Du Louvre à la place de la Révolution : à l’assaut des Tuileries !
De Saint-Germain-l’Auxerrois à la place de la Concorde, deux mille ans d’histoire parisienne condensés le long du Louvre et des Tuileries — assauts, complots, guillotine et incendies.
📍 17 arrêts
🚶 ~3.5 km
⏱ ~3h30
📖 1er–8e arr.
De Saint-Germain-l’Auxerrois à la place de la Révolution, cette promenade suit le grand axe du pouvoir parisien — le Louvre, les Tuileries, la Concorde — sur lequel deux mille ans d’histoire ont laissé leurs cicatrices. Ici sonna le tocsin de la Saint-Barthélemy ; ici la monarchie fut prise d’assaut le 10 août 1792 ; ici la guillotine trancha plus de mille têtes, du roi à Robespierre ; ici enfin brûlèrent les Tuileries en 1871. Palais, jardins et places gardent la mémoire des assauts, des complots et des révolutions successives, de 1418 à la Libération de Paris.
Nous partons de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, place du Louvre, pour longer le palais, traverser la Cour carrée et le Carrousel, remonter le jardin des Tuileries et achever le parcours sur la place de la Concorde — l’ancienne place de la Révolution.
1
Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Saint-Germain-l’Auxerrois
L’église des rois de France, d’où sonna le tocsin de la Saint-Barthélemy.
📍 Place du Louvre, 1er arr.
Nous partons de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, longtemps l’église des rois de France. Sous l’égide de son curé, elle fut aussi un des bastions de la Sainte Union pendant la dictature de la Ligue sur Paris.
C’est la sonnerie des Matines, au carillon situé dans la petite tour de droite, qui donna le signal du déclenchement du massacre de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572. Le 24 avril 1617, une émeute y éclata lors des obsèques de Concino Concini, maréchal d’Ancre honni du peuple, assassiné sur ordre de Louis XIII : son cadavre fut exhumé et profané par la foule. Et c’est là que fut célébré, le 20 février 1662, le mariage d’un certain Jean-Baptiste Poquelin avec Armande Béjart.
Pendant la Révolution, l’église devint le siège de la Section du Louvre, puis du Muséum, tenue par le Club électoral. D’abord opposé au robespierrisme et au « système de l’an II » — la Terreur — sous l’influence de François Vincent Legray (ancien hébertiste) et de Jean-François Varlet (ancien enragé), soutenus par le journal de Gracchus Babeuf, il devint en octobre 1794 un bastion de la lutte contre la réaction thermidorienne, avant d’être fermé fin novembre.
L’église accueillit en 1795 le culte théophilanthropique et devint en 1798 le « Temple de la Reconnaissance ». Saccagée le 14 février 1831 lors d’un service funèbre pour le duc de Berry, elle abrita sous la Commune plusieurs clubs, dont le Club Germain-l’Auxerrois, composé essentiellement de femmes, et celui des Libres Penseurs. Au sommet d’un pilier, à gauche, on peut voir une « boule aux rats », sculptée en 1435 par Jean Gaussel : allégorie du mal rongeant le Monde, seule des trois subsistant en France où les rats rentrent dans la sphère.
Avant de poursuivre sur la place du Louvre, faisons un crochet par la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, à droite de l’église.
2
Arrêt 2
Optionnel~8 min
Rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois
Le berceau du Journal des Débats et un des faux Jules Vallès fusillés.
📍 Rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, 1er arr.
Au n° 17, dans un immeuble situé à cet emplacement, se tenait la rédaction du « Journal des Débats », fondé en 1789 par Gaultier de Biauzat pour retranscrire les débats de la toute jeune Assemblée nationale. Il connut une longévité étonnante, paraissant jusqu’en 1944, et fut le premier à publier des romans-feuilletons. En octobre 1870, il hébergea un bureau d’enrôlement dans les « Francs-tireurs de la Presse ». Au rez-de-chaussée se tenait le café Momus, sorte d’annexe du journal où se rencontraient nombre de célébrités : Henry Murger y fit se côtoyer les artistes de ses « Scènes de la vie de bohème ».
Pendant la Semaine sanglante, en mai 1871, fut fusillé sommairement dans cette rue un des trois faux Jules Vallès qui subirent ce sort pour leur seule ressemblance avec le journaliste et romancier communard. Le réverbère du chevet de l’église, à l’angle de la rue de l’Arbre-Sec, marquerait le centre géométrique de Paris.
Revenons place du Louvre pour longer sa façade nord.
3
Arrêt 3
★ Incontournable~8 min
Place du Louvre
La maison natale de Déroulède et la mairie du 1er, bastion de 1871.
📍 Place du Louvre, 1er arr.
Au n° 3 se trouve la maison natale de Paul Déroulède, ultranationaliste revanchard, président de la Ligue des patriotes, qui tenta de déclencher un coup d’État contre la Troisième République en 1899.
Au n° 4 s’élève la mairie du 1er arrondissement. Le 18 mars 1871, jour du déclenchement de la Commune, Jules Ferry s’y réfugia avant de s’enfuir par une fenêtre. Le 22, elle constitua autour de Victor Schœlcher et de l’amiral Saisset un bastion de la résistance de certains députés contre le Comité central de la Garde nationale. Des négociations pour les élections de la Commune y échouèrent, avant que le bâtiment ne soit repris par Paul Brunel, général de la Commune, le 24 mars.
Longeons la façade du Louvre par la rue de l’Amiral-de-Coligny, qui a remplacé l’ancienne rue des Poulies.
4
Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Rue de l’Amiral-de-Coligny
L’ancienne rue des Poulies, théâtre de la Saint-Barthélemy et berceau du théâtre italien.
📍 Rue de l’Amiral-de-Coligny, 1er arr.
Cette rue a remplacé la rue des Poulies, sur laquelle donnait l’Hôtel de Bourbon, à cheval sur l’actuelle moitié gauche de la colonnade de Perrault. C’est de cet Hôtel que partirent les massacres de la quatrième révolte des Cabochiens le 20 août 1418, épisode sanglant de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons.
Dans une salle du « Petit Bourbon » eut lieu, le 19 mai 1572, une des premières représentations autorisées du théâtre italien, par la troupe « I Gelosi » d’Alberto Ganassa, dit Ganache, créateur d’Arlequin. Presque un siècle plus tard, Tiberio Fiorelli, alias Scaramouche, y installa sa troupe de 1645 à 1660, avant celle de Molière qui, avec l’Espy et Jodelet, y séjourna de 1658 à 1660 : Poquelin y donna la première des « Précieuses ridicules » le 18 novembre 1659, et de « Sganarelle ou le Cocu imaginaire » le 28 mai 1660. C’est aussi dans cet Hôtel que se réunirent les États généraux le 27 octobre 1614, pour la dernière fois avant 1789.
Dans cette rue des Poulies eut lieu, le 22 août 1572, depuis la maison du chanoine Villemur, un attentat contre l’amiral de Coligny perpétré par un certain Maurevert, mais commandité sans doute par Catherine de Médicis, peut-être par les Guise. Coligny ne fut que blessé, mais il sera assassiné deux jours plus tard lors de la Saint-Barthélemy. Le 23, une réunion se tint au palais autour de Catherine de Médicis pour préparer le massacre ; le 24 à 3 heures du matin fut donné le signal d’un des épisodes les plus honteux de l’Histoire de France — de nombreux Huguenots furent massacrés croyant venir défendre le Louvre.
Sur la rue des Poulies donnait aussi le vieil Hôtel d’Alençon, où la duchesse de Retz, une des femmes les plus cultivées de la Renaissance, tenait vers 1565 un salon fréquenté par des poètes. Dans la Maison du baigneur Bellet, Latréaumont et le Chevalier de Rohan préparèrent en 1674 un complot contre Louis XIV visant à instaurer une république en Normandie ; découvert par hasard, tous ses membres furent exécutés. À partir de 1757 s’y tint le premier hôtel central des postes. Et c’est là qu’eut lieu, le 5 juin 1832 lors de l’insurrection des obsèques du général Lamarque, la distribution de cartouches par O’Reilly, agent provocateur de la « Société gauloise », dans la mercerie de madame Guindet — occasion, dit-on, de la première apparition du drapeau rouge comme étendard prolétarien.
Claude Catherine de Clermont, duchesse de Retz ; plan du Vieux Louvre et des Hôtels de Bourbon et d'Alençon
Vers l’arrêt 5 →
Franchissons le pont rétabli au-dessus des anciens fossés et entrons dans le Palais du Louvre par le guichet de la colonnade.
5
Arrêt 5
★ Incontournable~12 min
Le Palais du Louvre — colonnade de Perrault
La porte par où l’on abattit Concini et par où fuit l’impératrice Eugénie.
📍 Colonnade de Perrault, guichet du Louvre, 1er arr.
Nous entrons en franchissant le pont rétabli au-dessus des fossés longtemps comblés, menant par le guichet de la colonnade dans la Cour carrée. C’est sur le pont-levis oriental de la forteresse que Concini fut tué d’un coup de pistolet par Vitry, malgré son armée personnelle de 7000 hommes, le 24 avril 1617 sur ordre de Louis XIII, qui ne supportait pas l’influence de ce « conseiller » et de sa femme, la Galigaï, sur Marie de Médicis alors régente.
C’est aussi par cette porte que s’enfuit l’ex-impératrice Eugénie de Montijo le 4 septembre 1870, après la défaite de Sedan et la destitution de Napoléon III.
Fondations du vieux Louvre ; ouverture du puits dans la Cour carrée « Exécution » de Concini par Vitry ; Marie de Médicis entourée de Concini et de la Galigaï Caricatures de Napoléon III, dit Napoléon le petit, dit Badinguet
L’assaut de 1830 et la fosse des Trois Glorieuses
Le 29 juillet 1830, utilisant une trémie installée pour des travaux sur la colonnade, les insurgés — parmi lesquels des étudiants de Polytechnique — affrontèrent les gardes-suisses du maréchal Marmont et prirent le palais d’assaut. Les morts de ces « Trois Glorieuses » furent enterrés provisoirement dans une fosse au pied de la colonnade ; on y jeta au même moment des momies égyptiennes dégradées, si bien que ces restes plurimillénaires furent inhumés plus tard dans la crypte de la colonne de Juillet, place de la Bastille, auprès des héros de la révolution.
Assaut du Louvre par la colonnade de Perrault le 29 juillet 1830 Fosse provisoire des victimes des Trois Glorieuses ; familles venant se recueillir
Vers l’arrêt 6 →
Pénétrons dans la Cour carrée, sur le quart sud-ouest de laquelle se dressait le château médiéval.
6
Arrêt 6
★ Incontournable~20 min
La Cour carrée
Du donjon de Philippe Auguste au Muséum révolutionnaire, huit siècles d’histoire.
📍 Cour carrée du Louvre, 1er arr.
L’ancien château du Louvre, construit de 1190 à 1202 à l’initiative de Philippe II Auguste, se dressait approximativement sur le quart sud-ouest de la cour. On y tint dès le 18 septembre 1801 la première exposition industrielle nationale, où fut présenté le métier à tisser de Jacquard. Le 29 avril 1871, environ 10 000 francs-maçons de 45 loges s’y rassemblèrent avant d’aller planter leurs bannières sur les fortifications pour tenter une conciliation avec Versailles ; le lendemain se tint la manifestation des « Républicains de province ».
On peut encore voir le puits du donjon et visiter en sous-sol les fondations du Vieux Louvre. À cet emplacement aurait été installé le camp des Vikings de Siegfried pendant le siège de 885 — une des origines possibles du nom « Louvre ». En 1368, Charles V le Sage y installa dans la tour de la Librairie une bibliothèque, noyau de la Bibliothèque nationale. La salle Saint-Louis est aujourd’hui le seul vestige en surface de la forteresse.
Le Louvre de Charles V
Le Louvre des Lumières
François Ier fit du Louvre la résidence des Valois. Après le départ de la famille royale, une colonie d’artistes — dont Jean-Baptiste Greuze — y emménagea et la Cour carrée prit des allures de caravansérail. Dès 1640, Richelieu y installa l’imprimerie royale, future Imprimerie nationale. De 1672 à 1805, les salles Puget et Coustou accueillirent l’Académie française, dont Voltaire fut nommé président le 30 mars 1778. Le 15 septembre 1736, Jean-Sylvain Bailly y naquit ; astronome, il sera premier président de l’Assemblée nationale puis premier maire de Paris, avant d’être guillotiné pour avoir fait tirer sur la foule au Champ-de-Mars le 17 juillet 1791.
En 1781, Charles-Joseph Panckoucke y publia le « Compte Rendu au Roi » de Necker, révélant l’état des finances de la France. À partir de 1782, le Louvre hébergea un embryon du Conservatoire des Arts et Métiers : le physicien Jacques Charles y donnait des cours sur l’électricité et fut le premier à faire voler un ballon à hydrogène le 27 août 1783. Le 29 octobre de la même année, Jean le Rond d’Alembert mourut dans son appartement du palais : un des feux du Siècle des Lumières qui s’éteignait.
Jean le Rond d'Alembert Charles-Joseph Panckoucke Jacques Charles
Le système décimal et la naissance du Muséum
Dans les locaux de l’Académie des Sciences, Lakanal, président du Comité de l’Instruction publique, établit les bureaux du nouveau système décimal des poids et mesures, voté le 22 août 1790. Le 11 novembre 1793, la Convention créa par décret le Muséum Français, futur musée du Louvre, destiné à sauver les œuvres d’art du « vandalisme » — mot que l’abbé Grégoire inventa à cette occasion : 537 tableaux et 124 bronzes y furent exposés publiquement pour la première fois.
Le peintre Jacques-Louis David, ordonnateur des grandes fêtes de la Révolution, y occupa un appartement. La Bourse des valeurs s’y installa brièvement, du 10 juin 1795 à 1796. Et Claude Monet peignit depuis les fenêtres du Louvre « Saint-Germain-l’Auxerrois », « Le Jardin de l’Infante » et « Le Quai du Louvre » en 1867.
Le 1er mars 1871, les Prussiens entrèrent dans Paris ; leurs officiers, autorisés à visiter le Louvre et les Tuileries, furent copieusement insultés par la foule et le général Vinoy fit interrompre l’opération. Le 17 mars, ce même Vinoy y installa son QG pour préparer l’enlèvement des canons de la Garde nationale — manœuvre dont l’échec, dans la nuit du 17 au 18 mars, provoqua le déclenchement de la Commune de Paris. Pendant la Commune, Gustave Courbet présida une Commission de protection du patrimoine des musées, qui devint une « Fédération des Artistes » dont fit partie Jules Dalou — ce qui leur vaudra d’être mis à l’Index. Le Comité central des vingt arrondissements s’installa au Louvre en avril 1871, et Léo Fränkel et Augustin Avrial y créèrent un atelier de réparation d’armes. Le 30 avril, Jean-Baptiste Millière y organisa un meeting de « l’Alliance républicaine des départements » — pour ce seul fait il sera fusillé sur les marches du Panthéon le 26 mai. Le 24 mai, les Fédérés incendièrent le palais pour couvrir leur repli, sur ordre de Victor Bénot, et une femme qui avait affronté seule les Versaillais fut exécutée contre les grilles de la colonnade.
Sortons de la Cour carrée en traversant le jardin de l’Infante vers le quai François-Mitterrand et le Pont des Arts.
7
Arrêt 7
★ Incontournable~10 min
Le jardin de l’Infante et le Pont des Arts
La Tour du Coin, la plus vieille passerelle métallique de Paris et deux attentats de la MOI.
📍 Quai François-Mitterrand, face au Pont des Arts, 1er arr.
Traversons le jardin de l’Infante pour nous retrouver face au Pont des Arts. À l’emplacement de la culée se dressait la Tour du Coin, extrémité ouest de l’enceinte de Philippe Auguste sur cette rive, démolie en 1780. Dans son prolongement se trouvait un pont de Fust, portant des chaînes destinées à barrer la Seine en cas d’invasion.
La passerelle des Arts, construite en 1804, est le plus ancien ouvrage d’art métallique de Paris ; deux fois emportée par des chalands, elle fut peinte par Auguste Renoir en 1867.
Marcel Rajman et Antoine Salvadori, membres de la M.O.I. fusillés avec le groupe Manouchian, organisèrent ici deux attentats contre des officiers allemands le 23 février et le 8 mars 1943. Sur la gauche, au débouché de la rue de l’Autruche — successivement rue d’Ostereich, d’Hosteriche, d’Otriche, d’Autriche — se trouvait un pied-à-terre de Concino Concini, soucieux de se tenir au plus près de la régente Marie de Médicis qu’il manipulait.
Marcel Rajman, orthographié Rayman sur l'affiche rouge ; Antonio Salvadori, alias Tony groupe Manouchian
Vers l’arrêt 8 →
Longeons le quai François-Mitterrand à droite — l’ancienne « Escolle St Germain », port du Louvre — et rentrons dans le palais par le guichet du Carrousel.
8
Arrêt 8
★ Incontournable~20 min
La place du Carrousel
Salons précieux, attentat contre Bonaparte, la fuite de Marie-Antoinette et Thermidor.
📍 Place du Carrousel, 1er arr.
Son nom rappelle un carrousel fastueux, organisé le 5 juin 1662 sous Louis XIV alors qu’une famine dramatique sévissait dans le royaume. À l’emplacement du pavillon Turgot, dans l’ancienne rue Saint-Thomas-du-Louvre, se trouvait au XVIIe siècle l’Hôtel de Rambouillet, où Mme de Rambouillet créa en 1629, dans sa « chambre bleue », un cénacle réunissant Malherbe, Voiture, Racan, Georges de Scudéry… « la cour de la cour ». L’hôtel fut transformé en 1784 en Vauxhall d’Hiver, et le premier théâtre de Vaudeville à Paris y ouvrit en 1792. L’Hôtel voisin était celui de la duchesse de Chevreuse, âme damnée d’Anne d’Autriche et ennemie mortelle de Richelieu.
Carrousel de 1662 Catherine de Rambouillet, marquise de Vivonne Vincent Voiture
Le Comité de Sûreté générale et Thermidor
Derrière le pavillon de Marsan, l’Hôtel de Brionne abrita de mai 1793 à octobre 1795 le Comité de Sûreté générale, chargé de la police et de la justice révolutionnaires, communiquant directement avec les Tuileries. Le 9 Thermidor, 27 juillet 1794, c’est ici que Robespierre fut amené, décrété d’arrestation par la Convention.
Hôtel de Brionne et pavillon de Marsan ; Comité de Sûreté générale, miniature charge
Les clubs de 1848, Blanqui et le cénacle du Doyenné
En 1848 subsistait, sur l’emplacement de l’actuel pavillon Turgot, l’état-major de la Garde nationale, qui accueillit trois clubs : la Conciliation, les Amis des Noirs et la Société des gens de lettres. Un tribunal d’honneur s’y réunit le 5 avril, suite à l’accusation portée contre Auguste Blanqui d’avoir fourni au préfet Duchâtel un rapport sur les journées de 1839. Au début du XIXe siècle, un cénacle fréquenté par Nerval, Gautier, Gavarni, Lamartine et Musset se tenait rue du Doyenné ; la « cousine Bette » de Balzac y demeure. Sur cette place se déroula en 1820 une manifestation contre Louis XVIII, où mourut par balle l’étudiant Nicolas Lallemand, début de la contestation ouverte de la Restauration. Pendant la Commune, un bureau y recrutait des adolescents comme porteurs de dépêches.
Le quadrige de l’arc de triomphe est une copie des chevaux de Saint-Marc de Venise, que Bonaparte avait pillés et qu’il fallut rendre aux Italiens après sa chute. Un peu au nord se trouvait en 1789 le corps de garde des Suisses, qui hébergeait Jean-Baptiste Rotondo, agent provocateur de Louis-Philippe d’Orléans, le futur Philippe Égalité. La porte de la cour des Tuileries se trouvait à l’emplacement de l’arc : le 10 août 1792, elle fut ouverte pour laisser entrer les insurgés afin de mieux les mitrailler — ce fut une hécatombe. C’est aussi en se perdant dans ce dédale de ruelles que Marie-Antoinette, fuyant les Tuileries le 20 juin 1791, arriva avec deux heures de retard au rendez-vous d’Axel de Fersen rue de l’Échelle, retard qui participa à l’arrestation de la famille à Varennes.
Chevaux de l'église St Marc de Venise ; quadrige de l'Arc de triomphe du Carrousel Louis-Philippe d'Orléans, dit Philippe Égalité Louis XVI et Marie-Antoinette ; le rendez-vous du départ à Varennes Carrousel de 1662 ex rue !!! 1830 Fortifications Charles V Hôtel de Brionne et Tuileries par Thomas Girtin
Rue Saint-Nicaise — l’attentat contre Bonaparte
Dans la rue Saint-Nicaise se tenait l’Académie de Musique, qui abrita en 1790 le siège de la Section révolutionnaire des Tuileries. C’est là qu’eut lieu le 24 décembre 1800 un attentat contre Bonaparte, alors 1er consul, qui décida en représailles de faire raser ce quartier délabré.
Attentat de la rue St Nicaise contre Bonaparte Attentat de la rue St Nicaise
Vers l’arrêt 9 →
Descendons dans le hall souterrain du Carrousel du Louvre pour voir les fondations médiévales.
9
Arrêt 9
★ Incontournable~12 min
Le Carrousel du Louvre et le jardin du Carrousel
Les fortifications de Charles V, la guillotine des débuts et la pyramide de Marat.
📍 Hall souterrain et jardin du Carrousel, 1er arr.
Dans le hall souterrain, on longe les impressionnantes fondations, le fossé et le mur de contrescarpe des fortifications de Charles V, édifiées vers 1360. Elles comportent un « moineau », plate-forme d’artillerie caractéristique des ouvrages de défense antérieurs à Vauban.
En ressortant et en traversant le jardin du Carrousel, sachez que la guillotine y séjourna à partir du 21 août 1792, à gauche de l’emplacement du futur arc de triomphe quand on regarde vers la Concorde. Une pyramide en bois fut érigée au même endroit en l’honneur de Jean-Paul Marat après son assassinat, au pied de laquelle furent exposés son buste, sa baignoire et son écritoire ; la place fut rebaptisée « place de la Fraternité ».
Moineau de l'enceinte de Charles V et mur du fossé
L’atelier de Bernard Palissy
Lors de fouilles menées en 1985-86, on retrouva dans le jardin l’emplacement de l’atelier supposé de Bernard Palissy, que Catherine de Médicis avait fait venir. C’est dans la partie sud qu’on situe l’emplacement de la grotte émaillée qu’il réalisa pour elle en 1570 — ce qui ne l’empêcha pas de mourir à la Bastille en 1590, à 80 ans, « de faim, de froid et de mauvais traitements », pour protestantisme.
Bernard Palissy (statue du square Félix Desruelles) ; plat émaillé caractéristique Palissy Bernard
Vers l’arrêt 10 →
Franchissons la porte des Lions pour reprendre à droite le quai François-Mitterrand et longer la Galerie du Bord de l’Eau.
10
Arrêt 10
★ Incontournable~12 min
La porte des Lions et la Galerie du Bord de l’Eau
Le Louvre résistant sous l’Occupation et l’extrémité de l’enceinte de Charles V.
📍 Porte des Lions, quai François-Mitterrand, 1er arr.
Cette porte donne accès au « séquestre du Louvre », qui gère les réserves du musée. C’est là que se trouvait le bureau de Jacques Jaujard ; pendant l’Occupation, ce service servait d’annexe au réseau du Musée de l’Homme, cache de matériel et refuge pour des Résistants fugitifs, en liaison avec le colonel Touny, chef de « l’Organisation civile et militaire ». En 1941, le comité des Lettres françaises clandestines, auquel participaient Jean Paulhan et Jacques Decour, se réunissait dans le bureau de Claude Morgan.
Jacques Jaujard Jean Paulhan Daniel Decourdemanche dit Jacques Decour
La Tour du Bois, la Porte Neuve et Henri IV
Au débouché de la porte des Lions se trouvait autrefois la Tour du Bois, extrémité de l’enceinte de Charles V sur cette rive. Quelques mètres plus loin fut construite sous François Ier la Porte Neuve : c’est par elle que s’enfuit Henri III au lendemain de la « Journée des barricades » le 14 mai 1588, et par elle qu’Henri IV fit son entrée dans Paris le 22 mars 1594. Un moulin sur la butte du marché aux moutons abritait les assemblées du « Conseil des Seize » de la Sainte Ligue entre 1585 et 1588.
La tour du Bois et la Porte Neuve ; l'entrée d'Henri IV dans Paris le 22 mars 1594 Henri III Journée des barricades
Le vapeur l’Élise et Louis-Philippe
Le quai qui borde la Galerie du Bord de l’Eau vit, le 29 mars 1816, l’arrivée du bateau l’Élise venant de Londres. Construit par Robert Fulton, ce fut le premier vapeur à naviguer sur la Manche et à remonter la Seine — que le futur Napoléon Ier avait traité de « charlatan » en 1803. Trois attentats contre Louis-Philippe eurent lieu sur ce quai, deux en 1836 et un en 1840.
Le vapeur l'Élise ; Robert Fulton
Le pavillon de Flore et le Comité de Salut public
En contournant le Pavillon de Flore, extrémité sud de l’ex-palais des Tuileries : il servit en 1789 de lieu de réunion à des journalistes réactionnaires, avant d’être rebaptisé « pavillon de l’Égalité ». Il abrita le Comité de Salut Public, créé le 6 avril 1793 et qui y siégea jusqu’au 26 octobre 1795, la salle des séances étant au 2e étage. Robespierre, grièvement blessé à la mâchoire, y fut amené le 9 thermidor avec Saint-Just, Couthon, Lebas et son frère Augustin. On y logea le pape Pie VII en 1804 pour le sacre de Napoléon. Louis-Philippe en fit son QG pendant l’insurrection de 1832, et Eugène François Vidocq lui adressa un rapport pour lequel il fut récompensé. Ce sont les obus versaillais qui mirent le feu au pavillon pendant la Commune.
Tournons à droite dans l’avenue du général-Lemonnier, face à la Terrasse du Bord de l’Eau et à l’emplacement de l’ancien palais des Tuileries.
11
Arrêt 11
★ Incontournable~25 min
L’emplacement du palais des Tuileries
Le « palais éjectable » où fut prise la monarchie et voté la mort du roi, incendié en 1871.
📍 Avenue du général-Lemonnier / terrasse des Tuileries, 1er arr.
Face à nous, le long du jardin, la Terrasse du Bord de l’Eau surplombe un important souterrain de sinistre mémoire : dans ce tunnel menant jusqu’à la Concorde furent massacrés de nombreux insurgés lors de la révolution de Juin 1848 puis en représailles au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en 1851. Pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871, on fusilla sur cette terrasse un grand nombre de Fédérés prisonniers.
Entre les pavillons de Flore et de Marsan s’étend aujourd’hui la terrasse des Tuileries, sur l’emplacement du fameux palais construit à partir de 1564 par Philibert Delorme pour Catherine de Médicis, laquelle n’y demeura jamais, un mage lui ayant prédit qu’elle mourrait auprès de Saint-Germain. Il ne porta pas bonheur à ses occupants : Louis XVI, Louis XVIII chassé pour cent jours par Napoléon Ier, Charles X en 1830, Louis-Philippe en 1848 et Napoléon III après Sedan — un « palais éjectable ».
Le palais des Tuileries
L’Opéra, la Comédie-Française, Beaumarchais et Voltaire
L’Opéra de Paris s’installa dans la salle des Machines en 1763, puis la Comédie-Française à partir de 1770. La première du « Barbier de Séville » y eut lieu le 23 février 1775 : un échec, avant le triomphe qui suivit le remaniement de Beaumarchais — œuvre considérée par certains comme le premier acte de la Révolution. Voltaire y connut le succès avec « Irène » le 30 mars 1778, deux mois avant sa mort.
La famille royale, ramenée à Paris par le peuple — « le boulanger, la boulangère et le petit mitron » — y emménagea sous surveillance à partir du 6 octobre 1789. Le 28 février 1791, 400 nobles tentèrent en vain de « délivrer » le roi : ce fut l’affaire des « chevaliers du poignard ». Suivirent la tentative de fuite à Saint-Cloud du 18 avril 1791, puis la fuite à Varennes du 20 juin. Un an plus tard jour pour jour, une émeute obligea Louis Capet à coiffer le bonnet phrygien sans céder sur son veto ; et le 10 août 1792, le palais fut pris d’assaut, sonnant la fin de la monarchie. Le 20 novembre, on découvrait l’« armoire de fer » contenant la correspondance de Mirabeau avec Louis XVI.
Le 10 mai 1793, la Convention déménagea du Manège pour la salle des Machines, ancien théâtre transformé en faux hémicycle. Elle fut investie par le peuple à plusieurs reprises : le 18 mai par des femmes accusant les Girondins, le 31 mai par les Jacobins réclamant l’expulsion des chefs de la Gironde, et le 2 juin par 80 000 sans-culottes — 22 députés Girondins furent décrétés d’arrestation, ainsi que les ministres Étienne Clavière et Pierre Henri Lebrun-Tondu. Le 24 juin, la Constitution de l’an I fut adoptée ; le 25, l’Assemblée fut prise d’assaut par les sans-culottes de Jacques Roux. Le lendemain fut votée la loi du maximum, et le 4 février 1794 la Convention abolit l’esclavage — que Bonaparte rétablira le 20 mai 1802.
À l’emplacement de l’actuel tunnel Lemonnier se déroula l’apothéose de la Fête de l’Être Suprême, organisée par Robespierre et Jacques-Louis David le 8 juin 1794. Là fut aussi arrêté, lors du coup d’État du 18 fructidor an V, le général Ramel, condamné à la « guillotine sèche ». Le 9 thermidor, Robespierre, arrêté puis libéré par Coffinhal et ramené blessé à l’Hôtel de Ville, fut emporté aux Tuileries dans les locaux du Comité de Salut public avant d’être exécuté le lendemain. Après Thermidor, la Convention fut à nouveau envahie jusqu’à l’insurrection de prairial, le 20 mai 1795, dernière chance manquée des sans-culottes.
La Fête de l'Être suprême aux Tuileries Insurrection du 1er prairial an III David Jacques-Louis
Le 18 Brumaire, 1848 et l’incendie de 1871
Le 9 novembre 1799, la Convention nomma Bonaparte chef des armées et le Conseil des Anciens vota le transfert des assemblées à Saint-Cloud, sous prétexte d’un complot jacobin : ce fut le 18 brumaire an VIII. Un attentat visa Louis XVIII le 27 janvier 1821, et une tentative contre Louis-Philippe le 29 juillet 1846. Le palais fut à nouveau pris d’assaut le 24 février 1848, Louis-Philippe fuyant par le souterrain. Pendant la Commune de 1871, une affiche y proclamait : « Peuple ! l’or qui ruisselle sur ces murs, c’est ta sueur ! » ; Rosalie Martin, dite la Bordas, y chanta « La Canaille » le 21 mai. Le palais fut incendié par les Communards pendant la Semaine sanglante, sur l’ordre de Bergeret, et jamais reconstruit.
Bonaparte s'assure de la fidélité des troupes ; coup d'état militaire le 19 brumaire à St Cloud Assaut des Tuileries le 24 février 1848 Incendie des Tuileries pendant la Semaine sanglante, vu depuis la barricade du boulevard du Palais
Vers l’arrêt 12 →
Traversons l’avenue du général-Lemonnier et pénétrons dans le jardin des Tuileries par l’allée centrale.
12
Arrêt 12
★ Incontournable~20 min
Le jardin des Tuileries
Du parc « de la Nation » aux ballons pionniers et à la dépouille de Rousseau.
📍 Jardin des Tuileries, allée centrale et Bassin rond, 1er arr.
Pendant la Révolution, ce parc fut divisé en « zone de la Nation » et « zone de Coblence », en référence au lieu de villégiature des émigrés. Il inspira de nombreux artistes : Baudelaire le décrit dans « les Veuves », Édouard Manet y peint « La Musique aux Tuileries » en 1862.
Le jardin fut un des lieux où se concentrèrent, dans la nuit du 17 mars 1871, les troupes de Thiers rassemblées pour récupérer les canons de la Garde nationale — provoquant le déclenchement de la Commune. Il fut ensuite transformé en parc d’artillerie par Alexis Dardelle, et un bataillon de 2000 femmes en armes y fut passé en revue le 15 mai 1871. Le 18 août, Alphonse Pénaud y réussit le premier vol d’un plus lourd que l’air autopropulsé avec son « Planophore ».
La dépouille de Jean-Jacques Rousseau fut exposée au centre du Bassin rond, avant son transfert au Panthéon le 10 octobre 1794.
Hommage à Rousseau avant son transfert au Panthéon ; Jean-Jacques Rousseau Rousseau Jean-Jacques
La terrasse des Feuillants
Sur la terrasse des Feuillants, Anne-Josèphe Terwagne, dite Théroigne de Méricourt, fut fouettée par des sympathisantes montagnardes le 25 mai 1793 — humiliation qui ne fut sans doute pas étrangère à sa folie. Jean-François Varlet, un « Enragé » précurseur de l’Anarchisme, y utilisait une tribune roulante pour haranguer la foule ; le café Hottot y accueillait les constituants. C’est sur cette terrasse que bivouaquèrent les troupes de Bonaparte le 13 Vendémiaire an IV, 5 octobre 1795, et que se rassemblèrent les soldats du général Lannes lors du transfert des Assemblées à Saint-Cloud le 9 novembre 1799.
Anne-Josèphe Terwagne, dite Théroigne de Méricourt Théroigne de Méricourt
Vers l’arrêt 13 →
Sortons du jardin et prenons la rue de Rivoli sur la gauche, jusqu’à l’emplacement de la salle du Manège.
13
Arrêt 13
★ Incontournable~15 min
Rue de Rivoli — la salle du Manège
Là où la Convention vota la mort du roi et où siégea von Choltitz en 1944.
📍 Rue de Rivoli, n° 228-232 et face au 230, 1er arr.
Aux n° 228-232 se trouvait, à partir de la Restauration, le ministère des Finances, que Balzac appelait « l’Escurial des financiers » ; il fut détruit par un incendie pendant la Semaine sanglante, mais le Grand livre de la dette fut sauvé.
Au n° 228, l’hôtel Meurice fut le quartier général du général von Choltitz, commandant du « Gross Paris » nommé par Hitler. De violents combats s’y déroulèrent pendant la Libération de Paris ; c’est ici que se négocia, par l’intermédiaire du consul de Suède Raoul Nordling, le cessez-le-feu du 19 août et le renoncement à détruire Paris. Au n° 248, le PCF organisa un attentat contre la librairie militaire allemande le 26 novembre 1941.
Le général Dietrich von Choltitz ; photo présentée à tort comme la signature de sa reddition
Vers l’arrêt 14 →
Revenons dans le jardin par la Terrasse des Feuillants, en empruntant l’escalier des 13 marches.
14
Arrêt 14
Optionnel~12 min
La Terrasse des Feuillants et le Jeu de Paume
L’escalier de la fuite royale, les œuvres spoliées et l’héroïsme de Rose Valland.
📍 Terrasse des Feuillants, jardin des Tuileries, 1er arr.
Nous empruntons l’escalier de 13 marches par lequel la famille royale, protégée par les Girondins Brissot et Vergniaud, fuit vers la salle du Manège le 10 août 1792.
En passant derrière le Jeu de Paume : cette salle, dont le sport n’a de commun que le nom avec le fameux serment de Versailles, fut transformée pendant le siège de 1870 en salle de décryptage des microfilms rapportés par pigeons voyageurs. Le 1er Congrès international de la Route s’y tint en 1908. Transformée en musée, elle reçut pendant l’Occupation les œuvres d’art spoliées par les nazis, où Hermann Göring venait personnellement se servir. Rose Valland, conservatrice et Résistante, répertoria clandestinement plus de 60 000 œuvres spoliées, permettant leur récupération — mais 600 tableaux taxés d’« art dégénéré » furent brûlés sur la terrasse.
Louis XVI vient se réfugier à l'Assemblée Législative le 10 août 1792 ; les 13 marches Musée du Jeu de Paume ; salle de décryptage des microfilms pendant le siège de 1870 Rose Valland
Les monuments détruits par les nazis
Un mémorial érigé en 1920 contre le mur oriental en souvenir d’Edith Cavell, infirmière britannique fusillée par les Allemands le 12 octobre 1915, fut le premier monument détruit par les nazis dès leur entrée dans la capitale en 1940. Une statue « Quand même », évoquant les souffrances de 1870, fut également détruite. Le monument à Waldeck-Rousseau, auteur des lois sur les syndicats en 1884 et sur les associations en 1901, victime de cette même tentative d’effacement, fut lui rétabli après guerre.
Monument à Edith Cavell détruit par les nazis Pierre Waldeck-Rousseau ; monument qui lui est dédié
Vers l’arrêt 15 →
Descendons vers le Grand bassin, à l’ouest du jardin.
15
Arrêt 15
Optionnel~12 min
Le Grand bassin et l’Orangerie
Cérémonies funèbres, ballons à hydrogène et l’invention du stéthoscope.
📍 Grand bassin des Tuileries, 1er arr.
C’est ici qu’eut lieu la cérémonie funèbre en l’honneur des morts de la prise des Tuileries, le 27 août 1792 ; une pyramide avait été dressée sur le bassin. Un pont tournant commandait l’accès du jardin au public jusqu’en 1817. C’est de l’esplanade entre le bassin et l’entrée que Jacques Charles et les frères Robert réalisèrent la première ascension d’un ballon à hydrogène habité, le 1er décembre 1783, peu après les frères Montgolfier.
Le pont tournant des Tuileries Envol du ballon à hydrogène de Charles et des frères Robert
L’Orangerie et le stéthoscope de Laennec
Du côté de la Seine, à l’emplacement de l’Orangerie, se trouvait sous Louis XIII la « Garenne de Regnard », ancêtre des casinos, théâtre d’affrontements pendant la Fronde. Au musée de l’Orangerie se tint en juillet 1942 une exposition du sculpteur allemand Arno Breker, manifestation destinée à faire accepter la collaboration. C’est en traversant ce jardin que René Laennec aurait conçu le stéthoscope en 1816, en observant des enfants transmettre des sons à travers une poutre. Le 23 mai 1871, le général Brunel y organisa une défense héroïque avec 150 tirailleurs Fédérés.
Stéthoscope de Laennec ; l'auscultation René Laennec général Brunel
Vers l’arrêt 16 →
Franchissons la grille et débouchons sur la place de la Concorde, ancienne place de la Révolution.
16
Arrêt 16
★ Incontournable~25 min
La place de la Révolution
L’obélisque se dresse là où la guillotine trancha 1 119 têtes.
📍 Place de la Concorde, 1er / 8e arr.
La place fut d’abord appelée place Louis XV. En son centre avait été érigée en 1763 une statue équestre du « bien-aimé » — surnom étonnant pour un roi qui avait fait construire la « route de la Révolte » pour éviter Paris. Détruite à la Révolution, elle fut remplacée. L’incendie d’un feu d’artifice tiré le 30 mai 1770 pour le mariage du futur Louis XVI avec Marie-Antoinette fit plus de 100 morts. Le 12 juillet 1789, le prince de Lambesc fit charger par son régiment les manifestants protestant contre le renvoi de Necker. Le 11 août 1792, la place Louis XV devint « place de la Révolution » ; le 26 octobre 1795, le Directoire lui donna son nom actuel de « place de la Concorde ».
La guillotine fit ici sa première apparition le 13 octobre 1792 pour l’exécution des voleurs des bijoux de la Couronne. Louis XVI fut guillotiné le 21 janvier 1793, à 12 m de l’obélisque dans l’axe des Champs-Élysées ; Marie-Antoinette de l’autre côté, le 16 octobre 1793. Suivirent les chefs Girondins, dont Brissot et Vergniaud, le 31 octobre ; Olympe de Gouges, autrice de la « Déclaration des droits de la Femme », le 3 novembre ; et Mme Roland le 8 novembre — « Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom ! ».
C’est sur cette place qu’eurent lieu, le 22 février 1848, les premiers heurts entre la population et les gardes municipaux, à propos de l’interdiction d’un banquet républicain. Une femme tuée, un ouvrier blessé : la tension monta jusqu’au déclenchement, le lendemain, de la révolution de 1848 qui mit fin à la royauté. Révolution bourgeoise qui trahit vite le prolétariat, provoquant dès juin l’insurrection ouvrière écrasée sous 15 000 cadavres. Le 16 novembre, Eugène Cavaignac y proclama la Seconde République.
Cavaignac Eugène
Vers l’arrêt 17 →
Faisons le tour de la place dans le sens des aiguilles d’une montre, en commençant côté Seine.
17
Arrêt 17
★ Incontournable~25 min
Le tour de la place de la Concorde
L’enceinte de Louis XIII, les ponts, Franklin, Talleyrand et les barricades de la Commune.
📍 Place de la Concorde et rues adjacentes, 1er / 8e arr.
Côté Seine, le mur du jardin des Tuileries est celui de l’enceinte dite de Louis XIII, commencée sous Charles IX en 1566 et appelée alors « les fossés jaunes ». Près de l’angle avec le quai débouchait le souterrain par lequel Louis-Philippe s’enfuit après son abdication le 24 février 1848. Sur le quai des Tuileries se trouvait la première Porte de la Conférence, érigée en 1583 ; à l’angle de la place fut érigée sous la Commune une des fortes barricades de Napoléon Gaillard.
Fuite de Louis-Philippe par la terrasse du Bord de l'eau
Le pont de la Concorde et le 6 février 1934
Le pont s’appela d’abord « Pont de la Révolution » et fut achevé avec des pierres de la Bastille. C’est là que débuta, le 6 février 1934, la répression d’une manifestation d’extrême droite tentant d’investir la Chambre des députés : 11 morts, 300 blessés, en réaction à quoi la gauche créa le « Rassemblement populaire », futur Front populaire. Le 1er février 1942 y eut lieu l’attaque à l’explosif d’un convoi allemand. À l’angle de la rue Boissy-d’Anglas se trouve l’ancienne résidence de Wellington en 1815, devenue ambassade des États-Unis.
Tentative de putsch du 6 février 1934 Entrée de l'exposition universelle de 1900 février 1934
Rue Boissy-d’Anglas — le tribunal militaire allemand
Au n° 11 bis se tenait le tribunal militaire allemand pendant l’Occupation. Il vit le premier procès de la Résistance, celui d’Honoré d’Estienne d’Orves et de son réseau, puis en février 1944 celui des 23 du « groupe Manouchian » : 22 furent fusillés le jour du verdict, sauf Olga Bancic, décapitée à la hache en Allemagne malgré une promesse de grâce.
Bancic Olga
L’Hôtel Crillon, l’Hôtel de Coislin et Franklin
Au n° 10, l’Hôtel Crillon abrita l’état-major allemand sous l’Occupation ; lors de la Libération, une colonne de sa façade fut détruite par un obus. Une plaque « place Louis XVI », apposée sous Charles X, y subsiste. Au n° 8, une plaque de numérotation de 1805 (chiffres noirs sur fond jaune) témoigne du décret du préfet Frochot. Au n° 4, l’Hôtel de Coislin : Benjamin Franklin y signa le 6 février 1778 l’accord reconnaissant l’indépendance des États-Unis, et Chateaubriand y demeura de 1805 à 1807.
À l’entrée de la rue Royale se dressait l’impressionnante barricade de la Commune conçue par Napoléon Gaillard, cordonnier bellevillois nommé directeur des barricades. Elle opposa une résistance farouche aux Versaillais sous le commandement du général Paul Brunel, avant d’être contournée.
Barricade de la rue Royale pendant la Commune Paul Brunel, général de la Commune Barricade rue Royale 1871 Barricade sous la Commune Gaillard Napoléon
Le Garde-Meuble, Chappe et l’obélisque
Au n° 2, l’actuel Hôtel de la Marine, sous l’Ancien Régime le Garde-Meuble de la couronne, fut pillé le 13 juillet 1789 dans l’espoir d’y trouver des armes. Le 10 août 1792, des gardes suisses réfugiés y furent massacrés ; les bijoux de la couronne y furent dérobés le 16 septembre 1792 dans des conditions louches, et Cambon et Douligny furent les premiers guillotinés de la place. En 1798, Claude Chappe installa sur le toit une station de son télégraphe optique. L’obélisque de Louqsor, acheté par Charles X, fut érigé en 1831 ; les premiers essais d’éclairage public électrique de Paris s’y tinrent le 20 octobre 1843.
Pillage du Garde-meuble le 13 juillet 1789 ; Hôtel de la Marine Claude Chappe ; le code de son télégraphe L'obélisque de Louqsor Pillage du garde-meuble Claude Chappe
Rue Saint-Florentin — barricades, Lesseps et Talleyrand
En février 1848, la première barricade fut érigée ici par des républicains dissidents ; sous la Commune, Napoléon Gaillard y construisit une des plus imposantes barricades de son dispositif, contournée par les Versaillais le 23 mai 1871 après une lutte héroïque des Fédérés du général Brunel. Au n° 7 demeura Ferdinand de Lesseps, concepteur des canaux de Suez et de Panama. Au n° 2, l’Hôtel du « diable boiteux », Talleyrand mourut le 17 mai 1838 ; il y reçut en avril 1814 le tsar Alexandre Ier pour le convaincre de favoriser la restauration.
Barricade rue de Rivoli, à l'angle de la rue St Florentin Ferdinand de Lesseps Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, le « Diable boiteux » Barricade St Florentin Barricade St Florentin construction général Brunel Ferdinand de Lesseps
La statue de Strasbourg et les luttes ouvrières
Les statues des villes de France furent tendues de noir lors de l’entrée des Prussiens le 1er mars 1871, en deuil de l’Alsace et de la Lorraine ; le socle de celle de Strasbourg fut jonché de violettes. Mais 150 000 personnes s’y rassemblèrent le 17 novembre 1918 pour fêter leur retour à la France. C’est place de la Concorde qu’eut lieu la première manifestation internationale du 1er mai pour la journée de 8 heures, en 1890 ; les F.T.P.-M.O.I. y organisèrent plusieurs attentats en 1942, et de violents combats s’y déroulèrent pendant la Libération.
Statue de Strasbourg pendant la guerre de 14-18
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.
La Lettre de Paris révolutionnaire — l’histoire de Paris environ tous les deux mois, dans votre boîte mail.