sauvé par Elisabeth Dmitrieff, déléguée de l'Association Internationale des Travailleurs à Paris et fondatrice de l'Union des Femmes.
Barricade rue du Fbg St Antoine à hauteur de la rue de Charonne
1 rue de Charonne — la fontaine Trogneux
La fontaine Trogneux ou de Charonne, érigée en 1719, était alimentée par la pompe de Chaillot : une des trois premières fontaines du faubourg, restaurée en 1806. Sur sa base, une plaque indique le niveau de la crue de 1910.
Fontaine Trogneux ou de Charonne Niveau de la crue de 1910 Fontaine Trogneux Fontaine Trogneux crue 1910
17 rue de Charonne — les pierres de la guillotine
Au n° 5, la Cour St Joseph, succession de cours industrielles typiques du Faubourg. Au n° 17, demeure de Jean-Baptiste François, emballeur, directeur de la Roquette pendant la Commune, fusillé à Satory : il conserva dans son magasin les dalles de la guillotine, arrachées le 6 avril 1871, jour où le « rasoir national » fut brûlé place Voltaire. Ces longs pavés de granit, remis depuis à leur place à l'entrée de la rue de la Croix Faubin, avaient donné à la machine son surnom : « l'abbaye de Cinq-pierres ». Au fond de la cour se trouve un des derniers ateliers de dorure de Paris.
Rejoignez la rue de Lappe : nous passons du Faubourg insurgé au Faubourg des bals musette.
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Arrêt 9
★ Incontournable~20 min
Rue de Lappe et rue de la Roquette
Le bal musette, le Balajo de Mistinguett, Verlaine et les fontaines du Faubourg.
📍 Rues de Lappe et de la Roquette, 11e arr.
La rue de Lappe s'est appelée un temps rue Louis-Philippe — un passage y débouchant garde ce nom — en souvenir de l'accueil triomphal reçu par ce dernier le 23 décembre 1830. L'illusion ne dura pas : c'est aussi dans ce quartier que démarra en 1832 la première d'une série d'insurrections contre la Monarchie de juillet.
75 rue de la Roquette — le Théâtre ouvrier
En coupant par la rue du Commandant Lamy ou en continuant : au n° 75, siège de la Fédération du Théâtre ouvrier de France (FTOF), que Gaston Clamamus transforma en troupe des « Blouses bleues » en 1931. Au n° 90, demeure de Léon Landrin, tourneur sur bronze, délégué des bronziers de Paris au 4ème congrès de l'A.I.T., exilé à Londres après la Commune, gracié en 1879.
Rue de Lappe — les bals musette
Au n° 51, maison d'enfance du chanteur Nathan Korb, alias Francis Lemarque, qui débuta à l'époque du Front populaire au sein du Groupe Mars. Au n° 19, le bal musette « Les Barreaux Verts », premier de Paris, ouvert en 1850 par un Auvergnat. Au n° 13, « Au Chalet » puis « Bousca-bal » : en 1902, Antoine Bouscatel, auvergnat, et Charles Peguri, italien, ayant marié leurs enfants, réconcilièrent les deux communautés et leurs instruments, la musette et l'accordéon. Au n° 9, le Balajo, ouvert par Georges France dit Monsieur Jo, inauguré en 1936 par Mistinguett. C'est dans le Boxing's Hall de cette rue que se tint le 12 janvier 1933 le premier meeting d'unité des Jeunesses de gauche.
Maison d'enfance de Francis Lemarque Le groupe Mars au Père Lachaise Le Balajo Panneau 01 max Francis Lemarque
Rue de la Roquette — Verlaine, Sedaine, Michelet
Au n° 17, demeure de Paul Verlaine avec sa mère, au 5ème étage, de 1882 à 1883. Au n° 58, la Cité de la Roquette, passage industriel typique, avec une maison néo-gothique de 1891 au n° 5 heureusement réhabilitée. Au n° 43, demeure de l'actrice Eugénie Segond-Weber, amie de Louise Michel ; au n° 43 bis, l'enseigne d'une fabrique de porcelaine de 1807 sculptée sur le fronton. Aux n° 49-51, demeure de 1751 à 1763 de Michel-Jean Sedaine, le « maçon-poète », ami de Diderot, d'Alembert, Rousseau et Houdon ; puis, de 1818 à 1827, du futur historien Jules Michelet, « l'Ermite de la Roquette ». Au n° 70, la Fontaine de la Roquette aux armes de la ville, construite par Molinos en 1846.
Gagnez la rue Popincourt puis la rue Sedaine à gauche : le quartier des cantinières et des ébénistes de la Commune.
10
Arrêt 10
★ Incontournable~20 min
Popincourt, Sedaine et Bréguet
La cantinière de la Commune, le Parlement ouvrier et le réseau du Musée de l'Homme.
📍 Rues Popincourt, Sedaine, Bréguet et St Sabin, 11e arr.
Au n° 12 de la rue Popincourt, un passage typique du quartier. Nous prenons ensuite la rue Sedaine à gauche.
Rue Sedaine — la cantinière Guinder-Lachaise
Au n° 65, demeure de Marguerite Guinder-Lachaise, cantinière de la Commune, condamnée à mort par les versaillais pour avoir secouru les Fédérés blessés sous la mitraille — on lui reprochait aussi d'avoir pris le nom de son compagnon sans être divorcée ; sa peine fut commuée en travaux forcés. Au n° 51, demeure en 1870 d'Augustin Avrial, membre de la Commune délégué au Travail, et de sa femme Louise Talbot, tous deux de l'A.I.T. Au n° 28, un passage industriel pittoresque du 19ème siècle.
En revenant sur nos pas par la rue Froment, la rue Boulle puis la rue Bréguet à gauche : au n° 13, dans l'ancien passage Raoul, une École de filles abritait le siège de la « Commission ouvrière », animée par Eugène Tartaret, ébéniste, et Lazare Lévy, opticien. Elle tint des « États généraux du travail » lors de l'Exposition universelle de 1867, financée par l'Empire sous l'égide du prince Napoléon dit Plon-Plon : on la surnomma le « Parlement ouvrier ». C'est là que fut créé, le 15 mai 1871 pendant la Commune de Paris, un syndicat des concierges parisiens.
prince Napoléon
Rue St Sabin et Richard-Lenoir
Au 32 bd Richard-Lenoir, maison natale du poète Robert Desnos, le 4 juillet 1900. La rue St Sabin a typiquement la forme d'un bastion de l'enceinte de Louis XIII dont elle longeait le fossé. Au 2 rue Bréguet, à l'angle, Germaine Tillon, ethnologue, avait ouvert un bureau de l'Union nationale des combattants coloniaux — couverture pour ses activités de Résistance ; elle fut la seule rescapée du réseau du Musée de l'Homme. Aux n° 16-20, une barricade du dispositif de défense du Comité central de la Garde nationale barrait la rue Sedaine sous la Commune. Au 14 bd Richard-Lenoir, emplacement du « Petit théâtre », devenu théâtre des Folies St Antoine, dirigé par Maxime Lisbonne à partir de 1866, où Tony Moilin donna une conférence sur son « Paris en l'an 2000 ». Au n° 6, la pharmacie où eut lieu le double meurtre dont fut accusé Pierre Goldman en 1969.
Barricade sous la Commune, au croisement des rues Sedaine et St Sabin Robert Desnos Maison natale Pierre Goldman Desnos Robert
Vers l’arrêt 11 →
Par la rue Daval, rejoignez la cour Damoye qui débouche au 12 place de la Bastille.
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Arrêt 11
Optionnel~10 min
La cour Damoye et la rue de la Roquette
Les sections ouvrières de l'AIT et les grandes obsèques populaires du Faubourg.
📍 Cour Damoye et rue de la Roquette, 11e arr.
Dans le passage de la cour Damoye se tenaient les sièges de trois sections du Fbg du Temple de l'AIT en 1871.
Au n° 2, le passage du Cheval Blanc communique avec la cité Parchappe, ancien dépôt de bois du Faubourg. Aux n° 1-17, emplacement de l'Hôtel des Chevaliers de l'Arbalète et de l'Arquebuse, compagnie royale de 180 bourgeois créée par Louis le Gros en 1108, installée ici par Louis XIV en 1684. Au n° 1, une barricade avait été érigée dès le matin du 18 mars 1871, mais démolie le jour même pour laisser passer le convoi funèbre de Charles Hugo, que son père accompagnait au Père Lachaise ; Eugène Varlin installa son PC dans une maison de ce carrefour pendant la Semaine sanglante. Au n° 5, emplacement du café Courtois, fréquenté par Paul Verlaine. La rue vit passer les 100 000 personnes des obsèques d'Auguste Blanqui le 1er janvier 1881, et les 60 000 de celles de Vallès le 14 février 1885.
La barricade de la rue de la Roquette Barricade de la rue de la Roquette sous la Commune Charles Hugo Blanc Louis
Vers l’arrêt 12 →
Traversez pour prendre le bd Beaumarchais : la façade nord de la place, côté Marais.
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Arrêt 12
★ Incontournable~20 min
Bd Beaumarchais et rue des Tournelles
La demeure de Beaumarchais, les débuts d'Aristide Bruant et le salon de Ninon de Lenclos.
📍 Bd Beaumarchais et rue des Tournelles, 3e arr.
Aux n° 2-20 du bd Beaumarchais, demeure de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais dans un hôtel construit pour lui sur le bastion de l'enceinte de Louis XIII ; il y mourut le 18 mai 1799. Là se trouvait aussi le second grenier à sel de Paris en 1818.
Le jardin de Beaumarchais Le jardin de Beaumarchais
Bd Beaumarchais — cafés, AIT et music-hall
Au n° 2, le Café de la Bastille, tenu par M. Cornu, fréquenté en 1865 par des ouvriers cordonniers et bronziers parmi lesquels les fondateurs de l'Association Internationale des Travailleurs à Paris : Henri Tolain, Ernest-Edouard Fribourg et Charles Limousin. Au n° 8, demeure du comte de Rœderer, qui protégea Louis XVI fuyant les Tuileries le 10 août 1792 et participa ensuite au coup d'État du 18 brumaire. Au n° 10, emplacement du café-concert l'Époque (1877) dont Aristide Bruant fut directeur en 1898, y créant « Nini peau d'chien » ; Ernest Pacra y débuta puis l'acheta, et la salle devint en 1940 le Concert Pacra, révélant Georgius, Edith Piaf, Barbara, Brassens et Patachou ; devenue « Music-hall du Marais », elle fut le QG des artistes contestataires de Mai 68. Au n° 23, l'Hôtel de Sagonne, construit pour lui-même par Jules Hardouin-Mansart en 1674. Au n° 25, demeure de Félix Pyat en 1848.
Jules Hardouin-Mansart Beaumarchais bd
Rue des Tournelles — Ninon de Lenclos et le complot de Rohan
Par la rue du Pas de la Mule, prenez la rue des Tournelles à gauche. Au n° 36, emplacement de l'Hôtel de Ninon de Lenclos, célèbre courtisane qui réunissait les libertins et soutint les débuts du jeune Arouet, futur Voltaire ; c'est dans son salon que Molière aurait fait en 1664 la première lecture de son Tartuffe. Elle mourut ici en 1705. Au n° 17, entrée secondaire de l'Hôtel de Rohan-Guéménée : c'est là que se prépara, autour du chevalier de Rohan, avec Latréaumont et van den Enden, le complot visant à enlever Louis XIV et à instaurer une république en Normandie ; Louis de Rohan y fut arrêté en 1674 et exécuté le 27 novembre devant la Bastille. Ce fut plus tard la demeure de l'académicien Crébillon père.
Passage Jean Beausire et rue de la Bastille
Le passage Jean Beausire, qui s'ouvrait au 16 rue des Tournelles et débouchait au 13 rue Jean Beausire, est aujourd'hui condamné. Au 10 rue Jean Beausire, cache d'armes du Comité secret d'action révolutionnaire (CSAR), surnommé la Cagoule, qui prépara un coup d'État contre le Front Populaire en 1936. Au 11 rue de la Bastille, emplacement de la porte St Antoine de l'enceinte de Charles V (1383) ; c'est dans ces parages que fut assassiné Étienne Marcel le 31 juillet 1358, tentant de livrer les clefs de la ville aux renforts anglais de Charles le Mauvais contre le dauphin Charles. Là eurent lieu aussi, le 9 septembre 1465, les tractations entre Louis XI, la Ligue du bien public et les bourguignons de Charles le Téméraire, dites « le landit de la trahison ». Un peu plus loin fut construite en 1671 la quatrième porte St Antoine, arc de triomphe à la gloire de Louis XIV. Au n° 3, le restaurant Bofinger, fréquenté par Bruant et Maurice Chevalier, où fut constitué en 1924 le Cartel des gauches.
Revenez sur la place de la Bastille : nous en faisons le tour dans le sens des aiguilles d'une montre pour clore le parcours.
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Arrêt 13
★ Incontournable~25 min
Le tour de la place — Fin du parcours
Deux mille ans d'insurrections, de la Fronde au Front populaire, autour de la colonne de Juillet.
📍 Place de la Bastille, 4e / 11e / 12e arr.
C'est ici, devant la porte St Antoine, que se déroula un des principaux combats de la Fronde, le 2 juillet 1652 : Condé, battu par Turenne, acculé contre le rempart, fut sauvé par la Grande Mademoiselle qui fit ouvrir la porte et tirer les canons de la Bastille, tandis que le jeune Louis XIV et Mazarin assistaient au « spectacle » depuis la colline du Mont Louis, l'actuel Père Lachaise.
La place aménagée après la démolition de la prison ne connut pas que des progrès : le 1er février 1832, des conjurés légitimistes y projetèrent de renverser Louis-Philippe pour un candidat au titre d'Henri V. La guillotine y fut installée 3 jours sous la Terreur, le 9 juin 1794 : 73 exécutions, avant que le « rasoir national » ne soit déplacé place de la Nation. Le 13 avril 1834, des barricades se dressèrent en solidarité avec Lyon ; la répression, dirigée par un certain Adolphe Thiers, donna lieu au massacre de la rue Transnonain. En février 1848, le trône de Louis-Philippe fut brûlé au pied de la colonne de Juillet et la Deuxième République proclamée le 27 février ; le 23 juin, Pujol y organisa un office des morts pour les héros de la Bastille, prélude au soulèvement ouvrier où fut tué Denys Affre, archevêque de Paris.
Médaille commémorant la mort de Mgr. Affre Sur la barricade de la rue du Fbg St Antoine Médaille de la Bastille
La Commune et la gare de Vincennes
Le 24 février 1871, les bataillons révolutionnaires de la Garde nationale commémoraient 1848, un drapeau rouge glissé dans la main du Génie de la Liberté ; un mouchard, Vincenzini, y laissa la vie, noyé dans le canal. En mai, sous la Commune, le dispositif des Fédérés fut contourné par les troupes versaillaises de la division Vergé, entrées dans Paris par la voie ferrée devenue la coulée verte. Cette voie menait à la gare de Vincennes, sur l'emplacement de l'Opéra actuel, où les Fédérés du secteur se retranchèrent et moururent jusqu'au dernier. En mai 1880 eut lieu ici la première manifestation d'anciens Communards ; le 12 mai 1935, des féministes menées par Louise Weiss y brûlèrent des chaînes symboliques ; et c'est de là que partirent, le 14 juillet 1935, les cortèges qui donnèrent naissance au Rassemblement populaire, futur Front Populaire.
La gare de Vincennes La gare de Vincennes Louise Weiss
Les monuments de la place
On a déjà parlé du projet de 1784 par Jean-Antoine Houdon d'un monument à la gloire de Louis XVI. Une reconstitution de la prise de la Bastille fut organisée le 20 juillet 1790 pour la fête de la Fédération — car ce n'est pas la prise de la Bastille que nous fêtons chaque 14 Juillet, mais la Fédération de 1790. Le cercueil de Voltaire fut exposé ici le 11 juillet 1791 lors du transfert de ses cendres au Panthéon. La Constitution de l'an I y fut promulguée le 10 août 1793. Une première fontaine, dite « de la Régénération », représentant la déesse Isis, y fut érigée en 1793.
La fontaine de la Régénération La fontaine de la Régénération Louis XVI
L'Éléphant et la colonne de Juillet
La maquette en bois et plâtre d'une seconde fontaine, un Éléphant monumental voulu par Napoléon 1er, fut installée en 1813 et resta jusqu'en 1846 ; elle inspira à Victor Hugo le repaire de Gavroche. Louis-Philippe 1er décida la Colonne de Juillet surmontant une crypte pour les 504 victimes de la révolution de 1830 ; première pierre le 27 juillet 1831, inauguration en 1840. Les héros des Trois glorieuses y reposent, de part et d'autre du canal souterrain, avec des momies égyptiennes et, plus tard, 196 morts de la révolution de Février 1848. Le 23 mai 1871, la dépouille de Jaroslaw Dombrowski, général polonais au service de la Commune, tué la veille sur la barricade de la rue Myrha, fut exposée au pied de la colonne : hommage du peuple parisien à ce combattant internationaliste. Tout commentaire, complément ou correctif à propos de ce parcours sera évidemment le bienvenu.
La fontaine de l'Éléphant L'Éléphant de la Bastille La colonne de Juillet La colonne de Juillet en 1840 Dombrowski Jaroslaw Hugo Victor
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
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