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Balade · 13e arr.

De la Bièvre à La Butte aux cailles : un village tranquille… qui sut résister

Du faubourg des Gobelins à la Butte aux Cailles, sur les traces de la Bièvre disparue, de la Commune de 1871 et d'un siècle de résistances ouvrières.
📍 16 arrêts
🚶 ~5.5 km
⏱ ~3h30
📖 13e arr.
De la Bièvre à La Butte aux cailles : un village tranquille… qui sut résister

Un village dans la ville. De la place d'Italie, à l'emplacement de la barrière incendiée deux jours avant la Bastille, jusqu'aux ruelles pavillonnaires de la Butte aux Cailles, cette balade suit le fil enfoui de la Bièvre — la rivière qui donna au quartier ses moulins, ses tanneries et son relief.

C'est aussi une traversée d'un siècle et demi de résistances : les journées de 1848, la Commune de 1871 dont le 13ème fut l'un des premiers foyers et le dernier bastion, les luttes ouvrières et coopératives, l'exil des révolutionnaires russes de Lénine à Trotsky, la Résistance et la Libération. Un village tranquille, donc — mais qui, à chaque tournant de l'Histoire, sut résister.

Place d'Italie et Butte aux Cailles

Première vue aérienne en ballon, 1855

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Place d'Italie

La barrière qui tomba deux jours avant la Bastille.
📍 Place d'Italie, 13e arr.

Notre parcours démarre place d'Italie, aménagée à l'emplacement de la barrière d'Italie, appelée aussi barrière Mouffetard, des Gobelins ou de Fontainebleau, de l'enceinte des Fermiers généraux ; ce mur murant Paris, qui rendit Paris murmurant.

Et plus même que murmurant : ces barrières sont les premiers édifices auxquels s'attaqua le peuple, le 12 juillet 1789, deux jours avant la prise de la Bastille. Leur destruction était plus symbolique que celle de la forteresse du faubourg St Antoine, dont les parisiens ne s'emparèrent que pour se procurer des munitions ; les bâtiments d'octroi matérialisaient la pression fiscale d'une monarchie décadente qui pressurait la population.

L'octroi est supprimé par l'Assemblée Constituante le 1er mai 1791. Mais le dictateur Bonaparte s'empresse de le rétablir le 20 février 1804, avant même de s'autocouronner empereur. Entre temps, les pavillons de Ledoux ont été reconstruits. L'un d'eux deviendra en 1860 la mairie du nouveau 13ème arrondissement.

1848 — l'exécution du général Bréa

De violents combats ont lieu ici le 25 juin 1848. Le général Bréa est pris en otage. Il sera exécuté avenue d'Italie. On a beaucoup débattu sur les circonstances de sa mort ; mais qui parle de celle des 15 000 Insurgés abattus, dont beaucoup assassinés froidement après les combats ?

1870-1871 — le drapeau rouge sur la mairie

Le 31 octobre 1870, la mairie est investie par les soldats du 101ème bataillon de la garde nationale, menés par Jules Passedouet, Léo Meilliet, Jean-Baptiste Sérizier et Léonard, à l'annonce des tractations entre Thiers et Bismarck. Le drapeau rouge est alors hissé sur l'ancien bâtiment d'octroi.

Le 19 mars 1871, le général Chanzy, arrêté à la gare d'Orléans, est menacé une première fois ici d'être exécuté. Il est sauvé par Léo Meilliet qui l'emmène à son propre domicile pour le mettre à l'abri.

La Commune et la Semaine sanglante

Pendant la Commune, la place est transformée en parc à canons. Le 17 avril, elle est rebaptisée « place Émile Duval », en l'honneur de l'ouvrier fondeur, membre et général de la Commune, abattu froidement le 4 avril au Petit Clamart lors de la désastreuse sortie sur Versailles qu'il avait désapprouvée.

Nombre de Fédérés prisonniers furent fusillés sur cette place pendant la Semaine sanglante, dont une centaine rien que sur la barricade de la rue Godefroy. Il y avait dans ces parages, jusque vers 1680, un lieu-dit « la Fosse aux larrons » où l'on enterrait vivantes les femmes condamnées à mort, puisque la « morale » empêchait de les pendre. Mme de Sévigné décrivit ce supplice.

Vers l’arrêt 2 →
Prenez l'avenue de Choisy, qui part de la place vers le sud.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~10 min

Avenue de Choisy

La salle de l'Alcazar, où Lénine et Trotsky vinrent haranguer les exilés.
📍 Avenue de Choisy, 13e arr.

Au n° 190 se dressait la salle de l'Alcazar d'Italie. Trente réunions politiques publiques s'y déroulent à la fin du Second Empire. Début 1871, une réunion de 157 délégués de la garde nationale, présidée par Zéphirin Camélinat, y élabore un communiqué à la presse prônant la « résistance à outrance » contre les prussiens.

190 avenue de Choisy — Lénine, Trotsky et l'Iskra

Le 22 juin 1902, Lénine, de passage à Paris à l'époque où il vivait à Londres, y organise une conférence à l'occasion de laquelle il rencontre Charles Rappoport pour la première fois. La même année, c'est au tour de Léon Trotsky, à l'initiative du groupe parisien de l'Iskra, de faire une intervention sur le matérialisme historique. Et le 25 février 1903, ils en font une conjointement sur le programme agraire de l'Iskra.

En 1911, Lénine, qui habite alors Paris, assiste ici à la célébration du 1er mai russe qui réunit 300 réfugiés politiques. Le 13 juin 1912 enfin, ce même Vladimir Ilitch Oulianov participe dans cette salle au bilan de la grève des 500 ouvriers des mines d'or de la Léna, dont la répression a fait 107 morts et 80 blessés.

Vers l’arrêt 3 →
Rejoignez l'avenue d'Italie, l'artère centrale de l'ancien village.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~15 min

Avenue d'Italie

Le berceau de l'insurrection communarde, deux semaines avant Montmartre.
📍 Avenue d'Italie, 13e arr.

C'est au n° 5 que, le 4 mars 1871, Émile Duval se porte sur les remparts, en ramène 26 canons qu'il positionne devant la mairie, et installe ici son poste de commandement. L'insurrection est donc déclenchée dans le 13ème arrondissement deux semaines avant les événements de Montmartre qui vont entraîner la proclamation de la Commune. Par la suite, l'état-major du 9ème secteur de la garde nationale Fédérée s'installera au n° 13.

27 — la salle de la Fraternité

Au n° 27 se tenait la salle de la Fraternité, un simple hangar où se déroulent 21 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire ; certaines réunissant jusqu'à 2000 personnes. Le 20 mars 1869, il s'y élabore un projet de Société coopérative d'enseignement.

38 — la prison de secteur

Au n° 38 se trouvait la prison de secteur du 13ème arrondissement, où furent abattues le 25 mai 1871, dans la confusion des combats tout proches, 14 personnes, dont 5 dominicains d'un établissement d'enseignement d'Arcueil, accusées d'espionnage en faveur de Versailles.

48 — la mission ouvrière St Paul

Au n° 48, la mission ouvrière St Paul, antenne de la revue « Économie et Humanisme », animée par les jésuites Henri Perrin, Joseph Robert et le père Lebret, était installée ici. En septembre 1946, elle publia un manifeste des chrétiens contre la bombe A. Elle organisait entre autres la « messe des campeurs ».

Vers l’arrêt 4 →
Engagez-vous dans la rue Vandrezanne, sur la droite.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~10 min

Rue et passage Vandrezanne

Là où la première Montgolfière posa ses passagers — et où les réverbères ont survécu.
📍 Rue et passage Vandrezanne, 13e arr.

La tradition veut que Pilâtre de Rozier et le Marquis d'Arlandes, après leur voyage aérien en ballon libre à bord de la première Montgolfière, aient atterri dans ces parages le 21 novembre 1783, entre le moulin des Merveilles — approximativement à hauteur du n° 41 de cette rue — et le moulin Vieux — sans doute à l'emplacement actuel du centre commercial Italie 2 Galaxie. Une prouesse qui vola la vedette à l'expérience beaucoup plus prometteuse de Jacques Charles et des frères Robert, qui s'élevèrent à bord d'un ballon à hydrogène 10 jours plus tard aux Tuileries. Partis du parc du château de la Muette, Pilâtre de Rozier et d'Arlandes avaient volé une vingtaine de minutes et étaient montés à un millier de mètres d'altitude. Un saut de puce pour l'homme, la réalisation d'un vieux rêve pour l'Humanité !

Le 21 août 1944, de violents combats se déroulèrent ici entre des Résistants embusqués sur les toits de la rue Vandrezanne à l'angle de l'avenue d'Italie, et des chars allemands.

Passage Vandrezanne — les réverbères de 1877

Ce sympathique passage a conservé ses réverbères d'origine. Ils dateraient de 1877. Ne le dites surtout pas aux promoteurs immobiliers !

Vers l’arrêt 5 →
Reprenez l'avenue d'Italie vers le sud-est, côté numéros impairs puis pairs.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~15 min

Avenue d'Italie (côté sud)

Meilliet, Chanzy, Bréa : le nœud des drames de 1848 et 1871 — et l'entrée de la 2e DB en 1944.
📍 Avenue d'Italie, du n° 71 au n° 190, 13e arr.

Au n° 71 demeurait Léo Meilliet. Il abrita ici le général Chanzy, accompagné d'Edmond Turquet député de l'Aisne, pour le soustraire à la foule qui voulait l'exécuter le 19 mars 1871. Des gardes nationaux vinrent le reprendre pour l'emmener à la chapelle St Marcel voisine et le fusiller. Meilliet le sauva une seconde fois en mettant sa propre vie en jeu. Cela ne l'empêchera pas d'être condamné à mort après la Commune ; mais Turquet le sauvera à son tour en l'aidant à s'enfuir en Belgique.

Au n° 72 s'élevait le bal de la Belle Moissonneuse, transformé en corps de garde des Insurgés, où fut exécuté le général Bréa, pris en otage à la barrière d'Italie le 25 juin 1848.

76 — la chapelle St Marcel, dite « chapelle Bréa »

Emplacement de la chapelle St Marcel de la Maison Blanche, appelée « chapelle Bréa » en souvenir expiatoire du général. C'est ici que Chanzy faillit être fusillé, n'était une nouvelle intervention de Léo Meilliet. Devenue « salle de Juin » pendant la Commune, il fut question de la raser comme symbole de la répression de Juin 1848, contre l'avis d'Arthur Arnould et de Jean Baptiste Clément. Meilliet proposa un décret adopté par la Commune le 27 avril 1871 mais jamais appliqué.

77 à 103 — universités populaires, Sérizier et l'auberge de Rousseau

Au n° 77, siège de l'université populaire « la Solidarité » en 1900. Au n° 92 demeurait Jean-Baptiste Sérizier, commandant du 101ème bataillon de la garde nationale, condamné à mort et fusillé pour l'exécution des dominicains d'Arcueil. Au n° 103, l'auberge de la Maison Blanche, décrite par Jean-Jacques Rousseau dans « Les rêveries d'un promeneur solitaire », donna son nom au quartier ; elle fut le siège du club de la Réforme, club modéré fondé en mars 1848.

116 à 190 — de l'état-major FTPF à la colonne Dronne

Au n° 116, état-major des FTPF de la région de Paris à la veille de la Libération : c'est d'ici que fut lancé l'ordre du jour de l'insurrection parisienne le 17 août 1944. Aux n° 163-190, les cafés de la Porte d'Italie où Léon Trotsky, assigné à résidence à Barbizon, venait rencontrer clandestinement les dirigeants de la Ligue Communiste fin 1933. Pendant la Libération, le colonel Fabien y eut plusieurs PC de commandement. C'est par cette avenue que la colonne Dronne, avant-garde de la 9ème compagnie de la 2ème DB de Leclerc, « la Nueve », composée essentiellement de républicains Espagnols, entra dans Paris le 24 août 1944. Leurs blindés s'appelaient Teruel, Guadalajara et Madrid ; elle dut obliquer par la rue de la Vistule, la voie étant bloquée par des arbres abattus.

Vers l’arrêt 6 →
Gagnez le cœur du village par les rues Bourgon, Damesme et Dieulafoy, typiques du 13ème avec leurs maisonnettes.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~15 min

Vers la place de l'Abbé Georges Hénocque

Un prêtre déporté, un militant assassiné, un ingénieur de la Résistance : trois mémoires à quelques pas.
📍 Place de l'Abbé Georges Hénocque (ancienne place des Peupliers), 13e arr.

En chemin, la rue Dieulafoy est une rue remarquable, bordée de maisonnettes, typique du 13ème arrondissement. On rejoint l'ancienne place des Peupliers, qui porte le nom du père Hénocque, prêtre Résistant enfermé à Fresnes pour ses sermons antiallemands, puis déporté à Buchenwald juste avant la Libération de Paris, le 14 août 1944. Au n° 2, le fronton remarquable de la Mutuelle des Chemins de fer vaut qu'on y jette un coup d'œil.

8 — l'assassinat de Pierre Goldman

C'est sur le trottoir devant l'hôpital des Peupliers que fut assassiné, le 20 septembre 1979, Pierre Goldman, frère de Jean-Jacques, par des truands marseillais commandités par le GAL, organisation espagnole terroriste d'extrême droite. Cette action fut revendiquée par un groupe s'intitulant « Honneur de la police ».

Détour rue du Docteur Landouzy — Robert Keller

Un peu au sud de la place, au n° 2 de la rue du Docteur Landouzy, demeurait Robert Keller, du réseau Turma-Vengeance, ingénieur aux lignes souterraines à longue distance des PTT qui fournissait à la Résistance des renseignements précieux sur les communications allemandes. Il fut arrêté ici, sur dénonciation, le 23 décembre 1942, et mourut du typhus à Bergen-Belsen.

Vers l’arrêt 7 →
Par la rue de la Colonie, gagnez le passage Trubert-Bellier puis la rue Charles Fourier.
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Arrêt 7
Optionnel ~10 min

Passage Trubert-Bellier et rue Charles Fourier

La Muse Rouge, La Mie de Pain : art militant et charité au coin de la rue.
📍 Passage Trubert-Bellier et rue Charles Fourier, 13e arr.

Au n° 15 du passage, l'immeuble le Fleuron fut la demeure de Pierre Goldman, militant accusé du meurtre de deux pharmaciennes mais acquitté — assassiné plus tard place Hénocque, comme nous l'avons vu. Au n° 13 vécut Gérard Conte, historien aussi sympathique qu'érudit du 13ème arrondissement, à qui le présent site doit énormément. Au n° 2, le domicile de Jean-Paul Monteil abrita un temps, en 1934, le siège et la librairie de la « Muse Rouge », dont furent issus des artistes comme Noël-Noël, Pierre Dac, Marcel Pénitent et François-Henri Jolivet.

18 rue Charles Fourier — La Mie de Pain

Au n° 18 de la rue Charles Fourier, La Mie de Pain, une association charitable fondée en 1891, soutenue par Charles Péguy.

Vers l’arrêt 8 →
Repassez par la place Hénocque et engagez-vous rue des Peupliers, qui longeait la Bièvre.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~15 min

Sur les traces de la Bièvre — rue des Peupliers et rue du Moulin des Prés

La rivière enfouie, les moulins disparus, et le locataire cloué sur sa porte.
📍 Rue des Peupliers et rue du Moulin des Prés, 13e arr.

La rue des Peupliers longeait le cours de la Bièvre à son entrée dans Paris. On aborde ici le fil conducteur de la balade : la rivière aujourd'hui enfouie, dont le parcours dessine encore les rues du quartier.

Rue du Moulin des Prés — le premier moulin de la Bièvre

Au n° 70, le Square des Peupliers, un petit coin pavillonnaire du 13ème datant de 1926. Au n° 65 se trouvait le moulin des Prés, le premier des 7 moulins à eau construits sur la Bièvre. Une tradition locale apocryphe veut qu'à l'annonce par Adolphe Thiers, le 10 mars 1871, de la fin du moratoire sur les loyers, un propriétaire venu réclamer les arriérés ait été dans cette rue cloué sur sa porte.

Rue de Tolbiac — l'explosion de 1915

Au n° 173 de la rue de Tolbiac, que l'on croise, le 20 octobre 1915, l'explosion d'un atelier transformé en fabrique de grenades pour les besoins de la guerre fit ici 43 morts et 97 blessés.

Vers l’arrêt 9 →
Poursuivez la rue du Moulin des Prés jusqu'à la place Paul Verlaine, au pied de la Butte.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~20 min

Place Paul Verlaine et la Butte aux Cailles

Un puits artésien de 582 mètres, une piscine centenaire, et une colline de résistances.
📍 Place Paul Verlaine et rue de la Butte aux Cailles, 13e arr.

On oublie souvent que Verlaine, aussi génial que maudit, ne fut pas seulement le chantre des « sanglots longs des violons de l'Automne », mais qu'il sut aussi, exilé à Londres, mettre sa plume au service de l'Internationale. La piscine Ernest Rousselle et les bains-douches municipaux profitent de la présence d'un puits artésien profond de 582 mètres creusé en 1903 ; les bains-douches furent inaugurés le 26 juin 1909. La piscine, elle, date de 1924 : elle fut construite par l'architecte Louis Bonnier, l'une des premières à Paris.

12 rue de la Butte aux Cailles — le Moulin Vieux et Le Temps des Cerises

Au n° 12, emplacement probable du Moulin Vieux, à proximité duquel se posèrent Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes avec la Montgolfière lors de son premier vol libre. Aux n° 18-20, le café-restaurant « Le Temps des Cerises », coopérative fondée en juin 1976 dans l'esprit de 1968 : on y mange toujours très bien.

Rue Samson — un des derniers combattants de la Commune

Au n° 33 de la rue Samson demeurait François Aner, ouvrier terrassier arrivé en France en avril 1871, garde national au 101ème bataillon, arrêté le 28 mai sur la barricade de la Fontaine au Roy ; un des derniers combattants de la Commune.

Rue de la Butte aux Cailles — la famille Caille et le bourreau

On devrait en réalité écrire « Butte aux Caille », sans « s », puisque le nom de cette colline n'a rien à voir avec les oiseaux : elle le tient d'une famille Caille qui était propriétaire des lieux. À l'emplacement du petit square actuel se trouvait autrefois, face au n° 4, une maison de couleur rouge où s'installait le bourreau de Paris lors des exécutions capitales qui avaient lieu à la barrière St Jacques de 1832 à 1851.

Vers l’arrêt 10 →
Par les rues Jean-Marie Jégo et Michal, gagnez la place de la Commune de Paris.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~10 min

Place de la Commune de Paris

La Butte aux Cailles, dernier bastion des Fédérés — enfin honorée, en l'an 2000.
📍 Place de la Commune de Paris, 13e arr.

Il n'y a malheureusement pas de lieu particulier où évoquer la résistance farouche des Fédérés, commandés par le général polonais Walery Wróblewski, sur la Butte aux Cailles le 25 mai 1871. Nous choisirons donc cette petite placette qui porte le nom de cet évènement fondamental pour le mouvement ouvrier international, célébré dans maints pays comme le premier gouvernement ouvrier de l'Histoire, mais longtemps occulté ou vilipendé dans nos manuels scolaires.

L'ironie de l'histoire veut que ce soit sous une municipalité bien marquée à droite que ce nom lui ait été attribué le 19 avril 2000, à l'initiative de Jacques Toubon et sous la houlette de Jean Tibéri alors maire de Paris. Étonnant non ! aurait dit notre regretté Desproges. Une suggestion à l'intention de nos édiles : la place de l'Hôtel de ville a bien porté le nom de place de « Grève » ; pourquoi ne prendrait-elle pas celui d'une révolution ?

Rue de l'Espérance — l'Union ouvrière du 13ème

Au n° 14 de la rue de l'Espérance, ancien local de l'Union ouvrière du 13ème, fédération en fait des 13ème et 5ème arrondissements, centrale d'achat de 8 coopératives de consommation en 1900.

Vers l’arrêt 11 →
Gagnez la rue Martin Bernard, sur la gauche.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~15 min

Rue Martin Bernard et alentours

Un révolutionnaire de 1839, le cinéma Tolbiac, Léo Malet et la Bièvre sous l'église.
📍 Rue Martin Bernard, rue de Tolbiac, 13e arr.

La rue Martin Bernard porte depuis 1883 le nom d'un révolutionnaire, membre de la Société des Familles puis de la Société des Saisons. Enfermé au Mont St Michel en 1839 avec Armand Barbès et Auguste Blanqui après la tentative d'insurrection des 12 et 13 mai contre la Monarchie de Juillet, Martin Bernard fut représentant du peuple après la révolution de 1848, à nouveau condamné à la déportation en 1849 mais parvint à s'enfuir en Belgique puis en Angleterre. Élu député de la Seine le 8 février 1871, il ne participera pas à la Commune mais tentera une impossible conciliation avec Versailles. Au n° 23 se trouvait le cinéma le Tolbiac, où Marceau Pivert fit en janvier 1935 une conférence à partir d'un film sur une communauté de chômeurs berlinois.

Rue Bobillot — La Mie de Pain et Paul Grimault

Au n° 54 de la rue Bobillot, une autre antenne de la Mie de Pain. Au n° 92, le studio où travaillait le cinéaste d'animation Paul Grimault, associé à Jacques Prévert pour les dialogues du « Roi et l'oiseau », de « la Bergère et le ramoneur » et du « Petit soldat ».

Rue de Tolbiac — Léo Malet et la Bièvre sous Ste Anne

Au n° 182 de la rue de Tolbiac, emplacement (sans certitude) d'un foyer végétalien anarco-libertaire fréquenté dans sa jeunesse, en 1927, par Léo Malet, l'auteur des « Nouveaux mystères de Paris », père du fameux Nestor Burma. Au n° 188, la Bièvre passait sous les marches de l'église Ste Anne. Aux abords, la rue de l'Espérance (n° 35) et la rue Guyton de Morveau (n° 29, dessiné par F. Gombeau) offrent de beaux immeubles Art déco et Art nouveau.

Vers l’arrêt 12 →
Par la place de Rungis, dirigez-vous vers la rue Barrault et la rue Brillat-Savarin.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~15 min

Rue Barrault, Cité Florale et rue Vergniaud

Coopérative socialiste, cités-jardins parfumées et une planque de Mesrine.
📍 Rue Barrault, rue Brillat-Savarin, rue Vergniaud, 13e arr.

Au n° 84 de la rue Barrault se trouvait la boulangerie-biscuiterie, inaugurée le 16 décembre 1900, de la « Coopération socialiste », association fondée par les Allemanistes, une des tendances réformistes du mouvement ouvrier, dont faisaient partie Jean Allemane, Jean Baptiste Clément et Amilcare Cipriani. La rue de la Fontaine à Mulard, voisine, longeait le méandre que faisait la Bièvre pour contourner la Butte aux Cailles ; on y a découvert des outils du Moustérien et des dents de Mammouth. Tout ce quartier fut un secteur très industriel et ouvrier, avec les usines Gnome et Rhône et Panhard et Levassor ; la population ouvrière est en partie restée dans les barres à loyer modéré, mais les entreprises ont fui depuis longtemps.

Rue Brillat-Savarin — la MOI et la Cité Florale

La rue Brillat-Savarin longe elle aussi l'ancien cours de la Bièvre. Au n° 36 se cachait Betka Brikner, alias Betka Weinraub, agent de liaison du comité directeur de la MOI pendant la dernière guerre. Repérée le 14 avril 1943 et filée par la 3ème section des Renseignements généraux, livrée aux nazis, elle mourra en déportation. Entre le 36 et le 54 s'étend la Cité Florale, charmant ensemble pavillonnaire construit en 1929, aux rues au nom parfumé : rue des Orchidées, des Glycines, des Volubilis, des Iris.

Rue Vergniaud — Mesrine, l'antoinisme et un ballon postal

Au n° 82 de la rue Vergniaud, une des nombreuses planques de Jacques Mesrine, arrêté ici par l'inspecteur Broussard le 28 septembre 1973. Au n° 34, le siège du culte antoiniste à Paris, secte d'origine belge fondée en 1906 par Louis Antoine. C'est au bout de la rue Vergniaud, au lieu-dit la Glacière, que partit l'aéronaute Gabriel Mangin sur le ballon Ville de Florence le 25 septembre 1870, emportant lettres et pigeons voyageurs — deuxième départ de ballon postal du siège de Paris ; on venait d'inventer les microfilms.

Vers l’arrêt 13 →
Suivez l'ancien cours de la Bièvre par les rues de Tolbiac et Wurtz, jusqu'à la rue de la Glacière.
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Arrêt 13
★ Incontournable ~20 min

Le long de la Bièvre — de la rue Wurtz à la rue de la Glacière

Bièvre vive et Bièvre morte, Trotsky, les Zetkin et un réseau de la Résistance chez les sœurs.
📍 Rue Wurtz, rue de l'Amiral Mouchez, rue de la Santé, rue de la Glacière, 13e arr.

La rue Wurtz a pris la place du bras mort de la Bièvre : on désignait en effet les bras de la rivière disparue en « Bièvre vive » et « Bièvre morte ». Léon Trotsky habita la rue de l'Amiral Mouchez avec sa famille en 1915, à une adresse inconnue, alors correspondant de guerre au journal Kievskaïa Mysl ; il y rencontrait régulièrement Pierre Monatte et Alfred Rosmer.

127 rue de la Santé — le réseau Jade-Amicol

Au n° 127 de la rue de la Santé, emplacement du couvent de la Sainte-Agonie, dirigé pendant l'occupation par la mère Jean. Il abrita la centrale du réseau Jade-Amicol du colonel Claude Arnould, dit Ollivier, qui organisa entre 1942 et 1944 un millier d'évasions en liaison avec les services britanniques. C'est dans ce couvent que l'Intelligence Service, le MI 6, rencontra l'amiral Canaris, chef de l'Abwehr, au sujet des conditions de paix le 3 juin 1944.

Rue de la Glacière — Émile Duval et les Zetkin

La rue de la Glacière tient son nom d'anciennes carrières transformées sous l'Empire en puits permettant de conserver la glace récoltée l'hiver dans les étangs de la Bièvre. Au n° 85, la demeure d'Émile Duval, membre du premier Comité central de la garde nationale Fédérée, général de la Commune, assassiné par les versaillais après sa capture sur le plateau de Châtillon. Au n° 81, un restaurant fréquenté par les immigrés Russes, où un rassemblement se tint le jour de la déclaration de guerre, le 1er août 1914. C'est dans cette rue qu'habitèrent Ossip et Clara Zetkin, d'avril 1887 à 1890 ; Ossip, paralysé, y mourut le 29 janvier 1889. Clara participa au congrès fondateur de la 2ème Internationale le 14 juillet 1889. Ils étaient voisins et amis de Charles Rappoport, alors proche du Parti Ouvrier guesdiste.

Vers l’arrêt 14 →
Gagnez la rue Daviel, puis la rue Barrault, pour découvrir les cités ouvrières pittoresques.
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Arrêt 14
★ Incontournable ~15 min

Petite Alsace, Petite Russie et rue des Cinq Diamants

Cités-jardins de logements sociaux, un coron de chauffeurs russes et le berceau des Amis de la Commune.
📍 Rue Daviel, rue Barrault, rue des Cinq Diamants, 13e arr.

Au n° 10 de la rue Daviel, la Petite Alsace, bel ensemble de logements sociaux dessinés par l'architecte Jean Walter et construits en 1912 par la société « l'Habitation familiale » ; il doit son nom au style des pavillons rappelant les maisons de l'Est de la France. La villa Daviel, en face, longeait le cours du bras supérieur de la Bièvre, la Bièvre vive.

22 rue Barrault — la Petite Russie

La Petite Russie est une sorte de coron construit vers 1910 sur le toit d'un garage à taxis par son propriétaire afin de loger ses chauffeurs, essentiellement des russes ayant fui le tsarisme après la révolution de 1905. Ils furent peut-être remplacés en 1917 par des russes blancs émigrés après la Révolution d'Octobre 1917. C'est dans cette rue que se trouvait le local des expéditions de la presse Bolchevique, sous la responsabilité de Riskine et Vladimir, typographes de l'imprimerie du POSDR à Paris, après le départ de Lénine pour Cracovie en 1912.

Rue des Cinq Diamants — les Amis de la Commune et une imprimerie clandestine

Au n° 46, siège de l'association « Les Amies et Amis de la Commune de Paris 1871 », la plus ancienne des organisations du mouvement ouvrier de France, créée en 1882 par des Communards de retour d'exil. Au n° 12, vestiges probables d'un ancien moulin de la Butte aux Cailles. À partir d'août 1942 et jusqu'en 1943, une imprimerie clandestine du PCF se trouvait dans cette rue, tenue par Émile Le Gaillard le typographe, Blot son assistant, et un militant prénommé Paul qui, arrêté et torturé, ne parla pas. Elle fut démantelée par les brigades spéciales à l'hiver 1943 ; Émile Le Gaillard fut déporté.

Vers l’arrêt 15 →
Par la rue Jonas, gagnez le square Auguste Blanqui pour comprendre le relief de la Butte.
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Arrêt 15
★ Incontournable ~10 min

Square Auguste Blanqui et rue Paulin Méry

Le bastion de Wróblewski et une rue qu'il faudrait débaptiser.
📍 Rue Jonas, square Auguste Blanqui, rue Paulin Méry, 13e arr.

C'est dans le petit square Auguste Blanqui — qui dominerait au bout de cette impasse le boulevard du même nom si la « promotion » immobilière n'avait interposé un de ses monstres architecturaux — qu'on apprécie le mieux pourquoi le général Walery Wróblewski fit de la Butte aux Cailles le principal bastion de résistance des Fédérés à l'avancée des Versaillais sur la rive gauche en mai 1871, sachant que la pente était presque aussi raide de l'autre côté de cette hauteur avant que le percement de la rue de Tolbiac ne vienne la niveler.

Rue Paulin Méry — une rue à débaptiser

Une des rues de Paris qu'il est urgent de débaptiser. Elle porte le nom d'un médecin devenu député, archi-réactionnaire. Boulangiste d'abord, puis co-fondateur de la Ligue des patriotes de Paul Déroulède, il créa en 1894 un « Parti du travail » qui se voulait « nationaliste et socialiste ». Violemment xénophobe et antisémite, il s'engagea à fond dans le combat antidreyfusard. Nous proposons de rebaptiser cette voie « rue Walery Wróblewski », ou bien « rue Gérard Conte », en l'honneur de cet historien du 13ème. Au n° 5 demeurait Cam Yu Tchen Chen, membre du PC Chinois, représentant de la 3ème Internationale à Paris en 1924 ; son adresse était alors le 5 rue « Thiers »… Cette rue n'a décidément pas eu de chance dans l'attribution de ses noms.

Vers l’arrêt 16 →
Par la rue Bobillot, redescendez vers la place d'Italie, où s'achève le parcours.
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Arrêt 16
★ Incontournable ~5 min

Retour place d'Italie

Le rêve de Gérard Conte : voir un jour la Bièvre couler de nouveau.
📍 Place d'Italie, 13e arr.

Fin de notre parcours. Cette balade est dédiée à la mémoire de Gérard Conte, historien du 13ème arrondissement, dont le rêve était de voir la Bièvre courir de nouveau, rue Berbier du Mets.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.