🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos
Balade · 3e–11e arr.

Balade autour de la République... mais quelle République ? La bourgeoise ou la sociale ?

Autour de la place de la République, deux siècles de barricades, de clubs et de music-halls : le Paris ouvrier et insurgé de 1789 à la Libération.
📍 15 arrêts
🚶 ~4.5 km
⏱ ~3h30
📖 3e–11e arr.
Balade autour de la République... mais quelle République ? La bourgeoise ou la sociale ?

Cette balade part de la place de la République, l'ancienne place du Château d'Eau — beaucoup plus petite que la place actuelle. Elle tirait son nom d'une fontaine inaugurée le 15 août 1811, d'abord à l'entrée du boulevard St Martin, puis déplacée à peu près là où se dresse aujourd'hui la statue de la République. Conçue en fonte par Pierre-Simon Girard, elle existe toujours : on peut la voir devant l'entrée de la Grande Halle de la Villette.

De la place, l'itinéraire descend le boulevard Voltaire, remonte vers les faubourgs Saint-Martin et du Temple, traverse le Marais, et revient au point de départ. À chaque pas surgit un épisode du Paris populaire et révolutionnaire : les barricades de Juin 1848 et de la Semaine sanglante de 1871, les clubs de 1848, les meetings ouvriers de la fin du Second Empire, les théâtres du « Boulevard du crime », et la Résistance sous l'Occupation. Autour de cette place emblématique, c'est toute la question du XIXe siècle qui se rejoue : la République bourgeoise, ou la République sociale ?

1
Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Place de la République

La place emblématique des manifestations parisiennes, deux fois transformée en champ de bataille.
📍 Place de la République, 10e / 11e arr.

Impossible de citer tous les événements qui se déroulèrent sur cette place parisienne emblématique, et encore moins toutes les manifestations qui en partirent ou y aboutirent, jusqu'à aujourd'hui.

La place du Château d'Eau devient place de la République en 1879. La statue qui personnifie la République n'est implantée qu'en 1883 ; en attendant, un modèle en plâtre la remplace à partir de 1880. Les 12 bas-reliefs en bronze qui entourent son socle, représentant les étapes de l'instauration de la République, sont faussement attribués à Aimé-Jules Dalou : ils sont en fait l'œuvre du sculpteur Léopold Morice — il n'était pas question d'accepter l'œuvre d'un ancien Communard. On finit tout de même par utiliser le projet de Dalou : c'est le groupe qui orne la place de la Nation.

Faisons le tour de la place dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

Un siècle de manifestations

Le 13 juin 1849, une manifestation organisée à l'initiative de Ledru-Rollin par les députés « néo-montagnards » contre la déclaration de guerre à la République Romaine par le prince-président débouche sur un simulacre d'insurrection vite réprimé, qui force ses meneurs à l'exil.

Le 24 août 1927, une importante manifestation se forme ici à l'annonce de l'exécution de Nicolas Sacco et Bartolomeo Vanzetti, donnant lieu à des heurts violents avec la police. Le 9 février 1934, lors de la manifestation des ligues fascistes, des affrontements éclatent entre la police et les contre-manifestants communistes. Le drapeau algérien apparaît pour la première fois dans une manifestation le 14 juillet 1935, brandi par des ouvriers de l'Étoile Nord-africaine, qui deviendra le Parti du Peuple Algérien en mars 1937.

Une manifestation monstre est organisée par le PCF le 28 mai 1952 contre la venue en Europe du général nord-américain Ridgway, fraîchement nommé à la tête de l'OTAN et accusé d'avoir utilisé des armes bactériologiques en Corée. Elle fera un mort et verra l'arrestation de Jacques Duclos, déclenchant l'« Affaire des pigeons ». Pierre Georges, alias colonel Fabien, avait été arrêté place de la République le 30 novembre 1942. Enfin, De Gaulle y présente le projet de constitution de la 5ème République le 4 septembre 1958.

N° 3 et n° 10 — Passage Vendôme et Magasins Réunis

Au n° 3, le passage Vendôme date de 1827, ce qui en fait un des plus anciens de Paris ; il fut rénové en 1869.

Au n° 10, les Magasins Réunis furent partiellement incendiés pendant la Semaine sanglante. Le 30 mai 1878, à l'occasion du centenaire de la mort de Voltaire, une manifestation en faveur des prisonniers politiques ayant été interdite, 5 à 6000 personnes se rassemblèrent dans ce qui était alors le cirque Myers. En juin 1848, 80 insurgés résistent trois jours aux assauts des troupes de Cavaignac et Lamoricière sur une barricade érigée à l'entrée de la rue du Fbg du Temple. Victor Hugo la décrit depuis la place du Château d'Eau ; lui qui déplorera plus tard la brutalité de la répression est à ce moment-là du mauvais côté des canons. Le 25 mai 1871, à nouveau une barricade et une résistance acharnée : les troupes versaillaises du général de Courcy prennent les Fédérés à revers en passant par les Magasins réunis. Brunel, Lisbonne, Theisz, Vermorel, Delescluze, Jourde et Lissagaray y participent avant de se replier sur le boulevard Voltaire. C'est là aussi que fut implanté l'embarcadère du Funiculaire, tramway tiré par un câble souterrain qui montait jusqu'à Belleville entre 1891 et 1924.

N° 12 — La caserne Vérines

La caserne Vérines est l'ancienne Caserne du Prince Eugène, construite en 1854 dans le cadre du plan haussmannien de quadrillage des quartiers ouvriers par de larges voies — Magenta, République, Voltaire, Turbigo — permettant le déplacement rapide de troupes et d'artillerie en cas d'émeute. Ce cher baron Haussmann se souciait bien des embarras de circulation, mais surtout de ceux du « Kapital » !

Brunel, général de la Commune qui avait compris le but de la manœuvre, s'en empara dès les premières heures du 18 mars 1871 avec deux bataillons de la 10ème légion de la Garde nationale. Pendant la Semaine sanglante, la caserne héberge un bataillon d'enfants de 10 à 16 ans, les Pupilles de la Commune, constitué le 21 mai. Une des nombreuses cours martiales de la répression y est installée dès le 26 mai, et des Communards y sont massacrés après un simulacre de jugement. En 1940, le réseau « Saint-Jacques » recrute le chef d'escadron de gendarmerie Jean Vérines qui, arrêté, déporté et exécuté par les nazis, donnera son nom à la caserne. Entre-temps, pendant l'Occupation, elle aura pris le nom d'Heinrich Himmler et sera le dernier bastion de résistance des SS lors de la Libération de Paris, le 25 août 1944.

Vers l’arrêt 2 →
Quittez la place par le boulevard Voltaire, en direction du sud-est.
2
Arrêt 2
★ Incontournable ~12 min

Boulevard Voltaire

L'une des principales lignes de défense des Fédérés en mai 1871, où mourut Delescluze.
📍 Boulevard Voltaire, à son débouché sur la place, 11e arr.

Aux n° 1-2, à son débouché sur la place, se trouvait pendant la Semaine sanglante une importante barricade du dispositif de défense du Château d'Eau, un des principaux points de résistance des Fédérés le 25 mai 1871. C'est là que se fit tuer volontairement, par désespoir, Charles Delescluze, vieux militant républicain et un des principaux dirigeants de la Commune.

Les combats furent acharnés. On était, avec les barricades du boulevard du Temple et de l'avenue de la République, sur la principale ligne de défense des quartiers ouvriers du 11ème arrondissement, dont la mairie abrita le Conseil de la Commune après la chute de l'Hôtel de Ville. Maxime Lisbonne, le « d'Artagnan de la Commune », y fut blessé mais secouru par Auguste Vermorel, touché grièvement quelques instants plus tard. Nombre de femmes, dont de très jeunes filles, participaient aux combats, ainsi qu'un bataillon de Pupilles de la Commune.

Passage du Jeu de Boules

À gauche, c'est le passage par lequel s'enfuirent les frères Theisz, Jaclard et Vermorel, portant le « citoyen Lisbonne » blessé.

Rue de Malte, n° 50 — Du Cirque Impérial à l'Alhambra

Au n° 50 de la rue de Malte (à gauche) s'élevait ce qui fut d'abord, en 1866, le Cirque Impérial, dirigé par Antonio Franconi ; le plus grand cirque d'Europe à l'époque, avec 5000 places. On le nomma ensuite Théâtre du Prince Impérial, où se tinrent 9 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire. À la chute de celui-ci, il devint le Théâtre du Château d'Eau ; l'Opéra Comique y fut transféré pendant la reconstruction de la salle Favart incendiée en 1887, et c'est là qu'eut lieu la première à Paris du « Crépuscule des dieux » de Richard Wagner, le 15 mai 1902.

En 1904, il devint l'Alhambra, célèbre music-hall qui prit dans les années 50 le nom de Maurice Chevalier ; lieu à la mode où se produisirent Yvette Guilbert, Fragson, Polin, Dalbret, Mayol, Polaire, le clown Grock, W. C. Fields, le magicien Houdini, Raimu et Mistinguett ; excusez du peu ! En 1936, il sera un temps dévolu au Parti Communiste Français sous le nom de Théâtre du peuple et de la République, dirigé par Louis Aragon et Jean-Paul Le Chanois ; Picasso en peindra le rideau de scène, une de ses premières œuvres « engagées ». La salle, qui aura vu entre-temps les débuts de la « môme Piaf », sera détruite en 1967.

Vers l’arrêt 3 →
Remontez le boulevard Voltaire, par la rue Rampon, jusqu'à la rue Léon Jouhaux.
3
Arrêt 3
★ Incontournable ~15 min

Rue Léon Jouhaux

L'ancienne rue Samson, ses barricades de 1848 et le Tivoli-Vauxhall, foyer des clubs révolutionnaires.
📍 Rue Léon Jouhaux (aller-retour), 10e arr.

La rue s'appelait autrefois rue Samson, baptisée ainsi en l'honneur de la fameuse dynastie de bourreaux de Paris qui l'habita, puis rue de la Douane. Le 25 juin 1848 y fut érigée une barricade dont les combattants résistèrent longtemps aux troupes du général Lamoricière.

Au n° 4, sur l'emplacement de la caserne, se trouvait le Diorama de Louis Daguerre, construit en 1822 et disparu dans un incendie le 3 mars 1839. Aux n° 11-13, l'Hôtel des Douanes, qui avait donné son nom à la rue, fut transformé en entrepôt de matériel saisi au marché noir pendant l'Occupation.

N° 12-16 — Le Tivoli-Vauxhall et les clubs de 1848

Face au diorama se trouvait le Tivoli-Vauxhall, créé par l'artificier italien Torré en 1764. Pendant la Révolution de 1848, il abrita de nombreux clubs : l'Association des Combattants Lyonnais de 1832 et 1834, présidée par Picot-Guéraud et Béranger ; la Société démocratique du 5ème arrondissement, présidée par Labelonye et Favrel ; le Club des Épiciers véridiques, présidé par Arthur de Bonnard, Junius Hamel et Legenvre, qui éditait un journal intitulé « le Salut social ».

À la fin du Second Empire s'y tint, le 17 juin 1868, la première réunion publique non autorisée après l'interdiction du 6 du même mois. Le 15 février 1871, 3000 gardes nationaux s'y réunissaient pour désigner une Commission d'élaboration des statuts d'une Fédération de la garde nationale. Le général Clément Thomas qui la commandait dut démissionner. Le 24, 500 délégués adoptent ces statuts et décident de la constitution d'un Comité Central : les gardes nationaux qui s'en revendiquent deviennent les « Fédérés ». Ce processus conduira à la proclamation de la Commune, mais le Comité Central de la Garde nationale restera un organisme concurrent du Conseil de la Commune, ce qui constituera sans doute un des facteurs de la défaite. Le 15 mars, Giuseppe Garibaldi est acclamé général en chef par les délégués de 215 bataillons, mais il refuse ; on élit alors 38 membres du CC, dont Eugène Varlin, Adolphe Clémence et Adolphe Assi.

Meetings ouvriers de la Belle Époque

Le 7 janvier 1893, une violente bagarre éclate lors d'une réunion tenue ici sur l'affaire de Panamá. Le 28 avril 1905 s'y déroule un meeting d'unification socialiste au cours duquel Gustave Hervé propose, en cas de conflit, la grève des réservistes — comme beaucoup d'autres, il retournera sa veste à la veille de la Première Guerre mondiale. Le 9 septembre 1907, Jean Jaurès y fait un compte-rendu du 7ème congrès de la IIème Internationale. Le 22 mars 1908, les ouvriers maçons et terrassiers s'y réunissent pour organiser une grève massive qui sera lock-outée par le patronat.

Vers l’arrêt 4 →
Poursuivez par la rue Beaurepaire (aller-retour), puis rejoignez le boulevard Saint-Martin.
4
Arrêt 4
★ Incontournable ~15 min

Rue Beaurepaire et boulevard Saint-Martin

Des barricades défendues par des enfants aux théâtres du Boulevard, et la maison natale de Méliès.
📍 Rue Beaurepaire et boulevard Saint-Martin, 10e arr.

Rue Beaurepaire, une barricade érigée pendant la Semaine sanglante fut défendue par un bataillon d'enfants, les Pupilles de la Commune, le 24 mai 1871. Au n° 2, à son domicile qui servait de boîte aux lettres du réseau Saint-Jacques, fut arrêté Jean Vérines, le 10 octobre 1941.

Sur le boulevard Saint-Martin, au n° 1, dans ces parages qui faisaient alors partie intégrante de la place, avait d'abord été implantée la fontaine dite le Château d'Eau. Un canon y fut installé le 25 juin 1848 pour prendre en enfilade la rue Samson et sa barricade.

Le théâtre de l'Ambigu

Au n° 2 ter, une manifestation antinazie de jeunes communistes, qui se déroulait le 13 août 1941 devant le théâtre de l'Ambigu, fut violemment dispersée par les Allemands : Henri Gautherot et Samuel Tyszelman furent arrêtés et fusillés six jours plus tard. Dans ce même théâtre de l'Ambigu, aujourd'hui disparu, eut lieu le 16 mai 1952, lors d'une représentation organisée par le PCF de la pièce de Roger Vailland « Le colonel Foster plaidera coupable », une bagarre avec les fascistes venus l'agresser — prétexte pour la préfecture à interdire le spectacle.

N° 11, 25 et 29 — Passages et maison natale de Méliès

Au n° 11, un immeuble possédant une sortie sur la rue Meslay permit à Peter Gingold, responsable régional de la contre-propagande communiste arrêté par les nazis, de s'évader le 23 mars 1943 en prétendant indiquer une planque à la Gestapo. Au n° 25, le passage Meslay fut ouvert en 1887. Au n° 29, dans le passage des Orgues, naquit le futur illusionniste et cinéaste Georges Méliès le 8 décembre 1861.

Vers l’arrêt 5 →
Engagez-vous dans la rue René Boulanger, l'ancienne rue de Bondy.
5
Arrêt 5
Optionnel ~15 min

Rue René Boulanger

L'ancienne rue de Bondy : théâtres d'opérettes, orfèvrerie Christofle et repaires de la presse militante.
📍 Rue René Boulanger, 10e arr.

C'est l'ancienne rue de Bondy. Elle suit le tracé du chemin de contrescarpe d'un bastion de l'enceinte d'Henri II, construit vers 1560 et que Louis XIV fera raser en 1670.

Au n° 40 s'élevait le théâtre des Folies Dramatiques où furent créées de nombreuses opérettes, dont les Cloches de Corneville et Mme Angot en 1862. Wilhelm Dinesen, aristocrate danois observateur de la Commune, rapporte que le soir du 21 mai, alors que les Versaillais avaient déjà pénétré dans Paris, ce théâtre fonctionnait encore.

Demeures d'écrivains et d'artistes

Au n° 50, une mansarde fut habitée par le chansonnier Pierre-Jean de Béranger à 20 ans, en 1800. Au n° 7, le cabinet de travail de Paul de Kock, auteur populaire, où il meurt le 29 août 1871. Au n° 15, la demeure de Frédérick Lemaître, un des personnages des Enfants du Paradis de Carné. Au n° 68, la demeure du comte Séverin Taylor, protecteur des artistes qui avait négocié l'achat de l'obélisque de Louqsor ; il y meurt le 6 septembre 1879. Au n° 70, la Villa du Lavoir abrite un des seuls lavoirs subsistant à Paris.

Industrie, presse militante et franc-maçonnerie

Au n° 56, la première implantation, depuis 1830, de l'orfèvrerie Christofle, une des plus grosses entreprises parisiennes du milieu du 19ème siècle, employant 1400 personnes en 1850 — nous étions alors dans les faubourgs de la capitale. Au n° 60, siège en 1958 du mensuel « La Voie Communiste » animé par Gérard Spitzer, Denis Berger et Félix Guattari, groupe de soutien au FLN ; Spitzer fera 18 mois de prison. Aux n° 80 et 84, l'emplacement d'une manufacture de porcelaine fondée par le duc d'Angoulême en 1781 et d'un poste de gardes-françaises de 1772. Au 23 rue de Bondy, la demeure de Louis Roëttiers de Montaleau, qui organisa des réunions clandestines du Grand Orient de France renaissant en 1796.

Vers l’arrêt 6 →
Rejoignez le boulevard Saint-Martin (aller-retour) jusqu'à la Porte Saint-Martin.
6
Arrêt 6
★ Incontournable ~12 min

Boulevard Saint-Martin et la Porte Saint-Martin

Un arc de triomphe pris pour une porte, et l'emplacement d'un Opéra bâti en 65 jours.
📍 Boulevard Saint-Martin, 10e arr.

Au n° 57, siège du Club réformiste des commerçants-locataires en mars 1848, présidé par un certain Sanguinède. Au n° 55, la porte St Martin n'en fut jamais une : il s'agit d'un arc de triomphe dressé en 1674 pour célébrer la prise de Besançon par Louis XIV. De violents combats s'y déroulèrent pendant la révolution de 1848, le 23 février.

N° 18 — Cimetière protestant puis Opéra

À cet emplacement se trouvait un ancien cimetière réservé aux protestants étrangers de 1720 à 1762, les protestants français n'ayant alors droit ni de cité ni de sépulture depuis la révocation de l'édit de Nantes. Sur son emplacement, Marie-Antoinette fit construire en 65 jours, en 1781, une salle destinée à accueillir l'Opéra après l'incendie de celle du Palais Royal. Ce fut la 4ème salle à abriter l'institution, mais elle ne prit le titre officiel d'Opéra de Paris que de 1791 à 1794. L'Opéra ferma le 12 juillet 1789 en protestation contre le renvoi de Necker ; le 12 juillet 1791, le cortège emmenant la dépouille de Voltaire au Panthéon s'y arrête un moment.

Le Théâtre de la Porte Saint-Martin

Après quelques années de fermeture, la salle reprend du service en 1802 sous le nom de Théâtre de la Porte St Martin, surnommé l'Opéra du Peuple. Pendant la Monarchie de juillet, il se spécialise dans le répertoire romantique : on y crée « Marion Delorme » en 1831 et « Lucrèce Borgia » en 1833. Lors de l'insurrection du 5 juin 1832, Alexandre Dumas père, mis en joue par un soldat, parvient à s'y réfugier. Pendant le siège de Paris en 1870, on y organise des lectures publiques des « Châtiments » de Victor Hugo, dont la recette sert à financer des canons — ces canons dont Thiers essaiera de s'emparer en mars 1871. Pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871, des Fédérés s'y retranchent ; le théâtre est incendié et entièrement détruit par les obus versaillais.

Vers l’arrêt 7 →
Remontez la rue du Faubourg Saint-Martin.
7
Arrêt 7
★ Incontournable ~15 min

Rue du Faubourg Saint-Martin

Un nid de clubs de 1848, un attentat anarchiste raté et le berceau de l'Union des Femmes.
📍 Rue du Faubourg Saint-Martin, 10e arr.

Au n° 7, après la Semaine sanglante, de fausses rumeurs furent répandues par les Versaillais pour discréditer la Commune, comme celle de la découverte ici d'une conduite explosive destinée à détruire le 10ème arrondissement. Aux n° 11, 40 et 42 siégeaient plusieurs clubs fondés pendant la Révolution de 1848 : le club des Blessés de Février, le club des Droits civiques, le club de l'Union, le club démocratique de l'Équité, le Club des Blessés et Combattants de la barricade St Merry présidé par Kersausie, et le Club de l'Union fraternelle.

Au n° 43, le passage Brady, l'un des plus anciens de Paris, fut inauguré le 15 avril 1828.

N° 47 et 59 — Anarchisme et chanson sociale

Au n° 47, l'Hôtel de la Renaissance : dans une de ses chambres, Amédée Pauwels, alias Rabardy, militant anarchiste belge, attira des policiers pour les entraîner dans la mort le 21 février 1894, avec une bombe fournie par Émile Henry — sans doute une des premières tentatives d'attentat-suicide, mais la bombe n'explosa pas. Au n° 59, demeure en 1919 de Gaston Montéhus, chanteur socialiste auteur du fameux « Gloire au 17ème », apprécié par Lénine qui s'était lié d'amitié avec lui.

N° 65 et 72 — Le Tapis Rouge et l'Union des Femmes

Au n° 65, à l'emplacement de la « Grille St Martin », poste d'octroi de 1722, le magasin « Au Tapis Rouge », ancêtre des magasins à bon marché entre 1784 et 1892, fut incendié par le général Brunel pour couvrir sa retraite pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871. Au n° 72, à la place de la mairie du Xème arrondissement se trouvait en 1848 une caserne de la garde municipale prise d'assaut par les Insurgés le 23 février pour se procurer des armes. Pendant la Commune, la Mairie abrita le siège de l'Union des Femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés, animée par des Internationalistes dont Elisabeth Dmitrieff, Nathalie Le Mel et Aline Jacquier ; fondée le 11 avril 1871, elle fut associée à la Commission d'enquête et d'organisation du travail du Conseil de la Commune.

Vers l’arrêt 8 →
Tournez à droite dans la rue du Château d'Eau.
8
Arrêt 8
★ Incontournable ~15 min

Rue du Château d'Eau

La maison la plus étroite de Paris, la Bourse du Travail et les débuts de Louise Michel institutrice.
📍 Rue du Château d'Eau, 10e arr.

Au n° 72, loge de concierge de Mme Louise Bonnefoy qui dirige, à la tête d'un bataillon féminin, la construction de la barricade du Château d'Eau le 24 mai 1871 ; elle sera condamnée à la déportation, peine commuée le 15 janvier 1879 en quinze ans de détention (Maitron). Au n° 54, siège des revues « la Révolution prolétarienne », créée par Pierre Monatte et Alfred Rosmer en 1925, et « le Cri du Peuple » en 1929. Au n° 39, la maison la plus étroite de Paris, large de 1,20 m pour une hauteur de 5 m.

Sièges militants et Église schismatique

Au n° 36, local du Parti Communiste Internationaliste (PCI), dirigé par Pierre Frank et Raymond Molinier à la fin des années 1930. Au n° 32, siège de l'« Église catholique française », animée par François Châtel, église schismatique fondée en 1830. Aux n° 31-33, le marché du Château d'Eau, construit sous le Second Empire, abrita pendant la Commune un parc d'artillerie dont les troupes versaillaises du général Garnier s'emparèrent le 25 mai 1871. Au n° 16, siège des Jeunesses communistes et du journal « Le Conscrit », dirigés par Jacques Doriot, Morucci et Jean-Marie Clamamus avant guerre.

N° 14 — Louise Michel institutrice

Au n° 14, la pension de Mme Vollier fut la première école où enseigna Louise Michel à son arrivée à Paris en 1856.

Vers l’arrêt 9 →
Regagnez l'extrémité de la rue du Château d'Eau, vers la Bourse du Travail, en passant par la rue Pierre Chausson.
9
Arrêt 9
★ Incontournable ~12 min

La Bourse du Travail

Le foyer du syndicalisme parisien, occupé trois fois par la troupe entre 1893 et 1908.
📍 Extrémité de la rue du Château d'Eau, 10e arr.

Au n° 1, sous le Second Empire, se trouvait ici une salle où se tinrent en 1863-1864 des meetings interdits en faveur des blessés de l'insurrection polonaise. Ce soutien, organisé dans plusieurs pays d'Europe, fut un des facteurs de résurgence du mouvement ouvrier après les hécatombes de 1848 et 1851.

Au n° 3, la Bourse du Travail est inaugurée le 22 mai 1892, à la suite du 1er congrès de la Fédération des bourses du travail tenu le 7 février de la même année.

Trois occupations par la troupe

Charles Dupuy, nouveau président du Conseil, fait fermer la Bourse le 1er mars 1893, puis à nouveau — cette fois pour 3 ans, avec occupation par la troupe — avec le préfet Poubelle le 7 juillet, entraînant l'arrestation de nombreux militants syndicaux. Clemenceau la fait occuper par l'armée le 1er mai 1906, en même temps qu'il fait arrêter Victor Griffuelhes, Émile Pouget et Alphonse Merrhiem. De violentes bagarres ont lieu autour de la Bourse le 3 août 1908, à la suite des « tueries » de Villeneuve St Georges et Draveil : Clemenceau fait arrêter 31 dirigeants de la CGT qui, décapitée de ses militants les plus fermes, abandonnera la ligne « syndicaliste révolutionnaire ». Le futur « tigre » mérita cette fois le surnom d'« empereur des mouchards ».

Boulevard de Magenta — Ravachol et la presse ouvrière

En descendant vers le boulevard de Magenta : au n° 25, demeure de Georges Arnold, membre du premier Comité central de la Garde nationale puis de la Commune. Au n° 22, l'emplacement du restaurant Véry devant lequel est arrêté François Claudius Koenigstein, dit Ravachol, reconnu par le garçon de café Lherot le 30 mars 1892 ; le 25 avril, Théodule Meunier, pour venger Ravachol, y déposait une bombe qui fit un mort. Au n° 10, siège du journal « La Bataille syndicaliste », animé par Pierre Monatte, Léon Jouhaux et Victor Griffuelhes, un des auteurs de la Charte d'Amiens. Au n° 6, la salle Jules, où se produisit le groupe des « Poètes et chansonniers socialistes » puis « révolutionnaires » — dont Jean Baptiste Clément, Gaston Couté et Sébastien Faure — et le groupe « La Muse Rouge », auquel participa Louise Michel. Au n° 3, demeure de Jacques Bonsergent, premier Résistant civil parisien fusillé par les nazis le 23 décembre 1940.

Vers l’arrêt 10 →
Depuis l'extrémité de la rue du Château d'Eau, gagnez la rue Albert Thomas via la cour du Vauxhall, puis les rues Beaurepaire et Yves Toudic.
10
Arrêt 10
Optionnel ~12 min

Rue Albert Thomas et rue Yves Toudic

Les bourreaux Sanson, Baudelaire, et la maison où Daguerre inventa le premier portrait photographique.
📍 Rue Albert Thomas et rue Yves Toudic, 10e arr.

Rue Albert Thomas, au n° 27, l'emplacement approximatif de la demeure du dernier bourreau de la dynastie des Sanson, 31 bis rue des Marais du Temple, vers 1840. Lui succéda, de 1846 à 1852, un poète que cette adresse dut particulièrement inspirer : un certain Charles Baudelaire. Au 17 rue des Marais du Temple habita Philippe-Antoine Merlin, dit Merlin de Douai, membre de la Constituante puis de la Convention, devenu ministre de la Justice sous le Directoire.

Rue Yves Toudic — Comité Central et Daguerre

Au n° 13, premier siège de l'Union des Coopératives jusqu'à la Première Guerre mondiale. Au n° 2, premier transfert du siège du Comité Central de la Garde nationale récemment constitué, dirigé par Édouard Moreau et Georges Arnold en 1871. Au n° 1, l'emplacement approximatif de la demeure de Louis Daguerre, située derrière son Diorama. C'est de la terrasse de sa maison qu'il prit en 1838 le fameux daguerréotype du boulevard du Temple, sur lequel figure la première représentation photographique d'un être humain : le client d'un cireur de chaussures resté suffisamment immobile pour figurer sur le cliché. Une barricade dressée pendant la Semaine sanglante à l'angle de cette rue fut défendue le 24 mai 1871 par les Pupilles de la Commune.

Vers l’arrêt 11 →
Rejoignez la rue du Faubourg du Temple, puis remontez vers la rue de la Fontaine au Roi.
11
Arrêt 11
★ Incontournable ~15 min

Faubourg du Temple et rue de la Fontaine au Roi

Le premier cirque permanent de Paris, un toast d'Évariste Galois, et l'ultime barricade de la Commune.
📍 Rue du Faubourg du Temple et rue de la Fontaine au Roi, 11e arr.

Rue du Faubourg du Temple, au n° 16, l'emplacement de l'amphithéâtre de Philip Astley, puis du cirque Olympique d'Antonio Franconi, premier cirque permanent à Paris après celui de Londres, de 1783 à 1795. Au n° 17, la demeure de Jean-Louis Pendy, dit Pindy, membre de la Commune de 1871. Au n° 29, le restaurant « Aux vendanges de Bourgogne » : un banquet y est offert par 700 électeurs aux députés parisiens de l'opposition le 1er avril 1830, quatre mois avant la révolution qui porta au pouvoir Louis-Philippe 1er. Le 9 mai 1831, un autre banquet y est organisé par la Société des Amis du Peuple contre la Monarchie de juillet : le jeune mathématicien Évariste Galois y porta un toast « à Louis-Philippe, s'il trahit ! », un couteau à la main.

Rue de la Fontaine au Roi — La dernière barricade

La rue de la Fontaine au Roi fut rebaptisée rue de la Fontaine Nationale en 1792, et rue de la Fontaine au Tyran pendant la révolution de 1848. Au n° 1, la barricade de la Fontaine au roi : Eugène Protot, blanquiste, membre de la Commune, y est blessé au visage le 26 mai 1871 et parvient à se réfugier en Suisse. Un gamin pris sur cette barricade le 28 mai demande à porter sa montre à sa mère ; les Versaillais, vu son âge, le laissent filer et sont très étonnés de le voir revenir pour se faire fusiller. Eugène Varlin, les frères Ferré et Jean Baptiste Clément luttent jusqu'au dernier moment sur cette barricade, un des ultimes points de résistance des Communards ; Clément dédiera son « Temps des cerises » à une jeune ambulancière prénommée Louise. Aux n° 14-17, une plaque commémore ce qui aurait été la dernière barricade de la Commune.

Saint-Ambroise et le Bataclan (traversée du boulevard Voltaire)

En traversant vers le boulevard Voltaire : au n° 71 bis, l'église St Ambroise, siège du club des Prolétaires pendant la Commune et transformée en arsenal le 4 mai 1871 ; les Sans-papiers l'occuperont en août 1996. Aux n° 55-60, une barricade fut érigée à l'angle du bd Richard-Lenoir pendant la Semaine sanglante pour la défense de la mairie du 11ème, refuge du Conseil de la Commune, qui y tint sa dernière réunion le 25 mai 1871. Au n° 50, le Ba Ta Clan, salle construite en 1864 en forme de pagode, accueillit de nombreuses réunions politiques pendant le siège de Paris à l'initiative des Internationaux : Augustin Avrial, Albert Theisz et Léo Fränkel.

Vers l’arrêt 12 →
Traversez vers le Marais par le passage St Pierre Amelot et la rue Amelot, en direction du boulevard des Filles du Calvaire.
12
Arrêt 12
Optionnel ~12 min

Rue Amelot et boulevard des Filles du Calvaire

Aux lisières du Marais : la Ligue des Justes, Vidocq et les réseaux de la Résistance.
📍 Passage St Pierre Amelot, rue Amelot et bd des Filles du Calvaire, 11e / 3e arr.

Dans le passage St Pierre Amelot se tenait le café Schiever, lieu de réunions vers 1836 de la Ligue des Justes, créée par le tailleur Wilhelm Weiltling et rassemblant des ouvriers « allemands » exilés en France — l'Allemagne n'existait pas encore comme État.

Rue Amelot, aux n° 83-85, le mur qui borde cet ancien chemin de contrescarpe comporte des pierres provenant des bastions de l'enceinte de Louis XIII. Au n° 82, l'emplacement d'une manufacture de faïence fine dite du Pont aux Choux, fondée par Claude Imbert Guérin en 1749 ; s'y trouva plus tard la demeure d'Eugène-François Vidocq, ancien repris de justice qui créa et dirigea la Sûreté nationale, mort ici à 82 ans le 11 mai 1857.

Boulevard des Filles du Calvaire — Réseaux et enceinte de Louis XIII

Au n° 20, le cabinet d'architecte de Vivier servait de couverture au Bureau des opérations aériennes pendant l'Occupation ; Vivier et Jean Ayral y sont arrêtés le 28 avril 1943 après une trahison. Au n° 14, le magasin de la maison de disques « La Voix des Nôtres », qui diffusait aux abonnés du « Populaire » les chants révolutionnaires en 1929. Au n° 2, l'emplacement de la porte St Louis de l'enceinte de Louis XIII, construite en 1637 : posté au 4ème étage de l'immeuble faisant face à la rue du Pont aux Choux, un Insurgé tireur adroit tient en respect les troupes de l'« Ordre » le 25 juin 1848 — scène décrite dans « Choses vues » par Victor Hugo.

Vers l’arrêt 13 →
Enfoncez-vous dans le Marais par les rues Froissard et de Commines, jusqu'à la rue de Bretagne.
13
Arrêt 13
★ Incontournable ~15 min

Le Marais : de Karl Marx aux Enfants Rouges

La demeure parisienne de Marx, le plus vieux marché de Paris et les vestiges du prieuré du Temple.
📍 Rues de Commines, de Bretagne et Charlot, 3e arr.

Rue de Commines (aller-retour), au n° 10, l'emplacement de la demeure de Karl Marx, dans ce qui était alors la rue Neuve de Ménilmontant. Il vient de rédiger avec Engels le Manifeste communiste ; expulsé de Belgique, il arrive à Paris le 5 mars 1848, invité par Ferdinand Flocon, membre du gouvernement provisoire de la Seconde République. Il installe ici le siège de la Ligue des Communistes allemands avant de quitter la France dès juin pour Cologne, où il fonde la « Nouvelle gazette rhénane ».

Rue de Bretagne — Presse et Enfants Rouges

Au n° 14, siège commun de l'Agence de presse Libération et du journal du même nom, créés par Maurice Clavel, Jean-Paul Sartre et Serge July en février 1973. Au n° 39, une librairie anarchiste publiait en 1935 les textes de Nestor Makhno. Au n° 41, le Marché des Enfants Rouges, créé en 1628, le plus ancien de Paris encore existant.

Rue Charlot — Convention, Temple et Enfants Rouges

Au n° 37, la demeure d'Edmond Dubois de Crancé, dit Dubois-Crancé, député Montagnard à la Convention, à l'origine de la création de la Garde Nationale. Au n° 73, les vestiges d'une tour de l'enceinte du prieuré du Temple, édifié en 1240. Au n° 83, l'emplacement de l'entrée de l'Hôpital des orphelins, dit des Enfants Rouges, construit en 1534 ; on voit encore des vestiges du mur de la chapelle dans la cour du 90. Au n° 85, siège de l'Union des Coopératives financé par la Verrerie ouvrière d'Albi et la Bellevilloise en 1919, puis annexe Eugène Varlin de la Bourse du Travail ; Jean le Rond d'Alembert y fut hébergé pendant sa convalescence par Claude-Henri Watelet à partir du 25 juillet 1765.

Vers l’arrêt 14 →
Poursuivez par les rues de Turenne et de Saintonge, vers le boulevard du Temple.
14
Arrêt 14
Optionnel ~12 min

Rues de Turenne et de Saintonge

La fontaine Boucherat, les clubs du Marais de 1848 et la première adresse parisienne de Robespierre.
📍 Rues de Turenne et de Saintonge, 3e arr.

Rue de Turenne, au n° 133, la Fontaine Boucherat, réalisée en 1699 par Jean Beausire, alimentée à l'origine par les eaux de Belleville. Le club des Travailleurs du Marais se réunissait en mars 1848 dans cette rue, qui s'appelait alors rue St Louis, dans une école communale présidée par un certain Turmel. Victor Hugo et Antoine Galy-Cazalat, délégués de l'Assemblée nationale, tentent de parlementer avec les Insurgés le 24 juin 1848, puis assistent à la prise de la barricade.

Rue de Saintonge — Robert Challe et Robespierre

Au n° 54, la maison natale en 1659 de Robert Challe, écrivain aventurier pillé par Voltaire et Diderot. Au n° 64, l'emplacement de la demeure de Maximilien Robespierre à son arrivée à Paris, de 1789 à 1791.

Vers l’arrêt 15 →
Gagnez le boulevard du Temple, l'ancien « Boulevard du crime ».
15
Arrêt 15
★ Incontournable ~18 min

Le boulevard du Temple — Le Boulevard du crime

La rangée légendaire des théâtres populaires, la machine infernale de Fieschi et le cabinet de cire de Curtius.
📍 Boulevard du Temple, 3e / 11e arr.

L'arrière des immeubles des n° 1-17 suit le tracé de l'enceinte de Charles V, construite en 1364. Au n° 27, l'emplacement du café du Cadran Bleu où Bancelin et Antoine Santerre préparèrent le 9 août 1792 la prise des Tuileries ; Honoré de Balzac le fréquente et le cite dans ses romans. Au n° 29, le café Turc, ouvert par Bonvalet en 1780, rendez-vous des représentants de la gauche sous la Seconde République — Victor Hugo, Michel de Bourges — investi par la police lors du coup d'État du 2 décembre 1851. Au n° 41, l'ancien jeu de paume devenu le Théâtre Déjazet, dernier survivant des théâtres du « Boulevard du crime » : c'est sur les marches qui y mènent que meurt Charles Delescluze le 25 mai 1871.

N° 42 et 46 — Fieschi et le cabinet de cire de Curtius

Au n° 42, l'emplacement de l'appartement loué par Fieschi pour installer sa machine infernale destinée à abattre Louis-Philippe lors d'une revue sur le boulevard du Temple le 28 juillet 1835 : il rata sa cible mais fit 19 morts, dont le maréchal Mortier. Plus tard, un nouvel immeuble abrita le magasin d'Emmanuel Frémiet, auteur de la statue de Jeanne d'Arc, et de 1856 à 1869 Gustave Flaubert y habita au 3ème étage. Au n° 46, le cabinet de figures de cire de Philippe Mathé-Curtz, dit Curtius, installé en 1782 : il y forma sa nièce Marie Grosholtz, la future Madame Tussaud.

La grande rangée des théâtres

Au n° 52, le théâtre des Délassements Comiques où Aristide Plancher Valcour déchira le voile de gaze en criant « vive la liberté » le 14 juillet 1789. Au n° 54, le théâtre des Variétés Amusantes, où Frédérick Lemaître débuta à 15 ans, devenu le Théâtre des Funambules où triompha le mime Jean-Baptiste Gaspard Debureau. Au n° 58, le Théâtre de Nicolet, premier théâtre installé sur le boulevard, devenu la Gaîté en 1792. Au n° 62, le Théâtre Audinot puis Ambigu Comique, où Frédérick Lemaître triompha en Robert Macaire dans « l'Auberge des Adrets » en 1824. Au n° 66, le Cirque Olympique de la famille Franconi. Au n° 72, le Théâtre Historique créé par Alexandre Dumas père, où Étienne Mélingue crée « la Reine Margot » et « le Chevalier de Maison-Rouge », dont le « Chœur des Girondins » sera repris par les Insurgés de Février 1848 ; Jules Massenet y fut remarqué par Hector Berlioz en 1859.

Vers l’arrêt 16 →
Regagnez la place de la République : le parcours s'achève à son point de départ.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.