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Balade · 5e arr.

Autour de la "Mouffe", le turbulent faubourg Saint-Marceau

Le plus gouailleur des faubourgs parisiens, de l'enceinte de Philippe Auguste aux anarchistes de la Mouffe, en suivant le cours enfoui de la Bièvre.
📍 13 arrêts
🚶 ~4.5 km
~3h30
📖 5e arr.
Autour de la "Mouffe", le turbulent faubourg Saint-Marceau

Nous allons flâner cette fois dans le plus représentatif sans doute des faubourgs parisiens. Le nom même de la voie qui constitue son axe vital, la rue Mouffetard, est particulièrement symbolique de l'esprit gouailleur des "parigots". Il est le fruit de ces déformations qu'affectionnent tant les habitants de notre belle capitale, et dont on ne connaîtra sans doute jamais l'origine. Entre le "Mons Cetardus, ou Cetarius" — nom romain de la colline qu'elle traverse — et les "moufettes", ces mauvaises odeurs remontant d'une Bièvre vouée à la mégisserie, on peut imaginer toutes les prononciations possibles du nom de cette ancienne voie romaine qui menait à Lugdunum, mais existait déjà au néolithique ; sans doute un des plus vieux chemins passant par la cité des Parisii.

Plan de Lutèce et de ses environs où figure le Mont Cetardus, et sur lequel la Bièvre débouche exceptionnellement au bon endroit

C'est donc autour de cette rue Mouffetard que nous allons déambuler. Un quartier que le "bulldozer" haussmannien n'a pas trop chamboulé et qui garde, bien que de plus en plus boboïsé et touristisé, son charme et ses jardins secrets. Il conserve entre autres d'intéressants vestiges souvent bien cachés de l'enceinte de Philippe Auguste que nous allons nous amuser à découvrir.

Nous partirons de la sympathique petite place sans nom qui se trouve au début de la rue Descartes, devant l'entrée de l'École Polytechnique. Pour la rejoindre, à partir du métro Maubert-Mutualité, il suffira de "grimper" par la rue de la Montagne Ste Geneviève.

La place sans nom, au début de la rue Descartes, devant l'école Polytechnique

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Rue Descartes et le collège de Navarre

Sur la voie romaine de Lutèce à Rome, un collège prestigieux devenu Polytechnique.
📍 Rue Descartes, 5e arr.

La rue Descartes est un tronçon de la voie qui menait de Lutèce à Rome. Au n° 2, le Bar de la Méthode fut le quartier général des Situationnistes en 1958.

Au n° 5 s'élevait le collège fondé en 1304 par Jeanne de Navarre, épouse de Philippe IV le Bel, à qui elle laissa son nom. Établissement le plus prestigieux de Paris, le collège de Navarre forma des élèves illustres, tels Richelieu, Bossuet ou Condorcet. Il fut mis à sac en 1418 par les Bourguignons, qui avaient repris le pouvoir à Paris le 29 mai malgré le revirement de l'Université jusque-là favorable aux Armagnacs ; Benoît Gencien, moine de St Denis et docteur en théologie, y laissa la vie. On ignore souvent que ces massacres firent plus de victimes que la Saint Barthélemy.

Rabelais y fait évoluer Panurge dans son "Pantagruel". François Villon, lui, fut impliqué dans le vol de 500 écus qui s'y perpétra en décembre 1456 : son procès et sa condamnation seront à l'origine de son "Petit testament". Pendant la Révolution, la chapelle du collège abrita le siège de la Section Ste Geneviève, puis "du Panthéon français", à partir du 21 mai 1790.

L'école Polytechnique, créée par la Convention en 1794, fut transférée en 1804 dans ces murs — devenus entre-temps collège de Tournai, puis de Boncourt — et y resta jusqu'en 1977. Le 13 avril 1816, Louis XVIII fit fermer l'école et renvoyer les élèves restés fidèles à l'Empire. Polytechnique fut l'un des quartiers généraux de l'insurrection de Février 1848 : ses étudiants, consignés deux jours, finirent par forcer les portes ; mais ces mêmes étudiants se retrouvèrent de l'autre côté des barricades en Juin. Des exécutions en masse eurent lieu dans ses jardins pendant la Semaine sanglante ; le 25 mai 1871, celle de Maurice Treillard, directeur de l'Assistance Publique sous la Commune — selon un témoin, le tas des cadavres faisait 100 mètres de long. La première femme admise à Polytechnique fut Anne Chopinet, en 1970 ; elle en sortit major de promotion en 1972.

Au n° 15 vécut Paul Verlaine au début de 1892, et au n° 18, à l'Hôtel de Montpellier, à l'automne 1890 : deux séjours du "poète maudit".

Rue Clovis — l'enceinte de Philippe Auguste

Au n° 7, dans la cour d'un ensemble de logements HLM, on admire l'un des plus beaux vestiges de l'enceinte de Philippe Auguste. C'est cette même portion du mur qui affleure au niveau du n° 3, donnant une idée partielle de sa hauteur et de son épaisseur.

Rue Descartes — les Quatre sergents et Verlaine

Au n° 25 s'élevait le cabaret du "Roi Clovis", où se réunissaient, avec d'autres carbonari, Jean-François Bories, Charles Goubin, Jean Pommier et Charles Raoulx, les "quatre sergents de La Rochelle", membres de la Charbonnerie qui luttait contre la Restauration. Ils furent exécutés en place de Grève le 21 janvier 1822 — une erreur politique qui coûta à Louis XVIII le peu de popularité qui lui restait.

Aux n° 29-31, une nécropole mérovingienne fut révélée par la découverte de sarcophages en 1909, sous l'emplacement de l'église et du cimetière St Pierre-St Paul. Au n° 30, un bel hôtel particulier servit à partir de 1742 de retraite à Louis d'Orléans, dit le Pieux, père de Philippe Égalité et grand-père de Louis-Philippe Ier ; il y mourut en 1752.

Au n° 39, Paul Verlaine fit son dernier séjour, au 3e étage, à partir de septembre 1895 ; il y décéda le 8 janvier 1896, dans la misère physique et morale, en compagnie d'Eugénie Krantz, alias Nini Mouton, ex-danseuse du bal Bullier qui le battait pour le forcer à écrire. Ses obsèques eurent lieu à St Étienne du Mont. Ernest Hemingway occupa à son tour une chambre au dernier étage, de 1921 à 1925. Au n° 47, un morceau de l'enceinte de Philippe Auguste donnait accès à son chemin de ronde ; l'immeuble recèle aussi des pierres tombales issues de St Étienne du Mont. Au n° 50, une plaque reproduit le plan de la porte St Marcel (ou Bourdet, ou Bourdelle) de l'enceinte, détruite en 1685.

Vers l’arrêt 2 →
Redescendez la rue Descartes vers la place de la Contrescarpe, où commence la fameuse rue Mouffetard.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~15 min

La Contrescarpe et le haut de la Mouffe

Une place née d'un bastion, une rue populaire témoin des premières grandes grèves ouvrières.
📍 Place de la Contrescarpe et haut de la rue Mouffetard, 5e arr.

La place de la Contrescarpe tient son nom d'un ouvrage défensif de l'enceinte de Charles V. À la fin du 19e siècle s'y tenait un marché aux mégots, où les clochards venaient vendre le tabac récolté en ramassant les bouts de cigarettes. « Où y'a d'l'hygiène, y'a pas d'plaisir ! »

Nous n'avons jamais retrouvé l'adresse précise qu'habita Denis Diderot dans la rue Mouffetard, d'avril 1746 à 1749, "chez Guillote, en montant à droite au 1er étage" ; ni celle où des amis d'Élie Reclus, frère d'Élisée et directeur de la Bibliothèque nationale sous la Commune, le cachèrent pendant la Semaine sanglante, lui permettant de gagner l'Angleterre ; ni l'emplacement du tableau sculpté des Quatre sergents de la Rochelle, photographié par Doisneau au bistrot d'Olivier Bouchardain, à l'angle de la rue St Médard.

Ce n'est pas un hasard si cette rue populaire fut le théâtre du rassemblement de quelque 1 200 ouvriers des filatures — tisserands, serruriers, mécaniciens — lors d'une des premières grandes grèves interprofessionnelles de l'histoire du mouvement ouvrier français, le 7 septembre 1840.

Les enseignes et la Pomme de Pin

Au n° 6, l'enseigne d'une ancienne boucherie, ornée de deux bœufs et de trois moutons dorés, a fière allure. Au n° 9, une plaque indique l'emplacement de la porte St Marcel de l'enceinte de Charles V, dite Porte Bordelle, construite en 1364 et disparue en 1634 ; ses fossés et sa contrescarpe ont donné son nom à la place voisine.

Aux n° 10 ou 12 se trouvait le cabaret de la Pomme de Pin — et non de l'autre côté de la place, comme le laisse supposer une inscription. Les partisans de la Sainte Ligue s'y seraient réunis ; surtout, les membres de "la Brigade", devenue "la Pléiade", s'y rencontraient entre 1540 et 1556 : Ronsard, Du Bellay, Baïf, Dorat, Belleau, Jodelle, De Tyard… excusez du peu. Le lieu est cité par Rabelais, mais n'a aucun rapport avec l'établissement éponyme de Villon, situé sur l'île de la Cité.

Rue Lacépède — la Charbonnerie et le cabaret

C'est dans la rue Lacépède, à une adresse inconnue, que fut fondée en mai 1821 la "Charbonnerie française". Issue de rites initiatiques de charbonniers des Vosges — d'où son nom — elle était devenue en Italie, vers 1809, un mouvement politique secret sous le nom de Carbonaria ; le carbonarisme s'introduisit en France sous la Restauration, où la répression rendait toute société politique nécessairement clandestine. Au n° 57, le cabaret de la Contrescarpe vit débuter, dans les années 50 à 70, Colette Magny, Graeme Allwright et Anne Vanderlove.

Rue du Pot de Fer — Orwell et la Commune

Au n° 6 de la rue du Pot de Fer se trouvait la demeure d'Eric Blair, alias George Orwell, auteur de "La Ferme des animaux" et de "1984", à son arrivée à Paris en 1928-1929. Une barricade dressée dans cette rue fut défendue par des femmes de la Commune, aux côtés de Jean Allemane, le 24 mai 1871.

Vers l’arrêt 3 →
Redescendez la rue Mouffetard : c'est le cœur populaire et militant du faubourg.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~15 min

La Mouffetard militante

Journaux révolutionnaires, cabarets insurgés, puits cachés et l'église Saint-Médard.
📍 Rue Mouffetard, 5e arr.

Au n° 23 siégeait le journal socialiste "la Gauche Révolutionnaire", fondé par René Lefeuvre, Marceau Pivert et Michel Collinet en 1935. Déjà en 1933, Daniel Guérin y réunissait des militants antifascistes allemands du Sozialistische Arbeiterpartei (SAP). En octobre 1936, Lefeuvre crée avec Victor Serge la revue "Spartacus".

Aux n° 34 et 36 subsistent deux puits mitoyens ; le n° 36 fut aussi l'emplacement d'un casernement de fusiliers de gardes-françaises, installé sous Louis XIV pour surveiller ce bouillant secteur. Au n° 38 se tenait l'auberge "À l'Écu d'Écosse", rendez-vous des compagnons maçons creusois où Martin Nadaud venait, sous la Monarchie de Juillet, prendre le pouls de la classe ouvrière. Au n° 45 logea en 1903 le poète et dessinateur Germain Nouveau. Aux n° 50-52, les maisons "Barillet" et du "Cerf-Volant", regroupées sous le "Chapeau Royal", recèlent une cour remarquable et un couloir pavé de pierres tombales. Au n° 53, un terrassier espagnol découvrit en 1938 un trésor de 3 351 pièces d'or, caché en 1757 par Louis Nivelle, secrétaire de Louis XV.

La fontaine du Pot de Fer et le Vieux Chêne

Au n° 60, la Fontaine du Pot de Fer, installée en 1624 à la demande de Marie de Médicis, est alimentée par l'aqueduc d'Arcueil. Au n° 62 se réunissait peut-être la filiale du 12e arrondissement de la Société des Droits de l'homme et du citoyen, animée par Narcisse Lucas. Au n° 65, l'échoppe du sieur Besnard ou Bénard, qui créa vers 1880 le pantalon à pattes d'éléphant et laissa son nom, en argot, à cette pièce de vêtement.

Au n° 69, "Au Vieux Chêne", institution du quartier, arbore une enseigne sculptée dans le bois d'une épave, qui daterait de 1592. L'établissement abrita en mai 1848 le "Club de l'émeute révolutionnaire" du docteur Palanchon ; les blanquistes y tenaient des réunions à la fin du Second Empire ; après la Commune, transformé en bal, il abrita un club révolutionnaire clandestin. Au n° 76, une plaque rappelle "la Maison pour tous" (1909, puis 1920), créée par André Lefevre et les sœurs Levasseur — maison de quartier, université populaire, structure pionnière. Elle avait été précédée par la coopérative "la Prolétarienne du 5e" et son université populaire l'Union, animée par Marcel Mauss, Georges Sorel et d'autres ; s'y tenait aussi "l'École Socialiste" liée à la Société nouvelle de librairie et d'édition de Charles Péguy. Au n° 89, sur une barricade du 25 juin 1848, sœur Rosalie tenta en vain une médiation entre insurgés et forces gouvernementales.

Passages, puits et enseignes

Au n° 99, le passage des Patriarches, menacé par les promoteurs ; en face, au n° 104, le passage des Postes, mieux préservé, rejoint la rue Lhomond. Aux n° 111, 126, 128 et 131 se cachent d'anciens puits, dont l'un traverse encore une carrière en sous-sol jusqu'à la nappe d'eau. Au n° 122, "À la Bonne Source" arbore une enseigne polychrome remarquable ; au n° 134, un sgraffito publicitaire, œuvre du maçon italien Adigheri, de 1929-1931.

Les journaux anarchistes (n° 140)

Au n° 140 se succédèrent les journaux anarchistes "le Révolté" devenu "la Révolte", créé en 1885 par l'ex-prince Kropotkine ; "Le Père Peinard", lancé le 24 février 1889 par Émile Pouget ; et "les Temps nouveaux", fondés le 4 mai 1895 par Jean Grave et animés par Élisée Reclus, Pouget, Paul Delesalle, Pierre Monatte. Le 1er mai 1890, le préfet Poubelle fit saisir les presses du "Révolté".

L'église Saint-Médard (n° 141)

L'église St Médard fut le théâtre, le 27 décembre 1561, du "tumulte de St Médard", lorsque des huguenots y détruisirent les icônes, point d'orgue des guerres de religion dans le quartier. Dans le cimetière attenant, de 1727 à 1732, les "convulsionnaires de St Médard" se rassemblaient sur la tombe du diacre François de Pâris pour d'hystériques manifestations, jusqu'à ce fameux décret : "De par le Roi, il est fait défense à Dieu de faire miracle en ce lieu." Le cimetière ferma le 29 janvier 1732.

St Médard fut la première église parisienne mise au service du clergé constitutionnel, le 21 mai 1795, avant d'être consacrée "Temple du Travail" en 1798. Pendant l'Occupation, son curé fut un agent actif du réseau du journal "Résistance" ; en décembre 1943, Paul Steiner y organisait la distribution de journaux clandestins, et Ferenz Wolff, dit Joseph Boczor, des FTP-MOI, avait une planque dans la rue ; il sera fusillé au Mont Valérien avec le groupe Manouchian.

Vers l’arrêt 4 →
À hauteur de Saint-Médard, engagez-vous dans les rues qui suivent l'ancien cours de la Bièvre : Censier, Bazeilles, Valence, Pascal.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~15 min

Le cours enfoui de la Bièvre

Les rues qui épousent le tracé de la rivière disparue, de Censier aux Gobelins.
📍 Rues Censier, de Bazeilles, de Valence, Pascal et Claude Bernard, 5e arr.

Le nom de la rue Censier est la déformation de "Sans-Chief", c'est-à-dire sans tête ; elle suit en partie l'ancien cours de la Bièvre. Elle abrita en 1870 le second siège du Comité des Femmes, créé par Jules Allix et son épouse — un club délirant dont le fondateur parvint pourtant à se faire élire au Conseil de la Commune, avant de finir à l'asile de Charenton. Au n° 45 se cachait Maurice Touati, ouvrier tourneur des Bataillons de la jeunesse, qui participa à l'attentat du 21 novembre 1941 contre la librairie pro-nazie "Rive gauche" ; arrêté rue Mouffetard le 25 décembre, condamné au procès de la Maison de la Chimie, il fut fusillé au Mont Valérien.

Aux n° 4-5 de la rue de Bazeilles se trouvait le pont aux Tripes, construit par les Romains pour enjamber un des deux bras de la Bièvre. Rue de Valence, aux n° 5-6, des maisons furent bâties sur le cours de la rivière ; au n° 11, la Bibliothèque Tourgueniev servit de dépôt à la bibliothèque du Comité central du POSDR, contrôlée par la fraction bolchevique de Lénine.

Rue Pascal, toujours sur le cours de la Bièvre, le n° 17 abritait pendant la Commune le quartier général du Comité de vigilance du 5e arrondissement, animé par Jean Allemane et d'autres. Rue Claude Bernard, au n° 2, aboutissait le bief de Valence à l'écluse où se rejoignaient les deux bras de la rivière.

Rue Édouard Quénu — journaux et hospices

Aux n° 3-9, Guillaume de Chanac, patriarche d'Alexandrie, créa en 1320 un hospice devenu en 1559 l'Hôtel-Dieu du Patriarche, futur hôpital Lourcine. Au n° 4, le journal anarchiste chinois Xin Shiji s'installa à partir du 22 juin 1907 ; y collaborèrent Li Shizeng, Wu Zhihui, Zhou Enlaï et Deng Xiaoping ; il donna naissance au mouvement "Travail-études". Au n° 5, Paul Verlaine séjourna en 1895, dans les dernières années de sa vie.

Vers l’arrêt 5 →
Remontez vers la rue de l'Arbalète, puis les rues Vauquelin et Claude Bernard, où s'installèrent les grandes écoles scientifiques.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~12 min

Les rues des sciences

Michelet, les Curie et le radium, Duhamel : le quartier savant du faubourg.
📍 Rues de l'Arbalète, Lhomond, Vauquelin et Claude Bernard, 5e arr.

Rue de l'Arbalète, au n° 27, demeura en 1827 Jules Michelet, historien de la Révolution française. Rue Lhomond, aux n° 54-55 et 68, se cachaient un puits et une entrée du passage des Postes ; au n° 54 se tenait la salle du Concert du Châtelet, alors rue des Postes, où se déroulèrent 12 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire.

Rue Vauquelin — Solomon, les Curie et le radium

Au n° 3 vécut Jacques Solomon, initiateur du groupe de l'Université libre lié au PCF, avec Georges Politzer et Pierre Hervé, à l'origine des "Lettres françaises" ; Solomon fut exécuté par les nazis en mai 1942. Au n° 10, l'École supérieure de Chimie et de Physique, créée en 1882, vit travailler Marie et Pierre Curie, Paul Langevin, puis Georges Charpak et Pierre-Gilles de Gennes. C'est ici que les Curie découvrirent le radium le 21 décembre 1898. Langevin habitait l'école ; il adhéra au PCF en mémoire de son gendre Jacques Solomon ; son arrestation par la Gestapo, le 30 octobre 1940, provoqua une importante manifestation étudiante le 18 novembre. Au n° 28 vécut, à partir d'octobre 1912, l'écrivain Georges Duhamel.

Rue Claude Bernard — l'Agronomie et Poincaré

Au n° 16, l'Institut National d'Agronomie fut construit en 1882 sur l'emplacement du Jardin des Apothicaires ; au n° 49, un grand puits octogonal comblé, flanqué de deux fontaines. Au n° 63 demeura, de 1854 à 1912, le futur président de la République Henri Poincaré. Au n° 73, un puits dans la cave d'un restaurant ; au n° 90 (ex-97 rue des Feuillantines), George Sand vécut de 1864 à 1868.

Vers l’arrêt 6 →
Gagnez la rue d'Ulm, dominée par la silhouette de l'École Normale Supérieure.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~15 min

Rue d'Ulm et l'École Normale

Le laboratoire de Pasteur, la bibliothèque de Lucien Herr, une pépinière d'esprits illustres.
📍 Rue d'Ulm et rue Lhomond, 5e arr.

Rue d'Ulm, au n° 5, se trouvaient la demeure et l'atelier du peintre Piet Mondrian, à partir de novembre 1919. Au n° 45, l'École Normale Supérieure fut installée en 1847. Pasteur y eut son laboratoire, de 1864 à 1888, dans le grenier d'un pavillon, et y découvrit le vaccin antirabique en 1885. Lucien Herr en fut le bibliothécaire de 1888 à 1926 ; engagé très tôt dans l'affaire Dreyfus, c'est lui qui, convaincu par Lucien Lévy-Bruhl, persuada Jean Jaurès de l'innocence du capitaine et amena Léon Blum au combat dreyfusard. La première femme admise à Normale Sup fut Melle Robert, en Sciences, le 12 octobre 1906.

Les élèves illustres et la Résistance

Parmi les élèves illustres de Normale Sup : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Jean-Paul Sartre. En 1940 s'y créa le réseau de Résistance "Vélite-Thermopyles", dirigé par Raymond Croland et Pierre Piganiol. De 1970 à 1972, la salle Cavaillès abrita la direction de la Gauche Prolétarienne : Benny Lévy dit Pierre Victor, Alain Geismar, Maurice Clavel, Jean-Edern Hallier, Serge July. Au n° 17, l'église maronite Notre-Dame du Liban, dans la cour.

Rue Lhomond — Michelet, la Commune et le couvent d'Hugo

Au n° 10, autre demeure de Jules Michelet en 1839. Au n° 18, une école jésuite où les Fédérés installèrent un poste pendant la Commune ; il était prévu d'y ouvrir, le 22 mai 1871, la première école professionnelle pour garçons, portée par Édouard Vaillant, Louise Michel, André Léo, Da Costa — mais les versaillais entrèrent dans Paris le 21 mai et l'école ne vit jamais le jour. Au n° 26, une seconde École Normale, créée par décret impérial en 1808, fonctionna jusqu'en 1826. Aux n° 28-32, l'ancien séminaire du St Esprit, dit "séminaire Colonial", qui hébergea de 1940 à 1944 des évadés et aviateurs américains ; le père Émile Muller, arrêté en février 1944, mourut à Bergen-Belsen. Aux n° 29-33, l'ancienne maison de Ste Aure, que Victor Hugo prit comme modèle du couvent où se réfugie Jean Valjean dans "les Misérables".

Place Lucien Herr

Il fait bon se reposer quelques instants sur cette petite place qui nous éloigne, en imagination du moins, des tumultes parisiens.

Vers l’arrêt 7 →
Descendez vers la rue Tournefort, où Balzac situa la pension Vauquer.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~12 min

Rues Tournefort et Amyot

La pension Vauquer, Vercors et les Éditions de Minuit, Pol Pot étudiant.
📍 Rues Tournefort, Amyot et Laromiguière, 5e arr.

Rue Tournefort, au n° 35, l'imprimerie Aulard, jugée trop repérable, amena en novembre 1941 les Éditions de MinuitPierre Lescure, Jean Bruller alias Vercors, et Pierre Doré — à faire imprimer ailleurs leurs publications, dont "le Silence de la Mer" ; c'est Ernest Aulard qui organisa le transfert. Au n° 30, Balzac situe approximativement la pension Vauquer du "Père Goriot". Au n° 25 vécut, adolescent en 1820, Prosper Mérimée, futur auteur de "Carmen" et de sa fameuse dictée. Au n° 20 subsiste une inscription "rüe Ste Geneviève", dont les lettres "Ste" ont été grattées en 1793.

Rue Tournefort — les couvents et la Résistance

Au n° 18, l'entrée du pensionnat des Filles de Ste Aure, qui donnèrent à partir de 1753 une stricte éducation à la petite Jeanne Bécu-Rançon, future comtesse du Barry, favorite de Louis XV. Au n° 16, une autre entrée du couvent de Ste Aure. Au n° 8, le café de Mme Andrée Goubillon, qui hébergea de 1943 à 1944 quarante-deux agents du BCRA sous les ordres du colonel Malcom Henderson, dans le cadre du "plan Sussex". Aux n° 7-11, une caserne de gardes-françaises installée en 1775 par le maréchal de Biron.

Rue Amyot — Gay-Lussac et Pol Pot

Au n° 3, on retrouva en 1978 les vestiges d'une maison gallo-romaine à fresques. Aux n° 8 bis (cimetière protestant de 1614, où furent inhumés des Gobelin) et 10-14 se trouvaient le "Puits qui parle", disparu en 1867. Au n° 10 demeura en 1808 Louis-Joseph Gay-Lussac. En 1949 s'y installa l'École Française de Radioélectricité, qui inscrivit en octobre un étudiant cambodgien, Saloth Sâr — le futur Pol Pot — qui y étudia jusqu'en 1953 sans obtenir son diplôme. Rue Laromiguière, au n° 8, un puits dans le jardin.

Vers l’arrêt 8 →
Rejoignez la rue de l'Estrapade et la rue Thouin, où réapparaît l'enceinte de Philippe Auguste.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~12 min

Estrapade et rue Thouin

Diderot arrêté, les barricades de 1848 et 1871, et de nouveaux vestiges médiévaux.
📍 Rues de l'Estrapade et Thouin, 5e arr.

Rue de l'Estrapade, au n° 11, demeura de 1785 à 1791 le pamphlétaire Paul-Louis Courier. Au n° 9, une ancienne brûlerie de café et un puits dans la cour. Au n° 7 vécut en 1896 Charles Péguy, fondateur des "Cahiers de la quinzaine", dreyfusard, mort à la Marne en 1914. Des Fédérés furent massacrés ici pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871.

Aux n° 5-7 demeura Louis Pergaud, auteur de "La guerre des boutons". Au n° 3, Diderot vécut de 1749 à 1754, chez la dame Chetel, à l'époque où il traduisait une encyclopédie anglaise ; c'est ici qu'il fut arrêté le 24 juillet 1749 pour être enfermé à Vincennes, après la "Lettre sur les aveugles". Y demeura aussi le physicien Hippolyte Fizeau, qui obtint le premier daguerréotype de la surface solaire en 1845. Une barricade dressée dans l'ancienne rue de la Vieille Estrapade opposa les insurgés de Juin 1848 aux troupes du général Damesme, tué dans l'épisode.

Rue Thouin — l'enceinte et le théâtre du Pont Neuf

Au n° 12, des vestiges de l'enceinte de Philippe Auguste au fond du restaurant "Les Cigales" ; au n° 10, un puits comblé, visible en cave du 15 rue Tournefort. Aux n° 2-6, un jeu de Paume accueillit de 1610 à 1615 la troupe du théâtre du Pont Neuf de Henri Legrand, dit Turlupin, avec Gros-Guillaume et Gaultier-Garguille, puis celle de l'Hôtel de Bourgogne. Aux n° 4-6, d'autres vestiges de l'enceinte dans la cour annexe du Lycée Henri IV.

Vers l’arrêt 9 →
Empruntez la rue du Cardinal Lemoine, jalonnée d'écrivains américains et des plus beaux restes de la muraille médiévale.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~12 min

Rue du Cardinal Lemoine

Hemingway et Joyce, le fondateur de Montréal, et huit mètres d'enceinte médiévale.
📍 Rue du Cardinal Lemoine, 5e arr.

Au n° 75, un passage pittoresque mène à un pavillon de style Louis-Philippe. Au n° 74, Ernest Hemingway vécut avec sa femme Hadley, au 4e étage, du 9 janvier 1922 à 1923 ; au rez-de-chaussée, Ford Madox Ford organisait des "parties" au bal du Printemps. Au n° 73, dans la maison des pères de la Doctrine Chrétienne, mourut en 1676 Paul de Chomedey, fondateur de Montréal. Au n° 71 demeura, à partir de juin 1921, l'écrivain Valery Larbaud, qui prêta son appartement à James Joyce ; Sylvia Beach et Hemingway venaient l'y rencontrer.

Les vestiges de l'enceinte (n° 62-66)

Au n° 66, une tour, difficilement accessible, de l'enceinte de Philippe Auguste. Au n° 64, un magnifique vestige de la même enceinte, l'un des seuls qui donne une idée de ses 8 mètres de hauteur d'origine ; le jardin au fond duquel il se trouve recèle aussi un puits conservé dans son jus. Au n° 62, le prolongement du précédent, au fond de la cour.

Vers l’arrêt 10 →
Bifurquez dans la rue Rollin, puis descendez vers les Arènes de Lutèce par la rue Monge.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~15 min

Rue Rollin et les Arènes de Lutèce

Descartes, Pascal, l'assassinat d'Henri Curiel, et l'amphithéâtre gallo-romain.
📍 Rues Rollin, Monge, des Arènes et de Navarre, 5e arr.

Rue Rollin, au n° 14, demeura René Descartes lors de ses séjours parisiens de 1644, 1647 et 1648. Au n° 6, le poète Benjamin Fondane vécut de 1932 à sa déportation en 1944 ; il mourut à Birkenau. Au n° 4, Bernardin de Saint-Pierre rédigea de 1781 à 1786 ses "Études de la Nature" et commença "Paul et Virginie" ; y vécurent aussi Émile Zola en 1860-1861 et Henri Curiel, fondateur du parti communiste soudano-égyptien et animateur du réseau Jeanson pendant la guerre d'Algérie, assassiné ici au pied de l'ascenseur par un commando Delta le 4 mai 1978. Au n° 2, Blaise Pascal mourut le 19 août 1662 ; Pierre de Ronsard aurait aussi habité cette rue.

Les Arènes de Lutèce

Au n° 49 de la rue Monge, on pénètre dans les "Arènes de Lutèce", amphithéâtre gallo-romain — le second de France par la taille après celui de Nîmes. Construit au 1er siècle, détruit en 285, il fut transformé en nécropole, réhabilité par Chilpéric en 577, puis enfoui au 14e siècle sous les déblais de l'enceinte de Charles V ; ses pierres avaient servi à renforcer la muraille de l'île de la Cité lors des invasions barbares. Redécouvert en 1869 lors du percement de la rue Monge, transformé en dépôt d'omnibus jusqu'en 1883, il fut sauvé grâce à Victor Hugo et Victor Duruy.

Rue des Arènes et rue de Navarre — la Résistance littéraire

Rue des Arènes, au n° 5, l'appartement de Jean Paulhan, surveillé par les nazis après son arrestation du 6 mai 1941 puis sa libération grâce à Drieu la Rochelle auprès d'Otto Abetz. Responsable de la revue "Résistance" du réseau du Musée de l'Homme, il retrouvait Louis Aragon dans le jardin des Arènes pour préparer les "Lettres françaises" et le Comité national des écrivains ; dénoncé, il s'enfuit par les toits en mai 1944. Rue de Navarre, au n° 7, Jean Blanzat cacha François Mauriac, lui aussi protégé par Gerhard Heller ; au n° 1, Jeanne Cuisinier, amie de Germaine Tillion, servit de boîte aux lettres au mouvement "Manipule" de Jacques Lecompte-Boinet.

Vers l’arrêt 11 →
Rejoignez la rue Lacépède et la rue Geoffroy Saint-Hilaire, en direction du Jardin des Plantes.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~15 min

Le Jardin des Plantes et Sainte-Pélagie

Le Muséum né de la Révolution, et l'une des plus célèbres prisons politiques de Paris.
📍 Rues Lacépède, Geoffroy Saint-Hilaire, Larrey et du Puits de l'Ermite, 5e arr.

Rue Lacépède, au n° 17, Saloth Sâr, futur Pol Pot, fut hébergé en 1950 par des princes cambodgiens. Aux n° 3-15 s'étendait la prison de Ste Pélagie, dont l'entrée était rue du Puits de l'Ermite ; au n° 7 déboucha un souterrain qui permit à 28 détenus politiques, dont Auguste Blanqui, de s'évader le 12 juillet 1834, avec l'aide d'Armand Barbès. Au n° 1, l'entrée du premier hôpital de la Pitié, construit en 1612 à l'initiative de Marie de Médicis, devenu "Maison des Élèves de la Patrie" en 1792. Au n° 1 bis, l'appartement de Macha Lew servit en 1942 de dépôt de presse à la section "Travail anti-allemand" de la MOI, qui diffusait "Soldat im Westen" auprès de la Wehrmacht ; arrêtée, elle mourut à Auschwitz.

La prison de Sainte-Pélagie (rue du Puits de l'Ermite)

Installée dans une maison de "filles repenties", Ste Pélagie devint en 1790 une prison où les détenus politiques côtoyaient débiteurs et jeunes délinquants ; son entrée était au 14 de la rue (n° 2 actuel), et le "quartier des politiques", dit par dérision "le pavillon des princes", en fit un lieu de formation militante. Sous la Révolution, y furent enfermés Joséphine de Beauharnais, Mme Roland, la du Barry, Rouget de Lisle ; les Enragés Jacques Roux, Jean-Théophile Leclerc, Jean-François Varlet, Claire Lacombe ; Gracchus Babeuf et le marquis de Sade.

Devenue prison politique officielle en 1828, elle vit défiler Béranger, Barbès, François Arago, Raspail, Jules Vallès, Victor Jaclard, Auguste Vermorel, Georges Clemenceau. Le mathématicien Évariste Galois y fut arrêté deux fois en 1831 ; les saint-simoniens Prosper Enfantin et Michel Chevalier en 1832 ; Proudhon, en permission le jour du coup d'État du 2 décembre 1851, y répondit à Hugo n'être "pas disponible pour défendre la République". Auguste Blanqui y fit plusieurs séjours à partir de 1833 ; les dirigeants du second Bureau de l'A.I.T. — Combault, Varlin, Benoît Malon — y furent condamnés en 1868. Sous la Commune, le colonel Piazza et le commandant Brunel y furent libérés par les manifestants le 27 février 1871 ; Gustave Courbet, accusé d'avoir fait abattre la colonne Vendôme, y fut enfermé du 7 juin 1871 à 1872. Jules Guesde y fut incarcéré en 1878, Michel Zévaco plusieurs fois. La prison disparut en 1895. Les sculpteurs Antoine Coysevox et Nicolas Coustou habitèrent la rue.

Rue Larrey — l'Internationale et Charlotte Robespierre

Au n° 2 se tint, le 12 janvier 1871, une réunion de l'Association Internationale des Travailleurs avec Pindy, Léo Fränkel, Eugène Varlin, Augustin Verdure et Albert Theisz, pour créer une commission de l'A.I.T. dans le journal "la Lutte à Outrance". Au n° 3 vécut et mourut en 1834 Charlotte Robespierre, sœur de l'Incorruptible. Au n° 11, la superbe grille du marchand de vin "la Vieille Grille" ; au n° 14, un bel immeuble Art Nouveau.

Rue Geoffroy Saint-Hilaire — la fontaine Wallace et le Jardin des Plantes

Au n° 59, la clinique où naquirent Jacques Chirac et Jean Tibéri, à trois ans d'intervalle. Au n° 52, la seule fontaine Wallace de ce type subsistant à Paris, offerte à la ville en 1872. Au n° 49 demeura Claude Gaulué, faussaire du PCF sous l'Occupation, dont le local était aussi un laboratoire d'explosifs de la MOI, avec les artificiers Salek Bot et Hersck Zimerman ; découvert après l'explosion d'une bombe, il permit aux brigades spéciales d'arrêter nombre de militants le 25 avril 1942.

Au n° 40, le Jardin des Plantes, créé en 1635 à l'initiative de Jean Héroard, médecin de Louis XIII, avec Guy de La Brosse pour premier intendant. On y exposa en 1721 le squelette de Cartouche, et un siècle plus tard le crâne de Descartes, déposé par Georges Cuvier. La gloriette en bronze, érigée en 1786 par Buffon, est l'une des premières structures métalliques au monde. Le 10 juin 1793, le Jardin du Roy devint, sur proposition de Valentin Haüy, le Muséum d'Histoire Naturelle ; en octobre 1794, la Convention y créa l'École normale supérieure, avec pour premiers professeurs Lagrange, Laplace, Monge, Daubenton, Berthollet. En 1800, un cèdre du Liban y fut planté par Bernard de Jussieu sur la tombe de Daubenton. Le 8 mars 1822, une manifestation étudiante y fut réprimée par Louis XVIII ; des Fédérés y furent massacrés le 24 mai 1871. Au n° 36, dans l'Hôtel de l'Intendant, demeura Buffon, qui dirigea le Jardin du Roi 49 ans et y mourut en 1788, ainsi que le biologiste Jean-Baptiste de Lamarck. En 1905, le Douanier Rousseau y peignit ses forêts vierges dans la serre exotique.

Vers l’arrêt 12 →
Remontez vers la place Monge et la rue Gracieuse, puis flânez dans les ruelles du marché des Patriarches.
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Arrêt 12
Optionnel ~15 min

Autour de la place Monge et du marché des Patriarches

Casernes royales, Hô Chi Minh, Marius Jacob et le premier candidat communiste colonial.
📍 Rues Gracieuse, du Marché des Patriarches, Censier, de la Clef et Scipion, 5e arr.

Rue Gracieuse, au n° 21, la caserne de gendarmerie royale installée en 1821 par Louis XVIII ; au n° 15, un beau passage bordé de jardins ; au n° 11, l'ancien siège de la 5e section du jeune Parti Communiste Français, qui présenta aux législatives de 1924 Hadj Ali Abdel Kader, fondateur de l'Étoile Nord-africaine avec Messali Hadj — premier candidat communiste pour les peuples des colonies.

Rue du Marché des Patriarches, le marché des Patriarches, sorte de marché aux puces créé vers 1350 par d'ex-prêtres excommuniés puis absous, fonctionna jusqu'en 1953. Au n° 2, la Maison des Patriarches, l'un des seuls lieux de culte protestant de la capitale, propriété de Jean Canaglia dit Jean Canaye, incendiée par les catholiques après le vacarme de St Médard le 28 décembre 1561. Au n° 3, le futur Hô Chi Minh, alors N'Guyen Ai Quôc, logea en 1923 au second siège de la revue "Le Paria", soutenue par Rachid Rida et Marcel Cachin.

Rue Censier et rue de la Clef — Santerre et Marius Jacob

Rue Censier, aux n° 21-25, l'ancien hôpital de la Miséricorde, dit des Cent-Filles, pour jeunes femmes nées hors mariage ; au n° 17, la maison natale, en 1752, d'Antoine-Joseph Santerre, futur meneur de la prise de la Bastille et des insurrections de 1792, devenu général et répresseur de la guerre de Vendée. Rue de la Clef, au n° 18, la demeure de l'écrivain contre-révolutionnaire Louis-Ange Pitou, déporté à Cayenne en 1797 ; vers 1900, un hôtel y accueillit l'anarchiste Alexandre Marius Jacob et sa bande des "Travailleurs de la nuit", qui inspira à Maurice Leblanc le personnage d'Arsène Lupin. Aux n° 12-14 se trouvait le pont aux Biches, enjambant un bras de la Bièvre.

Rue Scipion et rue du Fer à Moulin

Rue Scipion, au n° 13, l'Hôtel Scipion, bâti en 1532 pour Maurice du Bullioud, premier bâtiment de Paris construit en briques et pierres ; il appartint au financier génois Scipion Sardini, argentier de Catherine de Médicis, avant de devenir hôpital, prison pour mendiants, puis boulangerie des Hôpitaux de Paris. Rue du Fer à Moulin, aux n° 32 et 34, de remarquables cours pavées.

Vers l’arrêt 13 →
Descendez vers la rue de la Collégiale et le boulevard St Marcel, dernière ligne droite vers le carrefour des Gobelins.
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Arrêt 13
★ Incontournable ~10 min

De la Collégiale au carrefour des Gobelins

Un cimetière paléochrétien, un club révolutionnaire, et la fin du parcours sur le cours de la Bièvre.
📍 Rue de la Collégiale, boulevard St Marcel et carrefour des Gobelins, 5e arr.

Rue de la Collégiale, on découvrit en 1753 soixante-quatre cercueils du 5e siècle, dans un cimetière gallo-romain sans doute le premier de Paris à accueillir des chrétiens. Aux n° 3-6, l'emplacement de l'ancienne église St Martin, dans l'enceinte du Cloître St Marcel ; le club des Gobelins, du 21 mai 1790 à 1792, puis du Finistère de 1793 à 1795, y établit son siège pendant la Révolution.

Boulevard St Marcel, de nombreux Fédérés furent massacrés froidement le 25 mai 1871, après la prise d'une barricade qui barrait le boulevard.

Nous arrivons au carrefour des Gobelins : c'est la fin de notre parcours.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.