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Balade · 3e–4e arr.

Le Marais 1ère partie : autour de la place des Vosges

Deux fois cœur de Paris — cour des rois puis salon des Précieuses — le Marais autour de la place des Vosges se lit comme un feuilleton où duels, révolutions et complots se succèdent d'un hôtel à l'autre.
📍 13 arrêts
🚶 ~3.2 km
⏱ ~3h
📖 3e–4e arr.
Le Marais 1ère partie : autour de la place des Vosges

Cette partie du Marais, aujourd'hui si commerciale et « rangée », fut à deux reprises le centre de la vie parisienne.

Aux XIVe et XVe siècles d'abord, après que Charles V, échaudé par l'insurrection de 1358, eut installé sa Cour dans l'Hôtel Saint-Pol, à l'abri de la Bastille qu'il venait de faire construire — ce qui confirme dès l'origine la destination défensive de cette forteresse contre le peuple de Paris. Les rues du quartier gardent le souvenir de ce séjour royal, de ses jardins et de sa ménagerie : rues Beautreillis, de la Cerisaie, des Lions Saint-Paul… Son fils Charles VI le Fou préféra s'installer, de l'autre côté de la rue Saint-Antoine, dans la Maison royale des Tournelles, séjour parisien des rois de France jusqu'à la mort d'Henri II.

Puis à nouveau au XVIIe siècle, autour de la place Royale — notre actuelle place des Vosges — bâtie à l'initiative d'Henri IV : la plus belle place du Paris de l'époque, qui disputait au Pont Neuf le titre de « cœur de la capitale ».

Situé entre les bouillants quartiers du Beaubourg, du Temple et du Faubourg Saint-Antoine, ce Marais ne sera pourtant jamais à l'avant-garde des mouvements révolutionnaires : il maniera toujours plus volontiers la plume — et le tiroir-caisse — que la pique ou le fusil.

Notre balade part du pied de la statue de Beaumarchais, devant le 10 de la rue Saint-Antoine, presque en face de l'entrée de la Bastille, à l'emplacement de l'actuel n° 5. Ce secteur ayant été décrit lors d'une autre balade « autour de la Bastille », nous laissons le promeneur curieux s'y reporter.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~12 min

Rue Saint-Antoine et l'Hôtel des Tournelles

Une des plus vieilles voies de Paris, et l'entrée disparue du palais des rois.
📍 Rue Saint-Antoine / impasse Guéménée, 4e arr.

Nous partons du pied de la statue de Beaumarchais, devant le 10 de la rue Saint-Antoine, presque en face de l'entrée de la Bastille — située à l'emplacement de l'actuel n° 5 — et nous prenons la rue Saint-Antoine en direction de l'ouest, vers le centre de la ville.

C'est une des plus anciennes voies de la capitale. Elle existait déjà à l'état de chemin du temps des Parisii. Elle devint voie romaine, prolongeant un des axes principaux du carrefour que constituait le site de Lutèce, et conduisait vers Melun et l'Est de la Gaule. Reliant l'Hôtel de Ville à la Bastille, elle a vu passer bien des troupes et des cortèges.

Impasse Guéménée — l'Hôtel des Tournelles

Ici s'ouvrait l'entrée de l'ancien Hôtel des Tournelles, demeure parisienne des rois de France de 1407 à 1563 : sous Charles VI, Charles VII et Charles VIII, Louis XI, Louis XII, François 1er et Henri II. Catherine de Médicis le quitta et le fit raser après la mort de son époux dans le fameux tournoi qui l'avait opposé à Montgomery.

Rue de Birague — 10, demeure de Lakanal

La rue fut rebaptisée rue Nationale pendant la Révolution, en 1792.

Au 10 demeurait Joseph Lacanal, dit Lakanal, député Montagnard, président du Comité d'Instruction publique pendant la Révolution. Il créa les « écoles centrales », c'est-à-dire les lycées de l'époque, en 1795.

Vers l’arrêt 2 →
Remontons la rue de Birague vers le nord : elle débouche directement sous une arcade de la place des Vosges.
2
Arrêt 2
★ Incontournable ~15 min

Place des Vosges

Centre de la vie parisienne au XVIIe siècle : duels, Précieuses, statues abattues et barricades.
📍 Place des Vosges, 4e arr.

Elle fut le centre de la vie parisienne pendant tout le XVIIe siècle. Aménagée à partir de 1605 sur l'emplacement de l'ancienne cour de l'Hôtel des Tournelles — où se tenait, après la destruction de celui-ci par Catherine de Médicis en 1565, un marché aux chevaux le jour et une cour des miracles la nuit — elle servit de champ clos à de nombreux duels. Le 27 avril 1578, les « mignons » d'Henri III — Caylus, Maugiron et Livarot — y affrontèrent les « créatures » de Guise — Entragues, Ribérac et Schomberg ; un massacre. Ses arcades furent ensuite le lieu de prédilection des « Précieuses », ridiculisées par Molière.

En 1639, on érigea en son centre une statue équestre de Louis XIII, dont on voit aujourd'hui la copie, l'originale ayant été détruite par les sans-culottes le 11 août 1792, au lendemain de la prise des Tuileries : presque toutes les représentations royales furent abattues ce jour-là à Paris. Jusqu'alors place Royale, elle fut rebaptisée place des Fédérés, puis de l'Indivisibilité en 1793, et enfin place des Vosges en 1800, en l'honneur du premier département qui ait payé ses impôts à la République.

Le 20 mars 1848, 10 000 compagnons de tous les devoirs et de tous les corps d'État s'y réunirent à l'initiative d'Agricol Perdiguier, pour prêter le serment d'en finir avec les querelles qui divisaient le monde ouvrier ; la place avait alors pris, le temps d'une révolution, le nom de place de la République. Le 24 juin de la même année, les insurgés y dressèrent une barricade commandée par Racary, un ouvrier mécanicien ; les combats y furent particulièrement violents.

Pendant le siège de Paris, en 1870, la place fut transformée en parc à canons — une centaine de pièces. Le 16 mars 1871, la Garde nationale Fédérée s'oppose à l'armée venue les enlever sur ordre d'Adolphe Thiers, qui s'était engagé à les remettre aux Prussiens ; certains avaient été récupérés in extremis à la gare d'Orléans, prêts à être livrés à Bismarck. Deux jours plus tard, à Montmartre, dans les mêmes circonstances, se déclenchait la Commune. Le 29 juin 1942, Léon Pakin et Élie Wallach, membres des FTP-MOI, y étaient arrêtés lors d'une action de sabotage dans un atelier de fourreur travaillant pour la Wehrmacht.

Faisons le tour de la place dans le sens inverse des aiguilles d'une montre.

4 — le marquis de Favras

Demeure du marquis de Favras, auteur d'un projet d'enlèvement de Louis XVI pour le compte du futur Louis XVIII, ainsi que d'un projet d'assassinat de La Fayette et de Bailly, alors respectivement commandant de la garde nationale et maire de Paris, tenus responsables de la « séquestration » du roi aux Tuileries. Favras sera pendu en place de Grève le 19 février 1790.

6 — Hôtel de Rohan-Guéméné, Victor Hugo et Milady

Hôtel de Rohan-Guéméné, demeure du chevalier de Rohan. Il y héberge Gilles du Hamel d'Atréaumont, dit Latréaumont, organisateur d'un complot visant à instaurer une république en Normandie puis dans le reste de la France en renversant Louis XIV. L'affaire éventée, Rohan est arrêté ici même en 1671, condamné et décapité devant l'entrée de la Bastille ; ses complices sont pendus, et Latréaumont tué lors de son arrestation.

C'est aussi la demeure de Victor Hugo d'octobre 1832 à 1848, dans un appartement du 2e étage aujourd'hui transformé en musée. C'est de là qu'il sauva Armand Barbès de l'exécution capitale, en écrivant en sa faveur à Louis-Philippe après l'insurrection de 1839. Y habita également le saint-simonien Pierre Dugied.

Et c'est à cette adresse que Dumas père situe la résidence de Milady de Winter. Il plagie un peu, ce cher Alexandre : il copie le personnage de la Miledi des « Mémoires de Mr. d'Artagnan » de Courtilz de Sandras, lui-même inspiré d'un personnage réel, Lady Carlisle, intrigante de la cour de Jacques 1er d'Angleterre. En donnant une telle adresse Dumas commet un anachronisme : sous Louis XIII, les immeubles n'étaient pas encore numérotés.

6 bis, 14, 18, 24 — Gautier, mairie, Daudet, pompe à eau

6 bis : demeure, chez ses parents à l'ex n° 8, de Théophile Gautier, de 1728 à 1834 ; il a alors 17 ans et commence là son premier roman, « Melle de Maupin », publié en 1835.

14 : mairie de l'ex 8e arrondissement, de 1793 à 1860. Les insurgés y désarment les gardes municipaux — les « cipeaux » — en faction devant ce bâtiment le 24 février 1848.

18 : demeure d'Alphonse Daudet en 1876, où il rédige ses « Rois en exil ».

24 : dans cette belle cour subsiste une des dernières pompes à eau à roue de Paris ; 93 recensées à ce jour, le Marais en recélant sans doute la plus forte concentration.

Vers l’arrêt 3 →
Sortez de la place par l'angle nord-est, sous l'arcade, et engagez-vous dans la rue du Pas de la Mule.
3
Arrêt 3
★ Incontournable ~12 min

Rue du Pas de la Mule et rue des Tournelles

Un cabaret de poètes et une enfilade d'hôtels où logèrent conventionnels et communards.
📍 Rue du Pas de la Mule / rue des Tournelles, 3e-4e arr.

3 rue du Pas de la Mule : à l'autre bout de la rue se trouvait vers 1645 le cabaret de la Fosse aux Lions, tenu par la Coiffier, fréquenté par de nombreux écrivains et poètes, parmi lesquels Tallemant des Réaux, Vincent Voiture, Girard de Saint-Amant…

Rue des Tournelles vers le nord — 48 à 88

48 : pompe à eau en cuivre à droite dans la première cour. 56 : pompe à eau en cuivre à gauche dans la cour.

58 : demeure de Merlin de Thionville, député à la Convention et représentant aux Armées, plus tard au Conseil des Cinq-Cents ; il meurt ici le 14 septembre 1833.

70 : demeure de Félix Pyat, journaliste républicain, membre de la Commune ; son « mauvais génie » selon Karl Marx.

88 : demeure de Charles Beslay, représentant du peuple à l'Assemblée constituante issue de la révolution de février 1848, alors partisan de la répression contre les Insurgés de Juin. Ami et disciple de Proudhon, adhérent à l'Association Internationale des Travailleurs en 1866, il sera le doyen des membres de la Commune en 1871 ; délégué à la Banque de France, il aura une attitude très conciliatrice envers ses dirigeants, qui obtiendront un sauf-conduit lui permettant de s'enfuir pendant la Semaine sanglante.

Vers l’arrêt 4 →
Rejoignez le boulevard Beaumarchais tout proche et prenez-le sur la droite.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~12 min

Boulevard Beaumarchais et rue Saint-Gilles

Vidocq salue l'Empire, Courbet se cache, et l'affaire du collier resurgit.
📍 Bd Beaumarchais / rue Saint-Gilles, 3e arr.

Sur le boulevard Beaumarchais, à droite :

76 : demeure, de 1850 à 1854, d'Eugène-François Vidocq. En 1851, il expose à sa fenêtre une banderole : « Louis-Napoléon, Messie du 2 décembre 1851, sois béni ! ». Le fondateur de la Sûreté nationale, ancien repris de justice passé au service de tous les régimes, grand spécialiste de la répression contre-révolutionnaire, employait ses anciens compagnons de truanderie pour cette besogne — loin du personnage sympathique du feuilleton télé.

69 : demeure de Paul Féval père, auteur du Bossu en 1857, mais aussi de 90 autres romans moins connus. 63 : demeure de Charles Nodier avant sa nomination à la bibliothèque de l'Arsenal en 1824.

Rue Saint-Gilles — 10, 12-14, 17

10 (peut-être au 13) : demeure de Jeanne de Valois-Saint-Rémy, comtesse de la Motte-Valois, personnage central de l'affaire du collier qui finit de détruire la réputation de Marie-Antoinette en 1782 et lui valut le surnom de « Madame Déficit ». L'intrigante comtesse y sera arrêtée le 6 août 1785.

12-14 : Hôtel de Venise, résidence des ambassadeurs de la cité des Doges à Paris de 1652 à 1903, dont il subsiste quelques vestiges. Ce fut la cachette de Gustave Courbet pendant la Semaine sanglante, chez son ami A. Lecomte, fabricant d'instruments de musique ; dénoncé, il fut arrêté le 7 juin 1871.

17 : demeure de Mousseron, entrepreneur de fumisterie, membre du Comité républicain du 3e arrondissement en septembre 1870 — ces comités qui allaient se fédérer en Comité central des Vingt arrondissements et jouer un rôle déterminant dans le déclenchement de la Commune.

Vers l’arrêt 5 →
Continuez vers la rue de Béarn, qui prolonge la rue de Birague au nord de la place.
5
Arrêt 5
★ Incontournable ~12 min

Rue de Béarn et le couvent des Minimes

Un haut lieu de la science baroque devenu caserne, section révolutionnaire et point de rassemblement de la rafle du billet vert.
📍 Rue de Béarn, 3e arr.

La rue prit en 1792 le nom de rue des Fédérés, puis de rue Nationale, ne faisant qu'un avec l'actuelle rue de Birague. Balzac fait demeurer ici, dans ce qui était alors la chaussée des Minimes, Élie Magus, expert en tableaux clochardisé qui escroque le Cousin Pons. Une école congréganiste qui s'y trouvait fut laïcisée par la Commune le 23 avril 1871.

12 — le couvent des Minimes

Emplacement du couvent des Minimes, dont le portail était un chef-d'œuvre de Mansart, sacrifié lors de la construction de la caserne de gendarmerie en 1823. Sa congrégation représentait l'autorité du pape à Paris, mais le couvent fut aussi, au début du XVIIe siècle, un centre de la vie scientifique française et européenne.

De 1619 à 1648, les pères Marin Mersenne et Jean-François Niceron, grand spécialiste des anamorphoses, y reçurent toute l'intelligentsia baroque : Girard Desargues, Blaise Pascal, Pierre Gassendi, Gilles Personne de Roberval… René Descartes y séjourna en 1622 ; la bibliothèque comptait 25 000 volumes. Mersenne, un des plus grands érudits de son temps, fut à l'origine de l'invention du télescope en 1628. Ce fut aussi un haut lieu de l'orthodoxie catholique : en 1623, quartier général de la lutte contre les « libertins » de la Confrérie des Bouteilles — Théophile de Viau, Saint-Amant, Guez de Balzac… — Mersenne y menant une âpre polémique contre les idées de Giordano Bruno.

À partir du 21 mai 1790, sa chapelle abrita successivement plusieurs sections révolutionnaires : celle de la Place Royale jusqu'en 1792, de la Place des Fédérés en 92-93, de l'Indivisibilité de 93 à 95. Le 18 mars 1871, jour du déclenchement de la Commune, Jean-Louis Pindy occupa la caserne avec deux bataillons de la 3e légion de la Garde nationale Fédérée. Sous l'Occupation, des gendarmes — dont Roland Motot alias Rocambole, Léonard Demaison, Arnaud Billard — y constituèrent à l'automne 1940 un groupe de résistance contre le STO. Mais la caserne fut aussi, le 14 mai 1941, un des points de rassemblement des premiers juifs étrangers envoyés en déportation : la « rafle du billet vert ».

Vers l’arrêt 6 →
Revenez vers la place des Vosges pour en achever le tour, côté sud.
6
Arrêt 6
★ Incontournable ~12 min

Le tour de la place des Vosges (côté sud)

De Richelieu à Madame de Sévigné : la façade nord de la place raconte les grands noms du Grand Siècle.
📍 Place des Vosges, côté sud, 4e arr.

Nous reprenons le tour de la place. 28 : belle cour typique du Marais, datant de 1612.

21 — Richelieu et le duel des fenêtres

Le cardinal de Richelieu aurait séjourné ici, chez son beau-frère, en 1627. Rien ne prouve qu'il était présent le 12 mai, lorsque Montmorency-Bouteville, Rosmadec des Chapelles, le chevalier de La Berthe, Guy d'Harcourt de Beuvron, le baron de Bussi d'Amboise et un nommé Chocquet vinrent par provocation se battre en duel sous ces fenêtres. Bussi d'Amboise s'y fit tuer, et Montmorency et des Chapelles furent décapités en place de Grève quelques jours plus tard. L'hôtel devint la propriété du maréchal de Richelieu en 1659, peut-être celle d'Alphonse Daudet en 1877, puis celle de Georges Simenon.

17, 13, 11, 9 — Bossuet, Marion Delorme, Tocqueville, Rachel

17 : demeure, de 1678 à 1682, de Jacques-Bénigne Bossuet, l'Aigle de Meaux. 13 : un puits subsiste à gauche dans la cour.

11 : demeure de Marie de Lon, dite Marion Delorme. La célèbre courtisane y tint un salon littéraire renommé de 1639 à 1648 et inspira plusieurs dramaturges, dont Victor Hugo. Ce fut plus tard une des adresses parisiennes d'Alexis de Tocqueville.

9 : Hôtel de Chaulnes, abritant un musée des objets insolites en argent. L'appartement du 1er étage fut acheté peu avant sa mort, en 1858, par la comédienne Rachel, qui ne l'habita jamais.

1 bis — naissance de Madame de Sévigné

Marie de Rabutin-Chantal, future marquise de Sévigné, naquit ici le 6 février 1626. Revenons un peu sur nos pas, dans l'angle sud-ouest de la place.

Vers l’arrêt 7 →
Gagnez l'angle sud-ouest de la place : une porte y ouvre sur l'Hôtel de Sully.
7
Arrêt 7
★ Incontournable ~12 min

L'Hôtel de Sully et la rue Saint-Antoine

Un joyau Louis XIII traversé de part en part — et le lieu où Voltaire fut bastonné.
📍 Hôtel de Sully / rue Saint-Antoine, 4e arr.

Nous pénétrons dans l'Hôtel de Sully et traversons de part en part ce magnifique ensemble de bâtiments et son jardin, îlot de calme dans un monde de bruit et de fureur. Typique du style Louis XIII, il fut construit entre 1625 et 1630, sans doute par l'architecte Jean Androuet du Cerceau, et abrite aujourd'hui la caisse nationale des Monuments historiques.

C'est en sortant de cet hôtel par la rue Saint-Antoine, comme nous allons le faire, que Voltaire se fit bastonner, en janvier 1726, par les sbires du chevalier de Rohan-Chabot. Jaloux du succès du jeune auteur auprès d'Adrienne Lecouvreur, Rohan-Chabot lui aurait lancé : « Arouet ? Voltaire ? Enfin, avez-vous un nom ? » — « Mon nom je le commence, vous finissez le vôtre. » Et devinez qui se retrouva enfermé à la Bastille pour cette agression ? Voltaire, bien sûr, qui entre-temps avait pris des cours chez un maître d'armes pour demander réparation.

Rue Saint-Antoine à droite — le tournoi et Der deutsche Steuermann

C'est ici, devant l'Hôtel de Sully, qu'avait été aménagée la lice du tournoi où Henri II fut mortellement blessé par la lance de Montgomery le 30 juin 1559 ; il mourut dix jours plus tard à l'Hôtel des Tournelles. On décapita plusieurs condamnés afin qu'Ambroise Paré puisse étudier la physiologie de l'œil avant de tenter de l'opérer — une recherche médicale pour le moins expéditive.

87 : premier siège du journal « Der deutsche Steuermann », créé en juillet 1844 par l'ambassade de Prusse pour concurrencer le Vorwärts socialiste auprès des ouvriers allemands de France. Marx et Engels, venus à Paris pour créer « les Annales franco-allemandes », collaboraient au Vorwärts ; ils furent expulsés à la demande des autorités prussiennes.

Rue de Turenne — 6, Hôtel du Grand Turenne

L'ancienne rue de l'Égout, puis rue Saint-Louis au Marais. 6 : Hôtel du Grand Turenne, demeure de Pierre et Simone Meunier, membres du PCF — Pierre Meunier avait été secrétaire de Maurice Thorez — qui accueillirent Jean Moulin après sa première arrestation, en 1940.

Vers l’arrêt 8 →
Empruntez la rue d'Ormesson jusqu'à la charmante place du Marché Sainte-Catherine.
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Arrêt 8
Optionnel ~10 min

Autour du marché Sainte-Catherine

Une église du culte de la Raison, une fontaine du XVIIIe siècle et des cours pavées du Marais.
📍 Rue d'Ormesson / place du Marché Sainte-Catherine, 4e arr.

Rue d'Ormesson, 1-9 : emplacement de l'église Sainte-Catherine. Son fondateur Jean-Baptiste Chemin-Dupontès, Valentin Haüy, La Revellière-Lépeaux, Dupont de Nemours, Marie-Joseph de Chénier… y participèrent aux premières cérémonies du culte théophilanthropique. Elle sera vouée, du 1er septembre 1796 à 1798, au culte de la Raison. Un peu plus loin, sur la place du Marché Sainte-Catherine : ah, Paris !

Rue de Jarente — la fontaine de Jarente

En passant par la rue Caron, puis la rue de Jarente à droite : 4, belle cour pavée typique du Marais du XVIIe siècle, datant de 1784. 2 : impasse de la Poissonnerie, au fond de laquelle se trouve la fontaine de Jarente, qui alimentait le quartier puis le marché Sainte-Catherine depuis 1783.

Vers l’arrêt 9 →
Rejoignez la rue de Turenne et remontez-la vers le nord, côté impair.
9
Arrêt 9
★ Incontournable ~13 min

Rue de Turenne et rue de Villehardouin

Architectes, écoles laïques et internationalistes ouvriers jalonnent la grande rue du Marais.
📍 Rue de Turenne / rue de Villehardouin, 3e arr.

Rue de Turenne, à gauche :

31 : demeure d'Eugène-François Vidocq en 1849. 34 : demeure de Libéral Bruant, architecte des Invalides, de la Salpêtrière, de Notre-Dame des Victoires. 35 : demeure de l'architecte Michel Villedo, dessinée par lui-même en 1637.

37 : Hôtel de Joyeuse, où était établie la pension Lepître. Le jeune Honoré de Balzac y logea alors qu'il étudiait au collège Charlemagne en 1815 ; il la cite au début du « Lys dans la vallée ».

38, 45, 49 — écoles, Jeunesses communistes et communards

38 : le 3 avril 1871, Marie Manière, soutenue par Antoine Demay, membre de la Commune, et par Bidal, président de la Commission des Écoles, crée ici un atelier-école laïc pour filles de plus de 12 ans — la première école professionnelle féminine.

45 : demeure de la famille Tyszelman. Le fils, Samuel dit Titi, fait partie d'un groupe des Jeunesses Communistes avec Élie Wallach, Georges Ghertman, Charles Wolmark… Arrêté lors de la manifestation du PCF à Strasbourg-Saint-Denis le 13 août 1941, il sera fusillé à Verrières le 19 avec Henri Gautherot.

49 : demeure, pendant le siège de Paris en 1870, de Charles Amouroux, membre de la loge « Les amis de la Tolérance », bientôt élu au Conseil de la Commune ; orateur hors pair, il fut déporté en Nouvelle-Calédonie, où il collabora avec ses geôliers jusqu'à organiser un commando de répression contre les Kanaks révoltés.

Rue de Villehardouin — 12, Joseph Fournaise

Par la rue Saint-Gilles puis la rue de Villehardouin. 12 : demeure de Joseph Fournaise, ouvrier en instruments d'optique, un des fondateurs de l'Association Internationale des Travailleurs, condamné dans le 3e procès de l'A.I.T. en juin 1870 ; il avait été délégué ouvrier à l'exposition universelle de Londres en 1862.

Vers l’arrêt 10 →
Poussez jusqu'à la rue de Hesse, qui donne accès au jardin du Grand Veneur.
10
Arrêt 10
★ Incontournable ~12 min

Le jardin du Grand Veneur et le boulevard Beaumarchais

Une roseraie cachée, l'enceinte de Louis XIII et le fantôme de Cartouche.
📍 Rue de Hesse / bd Beaumarchais, 3e arr.

Rue de Hesse, nous pénétrons dans la roseraie du jardin du Grand Veneur : une petite halte s'impose dans ce havre de paix en plein Paris. Par la rue du Grand Veneur, on gagne la rue des Arquebusiers, en face. Le terrain d'entraînement de cette milice parisienne se trouvait juste en face, de l'autre côté du boulevard Beaumarchais, sur un ancien bastion de l'enceinte de Louis XIII, où l'auteur du Barbier de Séville se fit construire plus tard un superbe hôtel particulier.

Bd Beaumarchais à gauche — Cartouche, barricades et Lamballe

Le boulevard fut aménagé sur la levée de terre de cette enceinte, reprise de celle de Charles V, rasée par Louis XIV en 1676. C'est dans ces parages que se trouvait vers 1693 l'échoppe de tonnelier de Jean Garthauszien, dont le fils Louis Dominique, dit Bourguignon, allait devenir célèbre sous le pseudonyme de « Cartouche ».

Le 19 mars 1871, au lendemain du déclenchement de la Commune, se produisirent sur ce boulevard, aux abords de la Bastille, des heurts entre gardes nationaux Fédérés et gardes « de l'Ordre », faisant plusieurs blessés. Napoléon Gaillard, cordonnier, président de la Commission des barricades de la Commune, y fit construire une des 18 barricades armées de canons ordonnées le 12 avril 1871 par le général Rossel.

96 : appartement loué au 4e étage par Dumas père pour sa maîtresse Isabelle Constant en 1850 et 1851. 113 : Café de la Petite Chaise, où fut exposée, après son massacre à la prison de la Force, la tête de la princesse de Lamballe, présentée à Marie-Antoinette devant le donjon du Temple le 3 septembre 1792. Un puits du XVIIe siècle subsiste dans le réduit des poubelles.

Vers l’arrêt 11 →
Prenez la rue Saint-Claude puis rejoignez de nouveau la rue de Turenne, côté est.
11
Arrêt 11
★ Incontournable ~13 min

Rue Saint-Claude, rue de Turenne et rue Debelleyme

Cagliostro et l'affaire du collier, le Vorwärts de Marx, et les geôliers de la Bastille.
📍 Rue Saint-Claude / rue de Turenne / rue Debelleyme, 3e arr.

Rue Saint-Claude :

1 : Hôtel de Bouthiller, demeure de Joseph Balsamo, autoproclamé comte de Cagliostro, célèbre aventurier et charlatan, durant son séjour à Paris du 30 janvier 1785 à 1795 ; impliqué dans l'affaire du collier, il fut expulsé de France.

20 : demeure de Charles Louis Bernay, directeur à partir du 1er juillet 1844 du Vorwärts (En avant), feuille à laquelle collaborèrent Heinrich Heine, Arnold Ruge, Friedrich Engels… et Karl Marx pour un unique article. Le titre fut plus tard repris par le parti Social-démocrate allemand de 1891 à 1933.

Rue de Turenne à droite — 68 bis, 75, 76

68 bis : église Saint-Denys du Saint-Sacrement, siège du club Molière pendant la Commune, à partir du 3 avril 1871. 75 : puits gravé « 1623 » sous le porche à gauche. 76 : demeure de la famille de Launay, gouverneurs « geôliers » de père en fils de la Bastille ; le fils, qui avait fait tirer sur les Parisiens le 14 juillet 1789, finit lynché par la foule quelques heures plus tard. Là encore, une pompe à eau subsiste dans la cour.

Rue Debelleyme — 10, 12, 14

10 : demeure d'Armand Génotel, membre de la commission de la Fédération de la Garde nationale, délégué à la Commune pour le 3e arrondissement en 1871. 12 : demeure d'Émile Landrin, ciseleur sur bronze, blanquiste, membre du second Bureau de l'Association Internationale des Travailleurs en 1867. 14 : encore une adresse d'Eugène-François Vidocq, au 14 rue Neuve Saint-François.

Vers l’arrêt 12 →
Gagnez la rue de Thorigny, puis la petite rue du Roi Doré.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~13 min

Rues du Roi Doré, Sainte-Anastase et de Turenne

Balzac adolescent, la maîtresse de Hugo, et l'Hôtel du Grand Veneur peuplé d'écrivains.
📍 Rue du Roi Doré / rue Sainte-Anastase / rue de Turenne, 3e arr.

Rue de Thorigny, 20 : planque d'André Bréchet, arrêté comme responsable communiste de Paris ; il est guillotiné à la Santé comme otage, au simple titre de son appartenance politique, sur ordre de Pétain, après l'attentat de Fabien au métro Barbès. Au moment de son exécution, le 28 août 1941, il crie « vive le Parti Communiste ! ».

Rue du Roi Doré (aller-retour), qui perd son « roi » en 1792 pour s'appeler rue Dorée. 7 : demeure d'Honoré de Balzac, venu de Villeparisis avec ses parents, de novembre 1822 à 1824.

Rue Sainte-Anastase — 14 puis 12, Juliette Drouet

14 puis 12 : demeure de Julienne Gauvain, alias Juliette Drouet. En 1833, Hugo installe ici sa maîtresse, non loin de la place des Vosges où il demeure. Bien que participant à la répression de l'insurrection, il intervient le 26 juin 1848 pour sauver de l'exécution sommaire quatre Insurgés, dont un certain Auguste, réfugiés au 12 dans un grenier.

Rue de Turenne à droite — 60, 56, 54

60 : Hôtel du Grand Veneur, demeure en 1686 du chancelier Boucherat, qui appliquera avec la plus grande brutalité la révocation de l'Édit de Nantes. 56 : demeure, à partir de 1654, du poète Paul Scarron, auteur du « Roman comique », qui y meurt en 1660 ; sa veuve, Françoise d'Aubigné, sera la future Mme de Maintenon. Ce sera aussi la demeure de Lesage, auteur de « Gil Blas de Santillane », de 1715 à 1735, puis de Prosper Jolyot de Crais-Billon, dit Crébillon père, de 1741 à sa mort en 1762.

54 : école communale de la rue Saint-Louis, dans l'ancien Hôtel de Montrésor, qui abrita le club des Travailleurs du Marais pendant la révolution de 1848 (Turmel président, Masson vice-président, Piot secrétaire). Entre 1861 et 1884 s'y installa la Bibliothèque des Amis de l'instruction, créée par des Proudhoniens dont Simon Dereure, Louis Trinquet, Émile Clément et Napoléon Gaillard : le plus ancien salon de lecture parisien créé par et pour des ouvriers. Encore un puits dans cette belle cour de la fin du XVIe siècle.

Vers l’arrêt 13 →
Descendez la rue du Parc Royal vers la rue de Sévigné et l'Hôtel Carnavalet.
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Arrêt 13
★ Incontournable ~15 min

Rue du Parc Royal, rue de Sévigné et l'Hôtel Carnavalet

La marquise de Sévigné, la seule statue royale rescapée, et les vestiges de la prison de la Force.
📍 Rue du Parc Royal / rue de Sévigné, 3e-4e arr.

Rue du Parc Royal, rebaptisée rue du Parc National pendant la Révolution. 4 : demeure de Théophile Gautier à 18 ans, en 1829, à l'époque de la naissance du « Romantisme ». 8 : la marquise de Sévigné s'y réfugie chez ses cousins Coulanges en 1671 et 1672 pour fuir la variole. 10 : la Commune y prend en charge des orphelins abandonnés par les responsables d'une œuvre soi-disant caritative réfugiés à Versailles ; c'est l'ancien Hôtel de Vigny, dont un bras de pompe à eau reste visible dans la cour.

Rue de Sévigné, 52 : demeure de Jacques de Flesselles, dernier Prévôt des Marchands de Paris, abattu le 14 juillet 1789 pour complicité avec la Cour ; il avait écrit le matin même à de Launay : « J'amuse les Parisiens avec des cocardes et des promesses ; tenez bon jusqu'au soir et vous aurez du renfort ». 50 : une des très nombreuses adresses de Charles Baudelaire, en décembre 1840.

29, 26, 25 — Le Peletier, internationalistes et un garde fédéré

29 : demeure de Louis Michel Le Peletier de Saint-Fargeau et de son frère Félix de 1785 à 1793.

26 : demeure de Lazare Lévy, ouvrier opticien, adhérent à l'Association Internationale des Travailleurs dès 1864, membre de la Commission ouvrière de 1867, et d'A. Harlé, mécanicien signataire du programme électoral de l'A.I.T. « Aux électeurs de 1869 », alors que les dirigeants de l'A.I.T., dont Eugène Varlin, étaient en prison. Ce fut enfin, jusqu'à sa mort en 1963, la demeure du peintre surréaliste André Masson.

25 : demeure de Jean-Pierre Lanquet, voyageur de commerce, élu lieutenant du 89e bataillon de la Garde nationale Fédérée en 1871.

23 — l'Hôtel Carnavalet

Hôtel de Kernevenoy, dont les Parisiens ont fait l'Hôtel « Carnavalet ». Œuvre de Pierre Lescot en 1544, décoré par Jean Goujon, transformé par François Mansart en 1655. Ce fut la dernière adresse parisienne de la marquise de Sévigné, morte à Grignan en 1696. L'école des Ponts et Chaussées s'y installa en 1808 ; il est aujourd'hui le musée d'Histoire de la Ville de Paris. La statue de Louis XIV dans sa cour est la seule représentation royale qui n'ait pas été détruite en août 1792 — elle se trouvait alors à l'Hôtel de Ville.

14, 11, 7-9, 5, 1 — barricades, prison de la Force et théâtre de Beaumarchais

14 (ancienne rue de la Culture Sainte-Catherine) : une barricade dressée le 23 juin 1848 fut l'objet de violents combats opposant les Insurgés à la garde nationale du général Clément Thomas, lui-même exécuté à Montmartre par ses soldats le 18 mars 1871.

11 : le mur au fond de la cour est un vestige de la prison de la Grande Force, construite en 1782, un des théâtres des massacres de Septembre, démolie en 1845. En 1790, on construisit ici pour Beaumarchais, avec des pierres de la Bastille, le troisième Théâtre du Marais, l'Athénée des Étrangers, où l'on joua en septembre 1791 la première de « La mère coupable » ; Napoléon 1er le ferma en 1807.

7-9 : ancien Hôtel d'Anjou, pillé par les Maillotins le 1er mars 1382, Louis d'Anjou, oncle de Charles VI, étant accusé de s'enrichir en alourdissant les impôts. 5 : dispensaire des pauvres créé par François-Vincent Raspail, qui proclama la Seconde République à l'Hôtel de Ville le 26 février 1848. 1 : emplacement du « cimetière aux anglais », aménagé lors de l'occupation de Paris par les troupes du duc de Bedford pendant la guerre de cent ans, de 1420 à 1435.

Nous débouchons sur la rue Saint-Antoine : c'est là que se termine la première partie de notre visite du Marais.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.