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Balade · 8e–9e arr.

« Manifs » et révolutions sur les Grands boulevards – De la Madeleine à la place de l'Opéra

Des barricades de 1848 au « J'accuse » de Zola : deux siècles de luttes le long des Grands boulevards
📍 7 arrêts
🚶 ~1.5 km
~2h30
📖 8e–9e arr.
« Manifs » et révolutions sur les Grands boulevards – De la Madeleine à la place de l'Opéra

C'est vers 1661, après la mort de Mazarin, que le roi mégalo-soleil, alias Louis XIV, prend personnellement en main le gouvernement de la France. Il décide de raser les fortifications achevées quelques années auparavant sous le règne de son supposé papa, Louis XIII, qui avait fait élargir et bastionner la vieille enceinte de Charles V et les « Fossés jaunes » d'Henri II.

Louis-Dieudonné sacrifiait ainsi à la mode transalpine de l'époque, qui voulait que les villes sortent de l'étroite ceinture de leurs anciennes murailles et se dotent de promenades. Il ne reste presque aucune trace de cette enceinte, si ce n'est un nom, venant d'un terme d'architecture militaire hollandais : les « boulevards ». En moyen-néerlandais, le « bolwerc » désigne un bastion, un rempart. Lorsqu'on rase ces ouvrages défensifs pour les remplacer par de larges allées arborées, ces dernières gardent auprès du public leur appellation militaire d'origine, tandis que leur concepteur les nomme « le Nouveau Cours » ; ça fait plus chic !

Le plan du Paris de la Révolution française, par Brion, de 1787, et celui de De Fer, où figurent les nouveaux « Boulevarts », en 1705

Le seul vestige de l'enceinte de Louis XIII, au 39 rue Cambon ; plan de Claes Jansz Visscher montrant les « Fossés jaunes », 1618

Après la Révolution de 1789, mais surtout après la décision de Louis-Philippe Ier, le 31 décembre 1836, de faire fermer les maisons de jeu du Palais Royal, le centre de gravité de la vie parisienne se déplace vers ces fameux Boulevards. Il restera toujours une nette opposition — pas seulement urbanistique, mais surtout sociale — entre l'Ouest, domaine de la finance, de la presse et des arts, et le « Boulevard du crime », au-delà des portes St Denis et St Martin, où viennent se divertir les « petites gens ».

Les Muscadins ; le boulevard de Coblentz, par Isabey

Cependant, les prolétaires eux aussi viendront investir les boulevards, les jours de colère, pour protester et lutter. Eh bien nous aussi nous allons les remonter, ces Boulevards, à la rencontre des événements, des luttes et des personnages qui ont jalonné les deux derniers siècles.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Place de la Madeleine

Le point de départ de la révolution de Février 1848
📍 Place de la Madeleine, 8e arr.

C'est de cette place que partit la révolution de Février 1848. Elle concentre à elle seule un siècle et demi de fièvres politiques parisiennes : banquets réformistes, triomphes populistes, éclats de l'affaire Dreyfus, attentats et représailles. Nous en ferons le tour, adresse par adresse, avant de nous engager sur les Boulevards.

L'église de la Madeleine, alors inachevée, fut consacrée Temple de la Gloire en 1798. Les funérailles des victimes de la révolution de 1848 — les « Héros de février » — y furent célébrées. 300 Fédérés furent massacrés dans sa crypte, le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante. Sur son parvis, le 15 mars 1894, l'anarchiste belge Amédée Pauwels, dit Rabardy, fut tué par l'explosion de sa propre bombe, qu'il s'apprêtait à poser pour venger l'exécution d'Auguste Vaillant.

La place de la Madeleine fut aussi le terminus d'une ligne d'omnibus reliant la Bastille, inaugurée le 11 avril 1828 par Stanislas Baudry ; la seconde après celle créée à Nantes par le même Baudry le 10 août 1826. Elle fonctionna jusqu'à 1912. Enfin, même si vous n'en avez pas un besoin pressant, descendez les quelques marches des toilettes publiques en sous-sol, à droite de l'église ; sans conteste les plus chiques de Paris, avec un étonnant décor Art nouveau de 1905.

N° 2 — Le café Durand, foyer de la vie politique

Les souscripteurs du banquet républicain, prévu initialement rue Broca le 19 février 1848 mais interdit par le gouvernement de Louis-Philippe, s'y étaient donné rendez-vous le 22 afin de se rendre ensemble à Chaillot. Devant l'apparente fermeté du gouvernement, les organisateurs annulent l'initiative, mais les ouvriers parisiens ne l'entendent pas de cette oreille. Environ 3000 manifestants se dirigent vers la chambre des députés au cri de « vive la réforme, à bas Guizot ».

Les choses basculent le 23 au soir. Un rassemblement a lieu boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires étrangères où demeure François Guizot, le ministre exécré. Une fusillade éclate, faisant 50 morts. Leurs cadavres sont promenés dans Paris sur des charrettes, des centaines de barricades se dressent, et la Garde nationale passe du côté des insurgés. En trois jours, les jeux sont faits : Louis-Philippe s'enfuit par le souterrain de la terrasse du Bord de l'eau, et la France en a définitivement terminé avec la royauté.

C'est également dans ce café Durand que le « brave général Boulanger », un populiste ultraréactionnaire, se fait acclamer après avoir été élu député de la Seine, le 27 janvier 1889. Heureusement cette baudruche, soutenue par les bonapartistes, les royalistes ou des renégats comme Henri de Rochefort, va vite se dégonfler : le « général Revanche » se suicidera en Belgique sur la tombe de sa maîtresse. Et c'est encore dans ce café que Zola rédigera, le 13 janvier 1898, sa fameuse lettre ouverte au président Félix Faure, publiée le lendemain dans l'Aurore sous le titre : « J'accuse ». L'affaire Dreyfus était relancée, et la révision du procès allait aboutir à la réhabilitation du capitaine.

Autres adresses de la place

Au n° 3 se tenait le restaurant Larue, fréquenté par Marcel Proust puis par André Malraux et ses amis. Au n° 7 demeurait en 1876 Jules Simon, nommé ministre de l'éducation dans le gouvernement provisoire de la 3ème République naissante ; la « République des Jules ». Il se déclarait lui-même, dans son discours d'investiture à la présidence du Conseil, « profondément républicain et résolument conservateur ». Ça avait le mérite d'être clair.

Au n° 9 demeurèrent, au printemps 1938, Jean Cocteau avec Jean Marais. Au n° 26, l'épicerie de luxe Fauchon, devenue pour beaucoup un symbole du caractère profondément inégalitaire de notre société : elle est pillée le 8 mai 1970 par des militants de la Gauche Prolétarienne en vue d'une redistribution dans les bidonvilles de Nanterre, puis visée par un attentat à la bombe revendiqué par les NAPAP le 19 décembre 1977.

Au n° 30 demeurait Maxime Du Camp, ami de Gustave Flaubert et l'un des pires détracteurs de la Commune de 1871. C'est lui qui est épinglé, avec Dumas fils, en tant que « journalistes policiers » dans la chanson d'Eugène Pottier sur la Semaine sanglante : « Elle n'est pas morte ». Sénateur sous l'Empire, il s'est surtout fait connaître en rédigeant une histoire lamentable sur la Commune, « Les convulsions de Paris ».

Vers l’arrêt 2 →
Engagez-vous sur le boulevard de la Madeleine, en direction de l'est.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~10 min

Boulevard de la Madeleine

Les demeures d'un salon célèbre et de conventionnels guillotinés
📍 Boulevard de la Madeleine, 8e/9e arr.

Sa physionomie a bien changé depuis le 17ème siècle. Un dénivelé a subsisté longtemps entre le boulevard lui-même et la rue Basse des Remparts qui le longeait au nord et qui, comme son nom l'indique, marquait l'emplacement du fossé des anciennes fortifications. Dans cette rue ont vécu un certain nombre de personnages célèbres, à des adresses qu'il est impossible de situer aujourd'hui avec précision.

Au n° 32 habita Mme Récamier, de 1809 à 1818. Elle accueille dans son salon une kyrielle de soupirants dont Benjamin Constant, et Chateaubriand qui y fait en 1814 la lecture de ses « Aventures du dernier Abencerage ». Au n° 18 vécut la Duchesse d'Abrantès, veuve du maréchal Junot, et maîtresse du jeune Honoré de Balzac qui fait plus que corriger ses « Mémoires ».

Au n° 17 logea Beaumarchais, de 1757 à 1763, alors qu'il était professeur de harpe des filles de Louis XV. Au n° 14 demeurait Marie-Jean Hérault de Séchelles, député à la Législative puis à la Convention, un des rédacteurs de la Déclaration des droits, guillotiné avec Danton le 5 avril 1794.

Vers l’arrêt 3 →
Poursuivez sur le boulevard proprement dit.
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Arrêt 3
Optionnel ~8 min

Le boulevard proprement dit

Un physicien, une courtisane et la Propagandastaffel
📍 Boulevard de la Madeleine, 8e/9e arr.

Au n° 11 demeura le physicien Jacques Charles, inventeur du ballon à hydrogène qui se fit chiper la vedette par la montgolfière, mais dont l'aéronef eut un destin bien plus utile. C'est dans ce même Hôtel que mourut, le 3 février 1847, Alphonsine Plessis, célèbre courtisane, maîtresse entre autres de Dumas fils, inspiratrice et modèle de « La Dame aux Camélias ».

Au n° 10 se trouvait, jusqu'à 1975, le siège historique de la Compagnie des messageries maritimes, dont le fronton conserve les insignes. Le gouvernement républicain espagnol y installa en 1936 un centre d'information et de propagande animé par Stefan Priacel. En 1940, l'immeuble fut réquisitionné par la Propagandastaffel nazie : le PCF vint y négocier auprès du MBF l'autorisation de reparution de l'Humanité, erreur politique lourde de conséquences. Au n° 2 subsiste l'Hôtel de Marin-Delahaye, un fermier général — dernier bâtiment encore existant de ce style « ancien régime », construit en 1779 par l'architecte André Aubert.

Vers l’arrêt 4 →
Continuez sur le boulevard des Capucines.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~12 min

Boulevard des Capucines — l'Hôtel de la Colonnade

De Bonaparte à la fusillade qui déclencha 1848
📍 Boulevard des Capucines, 9e arr.

Aux n° 37-43 se trouvait l'Hôtel de la Colonnade, dont l'entrée était au 22-24 rue des Capucines. Ce fut la demeure de Joseph Dupleix, administrateur de la Compagnie des Indes orientales, en 1763, puis celle de Bonaparte, alors commandant en chef de l'armée de l'intérieur, de 1795 à 1796. Affecté au ministère des affaires étrangères, l'hôtel accueillit Chateaubriand de 1822 à 1824. Une manifestation en faveur de la Pologne insurgée s'y déroula le 7 septembre 1831, durement réprimée, et c'est dans ses murs qu'aura lieu la première expérimentation du daguerréotype, le 7 septembre 1839.

Et c'est donc devant les fenêtres de Guizot, qui occupait alors ce ministère, que se produisit, le 23 février 1848 vers 22 heures, la fusillade qui déclencha la révolution. Sous la responsabilité du général Bugeaud et sous le commandement du lieutenant-colonel Courant, les soldats du 14ème de ligne tirèrent sur la foule, faisant entre 50 et 100 morts. Ce massacre sonna le glas de la Monarchie de juillet, et celui de la royauté en France, enfin !

Vers l’arrêt 5 →
Faites un aller-retour dans la rue des Capucines, qui débouche sur le boulevard.
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Arrêt 5
Optionnel ~8 min

Rue des Capucines (aller-retour)

Babeuf, Bailly et la dernière sortie de Stendhal
📍 Rue des Capucines, 1er/2e arr.

Gracchus Babeuf y habita quelque temps à son arrivée à Paris. Au n° 12 demeurait Jean-Sylvain Bailly, astronome, maire de Paris au début de la Révolution, qui finit guillotiné sur un tas de fumier dans les fossés du champ de Mars pour avoir fait tirer par les troupes de La Fayette, le 17 juillet 1791, sur le peuple venu réclamer la déchéance de Louis XVI.

C'est sur le trottoir, à l'angle de la rue et du boulevard des Capucines, qu'Henri Beyle, alias Stendhal, sortant d'un rendez-vous avec Guizot, fut victime, le 22 mars 1842, d'une attaque qui allait entraîner sa mort.

Vers l’arrêt 6 →
Reprenez le boulevard des Capucines vers l'Opéra.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~15 min

Boulevard des Capucines — le berceau des arts modernes

Nadar, les impressionnistes, l'Olympia et le scandale de Panama
📍 Boulevard des Capucines, 9e arr.

Ce tronçon du boulevard concentre une densité inouïe de premières artistiques et de scandales financiers. Sous l'Occupation, plusieurs immeubles furent réquisitionnés par l'appareil nazi : au n° 43, la banque Lloyds devint le siège de la Caisse de crédit du Reich ; au n° 37, un bureau d'achat des matières premières dirigé par Elmar Michel. Au n° 39 se tenait en 1870 la Salle des Conférences, où 25 réunions politiques publiques se tinrent à la fin du Second Empire.

Mais c'est le n° 35 qui fit l'histoire de l'art : l'atelier et la galerie de Félix Tournachon, alias Nadar, photographe, aérostier et mécène. C'est là que se tint le premier Salon Impressionniste le 15 avril 1874, rassemblant 165 toiles de 30 participants, dont Boudin, Cals, Cézanne, Degas, Guillaumin, Berthe Morisot, Henri Rouart, Monet, Sisley, Pissarro et Renoir. Monet y peindra, de la terrasse du bâtiment, une vue plongeante sur le boulevard des Capucines. Le 6ème Salon Impressionniste s'y déroulera aussi en 1881.

N° 28 à 23 — L'Olympia, Panama et Mistinguett

Au n° 28, remplaçant des montagnes russes, une salle de spectacle destinée à devenir célèbre est inaugurée par Joseph Oller le 12 avril 1893 : ce sera l'Olympia. Reprise plus tard par Bruno Coquatrix, elle verra le triomphe de Gilbert Bécaud, Édith Piaf, Georges Brassens, Jacques Brel et tant d'autres.

Au n° 26 se trouvait le siège de la Compagnie de Panama, créée par Ferdinand de Lesseps et reprise par Gustave Eiffel, dont la faillite, le 4 février 1889, créera l'un des plus gros scandales de la Troisième République. Au n° 24 demeura pendant 50 ans, de 1906 à 1956, Jeanne Bourgeois, dite Mistinguett, la chanteuse aux « belles gambettes ». Au n° 23 se tenait le café du « Trou dans le mur », à l'emplacement d'un effondrement causé par un obus le 23 février 1848.

N° 16-22 — Le journal l'Événement de Victor Hugo

À cette hauteur du boulevard se trouvait, rue Basse du Rempart, le siège du journal « l'Événement », créé le 1er août 1848 par Victor Hugo et ses fils, Charles et François-Victor. Paul Meurice en était directeur et Auguste Vacquerie rédacteur en chef.

N° 14 — La première séance publique du cinématographe

Au n° 14, l'Hôtel Scribe abritait au rez-de-chaussée le Grand Café. C'est dans son Salon Indien, au sous-sol, qu'Antoine Lumière, le père d'Auguste et Louis, organisa, le 28 décembre 1895, la première séance publique payante du cinématographe, devant 33 spectateurs. Parmi ceux-ci se trouvait un certain Georges Méliès. Dans ce même salon eut lieu, le 12 janvier 1896, la première expérimentation publique des rayons X par le docteur Wilhelm Röentgen.

N° 13 à 8 — Herwegh, le Grand Hôtel, le Café de la Paix, Offenbach

Au n° 13 demeura Georg Herwegh, président de la Société démocratique Allemande, en 1848. Au n° 12, le Grand Hôtel de la Paix, fondé en 1862 par les frères Pereire et décoré par Jean-François Millet. C'est de ce palace que part, le 21 mars 1871, la première manifestation des « Amis de l'Ordre » contre la Commune, et c'est là que le lendemain l'amiral Saisset installe son quartier général pour contrer le Comité central de la Garde nationale.

Au n° 10, le Café de la Paix, au superbe décor de Charles Garnier : le poste d'observation privilégié de l'animation du Boulevard. Le 24 décembre 1921, un couple d'américains complètement désargentés y décide de réveillonner ; ils s'appellent Hadley et Ernest Hemingway. En grève le 14 juillet 1937, les garçons de café prennent d'assaut l'établissement qui n'avait pas fermé ses portes. De 1942 à 1944, une pancarte « interdit aux juifs » y était apposée. Au n° 9, le siège de l'Union des jeunes filles de France, créée à l'initiative de Danielle Casanova, tint son congrès fondateur le 26 décembre 1936. Au n° 8, il ne reste que le vestibule de l'immeuble où habita et mourut en 1880 Jacques Offenbach, qui y composa ses « Contes d'Hoffmann ».

N° 4 et 2 — Le Grand Café et le théâtre du Vaudeville

Au n° 4, le Grand café des Capucines, de 1875, au décor 1900 remarquable. Au n° 2, avant le cinéma Paramount, se tenait le théâtre du Vaudeville, de 1868 à 1927. Une soirée y fut organisée par le Théâtre d'Art, à l'initiative de Charles Morice, le 21 mai 1891, au bénéfice de Verlaine et Gauguin. Le jeune Claude Debussy, alors pianiste au Chat Noir, y fit la connaissance de Maurice Maeterlinck.

Vers l’arrêt 7 →
Le boulevard débouche sur la place de l'Opéra, terme de notre parcours.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~15 min

Place de l'Opéra

Le palais Garnier, cour prévôtale pendant la Semaine sanglante
📍 Place de l'Opéra, 9e arr.

La légende, forgée par Gaston Leroux pour son « Fantôme de l'Opéra », d'un lac situé sous le bâtiment, n'est pas totalement sans fondement : nous sommes sur l'emplacement d'un ancien bras de la Seine, et les ouvriers qui creusèrent les fondations du Palais Garnier, puis les tunnels du métro et du RER, ont dû beaucoup pomper. L'un de ces ouvriers, ciseleur sur bronze, sera l'un des organisateurs de la grande grève des bronziers de 1867, l'un des dirigeants de l'Association Internationale des Travailleurs, élu au Conseil de la Commune de 1871, et participera en 1920 à la création du Parti Communiste français : il se nommait Zéphirin Camélinat.

L'Opéra est encore en construction lorsqu'en 1870 Napoléon III déclare stupidement la guerre à la Prusse. Paris est bientôt assiégé, et Garnier transforme les locaux en ambulance, magasin de vivres et réservoir d'eau. Les versaillais, eux, le convertiront en cour prévôtale pendant la Semaine sanglante, procédant à des exécutions sommaires de Fédérés le 24 mai 1871. Inauguré en 1875 avec « La Juive » de Jacques Halévy, il inspirera Édouard Manet, qui y peindra son « Bal masqué à l'Opéra », et Edgar Degas. Le 17 septembre 1891, une bagarre y éclatera lors de la représentation de « Lohengrin » de Richard Wagner.

C'est de la place de l'Opéra, en direction de la rue de la Paix, que démarre la première manifestation des « Amis de l'Ordre », portant des cocardes bleues, le 21 mars 1871. Le 19 juillet 1935, une manifestation interdite de fonctionnaires s'y terminera par 1500 arrestations, et en 1966, une protestation contre la guerre au Viet Nam se soldera par 316 arrestations. Nous voici donc place de l'Opéra : elle sera le point de départ de notre seconde balade sur les Grands boulevards, qui nous mènera jusqu'à la Porte St Denis.

N° 5 — Le Grand Hôtel

Autre symbole de l'apothéose de la bourgeoisie désormais installée durablement au pouvoir, manière d'étaler sa puissance par un luxe exorbitant. C'est dans une chambre de ce palace que Zola fait mourir Nana dans son roman éponyme écrit en 1878. C'est là aussi que Mata-Hari exerce ses coupables activités en 1916. C'est enfin d'une de ses fenêtres donnant sur la place de l'Opéra que Georges Clemenceau, accompagné de la cantatrice Marthe Chenal entonnant la Marseillaise, se fait acclamer lors de la célébration de la victoire, le 11 novembre 1918.

N° 2 — La Kommandantur du Gross-Paris

Au n° 2 fut installé le siège de la kommandantur du Gross-Paris, dirigée par le général Pörtner, pendant l'Occupation, de 1940 à 1944.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.