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Balade · 2e–11e arr.

« Manifs » et révolutions sur les Grands boulevards - De la porte Saint-Denis à la Bastille

Des arcs de triomphe de Louis XIV au Boulevard du crime, deux siècles d'émeutes, de barricades et de théâtres populaires le long des Grands boulevards.
📍 10 arrêts
🚶 ~2.6 km
~2h30
📖 2e–11e arr.
« Manifs » et révolutions sur les Grands boulevards - De la porte Saint-Denis à la Bastille

Deux arcs de triomphe que Louis XIV fit dresser à la place de ses remparts abattus ouvrent cette promenade le long des Grands boulevards. De la Porte Saint-Denis à la Bastille, l'itinéraire remonte le fil des révolutions parisiennes : les Trois Glorieuses de 1830, les barricades de Juin 1848, le coup d'État de 1851, la Commune de 1871, les grandes manifestations du XXe siècle — et, au passage, tout le foisonnement des théâtres populaires du « Boulevard du crime ».

Notre itinéraire partira cette fois de la Porte St Denis.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~12 min

La Porte Saint-Denis

Un arc de triomphe qui ne fut jamais une porte, planté sur les ruines des remparts de Louis XIII.
📍 Boulevard Saint-Denis, à hauteur de la Porte Saint-Denis, 10e / 2e arr.

La « porte » Saint-Denis, contrairement à ce que son nom indique, n'en fut jamais une. Louis XIV, en 1661, se sentant pousser des ailes, invente la monarchie absolue. Se voulant maître de la France et hégémonique en Europe, il fait abattre les fortifications achevées peu de temps auparavant par son présumé père, Louis XIII, et les remplace par de larges allées : nos « Boulevards ». En moyen-néerlandais, le « bolwerc » désigne un rempart ; dans notre langue, le mot devient « boulevart » et désigne le terre-plein supérieur des fortifications. Lorsqu'on rase ces ouvrages défensifs pour les remplacer par des avenues plantées d'arbres, ces dernières gardent leur appellation militaire, tandis que leur concepteur les nomme, pour faire plus chic, le « Nouveau Cours ».

Pour affirmer sa toute-puissance, Louis-Dieudonné fait construire aux principales entrées de Paris des arcs de triomphe à sa gloire. Ceux de la porte St Bernard, quai de la Tournelle, et de la porte St Antoine, place de la Bastille, ont disparu. Il ne reste que celui-ci, dit Porte St Denis, et son voisin plus modeste de la Porte St Martin. Celui devant lequel nous nous trouvons fut édifié en 1672 pour célébrer la victoire de Maastricht que le « roi soleil » venait de remporter sur les Provinces-Unies de Hollande. Cette victoire coûta la vie à quelques milliers d'hommes, dont un particulièrement célèbre : le comte Charles de Batz-Castelmore, plus connu sous le nom de d'Artagnan, le vrai…

C'est par cette arche que Louis XVIII fit sa seconde entrée dans Paris après les Cent-jours, le 8 juillet 1815.

Le boulevard des insurrections

En 1830, de violents combats eurent lieu sur ce boulevard pour se débarrasser du second frère de Louis XVI, Charles X, qui entre-temps avait pris la fuite. Mais en lieu et place de la République pour laquelle le peuple s'était battu, La Fayette et consorts sortent de leur chapeau un cousin des précédents, Louis-Philippe d'Orléans. Dès 1831 les Canuts lyonnais reprennent les fusils, suivis en 1832 par les Parisiens à l'occasion de l'enterrement du général Lamarque.

C'est de ce dernier épisode que Victor Hugo s'emparera pour écrire ses « Misérables » ; et c'est aussi à cette occasion que le Drapeau rouge apparaîtra pour la première fois à Paris comme étendard du mouvement ouvrier.

Les grandes barricades de 1848 et 1851

En Juin 1848, les ouvriers des ateliers nationaux retranchés sur le chantier de l'hôpital Lariboisière construisent ici une énorme barricade d'où partira l'insurrection le 23 juin ; elle ne se rendra que deux jours plus tard, après d'âpres combats. À nouveau, lors du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, des barricades seront dressées ici le 3 décembre 1851 ; elles constitueront le principal foyer de résistance au putsch de Badinguet.

16 — Passage du Prado

Passage du Prado, construit en 1830 mais entièrement refait en 1925 dans un style Art déco très caractéristique ; malheureusement aujourd'hui dans un état de délabrement regrettable. Au carrefour avec les boulevards de Sébastopol et de Strasbourg eurent lieu les premiers essais à Paris de signalisation électrique lumineuse et sonore pour la circulation, le 20 décembre 1922.

Vers l’arrêt 2 →
Poursuivez sur le boulevard vers l'est ; quelques dizaines de mètres vous mènent au second arc de triomphe de Louis XIV, la Porte Saint-Martin.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~12 min

La Porte Saint-Martin

La fausse porte par laquelle entrèrent les souverains coalisés en 1814 — et où résistèrent les insurgés de 1848.
📍 Boulevard Saint-Martin, à hauteur de la Porte Saint-Martin, 10e / 3e arr.

La « porte » St Martin, comme celle du Bd St Denis, n'était qu'un arc à la gloire de Louis-Dieudonné : elle fut érigée pour célébrer la prise de Besançon en 1674. Le maître de Versailles aurait-il eu cette fois le triomphe plus modeste — ou simplement la bourse plus plate après la construction de son palais pharaonique ? Elle est de fait moins ambitieuse.

C'est par cette fausse porte que les souverains coalisés firent leur entrée triomphale dans Paris en 1814, ramenant la monarchie dans leurs bagages. De violents combats s'y déroulèrent aussi le 23 février 1848.

16 — Le Théâtre de la Renaissance

À l'emplacement du théâtre de la Renaissance se trouvait, entre 1720 et 1762, un cimetière réservé aux protestants étrangers. Après la politique de Louis XIV en matière de religion — ce despote avait révoqué l'Édit de Nantes, imposant l'exil à une fraction économiquement très active de la population — la Régence affichait une très relative ouverture.

Le Théâtre de la Porte Saint-Martin

Une salle qui devait prendre le nom de théâtre St Martin fut construite en 1781 à la demande de Marie-Antoinette pour abriter l'Opéra de Paris après l'incendie de celle du Palais-Royal. Elle fut fermée le 12 juillet 1789 en protestation contre le renvoi de Necker. Le convoi qui transférait la dépouille de Voltaire au Panthéon y fit une halte symbolique le 12 juillet 1791. Elle devint successivement, pendant la Révolution, Théâtre de la République et des Arts, puis Théâtre des amis de la Patrie : Méhul, Gossec et André Grétry y présentèrent leurs œuvres.

En 1802 elle prend son nom actuel de Théâtre de la Porte St Martin. Pendant la Monarchie de Juillet, il accueille les Romantiques, avec « Marion Delorme » en 1831, « Lucrèce Borgia » en 1833… Frédérick Lemaître, Melle George, Marie Dorval y tiennent le haut de l'affiche, puis Sarah Bernhardt s'y produira régulièrement pendant plusieurs années.

Située à la « frontière » entre le Paris des affaires à l'Ouest et le Paris populaire à l'Est, cette salle vit se dérouler bien des événements révolutionnaires. Après Thermidor, elle avait abrité des réunions politiques. Lors de l'émeute du 5 juin 1832, Alexandre Dumas père, mis en joue par un soldat, avait dû s'y réfugier. À la fin du Second Empire, elle fut le siège du « Club de la Porte St Martin », très modéré. Des Fédérés chassés de la place du Château d'eau s'y étant réfugiés pendant la Semaine sanglante, il fut totalement détruit par la canonnade et l'incendie qui s'ensuivit le 24 mai 1871.

Autres adresses du boulevard Saint-Martin

Au 57, réunions du « Club réformiste des commerçants-locataires », présidé par Sanguinède, avec Le Brun comme secrétaire, en mars 1848. Au 29, maison natale du futur illusionniste puis cinéaste Georges Méliès, né le 8 décembre 1861. Le 25 abrite le passage Meslay, de 1887, et le 13 bis un autre passage rejoignant la rue Meslay. Au 8, cabinet de travail de Paul de Kock, auteur populaire au 19e siècle, qui meurt ici le 29 août 1871.

2 ter — Le Théâtre de l'Ambigu-Comique

Suite à une manifestation communiste contre les nazis, organisée devant le théâtre de l'Ambigu le 13 août 1941, deux militants — Henri Gautherot et Samuel Tyszelman — seront fusillés. Dans cette même salle, louée par le PCF pour une représentation — avec Loleh Bellon, Frédéric O'Brady et Louis Daquin — de la pièce de Roger Vailland « Le colonel Foster plaidera coupable », considérée comme anti-américaine, les fascistes déclenchent une bagarre le 16 mai 1952. La pièce est alors interdite.

Vers l’arrêt 3 →
Continuez vers l'est jusqu'à la vaste place qui ouvre le boulevard : la place de la République, cœur battant des manifestations parisiennes.
3
Arrêt 3
★ Incontournable ~15 min

La Place de la République

De la Fontaine du Château d'eau à la statue de Marianne : un siècle et demi de manifestations sur la place la plus politique de Paris.
📍 Place de la République, 3e / 10e / 11e arr.

Le fameux « Château d'eau » qui a donné son ancien nom à cette place jusqu'en 1879 fut inauguré le 15 août 1811, implanté d'abord au débouché du Bd St Martin. Cette fontaine se trouve aujourd'hui devant l'entrée de la Grande halle de La Villette. Elle fut remplacée par la fontaine des Lions, dessinée par Gabriel Davioud, qui se trouve aujourd'hui au centre de la place Félix Éboué, dans le 12e arrondissement.

À cette dernière fut substitué en 1882 l'ensemble actuel représentant la République, sculpté par les frères Morice, Léopold pour les bronzes et Charles pour les personnages en pierre. Le monument fut inauguré le 14 juillet 1883 et donna son nom à la place. Son piédestal porte douze hauts-reliefs qui retracent les épisodes de l'instauration de la République. Ceux-ci sont souvent attribués par erreur à Aimé-Jules Dalou, écarté du concours pour ses sympathies avec la Commune ; son projet fut retenu plus tard pour orner la place de la Nation.

1848-1849 — Les canons de Lamoricière

Le 25 juin 1848, le général Lamoricière, un des bouchers de la conquête de l'Algérie, commandant les troupes gouvernementales, fit installer un canon dans l'axe de la rue Samson — l'actuelle rue Léon Jouhaux — où se dressait une importante barricade. L'affrontement fut particulièrement meurtrier. Le 13 juin 1849 eut lieu sur cette place, à l'initiative de Ledru-Rollin, porte-parole des néo-jacobins, une manifestation contre le détournement par Louis-Napoléon Bonaparte de l'expédition de Rome. Ce simulacre de soulèvement fit long feu.

1927-1934 — Sacco, Vanzetti et les ligues

Le 24 août 1927, une imposante manifestation, qui tourna à l'émeute, s'y rassembla spontanément à l'annonce de l'exécution de Nicola Sacco et de Bartolomeo Vanzetti, deux anarchistes américains accusés à tort d'un hold-up. Le 9 février 1934, s'y déroula une contre-manifestation communiste opposée aux ligues fascistes ; elle donna lieu à des affrontements violents avec la police qui firent 6 morts. Le 14 juillet 1935, le drapeau algérien y fit son apparition pour la première fois dans une manifestation, brandi par les militants de l'Étoile nord-africaine, qui deviendra le Parti du Peuple Algérien (PPA) en mars 1937.

1942-1958 — De Fabien à De Gaulle

Le 30 novembre 1942, Pierre Georges, dit Frédo puis colonel Fabien, est arrêté au métro République par la police française qui le livre aux Allemands ; emprisonné et torturé, il s'évadera du fort de Romainville en 1943. Lors d'une manifestation du PCF, le 28 mai 1952, contre le général américain « Ridgway la peste », venu pour la mise en place de l'OTAN, Jacques Duclos est arrêté ; des pigeons trouvés dans sa voiture provoquent l'« affaire des pigeons ». Les heurts firent un mort côté manifestants. C'est enfin sur cette place que De Gaulle choisit de prononcer son discours de présentation du projet de Constitution de la 5e République, le 4 septembre 1958.

Vers l’arrêt 4 →
Sans quitter la place, faisons-en le tour : ses abords cachent une caserne, un diorama disparu et les grands magasins de la Semaine sanglante.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~15 min

Le tour de la place — Caserne, Diorama et Magasins Réunis

Une caserne pensée pour mater l'Est parisien, le berceau de la photographie et les barricades de la Commune.
📍 Pourtour de la place de la République et rue Léon Jouhaux, 10e / 11e arr.

Au 12, la caserne Vérines de la garde républicaine est l'ancienne caserne du Prince Eugène, construite sous Napoléon III en 1854. Partie intégrante des plans du baron Haussmann, elle était destinée à contrôler les quartiers ouvriers de l'Est parisien. Un des buts des travaux haussmanniens, ouvrant de larges avenues à travers Paris, n'était-il pas, de façon explicite, de faciliter les tirs d'artillerie et les déplacements de cavalerie contre les insurrections populaires ? « Napoléon le petit » n'eut pas le temps de remplir sa tâche ; Adolphe Thiers s'en chargea à sa place.

Les ouvriers parisiens avaient bien compris la fonction de cet édifice. Le 18 mars 1871, jour du déclenchement de la Commune, le général Brunel, à la tête de deux bataillons de la 10e légion de la Garde nationale, s'empara de cette pièce essentielle du dispositif répressif. La caserne abrita pendant l'insurrection le bataillon des « Pupilles de la Commune ». Reprise le 25 mai par les versaillais et transformée en cour prévôtale, elle fut le théâtre du massacre de nombreux communards. Durant l'Occupation, rebaptisée « caserne Heinrich Himmler », elle fut affectée à un régiment de la Waffen SS ; lors de la Libération, elle constitua le 25 août 1944 le dernier bastion allemand de Paris, repris par les FTP du groupe Saint-Just. On lui donna alors le nom du commandant Jean Vérines, mort en déportation.

Le Diorama de Daguerre et la première photographie humaine

C'est à l'emplacement de cette caserne que Louis Daguerre avait installé en 1822, avec Charles Marie Bouton, son « Diorama » : une salle de spectacles à décors mouvants et lumineux. Une plaque le rappelle au 4 de l'actuelle rue Léon Jouhaux. Daguerre s'associa avec Nicéphore Niépce, auteur en 1826 de ce que l'on considère, sans doute à tort, comme la première « photographie », pour travailler à l'héliographie. Après la mort de l'inventeur, l'homme d'affaires mit au point le daguerréotype. Il habitait juste derrière sa salle, rue des Marais aujourd'hui disparue ; c'est de sa terrasse qu'il prit en 1837 le premier cliché représentant un être humain : un cireur de chaussures à l'angle du boulevard du Temple, lieu qui se trouverait aujourd'hui presque au centre de la place. Le Diorama disparut dans un incendie le 3 mars 1839 et déménagea, comme nous l'avons vu lors d'une autre promenade, sur le boulevard Bonne-Nouvelle.

10 — Les Magasins Réunis et la barricade Delescluze

Les Magasins Réunis furent en partie incendiés le 25 mai 1871 ; la place de la République vit ce jour-là les combats parmi les plus âpres de la Semaine sanglante. La cour vitrée de ces magasins fut, avant de devenir un hôtel, le cirque Myers : c'est là que se réunirent le 30 mai 1878, autour de la statue de Voltaire pour le centenaire de sa mort — toute manifestation extérieure étant interdite —, conseillers, députés et 5 à 6000 personnes lançant un appel en faveur des prisonniers politiques.

Le boulevard Voltaire mène à la mairie du 11e, où eut lieu la dernière réunion du Conseil de la Commune ; ses membres se dirigèrent ensuite vers la place du Château d'Eau pour prendre part aux combats, en particulier sur une importante barricade au débouché du boulevard. C'est sur celle-ci que Charles Delescluze monta pour se faire tuer intentionnellement, désespéré par la défaite inéluctable. Au 3, le Passage Vendôme, construit en 1827 et restauré en 1869, débouche rue Béranger.

Vers l’arrêt 5 →
Engagez-vous maintenant sur le boulevard du Temple, l'ancien « Boulevard du crime » aux mille théâtres populaires.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~10 min

Le Boulevard du Temple — le « Boulevard du crime »

Le dernier théâtre du « Boulevard du crime », immortalisé par Les Enfants du paradis.
📍 Boulevard du Temple (côté sud, n° 41), 3e / 11e arr.

Au 41, le théâtre Déjazet fut créé en 1851 par un certain Meyer, sur un ancien jeu de paume ouvert par le comte d'Artois, frère de Louis XVI, le futur Charles X. Il fut racheté par Virginie Déjazet pour permettre à Victorien Sardou de monter ses pièces. C'est le dernier théâtre du boulevard du crime. C'est sur ses marches que mourut Charles Delescluze après s'être fait abattre volontairement sur la barricade du bd Voltaire, le 25 mai 1871.

Appelé le « boulevard du crime » du fait de ses nombreux théâtres populaires spécialisés dans les mélodrames où l'on mourait beaucoup, il a été immortalisé par la géniale évocation cinématographique de Marcel Carné, « Les enfants du paradis ».

Vers l’arrêt 6 →
Longez le côté pair du boulevard : ses numéros anciens, aujourd'hui recouverts par la place, jalonnent la géographie disparue des théâtres.
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Arrêt 6
Optionnel ~10 min

Les théâtres disparus du Boulevard du crime

Théâtre Historique, Cirque Olympique, Funambules : la scène du vieux Paris populaire, effacée par le percement de la place.
📍 Boulevard du Temple, côté pair (n° 86 à 62), 3e / 11e arr.

Suite à l'aménagement de la place de la République et au percement du bd Voltaire, les numéros ci-dessous du côté pair du boulevard sont ceux de la première moitié du XIXe siècle ; les immeubles n'existent plus aujourd'hui.

86 — Théâtre Historique, puis Lyrique

Approximativement 8 bis place de la République aujourd'hui. Emplacement du « Théâtre Historique », créé par Alexandre Dumas père le 20 février 1847 pour y faire jouer ses pièces ; Mélingue y crée « la Reine Margot ». En 1848, on y présente le « Chevalier de Maison-Rouge », dont le « Chœur des Girondins » sera repris par les insurgés de Février. Il devient le Théâtre Lyrique après la faillite de Dumas en 1850 ; en 1859, Jules Massenet, encore étudiant, y tient les timbales et est remarqué par Hector Berlioz.

80 à 62 — Cirque Olympique, Ambigu, Gaîté

Au 80 (approximativement sur le 1 Bd Voltaire), emplacement du « Cirque Olympique » tenu par Franconi, qui présente en 1827 de grands spectacles de batailles napoléoniennes. Au 62, emplacement du théâtre Audinot, puis de « l'Ambigu Comique » : Frédérick Lemaître y fait un triomphe en 1824 dans le rôle de Robert Macaire de « l'Auberge des Adrets ». Aux 66-68, le « Théâtre de Nicolet » fut le premier à s'installer sur le boulevard, en 1759 ; il devint le « Théâtre des Grands-Danseurs du Roi » en 1772, puis le Théâtre de la Gaîté en 1792. Nicolet était un ex-marionnettiste de la foire St Germain qui forma des dizaines d'acteurs.

62 à 48 — Funambules, Délassements, Variétés

À la hauteur du 44 actuel, le théâtre des « Funambules » (1819) : Jean-Baptiste Gaspard Deburau y fit un triomphe en recréant le personnage de Pierrot ; c'est de ce mime que Carné s'inspira pour le Jean-Baptiste de son film. Au 60, le Théâtre des Délassements Comiques, où paradaient Bobèche et Galimafré. Au 58 (hauteur du 42 actuel), le théâtre des « Variétés Amusantes », repris par le mime italien Lazari en 1792, où Frédérick Lemaître fit ses débuts à 15 ans. Au 48, le « Panorama dramatique », où Lucien de Rubempré fait la connaissance de Coralie dans les « Illusions perdues » d'Honoré de Balzac.

Vers l’arrêt 7 →
Restez côté pair : après le percement de la place, à partir du n° 52, l'alignement retrouve le tracé primitif du boulevard et ses cafés révolutionnaires.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~12 min

Cafés et complots du Boulevard du Temple

Du café Turc au Cadran Bleu : là où se tramèrent la prise des Tuileries et l'attentat de Fieschi.
📍 Boulevard du Temple, côté pair (n° 29 à 42), 3e / 11e arr.

Au 29, emplacement du café Turc, fondé en 1780 par un certain Bonvalet, en vogue jusqu'au début du règne de Louis-Philippe et cité à plusieurs reprises par Balzac. Ses descendants ouvrirent un restaurant où se donnèrent rendez-vous les représentants de la « gauche » de l'Assemblée, opposants au coup d'État du 2 décembre — dont Victor Hugo et Michel de Bourges —, mais la police investit le lieu avant leur arrivée. C'est dans ce même restaurant qu'eut lieu une tentative de conciliation, menée par des représentants de l'Internationale dont Héligon et Henri Tolain, entre le gouvernement de la Troisième République et le Comité central de la Garde nationale, le 18 mars 1871 — un échec.

Aux 29-31, sur ce même emplacement, fut construit en 1919 à l'initiative de Jean-Marie Clamamus le siège de l'Union des Coopératives, financé par la Verrerie ouvrière d'Albi et la Bellevilloise ; l'immeuble devint l'annexe Eugène Varlin de la Bourse du Travail.

27 — Le café du Cadran Bleu et le 10 août 1792

Emplacement du café du Cadran Bleu, concurrent de celui de Bonvalet, dans lequel les organisateurs de la prise des Tuileries, dont Antoine Santerre et Bacelin, se réunirent le 9 août 1792 pour préparer l'opération. À partir du numéro 52, l'alignement des bâtiments suit le tracé primitif du boulevard, déterminé par la forme d'un des bastions de l'enceinte de Louis XIII.

52 à 46 — Délass-Com, Rigolboche et Curtius

Au 52, le théâtre des Délassements Comiques (1785) : Aristide Plancher Valcour, qui devait jouer derrière un voile de gaze, le déchire en criant « vive la liberté » le 14 juillet 1789 ; on y verra plus tard la célèbre danseuse contorsionniste Rigolboche. Au 50, demeure d'Henri Zislin, caricaturiste du mouvement protestataire alsacien, de 1903 à 1927. Au 46, Philippe Mathé-Curtz, dit Curtius, ouvrit en 1782 une annexe de son cabinet de figures de cire : la « Caverne des grands voleurs », avec sa « chambre des horreurs ». En juin 1791, Curtius y hébergea Jean-Chrisosthome Guillaume, qui avait assisté Jean-Baptiste Drouet dans l'arrestation de Louis XVI à Varennes.

42 — L'attentat de Fieschi et l'appartement de Flaubert

Emplacement de l'appartement loué par Giuseppe Fieschi, en face du café Turc, pour installer la machine infernale destinée à abattre Louis-Philippe Ier lors d'une revue sur le boulevard, le 28 juillet 1835. Le coup rata sa cible mais fit 19 morts, dont le maréchal Mortier. Après les insurrections de 1831, 1832 et 1834, cet attentat marqua un raidissement de la Monarchie de Juillet. À cette même adresse, dans un nouvel immeuble, demeura de 1855 à 1869 Gustave Flaubert, qui y rédigea « L'éducation sentimentale » et « Mme Bovary ». L'immeuble abrita aussi, de 1855 à 1860, l'atelier du sculpteur Emmanuel Frémiet, auteur de la Jeanne d'Arc de la place des Pyramides. Au 24, la salle d'Angoulême abrita le « Club de l'Unité républicaine » créé le 14 mars 1848 ; la façade arrière des immeubles 1-17 suit le tracé du mur de l'enceinte de Charles V, construite en 1364.

Vers l’arrêt 8 →
Prolongez sur le boulevard des Filles du Calvaire, qui longe l'ancienne enceinte de Louis XIII vers la Bastille.
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Arrêt 8
Optionnel ~8 min

Le Boulevard des Filles du Calvaire

Sur les traces de la Porte Saint-Louis et d'un tireur d'élite de juin 1848 décrit par Victor Hugo.
📍 Boulevard des Filles du Calvaire, 3e / 11e arr.

Au 14, à partir de 1929, Jean Lorris, qui gère le magasin de la maison de disques « La Voix des Nôtres », diffuse auprès des abonnés du journal « le Populaire » des chants révolutionnaires. Aux 2-4, emplacement de la Porte St Louis de l'enceinte de Louis XIII : construite en 1637, elle disparut dès 1654 avec la destruction des remparts décidée par Louis XIV.

Au 2, depuis le balcon du 4e étage, le 25 juin 1848, un insurgé bon tireur tint longtemps en échec les troupes gouvernementales débouchant de la rue du Pont aux Choux. La scène est décrite par Victor Hugo dans « Choses vues ».

Vers l’arrêt 9 →
La dernière portion, le boulevard Beaumarchais, vous conduit jusqu'à la place de la Bastille en longeant hôtels particuliers et cafés d'histoire.
9
Arrêt 9
★ Incontournable ~15 min

Le Boulevard Beaumarchais

De la tête de la princesse de Lamballe à l'hôtel de Ninon de Lenclos : la dernière ligne droite vers la Bastille.
📍 Boulevard Beaumarchais, 3e / 11e arr.

Au 113, café de la Petite Chaise où fut exposée la tête de la princesse de Lamballe après avoir été promenée dans Paris au bout d'une pique et présentée à Marie-Antoinette sous une fenêtre de la Tour du Temple. Amie intime de l'ex-reine, la princesse avait été massacrée devant la prison de la Grande Force avant d'être décapitée, le 3 septembre 1792. Un puits du 17e siècle existe toujours dans le réduit à poubelles de l'établissement.

Au 96, appartement loué par Alexandre Dumas père, au 4e étage, pour sa maîtresse Isabelle Constant, en 1850-1851. Au 76, demeure d'Eugène-François Vidocq de 1850 à 1854 : après le coup d'État de Louis-Napoléon, il tendit à sa fenêtre une banderole « Louis-Napoléon, Messie du 2 décembre 1851, sois béni ! ». C'est ce même Vidocq qui, à la tête d'une bande d'anciens malfrats, fonda la « Sûreté nationale », dont le rôle principal était d'espionner le mouvement ouvrier naissant.

69 à 25 — Féval, Nodier, Pyat

Au 69, demeure en 1860 de Paul Féval père, auteur du Bossu et de 90 autres romans. Au 63, demeure de Charles Nodier en 1824, avant sa nomination à la bibliothèque de l'Arsenal. Au 25, demeure de Félix Pyat, journaliste républicain, membre de la Société centrale démocratique en 1848, plus tard membre de la Commune ; son « mauvais génie » selon Benoît Malon.

23 — L'Hôtel de Sagonne et le salon de Ninon de Lenclos

Hôtel de Sagonne, construit en 1667 pour l'architecte Jules Hardouin-Mansart — petit-neveu de François Mansart — et décoré par Mignard, Le Brun et La Fosse. Un petit bijou aujourd'hui privé. Il fut d'abord habité par Ninon de Lenclos, qui y tint un salon célèbre rassemblant les Libertins, libres-penseurs du 17e siècle ; Molière lui aurait demandé conseil pour son Tartuffe, présenté en avant-première dans ce salon.

10 — Le café-concert « l'Époque » et le Concert Pacra

Café-concert « l'Époque », fondé par Jules Davezan en 1877. Aristide Bruant en fut le directeur et y créa « Nini peau d'chien » en 1898. Ernest Pacra y débuta, le racheta en 1905 et en fit le Concert Pacra, music-hall de renom qui révéla Pauley, Georgius, Édith Piaf, Barbara, Brassens, Patachou… Il ferma en 1971.

8 à 2 — Rœderer, Beaumarchais et le Café de la Bastille

Au 8, emplacement de la demeure de Pierre-Louis Rœderer, syndic de la Seine, qui permit à Louis XVI de s'échapper des Tuileries le 10 août 1792 et participa au 18 brumaire. Aux 2-20, Beaumarchais se fit construire en 1789 un superbe hôtel avec jardins sur l'emplacement d'un bastion de l'enceinte de Louis XIII ; il y vécut ses 10 dernières années et y mourut le 18 mai 1799. La demeure fut remplacée, de 1818 à 1841, par le second grenier à sel de Paris. Au 2, Café de la Bastille, tenu par M. Cornu, où se réunissaient vers 1865 les fondateurs de l'Association Internationale des Travailleurs ; à cet endroit fut érigée le 12 avril 1871 une des 18 barricades fortifiées conçues par Napoléon Gaillard, responsable des barricades de la Commune. On y admire aujourd'hui une des bouches de métro dessinées par Hector Guimard.

Vers l’arrêt 10 →
Le boulevard débouche sur la place de la Bastille et sa Colonne : le terme de notre parcours.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~8 min

La Place de la Bastille

Point de départ ou d'arrivée d'innombrables manifestations, la Colonne de Juillet clôt ce parcours des révolutions parisiennes.
📍 Place de la Bastille, 4e / 11e / 12e arr.

Nous débouchons sur la place de la Bastille et sa Colonne, départ ou arrivée de combien de manifestations. Une place tellement chargée d'histoire révolutionnaire qu'elle fera l'objet d'une autre promenade intitulée « Autour de la Bastille ! ». Ici s'achève notre traversée des Grands boulevards.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.