De la tombe d'un ouvrier maoïste au Mur des Fédérés, une traversée du plus célèbre cimetière de Paris à la rencontre de deux siècles d'insurgés, de Communards et de rêveurs de justice.
📍 12 arrêts
🚶 ~4.5 km
⏱ ~3h30
📖 20e arr.
Le Père Lachaise n'est pas seulement le plus visité des cimetières du monde : c'est une géographie politique. Sous ses allées pavées et ses chapelles reposent, division après division, deux siècles de Paris insurgé — conventionnels régicides, révolutionnaires de 1830 et 1848, membres de la Commune fusillés ou exilés, penseurs socialistes, résistants du XXe siècle.
Cette balade suit un fil rouge à travers le cimetière, de l'entrée haute vers le Mur des Fédérés. Chaque arrêt regroupe plusieurs sépultures voisines, réunies par une division commune ou par une même famille d'idées. On y croise aussi, en contrepoint, quelques figures de la réaction — Thiers, Barras, Drumont — qui dorment ici comme un rappel que l'Histoire n'a pas de camp réservé.
Un dernier plan, celui du « Père Lachaise communard » édité par la Mairie de Paris, referme le parcours et permet de prolonger la promenade au fil des noms.
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Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Militants du XXe siècle (59e et 67e divisions)
Un ouvrier maoïste et le théoricien de l'organisation du travail ouvrent le parcours.
📍 59e et 67e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Le parcours commence par deux figures que plus d'un siècle sépare mais qu'unit la même cause ouvrière : Pierre Overney, militant maoïste tué devant les grilles de Renault en 1972, et Louis Blanc, penseur du droit au travail sous la monarchie de Juillet.
Le site des derniers combats de la Semaine sanglante, gravure emblématique du Père Lachaise révolutionnaire.
OVERNEY Pierre, dit Pierrot (59e division)
Militant maoïste de la Gauche prolétarienne. Licencié par la régie Renault pour son militantisme, il vient distribuer devant l'usine un tract intitulé « On assassine à Paris », invitant les ouvriers à commémorer le massacre de Charonne de février 1962. Il est tué par Tramoni, agent de sécurité, le 25 février 1972 à 14 h 30, devant les grilles de l'avenue Émile-Zola.
Le 4 mars 1972, jour de ses obsèques, une manifestation rassemble plus de 120 000 personnes ; Jean-Paul Sartre et Michel Foucault y participent. Le 8 mars, en riposte, la GP kidnappe Robert Nogrette, chef adjoint chargé des relations sociales à Billancourt, libéré deux jours plus tard. Le 23 mars 1977, Jean-Antoine Tramoni est à son tour assassiné par les NAPAP. Le 17 novembre 1986, le nom d'Overney est repris par Action directe lors de l'assassinat de Georges Besse, patron de la Régie Renault.
Journaliste, il fonde en 1839 la Revue du Progrès et y publie la même année L'Organisation du travail, ouvrage fondamental dans lequel il s'attaque à la concurrence anarchique et préconise un système d'associations contrôlées par l'État la première année seulement.
En 1843, il entre au comité de direction de « La Réforme » aux côtés de Ledru-Rollin, Lamennais, Schoelcher et Godefroy Cavaignac. Membre du gouvernement provisoire de février 1848, il préside la commission du Luxembourg, affirmant le droit au travail et proposant des ateliers sociaux financés par l'État. Son projet déformé donne naissance aux ateliers nationaux, dont la fermeture provoquera les journées de juin 1848. Tenu pour responsable, il s'exile en Grande-Bretagne jusqu'à la chute du Second Empire ; de retour, il devient député d'extrême gauche et dépose dès septembre 1871 un projet de loi d'amnistie.
Redescendez vers la 66e division, tout près : deux figures majeures de la Commune, Gustave Flourens et Jules Vallès, y reposent côte à côte.
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Arrêt 2
★ Incontournable~12 min
Les plumes de la Commune (66e division)
Le professeur révoqué et l'auteur de « L'Insurgé », deux voix de la Commune.
📍 66e division, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
La 66e division réunit deux hommes que la Commune a portés puis brisés : Gustave Flourens, savant devenu général, sauvagement abattu ; et Jules Vallès, écrivain et journaliste dont les obsèques deviendront l'une des premières grandes commémorations de la Commune.
FLOURENS Gustave (66e division)
Fils du célèbre physiologiste, il succède à 25 ans à son père au Collège de France. Révoqué pour son enseignement athée et matérialiste, il collabore en 1868 à « La Marseillaise » d'Henri Rochefort. Exilé à Londres, il se lie d'amitié avec la famille Marx.
Emprisonné après la journée du 31 octobre 1870, il est libéré de Mazas par les insurgés le 21 janvier 1871. Demeurant à Belleville, il est élu membre de la Commune par le XXe arrondissement, nommé à la Commission militaire et général de la 20e légion. Arrêté à Chatou lors de la sortie du 3 avril 1871, il est, bien que prisonnier, sauvagement abattu d'un coup de sabre par un officier versaillais.
Étudiant en droit à Paris en 1850, adversaire du régime impérial, il lance en 1867 le journal « La Rue ». Élu membre de la Commune par le XVe arrondissement, il est nommé aux Commissions de l'enseignement et des Relations extérieures. Directeur du « Cri du Peuple », il participe aux combats de la Semaine sanglante.
Réfugié à Londres, il y termine sa trilogie semi-autobiographique de Jacques Vingtras : « L'Enfance, Le Bachelier, L'Insurgé ». Séverine, sa secrétaire, s'illustrera par la suite comme journaliste. Ses obsèques, en février 1885, sont l'occasion de l'une des premières et des plus importantes manifestations de commémoration de la Commune après l'amnistie.
Gagnez les 71e et 72e divisions, puis la 56e : vous y trouverez le monument des Gardes nationaux morts à Buzenval, la tombe d'Eugène Cléray et le cœur de Jacques-Louis David.
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Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
Buzenval, Cléray et le cœur de David (72e, 71e et 56e divisions)
Un monument aux morts du siège, un protecteur de Blanqui et le peintre de la Révolution.
📍 72e, 71e et 56e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Trois haltes dans des divisions voisines : le monument des gardes nationaux tombés au combat de Buzenval pendant le siège de Paris, la sépulture de l'insurgé François Eugène Cléray, et celle où repose le cœur du peintre Jacques-Louis David, régicide et artiste officiel de la Révolution puis de l'Empire.
MONUMENT DES GARDES NATIONAUX (72e division)
Sortis pour rompre l'encerclement de Paris par les Prussiens assiégeant la capitale, ces gardes nationaux furent tués au combat de Buzenval à la suite d'une trahison.
Insurgé en 1848, transféré en Algérie puis gracié en 1854. Il cache Blanqui chez lui après les événements de la Villette en juillet 1870, puis lors de la journée du 31 octobre. Élu adjoint au maire du 3e arrondissement en novembre 1870, il est ensuite conseiller municipal de 1873 à 1877.
Membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture qu'il combattra sous la Révolution, il est député de la Convention nationale, président du club des Jacobins, membre du Comité de sûreté générale et président de la Convention du 5 au 21 janvier 1794. En janvier 1793, il vote la mort du roi Louis XVI. Membre du Comité de sûreté générale, il contresigne de nombreux mandats d'arrestation traduisant les suspects devant le tribunal révolutionnaire. Le 20 prairial an II (8 juin 1794), il organise la fête de l'Être suprême au Champ de Mars.
Sous la Restauration, réfugié à Bruxelles du fait de son passé de révolutionnaire et d'artiste impérial, il y meurt. Le gouvernement français refuse son rapatriement ; ses restes sont transférés en 1882 au cimetière d'Evere, près de Bruxelles. Seul son cœur repose au Père-Lachaise, à côté de son épouse et de ses enfants.
Descendez vers les basses divisions, du côté de l'entrée principale : les 10e, 11e et 13e divisions rassemblent Communards, conventionnels et martyrs de la Restauration.
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Arrêt 4
★ Incontournable~15 min
Régicides et martyrs des débuts (10e, 11e et 13e divisions)
Le banquier de la Commune, le fondateur des écoles normales et l'étudiant tué en 1820.
📍 10e, 11e et 13e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Dans ces divisions basses reposent trois figures qui balaient un demi-siècle de combats : Charles Beslay, doyen de la Commune et gardien de la Banque de France ; Joseph Lakanal, conventionnel bâtisseur de l'école républicaine ; et Nicolas Lallemand, étudiant abattu par la garde royale, dont la tombe devint un lieu de ralliement des opposants à la Restauration.
BESLAY Charles Victor (10e division)
Membre de la charbonnerie dans les années 1820, élu conseiller général puis député du Morbihan en 1831. Monté à Paris, il fonde une usine de machines à vapeur où il tente d'appliquer les idées de Proudhon, son ami. En 1866, il adhère à l'Association internationale des travailleurs (AIT).
Le 26 mars 1871, il est élu au Conseil de la Commune par le 6e arrondissement, dont il est le doyen. Nommé délégué de la Commune auprès de la Banque de France, il vote avec la minorité contre la création d'un Comité de salut public. Après la Semaine sanglante, il se réfugie en Suisse grâce à un laissez-passer du gouvernement de Thiers, en remerciement d'avoir protégé le trésor de la Banque de France. En décembre 1872, le conseil de guerre prononce un non-lieu en sa faveur.
Député de l'Ariège à la Convention, il siège parmi les Montagnards et vote la mort de Louis XVI. Membre du Comité de l'Instruction publique, c'est sur sa proposition que la Convention décide, le 18 novembre 1794, la fondation de 24 000 écoles primaires ; en 1795, il fait voter l'organisation des écoles normales.
On lui doit la conservation du Jardin des Plantes, qu'il fait réorganiser sous le nom de Muséum national d'histoire naturelle, et il est à l'origine de la fondation de l'Institut de France. Exilé aux États-Unis comme régicide pendant la Restauration, il rentre en France en 1833 et y meurt dans la misère en 1845.
Étudiant tué par la garde royale lors d'une manifestation contre Louis XVIII, le 3 juin 1820 place du Carrousel, au cri de « Vive la charte ». Sa tombe devint un lieu de rassemblement des opposants à la Restauration, qu'on appelait alors les Libéraux.
Poursuivez vers la 16e puis la 18e division, où reposent une mathématicienne de génie et un médecin des pauvres.
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Arrêt 5
★ Incontournable~18 min
Savante, médecin et abolitionniste (16e, 18e, 50e et 52e divisions)
Sophie Germain, François Raspail, Victor Schoelcher et Jules Michelet.
📍 16e, 18e, 50e et 52e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Cet arrêt réunit quatre esprits qui, chacun dans son domaine, ont bousculé l'ordre établi : la mathématicienne Sophie Germain, le médecin républicain François Raspail, l'abolitionniste Victor Schoelcher et l'historien Jules Michelet. On y joint Jules Miot, conseiller de la Commune, dont la sépulture voisine.
GERMAIN Sophie (16e division)
Mathématicienne autodidacte née en 1776, elle fait parvenir une étude à Lagrange sous le pseudonyme d'Antoine-Auguste Leblanc ; impressionné, il la soutient et elle parvient à s'introduire dans le milieu scientifique. Elle entretient une correspondance avec Carl Friedrich Gauss, qui ne connaîtra jamais sa véritable identité.
En 1816, sa théorie sur la vibration des surfaces élastiques obtient le premier prix de l'Institut de France, ce qui lui permet d'entrer à l'Académie des Sciences. Connue surtout pour sa théorie des nombres premiers, elle contribue aussi aux connaissances sur l'élasticité ; sa plus remarquable découverte reste sa démonstration partielle du théorème de Fermat.
Chassé de l'enseignement pour ses opinions politiques, il entreprend des recherches qui l'amènent à pressentir l'existence des microbes avec quarante ans d'avance, ce qui lui vaut d'être persécuté par la science officielle. D'abord libre-penseur, il adhère à la Charbonnerie. Blessé sur une barricade pendant les Trois Glorieuses en 1830, il sera décoré de la Croix de Juillet. Médecin des pauvres, il est l'un des premiers propagateurs de l'hygiène et de l'antisepsie.
Pendant la Commune, il dénonce la répression versaillaise ; élu député, il se bat pour l'amnistie des Communards. Les obsèques de sa fille, le 18 décembre 1876, sont l'occasion d'une des premières manifestations en souvenir de la Commune, alors rigoureusement interdites.
Visitant Cuba en 1830, il est révolté par l'esclavage ; de retour en France, il publie articles et ouvrages, multiplie les déplacements et adhère à la Société pour l'abolition de l'esclavage. Nommé sous-secrétaire d'État à la Marine et aux colonies dans le gouvernement provisoire de 1848, il contribue à faire adopter le décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies, paru au Moniteur le 5 mars.
De 1848 à 1850, il siège à gauche comme député de la Martinique et de la Guadeloupe. Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il est présent aux côtés de Baudin sur la barricade où celui-ci sera tué. Ses cendres ont été transférées au Panthéon le 20 mai 1949.
Député à l'Assemblée constituante en 1848, il est déporté en Algérie après le coup d'État du 2 décembre 1851. Gracié en 1860, il fonde à Paris le journal « Le Modéré » et une société secrète anti-bonapartiste ; arrêté, il purge trois ans de prison pour complot, puis s'installe à Londres où il adhère à l'AIT.
Revenu à Paris après le 4 septembre 1870, il est élu au Conseil de la Commune par le XIXe arrondissement le 26 mars 1871 et siège à la commission de l'Enseignement. C'est lui qui proposera la création du Comité de salut public. Il se réfugie en Suisse après avoir été condamné à mort par contumace.
Historien républicain convaincu, auteur d'une monumentale Histoire de France et d'une Histoire de la Révolution française. Professeur au Collège de France, il s'oppose à l'influence des jésuites dans l'enseignement. Il refuse en 1848 de participer à un gouvernement qui faisait tirer sur le peuple et sera suspendu de son poste ; en 1851, il refuse de prêter serment à Napoléon III.
Son œuvre est considérable et éclectique : entre autres, il démontra avec audace la fonction utile et salutaire des sorcières au Moyen Âge, face au savoir officiel détenu par l'Église.
Approchez-vous maintenant du cœur du drame : les 48e et 49e divisions, théâtre des derniers combats de la Semaine sanglante.
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Arrêt 6
★ Incontournable~18 min
Le site des derniers combats (48e et 49e divisions)
Là où la Commune agonisa, entre les tombes criblées de balles.
📍 48e et 49e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
C'est ici, dans les hauteurs du cimetière, que la Semaine sanglante trouva son épilogue : une gravure célèbre a immortalisé ces combats au milieu des tombes, dont certaines portent encore des traces de balles. Autour de la batterie de canons de la Commune reposent Hubertine Auclert, pionnière du féminisme, et Charles Delescluze, qui choisit de mourir sur une barricade.
En 1876, elle fonde une société qui soutient le droit de vote des femmes et milite contre les lois du Code civil napoléonien ; cette société devient en 1883 « Le Suffrage des femmes ». Dès 1880, elle entame une grève de l'impôt : privées de représentation légale, les femmes ne devraient pas être imposables.
En 1881, elle crée le journal « La Citoyenne », où elle dénonce l'occultation de la participation des Françaises aux révolutions de 1789 et 1848. Elle défend le droit à la retraite pour les ménagères, propose de féminiser les noms de métiers, et dénonce en 1884 la loi sur le divorce. Partie quatre ans en Algérie, elle y dénonce le colonialisme et le mariage précoce des fillettes et réclame l'émancipation des femmes musulmanes. En 1910, elle se présente aux élections législatives, mais sa candidature n'est pas retenue.
En 1848, il est élu député et proclame la République à Valenciennes. Emprisonné successivement à Sainte-Pélagie, Belle-Île, Corte puis Cayenne, il est dirigé sur l'Île du Diable, séjour des détenus politiques. Libéré en 1860, il lance le journal « Le Réveil » ; sa vie se partage entre prison, clandestinité et exil.
Élu député le 8 février 1871, puis à la Commune par le XIe arrondissement, il est délégué à la Guerre. Désespéré par la défaite, il se fait tuer volontairement sur la barricade qui barre le boulevard Voltaire à son débouché sur la place de la République. Considéré comme en fuite bien que décédé, il sera condamné à mort par contumace en 1874.
Rejoignez le secteur des hautes divisions, du 46e au 85e : y reposent journalistes, sculpteurs, chanteurs et compagnons de la Commune.
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Arrêt 7
★ Incontournable~15 min
Journalistes, artistes et compagnons de la Commune (46e, 79e, 81e et 85e divisions)
Félix Pyat, un sculpteur brûleur de guillotine, un chanteur polonais et un compagnon du tour de France.
📍 46e, 79e, 81e et 85e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Ce groupe rassemble des figures contrastées de la Commune et du monde ouvrier : le journaliste controversé Félix Pyat, le sculpteur Charles Cappellaro qui fit brûler la guillotine, le chanteur Auguste Okolowicz, officier de la Garde nationale, et Agricol Perdiguier, chantre du compagnonnage.
PYAT Félix (46e division)
Commissaire du Gouvernement en 1848, député, exilé. Rentré après le 4 septembre 1870, il lance « Le Combat » puis fonde en février 1871 « Le Vengeur ». Élu député le 8 février 1871, membre de la Commune élu du Xe arrondissement, il siège à la Commission exécutive, à celle des Finances, puis au Comité de salut public. Exilé, il revient après l'amnistie et devient député des Bouches-du-Rhône en 1887.
Personnage très controversé, que certains appelleront « le mauvais génie de la Commune ». Marx dira de lui : « Ou c'est un maniaque, ou c'est un agent de la police » (lettre à Kugelmann du 5 décembre 1868).
Sculpteur, élève de David d'Angers, Duret et Rude. Il sert dans la Garde nationale et est élu délégué de la Légion au Comité central. Sous la Commune, il est membre de la Commission des Artistes et du bureau militaire du XIe, qui firent réquisitionner et brûler la guillotine. Déporté en Nouvelle-Calédonie, il revient en France après l'amnistie.
Chanteur, fils de réfugiés polonais. En 1870, il est capitaine de la Légion des Volontaires de la France. Sous la Commune, il commande le 90e bataillon de la Garde nationale. Membre de l'état-major de Dombrowski, il est blessé, fait prisonnier, mais s'évade. Ses quatre frères servirent sous le siège de Paris et la Commune : Georges tué à la bataille d'Artenay, Charles fusillé, Ferdinand déporté, Édouard exilé.
Après un apprentissage de charpentier chez son père, il devient compagnon du tour de France, dans la société du Devoir de liberté, sous le nom d'Avignonnais la Vertu. Sa passion pour le compagnonnage l'entraînera sur trois tours de France. Ces voyages lui font découvrir le combat fratricide des différentes sociétés de compagnonnage ; il militera pour la pacification de leurs rapports.
En 1838, il publie un « Livre sur le compagnonnage », le premier écrit sur les compagnons par un compagnon, qui attire l'attention d'Eugène Sue et de George Sand ; il correspond avec Victor Hugo et Lamartine. Il ouvre dans le faubourg Saint-Antoine une librairie où il donne des cours de dessin technique, fréquentée par Gambetta et Jules Ferry.
Poursuivez jusqu'au columbarium et à son crématorium : plusieurs révolutionnaires du XIXe et du XXe siècle y ont leur case.
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Arrêt 8
★ Incontournable~20 min
Le columbarium des révolutionnaires
D'un Communard du Creusot à l'anarchiste Makhno et à la dernière survivante de la Bande à Bonnot.
📍 Columbarium, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Le columbarium rassemble, dans ses cases souvent modestes, une extraordinaire densité de destins révolutionnaires : Jean-Baptiste Dumay et Jules Guesde, fondateurs du socialisme organisé ; l'anarchiste ukrainien Nestor Makhno ; le socialiste Marceau Pivert ; Rirette Maîtrejean, dernière survivante de la Bande à Bonnot ; le trotskyste Pierre Frank ; et le résistant Pierre Brossolette, entré au Panthéon.
DUMAY Jean-Baptiste (Columbarium 5562)
Ouvrier chez Schneider à 13 ans, animateur d'un Comité républicain en septembre 1870. Nommé maire provisoire du Creusot, il y proclame la Commune le 25 mars 1871. Arrêté, il s'échappe et s'exile en Suisse, condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité. Député de Belleville en 1889, régisseur de la Bourse du Travail en 1896.
GUESDE Jules, de son vrai nom Jules Bazile (Columbarium 6323)
Depuis Toulouse puis Montpellier, il soutient l'insurrection de la Commune ; ses articles lui valent une condamnation qui le pousse à l'exil. Réfugié en Suisse puis en Italie, il adhère à l'AIT. De retour en France en 1876, il s'attache à reconstituer le mouvement ouvrier ; il lance avec Paul Lafargue le journal « L'Égalité », qui diffuse les idées marxistes en France.
Le groupe « collectiviste » qu'il dirige obtient la majorité au congrès ouvrier de Marseille de 1879, prélude à la fondation en 1882 du Parti ouvrier, dénommé Parti ouvrier français en 1893. Très populaire dans le Nord, il entre à la Chambre des députés en 1893 pour Roubaix, en s'affirmant « collectiviste, internationaliste et révolutionnaire ». Sous son impulsion, le Parti ouvrier sera l'un des fondateurs en France des journées du 1er Mai.
Anarchiste ukrainien qui mena la lutte contre le tsarisme puis contre les armées blanches de Denikine et de Wrangel, à la tête d'une armée de 20 000 hommes, la Makhnovtchina. Il libéra une partie de l'Ukraine où il tenta de mettre en œuvre les principes de l'anarchie. Il se heurta alors au pouvoir bolchevique et dut se réfugier en France, où il mourut en 1934.
Instituteur militant laïque, il adhère en 1924 à la SFIO. En 1927, il dirige avec Zyromski la Bataille socialiste, qui perpétue la tradition guesdiste de refus de soutenir un gouvernement bourgeois. Il fonde la Gauche révolutionnaire, courant de masse au sein du parti socialiste.
Il entre au gouvernement en 1936, comme responsable du contrôle de l'information auprès de Blum ; lors de la grève générale, il publie le célèbre article « Tout est possible ! ». En septembre 1936, il prend contact avec le POUM et facilite l'achat d'armes par les antifascistes espagnols. Exclu de la SFIO en 1938, il fonde le Parti socialiste ouvrier et paysan. Exilé au Mexique pendant la guerre, il réintègre la SFIO à son retour. À la fin de sa vie, il s'oppose à la guerre d'Algérie.
Dirigeant historique de la Section française de la IVe Internationale trotskyste. En 1930, il rejoint Trotsky sur l'île de Prinkipo pour participer au secrétariat préparant l'une des premières conférences de « l'Opposition de gauche internationale ». À son retour en France, il devient l'un des leaders de la Ligue communiste des années 1930.
Membre de la direction du Parti communiste internationaliste (PCI), il rejoint la direction de la Quatrième Internationale au Congrès mondial de 1948 et est élu à son Secrétariat unifié en 1963. Quand le PCI devient Ligue communiste en 1968, puis Ligue communiste révolutionnaire en 1973, il en reste l'un des dirigeants jusqu'à sa mort.
Militant à la SFIO en 1929. Dès le début de la guerre, il entre dans la Résistance et rejoint le Groupe du musée de l'Homme, puis participe à la formation des groupes Libération-Nord et Organisation civile et militaire. En avril 1942, il gagne Londres comme représentant de la Résistance pour rencontrer de Gaulle.
Arrêté le 3 février 1944 près de Douarnenez alors qu'il tentait de regagner Londres, il se jette, pour échapper à la torture, par la fenêtre de la chambre où il était interrogé et meurt sans avoir parlé. Après des décennies d'oubli dans ce casier anonyme, ses cendres ont été transférées au Panthéon le 27 mai 2015.
LISSAGARAY Hippolyte Prosper Olivier (Columbarium, ex 1385)
Opposant à l'Empire, condamné plusieurs fois, il fonde « L'Avenir » en 1868, s'exile puis rentre après le 4 septembre 1870. Journaliste à Paris le 18 mars 1871, il lance « L'Action » puis « Le Tribun du Peuple », et se bat sur les barricades pendant la Semaine sanglante. Certains avancent que l'histoire du dernier tireur de la Commune, qu'il raconte, serait autobiographique.
Réfugié en Belgique, il publie « Les Huit Journées de mai derrière les barricades », première esquisse de son « Histoire de la Commune de Paris ». Après l'amnistie, il revient en France et fonde le journal « La Bataille ». Sa tombe, puis sa case au crématorium, ont disparu : tout le monde ne peut pas avoir le mausolée d'Adolphe Thiers !
Hippolyte Prosper Olivier Lissagaray.
DEREURE Simon (Columbarium, ex 1262)
Ouvrier cordonnier, l'un des fondateurs de la première chambre syndicale ouvrière créée en France. Après le 4 septembre, il organise le Comité de vigilance du 18e arrondissement et le 61e bataillon de la Garde nationale. Membre de la Commune élu par le XVIIIe, il siège aux Commissions des Subsistances puis de la Justice. Commissaire civil auprès de Dombrowski, il est condamné à mort par contumace. Il reprend une vie militante après l'amnistie ; il est l'un des seuls Communards à avoir donné son nom à une rue de Paris, à Montmartre, non loin de la rue Jean-Baptiste-Clément.
Simon Dereure.
BRISSAC Henri (Columbarium 2184)
Journaliste, il collabore au « Vengeur » et au « Combat » de Félix Pyat. Sous la Commune, il est secrétaire de la Commission exécutive puis du Comité de salut public. Condamné aux travaux forcés, déporté à l'Île des Pins, il subit la « double chaîne », qui consistait à être enchaîné en permanence à un autre forçat.
Blanquiste, plusieurs fois condamné sous le Second Empire pour son action révolutionnaire. Franc-tireur pendant le siège, puis membre du Comité central de la Garde nationale, il participe à la sortie du 3 avril lors de laquelle il est fait prisonnier et condamné à cinq ans de prison. Après l'amnistie, il devient conseiller municipal de Paris en 1888, puis député en 1893.
Emmanuel Chauvière.
Vers l’arrêt 9 →
Regagnez les hautes divisions, du 89e au 96e, où reposent nombre de membres du Conseil de la Commune.
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Arrêt 9
★ Incontournable~25 min
Le Conseil de la Commune (89e à 96e divisions)
Généraux, délégués et écrivains de la Commune, de Grousset à Fränkel.
📍 89e à 96e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Ce secteur, proche du Mur des Fédérés, concentre les membres du Conseil de la Commune et leurs proches. On y croise le délégué aux Relations extérieures Paschal Grousset, les généraux Émile Eudes et Augustin Avrial, l'auteur de « L'Internationale » Eugène Pottier, le vieux révolutionnaire Auguste Blanqui, le gendre de Marx Charles Longuet, la victime Victor Noir, et l'ouvrier hongrois Léo Fränkel.
GROUSSET Paschal (89e division)
Opposant sous l'Empire, rédacteur en chef de « La Marseillaise » de Rochefort. En réponse au prince Pierre Bonaparte, il lui adresse ses témoins, dont Victor Noir, que Bonaparte abat. Membre de la Commune élu du XVIIIe arrondissement, délégué aux Relations extérieures. Déporté en Nouvelle-Calédonie, il s'évade avec Rochefort. Député du XIIe en 1893.
Pendant le siège, il fait partie de la Garde nationale et est délégué des vingt arrondissements au Comité central républicain. Membre de la Commune élu du VIIe arrondissement, il siège aux Commissions de l'Enseignement, des Relations extérieures et de la Guerre, et au Comité de salut public. Arrêté et déporté, il milite après l'amnistie dans le mouvement coopératif.
Commandant du 66e bataillon de la Garde nationale, membre de la Commune élu du XIe arrondissement, il siège à la Commission exécutive et aux Commissions du Travail, de l'Échange et de la Guerre, comme directeur de l'artillerie. Il est à l'initiative de la réquisition des entreprises abandonnées par leur propriétaire, transformées en ateliers coopératifs de fabrication d'armes — précurseur de ce qu'on appellera « l'autogestion ». Il organise la défense du Château d'Eau, se réfugie en Alsace, alors sous domination allemande, et revient à Paris après l'amnistie où il invente notamment un motocycle à pétrole tout en militant à l'Internationale avec sa femme.
Blanquiste condamné à mort après l'attaque de la caserne de pompiers de la Villette, libéré le 5 septembre 1870 par ses amis. Membre de la Garde nationale, il participe le 18 mars à la prise de l'Hôtel de Ville. Membre de la Commune élu du XIe arrondissement, de la Commission exécutive et de la Commission militaire, il est nommé général et siège au Comité de salut public. Condamné à mort par contumace, il revient après l'amnistie et collabore au journal de Blanqui « Ni Dieu ni Maître », puis à « L'Homme libre » qu'il fonde avec Édouard Vaillant. Il se ralliera plus tard au boulangisme et deviendra antidreyfusard ; il meurt en prenant la parole dans une réunion politique blanquiste à la salle Favié.
Fils d'un conventionnel qui a voté la mort de Louis XVI, il est appelé « l'Enfermé » pour avoir fait plus de 36 ans de prison. Blessé en 1827 dans une manifestation contre Charles X, il combat lors des Trois Glorieuses en 1830 et milite dans d'innombrables sociétés secrètes : la Charbonnerie, la société des Saisons, la société des Familles… Le 12 mai 1839, avec Armand Barbès et Martin Bernard, il participe à l'insurrection qui s'empare du Palais de justice et occupe un instant l'Hôtel de Ville.
Il participe aux journées du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871. Arrêté le 17 mars 1871, élu membre de la Commune par les XVIIIe et XXe arrondissements, il ne peut physiquement siéger ; Thiers refuse de l'échanger contre Mgr Darboy. Élu député en 1879 mais aussitôt invalidé, il meurt en 1880 ; ses obsèques seront suivies par 100 000 personnes.
Républicain sous l'Empire, l'un des principaux porte-parole du Comité central républicain ; il fonde dans le XIe arrondissement la « Ligue de défense à outrance ». Le 18 mars, il se trouve à Bordeaux où la police l'arrête ; il demeure en prison durant toute la Commune. Auteur des « Guerres de Vendée », il inspire l'un des personnages du « Bachelier » de Jules Vallès.
Opposant à l'Empire, il fonde les journaux « Écoles de France » et « Rive Gauche », où il publie en anglais le préambule et les statuts provisoires de l'AIT rédigés par Karl Marx. Pendant le siège, il est membre du Comité central républicain des Vingt arrondissements et chef du 248e bataillon de la Garde nationale. Rédacteur en chef du Journal officiel du 27 mars au 12 mai, il est élu au Conseil de la Commune par le XVIe arrondissement et vote contre la création du Comité de salut public.
Réfugié à Londres après la Semaine sanglante, condamné à la déportation par contumace, il vote l'exclusion de Bakounine en 1872 et épouse la même année Jenny, fille aînée de Karl Marx. Revenu à Paris après l'amnistie de 1880, il collabore à « La Justice » de Clemenceau et s'oppose à Jules Guesde ; curieusement, il restera toujours plus proudhonien que marxiste.
Rédacteur de « La Marseillaise » de Rochefort, il est envoyé par Paschal Grousset comme témoin pour un duel auprès du prince Pierre Bonaparte, qui l'insulte et l'abat d'un coup de revolver. Son enterrement, le 10 janvier 1870, donne lieu à une grande manifestation contre l'Empire ; son assassin sera acquitté. Son gisant fait l'objet d'un culte phallique qui laisse des traces sur certaines parties de son anatomie.
Collaborateur au « Réveil » de Delescluze, emprisonné sous le Second Empire. Après le 4 septembre, il commande un bataillon de la Garde nationale et participe au mouvement insurrectionnel du 31 octobre 1870. Député en février 1871, membre de la Commune élu du XIXe arrondissement, membre des Commissions exécutive et de la Guerre, il tente d'empêcher l'exécution des otages de la rue Haxo. Réfugié à Londres, condamné à mort par contumace, il revient après l'amnistie de 1880 et continue de militer dans les rangs blanquistes.
GILL André, de son vrai nom Louis-Alexandre Gosset de Guines (95e division)
Célèbre par ses croquis et ses caricatures, administrateur provisoire du Musée du Luxembourg sous la Commune. En 1880, il peint un lapin sortant d'une casserole pour l'enseigne du cabaret des « Assassins », qui deviendra « Le Lapin Agile ». Il participe aux combats de la Semaine sanglante et, réfugié dans le sous-sol du théâtre de Cluny, il assiste par un soupirail à une scène qui contribue à un déséquilibre psychique le conduisant à l'asile, où il mourra.
Dessinateur sur étoffes, il compose sa première chanson à 14 ans et participe à la révolution de 1848. Délégué du Comité central républicain, il participe au combat de Champigny. Membre de la Commune élu du IIe arrondissement, il siège à la Commission des Services publics et à la Commission exécutive de la Fédération des artistes. Réfugié dans une mansarde du boulevard Barbès, il écrit le texte de « L'Internationale », qui sera mis en musique en 1888 par Pierre Degeyter. Condamné à mort par contumace, exilé, il devient trésorier de l'association des Réfugiés.
L'un des fondateurs de la Chambre syndicale des mécaniciens. Sous la Commune, il est membre de la Commission militaire du XVIIIe arrondissement. Exilé, il participe à la Commission créée en faveur des déportés et organise le premier anniversaire de la Commune. Conseiller municipal du XVIIIe en 1882.
Révoqué comme professeur pour refus de serment à l'Empire, il devient célèbre pour son pamphlet « Les Propos de Labienus », critique virulente de Napoléon III éditée en Angleterre lors de son premier exil. Après le 4 septembre, il collabore au « Vengeur » de Félix Pyat. Élu à la Commune par le VIe arrondissement, il refuse de siéger, estimant ne pas avoir recueilli assez de voix. Exilé à nouveau après la Semaine sanglante en Autriche puis en Hongrie, il est condamné à mort par contumace.
Ouvrier ciseleur sur métaux, militant hongrois de l'AIT, il s'enrôle le 4 septembre dans la Garde nationale. Membre de la Commune élu du XIIIe arrondissement, délégué au Travail, à l'Industrie et à l'Échange, il installe avec Avrial des ateliers coopératifs dans les entreprises abandonnées et est à l'initiative des mesures interdisant le travail de nuit dans les boulangeries ainsi que les amendes et retenues sur salaires. Blessé pendant la Semaine sanglante, sauvé par Elisabeth Dmitrieff, il parvient à s'enfuir ; condamné à mort par contumace, il fonde en Hongrie le Parti ouvrier hongrois et revient à Paris en 1889.
Redescendez vers les 28e, 29e, 36e et 39e divisions : y voisinent saint-simoniens, libéraux de la Restauration, un philosophe des Lumières et le photographe Nadar.
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Arrêt 10
Optionnel~22 min
Saint-simoniens, libéraux et Lumières (28e, 29e, 36e et 39e divisions)
De Saint-Simon à Nadar, un carrefour d'idées de la Restauration.
📍 28e, 29e, 36e et 39e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Détour riche et éclectique : la 28e division et ses voisines rassemblent les saint-simoniens (Enfantin, Saint-Simon, Rodrigues, Talabot), les grands libéraux de la Restauration (Constant, Foy, Manuel, Béranger), le conventionnel Merlin de Thionville, le dramaturge Beaumarchais, le sociologue contemporain Pierre Bourdieu, et le photographe Nadar. Un condensé de deux siècles de pensée française.
BOURDIEU Pierre (28e division)
Sociologue mort le 23 janvier 2002, il devient, à la fin de sa vie, par son engagement public, l'un des acteurs principaux de la vie intellectuelle française. Son œuvre est dominée par une analyse des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales, insistant sur l'importance des facteurs culturels et symboliques.
SAINT-SIMON Claude-Henri de Rouvroy de (28e division)
Économiste et philosophe, engagé à 17 ans dans l'armée de libération des États-Unis aux côtés de La Fayette et de Rochambeau. Pendant la Révolution, il abandonne sa particule et s'enrichit dans la vente des biens de l'Église. Père de la philosophie positiviste, il eut comme secrétaire Auguste Comte, qui rompit avec lui mais reprit en grande partie ses idées. Qualifié par Marx de « socialiste utopique », il est considéré par certains comme l'inventeur du mot « socialisme ». Ses soi-disant disciples trahirent largement sa pensée, en particulier Prosper Enfantin.
Adepte des idées de Saint-Simon, dont il fait la connaissance en 1823, il en devient le principal disciple et l'héritier ; il présente son élève Enfantin à Saint-Simon en 1825 et, à la mort de celui-ci, devient le chef de la religion saint-simonienne. En juin 1825, il fonde le journal « Le Producteur », publie les œuvres de Saint-Simon et défend cette forme de socialisme primitif, avant de prendre ses distances avec Enfantin et le saint-simonisme.
ENFANTIN Prosper, dit le père Enfantin (39e division)
Disciple de Saint-Simon dont il trahit complètement la pensée. Il crée la fameuse communauté de Ménilmontant, qui regroupe ou influence un certain nombre des promoteurs de la société industrielle capitaliste de la seconde moitié du XIXe siècle.
D'origine suisse, il s'installe à Paris avec Mme de Staël, dont il est l'amant, après le 18 brumaire. Nommé au Tribunat, il s'oppose avec d'autres libéraux à la monarchisation du régime et apparaît comme le leader de l'opposition libérale. Rallié à Napoléon lors des Cent-Jours, il se réfugie ensuite à Bruxelles puis en Angleterre. Revenu en France en 1816, il est élu député, chef de file de l'opposition libérale de gauche (les « Indépendants ») et l'un des orateurs les plus éloquents de la Chambre. Des funérailles nationales lui sont organisées le 12 décembre 1830.
Membre du club des Jacobins, élu de la Moselle à la Législative, il siège alors à l'extrême gauche et participe activement à la prise des Tuileries le 10 août 1792. Élu à la Convention, il est l'un des accusateurs les plus acharnés de Louis XVI ; en mission aux armées lors du procès, il ne vote pas mais écrit : « Nous sommes entourés de morts et de blessés… et nous apprenons que Louis Capet vit encore ! » Le 9 thermidor, il prend une part active à la chute de Robespierre et devient membre du Conseil des Cinq-Cents. Sous la Restauration, il se confond en regrets devant Louis XVIII, invoquant pour la mort de Louis XVI « une erreur de jeunesse ».
Général napoléonien, député libéral sous la Restauration, membre de l'opposition au régime. Lors de ses obsèques, près de 100 000 personnes défilent dans les rues de Paris ; en plein état de grâce de Charles X et des Ultras, cet hommage est un premier avertissement, d'autant que le rassemblement se transforme en manifestation violente et hostile au pouvoir.
Avocat, député libéral de Vendée sous la Restauration, considéré comme un chef de file de l'opposition ; il fut expulsé par la force de l'Assemblée nationale. Ses obsèques donnèrent lieu à une manifestation libérale. Il est enterré auprès de son ami Béranger.
Chansonnier, poète pamphlétaire, « la voix du peuple ». Condamné plusieurs fois à la prison pour ses chansons contestataires, il fut élu représentant du peuple en 1848 mais refusa de siéger. Il est enterré auprès de son ami le député Manuel.
BEAUMARCHAIS Pierre-Augustin Caron de (28e division)
Figure emblématique du Siècle des Lumières. Fils d'un horloger et horloger lui-même, inventeur du mécanisme de l'échappement à hampe, il devient en 1759 professeur de harpe des filles de Louis XV. Lié au financier Joseph Pâris Duverney, il se lance dans les spéculations commerciales et acquiert une grande fortune. Accusé d'avoir assassiné sa femme, il se fait agent secret, chargé d'empêcher la diffusion de pamphlets contre le roi et la Du Barry. Avocat d'une intervention française dans la guerre d'indépendance des États-Unis, il fait fortune dans le commerce des armes. Il est surtout connu pour ses pièces, dont le fameux « Barbier de Séville », critique de la société d'Ancien Régime et annonciateur de la Révolution française.
Caricaturiste, photographe, inventeur, entrepreneur, mécène : Félix Tournachon, qui se fera appeler Tournadar puis Nadar, touche à tout. L'un des plus grands photographes de son temps, il réalise les portraits de tout le gratin de l'époque. Il organise le courrier aérien par ballons libres pendant le siège de Paris en 1870, en créant une « Compagnie d'Aérostiers », et compte parmi les premiers photographes aériens. Il accueille dans son atelier du boulevard des Capucines la première exposition impressionniste en avril 1874, et inspire à Jules Verne le personnage de Michel Ardan (anagramme de son pseudonyme).
Condamné sous l'Empire, exilé. Après le 4 septembre, il est membre du Comité central de la Garde nationale. Membre de la Commune élu par le IVe arrondissement, il est délégué aux Relations extérieures. Déporté en Nouvelle-Calédonie, il participe à la répression de la révolte des Kanaks en 1878. Élu conseiller municipal en 1881, puis député de la Loire en 1885.
Gagnez enfin les 76e et 97e divisions, hautes dans le cimetière : elles réunissent les grands noms du mouvement ouvrier et de la Résistance.
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Arrêt 11
★ Incontournable~25 min
Mouvement ouvrier et Résistance (76e et 97e divisions)
Du Temps des cerises au colonel Fabien, aux abords du Mur des Fédérés.
📍 76e et 97e divisions, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Dans ces hautes divisions, tout près du Mur des Fédérés, reposent les fondateurs du mouvement ouvrier français et les résistants du XXe siècle : le chansonnier Jean-Baptiste Clément, les théoriciens Benoît Malon, Paul Lafargue, Paul Brousse et Jean Allemane, le peintre du Mur Ernest Pichio, et les figures de la Résistance communiste, du colonel Fabien à Henri Barbusse.
CLÉMENT Jean-Baptiste (76e division)
Il édite sa première chanson à 23 ans. Réfugié en Belgique à cause de la censure impériale, il publie son chef-d'œuvre « Le Temps des cerises », écrit en 1866, qu'il dédiera en 1885 à une ambulancière de la Commune (Louise). Membre de la Commune élu du XIIIe arrondissement, des Commissions des Services publics et des Subsistances, délégué à la fabrication des munitions et à la Commission de l'enseignement. Il collabore au « Cri du Peuple » de Jules Vallès et au Journal officiel. Exilé.
Membre de la Garde nationale pendant le siège, membre du Comité de vigilance du IXe, délégué au Comité central d'armement, directeur des subsistances pour les IXe et XIXe arrondissements, membre de la Fédération des artistes. Auteur des tableaux « La Mort de Baudin », « Le Mur des Fédérés » et « La Veuve du fusillé ».
Berger à 7 ans, ouvrier teinturier à 22 ans, ami d'Eugène Varlin, il devient l'un des principaux dirigeants de l'AIT à Paris. Libéré le 4 septembre, membre du Comité central républicain, il est élu député le 8 février 1871 et membre de la Commune par le XVIIe arrondissement ; pendant la Semaine sanglante, il organise la défense aux Batignolles. Exilé en Suisse, il publie « La Troisième Défaite du prolétariat français » et adhère aux idées de Bakounine. De retour en France, il devient « possibiliste » avec Paul Brousse ; son ouvrage « Le Socialisme intégral » influence toute une génération de militants.
Obligé de finir à Londres ses études de médecine, il entre en contact avec Marx et épouse sa fille Laura. Candidat aux élections sur le programme de la Commune à Bordeaux le 30 avril 1871, il se réfugie en Espagne. Fondateur, avec Jules Guesde, du Parti ouvrier français, il est l'auteur du fameux « Droit à la paresse » et l'un des principaux propagateurs du marxisme en France. Il se suicide avec sa femme en 1911 ; lors de ses obsèques, Lénine prononce son éloge funèbre en français.
Poursuivi pour sa propagande en faveur de l'Internationale et son soutien à la Commune, il se réfugie à l'étranger. Revenu après l'amnistie, il est élu conseiller municipal en 1887 et député en 1906, et nommé directeur de l'hôpital de Ville-Évrard. Il est le fondateur du courant possibiliste, tendance réformiste du mouvement ouvrier français, qui s'opposera au courant guesdiste.
Condamné en juin 1848. Après le 4 septembre, il organise un comité de vigilance dans le VIIIe arrondissement. Délégué au Comité central républicain, membre de la Commune élu du VIe arrondissement, membre des Commissions du Travail et des Finances, il combat à la Bastille. Condamné à mort par contumace, exilé.
Ingénieur forestier, il participe à l'insurrection polonaise de 1863 ; blessé, réfugié à Paris, il devient ouvrier imprimeur. La Commune le nomme général ; il défend trois jours la Butte-aux-Cailles. Exilé, il revient en France après l'amnistie.
Ouvrier tourneur sur bois, militant blanquiste. Capitaine dans la Garde nationale, il fut élu délégué au Comité central. Membre de la Commune élu du XIe arrondissement, membre des Commissions des Services publics et de la Sûreté générale. Exilé à Londres après la Semaine sanglante, il fut condamné à mort par contumace.
Participe à la révolution et aux combats de juin 1848. Arrêté après le coup d'État du 2 décembre, déporté. Après le 4 septembre, membre du Comité central républicain, arrêté puis relâché. Il travaille à la réorganisation du mouvement ouvrier. Conseiller municipal du XIXe.
Opposé à l'Empire, il combat en 1870 dans l'armée du Nord. Sous la Commune, officier de la Garde nationale ; bien que blessé, il parvient à s'échapper. Il est l'un des fondateurs du journal « Le Prolétaire ». Député du XIXe en 1893.
Participe en mars 1871 à la prise de la caserne Lobau et de l'Hôtel de Ville. L'un des fondateurs de la Chambre syndicale des ouvriers et ouvrières de la chapellerie. Député du XIe en 1893, il adhéra au Parti ouvrier socialiste révolutionnaire de Jean Allemane.
Pascal Faberot.
ALLEMANE Jean (89e division)
Membre de la Garde nationale pendant le siège, délégué adjoint à la mairie du Ve le 18 mars. Arrêté le 28 mai, déporté en Nouvelle-Calédonie ; après l'amnistie, il écrit les « Mémoires d'un communard » et sera élu député du XIe en 1901. Typographe à « L'Intransigeant » d'Henri Rochefort, il adhère au Parti ouvrier de Jules Guesde, puis suit avec Jean-Baptiste Clément les « possibilistes » de Paul Brousse. En 1890, exclu du parti, il fonde le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR), qui préconise la grève générale ; en 1902 naît le Parti socialiste français, fusion à laquelle participe le POSR.
Délégué au Comité central républicain durant le siège, il participe aux journées du 31 octobre et du 22 janvier et signe l'affiche rouge. Secrétaire général administrateur du XIIIe, condamné et déporté en Nouvelle-Calédonie, rentré en 1880, il redevient journaliste. Président du Conseil municipal de Paris en 1899, il préside le Grand Orient de France.
FABIEN Pierre Georges, dit colonel Fabien (97e division)
Apprenti boulanger puis ajusteur, il adhère au Parti à quatorze ans et s'engage à dix-sept ans, en 1936, dans les Brigades internationales. Rentré en France en 1938, interné en 1939 après le pacte germano-soviétique, il s'évade en 1940 et reprend contact avec le Parti à Marseille sous le pseudonyme de Fredo. Chargé de monter le premier groupe armé, il réalise ce qui fut considéré comme le premier attentat meurtrier contre les troupes d'occupation, en exécutant le 21 août 1941 l'aspirant Moser au métro Barbès-Rochechouart.
En 1942, il monte un des premiers maquis FTP sous le nom de « colonel Fabien ». Grièvement blessé, arrêté, torturé, il s'évade du fort de Romainville en 1943. Il participe à la libération de Paris en août 1944, à la tête d'un groupe de FFI qui prend d'assaut le palais du Luxembourg, puis forme la « Brigade de Paris », qui deviendra le 151e régiment d'infanterie. Le 27 décembre 1944, il est tué par l'explosion d'une mine à Habsheim, près de Mulhouse.
Membre de la Garde nationale pendant le siège, il participe aux journées du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871. Responsable de l'approvisionnement du XXe sous la Commune, il est déporté en Nouvelle-Calédonie. Installé en URSS à partir de 1926, il finit ses jours à Novossibirsk. Il est considéré comme le dernier survivant de la Commune.
Il se fait connaître par son recueil de poésie « Pleureuses », puis par le roman naturaliste « L'Enfer », mais son œuvre maîtresse demeure « Le Feu » (prix Goncourt 1916), récit sur la Première Guerre mondiale dont le réalisme souleva autant de protestations que d'enthousiasme. En 1917, il est cofondateur et premier président de l'ARAC. Admirateur de la Révolution russe, il adhère au Parti communiste français en 1923 et anime la revue « Clarté ». Il fut l'un des instigateurs du mouvement pacifiste « Amsterdam-Pleyel », dont il devint le président avec Romain Rolland.
Henri Barbusse. Les obsèques d'Henri Barbusse.
VAILLANT-COUTURIER Paul (97e division)
Il sort de la guerre de 14-18 socialiste et pacifiste ; c'est lui qui transcrit et publie la « Chanson de Craonne ». Avec Henri Barbusse, il crée en 1917 l'ARAC, puis en 1919 « Clarté », revue et groupement de membres des professions intellectuelles et artistiques. Rentré à la SFIO, il participe à la fondation du Parti communiste français, dans la tendance de gauche de Boris Souvarine et Alfred Rosmer, et deviendra rédacteur en chef de « L'Humanité ». En février 1932, il fonde l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR).
LEMARQUE Francis, de son vrai nom Nathan Korb (44e division)
Il quitte l'école à 11 ans pour travailler à l'usine. Fascinés par les bals musette — ils sont nés rue de Lappe —, Nathan et son frère intègrent en 1934 le groupe Mars, issu du « Groupe Octobre » de Jacques Prévert, affilié à la Fédération des théâtres ouvriers de France. Ils se font connaître sous le nom des frères Marc en chantant dans les usines pendant le Front populaire. Nathan continue seul sous le nom de Francis Lemarque ; certaines de ses chansons seront censurées.
Avant de conclure au Mur des Fédérés, un dernier contrepoint : le Père Lachaise abrite aussi les tombeaux de ceux qui écrasèrent les révolutions.
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Arrêt 12
Optionnel~15 min
Le Père Lachaise contre-révolutionnaire
Barras, Casimir Perier, Thiers et Drumont — la réaction a aussi ses tombeaux.
📍 28e, 55e et 94e divisions et rond-point central, cimetière du Père-Lachaise, 20e arr.
Le cimetière n'appartient pas qu'aux insurgés. En contrepoint, ce dernier arrêt réunit les hommes de la répression et de la réaction : Paul Barras, fossoyeur de Robespierre ; Casimir Perier, qui écrasa la révolte des Canuts ; Adolphe Thiers, bourreau de la Commune ; et Édouard Drumont, théoricien de l'antisémitisme français. Le parcours se referme sur le plan du « Père Lachaise communard » édité par la Mairie de Paris.
BARRAS Paul (28e division)
Élu député du Var à la Convention, il siège avec les Montagnards. Il se lie à Bonaparte pendant le siège de Toulon et dirige la répression des contre-révolutionnaires. De retour à Paris, il joue avec Tallien et Fouché un rôle décisif dans la chute des Montagnards ; nommé le 9 thermidor an II chef de la Garde nationale, il investit l'Hôtel de Ville et arrête Robespierre. Assisté par Bonaparte, il écrase l'insurrection du 13 vendémiaire an IV. Élu au Directoire, il en devient l'homme fort. Ne voulant plus servir Bonaparte, il démissionne après le 18 brumaire et disparaît de la vie politique ; malgré son vote pour la mort de Louis XVI, il ne sera pas inquiété sous la Restauration.
Paul Barras, caricature anglaise.
PERIER Casimir (rond-point central)
Banquier, opposant libéral fort en gueule mais opportuniste pendant la Restauration. Régent de la Banque de France, incarnation du « parti de la Résistance » sous la monarchie de Juillet, il fut président du Conseil et ministre de l'Intérieur du 13 mars 1831 à sa mort, causée par le choléra de 1832. Il laissa sabrer par les gendarmes royaux des étudiants venus l'acclamer, et se distingua surtout par la répression des Canuts lyonnais en 1831, première grande révolte ouvrière de l'Histoire.
« Le Foutriquet », comme l'appelaient les Communards, était avocat, journaliste, historien, et fournit à Balzac le modèle de Rastignac. Ministre de l'Intérieur de Louis-Philippe, il fait ses débuts par la répression de l'insurrection de 1834 (massacre de la rue Transnonain). Aux premiers rangs des égorgeurs de juin 1848, il couronne sa carrière par l'écrasement de la Commune de Paris pendant la Semaine sanglante, avant de présider à la fondation d'une République conservatrice qui le renversa peu après.
Journaliste et écrivain catholique, antisémite et nationaliste français. Charles Maurras écrivit que « la formule nationaliste est ainsi née presque tout entière de lui ». Converti par le père jésuite du Lac, qui lui fournit des fonds pour créer « La Libre Parole », il écrit en 1886 « La France juive », immense succès où il fait du capitalisme une création juive. En 1890, il fonde la Ligue nationale antisémitique de France et s'oppose de toute sa hargne à la révision du procès Dreyfus.
Pour prolonger la promenade, on reproduit ici le plan du Père Lachaise communard, édité par la Mairie de Paris, avec sa nomenclature. Il permet de retrouver, division après division, les sépultures des acteurs de la Commune.
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
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