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Balade · 1er–8e arr.

Du Palais-Royal à la place de la Révolution : la fin d'un monde

De la première étincelle de 1789 au pied de la guillotine, un parcours au cœur de la Révolution, du Palais-Royal au Louvre, des Tuileries à la Concorde.
📍 11 arrêts
🚶 ~3.2 km
~3h30
📖 1er–8e arr.
L'exécution de Louis XVI, place de la Révolution
L'exécution de Louis XVI, place de la Révolution (21 janvier 1793)

Mais, direz-vous, il n'existe pas à Paris — du moins n'en existe-t-il plus — de place de la Révolution. Curieux, en effet ! Comme si les régimes qui se sont succédé depuis 1789 avaient voulu occulter le fait qu'ils sont tous issus de processus violents : guerres, insurrections, coups d'État… Voile pudique de l'Histoire officielle qui fait que nous n'avons pas non plus à Paris de place ou de rue Robespierre.

La place de la Révolution dont nous parlons, c'est donc notre place de la Concorde actuelle, sous son nom de 1792. C'est là que nous mènera notre circuit, en traversant de hauts lieux de l'Histoire de France, partant du Palais-Royal et passant par le Louvre et les Tuileries. Une Histoire révolutionnaire, donc, dont ce sera l'occasion d'évoquer les différents épisodes.

1789, plus précisément 1792, c'est, en France du moins, la fin d'un monde. Pas la fin de la monarchie, malheureusement ; il en faudra encore deux épisodes, plus deux empires, pour voir instaurer durablement la République. Mais c'est indubitablement la fin d'un mode de production : le mode de production féodal. Quels que soient les régimes qui suivront cette « Grande Révolution », ils seront marqués par la prépondérance d'une nouvelle classe dominante, la bourgeoisie. Nous serons entrés dans l'ère d'un nouveau mode de production : le capitalisme.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Le Palais-Royal

Le jardin d'où partit la Révolution, aujourd'hui l'un des lieux les plus paisibles de Paris.
📍 Place du Palais-Royal, jardin et galeries, 1er arr.

Il est d'abord appelé « Palais Cardinal », car construit entre 1634 et 1642 par l'architecte Le Mercier pour Armand Jean du Plessis, cardinal de Richelieu et ministre de Louis XIII. À sa mort en 1641, il le lègue à ce dernier, qui ne lui survivra que peu de temps. Il prend son nom actuel lorsqu'Anne d'Autriche, devenue régente, quitte le sinistre palais du Louvre pour s'y installer, le 7 octobre 1643. Henriette-Marie, fille d'Henri IV et femme de Charles Ier d'Angleterre, s'y réfugie la même année après que son époux eut été décapité par la révolution de Cromwell — la France n'a ni le monopole ni l'antériorité révolutionnaire. Le jeune Louis XIV sera obligé de le quitter pour s'enfuir à Saint-Germain-en-Laye à deux reprises pendant la Fronde, les 5 janvier 1649 et 6 janvier 1650, et gardera de ces épisodes une méfiance envers le peuple de Paris qui ne sera sans doute pas pour rien dans le transfert de la cour à Versailles. C'est aussi ici qu'a lieu, le 18 janvier 1650, l'arrestation des princes de Condé et de Conti et du duc de Longueville, décidée par Mazarin lors de la Fronde des princes.

Le Palais-Royal devient l'apanage de la branche cadette lorsque Louis XIV le cède à son frère Philippe d'Orléans. En 1781, c'est Louis-Philippe d'Orléans, cousin de Louis XVI et futur Philippe Égalité, qui en hérite. Il a pour secrétaire un certain Pierre Choderlos de Laclos. Pour couvrir les dépenses somptuaires de sa vie de débauche, il y mène une vaste opération immobilière, faisant construire les fameuses galeries commerciales qui donnent au Palais-Royal sa physionomie actuelle. Il sera arrêté dans ce palais — devenu entre-temps la Maison « Égalité » — le 7 avril 1793, et décapité le 6 novembre de la même année. Depuis la Régence, l'exemption des règlements de police dont bénéficiait le périmètre du Palais-Royal en avait fait le centre de la vie parisienne du XVIIIe siècle, et en particulier le lieu de toutes les activités illégales : le jeu, la prostitution… et la politique.

Rien d'étonnant donc à ce que l'étincelle de la Révolution soit partie de ce jardin, le 12 juillet 1789, pour aller brûler les barrières d'octroi, récupérer des armes aux Invalides et prendre la Bastille. Le 2 juin 1793, le Palais-Royal sera le dernier retranchement armé des Sections favorables aux Girondins, lors de la chute de ces derniers. De violents combats s'y déroulent lors de l'insurrection du 13 Vendémiaire : le palais est pris d'assaut par les troupes de la Convention à la tombée de la nuit, le 5 octobre 1795. La Bourse des valeurs s'installe au rez-de-chaussée en 1796, puis une seconde fois de 1809 à 1818. En 1798, le palais abrite le Cercle constitutionnel du Palais Égalité, dit Club de Salm, animé par Benjamin Constant qui y prononce un discours gouvernemental le 27 février 1798. C'est là aussi que se tient le Tribunat, l'une des deux assemblées de la constitution de l'an VIII (1800), jusqu'en 1807.

En 1830, c'est du Palais-Royal — où demeure Louis-Philippe d'Orléans — que débutent les « Trois Glorieuses », remake de la Révolution de 1789. Salvandy disait la veille, lors d'une réception royale : « Nous dansons sur un volcan. » Mais, à la faveur d'un tour de passe-passe de La Fayette, les libéraux menés par le banquier Jacques Laffitte et par Benjamin Constant investissent, en guise de République, Louis-Philippe Ier comme « roi des Français », proclamé le 5 août. La Monarchie de Juillet ainsi instaurée sera marquée de nombreuses insurrections — dont celle des Canuts lyonnais dès 1831 — et d'une quantité impressionnante d'attentats contre le souverain à la tête en poire, caricaturé par Charles Philippon et Honoré Daumier. Une loi sur l'interdiction des jeux, en décembre 1836, marquera la fin de la vogue du Palais-Royal au profit des Grands Boulevards. En 1848, il devient « Palais National » : le Club des Droits de l'homme s'y installe dès le 26 février, regroupant Louis Blanc, Ferdinand Flocon, l'ouvrier Albert, Dupont de l'Eure, François Arago, Lamartine, Ledru-Rollin, Louis-Antoine Garnier-Pagès, Adolphe Crémieux, Pierre Marie de Saint-Georges… Quantité d'autres clubs y tiennent leurs réunions, en particulier pour les élections de mars 1848 : le Club Central présidé par A. de Longpré ; le Club du 2e arrondissement (les arrondissements n'étaient alors que douze, jusqu'en 1860) ; le Club de la Révolution fondé par Armand Barbès à l'instigation de Lamartine, prudemment rebaptisé Société républicaine Centrale pour se démarquer de la Centrale insurrectionnelle de Blanqui ; et le Club des Anciens Constituants présidé par Michel Goudchaux.

Le Palais-Royal est reconstruit sous la Troisième République après plusieurs incendies partiels, dont celui ordonné par le Comité de Salut public pendant la Semaine sanglante. Le lieu s'est depuis assoupi dans une douce torpeur contrastant avec son passé tumultueux, ce qui en fait aujourd'hui l'un des endroits les plus paisibles de la capitale.

Vers l’arrêt 2 →
Entrez sous les arcades et longez la galerie de Montpensier, côté ouest du jardin. C'est là que se trouvaient les cafés et boutiques les plus fameux de la Révolution.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~12 min

Galerie de Montpensier

Cafés jacobins, cabinets de cire et le café de Foy, d'où Camille Desmoulins appela Paris aux armes.
📍 Galerie de Montpensier (côté ouest du jardin du Palais-Royal), 1er arr.

Pendant la période révolutionnaire, cette galerie prend le nom de galerie de la Loi, puis de Quiberon. On y remonte aujourd'hui sous les arcades, de boutique en boutique, en suivant la trace des cafés et cabinets qui firent sa réputation.

7-12 — Café Corrazza

Célèbre glacier que fréquentaient les Jacobins, puis les Enragés. S'y étaient tenues en 1789 des réunions du Club Breton, premier nom des Jacobins, autour de François Chabot et Jean-Marie Collot d'Herbois. Il devint plus tard le quartier général de Barras, où l'on dit que se prépara le complot du 9 Thermidor. À l'étage du n° 9 se tenait le tripot du « Pince-cul », un des plus fameux de l'époque.

13 — Librairie Gatey

Elle distribuait pendant la Révolution des libelles contre-révolutionnaires.

17 — Cabinet des figures de cire de Curtius

Curtius, qui s'appelait en fait Philippe Kreutz, était médecin et se servait de la cire pour des reproductions anatomiques. Il se mit aux portraits et ouvrit un salon boulevard du Temple, puis ce cabinet. Ses bustes de Necker et de Philippe d'Orléans furent portés en triomphe par la foule le 12 juillet 1789 ; ceux du pape Pie VI et de La Fayette furent brûlés en 1791, le premier pour avoir refusé de signer la Constitution civile du clergé, le second pour avoir fait tirer sur la foule au Champ-de-Mars le 17 juillet. Curtius avait formé sa nièce adoptive, Marie Grosholtz, à la sculpture sur cire. Elle fit un grand nombre de portraits et de masques mortuaires, dont celui de Robespierre, qu'elle emporta en Angleterre avec la collection de son oncle après avoir épousé un certain Monsieur Tussaud…

18 — Lycée des Arts, demeure de Chamfort

Demeure de Chamfort, auteur de célèbres Maximes, mais aussi des discours de Mirabeau. Il tenta de se suicider pendant la Terreur.

22 — Épicerie Chevet

Épicerie où se fournissait Balzac, et qu'il cite à de nombreuses reprises dans ses romans.

28 — Librairie de Louvet de Couvray

Librairie de Louvet de Couvray — député à la Convention et auteur des aventures du chevalier de Faublas — pillée par le parti réactionnaire en 1795.

33 — Tripot du « Numéro 36 », demeure de Lamennais

Tripot désigné sous le nom du « Numéro 36 », fréquenté par Raphaël de Valentin, le héros de la Peau de chagrin, où débute le premier roman d'Honoré de Balzac. Ce fut aussi la demeure de Félicité Lamennais en 1852, deux ans avant sa mort ; il était l'un des fondateurs de l'école dite « libre » et l'auteur des Paroles d'un croyant.

36 — Café des Mille colonnes

Café où se tinrent, à partir d'août 1871, les « Dîners des Vilains bonshommes » lorsqu'ils reprirent après la Commune.

44 — Cabinet de curiosités de Le Pelletier

Cabinet de curiosités mécaniques et physiques d'un certain Le Pelletier en 1785.

57-60 — Café de Foy

Tenu par le sieur Jousserand depuis 1784. C'est ici, juché sur une de ses tables en terrasse, que Camille Desmoulins prononça son fameux discours sur l'imminence d'une « Saint-Barthélemy des Patriotes » et appela le peuple à prendre les armes, le 12 juillet 1789. Et c'est d'ici que partirent, arborant une cocarde de tissu vert — couleur de la livrée de Necker — puis de simples feuilles de platanes, les insurgés qui, deux jours plus tard, allaient prendre la Bastille. On oublie souvent qu'ils commencèrent, le lendemain même, 13 juillet, par incendier quarante des cinquante-quatre barrières des Fermiers généraux.

Vers l’arrêt 3 →
Poursuivez sous les arcades vers le nord du jardin : vous passez dans la galerie de Beaujolais.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~12 min

Galerie de Beaujolais

Le café de Chartres, futur Grand Véfour, où Bonaparte rencontra Joséphine, et les cafés-clubs de la Révolution.
📍 Galerie de Beaujolais (côté nord du jardin du Palais-Royal), 1er arr.

La galerie de Beaujolais aligne les cafés et restaurants les plus mondains du Palais-Royal, fréquentés par tout le gratin révolutionnaire comme par les héros de Balzac.

79-82 — Café de Chartres (Grand Véfour)

Quartier général des Muscadins, dont le cri de ralliement était « à bas les Jacobins » ; c'est dans ses parages que se produisirent les premières rixes avec les Jacobins en fructidor an II (septembre 1794). C'est au café de Chartres que se rencontrèrent Barras — qui habite juste au-dessus — et un petit général nommé Napoleone di Buonaparte, à qui il « céda » une de ses maîtresses, une certaine Joséphine de Beauharnais : prise de contact, en 1795, entre le fossoyeur et le canonneur de la Révolution. Devenu quartier général royaliste en 1815, mais fréquenté par de « bons républicains » — Adolphe Thiers, Alphonse de Lamartine, Patrice de Mac-Mahon —, le café de Chartres devient le Grand Véfour en 1820. Beaucoup plus tard, le 23 décembre 1983, ce restaurant, alors dirigé par le célèbre cuisinier Raymond Oliver, subira un attentat à la bombe qui fera 12 blessés, dont Françoise Rudetzki, fondatrice de l'association SOS Attentats.

82 — Appartement de Paul Barras

Paul Barras habite le 2e étage, juste au-dessus de Marguerite Brunet, dite la Montansier, directrice des théâtres parisiens dont celui du Palais-Royal mitoyen. Elle tient là un « salon » de mœurs très libres, et les deux appartements communiquent par un escalier discret. C'est ici qu'a lieu le « coup de foudre » entre Bonaparte et Joséphine. Tout le gratin révolutionnaire — Desmoulins, Hébert, Marat, Robespierre, Fabre d'Églantine, Danton, Couthon… — fréquente ce lieu mondain.

85 — Restaurant Véry

Anciennement installé sur la terrasse des Feuillants aux Tuileries, il s'installe ici en 1808 : c'est le premier restaurant à prix fixe de Paris. Balzac y fait dîner Lucien de Rubempré dans ses Illusions perdues.

88 — Restaurant des Trois Frères provençaux

Fréquenté par Blücher pendant l'occupation de Paris après la débâcle de Waterloo en 1815, mais aussi par les personnages du Lys dans la vallée de Balzac. C'est dans ce restaurant très en vogue qu'a lieu le dîner d'adieu pour le départ de Flaubert et Du Camp en Orient, le 28 octobre 1849, auquel participent Théophile Gautier, Louis Bouilhet, Louis de Cormenin…

89 — Café du Caveau et Club des Arts

Un « Club des Arts » se réunissait en 1784 au-dessus du café du Caveau, salon de conversations et d'expositions fréquenté par Jean-Sylvain Bailly. Au rez-de-chaussée, le Café du Caveau était le lieu de rassemblement des Fédérés venus des provinces en 1792, en particulier les fameux volontaires Marseillais. Appelé aussi « Caveau du Sauvage », il était fréquenté par de nombreux artistes révolutionnaires : Chénier, David, Boieldieu, Méhul, Talma… Au sous-sol jouait, vers 1867, un orchestre effectivement composé d'aveugles — ancêtre du café-concert. C'est dans ces parages que Gérard de Nerval se promenait, tenant en laisse un homard…

102 — Club des Colons et Café des Aveugles

Au 1er étage, au-dessus de ce qui était alors le Café de Valois, siégeait le Club des Colons, qui réunissait des propriétaires venus des îles, qu'on appelait les « Américains » ; une loge maçonnique tenait ses réunions au 2e étage. Le café de Valois devint le Café des Aveugles, dont la devise était : « Ici on s'honore du titre de citoyen, on se tutoie et on fume » — rendez-vous des Sans-culottes pendant la Révolution.

103 — Café Lamblin

Café Lamblin, ou Lemblin, dont la spécialité était le duel contre les officiers étrangers, mais aussi entre royalistes et bonapartistes, entre 1815 et 1820. Des épées conservées sous le comptoir étaient mises à la disposition des consommateurs-bretteurs : les armées coalisées d'occupation y perdirent, paraît-il, autant d'officiers qu'ici que sur les champs de bataille.

108 — Club de 1789

Siège du « Club de 1789 », club révolutionnaire fréquenté par Condorcet et Mirabeau.

Vers l’arrêt 4 →
Traversez le jardin vers la galerie de Valois, côté est, en longeant les fenêtres où le duc d'Orléans avait ses appartements.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~10 min

Galerie de Valois

Un assassinat la veille de la mort du roi, et la boutique où Charlotte Corday acheta son couteau.
📍 Galerie de Valois (côté est du jardin du Palais-Royal), 1er arr.

La galerie de Valois ferme le jardin à l'est. Sous ses arcades se jouèrent quelques-uns des épisodes les plus tragiques de la Révolution.

113 — Café Février

Dans le sous-sol de ce café, Pâris, ancien garde du corps de Louis XVI, assassina le 20 janvier 1793 Le Peletier de Saint-Fargeau pour avoir voté la mort du roi — quelques heures avant l'exécution de ce dernier. Il s'y tint plus tard un tripot où Blücher perdit 6 millions au jeu en 1815, lors de l'occupation de Paris qui suivit Waterloo.

119 — Théâtre de Séraphin

Théâtre érotique d'ombres chinoises et de marionnettes de Séraphin, très en vogue de 1784 à 1855. Il donnait des spectacles vantant les « mérites » de Philippe d'Orléans.

141 — Banc d'Argenson

Emplacement du banc d'Argenson, dans une allée de l'ancien jardin du Palais-Royal, sur lequel Denis Diderot, qui le cite au début de son Neveu de Rameau, venait s'asseoir et méditer.

153 — Librairie Guillaumot

Librairie installée là depuis 1761.

177 — Coutelier Badin

Boutique du coutelier Badin, chez lequel Charlotte Corday achète le couteau avec lequel elle allait assassiner Marat, le 13 juillet 1793. Ironie de l'Histoire : en voulant sauver les Girondins, elle précipita leur chute.

Vers l’arrêt 5 →
Revenez au centre du jardin pour en parcourir l'allée et le bassin.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~10 min

Le jardin du Palais-Royal

Thermes gallo-romains, culte de Rousseau et le petit canon qui réglait les montres à midi.
📍 Jardin du Palais-Royal, 1er arr.

À son emplacement se trouvaient jadis des thermes gallo-romains alimentés par les eaux de Chaillot. L'enceinte de Charles V le traversait en diagonale ; elle fut détruite au moment de la construction du palais. Au fond du jardin, à la place de l'actuel bac à sable, se trouvait un bassin dans lequel le jeune Louis XIV faillit se noyer, faute de surveillance — il faut dire que sa mère était très occupée par ailleurs avec le cardinal de Mazarin. En son centre, une sorte de cirque fut édifié à l'emplacement du bassin actuel, dans la salle duquel l'abbé Claude Fauchet, fondateur du journal La Bouche de fer, célébra en 1790-91 le culte de Jean-Jacques Rousseau.

Le petit canon, réinstallé sur son socle après avoir été volé, constituait en 1786 l'enseigne publicitaire d'un horloger. Placé alors sur le méridien de Paris à un des balcons du palais, il tonnait tous les jours à midi grâce à un ingénieux système optique de mise à feu, permettant aux riverains de se mettre à l'heure. Ce qui inspira ces vers à un facétieux poète parisien : « En ce jardin, tout se rencontre, / Hormis de l'ombrage et des fleurs ; / Si l'on y dérègle ses mœurs, / Au moins, on y règle sa montre. »

Passer dans la cour par le péristyle de Chartres

Traversez la cour où trônent les Colonnes de Buren, « chères » — très chères — aux Parisiens. On longe la galerie d'Orléans en jetant un œil sur les loges de la Comédie-Française et celles du ministère de la Culture ; c'est là aussi que siègent le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État. La galerie des Proues, côté rue de Valois, est le seul vestige du Palais Cardinal — Richelieu était aussi Grand maître et surintendant de la Navigation. À l'emplacement des deux doubles rangées de colonnes qui séparent la cour du jardin fut construit, en 1784, le premier passage couvert parisien : une galerie de bois recouverte de vitrages, comportant trois rangs de boutiques et d'attractions foraines, lieu particulièrement mal famé que décrit Balzac dans ses Illusions perdues et qu'on nomma le « Camp des Tartares ». En 1828, cette construction provisoire fut remplacée par la galerie d'Orléans, couverte de verrières, dont il ne reste aujourd'hui que les colonnades.

Vers l’arrêt 6 →
Sortez du palais et gagnez la place du Palais-Royal, devant sa façade.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~15 min

Place du Palais-Royal et place Colette

Le Château d'eau tombé en 1848, le Méridien de Paris et la Comédie-Française, du scandale d'Hernani à celui de Thermidor.
📍 Place du Palais-Royal et place Colette, 1er arr.

La place du Palais-Royal fut rebaptisée place de la Maison Égalité pendant la Révolution, en 1792. Il s'y trouvait, à l'emplacement actuel du Grand Hôtel du Louvre, un corps de garde dit « le Château d'eau ». Les insurgés l'attaquèrent le 23 février 1848 — Flaubert décrit la scène dans son Éducation sentimentale. Étienne Arago et Lagrange tentent une médiation qui échoue ; le poste tombe, et avec lui la Monarchie de Juillet. Les insurgés vont, dans la foulée, prendre le Louvre et les Tuileries. Sur le trottoir devant l'aile gauche du palais se trouve une borne portant une plaque qui indique la position du Méridien de Paris ainsi que la direction Nord-Sud.

Place Colette — Kiosque des Noctambules

Cette ex-place du Théâtre-Français a été peinte à plusieurs reprises, en 1898, par Camille Pissarro, depuis une fenêtre de l'hôtel du Louvre situé juste en face. On y admire depuis l'an 2000 ce qui s'est sans doute fait de mieux en matière de bouche de métro depuis celles de style Art nouveau créées par Hector Guimard un siècle plus tôt : le « Kiosque des Noctambules », dessiné par Jean-Michel Othoniel et réalisé en aluminium et verre de Murano.

1 place Colette — La Comédie-Française

La Comédie-Française, ou Théâtre-Français — « le Français » pour les initiés. À son emplacement se trouvait à l'origine le palais Brion, qui avait abrité la capitainerie de Richelieu, puis les académies de peinture et de sculpture, et que Louis XIV acheta pour abriter ses amours avec Mlle de La Vallière — il en eut deux fils illégitimes que Colbert s'empressa de faire disparaître, en 1663 et 1665. Le Théâtre-Français fut construit en 1781 par l'architecte Victor Louis et prit d'abord le nom de « Variétés amusantes ». En 1792, il devint le « Théâtre de la Liberté et de l'Égalité », puis « Théâtre de la République » : Talma le rejoignit avec le « groupe des patriotes », quittant l'Odéon réactionnaire après la scission de la Comédie-Française, qui s'y installa définitivement en 1799. Le 10 février 1829, Alexandre Dumas père y présenta Henri III et sa cour, première pièce romantique jouée à Paris — scandale, car l'auteur avait eu l'audace d'y introduire le mot « mouchoir ». Un an plus tard, le 25 février 1830, Victor Hugo y faisait jouer Hernani, véritable manifeste romantique, soutenu par Gautier, Nodier, Boulanger, Nerval, Pétrus Borel, Devéria, Balzac… : ce fut la fameuse « bataille d'Hernani ». Autre scandale : la représentation, le 24 janvier 1891, de Thermidor de Victorien Sardou, sous-titré « la tyrannie de la canaille », qui attaquait violemment Robespierre et la Terreur, se termina en bagarre généralisée et provoqua des remous jusqu'à la Chambre des députés. Le foyer de la Comédie-Française avait été transformé en ambulance pendant la guerre de 1870 et sous la Commune.

Place André-Malraux — le Grand Hôtel du Louvre (nº 1)

Au nº 4 s'élevait une maison à l'enseigne des Genêts où Jeanne d'Arc fut soignée d'une blessure de flèche à la cuisse reçue en tentant de prendre d'assaut la porte Saint-Honoré de l'enceinte de Charles V, le 8 septembre 1429 — Paris était alors aux mains des Bourguignons, alliés des Anglais. Au nº 1, le Grand Hôtel du Louvre : Victor Hugo y descendit en arrivant à Paris pour les obsèques de son fils Charles, le 18 mars 1871, jour du déclenchement de la Commune. Napoléon Gaillard, cordonnier bellevillois devenu directeur des barricades pendant la Commune, installa son quartier général dans son grand salon. Les Tirailleurs de Belleville, les Vengeurs de Flourens et le 159e bataillon de la Garde nationale y établirent leur état-major dès l'entrée des Versaillais, le 21 mai 1871. Jules Verne, qui habite Amiens après 1871, y séjourne régulièrement, et Conan Doyle y fait descendre l'espion Oberstein, recherché par Sherlock Holmes, dans son Aventure des plans du Bruce-Partington (1895).

Vers l’arrêt 7 →
Gagnez la rue de Rohan puis la place du Carrousel, en direction du Louvre.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~20 min

Place du Carrousel et palais du Louvre

De la forteresse de Philippe Auguste au premier Muséum : huit siècles d'histoire de France sur un seul emplacement.
📍 Place du Carrousel et palais du Louvre, 1er arr.

Rue de Rohan, de violents combats se déroulèrent pendant l'insurrection du 13 Vendémiaire (5 octobre 1795), et une bombe visant le roi d'Espagne Alphonse XIII, en visite officielle à Paris, y explosa le 1er juin 1905.

Le nom de la place du Carrousel vient d'une fête fastueuse, un carrousel organisé le 5 juin 1662 sous Louis XIV, alors que sévissait dans le royaume une famine dramatique. À l'emplacement du pavillon Turgot se trouvait au XVIIe siècle l'hôtel de Rambouillet : Mme de Rambouillet, qui l'avait fait construire pour échapper à la grossièreté de la cour d'Henri IV, y créa en 1629, dans sa « chambre bleue », un cénacle réunissant Malherbe, Voiture, Racan, Mme de Scudéry et tous les « beaux esprits » de l'époque. L'hôtel fut transformé en 1784 en Vauxhall d'Hiver, et le premier théâtre de Vaudeville à Paris y ouvrit ses portes en 1792. C'est aux alentours de cet hôtel, dans la rue Saint-Nicaise, qu'eut lieu le 24 décembre 1800 un attentat contre Bonaparte, alors 1er Consul, qui fit raser ce quartier très délabré où se trouvait l'église Saint-Thomas-du-Louvre — laquelle avait abrité, à partir du 22 mai 1791, le premier culte réformé autorisé à Paris depuis la révocation de l'édit de Nantes. Un cénacle d'artistes fréquenté par Nerval, Gautier, Gavarni, Lamartine, Musset se tenait rue du Doyenné, à l'emplacement de l'actuel pavillon Mollien, au début du XIXe siècle. C'est pour s'être perdue dans ce dédale de ruelles que Marie-Antoinette, fuyant les Tuileries le 20 juin 1791, arriva avec deux heures de retard au rendez-vous fixé rue de l'Échelle par Axel de Fersen — retard qui devait participer aux circonstances de l'arrestation de la famille Capet à Varennes. C'est sur cette place que se déroula en 1820 une manifestation contre Louis XVIII, au cri de « vive la Charte », qui vit la mort de l'étudiant Lallemand et marqua le début de la contestation ouverte de la Restauration : sa tombe, au Père-Lachaise, devint un lieu de rassemblement des républicains. Pendant la Commune, un bureau y recrutait des adolescents comme porteurs de dépêches.

Le palais du Louvre

L'ancien château du Louvre, construit de 1190 à 1202 par Philippe II Auguste pour protéger l'enceinte vers l'ouest avant de partir aux croisades, se dressait approximativement sur le quart sud-ouest de la Cour carrée : on peut encore voir le puits qui l'alimentait et visiter ses fondations dans la crypte du musée. À l'emplacement de cette forteresse aurait été installé, trois siècles plus tôt, le camp des Vikings de Siegfried pendant le siège de Paris de 885 — une des origines possibles du nom, le mot « lower » désignant une fortification en germanique ; une autre hypothèse le ferait dériver du « lupura » latin, chenil destiné à la chasse au loup. En 1368, Charles V le Sage fit aménager dans la tour de la Fauconnerie, devenue tour de la Librairie, une bibliothèque qui constitua le noyau de la Bibliothèque nationale. C'est François Ier qui fit du Louvre la résidence des Valois. Après le départ de la famille royale, il fut voué aux arts et aux sciences, avant de devenir, sous la Révolution, le « Muséum ». Dès 1640, Richelieu y installe l'imprimerie royale, future Imprimerie nationale ; de 1672 à 1805, les salles Puget et Coustou accueillent l'Académie française, dont Voltaire sera nommé président le 30 mars 1778 ; il héberge dès 1782 un embryon du Conservatoire des Arts et Métiers. C'est dans les locaux de l'Académie des sciences, alors au Louvre, que Lakanal, président du Comité de l'Instruction publique, établit les bureaux du nouveau système décimal des poids et mesures, voté le 22 août 1790. Le 11 novembre 1793, la Convention montagnarde crée par décret le Muséum français, futur musée du Louvre, destiné à sauver les œuvres d'art du « vandalisme » — terme que l'abbé Grégoire invente à cette occasion : 537 tableaux et 124 bronzes y sont exposés publiquement pour la première fois. Le peintre Jacques-Louis David, ordonnateur des grandes fêtes de la Révolution, y a un appartement, et la Bourse des valeurs s'y installe du 10 juin 1795 à 1796. Claude Monet peint plusieurs tableaux depuis les fenêtres du Louvre — Saint-Germain-l'Auxerrois, Le Jardin de l'Infante, Le Quai du Louvre — en 1867. Pendant la Commune, Gustave Courbet dirige une Commission de protection du patrimoine des musées parisiens, créée le 6 septembre 1870 ; le Comité central des vingt arrondissements s'installe au Louvre en avril 1871 ; Léo Fränkel et Augustin Avrial y créent un atelier d'armement. Les Fédérés incendient le palais pour protéger leur repli, sur ordre de Bénot, le 24 mai 1871. Durant l'Occupation, en 1941, le comité des Lettres françaises clandestines, auquel participent Jean Paulhan et Jacques Decour, s'y réunit dans le bureau de Claude Morgan.

Le hall souterrain du Carrousel du Louvre

En descendant dans le hall souterrain, on peut encore voir la base, le fossé et le mur de contrescarpe des fortifications de Charles V, dit le Sage, construites vers 1360.

Le jardin du Carrousel et l'arc de triomphe

En ressortant de l'autre côté et en traversant le jardin du Carrousel, on passe devant l'arc de triomphe du même nom. La guillotine séjourna quelque temps en ce lieu, à gauche de l'arc quand on regarde vers la Concorde, à partir du 21 août 1792. Une pyramide en bois y fut érigée en l'honneur de Marat assassiné, devant laquelle furent exposés son buste, sa baignoire et son écritoire ; la place fut rebaptisée « place de la Fraternité ». C'est dans la partie sud du jardin attenant qu'on situe l'emplacement de l'atelier de Bernard Palissy et de la grotte émaillée qu'il avait réalisée en 1570 pour Catherine de Médicis — ce qui ne l'empêchera pas de mourir à la Bastille en 1590, à 80 ans, « de faim, de froid et de mauvais traitements », pour protestantisme.

Vers l’arrêt 8 →
Tournez à droite dans l'avenue du Général-Lemonnier, le long du jardin des Tuileries, vers l'emplacement de l'ancien château.
8
Arrêt 8
★ Incontournable ~20 min

Le château des Tuileries

Le palais disparu où la monarchie constitutionnelle vécut ses derniers jours, du 10 août 1792 à l'incendie de 1871.
📍 Terrasse des Tuileries, entre les pavillons de Flore et de Marsan, 1er arr.

En tournant à droite dans l'avenue du Général-Lemonnier, on aperçoit en face, le long du jardin des Tuileries, la Terrasse du Bord de l'Eau, sous laquelle se trouve un souterrain où furent massacrés un grand nombre de combattants lors de la révolution de 1848, puis à nouveau après l'insurrection de 1851 contre le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte ; pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871, c'est sur la terrasse même que l'on fusilla des centaines de Fédérés.

Entre les pavillons de Flore et de Marsan s'étend aujourd'hui la terrasse des Tuileries. C'est sur cet emplacement que se trouvait le palais des Tuileries, construit à partir de 1564 par Philibert Delorme pour Catherine de Médicis — laquelle n'y demeura jamais, un mage lui ayant prédit qu'elle mourrait auprès de Saint-Germain (l'Auxerrois, en l'occurrence). Le fait est qu'il ne porta pas bonheur au peu de souverains qui l'habitèrent : Louis XVI, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe Ier et Napoléon III, dont les règnes furent tous « écourtés ». L'Opéra de Paris s'y installa dans la salle des Machines en 1763 ; la Comédie-Française y séjourna à son tour en 1770.

La famille royale, ramenée à Paris par le peuple, s'y trouva plus ou moins prisonnière à partir du 6 octobre 1789. Le 28 février 1791, environ 400 nobles tentèrent en vain de délivrer le roi : ce fut l'affaire des « chevaliers du poignard ». Le 18 avril 1791, nouvelle tentative de fuite à Saint-Cloud, avec la complicité de Danton, puis le 20 juin, la « fuite à Varennes » qui finit de déconsidérer le pouvoir royal. Un an plus tard, jour pour jour, une émeute obligea le roi à retirer son veto : il coiffa le bonnet phrygien mais ne céda pas. Quelques jours après, le 10 août 1792, le palais des Tuileries était pris d'assaut — c'était la fin, provisoire, de la monarchie. Le 20 novembre suivant, on découvrait la fameuse « armoire de fer » contenant la correspondance de Mirabeau avec Louis XVI, ce qui valut à « l'Orateur du peuple » d'être expulsé du Panthéon aussi vite qu'il y était entré.

Le Comité de Salut public, créé le 6 avril 1793, s'installe dans l'aile gauche. La Convention déménage dans la salle des Machines transformée en hémicycle le 10 mai 1793 ; elle est assiégée le 2 juin au cri de « du pain et la constitution de l'an I », suivi de l'arrestation des Girondins ; le 25 juin, elle est prise d'assaut par les habitants du faubourg Saint-Antoine entraînés par Jacques Roux, qui apportent une pétition contre les accapareurs ; le 4 septembre 1793, Jacques Roux est arrêté, et le lendemain est votée la loi du maximum des prix et des salaires. Après Thermidor, la Convention est à nouveau envahie par les sans-culottes le 20 mai 1795 ; la répression qui s'ensuit dans le faubourg Saint-Antoine marque la fin du processus révolutionnaire. Un attentat à la bombe vise Louis XVIII le 27 janvier 1821, un autre Louis-Philippe le 29 juillet 1846. Pendant la Commune de 1871, une affiche y est apposée : « Peuple ! l'or qui ruisselle sur ces murs, c'est ta sueur ! » On y donne des « concerts patriotiques », y compris le 21 mai, jour de l'entrée des Versaillais, où Mme Bordas chante « La Canaille ». Le palais est incendié pendant la Semaine sanglante, partie par les boulets incendiaires versaillais, partie par les Communards pour protéger leur retraite, sur l'ordre de Bergeret.

Vers l’arrêt 9 →
Traversez l'avenue du Général-Lemonnier et entrez dans le jardin des Tuileries par l'allée centrale.
9
Arrêt 9
★ Incontournable ~25 min

Le jardin des Tuileries

Du bassin où fut exposé Rousseau à la terrasse des Feuillants où bivouaqua Bonaparte : le jardin de toutes les révolutions.
📍 Jardin des Tuileries, 1er arr.

Pendant la Révolution, le jardin était divisé en zones publique et privée : zone de la Nation et zone de Coblence. Il inspira de nombreux artistes — Baudelaire le décrit dans Les Veuves, Édouard Manet y peint La Musique aux Tuileries en 1862. Il fut transformé en parc d'artillerie par Alexis Dardelle, gouverneur des Tuileries pendant le siège de Paris, et un bataillon de 2000 femmes en armes y fut passé en revue le 15 mai 1871.

Rue de Rivoli — de la salle du Manège au ministère des Finances (nº 228 à 248)

En sortant du jardin et en prenant la rue de Rivoli sur la gauche : au nº 232, le ministère des Finances de la Restauration, symbole de la puissance de la bourgeoisie, que Balzac appelait « l'Escorial des financiers », fut entièrement détruit pendant la Semaine sanglante. Au nº 230, l'emplacement de la salle du Manège, où s'installe l'Assemblée constituante le 9 novembre 1789, puis la Législative, la Convention et le Conseil des Cinq-Cents. Le 21 octobre 1790, le drapeau tricolore y remplace le drapeau blanc de la royauté ; c'est là que se réfugie la famille royale le 10 août, cachée dans la loge du greffier ; la royauté est abolie par la Convention le 21 septembre 1792, la République proclamée le lendemain, début du calendrier révolutionnaire ; le procès de Louis XVI s'y déroule à partir du 11 décembre 1792, la Convention votant la mort du roi le 17 janvier 1793 ; Condorcet y présente le projet de constitution de l'an I le 17 avril 1793. Au nº 228, l'hôtel Meurice, quartier général de Von Choltitz, commandant du « Gross Paris » pendant les dernières semaines de l'Occupation — de violents combats s'y déroulent pendant la Libération. Au nº 248, le PCF organise un attentat contre la librairie militaire allemande le 26 novembre 1941.

Le Bassin rond

La dépouille de Jean-Jacques Rousseau fut exposée en son centre, avant son transfert au Panthéon, le 10 octobre 1794.

La terrasse des Feuillants

En prenant vers la droite pour rejoindre la terrasse des Feuillants : Anne-Josèphe Terwagne, dite Théroigne de Méricourt, y fut fouettée par des sympathisantes montagnardes le 25 mai 1793, et sombra dans la folie. Jean-François Varlet, un « Enragé » précurseur de l'anarchisme, y utilisait une tribune roulante pour haranguer la foule en 1793. C'est sur cette terrasse que bivouaquèrent les troupes du général Bonaparte le 13 Vendémiaire (5 octobre 1795), avant de réprimer l'insurrection soi-disant royaliste des Sections hostiles à l'Assemblée. Et c'est là encore que se rassemblèrent les troupes du général Lannes qui « accompagnèrent » les députés lors du transfert de l'Assemblée à Saint-Cloud sous le prétexte d'un péril jacobin, le 9 novembre 1799 — il s'agissait en fait de préparer le coup d'État du 18 brumaire du même Bonaparte.

La terrasse des Feuillants et le Jeu de Paume

En rentrant dans le jardin par la terrasse des Feuillants, on emprunte l'escalier de 13 marches par lequel la famille royale, aidée par les Girondins Brissot et Vergniaud, fuit vers la salle du Manège le 10 août 1792. Au bout de la terrasse, à gauche : le monument à Waldeck-Rousseau, auteur de la loi sur les syndicats (1885) et sur les associations (1901). Le Jeu de Paume fut transformé en salle de décryptage des premiers microfilms rapportés de province par des pigeons voyageurs pendant le siège de 1870 ; s'y tint également, en 1908, le 1er Congrès international de la Route préconisant un « code de la route » ; pendant l'Occupation, il servit de dépôt d'œuvres d'art spoliées par les nazis — Hermann Göring venait s'y servir.

Le Grand Bassin et l'entrée du jardin

En revenant vers le Grand Bassin, c'est là que se déroula l'apothéose de la Fête de l'Être suprême organisée par Robespierre et David le 8 juin 1794 : le demi-cercle de pierre qui entoure l'entrée du jardin fut aménagé pour cette occasion. À l'emplacement du musée de l'Orangerie se trouvait sous Louis XIII la Garenne de Régnard, ancêtre des casinos. On pénétrait autrefois dans le jardin par un pont tournant, jusqu'en 1817. C'est de l'esplanade qui s'étend derrière cette entrée que Charles et les frères Robert réalisèrent la première ascension d'un ballon à hydrogène le 26 août 1783, peu après l'expérience des frères Montgolfier ; c'est là qu'une pâtissière nommée Madeleine venait vendre sous le Second Empire une spécialité de gâteaux originaire de Commercy ; c'est en traversant ce jardin que Laennec conçut le stéthoscope en 1816, ayant vu des enfants se transmettre des messages à travers une poutre. Le 18 août 1871, Alphonse Pénaud y réussit le premier vol d'un plus lourd que l'air autopropulsé avec son « Planophore ». Le 12 juillet 1789, le prince de Lambesc fit charger par son régiment, le Royal-Allemand, la foule venue protester contre le renvoi de Necker, la poursuivant jusque dans le jardin : ce fut l'étincelle qui mit le feu aux poudres de la Révolution. Le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante, le général Brunel organisa une défense héroïque de la Concorde depuis la terrasse des Tuileries, avec 150 tirailleurs Fédérés.

Vers l’arrêt 10 →
Sortez du jardin par l'ouest et gagnez la vaste esplanade de la place de la Concorde — l'ancienne place de la Révolution.
10
Arrêt 10
★ Incontournable ~20 min

Place de la Concorde

Trois noms pour une place — Louis XV, la Révolution, la Concorde — et le lieu où la Restauration abdiqua par un souterrain.
📍 Place de la Concorde, 1er / 8e arr.

La place fut d'abord appelée place Louis XV. En son centre avait été érigée en 1763 une statue équestre de celui qu'on appelait « le Bien-Aimé » — on peut se demander pourquoi, dans la mesure où il avait fait construire, entre Versailles et Saint-Denis, une route destinée à éviter Paris dont le peuple lui faisait peur, et qui portait le nom significatif de « route de la Révolte ». La statue était entourée de quatre personnages représentant les vertus ; un plaisantin avait accroché au cou du cavalier une pancarte : « Grotesque monument, infâme piédestal. Les vertus vont à pied, le vice est à cheval. » L'incendie provoqué par un feu d'artifice tiré pour le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette d'Autriche, en 1770, déclencha une panique qui fit 103 morts — l'histoire de cette place commençait mal pour le couple Capet. C'est là également que devait avoir lieu le premier épisode sanglant de la Révolution, le 12 juillet 1789, quand le prince de Lambesc fit charger par le Royal-Allemand les manifestants opposés au renvoi de Necker. Le 11 août 1792, la place Louis XV devient « place de la Révolution » et la statue équestre du « Bien-Aimé » est détruite. Le 26 octobre 1795, elle prend son nom actuel de place de la Concorde, contredisant les historiens qui font durer le processus révolutionnaire jusqu'en 1815. Sous la Restauration, elle prit le nom de place Louis XVI ; une plaque portant cette inscription subsiste à l'angle de la rue Boissy-d'Anglas.

Le tour de la place, côté Seine

En faisant le tour de la place dans le sens des aiguilles d'une montre, côté Seine : le mur du jardin est celui de l'enceinte dite de Louis XIII, commencée sous Charles IX le 12 juin 1566. Près de l'angle qu'il fait avec le quai débouchait le souterrain par lequel Louis-Philippe Ier s'enfuit après son abdication, le 24 février 1848. À quelques mètres sur le quai se trouvait la première Porte de la Conférence, érigée en 1583 sous Henri III et reconstruite en 1632 ; son emplacement est indiqué par une plaque.

Le pont de la Concorde

Il s'appela d'abord « pont de la Révolution » et fut achevé avec des pierres de la Bastille. C'est là qu'eut lieu, le 6 février 1934, la répression d'une manifestation d'extrême droite qui tentait de rejoindre la Chambre des députés sur l'autre rive : 11 morts et 300 blessés. C'est en réaction à cette tentative de coup d'État que la gauche allait créer, sous l'impulsion de la base, le Front populaire. Le 1er février 1942 eut lieu sur ce pont l'attaque à l'explosif d'un convoi allemand, l'un des premiers faits d'armes de la Résistance parisienne. Sur la gauche des Champs-Élysées se tiendra l'entrée monumentale de l'Exposition universelle de 1900 ; à l'angle de la rue Boissy-d'Anglas se trouve ce qui fut la résidence de Wellington en 1815, puis l'ambassade des États-Unis ; sur le coin de ce qui fut l'Hôtel des grands ambassadeurs se trouve encore une plaque « place Louis XVI », apposée sous Charles X.

Aller-retour dans la rue Boissy-d'Anglas

Au 11 bis, le tribunal militaire allemand du premier procès de la Résistance, celui d'Honoré d'Estienne d'Orves et des membres de son réseau de renseignement. De retour vers la place : au nº 10, l'hôtel Crillon, siège de l'état-major allemand pendant l'Occupation — lors de la Libération, la cinquième colonne de la façade fut détruite par un obus, tout un symbole. Au nº 4, l'hôtel de Coislin, où Benjamin Franklin signe la déclaration d'indépendance des États-Unis le 6 février 1778 et où Chateaubriand demeura de 1805 à 1807.

Le ministère de la Marine (nº 2)

En traversant la rue Royale et en continuant le tour de la place, l'actuel ministère de la Marine était le Garde-Meuble de la couronne sous l'Ancien Régime. Il est pillé le 13 juillet 1789 dans l'espoir d'y trouver des armes ; les bijoux de la couronne y sont dérobés le 16 septembre 1792 par Cambon et Douligny — interpellés, ils seront les premiers guillotinés de la place de la Concorde. Chappe y installe sur le toit, en 1798, un télégraphe communiquant avec Brest en 8 minutes. Des Fédérés y sont massacrés pendant la Semaine sanglante. L'obélisque de Louqsor, acheté par Charles X à Méhémet-Ali, est érigé en 1831 — mais Charles X ne sera plus là pour l'inaugurer. On fera sur cette place les premiers essais d'éclairage public électrique à Paris, le 20 octobre 1843.

Aller-retour dans la rue Saint-Florentin

Au nº 7, la demeure de Ferdinand de Lesseps, saint-simonien concepteur des canaux de Suez et de Panama. Au nº 2, la demeure d'Henri de Talleyrand-Périgord, où il meurt le 17 mai 1838 — prototype de l'opportuniste, dont Napoléon disait qu'il était « de la merde dans un bas de soie » ; il y avait hébergé, en avril 1814, le tsar Alexandre Ier, vainqueur de Napoléon, afin de le convaincre de favoriser le retour des Bourbons en la personne de Louis XVIII. À l'angle des rues Saint-Florentin et de Rivoli fut construite la plus importante barricade de Paris pendant la Commune. En revenant sur la place : Juliette Drouet sert de modèle à Pradier pour la statue de Lille ; 150 000 personnes se rassemblent devant la statue de Strasbourg le 17 novembre 1918 pour fêter le retour de l'Alsace et de la Lorraine — elle était jusque-là couverte de crêpes noirs.

Vers l’arrêt 11 →
Placez-vous dans l'axe des Champs-Élysées, près de l'obélisque : c'est ici que se dressait la guillotine.
11
Arrêt 11
★ Incontournable ~15 min

La guillotine

Là où se dresse l'obélisque tombèrent Louis XVI, Marie-Antoinette et les grands acteurs de la Révolution : 2498 exécutions.
📍 Place de la Concorde, dans l'axe des Champs-Élysées, 8e arr.

La guillotine fait ici sa première apparition pour l'exécution des voleurs des bijoux de la Couronne, le 13 octobre 1792. Louis XVI est guillotiné le 21 janvier 1793, à 12 mètres de l'obélisque, dans l'axe des Champs-Élysées. Marie-Antoinette l'est à son tour de l'autre côté, à mi-chemin de l'entrée du jardin, le 16 octobre 1793. C'est là aussi que sont exécutés les Girondins, dont Brissot et Vergniaud, le 31 octobre de la même année. Olympe de Gouges, révolutionnaire féministe qui a rédigé la « Déclaration des droits de la Femme et de la Citoyenne », est exécutée comme Girondine le 3 novembre — elle avait déclaré : « Une femme a le droit de monter à l'échafaud, elle doit avoir aussi celui de monter à la tribune. » Mme Roland est décapitée le 8 novembre devant la statue de la Liberté qui remplace celle de Louis XV, disant au moment de son exécution : « Liberté ! Liberté ! Que de crimes on commet en ton nom ! » Un autodafé des emblèmes de la royauté est organisé le 10 août 1793 au pied de cette même statue.

Les « Indulgents » — Danton, Camille et Lucile Desmoulins, Fabre d'Églantine — sont exécutés le 5 avril 1794 ; les Robespierristes, dont Maximilien déjà mourant, son frère Augustin, Saint-Just et Couthon, le 28 juillet suivant ; et les émeutiers du 1er prairial en mai 1795. En tout, 2498 personnes. Les exécutions de 1795 marquent, contrairement à ce qu'affirment bon nombre d'historiens, la fin du processus révolutionnaire : la suite n'est qu'un chaotique retour en arrière thermidorien qui aboutira, après le coup d'État du 18 brumaire, à un nouvel absolutisme, celui de Napoléon Ier. Présenter Bonaparte — qui a rétabli l'esclavage, dressé l'Europe entière contre la France et provoqué par ses campagnes un véritable massacre — comme le continuateur de la Révolution relève de l'escroquerie intellectuelle et du chauvinisme le plus crasse. Fin du parcours.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.