Châtelet, Beaubourg, Hôtel de Ville... Au cœur des révolutions
De la place du Châtelet à la place de Grève, deux mille ans d'insurrections, de supplices et de barricades dans un mouchoir de poche.
📍 11 arrêts
🚶 ~3.5 km
⏱ ~3h30
📖 1er–4e arr.
De la place du Châtelet à la place de Grève, cette promenade traverse le noyau le plus ancien de la rive droite — un mouchoir de poche où se concentrent deux mille ans de l'histoire de Paris. Ici, forteresses médiévales, prisons, morgues et lieux de supplice côtoient les grandes percées haussmanniennes ; les émeutes de 1832, 1834, 1848 et la Commune ont laissé leurs barricades ; et l'Hôtel de Ville, terme du parcours, a vu se dénouer presque toutes les révolutions françaises.
Chaque rue recèle une strate : une maison d'écrivain, un club révolutionnaire, une imprimerie clandestine, un couvent devenu bien national. Certains lieux ont gardé leurs murs ; d'autres, seulement leur souvenir. Suivez le fil, du Grand Châtelet disparu jusqu'au balcon d'où fut proclamée la République.
Le grand Châtelet
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Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Place du Châtelet
Une forteresse, une prison, une morgue — et le premier port de Paris.
📍 Place du Châtelet, 1er arr.
La place tient son nom d'un ouvrage défensif construit sous Louis VI le gros vers 1130 : le Grand châtelet, bastide qui protégeait une des principales entrées de Paris et le Grand pont — futur Pont aux Changeurs puis Pont au Change — reliant la rive droite à l'île de la Cité. Sous Philippe Auguste, avec l'élargissement de la ville, l'édifice perdit son rôle militaire pour devenir le siège de la prévôté de Paris, servant à la fois de prison, de lieu de torture et de morgue.
On y enferma des hôtes célèbres comme François Villon, Clément Marot ou le fameux Cartouche qui parvint à s'en évader. Des partisans des Armagnacs y furent massacrés le 12 juin 1418 par ceux des Bourguignons de Jean Sans Peur, menés par le bourreau Capeluche. On y venait aussi reconnaître — les « morguer » — les cadavres des noyés repêchés dans la Seine. Le 2 septembre 1792, 160 des 200 prisonniers qui s'y trouvaient furent massacrés, comme dans plusieurs geôles parisiennes. C'était, au Moyen Âge, un des trois seuls lieux de Paris éclairés la nuit par une lanterne.
Le Châtelet fut détruit en 1808 pour aménager la place actuelle et y ériger la fontaine du Palmier, un des monuments à la gloire de l'impérialisme napoléonien. On peut voir un plan de l'ancien édifice sur la façade de l'actuelle chambre des notaires, bâtie sur son emplacement.
L'histoire de la municipalité de Paris est ici pleine de controverses. On confond souvent la « Maison de la marchandise », siège de l'assemblée administrative des bourgeois, et le « Parlouer aux bourgeois », instance à caractère juridique — deux institutions longtemps séparées. La première municipalité, confondue avec la confrérie des nautes, se serait tenue sur l'île de la Cité, au port Saint Landry, avant de se déplacer, puis de gagner la « vallée de misère », à hauteur du 20 quai de la Mégisserie. C'est seulement vers le début du XIVe siècle que la « Maison de la marchandise » s'installa rue St Leufroy, à l'endroit précis où nous nous trouvons. Elle était dominée par la hanse des marchands de l'eau, dont la ville tira son blason et sa devise : « Fluctuat nec mergitur ».
En 1258, Louis IX mit la ville sous sa propre autorité et nomma un prévôt royal, Étienne Boileau, qui instaura en 1261 le Livre des métiers. Les bourgeois élurent de leur côté, en 1263, un prévôt des marchands, Evrard de Valenciennes, assisté de quatre échevins. Ce double pouvoir fut à l'origine de siècles de querelles. En 1357, Étienne Marcel installa la municipalité dans la Maison aux piliers, sur la place de Grève — l'aboutissement de notre promenade.
L'actuelle place faisait alors partie de l'Apport Paris, principal port de la capitale, où l'on débarquait les animaux destinés à la Grande boucherie située derrière le Grand Châtelet. Celle-ci fut démantelée le 13 mai 1416 après la révolte des Cabochiens, du surnom de Simon le Coustelier, dit Caboche. C'est rue Jean St Denis, aujourd'hui disparue, que Gilles du Hamel d'Hatréaumont, dit Latréaumont, descendit le 13 juin 1674 pour préparer un coup d'État contre Louis XIV avec le hollandais Affinius Van den Enden et le Chevalier de Rohan : ils projetaient d'instaurer une république. Découverts par hasard, tous furent exécutés.
Un meeting d'Émile Ollivier qui s'y tient le 12 mai 1869 est troublé par des milliers de manifestants, signe du rejet croissant de la dictature de Napoléon III. Les francs-maçons favorables à la Commune s'y réunissent les 24 et 26 avril 1871, après l'échec de la médiation avec Versailles : Adolphe Thiers a refusé tout compromis, et les délibérations débouchent sur un appel à soutenir la Commune. Pendant la Semaine sanglante, une cour prévôtale s'y tient dès le 23 mai sous le sanguinaire colonel Vabre : elle prononce des milliers de condamnations à mort, les condamnés étant aussitôt fusillés à la caserne Lobau.
Le Théâtre de la Ville (ancien Théâtre Lyrique / Sarah Bernhardt)
Une assemblée des électeurs du 4e arrondissement s'y tient le 20 mai 1871, avec plusieurs membres de la Commune : Amouroux, Arnould, Clémence, Gérardin, Lefrançais. Les 2000 électeurs présents somment les 22 démissionnaires de reprendre leur poste — ils n'en auront pas le temps, à la veille de l'entrée des Versaillais.
Longez la Seine par le quai de Gesvres, en direction de l'est.
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Arrêt 2
★ Incontournable~10 min
Quai de Gesvres et rue Adolphe Adam
Les vestiges des cagnards, et le trou du souffleur où mourut Nerval.
📍 Quai de Gesvres / rue Adolphe Adam, 4e arr.
C'est dans une salle de ce quai, à une adresse inconnue, qu'eut lieu le 15 mai 1871 une tardive tentative de fédération des clubs révolutionnaires. Mais il était déjà trop tard : le 21 commençait la Semaine sanglante.
Un peu plus loin, en passant devant la rue Adolphe Adam, il ne reste absolument rien de la rue de la Vieille Lanterne qui traversait ces parages. C'est, selon la légende, à l'emplacement du trou du souffleur du Théâtre de la Ville que Gérard Labrunie, dit Gérard de Nerval, se pendit à la grille de l'échoppe d'un menuisier dans la nuit du 25 janvier 1855.
La rue de la Vieille Lanterne, lieu du suicide de Gérard de NERVAL
Les cagnards du quai de Gesvres
Si vous avez la curiosité de descendre sur le quai de la ligne 7 du métro Châtelet, vous verrez les vestiges des cagnards du quai de Gesvres, aménagés sous Louis XIII par le marquis du même nom.
Gagnez le Pont Notre-Dame pour un bref aller-retour au-dessus de la Seine.
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Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
Le Pont Notre-Dame
Le plus vieux passage de Paris, brûlé, pillé, incendié, rebaptisé Pont de la Raison.
📍 Pont Notre-Dame, entre le 4e arr. et l'île de la Cité
Il a remplacé le plus vieux pont de Paris, un ouvrage de bois qui permettait de traverser la Seine bien avant l'arrivée des légions de César, prolongeant la route gauloise puis, sous l'occupation romaine, le cardo maximus qui empruntait le trajet de nos actuelles rues St Martin et St Jacques. Devenu le Grand Pont, fortifié de tours, il fut au cœur du siège de Paris par les Vikings en 885 : la défense de sa tour Nord, dirigée par Eudes, fut un des épisodes les plus violents. Paris résista, mais le pont fut détruit.
Sous Charles VI le fou, on construisit un pont de pierres, détruit plusieurs fois par les crues, et couvert de maisons où s'installèrent des protestants. Ses piles supportèrent à partir de 1751 une pompe à feu qui alimentait une partie de la ville en eau de Seine. Pendant la Révolution, il fut rebaptisé Pont de la Raison. C'est au débouché de ce pont sur l'île de la Cité que Vidocq organisa avec Jean Henry, le 25 mars 1811, sa fausse évasion destinée à trahir ses anciens complices, avant de devenir fondateur et chef de la Sûreté.
Lors de l'attaque de Lutèce par Labienus, Camulogène fit brûler le pont pour protéger la ville — sans empêcher les Romains de traverser en aval et de battre l'armée gauloise, sans doute dans la plaine de Grenelle. Jusqu'en 1413, une passerelle, la planche Mibray, le remplaça, le futur Pont aux Changeurs étant devenu le principal passage d'une rive à l'autre.
Guerres de religion et Journée des barricades
Charles IX et Catherine de Médicis en autorisèrent le pillage le 15 décembre 1570 ; on y mit le feu l'année suivante, et l'année d'après, c'était la Saint-Barthélemy. Le 12 mai 1588 s'y déroulèrent de violents combats pour s'emparer de l'Hôtel de Ville, entre ligueurs et gardes suisses royaux, lors de la Journée des barricades qui força Henri III à quitter la capitale.
Journée des barricades Henri III
L'enseigne de Gersaint et le suicide de Javert
Un célèbre tableau de Watteau, peint en 1720, a immortalisé l'« enseigne » de la boutique de Gersaint, ami du peintre, installée sur ce pont. Ses maisons furent les premières de Paris à porter un numéro inscrit en lettres dorées. C'est à l'angle de ce pont, côté rive droite, que Javert se suicide en se jetant à la Seine dans « Les Misérables ».
Vers l’arrêt 4 →
Revenez rive droite et engagez-vous dans la rue St Martin, vers le square de la Tour St Jacques.
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Arrêt 4
★ Incontournable~15 min
Rue St Martin et Tour St Jacques
Un menhir disparu, un clocher rescapé, et des fosses communes sous le square.
📍 Rue St Martin / square de la Tour St Jacques, 4e arr.
Le début de la rue St Martin portait autrefois le nom de Planche Mibray. En octobre 1815 y éclatèrent des rixes entre Parisiens et soldats des troupes d'occupation prussiennes, qui firent quadriller le quartier. Le 29 janvier 1887, au n° 2, le siège de l'Assistance Publique fut assailli par une manifestation d'étudiants en médecine protestant contre l'admission de deux femmes au concours de l'internat.
En traversant le square de la Tour St Jacques, on ne sait à quel endroit précis se trouvait l'ancien menhir que les Parisiens appelaient la Pierre au Lait, disparu vers 1545. La tour, superbement restaurée, est l'ancien clocher de l'église St Jacques de la Boucherie, un des principaux points de départ du pèlerinage de Compostelle. La statue de Blaise Pascal qui orne sa base y a été placée par erreur pour commémorer ses expériences barométriques dites du crève-tonneau : il les réalisa bien en 1648 du haut d'un clocher, mais de celui du Haut Pas, fief des jansénistes.
Pendant la Révolution, l'église fut le siège de la Section des Lombards, avant d'être vendue comme bien national en 1797 puis détruite ; seul subsiste son clocher gothique flamboyant, un temps observatoire météorologique. Les surréalistes en firent le centre symbolique de Paris. Fait plus sombre : les corps de centaines de Communards fusillés dans la cour de la caserne Lobau furent jetés dans des fosses communes creusées dans ce square pendant la Semaine sanglante — on retrouvait encore des ossements lors de travaux récents. Un petit monument commémore, à quelques pas, la fin tragique de Nerval.
En sortant du square par l'angle nord-est vers la rue de Rivoli, une importante barricade fut érigée à l'angle du square, barrant la rue de Rivoli le 22 mai 1871 à l'annonce de l'entrée des Versaillais dans Paris.
Remontez vers les petites rues Nicolas Flamel et Pernelle, au nord du square.
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Arrêt 5
Optionnel~5 min
Rues Nicolas Flamel et Pernelle
L'alchimiste, sa femme, et un agent double de l'Orchestre rouge.
📍 Rue Nicolas Flamel / rue Pernelle, 4e arr.
Le fameux faux alchimiste — mais vrai philanthrope — Nicolas Flamel avait sa boutique d'écrivain-juré rue Nicolas Flamel vers 1400. Le quartier était voué à cette corporation : l'église St Jacques était entourée de logettes d'écrivains publics, dont la rue a été effacée par la percée de la rue de Rivoli. La rue Pernelle, elle, porte le nom de la femme de Flamel : on voit combien le souvenir de ces deux personnages hors du commun a marqué le quartier.
Au n° 12 de la rue Pernelle, Juliette, vendeuse de la confiserie Jacquin, était en 1942 le contact de Léopold Trepper avec le PCF. Arrêté dans le quartier en octobre, le chef du service de renseignement soviétique l'Orchestre rouge joue, selon ses dires, les agents doubles tout en parvenant à alerter Moscou — une version aujourd'hui contestée.
Leopold TREPPER, entouré de militants de l'Hachomer Hatzair
Vers l’arrêt 6 →
Gagnez la rue des Lombards, puis la rue Quincampoix, cœur de la spéculation financière du XVIIIe siècle.
6
Arrêt 6
★ Incontournable~20 min
Rues des Lombards et Quincampoix
Boccace, la conserve alimentaire, et la banqueroute de John Law.
📍 Rue des Lombards / rue Quincampoix, 4e et 1er arr.
C'est rue des Lombards — jadis rue de la Buffeterie — que naquit en 1313 le poète Giovanni Boccace, fils d'un lombard de Florence. Au n° 47, le confiseur Nicolas Appert réalisa en 1782, en cherchant un procédé de conservation, une invention majeure passée presque inaperçue et qui le ruina : la stérilisation des aliments, d'abord appelée appertisation. Au n° 33 s'élevait l'hôpital Ste Catherine, fondé en 1184 sous Philippe Auguste, un des premiers de Paris ; s'y tint plus tard la Société Théophilanthropique, créée en 1796 par Jean-Baptiste Chemin-Dupontès, animée par Rabaut Saint-Étienne, Claude Fauchet et Valentin Haüy. Le 25 février 1793, les « Enragés » y déclenchèrent une émeute contre la liberté du commerce des grains.
La rue Quincampoix connut une intense activité pendant la Régence, autour du système économique de l'Écossais John Law, fièvre spéculative que raconte Paul Féval père dans « le Bossu ». Après le massacre du Champ de Mars, le 17 juillet 1791, Jean-Paul Marat y installa une imprimerie clandestine pour échapper à la répression.
Giovanni BOCCACE Nicolas APPERT Louis Marie LA RÉVELLIÈRE-LÉPEAUX Jean-Paul RABAUT SAINT-ÉTIENNE Claude FAUCHET — frontispice de son journal « La bouche de fer » Valentin HAÜY Paul FÉVAL et son Petit Parisien, « le Bossu » Jean-Paul MARAT
La banque de Law, rue Quincampoix
Au n° 8 siégeait la Société Suisse de Grütly, club révolutionnaire fondé en mars 1848, animé par Henri Jeanrenaud, Siegwart Müller et James Fazy. Au n° 43, une échoppe de savetier fut louée en janvier 1720 par les agioteurs ligués contre Law : les frères Pâris et Antoine Crozat, fondateur de la Louisiane et actionnaire de la Compagnie du Mississipi. C'est dans l'Hôtel de Beaufort, au n° 65, que Law avait installé sa banque en 1719 — l'hôtel devint plus tard une maison de prostitution. Au n° 90 se trouvait la cloche annonçant la fin des séances de la Bourse de Law, dont la banqueroute l'obligea à fuir à Venise et ruina des milliers de rentiers.
Au n° 82 se tenait à partir de 1791, dans le passage Molière, le théâtre du même nom tenu par Boursault. Il devint le théâtre des Sans-culottes en 1793, puis des Variétés étrangères en 1807, avant qu'une école d'art dramatique n'y ouvre en 1835 : Elsa Félix, dite Rachel, y suivit à 14 ans un cours de déclamation. Sa salle abrita en mai 1848 les réunions du Club des Patriotes du VIIe arrondissement d'alors.
Elisabeth FÉLIX, dite RACHEL
Vers l’arrêt 7 →
Rejoignez la rue Rambuteau puis le boulevard de Sébastopol, et l'ancien quartier des émeutes de 1832.
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Arrêt 7
★ Incontournable~15 min
Rue Rambuteau, boulevard de Sébastopol et rue Aubry le Boucher
La première grande percée du centre de Paris, et le premier canon tiré sur une barricade.
📍 Rue Rambuteau / bd de Sébastopol / rue Aubry le Boucher, 1er et 4e arr.
La rue Rambuteau porte le nom de Claude Philibert Barthelot, comte de Rambuteau, préfet de la Seine sous la Monarchie de juillet, promoteur de l'éclairage au gaz, des vespasiennes et des plaques bleues numérotant les immeubles. Première artère large percée au centre de Paris, elle présageait les travaux du baron Haussmann.
Sur le boulevard de Sébastopol, plusieurs adresses portent la mémoire des clubs de 1848 et de la Résistance : le secrétariat du « Club des Alsaciens » animé par Aloysius Huber ; au n° 19, le PC parisien du réseau « Franc-Tireur » à partir d'avril 1943, fondé par Jean-Pierre Lévy ; au n° 38, les Docks de la Librairie, siège du journal « Le Combat » de Félix Pyat et du « Vengeur » de Maurice Lachâtre ; au n° 48, la pharmacie Cannone, centrale de diffusion des journaux clandestins « Valmy » puis « Résistance ».
Rue Aubry le Boucher, la mutilation d'une statue peinte de la Vierge, le 21 mai 1530, entraîna des mesures contre les luthériens de la capitale. Au n° 26 siégeait en mars 1848 la Société patriotique Belge, future Légion Belge Parisienne. Surtout, c'est ici que, le 6 juin 1832, lors de l'insurrection des obsèques du général Lamarque, une pièce d'artillerie fut pointée contre une des barricades du quartier général des Insurgés : la première fois à Paris qu'on utilisait le canon contre des barricades. Haussmann en tirera les conséquences.
Claude Philibert BARTHELOT de RAMBUTEAU Maurice LACHÂTRE
Vers l’arrêt 8 →
Gagnez le carrefour des rues St Martin et Neuve St Merry, où résista la fameuse barricade St Merry.
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Arrêt 8
★ Incontournable~10 min
La barricade St Merry
L'ultime bastion des Insurgés de 1832, modèle de la barricade des Misérables.
📍 Carrefour rue St Martin / rue St Merri, 4e arr.
C'est à ce carrefour qu'était érigée la barricade St Merry, défendant le quartier général des Insurgés et leur ultime bastion, qui opposa une résistance acharnée aux troupes de « l'ordre » le 6 juin 1832. Elle était dirigée par Israël-Élie Bonjour, que Victor Hugo prit comme modèle pour un personnage des « Misérables ».
Antoine-François-Marius Rey-Dussueil tira de cette insurrection un roman, « Le cloître Saint Merry », où meurt un adolescent de 16 ans nommé Joseph brandissant le drapeau de la Société des Droits de l'homme — ouvrage détruit par décision de justice en 1833, mais qui inspira à Hugo le personnage de Gavroche. Si l'épopée hugolienne a magnifié cette véritable insurrection populaire, la réalité fut plus complexe : il y aurait eu manipulation par une « Société gauloise », société secrète carliste royaliste, dont les membres auraient brandi dans le cortège de Lamarque le drapeau rouge dont on a paradoxalement retenu là la première apparition révolutionnaire à Paris.
Vers l’arrêt 9 →
Gagnez la place Georges Pompidou, puis la rue de Venise et la rue Beaubourg.
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Arrêt 9
★ Incontournable~20 min
Place Georges Pompidou, rue de Venise et rue Beaubourg
Le berceau de l'Académie française, la plus étroite rue de Paris, et le massacre de la rue Transnonain.
📍 Place Georges Pompidou / rue de Venise / rue Beaubourg, 4e arr.
Face à la rue de Venise, dans cette portion de la rue St Martin, s'élevait la demeure de Valentin Conrart : c'est là que se tint, le 22 février 1629, la première réunion de ce qui allait devenir l'Académie française, cénacle de littérateurs dont Richelieu fera en 1634 l'embryon de l'assemblée des « Immortels ».
La rue de Venise est la plus étroite de Paris. Elle date de 1250, sous St Louis, et ne fait que deux mètres de large. Au n° 3 s'ouvrait la Fontaine Maubué, alimentée par les eaux de Belleville, la plus fréquentée de Paris au Moyen Âge.
En continuant la rue St Martin, plusieurs demeures illustres : au n° 79, l'impasse St Fiacre où furent créées en 1640 par Nicolas Sauvage les voitures de place, les « fiacres » ; au n° 81, le poète Jean Chapelain, un des premiers académiciens ; au n° 113, le chimiste Marcellin Berthelot de 1852 à 1861 ; au n° 122, la barricade de la rue Maubuée fermant le système de défense des Insurgés de 1832.
Rue Rambuteau — Taverne de la Révolution et Samaritaine
La rue Rambuteau suit le tracé de l'enceinte de Philippe Auguste. Au n° 18, Maxime Lisbonne, le « d'Artagnan de la Commune », installa de 1886 à 1888 la Taverne de la Révolution française. Au n° 40 se trouvait le magasin « À la Belle Héloïse » où travaillaient vers 1860 Ernest Cognacq et Marie-Louise Jaÿ, futurs fondateurs de la Samaritaine. Au n° 54, chez le citoyen Furet, se tint le 28 mai 1848 une réunion du Club de la Révolution animé par Armand Barbès.
Ernest COGNACQ — son éventaire sur le Pont Neuf Marie-Louise JAY Maxime Lisbonne
Rue Beaubourg — Corneille, Pascal et la rue Transnonain
Au n° 24 de la rue Beaubourg, dans un ancien jeu de paume devenu théâtre, Guillaume Desgilberts dit Mondory donna en décembre 1629 la première de « Mélite » de Pierre Corneille. Au n° 44 vécut Blaise Pascal de 1651 à 1653. Aux n° 54-103, l'ancienne rue Transnonain, dont les maisons impaires disparurent sous le Second Empire : un exemple des travaux haussmanniens supprimant les « quartiers d'émeutes ». Au n° 54 demeura en 1880 Albert Theisz, ciseleur, membre de la Commune. Au n° 62 (ancien n° 12 de la rue Transnonain) eut lieu le fameux massacre du 14 avril 1834 : tous les occupants de l'immeuble furent massacrés par les hommes de Bugeaud, sous l'autorité du ministre Adolphe Thiers. Au n° 71, deux groupes des Bataillons de la Jeunesse commandés par Pierre Tourette attaquèrent une cantine de la Wehrmacht le 14 décembre 1941.
La rue de la Verrerie abritait sans doute un cimetière juif avant les expulsions de Philippe le Bel en 1306. Le fameux Latude, célèbre pour son évasion de la Bastille, y habitait avant son arrestation en 1749. C'est aussi dans cette rue que Joseph Foullon de Doué, accusé d'organiser la pénurie, fut pendu le 22 juillet 1789, en présence de son gendre Bertier de Sauvigny qui subira le même sort place de Grève.
Eugène SUE Honoré de BALZAC — daguerréotype Romain BOUTEILLE Patrick DEWAERE Anne de MONTMORENCY François de MONTMORENCY LATUDE Joseph FOULLON de DOUÉ — sa pendaison place de Grève avec Bertier de Sauvigny Louis Bénigne François BERTIER de SAUVIGNY, ramené à Paris le 23 juillet 1789
René DESCARTES Gilles PERSONNE de ROBERVAL et sa balance Blaise Pascal René Descartes
Rue du Cloître St Merri — le dernier combat de 1832
Au n° 18, l'Hôtel de Roannez, où Pascal présenta sa « machine arithmétique » le 23 septembre 1647. Au n° 30, emplacement du cloître St Merry, état-major des Insurgés de 1832 qui y livrèrent leur dernier combat le 6 juin : 17 furent assassinés à la baïonnette après s'être rendus. En 1833 s'y installa, suite à la loi Guizot, un cours du soir pour adultes que suivit Martin Nadaud, maçon et futur député.
Son clocher abrite la plus vieille cloche de Paris, Merri, fondue en 1331. À la pointe d'ogive de son portail de 1515, une statuette androgyne, peut-être un Baphomet. Pendant la Révolution, l'église fut à partir de 1790 le siège de la Section de Beaubourg puis de la Réunion, devint temple du Commerce en 1795 et accueillit le culte théophilanthropique de 1797 à 1801. Camille Saint-Saëns en fut nommé organiste à 18 ans en 1853. Devant l'église fut dressée la dernière barricade de l'insurrection de la Société des Saisons de Barbès et Blanqui le 12 mai 1839. Non loin (rue St Martin) vécurent le poète Robert Desnos et un des fondateurs de l'Association Internationale des Travailleurs en France, en 1865.
Au n° 52 siégeait le journal « l'Humanitaire » de Gabriel Charavay, organe du courant communiste néo-babouviste considéré comme précurseur du marxisme, attaqué par Cabet et vite interdit. Au n° 78, un des principaux points de résistance de l'insurrection du 6 juin 1832. Au n° 83 demeura Dominique Théophile Regère de Montmore, vétérinaire, membre de la Commune, dans une des plus pittoresques maisons du vieux Paris.
Gabriel CHARAVAY Étienne CABET — frontispice de son « Voyage en Icarie » Dominique Théophile RÉGÈRE de MONTMORE — notice biographique Gabriel Charavay
Charles DELESCLUZE Eugène RAZOUA Frédéric Étienne COURNET — caricature Boris SOUVARINE Colette PEIGNOT, dite Laure Simone WEIL Stanislas Marie MAILLARD Prosper-Olivier LISSAGARAY Le café du Gaz, devenu le café de la Garde nationale Barricade de l'avenue Victoria Napoléon GAILLARD Boccador Boccador et place de Grève Combats sous la Commune Exécution sergents de La Rochelle
Vers l’arrêt 11 →
Débouchez enfin sur la place de l'Hôtel de Ville, autrefois place de Grève — l'aboutissement de la promenade.
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Arrêt 11
★ Incontournable~40 min
Place de l'Hôtel de Ville — la place de Grève
Deux mille ans d'exécutions, de révolutions et de proclamations sur la plus historique place de Paris.
📍 Place de l'Hôtel de Ville, 4e arr.
Ce fut longtemps la plus grande place de Paris. On l'appelait place de Grève car elle descendait en pente douce vers la Seine. Les ouvriers du bâtiment s'y rassemblaient pour vendre leur force de travail ; à partir de 1833, quand le prix proposé était insuffisant, ils s'entendaient pour refuser l'embauche — ils appelaient cela se « mettre en Grève ».
C'est le 7 juillet 1357 qu'Étienne Marcel, prévôt des marchands, installa la « Maison commune » dans la Maison aux Piliers, à l'emplacement de l'actuelle mairie. Elle fut remplacée en 1533, sous François Ier, par l'Hôtel de Ville dit du Boccador, du surnom de son architecte italien Dominique de Cortone. Après l'incendie de 1871, il sera reconstruit en plus grand mais dans le même style.
« La Grève » fut aussi le théâtre du massacre d'Armagnacs par les Bourguignons de Capeluche le 20 août 1418, de la fuite de Crillon en 1588, et de la « Journée des pailles » du 4 juillet 1652, quand Condé fit prendre et incendier l'Hôtel de Ville pendant la Fronde.
Le 14 juillet 1789, deux canonniers de la Bastille sont pendus à la « lanterne de la Grève ». La veille, les électeurs avaient élu un Comité permanent, future Commune de Paris, et créé sous La Fayette une milice bourgeoise, future Garde nationale. Le 14, Jacques de Flesselles, dernier prévôt des marchands, est massacré ; le 15, Jean-Sylvain Bailly est nommé premier maire de Paris ; le 17, Louis XVI y reçoit la cocarde tricolore. Le 22, Bertier de Sauvigny et son beau-père Foullon de Doué sont pendus à la lanterne — d'où peut-être le fameux « les aristocrates à la lanterne » du « Ça ira ». C'est d'ici que partit, le 5 octobre 1789, la marche des femmes sur Versailles menée par Reine Audu, Maillard et Théroigne de Méricourt. La guillotine y fut utilisée pour la première fois le 25 avril 1792 sur Nicolas Pelletier. Le 10 août 1792, c'est de la place de Grève que partent les sections qui prendront d'assaut les Tuileries. Le coup d'État de Thermidor s'y dénoue : les insurgés autour de Robespierre se replient sur l'Hôtel de Ville, mais Barras le prend d'assaut ; Maximilien, blessé, et les robespierristes — Saint-Just, Couthon, Hanriot — sont guillotinés le lendemain. Après la Révolution, les exécutions continuent : Cadoudal en 1804, les quatre sergents de La Rochelle en 1822 — dernière utilisation de la guillotine en ce lieu.
Le 28 juillet 1830, l'Hôtel de Ville est envahi une première fois par le peuple : l'ouvrier Jean Fournier plante deux drapeaux, un noir et un tricolore, au-dessus de l'horloge. Le 29, les Insurgés s'en emparent après 24 heures de combats, notamment sur le pont suspendu qui prendra le nom d'Arcole, un adolescent tué à l'assaut. Sitôt la lutte finie, La Fayette, le banquier Laffitte, Casimir Perier, Odilon Barrot et Benjamin Constant s'autoproclament Commission municipale. Le 31, ils font venir Louis-Philippe et La Fayette le fait acclamer par la foule : en guise de République, la France se retrouve avec un nouveau roi — trahison à laquelle participent Talleyrand et Adolphe Thiers.
Assaut de l'Hôtel de Ville par le pont d'Arcole, le 28 juillet 1830 Jacques LAFFITTE Casimir PERIER Odilon BARROT Benjamin CONSTANT Charles-Maurice de TALLEYRAND-PÉRIGORD Adolphe THIERS — caricature dans « la Petite Lune » Casimir Perier
La révolution de 1848
C'est à l'Hôtel de Ville qu'est présenté le gouvernement provisoire, après la destitution du roi le 24 février. Le 25, Lamartine fait sur le perron sa fameuse intervention contre le drapeau rouge, mais Marche, le leader ouvrier, obtient la garantie du travail — mesure qui obligera à créer les ateliers nationaux, dont la fermeture déclenchera la révolution de juin. Le 22 mars, une délégation de « La Voix des Femmes » conduite par Jeanne Deroin vient réclamer la citoyenneté et le droit de vote : celles qui sont « l'avenir de l'homme » devront attendre un siècle pour les obtenir.
Le gouvernement provisoire de 1848 Alphonse de LAMARTINE Jeanne DEROIN gouvernement provisoire Jeanne Deroin
Jules FAVRE — caricature Raoul RIGAULT Louise MICHEL en uniforme de Fédérée Victoire Léodile BÉRA, dite André LÉO Paul BRUNEL, général Émile EUDES Gabriel RANVIER Édouard MOREAU Francis JOURDE Jules BERGERET, général Proclamation de la COMMUNE, le 28 mars 1871 Charles BESLAY Jules VALLÈS Jaroslaw DOMBROWSKI, général Jules Favre Léon Gambetta
La guerre de 39-45 et la Libération de Paris
Pendant l'Occupation, un drapeau à croix gammée flotte sur l'édifice, la préfecture de la Seine assurant une collaboration sans faille avec les nazis. Les Résistants menés par Léo Hamon occupent le bâtiment le 20 août 1944. L'histoire officielle oublie souvent que ce sont des républicains espagnols, environ 130 engagés dans la 2e DB de Leclerc et commandés par le lieutenant Amado Granell, qui arrivèrent les premiers, à 21 h 22 le 24 août 1944, sur la place. Le lendemain, De Gaulle, entouré de Georges Bidault et André Tollet, prononce son fameux discours. Rappelons enfin que Paul Verlaine travailla à l'Hôtel de Ville en 1871 — plus souvent au café du Gaz qu'à son bureau — où il fit la connaissance de Rimbaud ; et qu'en 1932 Raymond Bussière y fit de son bureau le QG du groupe Octobre de Jacques Prévert. C'est ici que se termine notre parcours.