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Balade · 8e–18e arr.

De la place Blanche à Saint-Lazare 2ème partie : une Europe des arts

De la place Blanche à la gare Saint-Lazare, un parcours dans le Paris des peintres, des cabarets et des révoltes, du Moulin Rouge aux impressionnistes du quartier de l'Europe.
📍 12 arrêts
🚶 ~5.5 km
⏱ ~3h30
📖 8e–18e arr.
De la place Blanche à Saint-Lazare 2ème partie : une Europe des arts

Deuxième partie de notre traversée du nord-ouest parisien, cette balade part de la place Blanche et descend, par le boulevard de Clichy et le quartier de l'Europe, jusqu'à la gare Saint-Lazare avant de revenir par la rue de Clichy. Elle suit le fil d'un Paris des arts et des révoltes : les cabarets et les théâtres de chansonniers du boulevard, les ateliers des impressionnistes et des néo-impressionnistes aux abords de la gare, les demeures des écrivains et des musiciens, mais aussi la mémoire des barricades de la Commune, des clubs révolutionnaires et des heures noires de l'Occupation.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~12 min

Place Blanche

Une barrière d'octroi, une barricade de femmes, un repaire de surréalistes.
📍 Place Blanche, angle des 9e et 18e arr.

La Barrière de la Croix Blanche était l'un des postes d'octroi du mur des Fermiers généraux. Elle devait son nom à la couleur qu'avait prise ce secteur du fait de l'extraction, du traitement dans les moulins de Montmartre et du transport du gypse tiré des carrières de la Butte. Le pavillon de Ledoux qui la gardait fut mis à sac et incendié l'un des premiers dans la nuit du 11 au 12 juillet 1789, prémices de la Révolution.

Pendant la Semaine sanglante, le 23 mai 1871, une barricade dressée sur cette place fut défendue par un bataillon de 120 femmes, dont certaines militantes de l'Association Internationale des Travailleurs — parmi elles Elisabeth Dmitrieff, Nathalie Le Mel, Louise Michel, Malvina Poulain, Blanche Lefèvre, Béatrix Excoffon-Euvrie… Environ 10 000 femmes participèrent aux combats de la Commune, la plupart comme « ambulancières », mais un nombre plus important qu'on ne le croit généralement le firent les armes à la main.

N° 3 — Le café de la Place Blanche

Le café de la Place Blanche, repaire des Surréalistes dans les années 1940 — Breton n'avait que 70 mètres à faire pour s'y rendre — est devenu un Buffalo Grill. Après tout, la compagnie du tueur de bisons auquel la chaîne fait référence aurait peut-être plu à ces grands enfants : Apollinaire et Max Jacob n'avaient-ils pas songé à créer une « Société des amis de Fantômas » !

N° 5 — Le cabaret Liberty's (Tonton)

Le cabaret le Liberty's, plus connu sous le nom de Tonton, dirigé par Gaston Baheux, était fréquenté par de nombreux peintres devenus célèbres : Bernard Buffet, Maurice de Vlaminck, Raoul Dufy, Gen Paul…

Vers l’arrêt 2 →
Engagez-vous sur le boulevard de Clichy en direction de l'ouest, vers la place de Clichy. Les numéros pairs et impairs racontent, à quelques mètres d'intervalle, tout un siècle d'art et de fête.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~15 min

Boulevard de Clichy — le Moulin Rouge

Le cabaret le plus célèbre du monde et la ronde des peintres qui bordent le boulevard.
📍 Boulevard de Clichy (côté ouest), 18e / 9e arr.

Au n° 82, le café « le Cyrano » devint en 1925 le QG des Surréalistes. S'y réunissaient, autour de Breton, Antonin Artaud, Raymond Queneau, Philippe Soupault, Max Ernst et tant d'autres.

Au n° 90 se dresse le Moulin Rouge. Le bal de la Reine Blanche, qui le précéda en ce lieu, accueillit l'une de ces réunions politiques publiques qui fleurirent en 1870 ; le Club de la Reine Blanche était fréquenté par Louise Michel et Georges Clemenceau.

N° 90 — Le Moulin Rouge

Le Moulin Rouge, dont le dessin et la couleur « magenta » sont dus à Adolphe Willette, fut créé en 1889 par Joseph Oller et Charles Zidler. Ils piquèrent leurs danseuses vedettes au bal populaire de l'Élysée Montmartre. Elles avaient des noms fort évocateurs : la Goulue, la Môme Fromage, Grille d'égout, Demi Siphon, Nini Patte en l'air, la Môme Cricri… Jules Renaudin, alias Valentin le désossé, Jeanne Avril, Cha-U-Kao, Yvette Guilbert en firent la renommée.

On y dansait le quadrille naturaliste, le chahut, le french cancan — qui, contrairement à ce que l'on croit, n'a pas été inventé ici mais au bal Mabille, vers 1850, par Céleste Mogador. On y présentait aussi, sur une scène aménagée aux pieds d'un énorme éléphant en stuc, des spectacles très éclectiques comme celui de Joseph Pujol, dit le Pétomane.

Avant d'être l'une de nos écrivaines les plus fameuses, Sidonie Gabrielle Colette s'y produisit en 1907 avec sa compagne d'alors, Mathilde de Morny — marquise de Belbeuf, surnommée Missy —, dans une pantomime friponne intitulée « Rêve d'Égypte ». Après un temps de désuétude, le Moulin Rouge revint en vogue entre 1926 et 1934 avec Mistinguett, qui y mena la revue pendant quatre ans, puis Joséphine Baker et Maurice Chevalier. Il inspira de nombreux peintres, de Toulouse-Lautrec à Picasso.

N° 92 à 100 — Brasserie Graff, Cité Véron, théâtre des Deux Ânes

Au n° 92, la brasserie Graff était le lieu de « drague » privilégié de Mistinguett. Au n° 94, la Cité Véron abritait l'académie Humbert, fréquentée au début du 20e siècle par de jeunes peintres appelés à devenir célèbres : Georges Braque, Francis Picabia, Marie Laurencin. Au 6 bis demeurèrent Jacques Prévert et Boris Vian ; il s'y tenait en 1952, avec Queneau, Ionesco, Joan Miró et le baron Mollet, des réunions du Collège de Pataphysique.

Au n° 100 se succédèrent la « Truie qui file », l'« Araignée », le « Porc-Épic » — avec de jeunes chansonniers nommés Saint-Granier et Pierre Dac —, puis, pendant la Grande Guerre, la « Taverne des Truands » du poète prolétarien et dadaïste Tristan Rémy. Les « Deux Ânes » investirent les lieux en 1922, dans une salle créée par André Dahl et Roger Ferréol : l'un des plus fameux théâtres de chansonniers de la capitale, relancé depuis 1995 sous la houlette de Jacques Mailhot.

N° 104 — L'atelier de Cormon

Emplacement de l'atelier de Fernand Cormon, une académie de peinture fréquentée par Vincent Van Gogh et Émile Bernard, le fondateur de l'école de Pont-Aven. Henri de Toulouse-Lautrec s'y inscrivit à son retour à Paris en 1883. Fernand Léger prit sa suite jusqu'en 1955 ; Nadia Khodossievitch fut son élève et sa seconde femme.

N° 114 à 122 — Doudeau et la statue de Fourier

Au n° 114 demeura le marbrier Doudeau, membre de l'Association Internationale des Travailleurs et signataire du programme électoral « Aux électeurs de 1869 ». Au n° 122, on voit encore, au centre du boulevard, le socle de la statue de Charles Fourier, détruite par les nazis en 1942 et que les deux républiques suivantes n'ont pas cru bon de remplacer.

N° 128 à 130 ter — Picasso, Signac, la période bleue

Au n° 128 demeura en 1899 le peintre espagnol Francisco Iturrino, ami de Matisse, Van Dongen, Derain, Vlaminck et Picasso — ce dernier fréquentait le café de l'Hippodrome, à la même adresse, qui abrita aussi, en 1971, le salon de coiffure de Joseph Joffo, l'auteur d'« Un sac de billes ».

Au 130 ter demeura Germain Nouveau en 1889. C'est ici que se trouvait l'atelier commun loué par Carlos Casagemas et Pablo Picasso, que Max Jacob visitait souvent. Casagemas se suicida le 17 février 1901 ; Picasso resta jusqu'en 1904 : ce fut sa fameuse « période bleue ». Au 6e étage demeura aussi le peintre Paul Signac, auteur d'« Au temps d'Anarchie » et cofondateur du salon des Indépendants en 1884.

Vers l’arrêt 3 →
Faites un court aller-retour dans la rue de Douai, sur votre gauche, avant de reprendre le boulevard de Clichy vers la place de Clichy.
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Arrêt 3
Optionnel ~8 min

Rue de Douai (aller-retour)

Un détour par les studios de danse et l'atelier des peintres montmartrois.
📍 Rue de Douai, 9e arr.

Au n° 65 demeura le peintre Pierre Bonnard à partir de 1899 ; il déménagera au n° 60, remplacé aujourd'hui par le lycée Jules Ferry, tout en conservant son atelier ici lorsqu'il partit habiter 49 rue Lepic.

Aux n° 67-69, les studios Wacker servirent de salle de travail à de nombreux danseurs célèbres — Lycette Darsonval, Roland Petit, Olga Preobrajenska… Le peintre montmartrois Gen Paul et Louis-Ferdinand Céline y firent connaissance. Le groupe Octobre de Prévert y tenait ses répétitions en 1934.

Vers l’arrêt 4 →
Revenez au boulevard de Clichy et continuez jusqu'à la place de Clichy.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~12 min

Place de Clichy et rue de Clichy

Un ancien Tivoli des attractions et la demeure d'Émile Zola.
📍 Place de Clichy et rue de Clichy, 9e arr.

La place de Clichy a été évoquée en détail lors d'une autre balade, dans le quartier des Épinettes : nous invitons le promeneur curieux à s'y reporter. Engagez-vous dans la rue de Clichy.

Au n° 88 de la rue de Clichy se trouvait la Folie Bouëxière, transformée le 14 mai 1826 en Nouveau Tivoli — le troisième à Paris — par Étienne-Gaspard Robert, dit Robertson, physicien de son état. Ancêtre de nos parcs d'attractions, il proposait aussi bien le tir au pigeon que l'ascension aéronautique en ballon captif ; parmi ses habitués se trouvait un certain Charles Fourier. Il fonctionna jusqu'en 1841. Au n° 84, une académie de billard occupe un ancien bouillon Duval, la chaîne de restaurants qui nourrit les Parisiens à prix raisonnable de 1880 à 1916.

21 bis rue de Bruxelles — La mort d'Émile Zola

Demeure d'Émile Zola, au rez-de-chaussée et au 1er étage, à partir de 1889. Alors qu'il s'était exilé en Angleterre de mai 1898 à juin 1899 pour échapper aux menaces liées à l'affaire Dreyfus, ses meubles furent mis aux enchères pour payer les dommages et intérêts auxquels il avait été condamné ; pour couper court à cette opération honteuse, Octave Mirbeau fit racheter, par l'intermédiaire d'Eugène Fasquelle, le premier meuble mis en vente au prix de la totalité de la somme due. Il est de plus en plus probable que la mort par asphyxie de l'auteur de « J'accuse », survenue ici le 29 septembre 1902, soit due à un sabotage de la cheminée par un fumiste antidreyfusard, un certain Henri Buronfosse.

6 place Adolphe Max et 4 rue de Calais — Vuillard et Berlioz

Au n° 6 de la place Adolphe Max, atelier en 1911 du peintre Édouard Vuillard : il prit le square Berlioz, qu'il voyait de sa fenêtre, comme modèle de sa série des Jardins publics. Tout près, au n° 4 de la rue de Calais, demeura Hector Berlioz, au 4e étage ; le compositeur de la « Symphonie fantastique » y mourut le 8 mars 1869.

Vers l’arrêt 5 →
Prenez la rue Blanche sur votre droite, puis la rue Ballu, riche en demeures d'artistes et de gens de théâtre.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~12 min

Rue Ballu et rue de Vintimille

Ubu Roi, Alexandre Dumas et le berceau de la Société des auteurs.
📍 Rue Ballu et rue de Vintimille, 9e arr.

Au n° 6 de la rue Ballu, le Théâtre des Pantins s'installa le 27 décembre 1897 dans l'atelier de Claude Terrasse, décoré par Bonnard et Vuillard : ce théâtre de marionnettes vit Alfred Jarry créer son « Ubu Roi » le 20 janvier 1898.

Au n° 10 bis naquit Alexandre Dumas fils le 27 juillet 1824. Au n° 11 bis siège la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, créée en 1777 par Pierre Caron de Beaumarchais ; ce fut aussi, à la fin de sa vie, la demeure du poète Émile Blémont, mort ici le 1er février 1927.

N° 23 et 25 — Zola, Degas et Planquette

Au n° 23 (alors 23 rue de Boulogne) demeura Émile Zola, au 2e puis au 1er étage, de 1877 à 1889, après le succès de l'Assommoir ; Edgar Degas habita également ici vers 1890 avant de s'installer rue de Laval. Au n° 25 demeura Robert Planquette, compositeur de la « Marche de Sambre et Meuse » et, plus léger, des « Cloches de Corneville ».

11 rue de Vintimille — Alexandre Dumas père

Court aller-retour par la rue de Vintimille, à droite : au n° 11 demeura Alexandre Dumas père en 1859.

35 rue Ballu — Le Père Enfantin

En continuant la rue Ballu, on atteint le n° 35, demeure en 1864 de Prosper Enfantin, dit le Père Enfantin, soi-disant continuateur du saint-simonisme et propagateur de la doctrine de Saint-Simon, mais qui trahit complètement la pensée du philosophe ; c'est lui, entre autres, qui promut la communauté de Ménilmontant.

Vers l’arrêt 6 →
Reprenez la rue de Clichy sur votre gauche, puis dirigez-vous vers le quartier de l'Europe par la rue de Parme et la rue d'Amsterdam.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~12 min

Rue de Clichy et rue d'Amsterdam

Symbolistes et divisionnistes, la prison pour dettes et l'atelier de Manet.
📍 Rue de Clichy et rue d'Amsterdam, 9e arr.

Au n° 81 de la rue de Clichy, le café d'Orient accueillait les réunions Symbolistes qui rassemblaient Édouard Dujardin, Stéphane Mallarmé, Gustave Kahn, Maurice Barrès, Léon Dierx… en opposition aux Parnassiens. C'était aussi le rendez-vous des peintres Divisionnistes : Georges Seurat, Paul Signac, Albert Dubois-Pillet… également appelés Pointillistes.

Au n° 68 s'élevait la prison pour dettes de Clichy, créée après la fermeture du quartier réservé de Sainte-Pélagie ; Honoré Daumier y fit un « séjour ». Désaffectée en 1848, elle accueillit un atelier de l'Association fraternelle des tailleurs, destiné à confectionner les uniformes de la garde mobile — un nouveau corps créé dans l'urgence par une bourgeoisie qui craignait l'insurrection ouvrière, et qui recrutait cette « population sans aveu » à propos de laquelle Karl Marx employa pour la première fois le terme de « lumpenprolétariat ».

77 à 104 rue d'Amsterdam — Dumas, Manet, Jules Favre

Au n° 77 demeura Alexandre Dumas père de 1854 à 1859. Au n° 79, atelier d'Édouard Manet de 1879 à 1883. Au n° 87, Jules Favre en 1870, membre du gouvernement dit de « Défense nationale » et l'un des principaux ennemis de la Commune — peut-être parce que son déclenchement l'avait amené à fuir par une fenêtre. Au n° 104 demeura Germain Nouveau en 1890.

Vers l’arrêt 7 →
Revenez vers la place de Clichy, puis prenez le boulevard des Batignolles sur votre gauche et engagez-vous dans la rue de Saint-Pétersbourg.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~20 min

Le quartier de l'Europe — sur les pas des impressionnistes

Manet, Caillebotte, Mallarmé : le laboratoire visuel des rues aux noms de capitales.
📍 Rues de Saint-Pétersbourg, de Turin, de Moscou, de Rome, 8e / 9e arr.

Le quartier de l'Europe, avec ses rues aux noms de capitales, fut un véritable atelier à ciel ouvert pour la peinture moderne. Rue de Saint-Pétersbourg, Édouard Manet déménagea plusieurs fois : au n° 49, chez sa mère, de 1866 à 1878 — l'époque où il peignit « Le Balcon » ; au n° 43, il eut son atelier de 1870 à 1872 ; au n° 39, à partir de 1878, où Mallarmé passait le voir tous les jours, et où il mourut le 30 avril 1883.

Au n° 16 de la rue de Turin, c'est sur ce trottoir que Gustave Caillebotte peignit son fameux « Rue de Paris, temps de pluie » en 1877.

5 rue de Florence — Le SCAP sous l'Occupation

Siège du Service de contrôle des administrateurs provisoires (SCAP), chargé pendant l'Occupation de l'aryanisation économique et du contrôle des avoirs juifs, dirigé successivement par Pierre-Eugène Fournier — futur président de la SNCF —, Melchior de Faramond, Louis Bralley et Lucien Boué. Jean Bichelonne mourut à Sigmaringen ; seul Pierre Pucheu fut fusillé, à Alger en 1944.

18 rue Clapeyron et 10 rue de Bucarest — Arsène Lupin et la Cagoule

Au n° 18 de la rue Clapeyron demeura Maurice Leblanc, le père d'Arsène Lupin, personnage inspiré par les exploits de l'anarchiste Marius Jacob. Au n° 10 de la rue de Bucarest demeurait le docteur Martin, l'un des chefs du CSAR plus connu sous le nom de « la Cagoule », qui prépara en 1937 un coup d'État contre le Front populaire et mit ses fichiers au service de Vichy. Au n° 70 de la rue d'Amsterdam, encore un atelier d'Édouard Manet, en 1878 et 1879.

17 et 29 rue de Moscou — Abadie, Mallarmé et Méry Laurent

Au n° 17 demeurait l'ingénieur civil Ismaël Abadie, chargé par la Commune de la destruction, le 16 mai 1871, de ce symbole phallique de l'impérialisme français qu'était la colonne Vendôme. Au n° 29 demeura le poète Stéphane Mallarmé, au 4e étage, de 1871 à 1875 ; au 1er habitait Méry Laurent, grand amour du poète, qui servit de modèle à Manet en 1871 pour « l'Automne » et apparaît aussi dans « Un bar aux Folies-Bergère ».

82 à 58 rue de Rome — Manhès, Alexandrine Zola et la gare Saint-Lazare de Manet

Au n° 43 du boulevard des Batignolles se trouvait la Barrière de la Réforme, poste d'octroi ouvert tardivement — vers 1835 — dans le mur des Fermiers généraux. Rue de Rome, au n° 82, demeura Henri Manhès, second de Jean Moulin, arrêté et déporté en mars 1943 ; au n° 62, Alexandrine Zola, veuve d'Émile, après 1902 ; au n° 58, propriété d'Albert Hirsch, ami de Manet, où fut peint en 1873 le tableau « manifeste » « la gare St Lazare », avec pour seuls personnages Victorine Meurent — modèle de l'Olympia — et la petite fille de Hirsch. C'est chez une chanteuse de cette rue que fut arrêté le 26 juin 1970 Alain Geismar, dirigeant de la Gauche Prolétarienne, trahi par une taupe. Au n° 31 de la rue de Liège, demeure de l'écrivain Georges Duhamel en 1932.

Vers l’arrêt 8 →
Rejoignez la place de l'Europe, qui enjambe les voies de la gare Saint-Lazare — un motif cher aux impressionnistes.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~10 min

Place de l'Europe

Le premier chemin de fer de Paris et le pont qui fascina Monet et Caillebotte.
📍 Place de l'Europe, 8e arr.

Ici se trouvait, alors entre la rue de Stockholm et la rue de Londres, l'embarcadère du « Paris-Le Pecq », la première ligne de chemin de fer à Paris, inaugurée le 26 août 1837. La reine Marie-Amélie monta seule dans le train : il était hors de question de faire prendre un tel risque au roi Louis-Philippe Ier.

Les poutrelles métalliques du pont de l'Europe ont inspiré les Impressionnistes, peintes par Caillebotte mais aussi et surtout par Claude Monet, qui fit une série de tableaux de la gare St Lazare et de ses environs.

4 rue de Saint-Pétersbourg — L'atelier de Manet

Court aller-retour rue de Saint-Pétersbourg : au n° 4, demeure et atelier d'Édouard Manet de 1872 à 1878. S'y retrouvaient Zola, Duranty, Berthe Morisot, Degas, Monet, Pissarro… mais aussi une moyenne de 400 visiteurs par jour. Il y exposa deux toiles refusées par le jury du Salon : « l'Artiste », portrait de Marcellin Desboutin, et « Le linge », le 15 avril 1876.

3 rue de Liège — Le cabaret Shéhérazade

En poursuivant la rue de Liège, au n° 3, le cabaret Le Shéhérazade, vanté par les guides « touristiques » allemands pendant l'Occupation et très fréquenté par les officiers nazis.

Vers l’arrêt 9 →
Reprenez la rue d'Amsterdam vers le sud, en direction de la gare Saint-Lazare, en explorant au passage les rues de Londres et d'Amsterdam.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~15 min

Rues de Londres et d'Amsterdam

Heinrich Heine, Debussy, Baudelaire et Picasso, à deux pas de la gare.
📍 Rues d'Amsterdam et de Londres, 8e / 9e arr.

Au n° 50 de la rue d'Amsterdam demeura Heinrich Heine, dans une chambre misérable où le poète socialiste allemand passa ses dernières années, de 1848 à 1856 ; au n° 39, on peut encore voir une pompe à eau dans la cour, sur la droite.

Faites un aller-retour rue de Londres : au n° 42 demeurèrent Claude Debussy et Gabrielle Dupont — Gaby aux yeux verts — de 1886 à 1893 ; au n° 34, Hector Berlioz avec l'actrice Harriet Smithson en 1835.

24 rue d'Amsterdam — L'hôtel Austin

Austin's hôtel fut la demeure de jeunesse d'Alphonse Daudet en 1861, avec son grand amour Marie Rieu, inspiratrice de Fanny dans son « Sapho ». Paul Verlaine y séjourna en 1885 ; Pablo Picasso y descendit en 1904, visité par Max Jacob, Alfred Jarry, Maurice de Vlaminck, André Derain et Guillaume Apollinaire. Alphonse Allais y mourut d'apoplexie le 28 octobre 1905. La « Taverne anglaise » qui remplaça l'hôtel était fréquentée par les néo-impressionnistes Seurat, Signac, Dubois-Pillet, Charles Angrand…, ambiance décrite par Huysmans dans « À rebours ».

22 à 4 rue d'Amsterdam — Baudelaire, les frères Pereire et La Cecilia

Au n° 22, Charles Baudelaire fit de nombreux séjours à l'hôtel de Dieppe, de 1859 à 1864 ; il y écrivit ses « Paradis artificiels » et y traduisit Edgar Poe. Au n° 5, à l'emplacement de la gare, se trouvaient les bureaux des frères Émile et Isaac Pereire, saint-simoniens promoteurs des chemins de fer d'Orléans en 1852. Au n° 4 demeura Napoléon La Cecilia, général de la Commune, en 1871.

Vers l’arrêt 10 →
Descendez jusqu'à la gare Saint-Lazare, terme de la géographie de cette balade.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~18 min

La gare Saint-Lazare et l'hôtel Terminus

Retours d'exil triomphaux, bombe anarchiste et premier atelier de Nadar.
📍 Rue Saint-Lazare et cour du Havre, 8e / 9e arr.

La gare Saint-Lazare fut occupée le 22 mars 1871 par un bataillon de l'Ordre envoyé par l'amiral Saisset à l'instigation de Pierre Tirard, maire du 2e arrondissement, pour maintenir la liaison avec Versailles. Lors d'une manifestation dans la cour du Havre contre Léon Gambetta, le marquis de Sainte-Croix frappa le ministre le 10 juin 1874.

Jules Vallès et Benoît Malon furent accueillis triomphalement à leur retour d'exil le 13 juillet 1880, en présence de Clemenceau, André Gill, Tony Révillon et Hector Malot. Le 9 novembre, 6 000 personnes accueillirent Louise Michel à son retour de déportation de Nouvelle-Calédonie. Le premier distributeur automatique de billets fut installé ici par la SNCF le 26 janvier 1968.

106 et 108 rue Saint-Lazare — Le club du Salut du Peuple et l'hôtel Terminus

Au n° 106 siégeait le club du Salut du Peuple, club révolutionnaire créé en mars 1848, ainsi que le Club du Salut public. Au n° 108, l'hôtel Terminus : c'est dans la salle de son café que l'anarchiste Émile Henry lança sa bombe le 12 février 1894 ; arrêté en s'enfuyant, il fut guillotiné le 21 mai. Après son divorce d'avec la fille de Carolus Duran en 1909, Georges Feydeau s'installa jusqu'à sa mort à l'hôtel Terminus.

109 à 115 rue Saint-Lazare — Le dîner du Naturalisme, Nadar et Jacques Bonsergent

Au n° 109, au restaurant « Trapp », eut lieu le 16 avril 1877 le dîner fondateur du Naturalisme, à l'initiative de Guy de Maupassant, réunissant Zola, Flaubert, Edmond de Goncourt, Huysmans, Octave Mirbeau et Georges Charpentier, futur éditeur des « Soirées de Médan ». Au n° 113, premier atelier de photographe de Félix Tournachon, dit Nadar, sur le toit de l'immeuble en 1859. Au n° 115, à hauteur du restaurant Mollard — QG du docteur Marcel Petiot et de la « Carlingue » —, fut arrêté le 9 novembre 1940 Jacques Bonsergent, premier civil parisien fusillé par les nazis, le 23 décembre 1940.

15 rue de Rome — L'évasion de Léopold Trepper

La pharmacie Bailly possède deux entrées, l'une rue de Rome, l'autre rue du Rocher, ce qui permit à Léopold Trepper, chef de l'Orchestre rouge arrêté par la Gestapo, de s'enfuir le 13 septembre 1943, après avoir joué l'agent double auprès de l'officier nazi chargé de le surveiller.

Vers l’arrêt 11 →
Remontez vers le nord par la rue de l'Isly et la rue du Havre, en direction de la rue de Caumartin et du lycée Condorcet.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~15 min

Rue du Havre et rue de Caumartin

Un club de femmes révolutionnaires, le lycée Condorcet et le cabinet du docteur Petiot.
📍 Rues de l'Isly, du Havre et de Caumartin, 9e arr.

Rue de l'Isly, au n° 8, demeura le peintre Claude Monet en 1871 — on ne parle pas encore d'Impressionnisme ; au n° 5, Victor Hugo de juillet à octobre 1848, immeuble qui abrita ensuite le café Certà et, en 1932, le premier siège du Hot Club de France. Rue du Havre, au n° 3, l'appartement loué par Zola pour Jeanne Rozerot en 1897 ; c'est dans cette rue qu'habitait Jules Bastide, meneur de la révolution de 1830, futur ministre en 1848.

65 rue de Caumartin — Le lycée Condorcet

L'ancien couvent des Capucins Saint-Honoré, à l'emplacement de l'actuel lycée Condorcet, abrita de 1790 à 1794 le siège de la « Société fraternelle des patriotes de l'un et l'autre sexe », animée par Louise de Kéralio, Claude Dansart et François Robert, affiliée au club des Jacobins. Devenu lycée, l'établissement compta parmi ses élèves Ampère, les Goncourt, Nadar, Eugène Sue, Paul Verlaine et Henri de Toulouse-Lautrec ; Stéphane Mallarmé y enseigna à partir de 1871 et Sartre de 1941 à 1944, à l'époque où il publiait « l'Être et le Néant ».

66 rue de Caumartin — Le cabinet du docteur Petiot

C'est ici que se trouvait le cabinet du docteur Petiot : sous le pseudonyme de docteur Eugène, il assassinait les personnes à qui il proposait un passage clandestin vers l'Amérique, afin de les dépouiller. Lors de son arrestation le 11 mars 1944, on trouva ici 72 valises et 655 kg d'objets divers, dont le pyjama d'un enfant juif disparu avec sa famille.

Vers l’arrêt 12 →
Reprenez la rue Saint-Lazare, puis la rue de Clichy pour remonter vers la place Blanche par les rues Moncey et Blanche.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~20 min

Rue Saint-Lazare et rue de Clichy — vers le retour

Fermes fortifiées, folies dix-huitièmes, cabarets et complots, du quartier des Porcherons au Casino de Paris.
📍 Rues Saint-Lazare, de Clichy, Moncey et Blanche, 9e arr.

Rue Saint-Lazare, au n° 93, la police découvrit le 16 janvier 1938 une cache d'armes de la Cagoule ; au n° 80, second siège du MSR d'Eugène Deloncle, soutenu par Eugène Schueller, fondateur de l'Oréal. Aux n° 77-93 s'élevait la ferme fortifiée des Porcherons, de 1290, qui donna son nom au quartier, remplacée par le Château du Coq et son Jardin Ruggieri (1766-1819). Au n° 66, premier appartement loué par Zola pour Jeanne Rozerot ; aux n° 66-106, la Folie Boutin, du nom du fermier général guillotiné en 1792, transformée en parc d'attractions, le Grand Tivoli, de 1795 à 1810.

Rue de Clichy, au n° 10, une rareté : l'entrée est encore garnie de ses pavés de bois. Faites un aller-retour rue de Londres : au n° 4 demeura le compositeur Gaston Serpette ; le général Eugène Cavaignac, chef des massacreurs de Juin 1848, mourut à l'ex-n° 29 en 1857.

16 à 27 rue de Clichy — Casino de Paris, Photorama Lumière et club de Clichy

Aux n° 16-38, la folie du maréchal de Richelieu, lieu de débauche fréquenté par Louis XV et la Pompadour, devint le second Tivoli en 1811. Au n° 16, Mistinguett débuta au Casino de Paris en 1893 et Joséphine Baker y triompha en 1930 ; au n° 20, Louis et Auguste Lumière ouvrirent en 1907 un « Photorama » devenu le cinéma Apollo. Aux n° 21 et 24 vécut la famille Hugo, Victor y demeurant avec Juliette Drouet de 1874 à 1878. Au n° 27, demeure du notaire Gibert-Desmolières, où se tenaient de 1795 à 1797 les réunions du club de Clichy, des députés monarchistes constitutionnels, et le QG d'un projet de coup d'État de Pichegru.

39 à 55 rue de Clichy — Ravachol, Varennes et le Théâtre de l'Œuvre

Au n° 39, le domicile du substitut Bulot fut la cible d'un attentat à la bombe de Ravachol le 27 mars 1892 ; au n° 39 bis, le club des Prévoyants de 1848 ; au n° 43, demeure d'Alphonse Baudin, tué sur une barricade le 3 décembre 1851 après avoir lancé « vous allez voir comment on meurt pour 25 francs ». Au n° 54 fut cachée par Axel de Fersen la grosse berline qui emmena la famille royale à Varennes le 21 juin 1791 ; le changement de véhicule leur fit prendre un retard qui allait changer le cours de leur voyage. Au n° 55, la cité Monthier abritait pendant la Terreur une cachette de Girondins — Vergniaud, Roger Ducos, Boyer-Fonfrède — ; au n° 3, Paul Fort et Aurélien Lugné-Poë créèrent en 1892 le Théâtre d'Art, aujourd'hui Théâtre de l'Œuvre, où l'Ubu d'Alfred Jarry fut créé en chair et en os en 1896.

Rue Moncey — Les ateliers de Monet et Maupassant

En redescendant la rue de Clichy puis par la rue Moncey : au n° 17, atelier de Claude Monet en 1877 ; au n° 2, demeure de Guy de Maupassant à son arrivée à Paris, de 1869 à 1876.

Rue Blanche — Nécropole gallo-romaine, complot de 1851 et impressionnistes

Rue Blanche, aux n° 53-57, on découvrit en 1836 les traces d'une nécropole gallo-romaine bordant une antique route vers Rouen. Au n° 70, demeure de la baronne Coppens, où se réunirent le 2 décembre 1851 une soixantaine de députés « de gauche » — François Arago, Victor Hugo, Jacques-Antoine Manuel, Alphonse Baudin, Jean-Baptiste Millière, Edgar Quinet — pour organiser la riposte au coup d'État de Louis-Napoléon ; c'est là aussi que vécut en exil Daniele Manin, ancien président de la république de Venise, mort ici en 1857. Au n° 77 demeura Edgar de Gas, à l'époque où il participe à la fondation de la société coopérative d'artistes dont la première exposition, le 15 avril 1874, sera baptisée par dérision « Impressionnisme » ; au n° 79, second siège de la « Revue indépendante », où Félix Fénéon organisait des réunions Symbolistes en 1886 ; au n° 96, les répétitions du « Théâtre Libre » d'André Antoine de 1887 à 1894. Reprenez enfin la rue de Douai à droite : au n° 42, le cabaret-théâtre La Roulotte, où furent créées les chansons de Jehan-Rictus, Émile Goudeau et Marcel Legay entre 1896 et 1900 ; au n° 50, Ivan Tourgueniev séjourna en 1870 chez Pauline Viardot, sœur de la cantatrice Maria Malibran.

Vers l’arrêt 13 →
Rejoignez la rue de Bruxelles à droite, qui vous ramène à votre point de départ, la place Blanche. Fin du parcours.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.