Grenelle, Javel : quand le 15ème était ouvrier... et résistant
Des séminaires du « petit Vatican » aux usines Citroën, une plongée dans le 15ème ouvrier, résistant et rebelle.
📍 17 arrêts
🚶 ~8.5 km
⏱ ~4h
📖 15e–7e arr.
Notre parcours commencera cette fois place Léon-Paul Fargue, à la station de métro Duroc.
Le quartier d'où nous partons n'a jamais été, quant-à lui, très prolétarien. Les seules « usines » qu'il ait jamais accueillies sont ce qu'on appelait ironiquement des « fabriques à curés » ; séminaires et autres couvents. Les chauffeurs de taxi surnommaient d'ailleurs le secteur le « petit Vatican », c'est tout dire !...
Pour rencontrer des travailleurs, en tout cas le souvenir de leur activité, il va falloir s'enfoncer plus au sud dans ce 15ème arrondissement, là où de vastes terrains en friche attirèrent, dès la fin du 19ème siècle, les établissements d'une grande industrie naissante, celle des transports : le chemin de fer, l'automobile et l'aviation.
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Arrêt 1
★ Incontournable~10 min
Place Léon-Paul Fargue
Le café où naquit le colonel Fabien.
📍 Place Léon-Paul Fargue (M° Duroc), 15e / 7e arr.
C'est à la sortie du métro Duroc, puis à la terrasse du café François Coppée, qu'Albert Ouzoulias alias Marc, et Pierre Georges dit alors Frédo, qui deviendra bientôt le « colonel Fabien », se rencontrent pour la première fois par l'intermédiaire d'André Leroy, le 2 août 1941.
Descendez la rue de Sèvres vers le sud-ouest, en direction de l'hôpital Necker.
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Arrêt 2
★ Incontournable~10 min
Rue de Sèvres — le « petit Vatican »
Un pensionnat pour filles de 200 ans de noblesse, devenu berceau de la greffe rénale.
📍 149-151 rue de Sèvres (hôpital Necker), 15e arr.
Aux 149-151, le pensionnat de l'Enfant Jésus, qui se trouvait sur l'emplacement de l'hôpital Necker, accueillit exclusivement, de 1724 à 1790, des jeunes filles pouvant prouver 200 ans de noblesse. On se demande bien pourquoi l'Église connut quelques problèmes durant la Révolution !...
En 1777, la femme du contrôleur général des finances, dont le renvoi par Louis XVI allait déclencher quelques années plus tard la tempête révolutionnaire, fonda en ce même lieu l'hospice St Sulpice. Il allait devenir hôpital de l'Ouest en 1792, puis hôpital des Enfants malades, avant de prendre le nom de sa fondatrice, Mme Necker.
C'est ici que fut pratiquée la première greffe de rein en France, le 25 décembre 1952 ; ceci en un lieu qui fut voué à l'enfant Jésus, lui-même le fruit d'une autre grande première médicale : la conception sans fécondation... Étonnant, non !?... mon cher Desproges.
Vers l’arrêt 3 →
Poursuivez vers le sud pour rejoindre la rue Lecourbe, artère structurante du vieux Vaugirard.
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Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
Rue Lecourbe et rue Mademoiselle
L'Internationale, les FFI et une église orthodoxe bâtie autour d'un arbre.
📍 Rue Lecourbe et rue Mademoiselle, 15e arr.
La rue Lecourbe superpose les mémoires ouvrière, résistante et religieuse du quartier. On y croise le souvenir de l'Association Internationale des Travailleurs, des réunions clandestines de la Résistance et l'un des lieux de culte les plus insolites de Paris.
10 rue Mademoiselle — Comité démocratique socialiste
Demeure de Barthélemy Cirode, ouvrier modeleur et sculpteur, condamné dans le 3ème procès de l'Association Internationale des Travailleurs le 8 juillet 1870, délégué du Comité républicain du 15ème arrondissement, réfugié à Londres après la Commune.
61 rue Lecourbe — salle Ragache
Emplacement de la salle Ragache où se tinrent trois réunions politiques publiques à la fin du Second Empire.
La porte style Art Nouveau de cet immeuble, au décor animalier représentant reptiles, chats et chiens, a été réalisée par le céramiste Alexandre Bigot, un maître du genre.
86 rue Lecourbe — les FFI décapitées
Lieu de réunions clandestines des Forces françaises de l'intérieur, les FFI, dirigées alors pour le département de la Seine par Pierre Lefaucheux, alias Gildas. Un coup de filet réalisé ici le 3 juin 1944 par le SD de la rue des Saussaies décapitait l'organisation. C'est le colonel Rol-Tanguy, chef des FTP, qui allait prendre la relève jusqu'à la Libération de la capitale.
91 rue Lecourbe — Petits Chanteurs et St Séraphin de Sarov
Faites le détour par la rue de l'Amiral Roussin, puis rejoignez la rue Léon Lhermitte, un peu plus au sud-est.
4
Arrêt 4
Optionnel~10 min
Rue de l'Amiral Roussin et rue Léon Lhermitte
Les premiers logements ouvriers, Simone de Beauvoir et les ballons du siège de Paris.
📍 Rue de l'Amiral Roussin et rue Léon Lhermitte, 15e arr.
Ce petit crochet mêle histoire sociale du logement, souvenir littéraire et épopée aéronautique du siège de 1870.
63-65 rue de l'Amiral Roussin — logements ouvriers
Logements ouvriers comportant des locaux collectifs, précurseurs des HBM, puis des HLM, construits en 1907.
11 rue Léon Lhermitte — lycée Camille Sée
Lycée Camille Sée où enseigna Simone de Beauvoir en 1940 et 1941. C'est dans cette rue que se trouvait l'usine à gaz de Vaugirard où furent gonflés et d'où partirent certains ballons postaux pendant le siège de Paris en 1870-1871.
Simone de Beauvoir
Vers l’arrêt 5 →
Rejoignez la rue de la Croix Nivert et la rue du Commerce, cœur commerçant et populaire de Grenelle.
5
Arrêt 5
★ Incontournable~15 min
Le vieux Grenelle — Croix Nivert, Commerce, Gramme
Un théâtre disputé entre deux villages, la fondation du réseau Valmy et un poète surréaliste.
📍 Rues de la Croix Nivert, du Commerce, Lakanal et Gramme, 15e arr.
Au cœur de Grenelle, l'Art nouveau des devantures voisine avec la mémoire de la Résistance : c'est ici, rue Gramme, que naquit le mouvement Valmy.
Vitrine style Art nouveau remarquable d'un atelier d'artisan datant du 19ème siècle.
12 rue Gramme — fondation de Valmy
Demeure d'Alcide Morel, où se tint le 21 septembre 1941 la réunion de fondation de « Valmy », un mouvement de Résistance créé par Paulin Bertrand, Jules Ballaz, André Vellay et Raymond Burgard. Ils éditaient un journal du même nom dont les mots d'ordres étaient repris par la BBC.
85 rue de la Croix Nivert — théâtre de Grenelle
Emplacement du théâtre de Grenelle, implanté cependant sur la commune de Vaugirard, ce qui représenta une pomme de discorde entre ce qui n'était encore, en 1828, que deux villages hors les murs de la capitale.
Théâtre de Grenelle
78 rue du Commerce — la Boucherie du Commerce
Admirons l'enseigne surprenante de cette « Boucherie du Commerce » annonçant une « boucherie de premier ordre ».
Vers l’arrêt 6 →
Gagnez la rue du Théâtre, longue épine dorsale de Grenelle, jalonnée de planques et de fabriques de faux papiers.
6
Arrêt 6
★ Incontournable~15 min
Rue du Théâtre et rue Tournus — faussaires de la Résistance
Fabriques de faux papiers, planques FTP et bouillons ouvriers.
📍 Rue du Théâtre, rue du Commerce et rue Tournus, 15e arr.
La rue du Théâtre concentre la mémoire de la Résistance grenelloise : ici, on fabriquait de faux papiers, on cachait des militants, on imprimait clandestinement. Michel Bernstein, tout proche, fut l'un des plus grands faussaires de la Résistance.
150 rue du Théâtre — Jules Eidelman
Demeure de Jules Eidelman, transformée en fabrique artisanale de faux papiers pendant l'Occupation. Eidelman fut fusillé comme otage à Caen le 14 mai 1942 après avoir été arrêté en distribuant en vélo des tracts à la volée.
129 rue du Théâtre — Louis Duriez
Planque de Louis Duriez, membre du groupe FTP du colonel Fabien, arrêté le 29 février 1942. Il mourra en déportation à Mauthausen le 16 mai 1944. Au 115, un puits mitoyen maçonné subsiste dans le fond de la cour.
colonel Fabien
Rue Tournus — la librairie de Michel Bernstein
C'est dans cette rue que se trouvait la librairie de Michel Bernstein, membre du groupe « Défense de la France », un des plus grands faussaires de la Résistance. Son atelier produisit plus de 12 500 fausses pièces d'identité entre 1940 et 1944.
51 rue du Commerce — le café du Commerce
Le café du Commerce est un ancien bouillon Chartier, « Aux Mille Couverts », fréquenté dans les années 1920 par les ouvriers de l'automobile. Au 49, un puits en applique subsiste dans la cour.
39 et 45-47 rue Letellier — puits et cadran solaire
Au 39, une belle margelle de puits ovale maçonnée se trouve au milieu de la cour. Au 45-47, on peut admirer un beau cadran solaire.
Vers l’arrêt 7 →
Rejoignez le boulevard de Grenelle puis l'avenue de La Motte-Picquet, sur la trace du mur des Fermiers généraux.
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Arrêt 7
★ Incontournable~12 min
Boulevard de Grenelle et La Motte-Picquet — le mur des Fermiers généraux
Barrières d'octroi, souterrains de contrebandiers et une imprimerie communiste.
📍 Bd de Grenelle, av. de La Motte-Picquet, rues de Pondichéry et Violet, 15e arr.
Le tracé de l'ancien mur des Fermiers généraux court sous ces avenues. On y percevait l'octroi, on y creusait des souterrains pour y échapper, et l'on y tenait de grandes réunions politiques à la fin du Second Empire.
142 bd de Grenelle — salle Chaput
Emplacement de la salle Chaput, appartenant au café-concert de l'Étoile, où se tinrent, à l'initiative principalement des Internationalistes, 29 réunions politiques publiques à la fin du Second Empire.
67 av. de La Motte-Picquet — barrière de La Motte Picquet
Emplacement de la barrière de La Motte Picquet, un poste d'octroi qui ne fut ouvert qu'en 1840 dans le mur des Fermiers généraux et qui ne fonctionna donc que 20 ans, ce dernier étant démoli en 1860, laissant sa fonction de douane parisienne à la nouvelle enceinte dite de Thiers ; les « Fortifs ». Dans cette avenue habitait, à une adresse que nous n'avons pu retrouver, François Louis Parisel, élu membre du Conseil de la Commune en 1871.
3 rue de Pondichéry — l'Émancipatrice
Imprimerie l'Émancipatrice ; coopérative communiste où travaillèrent jusqu'à 22 ouvriers imprimeurs en 1901. Elle édita entre autres les ouvrages de Maxime Vuillaume.
1 rue Violet — souterrain de contrebandiers
Ici se trouvait le débouché d'un des nombreux souterrains creusés par les contrebandiers sous le mur des Fermiers généraux afin d'échapper aux taxes de l'octroi.
Vers l’arrêt 8 →
Poursuivez rue Violet et rue Fondary, où la Résistance essaima ses ateliers clandestins.
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Arrêt 8
★ Incontournable~12 min
Rues Violet, Fondary et Edmond Roger — ateliers clandestins
Faux papiers, filières d'évasion et l'ancienne mairie de Grenelle.
📍 Rues Fondary, Violet et Edmond Roger, 15e arr.
Autour de la rue Violet, on suit à la fois le lotissement du Beau-Grenelle de 1824 et la nébuleuse des réseaux de renseignement et de fabrication de faux papiers de l'Occupation.
5 rue Edmond Roger — réseau Marc-France
Une plaque commémore ici la création, en février 1942, du réseau de renseignements « Marc-France ». Il connut 18 arrestations en mars 1943.
8 rue des Entrepreneurs — Source K
Service technique des câbles téléphoniques à longue distance ; nom de code « Source K », à partir duquel Robert Keller, un ingénieur, piratait des lignes de transmissions nazies : Luftwaffe, Wehrmacht, Gestapo, d'avril à décembre 1942. C'est dans la rue des Entrepreneurs que naquit l'industrie aéronautique française.
Robert Keller
17 rue Fondary — la Néogravure
Imprimerie « la Néogravure » où travaillait Maurice Petit qui multiplia les activités de Résistance. Il organisa, dès septembre 1940, un atelier de fabrication de faux papiers auquel participèrent Fernand Lyaute, Marcel Champeil, Renée Schneider et Albert Dubois. Maurice Petit fut arrêté mais survécut à la déportation.
49-69 rue Violet — capitaine Dumais et mairie de Grenelle
Au 49, cachette du capitaine Dumais, alias Desbiens, parachuté en France en 1943 pour organiser la récupération et l'évacuation des pilotes alliés abattus. Au 61, maison datant de l'époque du lotissement du Beau-Grenelle, en 1824, construite par le promoteur Léonard Violet. Au 69, ancienne mairie de Grenelle, de 1842 à 1859.
Vers l’arrêt 9 →
Gagnez la place Étienne Pernet et son église, cœur historique du village de Grenelle.
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Arrêt 9
★ Incontournable~10 min
Place Étienne Pernet et rue de l'Église
L'autel du Roi Soleil, le style « Nouille » et un communard tourneur sur métaux.
📍 Place Étienne Pernet, av. Félix Faure et rue de l'Église, 15e arr.
Autour de l'église St Jean-Baptiste de Grenelle se lisent les strates du quartier : un vestige royal sauvé de Notre-Dame, l'exubérance de l'Art nouveau et le souvenir d'un ouvrier élu de la Commune.
23 place Étienne Pernet — St Jean-Baptiste de Grenelle
L'église St Jean-Baptiste de Grenelle, de 1828, recèle les débris de l'autel dit « du roi Soleil », offert par Louis XV à Notre-Dame de Paris selon le vœu de Louis XIV ; autel détruit par Viollet-le-Duc au moment de la restauration de la cathédrale vers 1850.
Demeure de Camille Langevin, tourneur sur métaux, condamné dans le 3ème procès de l'Association Internationale des Travailleurs le 8 juillet 1870. Il sera élu membre de la Commune l'année suivante.
Vers l’arrêt 10 →
Traversez le jardin public et gagnez la rue de Lourmel, puis descendez vers Javel et la Convention.
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Arrêt 10
★ Incontournable~15 min
Rue de Lourmel et rue de la Convention — sauver et résister
Une chapelle qui cacha des juifs du Vél' d'Hiv', l'hôpital du Bon Marché et une attaque contre la Wehrmacht.
📍 Rues de Lourmel, de Javel et de la Convention, 15e arr.
Ce secteur mêle l'héroïsme discret d'une communauté orthodoxe qui protégea des juifs pendant la rafle du Vél' d'Hiv' et la mémoire ouvrière et combattante de la rue de la Convention.
40-72-113 av. Félix Faure — La Fontaine, Marceau Pivert et Libération Nord
Au 40, entrée remarquable d'un immeuble conçu par l'architecte Richard en 1907, ornée d'une sculpture d'Audiger évoquant le corbeau et le renard de Jean de La Fontaine. Au 72, dans la salle du patronage laïque, Marceau Pivert, de retour d'URSS, réunit la 15ème section du Parti Socialiste le 15 novembre 1956. Au 113, imprimerie clandestine du journal « Libération Nord », publié en 1942 par Jean Cavaillès assisté de Christian Pineau, Jean Ogliastro, Auguste Bostsarron et Madeleine Durantin.
Emplacement de l'hôpital Boucicaut, du nom de sa fondatrice, Marguerite Boucicaut, qui avait créé avec son mari le magasin du Bon-Marché et le finança par legs de sa fortune. C'était un hôpital d'avant-garde, ouvert en 1897, où Raymond Vilain créa le service SOS-main. Il disparut en 2000, remplacé par l'hôpital Georges Pompidou.
77 rue de Lourmel — Marie Skobtsova et Dimitri Klépinine
Chapelle orthodoxe où furent cachés des juifs lors de la rafle du Vél' d'Hiv'. Marie Skobtsova, une religieuse orthodoxe, et le pope Dimitri Klépinine avaient créé un réseau d'assistance et de fourniture de faux papiers pour les juifs persécutés pendant l'Occupation. Deux religieux de cette communauté furent déportés. Maurice Thorez, sa femme Aurore et leur premier fils demeurèrent dans cette rue en 1930, à une adresse qui nous reste inconnue.
117 rue de la Convention — attaque de la Wehrmacht
Prenez la rue St Charles, colonne vertébrale de Javel, jusqu'à la place du Moulin de Javel.
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Arrêt 11
★ Incontournable~15 min
Rue St Charles et Moulin de Javel — l'eau de Javel et l'aviateur du toit
Un avion posé sur un toit, un laboratoire d'explosifs et la guinguette qui donna son nom à l'eau de Javel.
📍 Rue St Charles et place du Moulin de Javel, 15e arr.
La rue St Charles accumule les surprises : la corporation des chiffonniers, un atterrissage de fortune sur un toit, un laboratoire clandestin d'explosifs et jusqu'à des ossements de rhinocéros exhumés en 1866. Plus loin, la place du Moulin de Javel raconte le passage de la guinguette champêtre à l'industrie chimique.
208-216 rue St Charles — chiffonniers et Eugène Gilbert
Au 208, emplacement de la cité des Mousquetaires, siège de la corporation très réglementée des Chiffonniers. Au 216, le 8 janvier 1914, l'aviateur Eugène Gilbert pose son avion en panne sur le toit de cet immeuble. Ouf !... en français ou en verlan.
232-239 rue St Charles — Bistrot d'André et laboratoire de la MOI
Au 232, bistrot d'André, ayant appartenu à André Citroën, transformé en musée. Au 239, laboratoire clandestin de fabrication d'explosifs de la MOI au 3ème étage, dirigé par Samuel Weissberg, alias Gilbert, responsable du 2ème détachement et artificier. Grièvement blessé par une explosion accidentelle, Weissberg parvint malgré tout à s'enfuir le 3 décembre 1942. Des ossements de rhinocéros furent découverts rue St Charles en 1866.
Place du Moulin de Javel — la guinguette et l'eau de Javel
Le « Moulin de Javelle », situé au bord de Seine entre les actuelles rues Cauchy et Leblanc, avait été transformé en guinguette. Il était un lieu privilégié de promenades champêtres et d'amusement pour des générations de parisiens. Le secteur s'industrialisa pourtant assez tôt : n'a-t-il pas donné son nom à l'hypochlorite de potasse découvert par le chimiste Claude-Louis Berthollet et fabriqué à partir de 1784 dans une manufacture de ces parages, l'eau de Javel.
Vue générale 1890 Claude-Louis Berthollet
Vers l’arrêt 12 →
Descendez vers la Seine et le Parc André Citroën, sur l'emplacement des anciennes usines automobiles.
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Arrêt 12
★ Incontournable~15 min
Parc André Citroën — l'empire ouvrier de l'automobile
La première voiture de série, Manouchian embauché comme tourneur et un bombardement meurtrier.
📍 Parc André Citroën, quai André Citroën, 15e arr.
Sur ce vaste emplacement, les usines Citroën firent du 15ème un haut lieu de l'industrie et de la lutte ouvrières, avant de céder la place à la spéculation immobilière.
Des usines bâties ici pour André Citroën, d'abord destinées à la construction d'obus pendant la boucherie mondiale de 14-18 puis reconverties, sortit en 1919 la première automobile fabriquée en série, la Torpédo 10 CV type A.
Missak Manouchian s'y fit embaucher comme tourneur en novembre 1927. Jean-Pierre Timbaud y mena une campagne électorale musclée contre Marceau Pivert pour le compte du PCF en 1932.
Le bombardement du 15ème arrondissement par les nazis, le 3 juin 1940, dans le but de détruire ces usines redevenues d'armement, fit 254 morts dont 20 enfants. Totalement reconstruit après guerre, « Citroën » restera ici jusqu'en 1972, cédant ce site d'exploitation ouvrière à la spéculation foncière et immobilière. Mais son fondateur ruiné avait alors été depuis longtemps « mis à la porte » par un autre grand suceur de plus-value : le groupe Michelin.
2 av. Émile Zola et 47 rue de Javel — arrestation et lavoir ouvrier
Au 2 avenue Émile Zola, Pierre Manuel, alias Doyen, agent de liaison de Michel Pichard, responsable du BOA — le bureau des opérations aériennes —, fut arrêté à la station de métro Javel le 20 mars 1944 ; Pichard, arrivé en retard à leur rendez-vous, échappa au coup de filet. Au 47 rue de Javel, ancien lavoir transformé en bains douches, vestige d'un 15ème arrondissement peuplé de prolétaires.
Zola Émile
69 rue Gutenberg — une pompe et un puits rares
Une pompe à eau subsiste sur la gauche dans cette cour, ainsi qu'un puits malheureusement sans margelle, simplement recouvert d'un tampon en fonte, dans lequel l'eau est encore visible. Une rareté à Paris.
41 quai André Citroën — gare de Javel
La gare de Javel a été construite dans un style japonisant par l'architecte Just Lisch pour l'exposition de 1889. Elle dessert aujourd'hui une ligne du RER.
13-37 rue de la Convention — Défense de la France et Imprimerie nationale
Au 28, le journal « Défense de la France », fondé par Robert Salmon, fut diffusé à la sortie de la messe devant l'église St Christophe de Javel le 14 juillet 1943. Aux 25-37, l'imprimerie nationale, transformée en hôpital militaire pendant la guerre de 14-18 et placée sous direction allemande sous l'Occupation, dont Prilot, Gatti, Blanchot son directeur, Arnoult, Maurice Van Kemmel et Armand Prudhomme purent récupérer des collections typographiques et des timbres pour l'impression de faux papiers. Au 13, la concession automobile d'Albert Hervé, placée sous tutelle par les nazis, dont le propriétaire fit une centrale de renseignement pour la Résistance.
48 rue du Théâtre — les débuts d'André Citroën
Emplacement de l'usine Mors, qui fabriquait des signaux pour les chemins de fer. C'est là qu'André Citroën fit ses débuts comme ingénieur en 1901 et qu'il développa l'engrenage à chevrons qui reste encore aujourd'hui l'emblème de la marque.
Rue Nélaton — Derosne et Cail et la Garde nationale
Emplacement de l'usine Derosne et Cail, spécialisée dans la production de bateaux et de locomotives. Pendant le siège de la capitale en 1870, elle fut reconvertie en fabrique de canons d'un nouveau modèle se chargeant par la culasse. Ses ouvriers constituaient l'essentiel du 82ème bataillon de la Garde nationale, commandé par Georges Cavalier, dit Pipe-en-bois, qui s'illustra dans la défense de Paris.
Vers l’arrêt 13 →
Remontez vers le nord-est le long du quai de Grenelle et du boulevard de Grenelle, jusqu'à l'emplacement du Vél' d'Hiv'.
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Arrêt 13
★ Incontournable~20 min
Boulevard de Grenelle — le Vél' d'Hiv' et la barrière de Grenelle
La rafle des 16-17 juillet 1942, le meeting du Front populaire et le lieu d'exécution de la Conjuration des Égaux.
📍 Boulevard de Grenelle, 15e arr.
Le boulevard de Grenelle concentre une part immense de l'histoire politique et tragique de Paris : de la barrière d'octroi aux exécutions de la Révolution, du triomphe du Front populaire à l'horreur du Vél' d'Hiv' et des rafles algériennes.
1-3 bd de Grenelle — barrière de la Cunette et Relais du Métro
Au 1, emplacement de la barrière de la Cunette du mur des Fermiers généraux, de 1786 à 1860. Au 3, brasserie le « Relais du Métro », au décor 1900 remarquable.
Barrière de la Cunette
8 bd de Grenelle — le Vél' d'Hiv'
Emplacement du Vélodrome d'Hiver, le Vél' d'Hiv', construit en 1910. Il s'y tint le 7 juin 1936 un meeting où Léon Blum vint arbitrer les accords de Matignon. Le 7 octobre 1937 eut lieu ici le dernier rassemblement du PCF en soutien à l'Espagne républicaine, avec André Marty, Maurice Thorez, Dolorès Ibárruri dite la Pasionaria et José Diaz. Le 2 septembre 1938, l'union des syndicats ouvriers de la région parisienne y protestait contre l'aménagement de la semaine de 40 heures ; le 19 novembre, une réunion honorait les volontaires des Brigades Internationales.
8 bd de Grenelle — l'Occupation et la rafle du Vél' d'Hiv'
Pendant l'Occupation, le Vél' d'Hiv' sera le théâtre des grandes manifestations antibolcheviques et pronazies organisées par Abel Bonnard, Jacques Doriot ou Marcel Déat. Et surtout, il constituera le principal point de rassemblement des 12 884 juifs raflés par la police française sous les ordres de René Bousquet et Amédée Bussière, préfet de police aux ordres de Vichy, les 16 et 17 juillet 1942.
Jacques Doriot
8 bd de Grenelle — meetings d'après-guerre, Poujade et rafles algériennes
Après guerre, les meetings reprirent : le PCF s'y opposa dès le 4 novembre 1944 au désarmement des milices de la Résistance ; un grand rassemblement fut appelé en hommage à Staline le 10 mars 1953 ; Pierre Poujade y tint le 20 février 1955 la première grande réunion de l'UDCA, laissant au langage le terme « poujadisme ». Aucune plaque ne commémore deux autres rafles : celle de 2000 militants Algériens arrêtés le 28 août 1958 après une attaque du FLN, et celle du 17 octobre 1961, sous le gouvernement de Charles de Gaulle, qui « parqua » ici des milliers de manifestants du FLN, dont 2 à 300 furent massacrés par une police dirigée par Maurice Papon. Le Vél' d'Hiv' fut démoli en 1959.
Attaque du camp de Grenelle De Gaulle Charles
61 bd de Grenelle — la barrière de Grenelle et ses exécutions
Au 56, des ouvriers de Citroën menacés de licenciement, organisés en Comité d'unité d'action du 15ème, se réunissaient au café « À l'Autobus » le 2 janvier 1935, à la veille du Front populaire. Au 61, emplacement de la barrière de Grenelle, ou barrière des Ministres, où avaient lieu les exécutions militaires sous le Directoire, le Consulat, le Premier Empire et la Restauration : celle de 31 membres de la Conjuration des Égaux le 10 octobre 1796, dont le général Lay, Claude Javogues, Marc-Antoine Huguet et Joseph-Marie Cusset ; celle du général Malet et de ses complices Lahorie et Guidal le 29 octobre 1812 ; et celle du général La Bédoyère, le 19 août 1815. Le maréchal Ney le fut, lui, à la barrière d'Enfer.
Exécution de Malet et Guidal 1812 général Malet
Vers l’arrêt 14 →
Faites l'aller-retour par la rue Viala, puis gagnez la place Dupleix, un peu plus au nord.
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Arrêt 14
★ Incontournable~12 min
Place Dupleix — poudrerie, Conjuration des Égaux et Semaine sanglante
Une explosion de 150 tonnes de poudre, le camp de Grenelle de Babeuf et le massacre des Fédérés.
📍 Place Dupleix, rue Viala et rue Humblot, 15e arr.
Ancien lieu patibulaire où se dressait le gibet des abbés de Ste Geneviève, la place Dupleix fut au cœur des soubresauts révolutionnaires : poudrerie, tentative de coup d'État égalitaire, puis répression de la Commune.
Le château de Grenelle avait été transformé par Chaptal en poudrerie en 1792. Une gigantesque explosion de 150 000 kilos de poudre s'y produisit le 31 août 1794, faisant plus de 100 victimes.
C'est ici que se trouvait le « camp de Grenelle » dont les membres de la Conjuration des Égaux tentèrent de soulever la garnison le 9 septembre 1796. Intoxiqués par un agent du Directoire infiltré, Grisel, et provoqués par un certain Méhée, ils connurent une débandade et 132 arrestations. 31 conjurés furent exécutés, dont François Lay, Claude Javogues, Antoine Huguet et Joseph Cusset, d'anciens Montagnards. Jean-Baptiste Drouet, le héros de Varennes, parvint à s'enfuir. Gracchus Babeuf, cheville ouvrière de cette première tentative d'instauration d'une société « communiste », avait déjà été arrêté et devait être guillotiné quelques mois plus tard.
Rue Viala — Joseph Agricol Viala
Elle porte le nom de Joseph Agricol Viala, jeune héros des armées de la République tué par les royalistes au bac de Bonpas sur la Durance le 6 juillet 1793.
9 rue Humblot — les jeunesses communistes
Siège des mouvements de jeunesse du PCF après la Seconde Guerre mondiale : l'UJRF (Union de la Jeunesse Républicaine de France), qui deviendra l'UJCF et l'UJFF (Union des Jeunes Filles de France). C'était aussi le siège du journal des Jeunesses communistes : « l'Avant-Garde ».
14-18 place Dupleix — caserne Dupleix, massacre des Fédérés
La caserne Dupleix fut le théâtre du massacre de nombreux Fédérés faits prisonniers le 23 mai 1871, pendant la Semaine sanglante.
Caserne Dupleix
Vers l’arrêt 15 →
Gagnez le Champ-de-Mars par l'avenue de Suffren, en direction de la rue Dupleix et de l'avenue de La Motte-Picquet.
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Arrêt 15
★ Incontournable~15 min
Champ-de-Mars — la Grande roue, la Cagoule et l'Étoile nord-africaine
La roue de l'Expo 1900, un ministre visé par la Cagoule et les militants algériens de la rue Cambronne.
📍 Av. de Suffren, rues Dupleix, Alasseur, du Laos et Cambronne, 15e arr.
Aux abords du Champ-de-Mars, la mémoire des Expositions universelles côtoie celle des filières d'évasion, des complots d'extrême droite et de l'anarchisme militant.
5 rue Dupleix et 10 rue Alasseur — planque et filière d'évasion
Au 5 rue Dupleix, planque du colonel Rétoré, responsable du réseau « Alliance » en zone Nord au printemps 1942 pour l'Intelligence Service britannique ; il passera à l'Organisation civile et militaire puis trahira. Au 10 rue Alasseur, demeure de Mme Julien, qui hébergeait fugitifs et aviateurs abattus en attente d'évacuation, en relation avec Marie-Claire Chamming's ; elle fut arrêtée à l'automne 1943.
16 rue du Laos — Vincent Auriol
Demeure de Vincent Auriol, ministre des Finances appartenant à la SFIO, futur premier président de la Quatrième République. Il fut l'objet d'un projet d'enlèvement par la Cagoule alors qu'il habitait ici en 1936.
Remontez le boulevard Garibaldi et gagnez la rue César Franck, puis la place de Breteuil.
16
Arrêt 16
Optionnel~15 min
Vaugirard-nord — Garibaldi, César Franck et le puits artésien
La barrière des Paillassons, le refuge de Victor Serge et le puits artésien de Grenelle.
📍 Bd Garibaldi, rues Miollis, Valentin Haüy et César Franck, place de Breteuil, 15e / 7e arr.
Ce quartier plus bourgeois, à la lisière du 7ème, garde le souvenir de l'octroi, de la vie littéraire et intellectuelle et d'un exploit d'ingénierie hydraulique du 19ème siècle.
33 rue Miollis et 57 bd Garibaldi — école et barrière des Paillassons
Au 33 rue Miollis, groupe scolaire remarquable construit au début du 20ème siècle en briques polychromes et décoré de mosaïques. Au 57 bd Garibaldi, emplacement de la barrière des Paillassons, au carrefour de l'avenue de Suffren : un nom original pour une porte de ville, dû à la présence d'une manufacture qui les fabriquait.
16 rue Valentin Haüy — Willy et Colette
Demeure en 1900 d'Henry Gauthier-Villars, dit Willy, époux de Colette, qui signa les premiers romans de l'écrivaine.
Haüy Valentin
8-11bis rue César Franck — Fourastié, les Paz et Victor Serge
Au 11bis, immeuble remarquable en pierres de taille et briques, dessiné par les architectes Noël et Gaston Martin et orné par le sculpteur Paul Le Begue. Au 10, demeure de l'économiste Jean Fourastié, auteur de l'expression « les Trente glorieuses », de 1942 à 1978. Au 8, demeure de Maurice et Madeleine Paz : lui était l'avocat de Léon Trotsky ; ils hébergèrent Victor Serge en 1937.
Léon Trotsky Victor Serge
Place de Breteuil — le puits artésien de Grenelle
Le puits artésien de Grenelle se trouvait à l'emplacement de la statue de Pasteur. Il avait été foré sous la direction de l'ingénieur Georges Mulot et jaillit le 27 février 1841. Profond de 547 mètres, sa tour mesurait 42 mètres et était destinée à amener l'eau à la pression du réservoir du Panthéon.
Rejoignez la rue Duroc et le boulevard des Invalides pour la dernière étape, avant de revenir au point de départ.
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Arrêt 17
★ Incontournable~12 min
Boulevard des Invalides — salons, couvents et retour au départ
Le salon d'Étienne de Beaumont, le couvent des Oiseaux et le cours Simon.
📍 Bd des Invalides, 7e arr., puis retour place Léon-Paul Fargue, 15e arr.
La dernière étape frôle le 7ème arrondissement et ses institutions religieuses et mondaines, avant de refermer la boucle place Léon-Paul Fargue, notre point de départ.
52-98 bd des Invalides — salon, couvent des Oiseaux et cours Simon
Au 52, salon qu'Étienne de Beaumont tenait dans l'Hôtel Masseran en 1923, fréquenté par Jean Cocteau et Lucien Daudet, qui servit de modèle à Raymond Radiguet pour « Le Bal du comte d'Orgel ». Aux 59-67, emplacement du couvent des Oiseaux, transformé en prison en 1794 ; les dernières religieuses en furent expulsées le 26 juillet 1907. Au 61, un local des Frères des écoles chrétiennes, transformé en ambulance de la presse pendant le siège de Paris en 1870, où dix enfants furent tués dans leur dortoir par un obus prussien le 13 janvier 1871. Au 98, le cours Simon, l'un des plus prestigieux cours de formation de comédiens, se tint de 1925 à 1980.
Jean Cocteau
14-26 rue Desaix — puits et Imprimerie nationale
Au 14, la cave de cet immeuble recèle un puits toujours en eau. Au 26, l'Imprimerie nationale, qui publie entre autres le Journal Officiel, est installée là depuis 1903.
Fin de notre parcours. Outre la base de données « Paris révolutionnaire », principales sources : Alain Rustenholz, Paris Ouvrier des Sublimes aux Camarades & Paris des avant-gardes, Parigramme 2003-04 ; Anne Thoraval, Des Résistants à Paris, SPE-Barthélemy, 2001 & Les lieux de la Résistance à Paris, Parigramme, 2007.
Fargue Léon-Paul
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.