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Balade · 3e–4e arr.

Beaubourg, Arts-et-métiers, Temple... L'émergence de « la sociale »

Des ruelles médiévales de Beaubourg au square du Temple, sur les traces du mouvement ouvrier naissant, de l'Internationale à la Commune.
📍 17 arrêts
🚶 ~4.5 km
~3h30
📖 3e–4e arr.
Beaubourg, Arts-et-métiers, Temple... L'émergence de « la sociale »

Bien difficile, aujourd'hui, d'imaginer l'entrelacs de ruelles enchevêtrées autour de l'ancienne voie romaine, prolongement sur la rive droite du Cardo de Lutèce, l'actuelle rue Saint-Martin. Victor Hugo lui-même aurait, en ce début du 21ème siècle, du mal à retrouver l'emplacement du cabaret Corinthe, ou celui de la barricade Saint-Merry.

La barricade de la rue Saint-Merry en 1832

1830, 1832, 1834, 1839, 1848 à deux reprises — en février et en juin —, 1849, 1851, 1871 : autant de dates marquées par des insurrections qui investirent ce quartier, un des plus industrieux alors de la capitale. Des dates qui correspondent précisément à une période où émergeait, un demi-siècle à peine après la révolution bourgeoise de 1789, une nouvelle classe sociale à laquelle Guillaume Desjardins donna en 1832 le nom de « Prolétariat ».

Est-ce un hasard si les premiers bouleversements de la géographie parisienne s'effectuèrent dans ce secteur, avec Rambuteau d'abord, timidement, puis à la hache avec Haussmann, qui perce les rues Beaubourg et de Turbigo débouchant sur la place — pas encore « de la République » — où l'on construisit la caserne du Prince Eugène, garnison à usage de sécurité explicitement « intérieure » ? C'est du coup le quartier où s'installent à la fin du Second Empire les premières organisations ouvrières, et en particulier l'Association Internationale des Travailleurs fondée à Londres en 1864.

Claude-Philibert BARTHELOT de RAMBUTEAU

Georges Eugène HAUSSMANN, caricature

Et c'est donc ce quartier que nous allons parcourir cette fois, en évoquant ces événements qui ponctuèrent la naissance du Mouvement Ouvrier.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~12 min

Place Georges Pompidou et rue Saint-Martin

Sous « l'usine à culture », l'ancienne voie romaine et le berceau de l'Académie française.
📍 Place Georges Pompidou / rue Saint-Martin, 4e arr.

Pas grand-chose à dire de cette place et de « l'usine à culture » qui la domine. Le centre Pompidou, dont l'architecture fut tant décriée lors de sa construction, est aujourd'hui intégré dans le paysage parisien. Il faut dire que celui dont il porte le nom n'avait pas fait dans la dentelle en matière d'urbanisation sauvage : il se dispute avec Haussmann le prix Attila. Le gamin de la Porte des Lilas que je suis ne peut lui pardonner ce qu'il a fait de la place des Fêtes et de ses alentours.

Toujours est-il que Beaubourg constitue aujourd'hui un des lieux les plus vivants de la capitale ; une vie bien mercantilo-touristique, mais une certaine vie malgré tout. Foin de nostalgie : vivons avec notre temps, même s'il est bon de voyager un peu dans le passé afin d'en tirer des leçons pour le présent... et pour l'avenir. N'est-ce pas l'objet même de ce site ?

C'est dans la partie de la rue Saint-Martin « face à la rue de Venise » qu'habitait Valentin Conrart. Il réunissait chez lui un certain nombre de littérateurs qui constituèrent le noyau de la future Académie française, fondée quelques années plus tard par Richelieu. L'histoire de cette prestigieuse institution a retenu que la première de ses « séances » aurait eu lieu ici le 22 février 1629. On peut admirer au passage la belle fontaine Maubuée, survivante des temps anciens, à l'angle de ce qui reste de l'étroite rue de Venise.

Vers l’arrêt 2 →
Prenez la rue Rambuteau à droite, première artère moderne percée dans le vieux Paris.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~18 min

Rue Rambuteau et rue du Temple

La première percée « moderne » de Paris, une taverne révolutionnaire et l'enceinte de Philippe Auguste.
📍 Rue Rambuteau et rue du Temple, 3e / 4e arr.

La rue Rambuteau fut la première artère moderne percée dans le centre de Paris, resté jusqu'alors très médiéval... et insalubre, il faut le dire. De violents combats s'y déroulèrent, sur une barricade dont nous ignorons l'emplacement, en février 1848.

La rue du Temple, à gauche, longe le tracé de l'enceinte de Philippe Auguste et concentre une extraordinaire densité d'histoire, de la première porte du Temple (60-62, percée en 1288 et démolie en 1536) aux hôtels particuliers qui virent naître la science moderne, les grandes fortunes du commerce et les militantes de la Commune.

18 rue Rambuteau — La Taverne de la Révolution française

Maxime Lisbonne, le « citoyen Lisbonne », revenu de déportation, transforma le 1er avril 1886 le théâtre des Folies Rambuteau en Taverne de la Révolution française. Les serveurs y étaient déguisés en sans-culottes. Le d'Artagnan de la Commune en fit bien d'autres du même tonneau...

60-62 rue du Temple — Enceinte de Philippe Auguste et fondateurs de la Samaritaine

Au 60 se trouvait l'emplacement du magasin « À la Belle Héloïse », où se connurent Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, futurs fondateurs de la Samaritaine. Au 62, le passage Sainte-Avoie suit précisément le tracé de l'enceinte de Philippe Auguste, construite en 1190. Le connétable Anne de Montmorency mourut dans l'Hôtel de Mesmes après le combat de Saint-Denis contre les huguenots, le 10 novembre 1567 ; son fils, le duc François de Montmorency, gouverneur de Paris et chef du parti modéré, démissionna quinze jours avant la Saint-Barthélemy en 1572. L'Hôtel de Mesmes deviendra le siège de la Banque générale de dépôt le 2 mai 1716.

71 rue du Temple — Hôtel de Saint-Aignan et les Garnier-Pagès

Au 69 subsistent les vestiges d'une tour de l'enceinte de Philippe Auguste, avec un vieux puits qui traverse la cave. Au 71, l'Hôtel de Saint-Aignan fut la demeure de Claude de Mesmes, ministre des Finances de Louis XIV en 1641. Il abrita le siège de la 7ème municipalité en 1795, puis la mairie de l'ancien 7ème arrondissement de 1800 à 1823. Ce sera par la suite, alors au 57 rue Sainte-Avoye, la demeure des frères Étienne et Louis-Antoine Garnier-Pagès, quartier général de la Commune centrale républicaine pendant les Trois Glorieuses, les 27, 28 et 29 juillet 1830.

77 rue du Temple — Jean-Baptiste Bouchotte

Demeure de Jean-Baptiste Bouchotte, ministre de la Guerre sous la Convention en 1791. Une plaque le rappelle.

79 rue du Temple — L'Hôtel de Montmor, de la science à la Commune

Haut lieu de la science au 17ème siècle, l'Hôtel de Montmor fut en 1628 le théâtre de la controverse sur la circulation sanguine, entre « circulateurs » derrière William Harvey et galianistes « anticirculateurs ». Gassendi y fut hébergé à la fin de sa vie par Henri-Louis Habert de Montmor, son ami et mécène, jusqu'à sa mort le 24 octobre 1655. Lieu de culture aussi, où se rencontraient toutes les gloires de l'époque, de Mme de Sévigné à Molière, qui y fit une lecture de son Tartuffe. En 1871, l'hôtel devint un lieu de réunions pour les femmes de la Commune, dont Elisabeth Dmitrieff et Nathalie Le Mel, militantes de l'Association Internationale des Travailleurs. Au 82 se trouvait l'échelle de justice du Grand prieur du Temple, où l'on exposait les condamnés jusqu'en 1780.

Vers l’arrêt 3 →
Revenez vers la rue Michel le Comte, à gauche.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~15 min

Rue Michel le Comte

Les encyclopédistes, la naissance de Mme de Staël et l'Union des Associations ouvrières de 1848.
📍 Rue Michel le Comte, 3e arr.

C'est dans la rue Michel le Comte qu'habitait Charles Hotman, receveur de l'évêque de Paris, qui fonda en 1585 la « Sainte union », représentée par les Seize quarteniers de Paris, étroitement liée à la « Sainte Ligue ». Le nom de cette rue est à l'origine d'une vieille expression parisienne — on la fait remonter à 1806 — qui consiste à dire « ça f'ra la rue Michel » pour signifier « ça fera le compte ».

21-22 rue Michel le Comte — De la Résistance à la Garde nationale

Au 21, demeure de Jacques Lipa, militant PCF-MOI du groupe de Marcel Rajman ; il hébergeait une certaine Lucienne, dite la rouquine, qui allait le trahir et provoquer de nombreuses arrestations en 1942. Au 22 demeura, de 1784 à 1799, Edmond Dubois-Crancé, député Montagnard à la Convention et ministre de la Guerre sous le Directoire ; c'est lui qui avait créé la Garde Nationale le 13 juillet 1789.

24-25 rue Michel le Comte — La nourrice de d'Alembert et un théâtre éphémère

C'est au 24, et non au 21 comme l'indique un panneau erroné, qu'habitait la nourrice de Jean le Rond d'Alembert, Étiennette Gabrielle Ponthieux, chez qui le futur encyclopédiste, abandonné par sa mère Mme de Tencin sur les marches de la chapelle Jean le Rond, fut placé en 1718 ; il garda avec elle des liens étroits jusqu'à sa mort en 1783. Au 25, le jeu de paume de la Fontaine fut transformé en théâtre au début du 17ème siècle et investi par la troupe de Guillaume Desgilberts, dit Mondory, en 1632 ; théâtre éphémère, disparu dans un incendie en 1634.

28 rue Michel le Comte — L'Hôtel d'Hallwyll et la naissance de Mme de Staël

Emplacement de l'Hôtel d'Hallwyll, construit par Claude-Nicolas Ledoux, siège de la banque Thellusson et demeure de Jacques Necker de 1757 à 1767. Sa femme y tenait un salon fréquenté entre autres par Friedrich Melchior Grimm et les encyclopédistes. Leur fille Germaine y naquit en 1766 ; elle épousera un certain M. de Staël. Il subsiste une belle pompe à eau en plomb à gauche dans la cour.

35-37 rue Michel le Comte — Les clubs ouvriers de 1848

Au 35 se réunissait le club du Progrès démocratique, affilié à la Société des Droits de l'Homme, pendant la Révolution de 1848 ; son président était un certain Fontaine. Au 36, une réunion politique publique eut lieu à la fin du Second Empire. Au 37 siégeait, en 1849 et 1850, l'Union des Associations Ouvrières, rassemblant 104 associations sociales et professionnelles, à laquelle appartenaient Jeanne Deroin, Pauline Roland et Gustave Lefrançais, militant anarchiste et futur membre de la Commune, à qui Eugène Pottier dédiera un poème intitulé « l'Internationale ».

Vers l’arrêt 4 →
Rejoignez la rue Beaubourg, à gauche.
4
Arrêt 4
★ Incontournable ~15 min

Rue Beaubourg et impasse Berthaud

L'épicentre de l'insurrection de 1834, Blaise Pascal, le drapeau rouge des Canuts et le berceau de Corneille.
📍 Rue Beaubourg et impasse Berthaud, 3e / 4e arr.

La rue Beaubourg accueillit pendant la Révolution la Section de la rue Beaubourg, de 1790 à 1792, qui devint la Section de la Réunion de 1793 à 1795. En 1834, elle fut l'épicentre de l'insurrection déclenchée par un « Comité secret des Droits de l'Homme » en solidarité avec celle des travailleurs lyonnais. Nous reparlerons plus loin de la répression qui s'ensuivit et du massacre de la rue Transnonain.

54 rue Beaubourg — Albert Theisz

Demeure, en 1880 après son retour d'exil à Londres, d'Albert Theisz, ouvrier ciseleur sur bronze, un des premiers militants de l'Association Internationale des Travailleurs à Paris, membre de la Commune dont il fut le directeur des Postes, signataire du manifeste de la Minorité refusant la création d'un Comité de salut public.

44 rue Beaubourg — Blaise Pascal

Emplacement de la demeure de Blaise Pascal, du 1er décembre 1651 à 1653.

30-40 rue Beaubourg — Gibus, poterne et drapeau rouge

Au 40 se trouvait en 1830 une des deux fabriques parisiennes des célèbres chapeaux mécaniques hauts de forme appelés « gibus » ; toute une époque ! Aux 30-39, emplacement de la poterne Beaubourg, dite aussi Huydrelon, percée en 1270 dans l'enceinte de Philippe Auguste et détruite sous François 1er. Au 39, l'impasse Beaubourg, alors cul-de-sac des Anglais, abritait Eugène Charles Jeanne, un des meneurs de l'insurrection de Juin 1832, soupçonné d'avoir été un provocateur au profit des Carlistes. On soupçonne en particulier la « Société Gauloise », à laquelle il aurait appartenu, d'avoir été à l'origine de l'apparition du drapeau rouge des Canuts, portant l'inscription « Vivre libre ou mourir » : ironie de l'Histoire qui voudrait que la première apparition à Paris du futur emblème du mouvement ouvrier ait été une provocation.

Impasse Berthaud — Corneille et le Musée de la Poupée

Emplacement du jeu de paume du cul-de-sac Bertaud qui, comme beaucoup de ses congénères, fut transformé en théâtre pour accueillir la troupe de Mondory. Ce dernier y créa en 1629 le « Mélite » de Pierre Corneille. Le fond du passage abrite aujourd'hui le sympathique Musée de la Poupée.

Vers l’arrêt 5 →
Revenez sur vos pas dans la rue Beaubourg, prenez le passage du Maure à gauche, puis les rues Brantôme et Bernard de Clairvaux jusqu'à la rue Saint-Martin.
5
Arrêt 5
★ Incontournable ~12 min

Rue Saint-Martin et passage Molière

Les ménétriers, la maison natale de Nerval et le passage des Sans-culottes.
📍 Rue Saint-Martin (168-170) et passage Molière, 3e arr.

Aux 168-170 de la rue Saint-Martin se trouvait, depuis 1329, l'hôpital et la chapelle Saint-Julien des Ménétriers — descendants des « ménestrels » — qui hébergeait une confrérie de musiciens dont on pouvait louer les services jusqu'en 1776. Au 168 naquit, en 1808, Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval ; ex-96 rue Saint-Martin.

Passage Molière — Le passage des Sans-culottes

Construit en 1791, il fut rebaptisé « passage des Sans-culottes » en 1793. Le théâtre auquel il donnait accès prit les mêmes noms mais devint en 1807 celui de « Variétés étrangères ». En 1848, il hébergea le Club patriotique du 7ème arrondissement, plus connu sous le nom de « Club du passage Molière », qui participa activement à la journée du 15 mai 1848 et à l'insurrection de Juin. En 1835, Pierre-Jacques de Saint-Aulaire ouvre ici un cours d'art dramatique que fréquente la jeune Elsa Félix, qui deviendra la grande Rachel. Elle a alors 14 ans.

Vers l’arrêt 6 →
Prenez la rue Quincampoix à droite.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~15 min

Rue Quincampoix et rue aux Ours

La Bourse de Law et la Régence, l'imprimerie clandestine de Marat, le jeune Blanqui sur les barricades.
📍 Rue Quincampoix et rue aux Ours, 3e / 4e arr.

La rue aux Ours n'a rien à voir avec les plantigrades, mais avec un palmipède beaucoup moins dangereux : une déformation bien parisienne de la rue aux « oues », autrement dit la rue aux oies. Le jeune Auguste Blanqui y fut blessé au cou lors d'une émeute contre Charles X à propos des élections, le 19 novembre 1827. C'était la première fois qu'on revoyait s'ériger des barricades dans la capitale depuis 1797.

90 rue Quincampoix — La Bourse de Law et l'imprimerie de Marat

C'est ici que se trouvait la cloche annonçant la fin des séances de la Bourse de Law, installée dans cette rue en 1718-1719. Le « Bossu » de Paul Féval illustre très bien l'ambiance qui régnait dans cette rue à l'époque de la Régence et de la « folle aventure » de la Compagnie du Mississipi. C'est également dans cette rue que Jean-Paul Marat installa son imprimerie clandestine alors qu'il était recherché après la fusillade du Champ de Mars le 17 juillet 1791. Maximilien Robespierre, Jean-Baptiste Drouet et Choderlos de Laclos s'y rencontraient pour la diffusion du Journal des Jacobins.

8-13 rue aux Ours — Le Palais des Fêtes et la Résistance

Au 8, emplacement du Palais des Fêtes, donnant également sur le 199 rue Saint-Martin, où Armand Guerra organisa une présentation de son film sur la Commune de 1871, un des seuls jamais réalisés ; projection à laquelle assistaient Jean Allemane, Zéphirin Camélinat et Nathalie Le Mel, le 18 mars 1914. Au 13, Meier List, alias Markus, ancien d'Espagne et réorganisateur du bataillon juif de la MOI, fut arrêté dans un bistrot où il mangeait régulièrement malgré les consignes, le 2 juillet 1943.

Vers l’arrêt 7 →
Reprenez la rue Saint-Martin à gauche.
7
Arrêt 7
★ Incontournable ~18 min

Rue Saint-Martin, rue Chapon et rue Transnonain

La première matinée Dada, les fiacres du passage de l'Ancre et le massacre de la rue Transnonain par Daumier.
📍 Rue Saint-Martin (199-223), rue Chapon et rue Beaubourg (angle Transnonain), 3e arr.

Cette section de la rue Saint-Martin concentre trois âges de Paris : la porte médiévale de Philippe Auguste, l'avant-garde artistique du 20ème siècle et la mémoire brûlante de la répression ouvrière. Les immeubles du 59 au 103 de la rue Beaubourg constituent ce qui reste de la rue Transnonain, effacée par l'aménagement de la voie en 1854, dans le but explicite de casser ce « quartier des émeutes et des barricades ».

199 rue Saint-Martin — Porte Saint-Martin et la première matinée Dada

Emplacement de la porte Saint-Martin de l'enceinte de Philippe Auguste, construite vers 1190 et démolie en 1532. Ici se trouvait le Palais des Fêtes, fondé par Lucien Israël en 1912, siège des éditions « La Chanson du peuple » liées au journal « La Guerre sociale ». S'y tenaient des réunions de la revue « Littérature » qui organisa, le 23 janvier 1920, la première matinée du mouvement Dada. Étaient présents Louis Aragon, Tristan Tzara et André Breton.

223 rue Saint-Martin — Le passage de l'Ancre et les premiers fiacres

Le passage de l'Ancre, un des plus anciens de Paris, abritait en 1637 la remise de ces voitures de location qu'avait inventées Nicolas Sauvage vingt ans plus tôt. Elles prirent le nom de fiacres en référence au saint que les cochers avaient pris pour protecteur. Ce furent les premières voitures publiques de la capitale. Là encore, comme en de nombreux carrefours parisiens, les lettres « St » ont été grattées du nom de la rue « Martin » pendant la Révolution.

Rue Chapon — La barricade de 1849

Une barricade y fut dressée le 13 juin 1849 lors d'une insurrection contre la déclaration de guerre à la République Romaine par le « prince-président », Louis-Napoléon Bonaparte. Sept militants républicains furent tués dans les combats contre les troupes de celui qui allait bientôt devenir « Napoléon le petit », alias Badinguet.

79-81 rue Beaubourg — L'inscription « rue Transnonain » et le massacre de 1834

Au 81 se trouvait la boutique « Au Cotillon du Prolétariat », tenue par Henri Audouin en 1910, dédiée aux insignes et drapeaux du mouvement ouvrier. Au 79, l'inscription « rue Transnonain » subsiste à l'angle de la rue Chapon, où les lettres « St » ont été grattées en 1793 sur l'ancienne rue « du Cimetière St Nicolas ». Au 71, l'ancien hôtel Impérator, transformé en cantine de la Wehrmacht, vit Pierre Tourette mener une action à la tête de deux groupes de Résistants des Bataillons de la Jeunesse le 14 décembre 1941. Au 62, sur l'emplacement du 12 rue Transnonain, lors de l'insurrection du 14 avril 1834, la troupe du 25ème de ligne massacra tous les habitants d'un immeuble — hommes, femmes, vieillards, enfants — sous prétexte qu'un coup de feu en serait parti. Le ministre de l'Intérieur qui chapeautait cette répression s'appelait Adolphe Thiers ; eh oui, déjà ! Le général Bugeaud hérita à cette occasion du surnom de « boucher de la rue Transnonain ». Une célèbre lithographie d'Honoré Daumier illustre cet épisode barbare.

Vers l’arrêt 8 →
Prenez la rue de Montmorency à gauche.
8
Arrêt 8
★ Incontournable ~12 min

Rue de Montmorency

La plus vieille maison de Paris, Nicolas Flamel, la marquise de Sévigné et le surintendant Fouquet.
📍 Rue de Montmorency, 3e arr.

La rue de Montmorency fut rebaptisée rue de la Réunion pendant la Révolution, de 1793 à 1806. Comme toutes les rues du quartier, elle fut le théâtre de combats lors de l'insurrection de 1834.

51 rue de Montmorency — La maison de Nicolas Flamel

Demeure de Nicolas Flamel et de dame Pernelle, sa femme. Réputée la plus vieille maison de Paris, elle fut construite en 1407 pour ce couple de philanthropes à qui une légende tenace attribue la découverte de la pierre philosophale. Les légendes parisiennes ont la vie dure ; et c'est quelque part tant mieux.

8-10 rue de Montmorency — La Ruche ouvrière et la marquise de Sévigné

Au 10, librairie et imprimerie de la Ruche ouvrière, tenue entre 1948 et 1972 par Yervant Aprahamiantz, dit Monsieur Jean, libraire anarchiste. Au 8, emplacement de la demeure de la marquise de Sévigné, dans ce qui était alors la rue Courteauvilain, en 1676 et 1677.

5-7 rue de Montmorency — Nicolas Fouquet

Hôtel construit pour le connétable de Montmorency ; demeure de Nicolas Fouquet, surintendant des finances de Louis XIV qui eut le destin que l'on sait, de 1651 à 1658.

Vers l’arrêt 9 →
Rejoignez la rue Chapon puis le passage des Gravilliers, jusqu'à la rue des Gravilliers.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~18 min

Rue Chapon et rue des Gravilliers

Le premier siège de l'Internationale à Paris, dans l'écurie de d'Artagnan.
📍 Rue Chapon et rue des Gravilliers, 3e arr.

Une barricade fut dressée rue des Gravilliers lors de l'insurrection du 13 juin 1849, en opposition à l'intervention française aux côtés du pape contre la jeune République Romaine. Ce quartier industrieux, criblé de cours et de passages — la cour de Rome (24), le passage Alombert (26), le passage Barrois (34) —, fut le premier foyer parisien de l'Association Internationale des Travailleurs.

Rue Chapon — Résistance et second siège de l'AIT

Au 4, demeure prétendue de Jean Bart, corsaire de Louis XIV, qui n'y habita en fait jamais. Au 10, une imprimerie clandestine édita dès 1940 plusieurs journaux de la Résistance, dont « Libération-Nord », dirigée par Henri Chevessier, déporté et mort à Buchenwald. Au 16, second siège de l'AIT, du 12 mars 1868 à 1869 : Eugène Varlin y avait remplacé Henri Tolain à la tête de la section parisienne, qui éditait La Tribune ouvrière.

44 rue des Gravilliers — Le premier siège de l'Internationale

Premier siège de l'Association Internationale des Travailleurs à Paris, installé à partir du 8 janvier 1865 au fond de la cour à gauche, dans l'ancienne écurie de Charles de Baatz-Castelmore d'Artagnan. Le local était loué par le décorateur Ernest-Édouard Fribourg, un des participants au meeting londonien de fondation. Zéphirin Camélinat, ouvrier bronzier proudhonien et futur membre de la Commune, habitait dans l'immeuble sur rue ; il est l'un des membres fondateurs de l'AIT, alors dirigée par Henri Tolain, Charles Limousin et Joseph Perrachon. La section française restera dans ce local exigu jusqu'aux poursuites de février 1868. C'est Eugène Varlin qui militera pour sa reconstitution et en prendra la tête avec Benoît Malon, lui donnant une orientation « collectiviste », plus politique et révolutionnaire.

71-88 rue des Gravilliers — Camélinat bronzier et le complot de Cadoudal

Au 71, l'atelier de Monsieur Levèque, fabricant de petits bronzes, fut le second lieu d'apprentissage de Rémy-Zéphirin Camélinat en 1865. Il deviendra un compagnon bronzier renommé, appelé pour la décoration de l'Opéra Garnier, et sera avec Albert Theisz l'instigateur d'une des plus importantes grèves de la fin du Second Empire, celle des ouvriers bronziers. C'est de lui qu'il est question dans la chanson de 1880 de Maurice Mac-Nab et Camille Baron, « le Grand métingue du Métropolitain » : « Y'avait Basly, le mineur indomptable, Camélinat, l'orgueil du pays ». Au 88, cachette des complices du complot de Georges Cadoudal contre Bonaparte, arrêtés ici le 4 mars 1804.

Vers l’arrêt 10 →
Rejoignez la rue au Maire, à droite via la rue de Turbigo.
10
Arrêt 10
★ Incontournable ~15 min

Rue au Maire, rue des Vertus et rue Volta

La planque de Manouchian, la fausse plus vieille maison de Paris et Michel Zévaco.
📍 Rue au Maire, rue des Vertus et rue Volta, 3e arr.

La rue au Maire fut, comme tant d'autres ici, le lieu d'une barricade le 13 juin 1849. Elle porte surtout la mémoire de la Résistance immigrée et des grands rassemblements ouvriers de 1870.

19 rue au Maire — La planque de Missak Manouchian

Planque du poète et Résistant arménien Missak Manouchian, chef du groupe FTP-MOI dit de l'Affiche rouge. Une plaque rend hommage aux membres de son organisation exécutés avec lui au Mont Valérien le 21 février 1944 et à Olga Bancic, décapitée à la hache en Allemagne le 10 mai de la même année. Au 14 demeurait Raymonde Royal, jeune militante du PCF morte à Auschwitz avec sa mère. Au 4, à l'emplacement de l'école de la rue « Aumaire », Henri Tolain réunit 400 à 500 délégués ouvriers le 5 septembre 1870, lendemain de la proclamation de la Troisième République.

8 rue des Vertus — Auguste Viard

Demeure d'Auguste Viard, membre du premier Comité central de la Garde nationale en 1871, puis membre de la Commune, franc-maçon et anarchiste, condamné à mort par contumace mais réfugié à Londres.

Rue Volta — La fausse plus vieille maison de Paris et Michel Zévaco

Au 3, la maison à colombages que l'on crut longtemps être de 1292 — ce qui en faisait la plus ancienne de Paris — se révéla en fait un pastiche de demeure moyenâgeuse construit en 1644. Au 18 demeura Michel Zévaco, militant anarchiste et auteur de la série des « Pardaillan », qui habita ici au sortir de l'armée, en 1888. Au 22, la femme du père Reuss, fabricant de tubes en cuivre et « payse » de Zéphirin Camélinat, aida ce dernier à s'instruire en autodidacte à son arrivée dans la capitale en 1856. Au 24, le club de la Montagne, créé en mars 1848, était un club très « radical » où il fut question de « faire bouillir le sang des aristos... pour nourrir les prolétaires affamés ».

Vers l’arrêt 11 →
Rejoignez la rue de Turbigo puis la rue Bailly, vers le Conservatoire des Arts et Métiers.
11
Arrêt 11
Optionnel ~12 min

Rue de Turbigo et rue Bailly

La caryatide « ange du bizarre », la Semaine sanglante et la tour du prieuré Saint-Martin.
📍 Rue de Turbigo et rue Bailly, 3e arr.

Cette boucle autour du Conservatoire mêle les combats de la Commune, la mémoire de l'Occupation et les vestiges du vieux prieuré Saint-Martin des Champs.

50-57 rue de Turbigo — Réquisitions, Semaine sanglante et l'ange du bizarre

Au 50 siégea, pendant l'Occupation, la Direction des affaires de réquisition et d'occupation (DRO) : 38 à 40 000 appartements furent réquisitionnés dans Paris pour le compte des nazis entre le 9 avril 1941 et la Libération. Au 53, une barricade érigée face aux Arts et Métiers fut le théâtre d'âpres combats le 25 mai 1871, pendant la Semaine sanglante. Au 57, remarquez sur la façade la plus grande caryatide de Paris, que d'aucuns désignent comme « l'ange du bizarre », peut-être en référence à la nouvelle d'Edgar Allan Poe traduite par Baudelaire.

7 rue Bailly — La tour du prieuré Saint-Martin des Champs

Une tour du prieuré Saint-Martin des Champs, construit en 1250, sert d'escalier à cet immeuble situé dans l'angle de la rue en « L » qui suit le contour de l'ancienne enceinte.

Vers l’arrêt 12 →
Prenez la rue Beaubourg à droite, traversez la rue de Turbigo, puis la rue Réaumur à gauche jusqu'à la rue Saint-Martin.
12
Arrêt 12
★ Incontournable ~20 min

Rue Saint-Martin — Le Conservatoire des Arts et Métiers

L'église Saint-Nicolas des Champs, le prieuré devenu Conservatoire, et Karl Marx à Paris en 1848.
📍 Rue Saint-Martin (241-353), 3e arr.

Nous voici au cœur historique de la balade. Au carrefour de la rue au Maire se trouvait autrefois l'échelle de Justice du prieuré Saint-Martin. Toute cette portion de la rue Saint-Martin, de l'église Saint-Nicolas des Champs au Conservatoire des Arts et Métiers, fut un foyer permanent d'insurrections, de clubs et de sciences — le lieu même où le prieuré médiéval devint, par décret révolutionnaire, un temple du savoir populaire.

252bis rue Saint-Martin — L'église Saint-Nicolas des Champs

Le 30 septembre 1790, la foule attend à la sortie de la messe, au cri de « à bas la calotte », le curé qui avait renvoyé un chantre progressiste. À sa place, c'est Jacques Roux, un « curé rouge », qui est nommé vicaire en 1791. L'église est consacrée « Temple de l'Hymen et de la Fidélité » par décret du 2 prairial an III (21 mai 1795). Le 6 mai 1871, une réunion du Club Nicolas des Champs s'y tient à l'initiative de Paule Minck, pour une tentative de fédération des clubs révolutionnaires. Une batterie de canons fut positionnée sur le parvis le 6 juin 1832, la première fois à Paris qu'on les utilisait contre une barricade — celle de la rue Saint-Merry, décrite par Balzac dans ses « Illusions perdues ». Au 261, une barricade dressée face au Conservatoire fut l'épicentre de l'insurrection avortée du 13 juin 1849, impulsée par Ledru-Rollin.

271-292 rue Saint-Martin — Lacenaire, la tour-prison et Victor Hugo

Au 271, dans le passage du Cheval rouge, Lacenaire et son complice Pierre-Victor Avril assassinent Chardon, dit Tante Madeleine, le 14 décembre 1834. Au 292, une tour bien conservée de 1140, de l'enceinte du prieuré Saint-Martin des Champs, servit de prison aux moines, puis fut sauvée d'un démolisseur en 1880 par Victor Hugo, qui écrivit à cette occasion : « démolir la tour, non, l'architecte, oui ! ». Dans cette prison devenue royale, on enfermait entre 1719 et 1785 les « filles publiques » avant de les déporter en Louisiane. En faisant quelques pas dans la rue du Vertbois, on aperçoit un pan du mur d'enceinte crénelé. Au 320 siégea le journal anarchiste « Le Réfractaire », édité en 1971 par Louis Lecoin et May Picqueray. Au 353, emplacement de la porte Saint-Martin de l'enceinte de Charles V, construite en 1383.

292 rue Saint-Martin — Le prieuré devenu Conservatoire, et Karl Marx

Un oratoire fut construit ici, sur le lieu du supposé miracle de Saint Martin de Tours qui aurait guéri un lépreux en 385, remplacé vers 1140 par l'église actuelle, une des plus anciennes de Paris et la première à comporter des voûtes en ogive. Elle sert aujourd'hui de salle d'exposition au musée national des Arts et Métiers. Du 21 mai 1790 à 1795, la « ci-devant église Martin des Champs » accueillit la Section des Gravilliers, animée par Jacques Roux, auteur du « Manifeste des Enragés ». Après la déclaration de la « Patrie en danger » le 11 juillet 1792, le prieuré fut transformé en manufacture d'armes, puis affecté par la Convention, sur proposition de l'abbé Grégoire, au Conservatoire des Arts et Métiers le 10 octobre 1794. Champagny y créa la fameuse École. La première ascension scientifique en ballon libre, par Jean-Baptiste Biot et Louis Joseph Gay-Lussac, eut lieu ici le 20 août 1804. En mars 1848, le Club central de la Société des Droits de l'homme s'y installe, regroupant Armand Barbès et Aloysius Huber. Karl Marx, invité à Paris par Ferdinand Flocon, y prend la parole le jour même de son arrivée, le 5 mars 1848, arrivant de Bruxelles d'où il vient d'être expulsé. Lors de l'insurrection ratée du 13 juin 1849, Ledru-Rollin, Victor Considerant, Félix Pyat et Martin Nadaud se réunissent dans l'amphithéâtre pour constituer une Convention nationale ; la troupe du général Changarnier intervient, c'est la débandade. Dans le square Émile Chautemps voisin se dresse une colonne commémorant une des premières boucheries modernes, la guerre de Crimée.

Vers l’arrêt 13 →
Prenez la rue Meslay, ancien chemin de ronde des remparts de Charles V.
13
Arrêt 13
★ Incontournable ~18 min

Rue Meslay et rue du Temple

George Sand et Méliès, le mécanicien de la Commune Avrial, et les bouches de métro de Guimard.
📍 Rue Meslay et rue du Temple (169-207), 3e arr.

La rue Meslay était, entre 1364 et 1696, une section du chemin de ronde des remparts de Charles V. Mary Wollstonecraft, féministe anglaise liée aux Girondins, amie de Condorcet et de Manon Roland, auteure de « Défense des droits de la femme », y demeura entre 1792 et 1794.

63-57 rue Meslay — Westermann et l'usine Jacob

Au 63 demeura le général François-Joseph Westermann, qui participa à la prise des Tuileries mais se rendit surtout célèbre par ses atrocités dans la répression de la Vendée, dont il se vanta : « Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher. J'ai tout exterminé ». Au 57, l'usine Jacob (ex-77 rue Meslée) était la plus importante fabrique de meubles de l'époque, employant 350 ouvriers, jusqu'à sa faillite le 15 octobre 1813.

46-36 rue Meslay — George Sand, Augustin Avrial et Georges Méliès

Au 46 (ex-15 rue Meslée) naquit, le 1er juillet 1804, Aurore Dupin, la future George Sand. Au 36 demeura Augustin Avrial, mécanicien, ex-membre de l'Association Internationale des Travailleurs, élu au Conseil de la Commune de 1871, condamné à mort par contumace. Inventeur d'une machine à coudre pneumatique révolutionnaire, il fut escroqué par son associé et ruiné. C'est aussi passage des Orgues, débouchant au 36, que naquit Georges Méliès le 8 décembre 1861.

15-2 rue Meslay — Marie Dorval, les Vésuviennes et Yves Toudic

Au 15 demeura l'actrice Marie Dorval, célèbre interprète des personnages de Dumas père ; le soir de la première d'« Antony », le 3 mai 1831, le public la raccompagna jusque chez elle. Au 14 (alors 14 rue Ste Appoline) se trouvait le bureau d'enrôlement des « Vésuviennes » : en mars 1848, un canular d'appel à une cohorte féminine prit un tour sérieux, la révolution de 1848 voyant l'apparition des premières organisations de femmes dans la vie politique. Au 2, Yves Toudic, militant du PCF et dirigeant du syndicat CGT du Bâtiment, fut abattu par les Brigades spéciales le 14 juillet 1944.

207-195 rue du Temple — Porte de Charles V, Section du Temple et métro Guimard

Au 207, emplacement de la seconde porte du Temple, celle de l'enceinte de Charles V, de 1364 à 1678. Au 199, l'église du couvent des pères de Nazareth fut le siège de la Section du Temple à partir du 21 mai 1790 ; à l'angle de la rue de Turbigo, admirez la bouche de métro art-nouveau dessinée par Hector Guimard en 1904. Au 195, l'église Sainte-Élisabeth de Hongrie fut une succursale du Club Nicolas des Champs pendant la Commune en 1871.

Vers l’arrêt 14 →
Rejoignez la rue de Turbigo, puis les rues Sainte-Élisabeth et des Fontaines du Temple, vers le square du Temple.
14
Arrêt 14
★ Incontournable ~20 min

Autour du square du Temple — Turgot, Madelonnettes et le prieuré des Templiers

L'école Turgot pépinière de la Commune, la prison des Madelonnettes et l'enclos disparu des Templiers.
📍 Rue de Turbigo, rue des Fontaines du Temple, rue du Temple (169-165) et square du Temple, 3e arr.

Nous approchons du cœur symbolique du quartier : l'enclos du Temple, dont il ne reste pas une pierre, mais dont la mémoire — templiers, prison de Louis XVI, école de la Commune — imprègne chaque rue alentour.

Rue de Turbigo — Mendès France, l'école Turgot et la Commune

Au 97 demeura Ély May, intendant de la Commune de 1871. Au 85, une planque de Joseph Boczor, chef du 4ème détachement FTP-MOI dit des dérailleurs, fusillé de l'Affiche rouge. Au 75 naquit, le 11 janvier 1907, Pierre Mendès France, futur Président du Conseil. Au 69, l'école Turgot, où Rémy-Zéphirin Camélinat suivait des cours d'anglais en 1856, abrita à partir du 27 novembre 1870 un Club de la Solidarité animé par la Ligue républicaine, dont Théodore Sapia, Charles Beslay et Édouard Vaillant. En 1871, la Commission de l'Enseignement de la Commune y siège : Joanny Rama, Henri Bellenger et Édouard Vaillant y créent « l'Éducation nouvelle », prônant l'éducation gratuite, obligatoire, laïque et intégrale.

Rue des Fontaines du Temple — La prison des Madelonnettes

Au 12, emplacement de l'entrée du couvent des Madelonnettes, créé en 1620 pour les prostituées repenties (un pan de mur subsiste au n° 6). Transformé en prison pendant la Terreur, il vit le marquis de Sade interné en décembre 1793, puis en 1862 Auguste Poulet-Malassis, l'éditeur de Baudelaire, incarcéré pour dettes. Rue Sainte-Élisabeth, une école communale abrita en avril 1848 le Club républicain socialiste du 6ème arrondissement ; au 12 professa Charles Gounod.

169-165 rue du Temple — La Garde nationale, les Éditions Sociales et Cartouche

Au 169 demeura Courty, président de la commission de la Fédération de la Garde nationale, chez qui se tint le 19 février 1871 une réunion de préparation des statuts de la Fédération. Au 168, ancien siège des « Éditions Sociales » puis de « La Pensée ». Au 166 demeura Jules Vallez, dit Jules Vallès, à son retour d'exil en 1880. Au 165, emplacement présumé du cabaret « Au Charriot d'Or », fréquenté par Louis-Dominique Bourguignon alias Cartouche et sa bande en 1719.

Square du Temple — L'enclos disparu des Templiers

Le square a été aménagé sur l'emplacement de l'enclos édifié à partir des années 1140 par l'ordre militaire des Templiers. C'est dans son enceinte que se trouvait la fameuse tour du Temple où furent enfermés Louis XVI et sa famille en 1792. Le 30 décembre 1306, Jacques de Molay, grand maître de l'ordre, donne ici asile à Philippe le Bel lors d'une émeute ; on sait comment il en sera remercié — arrêté l'année suivante et brûlé vif le 18 mars 1314. En 1594, le prieuré est offert aux bâtards royaux. Durant la Régence, sous l'égide de Philippe de Vendôme, s'y organisèrent des orgies mémorables dont serait issue l'expression « boire comme un Templier », en référence aux compagnons de beuveries de Jean de La Fontaine et de Ninon de Lenclos. Fouquier-Tinville, l'Accusateur public du Tribunal révolutionnaire, habita une maison de cet enclos. Par décret du 16 mars 1808, Napoléon 1er décida de raser le Temple : le donjon disparut en 1811, le prieuré en 1854.

Vers l’arrêt 15 →
Prenez la rue Eugène Spuller, le long de la mairie du 3ème arrondissement.
15
Arrêt 15
★ Incontournable ~15 min

Rue Eugène Spuller — La tour du Temple

Là où Louis XVI et sa famille furent emprisonnés, et où furent enfermés les Égaux et Toussaint Louverture.
📍 Rue Eugène Spuller, 3e arr.

Au 2, emplacement de la tour du Temple, également appelée tour de César. C'est ici que furent arrêtés Jacques de Molay et nombre de templiers le vendredi 13 octobre 1307 — événement qui serait à l'origine de la superstition du vendredi 13. Le donjon fut transformé en prison pour les personnalités : Enguerrand de Marigny y séjourna en 1315 avant d'être pendu. Et c'est dans cette tour que furent enfermés Louis XVI, Marie-Antoinette et leurs enfants, le 13 août 1792. C'est le fameux Palloy, le démolisseur de la Bastille, qui construisit le mur destiné à mieux les isoler. Les « septembriseurs » vinrent y présenter à Marie-Antoinette la tête décapitée de la princesse de Lamballe. C'est là qu'on notifia à Louis Capet l'abolition de la royauté le 21 septembre 1792, et là, sans doute, que survint la mort du jeune Louis XVII, le 8 juin 1795.

La tour-prison des Égaux et de Toussaint Louverture

Marie-Thérèse-Charlotte, sœur de Louis XVII, fut échangée avec les Autrichiens contre les Conventionnels livrés à l'ennemi par la trahison de Dumouriez le 18 décembre 1795, parmi lesquels Jean-Baptiste Drouet. Les membres de la Conjuration des Égaux — Gracchus Babeuf, Augustin Darthé, Philippe Buonarroti, Sylvain Maréchal — y furent enfermés le 10 mai 1796. Toussaint Louverture y fut incarcéré en juillet 1802 avant son transfert au fort de Joux, où Napoléon 1er, restaurateur de l'esclavage, le fit mourir à petit feu. Le général Pichegru, compromis dans le complot de Cadoudal, s'y suicida le 6 avril 1804.

La mairie du 3e, la Commune et l'Occupation

Sur l'emplacement de la tour se trouve aujourd'hui la mairie du 3ème arrondissement. Le 28 janvier 1871, jour de la capitulation devant les Prussiens, des officiers de la Garde nationale rassemblés ici proposèrent de contre-attaquer. Le 28 février, 33 chefs de bataillons se rencontraient autour de Jules Bergeret pour s'opposer à l'entrée des troupes ennemies. De 1942 à 1944, Odette Pilpoul, employée de mairie et membre du mouvement « Résistance », fournit tickets de rationnement et faux papiers à un réseau d'aide aux juifs et aux réfractaires du STO ; elle sera déportée à Ravensbrück. Au 4, de nombreux Communards furent massacrés dans le Marché du Temple le 25 mai 1871, pendant la Semaine sanglante ; c'est là aussi que se tint la première Foire de Paris, avec 500 stands, le 17 mars 1904.

Vers l’arrêt 16 →
Prenez la rue Dupetit-Thouars, puis la cité du même nom, vers la rue de la Corderie.
16
Arrêt 16
★ Incontournable ~20 min

Rue de la Corderie — Le berceau de la Commune

Le local d'où partit la Commune, siège de l'Internationale et de la première Affiche rouge.
📍 Rue de la Corderie et rue Dupetit-Thouars, 3e arr.

Au 14 de la rue de la Corderie se trouve un des hauts lieux du mouvement ouvrier en France. Ce fut d'abord, dans les années 1850, le Bal Montier, où répétaient trois sociétés chantantes ouvrières dont celle des « Enfants du Temple ». On y trouvait des chansonniers prolétaires comme Charles Colmance, qui interprétait « Le chant de l'Arabe », chanson anticolonialiste composée après l'agression de l'Algérie. En chemin, la Muse Rouge se produisit rue Dupetit-Thouars (10) en décembre 1918, tandis que la cité Dupetit-Thouars offre un coup d'œil dans un passage hors du temps.

14 rue de la Corderie — L'Internationale et la Chambre fédérale

Début 1869 s'installe, au 2ème étage, la Chambre fédérale des sociétés ouvrières, dirigée par des membres de l'Association Internationale des Travailleurs, dont Eugène Varlin et Albert Theisz. Elle se donne un journal, « La Voix du Peuple », animé par Augustin Avrial. L'AIT elle-même, qu'on appelle déjà « l'Internationale », installe la même année au 3ème étage le siège de sa Fédération parisienne, dont les statuts ont été adoptés par 1200 délégués.

14 rue de la Corderie — Les Affiches rouges et le déclenchement de la Commune

Le 4 septembre 1870, jour de la proclamation de la Troisième République, la Fédération publie une adresse au peuple allemand l'invitant à la paix. Un Comité central de Défense nationale des Vingt arrondissements est créé le 11 septembre. Le 15, Longuet, Malon, Lefrançais, Vallès, Ranvier, Millière, Pindy et Gaillard — 48 délégués — rédigent un texte des revendications populaires : ce sera la première « Affiche rouge ». Une seconde affiche rouge réclamant la Commune est éditée le 6 janvier 1871. Le 16 février, c'est d'ici que partira le signal du processus qui aboutira, suite au coup de force de Adolphe Thiers le 18 mars, à la proclamation de la Commune. Le 11 avril, le Conseil fédéral de l'AIT exclut Henri Tolain, rallié à Versailles. Le 20 mai, une réunion présidée par André Bastelica débat du retrait des Internationaux du Conseil de la Commune après la création du Comité de salut public ; mais le lendemain, les Versaillais entraient dans Paris.

14 rue de la Corderie — Les funérailles des Lafargue et Lénine

Le 3 décembre 1911, c'est d'ici que part le cortège funéraire de Paul Lafargue et Laura Marx vers le Père-Lachaise. Sont présents Alexandra Kollontaï et Lénine, qui prononce en français leur éloge funèbre. Au 1 rue Dupetit-Thouars, à l'angle de la rue de Picardie, se trouvait autrefois l'ancien Marché du Temple, une rotonde où se tenait déjà le commerce du drap.

Vers l’arrêt 17 →
Prenez la rue Béranger, puis le passage Vendôme vers la place de la République.
17
Arrêt 17
★ Incontournable ~15 min

Rue Béranger et place de la République

L'affaire du collier de la reine, le théâtre Déjazet et le terme du parcours place de la République.
📍 Rue Béranger, passage Vendôme et place de la République, 3e arr.

La rue Béranger nous mène vers le terme du parcours. Au 5, l'Hôtel de la Haye vit mourir le chansonnier populaire Pierre-Jean de Béranger le 16 juillet 1857. Au 7, l'Hôtel de l'Intendance fut la demeure de Louis Bénigne Bertier de Sauvigny, soupçonné de détournements et massacré le 22 juillet 1789 avec son beau-père Joseph François Foullon. Au 10 demeura en 1824 Frédérick Lemaître, créateur du personnage de Robert Macaire et campé plus tard par Pierre Brasseur dans les « Enfants du Paradis » de Marcel Carné.

11-14 rue Béranger — Le collier de la reine et le théâtre Déjazet

Au 11, emplacement de l'ancienne mairie du 3ème arrondissement, où fut créée en août 1861 la « Bibliothèque des Amis de l'Instruction », fréquentée par les ouvriers du quartier dont Albert Theisz. Au 14, emplacement de la joaillerie de Bœhmer et Bassanges, les fournisseurs du collier de la reine dont l'affaire déclencha en 1785 un scandale qui ne fut pas pour rien dans le discrédit de la famille royale — Marie-Antoinette fut-elle innocente ? Là se trouvait aussi le plus beau jeu de paume de Paris, transformé en théâtre en 1786 : le théâtre Déjazet est le dernier survivant du « boulevard du Crime ». C'est dans la rue Béranger que Willy Schapiro, militant PCF membre des FTP-MOI, avait sa planque au printemps 1942.

Passage Vendôme et place de la République — Fin du parcours

Le passage Vendôme fut construit en 1827 et rénové par Soty en 1869. Il débouche sur la place de la République, dont la fontaine du Château d'Eau donna le premier nom. Ainsi s'achève, au pied de la grande statue de la République, ce parcours à travers le quartier où naquit « la sociale ».

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.