La Révolution bolchévique se prépare... du côté de Montsouris
Sur les traces de Lénine, Trotsky et des exilés russes qui préparèrent la révolution d'Octobre au cœur du 14e arrondissement, entre Denfert-Rochereau et le parc Montsouris.
📍 15 arrêts
🚶 ~6.5 km
⏱ ~3h30
📖 14e–13e arr.
Plan de l'itinéraire, de Denfert-Rochereau au parc Montsouris
Dans les années 1880, suite à l'assassinat du tsar Alexandre II et à la répression qui s'ensuit, de nombreux révolutionnaires russes émigrent en France, principalement à Lyon et dans les 13ème et 14ème arrondissements de la capitale. Il s'agit essentiellement de représentants de l'intelligentsia, issus du mouvement « Narodniki ». C'est le cas d'Ossip Zetkin, que rejoint Clara en 1882.
Ossip ZETKIN
Clara ZETKIN, née Clara EISSNER
Dès 1885, la police politique russe, l'Okhrana, installe un bureau à Paris sous la direction de Piotr Ratchkovski. Au début du 20ème siècle, ce sont des socialistes russes — ils se désignaient alors comme « socio-démocrates », la plupart se référant au marxisme — qui sont contraints à l'exil, en particulier après la révolution de 1905 écrasée dans le sang. La police française, qui les surveille, confondra d'abord ces différents courants sous l'appellation de « nihilistes ».
Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, lui aussi exilé, s'installe à Londres en 1902 et fait de nombreux séjours en France. C'est lors d'une brève visite en Bretagne, à Loguivy près de Paimpol, qu'il met la dernière main à « Que faire ? », texte qui jouera un rôle essentiel dans l'évolution du parti. En 1903, au 2ème congrès tenu à Bruxelles puis à Londres, le parti se divise entre bolcheviks, majoritaires, et mencheviks, minoritaires — ces tendances s'inverseront rapidement sous l'influence de Georges Plekhanov, mais les appellations subsisteront.
Georges PLEKHANOV
Après un détour par la Suisse, Lénine vient finalement s'installer à Paris pour un peu moins de 4 ans, de décembre 1908 à juillet 1912 — une période d'intenses conflits politiques au sein de la social-démocratie russe.
Vladimir Ilitch OULIANOV, dit LÉNINE
La capitale française devient dès lors la principale base arrière du POSDR. Plusieurs dirigeants de la future URSS y séjourneront ; les journaux révolutionnaires y seront édités ; les luttes entre fractions s'y développeront. C'est à Paris, par exemple, que Lénine rédigera « Matérialisme et empiriocriticisme », critiquant les théories de Bogdanov et de Plekhanov.
Alexandre BOGDANOV
Tous ou presque vont demeurer dans ce 14ème arrondissement, autour du parc Montsouris, où ils se côtoieront quasi quotidiennement, promenant pour certains leurs enfants au hasard des allées. Les réunions, elles, se tiendront plutôt entre Denfert-Rochereau et la porte d'Orléans. D'autres révolutionnaires avaient vécu dans ces parages dès la fin du 19ème siècle, comme Rosa Luxemburg en 1894. C'est ce quartier, riche d'une Histoire très internationale, que nous allons parcourir.
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Arrêt 1
★ Incontournable~10 min
Denfert-Rochereau
Sous le Lion de Belfort, le PC secret de la Libération de Paris.
📍 Place Denfert-Rochereau, 14e arr.
Notre balade part du métro Denfert-Rochereau. Sous cette place, à l'aplomb du Lion de Belfort, se trouve un abri de la Défense passive. En août 1944, il abritait le PC secret du colonel Henri Rol-Tanguy, chef militaire de la Résistance parisienne.
Cet abri présentait l'avantage d'avoir plusieurs accès, chacun contrôlé par un réseau de Résistance — tels le service des Eaux de la ville de Paris situé au 9 rue Schœlcher, ou la gare Denfert-Rochereau, aujourd'hui affectée au RER —, le tout étant relié aux Catacombes. C'est de ce PC souterrain que fut dirigée, à partir du 19 août, l'insurrection qui aboutit à la Libération de la capitale, avec l'aide de la 2ème DB du général Leclerc.
Contrairement à ce qu'a retenu l'histoire officielle, nous savons que les Allemands étaient au courant de l'existence de ce QG. On ne saura sans doute jamais pourquoi ils ne sont pas intervenus ; peut-être pour les mêmes raisons qui ont décidé le général Von Choltitz à ne pas faire sauter Paris…
Vers l’arrêt 2 →
Prenez l'avenue du Général Leclerc, en direction de la porte d'Orléans.
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Arrêt 2
★ Incontournable~15 min
Avenue du Général Leclerc
L'ancienne avenue d'Orléans, artère des conciliabules bolcheviques.
📍 Avenue du Général Leclerc, 14e arr.
C'est le long de cette avenue — l'ancienne avenue d'Orléans — que se tinrent, entre Denfert-Rochereau et la porte d'Orléans, nombre des réunions de la fraction bolchevique du POSDR. Cafés, hospice, agence bancaire : chaque numéro garde une trace de cette histoire très internationale.
N° 5 — Le café du Lion
Au café du Lion, siège du club des joueurs d'échecs dont Lénine était un habitué, se tenaient des réunions de la fraction bolchevique. Ironie de l'Histoire, il est aujourd'hui devenu un Mac-Do.
Dans l'ancien café des Manilleurs se tenaient également des réunions de la fraction bolchevique du POSDR, auxquelles participaient Lénine et Kroupskaïa. L'une d'elles fut perturbée par Lounatcharsky, à la tête du groupe « En avant », suite à l'impossible réconciliation tentée par la majorité du parti en 1911.
Il y avait alors, selon la police, 25 à 35 000 Russes exilés à Paris, dont 550 anarchistes et un millier de socialistes révolutionnaires.
L'hospice de La Rochefoucauld est l'ancienne Maison royale de Santé, fondée sous Louis XVI en 1780. Dans son enceinte se trouve un ancien puits sans margelle traversant la carrière en sous-sol. L'eau y est encore visible au fond, ce qui est relativement rare à Paris. Il serait d'ailleurs déconseillé de la boire aujourd'hui...
Devant cet établissement, au bord du trottoir, subsistait il y a peu une des dernières bornes kilométriques de Paris ; borne en fonte indiquant « N 20, 3 Km de Notre-Dame ». Sans doute implantées vers le milieu du 19ème siècle, elles étaient disposées tous les 500 m. Il en subsistait une autre devant le n° 73. Elles ont aujourd'hui disparu ; on peut encore les visualiser sur le sympathique blog Paris-bise-art qui les a recensées.
N° 17-19, 19, 26-28 et 40 — Villa Adrienne, Crédit Lyonnais, Moulin d'Amour, métro Mouton-Duvernet
Au 17-19, la Villa Adrienne, intéressant square de la fin du 19ème siècle, est malheureusement interdite au public. Au 19, c'est dans l'agence Z du Crédit Lyonnais que Lénine plaça les fonds du POSDR dont il était dépositaire, au grand dam de ses opposants.
Aux 26-28 se trouvait le Moulin d'Amour, qui porta aussi le nom nettement moins poétique de Moulin du Pavé. Datant de 1191, il aurait été l'un des plus vieux moulins à vent de Paris, avant de devenir — comme tant de ses congénères — un cabaret. Il disparut en 1916.
Face au 40 subsiste une de ces magnifiques bouches de métro Guimard, celle de la station Mouton-Duvernet. Cette ligne date de 1909 ; Lénine l'a empruntée maintes fois pour se rendre à la gare du Nord où il confiait clandestinement à des cheminots le courrier échangé avec la Russie…
Revenez sur vos pas avenue du Général Leclerc vers Denfert-Rochereau, puis prenez la rue Daguerre à gauche.
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Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
Rue Daguerre et rues voisines
Résistantes, révolutionnaires russes et le Douanier Rousseau.
📍 Rue Daguerre et rue Lalande, 14e arr.
C'est sur une maison de la rue Daguerre que tomba le premier obus prussien lors du siège de Paris, le 5 janvier 1871. La rue mêle mémoire de la Résistance, presse révolutionnaire russe et souvenirs d'artistes.
Rue Daguerre, n° 1-3 — Félix Potin et Lise Ricol
Emplacement d'un magasin Félix Potin dont Lise Ricol, la future compagne d'Artur London, alors dirigeante des « Comités patriotiques féminins » qui deviendront l'Union des femmes françaises, organise le pillage le 1er août 1942. Deux policiers et un officier allemand sont tués dans l'affaire. Lise est arrêtée et déportée à Ravensbrück puis à Buchenwald.
Lise RICOL Artur LONDON
Rue Daguerre, n° 19 et 79 — imprimerie Rosen, PCI, Ambroise Croizat
Au 19, en 1916, l'imprimerie Rosen tirait ici les journaux russes Nache Slovo puis Natchalo, édités par les Mencheviks autour de Trotsky. Le siège du Parti Communiste Internationaliste, le PCI, s'installa ici dans l'immédiat après-guerre en 1945.
Les courageux pourront faire un aller-retour jusqu'au n° 79 ; ce fut l'adresse en 1936 d'Ambroise Croizat, futur ministre du travail représentant le PCF à la Libération, le « père » de la Sécurité Sociale.
Ambroise CROIZAT
Rue Daguerre, n° 44 — le Douanier Rousseau
Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, avait son domicile et son atelier au n° 44.
Henri ROUSSEAU, dit le douanier
Rue Lalande — Natalia Sedova
Prenez la rue Lalande à gauche. C'est dans cette rue que demeurait Natalia Sedova lorsqu'elle rencontra Léon Trotsky à l'automne 1902.
Vers l’arrêt 4 →
Rue Liancourt à droite, rue Sivel à gauche, rue Charles Divry à droite, puis rue Gassendi à gauche.
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Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Rue Gassendi et square de l'Aspirant Dunand
Trotsky à Paris, et la statue-manifeste de Michel Servet.
📍 Rue Gassendi et rue Mouton-Duvernet, 14e arr.
Ce petit détour rassemble deux figures très différentes : le jeune Trotsky à son premier séjour parisien, et l'humaniste Michel Servet, érigé en symbole de la lutte contre l'obscurantisme.
Rue Gassendi, n° 46 — Léon Trotsky
Léon Trotsky demeure ici en 1903, lors de son premier séjour à Paris, avec Natalia Sedova qu'il a rencontrée à l'automne précédent dans une popote tenue par des militants de l'Iskra.
Léon TROTSKY Natalia SEDOVA
Rue Mouton-Duvernet — la statue de Michel Servet
Faites un aller-retour dans la rue Mouton-Duvernet jusqu'à la statue de Michel Servet, en bordure du petit square de l'Aspirant Dunand. Sa symbolique est doublement intéressante : d'une part, Servet fut condamné au bûcher par deux fois — la première par les catholiques, à laquelle il échappa, la seconde par les protestants à Genève —, ce qui tendrait à prouver que l'intolérance, entre autres religieuse, est la chose au Monde la mieux partagée… D'autre part, la statue est représentative de la lutte contre l'obscurantisme menée en France entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle : est-ce un hasard si ce monument fut érigé « À la garde du peuple » — comme indiqué sur son piédestal — face à la mairie du 14ème arrondissement en 1908… Une lutte qui a repris, ces dernières années, une cruelle actualité...
Jean Moulin, un Communard déporté et les FTP-MOI du groupe Manouchian.
📍 Rue des Plantes et impasse du Moulin Vert, 14e arr.
Un passage typique du 14ème arrondissement se cache au n° 21 de la rue des Plantes. Mais c'est la mémoire de la Résistance et de la Commune qui domine ce secteur.
Impasse du Moulin Vert, n° 24 — Alfred-Édouard Billioray
Demeure d'Alfred-Édouard Billioray, membre du premier Comité central de la Garde nationale pour le 103ème bataillon. Élu au Conseil de la Commune le 26 mars 1871, il fut nommé délégué aux Services publics, puis aux Finances. Fait prisonnier pendant la Semaine sanglante, il est emprisonné puis, s'étant évadé et ayant été repris, déporté en Nouvelle-Calédonie où il meurt en 1876, peu après son arrivée.
Rue des Plantes, n° 34bis et 79 — le Moulin Vert et le groupe Manouchian
Le restaurant le Moulin Vert, fréquenté par les officiers allemands et les collabos pendant l'Occupation, fut la cible d'un attentat à la grenade par Roger Rouxel et Robert Witchitz, membres des FTP-MOI qui seront assassinés avec le groupe Manouchian.
Nous n'irons pas jusqu'au n° 79, près de la porte de Châtillon, où habitaient Mélinée et Missak Manouchian lorsque ce dernier fut arrêté une première fois le 7 octobre 1939, comme membre de la direction du PC, suite à la signature du pacte germano-soviétique. Aucune plaque n'y a été apposée.
Robert WITCHITZ Missak MANOUCHIAN — L'Affiche Rouge
Rue Antoine Chantin, n° 8 — la première imprimerie russe de Lénine
Emplacement de la première imprimerie à Paris des journaux russes Le Social-démocrate et Proletari (le Prolétaire). Lorsque Lénine arrive, en 1908, il apporte de Genève les caractères cyrilliques nécessaires à leur composition. Ce local se révélera vite inapproprié et l'imprimerie devra déménager au 110 avenue d'Orléans.
Vers l’arrêt 6 →
Prenez l'avenue Jean Moulin à gauche jusqu'à la place Victor et Hélène Basch.
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Arrêt 6
★ Incontournable~12 min
Place Victor et Hélène Basch
Dernier bastion des Fédérés et café favori de Lénine.
📍 Place Victor et Hélène Basch, 14e arr.
Cette place est nommée en mémoire de Victor Basch, philosophe et universitaire d'origine hongroise, cofondateur et président de la Ligue des droits de l'homme, assassiné par la Milice avec sa femme Hélène en janvier 1944.
L'église Saint-Pierre-du-Petit-Montrouge
L'église Saint-Pierre du Petit Montrouge accueillit pendant la Commune les réunions du Club des Montrougiens et abrita une ambulance. Pendant la Semaine sanglante, elle servit à la fois d'arsenal et d'observatoire — un canon avait été hissé dans son clocher. Une barricade, dite des Quatre chemins, dressée à ce carrefour fut le dernier bastion de résistance des Fédérés du 14ème arrondissement pendant la Semaine sanglante, le 23 mai 1871.
Faites un aller-retour dans la rue d'Alésia à gauche.
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Arrêt 7
Optionnel~8 min
Rue d'Alésia — le restaurant Pignarre
Jaurès, Vaillant et Lénine autour d'une conférence du POSDR.
📍 Rue d'Alésia, n° 99, 14e arr.
Il ne reste rien du restaurant Pignarre, dans la salle duquel se tint, du 3 au 9 janvier 1909, la 5ème conférence de la direction du POSDR à laquelle assistèrent Jean Jaurès et Édouard Vaillant. Un gymnase de la ville de Paris a pris sa place. Lénine avait déjà tenu dans cet établissement une conférence sur la situation du parti lors d'un séjour à Paris fin 1904.
Revenez place Victor et Hélène Basch pour prendre à droite l'avenue du Général Leclerc, vers la porte d'Orléans.
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Arrêt 8
★ Incontournable~10 min
Avenue du Général Leclerc — le siège du POSDR
L'« état-major léniniste » et son journal Proletari.
📍 Avenue du Général Leclerc, n° 110, 14e arr.
Au n° 110 se tenait la seconde imprimerie du Social-Démocrate, dans un pavillon qui existe toujours — le dernier au fond de la cour à droite. Lénine y faisait imprimer le journal de la fraction bolchevique, Proletari. Elle fut d'abord dirigée par M. F. Vladimirski, alias Kamski, puis par Aline ; les typographes se nommaient Vladimir, Riskine et Skourva.
Le premier étage servit de local au Comité Central du POSDR de 1909 à 1912. Le lieu prenait des noms différents selon les périodes : cela allait du « guêpier » à « l'état-major léniniste », mais certains l'appelaient « l'état-major des bandits ». Nous avons ainsi une petite idée de la chaude ambiance qui pouvait régner. La lutte politique n'est décidément pas un dîner de gala !
Un fait significatif cependant : nombre des opposants de cette époque à la fraction bolchevique, les « conciliateurs », occupèrent de son vivant des postes importants dans le futur gouvernement soviétique. Ce ne fut pas le cas par la suite, puisque la quasi-totalité des membres du Comité central léniniste disparut dans la tourmente stalinienne…
Rue Leneveux, n° 7 et 4 — Zinoviev et Jean Texcier
Revenez sur vos pas pour prendre à droite la rue Alphonse Daudet, puis la rue Leneveux à gauche. Au n° 7 demeurait Gregory Evséiévitch Radomylsky, dit Zinoviev, arrivé à Paris en même temps que Lénine en 1908. Il était étroitement surveillé par l'Okhrana, qui avait installé une planque dans un hôtel de la rue Alphonse Daudet d'où elle surveillait les allées et venues des deux hommes entre leur domicile et le siège du parti, avenue d'Orléans.
Au n° 4 demeurait Jean Texcier, qui publia en juillet 1940, avec l'aide de l'imprimeur Keller, une brochure intitulée Les conseils à l'occupé, bien accueillie par une population qui, revenant d'exode et confrontée à la présence de l'armée allemande, ne savait trop quelle attitude adopter.
Gregory ZINOVIEV
Rue Marguerin, n° 11 — « Je suis partout »
Faites un aller-retour dans la rue Marguerin. Au n° 11, cet immeuble abrita de 1940 à 1944 le siège de « Je suis partout », journal collaborationniste commandité par Charles Lesca et animé par Antoine Cousteau (le frère du fameux commandant), Lucien Rebatet et Robert Brasillach, fusillé à la Libération. En 2010 encore, un hommage religieux était rendu à ce dernier. Comme quoi la lutte contre la réaction la plus crasse n'est jamais finie.
Je suis partout, journal antisémite, antibolchévique et collabo Pierre-Antoine COUSTEAU
Vers l’arrêt 9 →
Rue Adolphe Focillon, puis rue Sarette à gauche, jusqu'à la rue Marie-Rose.
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Arrêt 9
★ Incontournable~15 min
Rue Marie-Rose et rue Beaunier — les demeures de Lénine
Le cœur du parcours : là où vécurent Lénine, Kroupskaïa et Inès Armand.
📍 Rue Marie-Rose et rue Beaunier, 14e arr.
Nous arrivons au cœur de la balade : les deux adresses successives où Lénine vécut à Paris, entre décembre 1908 et juin 1912, entourés de ses proches et de ses camarades d'exil.
Rue Marie-Rose, n° 7 — le père Corentin Cloarec
Couvent des Franciscains où vivait le père Corentin Cloarec, assassiné par les nazis le 28 juin 1944 pour avoir aidé des ouvriers réfractaires au STO.
Demeure de Vladimir Ilitch Oulianov, alias Lénine, et de sa femme Nadejda Konstantinova Kroupskaïa, ainsi que de la mère de cette dernière, de juillet 1909 à juin 1912. Ils logeaient au 2ème étage gauche (fenêtre de droite sur la façade).
Après-guerre, le PCF avait transformé l'appartement en un musée, aujourd'hui depuis longtemps fermé. On voit encore la trace de la plaque apposée autrefois sur la façade ; elle fut supprimée il y a 20 ou 30 ans suite au projet, rejeté par les riverains, de rebaptiser la rue du nom de son illustre locataire. Signe des temps…
Il ne nous reste plus qu'à imaginer Lénine entretenant son vélo, le dimanche matin, sur le trottoir devant l'entrée de l'immeuble — cette bicyclette dont il prenait grand soin et qu'il enfourchait dès le printemps venu pour de grandes balades dans les environs de la capitale avec Kroupskaïa. Il se la fit voler à la Bibliothèque nationale où il se rendait pour étudier.
Demeure d'Elisabeth Armand, dite Inès ou Inessa, qui vint rejoindre Lénine à Paris en 1910. Elle fut sa très proche collaboratrice… et, disons-le, son grand amour.
Inès ARMAND
Rue Beaunier, n° 24 — la première demeure parisienne de Lénine
Prenez la rue du Père Corentin à droite, puis la rue Beaunier à gauche. Au n° 24 se trouve la première demeure de Lénine à Paris, du début décembre 1908 à juillet 1909, au 2ème étage. Il habita là, arrivant de Suisse, avec Kroupskaïa et la mère de celle-ci ; sa sœur Maria vécut d'abord avec eux.
Julius Martov, ami intime de Lénine bien que menchevique, était fréquemment invité chez eux. Mais le concierge voyait d'un mauvais œil ces « anarchistes » s'installer dans son immeuble. À l'été suivant, ils déménagèrent donc pour la rue Marie-Rose toute proche.
Gagnez la place Jules Hénaffe, en passant devant les réservoirs de Montsouris.
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Arrêt 10
★ Incontournable~20 min
Autour du parc Montsouris — le quartier des artistes
Le Corbusier, Braque, Foujita et les villas d'ateliers du 14e.
📍 Square Montsouris, rues Georges Braque et du Parc Montsouris, 14e arr.
Place Jules Hénaffe, nous passons devant les réservoirs de Montsouris, principales réserves d'eau de la ville de Paris. S'ouvre alors un quartier très « artistique », semé de villas-ateliers et de petits coins de province au cœur de la capitale.
Anciennement rue du Douanier, rebaptisée en 1949 car elle était la seconde consacrée à Henri Rousseau dans le 14ème arrondissement, ce qui faisait tout de même beaucoup, quel que soit le génie d'un peintre adulé par Picasso, Foujita, Derain, Braque et les surréalistes.
Au n° 6, demeure et atelier de Georges Braque, qui vécut là à partir de 1927 et y mourut en 1963. Au n° 8, villa conçue par l'architecte André Lurçat, frère de Jean, pour le peintre Walter Guggenbühl, en 1927.
Rue du Parc Montsouris, n° 3 et Villa du Parc Montsouris — Foujita, Youki, Desnos
Au n° 3 de la rue du Parc Montsouris demeuraient Foujita et Lucie Badoud, alias Youki, qui formèrent avec Robert Desnos, vers 1930, un célèbre « triangle amoureux ». Au n° 2 de la rue Émile Deutsch de la Meurthe, en 1870, un certain Chardon, instituteur reprenant l'idée de Sanis, installait un « Géorama universel », carte en relief de la France à l'échelle 3/10000èmes, curiosité depuis longtemps disparue. Jetons enfin un coup d'œil à la Villa du Parc Montsouris, sympathique impasse typique du 14ème arrondissement.
Foujita et Youki
Vers l’arrêt 11 →
Nous pénétrons dans le parc Montsouris.
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Arrêt 11
★ Incontournable~25 min
Le parc Montsouris et ses abords
La Mire du Sud, Zinoviev, Kamenev, Lounatcharsky et Rosa Luxemburg.
📍 Parc Montsouris et rues Roli, Gazan et avenue Reille, 14e arr.
Le parc Montsouris a inspiré de nombreux créateurs, du Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda à L'affaire du collier, bande dessinée d'Edgar P. Jacobs mettant en scène Blake et Mortimer. Il mériterait une balade à lui seul ; nous nous contenterons de glisser le long du boulevard Jourdan, en passant devant la Mire du Sud, un des repères de la Méridienne de Paris, initialement implantée dans le jardin de l'Observatoire et transportée ici en 1806. Ses abords concentrent quelques-unes des demeures les plus emblématiques des exilés russes.
Nous ressortons du parc par son autre extrémité. Au n° 3, demeure jusqu'à sa mort en mer le 7 décembre 1936 de l'aviateur Jean Mermoz, dans un immeuble style Art déco remarquable, réalisé par l'architecte Michel Roux-Spitz et décoré par le maître verrier Jean Perzel. Plus à l'aise dans les airs que sur le plancher des vaches politique, Mermoz adhéra aux Croix de feu ; après la dissolution des ligues fascistes, il devint vice-président du Parti social français (PSF) fondé par le colonel de La Roque.
Jean MERMOZ
Rue Roli, n° 11 — Zinoviev, Kamenev et Lounatcharsky
Au 3ème étage demeurait Gregory Zinoviev, lors de son premier séjour à Paris en 1904. Au 2ème étage, en 1908, demeurait Lev Borissovitch Rosenfeld, alias Kamenev, futur président du Soviet de Moscou. Au 3ème étage encore demeurait Anatoli Lounatcharsky, futur Commissaire du peuple à l'Instruction publique. Des réunions du « Cercle de la culture prolétarienne » et du groupe « En avant », dont il est le leader, se tiennent dans son appartement ; y participent Alexandre Bogdanov, Gregory Aleksinski, Dmitri Manouïlski, dit Chômeur… autant d'opposants à la fraction bolchevique de Lénine qui participeront pourtant au futur pouvoir soviétique.
Lev Borissovitch KAMENEV Anatoli LOUNATCHARSKY
Rue d'Arcueil, n° 2 — la Villa Corot
Prenez la rue d'Arcueil à gauche. Au n° 2, la Villa Corot abritait les ateliers de nombreux sculpteurs, dont Charles Despiau, Paul Belmondo — le père de Jean-Paul — et Michel Coste, au début du 20ème siècle.
Rue Gazan, n° 20 — le Pavillon Montsouris
Le restaurant « le Pavillon Montsouris » a toute une histoire. En juillet 1912, les bolcheviques de Paris y organisent une réunion d'adieu pour le départ de Lénine et de Kroupskaïa à Cracovie, où ils vont s'installer afin de se rapprocher de la Russie. C'est aussi dans ce restaurant que Margaretha Geertruida Zelle, alias Mata Hari, exerce ses coupables « activités » en 1917. Entre-deux-guerres, il est fréquenté par Georges Braque, le Douanier Rousseau, Foujita, Louis Jouvet, Marcel Carné, Jacques Prévert, Eugène Ionesco, Marguerite Yourcenar… et pendant l'Occupation, des militants y tiennent, dans les caves, les réunions d'un réseau de la Résistance.
Repassez par l'intérieur du parc en longeant le lac pour rejoindre l'avenue Reille, puis prenez à droite. Au n° 7, dans une chambre au 3ème étage, demeura Rosa Luxemburg en 1894. Venue à Paris pour faire imprimer La Cause ouvrière, elle est la fondatrice des partis sociaux-démocrates de Pologne et de Lituanie, puis de la Ligue spartakiste en Allemagne. La social-démocratie sera passée massivement à la collaboration de classe quand elle l'assassinera, avec Karl Liebknecht, lors de la révolution allemande, à Berlin, le 15 janvier 1919.
Rosa LUXEMBOURG
Avenue de la Sibelle — l'aqueduc romain
Impasse Reille, puis avenue de la Sibelle à gauche : une borne cylindrique récente, portant un dessin de la Louve romaine, marque le passage d'un ancien aqueduc gallo-romain.
Avenue Reille à droite, rue Saint-Yves, puis rue de la Tombe Issoire à droite.
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Arrêt 12
★ Incontournable~20 min
Rue de la Tombe Issoire et Villa Seurat
Dali, Miller, Nin, Soutine — la villa Seurat, laboratoire des Montparnos.
📍 Rue de la Tombe Issoire et Villa Seurat, 14e arr.
La rue de la Tombe Issoire est une ancienne voie romaine menant vers Orléans ; c'est aussi le chemin qu'empruntaient les pèlerins passant par Paris pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle. Au n° 101 bis, à l'angle de la villa Seurat, demeura Salvador Dali avec Gala.
Au n° 3 demeurait le peintre pointilliste Marcel Gromaire. Au n° 4, la demeure de Jean Lurçat, conçue en 1924 par son frère l'architecte André Lurçat, fut le laboratoire architectural des « Montparnos » dans les années 20. Au n° 7 bis, demeure et atelier de la sculptrice figurative Chana Orloff, représentante de l'« École de Paris », en 1926.
Jean LURÇAT André LURÇAT et le pavillon qu'il réalisa pour son frère
Villa Seurat, n° 18 — Henry Miller et Anaïs Nin
Demeure d'Henry Miller et d'Anaïs Nin, d'abord chez Michael Fraenkel qui les héberge au 2ème étage en 1931, puis au 3ème de septembre 1933 à 1939. Il y fait la connaissance de Blaise Cendrars et de George Orwell, venus le rencontrer ; c'est ici qu'il commence la rédaction de ses Tropiques. Y demeurèrent aussi Chaïm Soutine en 1937, Antonin Artaud au 3ème étage à la fin des années 20, et de nouveau Salvador Dali et Gala en 1932-1933.
Vers l’arrêt 13 →
Reprenez la rue de la Tombe Issoire (au n° 83, une cour typique bordée d'ateliers d'artistes), rue Bezout à gauche, rue Hallé à droite — un petit village à Paris —, jusqu'à l'avenue René Coty.
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Arrêt 13
★ Incontournable~15 min
Avenue René Coty et place Saint-Jacques
Le bain de pieds des carriers, la trêve rompue et la Barrière Saint-Jacques.
📍 Avenue René Coty et place Saint-Jacques, 14e arr.
Nous croisons l'avenue René Coty. Au n° 11, sous nos pieds au milieu du trottoir, se trouve le « bain de pieds des carriers », puits souterrain creusé par les ouvriers des galeries d'extraction de pierre devenues les Catacombes. C'est dans cette avenue, à une adresse inconnue, que se réunit le 21 août 1944 le Comité national de la Résistance, dirigé par Alexandre Parodi et Pierre Villon, pour décider de rompre la trêve — jamais réellement appliquée — conclue quelques jours plus tôt avec le général allemand Von Choltitz. Nous laissons sur la droite la rue Dareau, au n° 49 de laquelle fut saisi le 1er octobre 1941, par la BS1, le dépôt central de la propagande du PCF : 4 tonnes de papier et un million et demi de brochures.
Rue de la Tombe Issoire, n° 26-30 et Villa Saint-Jacques — la ferme de Montsouris
Prenez la rue de la Tombe Issoire à gauche. La bataille n'est pas terminée pour sauver ce qui fut la dernière ferme de Paris, la ferme de Moquesouris (Montsouris), sur laquelle les promoteurs avaient déjà planté leurs crocs. Lieu cher aux habitants du quartier, qui se battent avec leurs associations pour sauvegarder un site recélant les carrières médiévales du Port-Mahon, les vestiges d'un aqueduc gallo-romain et une crypte exceptionnelle. Nous passons devant l'entrée de la Villa Saint-Jacques, au n° 12 de laquelle Louis Pascano, membre du réseau « Vengeance-Libre Patrie » fondé par Philippe Viannay, imprima quelque temps le journal Défense de la France en 1941.
Place Saint-Jacques — la Barrière Saint-Jacques
Emplacement de la Barrière Saint-Jacques du mur des Fermiers généraux, encore appelée Barrière d'Arcueil ou Barrière de la Fosse aux lions. C'est là qu'on installa la guillotine pour les exécutions capitales de 1832 à 1851.
Le mur des Fermiers généraux, le groupe Octobre et la prison de la Santé.
📍 Boulevard Saint-Jacques et rue de la Santé, 14e arr.
Le boulevard Saint-Jacques longe l'ancien tracé du mur des Fermiers généraux. Aux n° 55-57, une bouche de métro Guimard d'un style un peu particulier, datant de 1906. À hauteur du n° 26, un souterrain creusé par des contrebandiers passait sous le mur vers 1815. Supprimé par l'Assemblée Constituante le 20 janvier 1791, l'octroi fut rétabli le 18 octobre 1798, tout de suite après une Révolution que « ce mur, murant Paris, rendant Paris murmurant » avait pourtant largement contribué à déclencher. Aux n° 15-17, le 2 juillet 1936, le groupe Octobre donne le « Tableau des merveilles » de Jacques Prévert, mis en scène par Lou Tchimoukow, pour les grévistes d'un entrepôt de la Samaritaine. Au n° 5, emplacement de la Barrière de la Santé, construite en 1786 et démolie en 1860.
Rue Jean Dolent, n° 23 et 27 — Blaise Cendrars, Renoir et la LDH
Rue de la Santé à gauche : nous passons devant la rue Jean Dolent, que nous pouvons prendre aller-retour. Au n° 23, demeure de Blaise Cendrars de 1950 jusqu'à sa mort en 1961 ; Auguste Renoir y avait eu l'un de ses nombreux ateliers. Au n° 27, siège de la Ligue des Droits de l'Homme.
Rue de la Santé, n° 42 — la prison de la Santé
La prison de la Santé fut souvent utilisée pour l'incarcération de militants politiques. Y furent notamment emprisonnés Victor Serge en 1912 (comme complice de la « Bande à Bonnot ») ; Pierre Monatte, Boris Souvarine, Fernand Loriot et Gaston Monmousseau pour « complot contre la sûreté de l'État » en mai 1920 — le préau se transforma alors en forum politique ; Pierre Sémard, Albert Treint, Georges Marrane au retour de la conférence d'Essen en 1923 ; Maurice Laporte et Gabriel Péri ; Jacques Doriot ; Marcel Cachin ; André Marty ; ou encore Jacques Duclos, condamné en avril 1940 à 4 ans de prison, son immunité parlementaire ayant été levée.
La Santé fut transformée officiellement en prison politique pendant l'Occupation. Trois militants y sont guillotinés le 28 août 1941 pour « propagande communiste », et trois autres le 23 septembre. Lors de leur transfert vers le Mont Valérien, les 23 condamnés du procès de la Maison de la Chimie entonnent la Marseillaise en quittant la Santé. Le 8 août 1942, Isidore Grinberg, 19 ans, combattant des Bataillons de la Jeunesse, est guillotiné dans la cour ; il y aura 18 guillotinés et 27 fusillés à la Santé pendant l'Occupation. Une révolte de prisonniers, organisée par les Résistants le 14 juillet 1944, se solde par 28 mutins fusillés par la Milice.
Rue Méchain, n° 13 — l'imprimerie Soïouz et Charles Rappoport
Traversez le boulevard Arago et continuez rue de la Santé, puis prenez la rue Méchain. Au n° 13, dans l'imprimerie coopérative russe « Soïouz » (« Union »), Pierre Monatte fit réaliser, vers 1910, la « Vie Ouvrière », alors revue syndicaliste révolutionnaire antiparlementaire ; elle a bien changé depuis… Charles Rappoport, l'un des fondateurs au Congrès de Tours de la Section française de l'Internationale Communiste — qui deviendra le Parti Communiste, et seulement en 1943 le « Parti Communiste Français » —, habita cette rue à son arrivée à Paris. Il quitta le parti en 1938, critiquant son suivisme face aux dérives de l'URSS.
Pierre MONATTE, avec l'équipe de la Grange aux Belles Charles RAPPOPORT
Vers l’arrêt 15 →
Rue du Faubourg Saint-Jacques à gauche, boulevard Arago à droite, pour revenir place Denfert-Rochereau.
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Arrêt 15
★ Incontournable~8 min
Retour place Denfert-Rochereau
Sous le regard du Lion de Belfort, la boucle est bouclée.
📍 Place Denfert-Rochereau, 14e arr.
Nous revenons à notre point de départ, place Denfert-Rochereau, sous le regard du Lion de Belfort, œuvre de Bartholdi. Ici s'achève notre parcours dans ce quartier riche d'une Histoire très internationale, où se croisèrent, à quelques années d'intervalle, les futurs dirigeants de la révolution d'Octobre, les artistes de l'École de Paris et les combattants de la Résistance.