De la place Blanche à Saint-Lazare 2ème partie : une Europe des arts
De la place Blanche à la gare Saint-Lazare, un parcours dans le Paris des peintres, des cabarets et des révoltes, du Moulin Rouge aux impressionnistes du quartier de l'Europe.
📍 12 arrêts
🚶 ~5.5 km
⏱ ~3h30
📖 8e–18e arr.
Deuxième partie de notre traversée du nord-ouest parisien, cette balade part de la place Blanche et descend, par le boulevard de Clichy et le quartier de l'Europe, jusqu'à la gare Saint-Lazare avant de revenir par la rue de Clichy. Elle suit le fil d'un Paris des arts et des révoltes : les cabarets et les théâtres de chansonniers du boulevard, les ateliers des impressionnistes et des néo-impressionnistes aux abords de la gare, les demeures des écrivains et des musiciens, mais aussi la mémoire des barricades de la Commune, des clubs révolutionnaires et des heures noires de l'Occupation.
1
Arrêt 1
★ Incontournable~12 min
Place Blanche
Une barrière d'octroi, une barricade de femmes, un repaire de surréalistes.
📍 Place Blanche, angle des 9e et 18e arr.
La Barrière de la Croix Blanche était l'un des postes d'octroi du mur des Fermiers généraux. Elle devait son nom à la couleur qu'avait prise ce secteur du fait de l'extraction, du traitement dans les moulins de Montmartre et du transport du gypse tiré des carrières de la Butte. Le pavillon de Ledoux qui la gardait fut mis à sac et incendié l'un des premiers dans la nuit du 11 au 12 juillet 1789, prémices de la Révolution.
Le café de la Place Blanche, repaire des Surréalistes dans les années 1940 — Breton n'avait que 70 mètres à faire pour s'y rendre — est devenu un Buffalo Grill. Après tout, la compagnie du tueur de bisons auquel la chaîne fait référence aurait peut-être plu à ces grands enfants : Apollinaire et Max Jacob n'avaient-ils pas songé à créer une « Société des amis de Fantômas » !
Engagez-vous sur le boulevard de Clichy en direction de l'ouest, vers la place de Clichy. Les numéros pairs et impairs racontent, à quelques mètres d'intervalle, tout un siècle d'art et de fête.
2
Arrêt 2
★ Incontournable~15 min
Boulevard de Clichy — le Moulin Rouge
Le cabaret le plus célèbre du monde et la ronde des peintres qui bordent le boulevard.
On y dansait le quadrille naturaliste, le chahut, le french cancan — qui, contrairement à ce que l'on croit, n'a pas été inventé ici mais au bal Mabille, vers 1850, par Céleste Mogador. On y présentait aussi, sur une scène aménagée aux pieds d'un énorme éléphant en stuc, des spectacles très éclectiques comme celui de Joseph Pujol, dit le Pétomane.
Avant d'être l'une de nos écrivaines les plus fameuses, Sidonie Gabrielle Colette s'y produisit en 1907 avec sa compagne d'alors, Mathilde de Morny — marquise de Belbeuf, surnommée Missy —, dans une pantomime friponne intitulée « Rêve d'Égypte ». Après un temps de désuétude, le Moulin Rouge revint en vogue entre 1926 et 1934 avec Mistinguett, qui y mena la revue pendant quatre ans, puis Joséphine Baker et Maurice Chevalier. Il inspira de nombreux peintres, de Toulouse-Lautrec à Picasso.
Sidonie Gabrielle Colette
N° 92 à 100 — Brasserie Graff, Cité Véron, théâtre des Deux Ânes
Au n° 100 se succédèrent la « Truie qui file », l'« Araignée », le « Porc-Épic » — avec de jeunes chansonniers nommés Saint-Granier et Pierre Dac —, puis, pendant la Grande Guerre, la « Taverne des Truands » du poète prolétarien et dadaïsteTristan Rémy. Les « Deux Ânes » investirent les lieux en 1922, dans une salle créée par André Dahl et Roger Ferréol : l'un des plus fameux théâtres de chansonniers de la capitale, relancé depuis 1995 sous la houlette de Jacques Mailhot.
Au n° 114 demeura le marbrier Doudeau, membre de l'Association Internationale des Travailleurs et signataire du programme électoral « Aux électeurs de 1869 ». Au n° 122, on voit encore, au centre du boulevard, le socle de la statue de Charles Fourier, détruite par les nazis en 1942 et que les deux républiques suivantes n'ont pas cru bon de remplacer.
Charles Fourier
N° 128 à 130 ter — Picasso, Signac, la période bleue
Faites un court aller-retour dans la rue de Douai, sur votre gauche, avant de reprendre le boulevard de Clichy vers la place de Clichy.
3
Arrêt 3
Optionnel~8 min
Rue de Douai (aller-retour)
Un détour par les studios de danse et l'atelier des peintres montmartrois.
📍 Rue de Douai, 9e arr.
Au n° 65 demeura le peintre Pierre Bonnard à partir de 1899 ; il déménagera au n° 60, remplacé aujourd'hui par le lycée Jules Ferry, tout en conservant son atelier ici lorsqu'il partit habiter 49 rue Lepic.
Revenez au boulevard de Clichy et continuez jusqu'à la place de Clichy.
4
Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Place de Clichy et rue de Clichy
Un ancien Tivoli des attractions et la demeure d'Émile Zola.
📍 Place de Clichy et rue de Clichy, 9e arr.
La place de Clichy a été évoquée en détail lors d'une autre balade, dans le quartier des Épinettes : nous invitons le promeneur curieux à s'y reporter. Engagez-vous dans la rue de Clichy.
Au n° 88 de la rue de Clichy se trouvait la Folie Bouëxière, transformée le 14 mai 1826 en Nouveau Tivoli — le troisième à Paris — par Étienne-Gaspard Robert, dit Robertson, physicien de son état. Ancêtre de nos parcs d'attractions, il proposait aussi bien le tir au pigeon que l'ascension aéronautique en ballon captif ; parmi ses habitués se trouvait un certain Charles Fourier. Il fonctionna jusqu'en 1841. Au n° 84, une académie de billard occupe un ancien bouillon Duval, la chaîne de restaurants qui nourrit les Parisiens à prix raisonnable de 1880 à 1916.
21 bis rue de Bruxelles — La mort d'Émile Zola
Demeure d'Émile Zola, au rez-de-chaussée et au 1er étage, à partir de 1889. Alors qu'il s'était exilé en Angleterre de mai 1898 à juin 1899 pour échapper aux menaces liées à l'affaire Dreyfus, ses meubles furent mis aux enchères pour payer les dommages et intérêts auxquels il avait été condamné ; pour couper court à cette opération honteuse, Octave Mirbeau fit racheter, par l'intermédiaire d'Eugène Fasquelle, le premier meuble mis en vente au prix de la totalité de la somme due. Il est de plus en plus probable que la mort par asphyxie de l'auteur de « J'accuse », survenue ici le 29 septembre 1902, soit due à un sabotage de la cheminée par un fumiste antidreyfusard, un certain Henri Buronfosse.
6 place Adolphe Max et 4 rue de Calais — Vuillard et Berlioz
Au n° 6 de la place Adolphe Max, atelier en 1911 du peintre Édouard Vuillard : il prit le square Berlioz, qu'il voyait de sa fenêtre, comme modèle de sa série des Jardins publics. Tout près, au n° 4 de la rue de Calais, demeura Hector Berlioz, au 4e étage ; le compositeur de la « Symphonie fantastique » y mourut le 8 mars 1869.
Hector Berlioz
Vers l’arrêt 5 →
Prenez la rue Blanche sur votre droite, puis la rue Ballu, riche en demeures d'artistes et de gens de théâtre.
5
Arrêt 5
★ Incontournable~12 min
Rue Ballu et rue de Vintimille
Ubu Roi, Alexandre Dumas et le berceau de la Société des auteurs.
📍 Rue Ballu et rue de Vintimille, 9e arr.
Au n° 6 de la rue Ballu, le Théâtre des Pantins s'installa le 27 décembre 1897 dans l'atelier de Claude Terrasse, décoré par Bonnard et Vuillard : ce théâtre de marionnettes vit Alfred Jarry créer son « Ubu Roi » le 20 janvier 1898.
Court aller-retour par la rue de Vintimille, à droite : au n° 11 demeura Alexandre Dumas père en 1859.
Dumas Alexandre père
35 rue Ballu — Le Père Enfantin
En continuant la rue Ballu, on atteint le n° 35, demeure en 1864 de Prosper Enfantin, dit le Père Enfantin, soi-disant continuateur du saint-simonisme et propagateur de la doctrine de Saint-Simon, mais qui trahit complètement la pensée du philosophe ; c'est lui, entre autres, qui promut la communauté de Ménilmontant.
Au n° 68 s'élevait la prison pour dettes de Clichy, créée après la fermeture du quartier réservé de Sainte-Pélagie ; Honoré Daumier y fit un « séjour ». Désaffectée en 1848, elle accueillit un atelier de l'Association fraternelle des tailleurs, destiné à confectionner les uniformes de la garde mobile — un nouveau corps créé dans l'urgence par une bourgeoisie qui craignait l'insurrection ouvrière, et qui recrutait cette « population sans aveu » à propos de laquelle Karl Marx employa pour la première fois le terme de « lumpenprolétariat ».
77 à 104 rue d'Amsterdam — Dumas, Manet, Jules Favre
Au n° 77 demeura Alexandre Dumas père de 1854 à 1859. Au n° 79, atelier d'Édouard Manet de 1879 à 1883. Au n° 87, Jules Favre en 1870, membre du gouvernement dit de « Défense nationale » et l'un des principaux ennemis de la Commune — peut-être parce que son déclenchement l'avait amené à fuir par une fenêtre. Au n° 104 demeura Germain Nouveau en 1890.
Édouard Manet
Vers l’arrêt 7 →
Revenez vers la place de Clichy, puis prenez le boulevard des Batignolles sur votre gauche et engagez-vous dans la rue de Saint-Pétersbourg.
7
Arrêt 7
★ Incontournable~20 min
Le quartier de l'Europe — sur les pas des impressionnistes
Manet, Caillebotte, Mallarmé : le laboratoire visuel des rues aux noms de capitales.
📍 Rues de Saint-Pétersbourg, de Turin, de Moscou, de Rome, 8e / 9e arr.
Le quartier de l'Europe, avec ses rues aux noms de capitales, fut un véritable atelier à ciel ouvert pour la peinture moderne. Rue de Saint-Pétersbourg, Édouard Manet déménagea plusieurs fois : au n° 49, chez sa mère, de 1866 à 1878 — l'époque où il peignit « Le Balcon » ; au n° 43, il eut son atelier de 1870 à 1872 ; au n° 39, à partir de 1878, où Mallarmé passait le voir tous les jours, et où il mourut le 30 avril 1883.
Siège du Service de contrôle des administrateurs provisoires (SCAP), chargé pendant l'Occupation de l'aryanisation économique et du contrôle des avoirs juifs, dirigé successivement par Pierre-Eugène Fournier — futur président de la SNCF —, Melchior de Faramond, Louis Bralley et Lucien Boué. Jean Bichelonne mourut à Sigmaringen ; seul Pierre Pucheu fut fusillé, à Alger en 1944.
18 rue Clapeyron et 10 rue de Bucarest — Arsène Lupin et la Cagoule
Au n° 18 de la rue Clapeyron demeura Maurice Leblanc, le père d'Arsène Lupin, personnage inspiré par les exploits de l'anarchiste Marius Jacob. Au n° 10 de la rue de Bucarest demeurait le docteur Martin, l'un des chefs du CSAR plus connu sous le nom de « la Cagoule », qui prépara en 1937 un coup d'État contre le Front populaire et mit ses fichiers au service de Vichy. Au n° 70 de la rue d'Amsterdam, encore un atelier d'Édouard Manet, en 1878 et 1879.
Édouard Manet
17 et 29 rue de Moscou — Abadie, Mallarmé et Méry Laurent
Au n° 17 demeurait l'ingénieur civil Ismaël Abadie, chargé par la Commune de la destruction, le 16 mai 1871, de ce symbole phallique de l'impérialisme français qu'était la colonne Vendôme. Au n° 29 demeura le poète Stéphane Mallarmé, au 4e étage, de 1871 à 1875 ; au 1er habitait Méry Laurent, grand amour du poète, qui servit de modèle à Manet en 1871 pour « l'Automne » et apparaît aussi dans « Un bar aux Folies-Bergère ».
Stéphane Mallarmé
82 à 58 rue de Rome — Manhès, Alexandrine Zola et la gare Saint-Lazare de Manet
Au n° 43 du boulevard des Batignolles se trouvait la Barrière de la Réforme, poste d'octroi ouvert tardivement — vers 1835 — dans le mur des Fermiers généraux. Rue de Rome, au n° 82, demeura Henri Manhès, second de Jean Moulin, arrêté et déporté en mars 1943 ; au n° 62, Alexandrine Zola, veuve d'Émile, après 1902 ; au n° 58, propriété d'Albert Hirsch, ami de Manet, où fut peint en 1873 le tableau « manifeste » « la gare St Lazare », avec pour seuls personnages Victorine Meurent — modèle de l'Olympia — et la petite fille de Hirsch. C'est chez une chanteuse de cette rue que fut arrêté le 26 juin 1970 Alain Geismar, dirigeant de la Gauche Prolétarienne, trahi par une taupe. Au n° 31 de la rue de Liège, demeure de l'écrivain Georges Duhamel en 1932.
Rejoignez la place de l'Europe, qui enjambe les voies de la gare Saint-Lazare — un motif cher aux impressionnistes.
8
Arrêt 8
★ Incontournable~10 min
Place de l'Europe
Le premier chemin de fer de Paris et le pont qui fascina Monet et Caillebotte.
📍 Place de l'Europe, 8e arr.
Ici se trouvait, alors entre la rue de Stockholm et la rue de Londres, l'embarcadère du « Paris-Le Pecq », la première ligne de chemin de fer à Paris, inaugurée le 26 août 1837. La reine Marie-Amélie monta seule dans le train : il était hors de question de faire prendre un tel risque au roi Louis-Philippe Ier.
Les poutrelles métalliques du pont de l'Europe ont inspiré les Impressionnistes, peintes par Caillebotte mais aussi et surtout par Claude Monet, qui fit une série de tableaux de la gare St Lazare et de ses environs.
4 rue de Saint-Pétersbourg — L'atelier de Manet
Court aller-retour rue de Saint-Pétersbourg : au n° 4, demeure et atelier d'Édouard Manet de 1872 à 1878. S'y retrouvaient Zola, Duranty, Berthe Morisot, Degas, Monet, Pissarro… mais aussi une moyenne de 400 visiteurs par jour. Il y exposa deux toiles refusées par le jury du Salon : « l'Artiste », portrait de Marcellin Desboutin, et « Le linge », le 15 avril 1876.
3 rue de Liège — Le cabaret Shéhérazade
En poursuivant la rue de Liège, au n° 3, le cabaret Le Shéhérazade, vanté par les guides « touristiques » allemands pendant l'Occupation et très fréquenté par les officiers nazis.
Vers l’arrêt 9 →
Reprenez la rue d'Amsterdam vers le sud, en direction de la gare Saint-Lazare, en explorant au passage les rues de Londres et d'Amsterdam.
9
Arrêt 9
★ Incontournable~15 min
Rues de Londres et d'Amsterdam
Heinrich Heine, Debussy, Baudelaire et Picasso, à deux pas de la gare.
📍 Rues d'Amsterdam et de Londres, 8e / 9e arr.
Au n° 50 de la rue d'Amsterdam demeura Heinrich Heine, dans une chambre misérable où le poète socialiste allemand passa ses dernières années, de 1848 à 1856 ; au n° 39, on peut encore voir une pompe à eau dans la cour, sur la droite.
Faites un aller-retour rue de Londres : au n° 42 demeurèrent Claude Debussy et Gabrielle Dupont — Gaby aux yeux verts — de 1886 à 1893 ; au n° 34, Hector Berlioz avec l'actrice Harriet Smithson en 1835.
22 à 4 rue d'Amsterdam — Baudelaire, les frères Pereire et La Cecilia
Au n° 22, Charles Baudelaire fit de nombreux séjours à l'hôtel de Dieppe, de 1859 à 1864 ; il y écrivit ses « Paradis artificiels » et y traduisit Edgar Poe. Au n° 5, à l'emplacement de la gare, se trouvaient les bureaux des frères Émile et Isaac Pereire, saint-simoniens promoteurs des chemins de fer d'Orléans en 1852. Au n° 4 demeura Napoléon La Cecilia, général de la Commune, en 1871.
Charles Baudelaire Émile et Isaac Pereire
Vers l’arrêt 10 →
Descendez jusqu'à la gare Saint-Lazare, terme de la géographie de cette balade.
10
Arrêt 10
★ Incontournable~18 min
La gare Saint-Lazare et l'hôtel Terminus
Retours d'exil triomphaux, bombe anarchiste et premier atelier de Nadar.
📍 Rue Saint-Lazare et cour du Havre, 8e / 9e arr.
La gare Saint-Lazare fut occupée le 22 mars 1871 par un bataillon de l'Ordre envoyé par l'amiral Saisset à l'instigation de Pierre Tirard, maire du 2e arrondissement, pour maintenir la liaison avec Versailles. Lors d'une manifestation dans la cour du Havre contre Léon Gambetta, le marquis de Sainte-Croix frappa le ministre le 10 juin 1874.
Jules Vallès et Benoît Malon furent accueillis triomphalement à leur retour d'exil le 13 juillet 1880, en présence de Clemenceau, André Gill, Tony Révillon et Hector Malot. Le 9 novembre, 6 000 personnes accueillirent Louise Michel à son retour de déportation de Nouvelle-Calédonie. Le premier distributeur automatique de billets fut installé ici par la SNCF le 26 janvier 1968.
106 et 108 rue Saint-Lazare — Le club du Salut du Peuple et l'hôtel Terminus
Au n° 106 siégeait le club du Salut du Peuple, club révolutionnaire créé en mars 1848, ainsi que le Club du Salut public. Au n° 108, l'hôtel Terminus : c'est dans la salle de son café que l'anarchiste Émile Henry lança sa bombe le 12 février 1894 ; arrêté en s'enfuyant, il fut guillotiné le 21 mai. Après son divorce d'avec la fille de Carolus Duran en 1909, Georges Feydeau s'installa jusqu'à sa mort à l'hôtel Terminus.
109 à 115 rue Saint-Lazare — Le dîner du Naturalisme, Nadar et Jacques Bonsergent
Au n° 109, au restaurant « Trapp », eut lieu le 16 avril 1877 le dîner fondateur du Naturalisme, à l'initiative de Guy de Maupassant, réunissant Zola, Flaubert, Edmond de Goncourt, Huysmans, Octave Mirbeau et Georges Charpentier, futur éditeur des « Soirées de Médan ». Au n° 113, premier atelier de photographe de Félix Tournachon, dit Nadar, sur le toit de l'immeuble en 1859. Au n° 115, à hauteur du restaurant Mollard — QG du docteur Marcel Petiot et de la « Carlingue » —, fut arrêté le 9 novembre 1940 Jacques Bonsergent, premier civil parisien fusillé par les nazis, le 23 décembre 1940.
Guy de Maupassant Nadar Félix Tournachon
15 rue de Rome — L'évasion de Léopold Trepper
La pharmacie Bailly possède deux entrées, l'une rue de Rome, l'autre rue du Rocher, ce qui permit à Léopold Trepper, chef de l'Orchestre rouge arrêté par la Gestapo, de s'enfuir le 13 septembre 1943, après avoir joué l'agent double auprès de l'officier nazi chargé de le surveiller.
Léopold Trepper
Vers l’arrêt 11 →
Remontez vers le nord par la rue de l'Isly et la rue du Havre, en direction de la rue de Caumartin et du lycée Condorcet.
11
Arrêt 11
★ Incontournable~15 min
Rue du Havre et rue de Caumartin
Un club de femmes révolutionnaires, le lycée Condorcet et le cabinet du docteur Petiot.
📍 Rues de l'Isly, du Havre et de Caumartin, 9e arr.
Rue de l'Isly, au n° 8, demeura le peintre Claude Monet en 1871 — on ne parle pas encore d'Impressionnisme ; au n° 5, Victor Hugo de juillet à octobre 1848, immeuble qui abrita ensuite le café Certà et, en 1932, le premier siège du Hot Club de France. Rue du Havre, au n° 3, l'appartement loué par Zola pour Jeanne Rozerot en 1897 ; c'est dans cette rue qu'habitait Jules Bastide, meneur de la révolution de 1830, futur ministre en 1848.
66 rue de Caumartin — Le cabinet du docteur Petiot
C'est ici que se trouvait le cabinet du docteur Petiot : sous le pseudonyme de docteur Eugène, il assassinait les personnes à qui il proposait un passage clandestin vers l'Amérique, afin de les dépouiller. Lors de son arrestation le 11 mars 1944, on trouva ici 72 valises et 655 kg d'objets divers, dont le pyjama d'un enfant juif disparu avec sa famille.
Vers l’arrêt 12 →
Reprenez la rue Saint-Lazare, puis la rue de Clichy pour remonter vers la place Blanche par les rues Moncey et Blanche.
12
Arrêt 12
★ Incontournable~20 min
Rue Saint-Lazare et rue de Clichy — vers le retour
Fermes fortifiées, folies dix-huitièmes, cabarets et complots, du quartier des Porcherons au Casino de Paris.
📍 Rues Saint-Lazare, de Clichy, Moncey et Blanche, 9e arr.
Rue Saint-Lazare, au n° 93, la police découvrit le 16 janvier 1938 une cache d'armes de la Cagoule ; au n° 80, second siège du MSR d'Eugène Deloncle, soutenu par Eugène Schueller, fondateur de l'Oréal. Aux n° 77-93 s'élevait la ferme fortifiée des Porcherons, de 1290, qui donna son nom au quartier, remplacée par le Château du Coq et son Jardin Ruggieri (1766-1819). Au n° 66, premier appartement loué par Zola pour Jeanne Rozerot ; aux n° 66-106, la Folie Boutin, du nom du fermier général guillotiné en 1792, transformée en parc d'attractions, le Grand Tivoli, de 1795 à 1810.
Rue de Clichy, au n° 10, une rareté : l'entrée est encore garnie de ses pavés de bois. Faites un aller-retour rue de Londres : au n° 4 demeura le compositeur Gaston Serpette ; le général Eugène Cavaignac, chef des massacreurs de Juin 1848, mourut à l'ex-n° 29 en 1857.
16 à 27 rue de Clichy — Casino de Paris, Photorama Lumière et club de Clichy
Photorama de Paris 1902 Salon de Victor Hugo Tivoli
39 à 55 rue de Clichy — Ravachol, Varennes et le Théâtre de l'Œuvre
Au n° 39, le domicile du substitut Bulot fut la cible d'un attentat à la bombe de Ravachol le 27 mars 1892 ; au n° 39 bis, le club des Prévoyants de 1848 ; au n° 43, demeure d'Alphonse Baudin, tué sur une barricade le 3 décembre 1851 après avoir lancé « vous allez voir comment on meurt pour 25 francs ». Au n° 54 fut cachée par Axel de Fersen la grosse berline qui emmena la famille royale à Varennes le 21 juin 1791 ; le changement de véhicule leur fit prendre un retard qui allait changer le cours de leur voyage. Au n° 55, la cité Monthier abritait pendant la Terreur une cachette de Girondins — Vergniaud, Roger Ducos, Boyer-Fonfrède — ; au n° 3, Paul Fort et Aurélien Lugné-Poë créèrent en 1892 le Théâtre d'Art, aujourd'hui Théâtre de l'Œuvre, où l'Ubu d'Alfred Jarry fut créé en chair et en os en 1896.
En redescendant la rue de Clichy puis par la rue Moncey : au n° 17, atelier de Claude Monet en 1877 ; au n° 2, demeure de Guy de Maupassant à son arrivée à Paris, de 1869 à 1876.
Guy de Maupassant
Rue Blanche — Nécropole gallo-romaine, complot de 1851 et impressionnistes
Rue Blanche, aux n° 53-57, on découvrit en 1836 les traces d'une nécropole gallo-romaine bordant une antique route vers Rouen. Au n° 70, demeure de la baronne Coppens, où se réunirent le 2 décembre 1851 une soixantaine de députés « de gauche » — François Arago, Victor Hugo, Jacques-Antoine Manuel, Alphonse Baudin, Jean-Baptiste Millière, Edgar Quinet — pour organiser la riposte au coup d'État de Louis-Napoléon ; c'est là aussi que vécut en exil Daniele Manin, ancien président de la république de Venise, mort ici en 1857. Au n° 77 demeura Edgar de Gas, à l'époque où il participe à la fondation de la société coopérative d'artistes dont la première exposition, le 15 avril 1874, sera baptisée par dérision « Impressionnisme » ; au n° 79, second siège de la « Revue indépendante », où Félix Fénéon organisait des réunions Symbolistes en 1886 ; au n° 96, les répétitions du « Théâtre Libre » d'André Antoine de 1887 à 1894. Reprenez enfin la rue de Douai à droite : au n° 42, le cabaret-théâtre La Roulotte, où furent créées les chansons de Jehan-Rictus, Émile Goudeau et Marcel Legay entre 1896 et 1900 ; au n° 50, Ivan Tourgueniev séjourna en 1870 chez Pauline Viardot, sœur de la cantatrice Maria Malibran.
Jacques-Antoine Manuel Alphonse Baudin
Vers l’arrêt 13 →
Rejoignez la rue de Bruxelles à droite, qui vous ramène à votre point de départ, la place Blanche. Fin du parcours.
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.
La Lettre de Paris révolutionnaire — l’histoire de Paris environ tous les deux mois, dans votre boîte mail.