Les Halles : le ventre de Paris, mais aussi son coeur
Du cimetière des Innocents à la Bourse du commerce, une plongée dans le quartier le plus populaire, le plus nourricier et le plus révolté de Paris.
📍 15 arrêts
🚶 ~4.5 km
⏱ ~3h30
📖 1er–2e arr.
Pendant huit siècles et demi, ce quartier fut « le ventre de Paris », décrit par Zola et tant d'autres : le lieu le plus populaire et le plus animé de la capitale, où se croisaient noctambules en quête de bonne chère, femmes de la Halle et forts des Halles aux immenses chapeaux. Mais les Halles furent aussi le cœur battant de Paris — carrefour des grands axes, terrain des émeutes de la faim, des sections révolutionnaires, des complots et des barricades.
Cette balade en boucle part de la place Joachim du Bellay, au pied de la fontaine des Innocents, remonte l'axe Saint-Honoré vers le Louvre, gagne l'ancienne Halle au Blé devenue Bourse du commerce, puis redescend par Saint-Eustache et le lacis médiéval des rues marchandes avant de revenir à son point de départ. À chaque pas, l'Histoire affleure : sous les pavés, des cimetières ; derrière les façades, des imprimeries clandestines, des clubs, des cachettes de conjurés.
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Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Place Joachim du Bellay
Sous vos pieds, le plus grand cimetière de Paris — et l'un de ses lieux de vie les plus animés.
📍 Place Joachim du Bellay / fontaine des Innocents, 1er arr.
Nous nous trouvons précisément sur l'emplacement du cimetière des Innocents, créé sous Philippe II Auguste en 1199. Il fut longtemps non seulement le plus vaste cimetière de Paris, mais aussi, bizarrement, l'un des principaux lieux de la vie populaire de la capitale : sans doute parce qu'il représentait le plus grand espace dégagé dans une ville entassée dans des remparts toujours trop étroits. Il se trouvait à l'intersection des grands axes — la rue Saint-Honoré, ancienne voie romaine, et les rues Saint-Denis et Saint-Martin — et aux abords de la Halle, le ventre de Paris.
Ce cimetière, dont la terre avait la réputation de décomposer rapidement les cadavres, engloutit des générations de Parisiens — son dernier fossoyeur, François Poutrain, en enfouit environ 90 000 en moins de 35 ans — avant d'être fermé pour insalubrité en 1786. Les ossements qu'il contenait encore furent transférés dans les Catacombes. Rabelais le décrit comme un véritable cloaque où fleurissaient pourtant le commerce et la prostitution, entouré de charniers de sinistre réputation. C'est sur les murs de l'un d'eux, le « charnier des Lingères », le long de la rue de la Ferronnerie, que fut peinte en 1424 la célèbre fresque de la "danse macabre", attribuée par erreur à Jean Charlier, dit Gerson — qui avait quitté Paris en 1415. Elle fut détruite en 1669 pour élargir la rue.
Le cimetière des Saints Innocents en 1786
La fontaine des Innocents
La fontaine des Innocents remplace une des premières et des trois seules fontaines de l'époque, implantée dans les parages vers 1130. L'édifice actuel date de 1549 ; il était à l'origine adossé à l'église des Saints éponymes. La fontaine des Innocents reste un lieu traditionnel de rendez-vous des Parisiens.
La fontaine des Innocents
Vers l’arrêt 2 →
Longez la rue Sainte-Opportune puis engagez-vous à gauche dans la rue de la Ferronnerie, la voie qui bordait autrefois le cimetière au sud.
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Arrêt 2
★ Incontournable~8 min
Rue de la Ferronnerie
À quelques mètres d'ici, un coup de couteau changea le cours de l'Histoire de France.
📍 Rue de la Ferronnerie, 1er arr.
C'est une voie très ancienne, qui délimitait au sud le cimetière et le charnier des Saints Innocents.
Au 8-10 se trouvait l'emplacement d'une boutique à l'enseigne du cœur couronné, devant laquelle Henri IV, bloqué avec son carrosse par ce qu'on n'appelait pas encore un « embouteillage », fut assassiné par Ravaillac le 14 mai 1610 — et non au 11 de la rue, comme l'indique une inscription erronée sur le sol. Une plaque signale en revanche l'endroit exact de l'attentat.
Revenez vers la rue Saint-Denis et prenez à gauche la rue des Lombards, ancien quartier du commerce des denrées coloniales.
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Arrêt 3
★ Incontournable~12 min
Rue des Lombards et boulevard de Sébastopol
Berceau des théophilanthropes, des Enragés — et de la conserve alimentaire.
📍 Rue des Lombards / bd de Sébastopol, 1er arr.
Au 33 de la rue des Lombards se trouvait l'hospice Sainte-Catherine, un des premiers hôpitaux de Paris, construit sous Philippe Auguste en 1184. En 1796 s'y tint le siège de la Société Théophilanthropique, dirigée par La Révellière-Lépeaux et animée entre autres par Jean-Baptiste Chemin-Dupontès et Valentin Haüy. C'est peut-être ici, en mars 1313, dans ce qui était alors la rue de la Buffeterie, que naquit Giovanni Boccaccio, dit Boccace, fils d'un lombard de Florence, auteur du Décaméron.
Le 25 février 1793, les Enragés, dans ce quartier des Lombards voué au commerce des denrées coloniales dont Jacques Roux était le vicaire, déclenchèrent une émeute contre la liberté absolue du commerce des grains ; à la suite de quoi les femmes de la Halle décidèrent de fixer elles-mêmes le prix des marchandises.
47 rue des Lombards — Nicolas Appert
Nicolas Appert, confiseur de son état, tint ici un magasin où il fit des expériences sur la conservation des aliments, qui l'amenèrent en 1782 à découvrir la stérilisation ; technique que l'on appela d'ailleurs initialement « appertisation ». Cet inventeur de génie, auteur d'une découverte essentielle pour l'humanité, mourut dans le dénuement le plus total et dans l'oubli.
Boulevard de Sébastopol — la presse résistante
Au 19 se trouvait, à l'été 1943, le siège parisien du journal résistant « Le Franc-Tireur », créé par Jean-Pierre Lévy, Eugène Claudius-Petit et Élie Péju, implanté auparavant à Lyon et animé par Georges Altman, Albert Bayet, Madeleine Rimbaud, Antoine Avinin… Au 9, au 12 rue de la Vieille Monnaie, siégeait le secrétariat du Club des Alsaciens, « sentinelle avancée des Droits de l'homme », fondé en mars 1848 par Louis dit Aloysius Huber.
Vers l’arrêt 4 →
Redescendez la rue Saint-Denis jusqu'à la place Sainte-Opportune, en repérant au passage les numéros 8, 18 et 20.
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Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Rue Saint-Denis et place Sainte-Opportune
Vidocq, Blanqui et un chef-d'œuvre d'Art nouveau au ras du trottoir.
📍 Rue Saint-Denis / place Sainte-Opportune, 1er arr.
Au 8 de la rue Saint-Denis demeurait en 1816 Eugène-François Vidocq, ancien repris de justice qui fonda, en utilisant ses anciens comparses, la Sûreté nationale, fortement orientée à l'époque sur la répression du mouvement social naissant. Au 18, le Café-concert des Halles centrales accueillit à la fin du Second Empire quatre réunions politiques publiques animées par Auguste Blanqui, Émile Eudes, Charles Lullier, Gustave Tridon… parmi lesquels de futurs membres de la Commune.
Au 20 s'élevait la maison de Philippe Gastine, riche drapier qui célébrait clandestinement le culte réformé à l'enseigne des Cinq croix blanches. Repéré en 1569, il fut massacré avec une partie de sa famille, sa maison rasée et remplacée par une pyramide surmontée d'une croix. La croix des Gastines fut finalement transférée au cimetière des Innocents, mais l'emplacement de leur maison resta longtemps vide de toute construction.
Place Sainte-Opportune — la section des Innocents
Au 2 se trouvait l'église Sainte-Opportune, siège de la Section des Innocents à partir du 21 mai 1790, puis des Halles en 1792, et enfin des Marchés. Sur la place, une bouche de métro d'Hector Guimard : il fallut longtemps à l'administration pour comprendre, après qu'un exemplaire sauvé de la casse fut exposé dans un musée américain, que ces édicules étaient de petits chefs-d'œuvre d'Art nouveau. On arrêta le massacre déjà bien entamé et on finit par reconstituer certains édicules, dont celui-ci. Mais il était trop tard pour ceux de l'Étoile et de la Bastille, dont le modèle a été perdu.
Traversez la rue des Halles et gagnez la rue du Plat d'Étain, puis les rues des Déchargeurs et des Bourdonnais, où s'ouvre une remarquable enfilade de cours anciennes.
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Arrêt 5
★ Incontournable~15 min
Rues du Plat d'Étain, des Déchargeurs et des Bourdonnais
Le café où naquit l'Encyclopédie, et un pâté de maisons truffé de cours secrètes.
📍 Rues du Plat d'Étain / des Déchargeurs / des Bourdonnais, 1er arr.
Au 1 de la rue du Plat d'Étain, un ancien café fréquenté par les philosophes des Lumières — Diderot, d'Alembert, Marmontel… — vit ces derniers rencontrer les imprimeurs André Le Breton et Briasson pour mettre au point le premier tome de l'Encyclopédie en juillet 1751. Au 17 se tenait vers 1650 le bureau de la corporation des Drapiers.
La rue des Déchargeurs conserve au 3 l'emplacement du bureau de la Petite poste, la poste locale parisienne créée en 1760 par Claude Humbert Piarron de Chamousset, qui employait 117 facteurs en 1788. Au 9 s'ouvre une des entrées d'une succession de cours pittoresques datant de 1640, qui abritent un remarquable escalier monumental de style Louis XVI.
Gagnez la rue du Pont Neuf, puis remontez la rue Saint-Honoré vers l'ouest — l'un des plus vieux axes de Paris.
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Arrêt 6
★ Incontournable~15 min
Rue du Pont Neuf et rue Saint-Honoré
Molière, Wagner, les conjurés de Babeuf et la sinistre Croix du Trahoir.
📍 Rue du Pont Neuf / rue Saint-Honoré, 1er arr.
Au 26 de la rue du Pont Neuf siégeait le club des Halles, créé en mars 1848 dans la halle aux draps. Au 31, la prétendue maison natale de Jean-Baptiste Poquelin, le futur Molière, avec inscription, buste et une erreur de date sur la plaque ; en revanche Richard Wagner habita bien cet immeuble quelques mois à partir du 17 septembre 1839, lors de son premier séjour à Paris.
Sur la rue Saint-Honoré, plusieurs adresses marquantes : au 82 demeurait François Chabot, ex-moine capucin, Conventionnel auteur du « catéchisme des Sans-culottes », guillotiné le 5 avril 1794 après le scandale de la Compagnie des Indes. Au 93, la boutique de l'apothicaire chez qui Henri IV aurait reçu des soins après son assassinat. Au-dessus, dans la nuit du 7 au 8 mai 1796, se tint chez Jean-Baptiste Drouet — le maître de poste qui avait arrêté Louis XVI à Varennes — une rencontre clandestine de la Conjuration des Égaux réunissant Gracchus Babeuf, Augustin Darthé, Philippe Buonarroti et le général Rossignol. Renseignée par le traître Grisel, la police intervint trop tard mais arrêta Babeuf et Buonarroti deux jours plus tard.
Le carrefour de la Croix du Trahoir fut longtemps l'un des lieux les plus fréquentés de Paris, à une des principales entrées de la ville, proche des marchés aux bestiaux. Il fut dès 1301 un lieu patibulaire avéré — la rue de l'Arbre Sec qui y aboutit tirerait son nom d'une potence — où l'on coupait les oreilles des serviteurs « indélicats ». L'exécution de trois luthériens le 28 octobre 1534 fut parmi les premières d'un long chapelet de barbaries ; on y supplicia jusqu'en 1737. C'est ici que se rassemblèrent les ligueurs de la Sainte Union pour une première tentative manquée de prise du Louvre, menée par Bussy Le Clerc le 22 février 1587, et que partit, le 26 août 1648, la Fronde, provoquée par l'arrestation de Pierre Broussel. La fontaine, construite en 1776, en remplace une bien plus ancienne de 1359.
96 rue Saint-Honoré — le pavillon des singes
Emplacement du pavillon des singes, maison natale de Molière le 15 janvier 1622. Au 108 demeurait Jean-Jacques Pillot, membre blanquiste de l'AIT, élu au Conseil de la Commune en 1871, qui avait organisé avec Théodore Dézamy le premier « banquet communiste » à Belleville le 1er juillet 1840. Au 115, une pharmacie de 1715 où la petite Histoire veut qu'Axel de Fersen soit venu acheter l'encre sympathique dont il usait pour correspondre avec Marie-Antoinette.
Prenez à gauche la rue de l'Arbre Sec, l'un des points les plus chauds des insurrections parisiennes.
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Arrêt 7
★ Incontournable~12 min
Rue de l'Arbre Sec
La rue des premières barricades, des Enragés et des exilés allemands.
📍 Rue de l'Arbre Sec, 1er arr.
Très ancienne voie, dans laquelle on a retrouvé un sarcophage monolithique, vestige du cimetière mérovingien de Saint-Germain d'Auxerre. Elle fut l'un des points les plus chauds de la « Journée des barricades », insurrection déclenchée le 12 mai 1588 par Henri de Guise et le Conseil des Seize contre Henri III. Ce fut la première fois à Paris que l'on dressa des barrages de rue constitués de « barriques » — d'où le nom qu'elles prirent, en même temps que cette journée. Leur érection allait devenir une tradition chère aux Parisiens.
Au 60 demeurait Honoré Daumier en 1832 ; il y fut emprisonné six mois pour une caricature de Louis-Philippe en Gargantua. Au 40 vécut Jacques Roux, le « curé rouge », auteur du « Manifeste des Enragés », qui se suicida le 10 février 1794 pour échapper à la guillotine. Au 21, l'hôtel de Sourdis, où Gabrielle d'Estrées, maîtresse d'Henri IV, mourut empoisonnée par une orange en 1599.
46 rue de l'Arbre Sec — la Ligue des Justes
Emplacement du café Gaissier, lieu de réunion de la Ligue des Justes, organisation rassemblant ouvriers immigrés allemands et intellectuels exilés, créée en 1836 par le tailleur Wilhelm Weitling. Karl Marx devait la rejoindre à son arrivée à Paris en 1843 et la transformer en Ligue des Communistes — il y avait alors à Paris entre 40 et 60 000 Allemands. Plus tard, dans les années 1950, ce fut le local du PCI trotskyste lambertiste et de sa revue la Vérité. Au 19 demeurait Jules Louis Andrieu, professeur de latin des frères Varlin, élu au Conseil de la Commune. Friedrich Engels, venu retrouver Marx en 1844, demeura au 11, dans un immeuble aujourd'hui disparu.
Vers l’arrêt 8 →
Rejoignez la rue de Rivoli puis la rue du Louvre, en direction du nord.
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Arrêt 8
★ Incontournable~12 min
Rue de Rivoli et rue du Louvre
Coligny y meurt à la Saint-Barthélemy, et le mot « restaurant » y serait né.
📍 Rue de Rivoli / rue du Louvre, 1er arr.
Au 144 de la rue de Rivoli, l'emplacement de l'hôtel de Ponthieu, demeure de Gaspard de Coligny, alors rue de Béthisy. Catherine de Médicis y vint négocier la paix avec les protestants le 30 juin 1572, mais commandita moins de deux mois plus tard un attentat où il ne fut que blessé. Il mourut ici deux jours après, massacré lors de la Saint-Barthélemy le 24 août. L'actrice et cantatrice Sophie Arnould y naquit le 13 février 1740, dans ce qui était devenu l'hôtel de Lisieux, que le peintre Carle van Loo habita ensuite.
Rue du Louvre, au 10, le café du Musée — ou l'un de ses prédécesseurs — serait à l'origine du mot « restaurant » : un nommé Boulanger aurait, en 1765, affiché l'enseigne latine « venite ad me omnes qui stomacho laboratis et ego restaurabo vos » (venez à moi, vous que l'estomac travaille, je vous restaurerai). Au 16, un immeuble Art nouveau dessiné par l'architecte Frantz Jourdain en 1912.
Une tour de l'enceinte de Philippe Auguste
11-13 rue du Louvre — l'enceinte de Philippe Auguste
Vestiges d'une tour de l'enceinte de Philippe Auguste intégrés dans le mur d'un immeuble à l'angle de la rue Jean-Jacques Rousseau.
145 rue Saint-Honoré — l'Oratoire du Louvre
Sur la rue Saint-Honoré, au 145, l'Oratoire — chapelle royale du Louvre construite en 1630. Talleyrand, puis Treilhard et Bailly y présidèrent l'intronisation d'évêques constitutionnels. Siège de la Section de l'Oratoire de 1790 à 1792, puis des Gardes-françaises, il est consacré au culte réformé depuis 1811 et abrita de 1941 à 1944 un réseau de sauvetage d'enfants juifs animé par Lucie Chevalley. Aux 121-125, l'hôtel d'Aligre abritait en 1770 l'atelier de Curtius, sculpteur sur cire qui forma sa nièce Marie Grosholtz, la future Mme Tussaud. Au 129, la maison natale de Louis Hébert, premier colon installé au Québec en 1616.
Engagez-vous dans la rue Jean-Jacques Rousseau, où le philosophe vécut, puis flânez par la rue du Pélican et la rue Croix des Petits Champs.
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Arrêt 9
Optionnel~15 min
Rue Jean-Jacques Rousseau et alentours
La rue du philosophe, la galerie des charcutiers et l'ancienne rue « Pèle-con ».
📍 Rue Jean-Jacques Rousseau / galerie Véro-Dodat, 1er arr.
Cette portion est l'ancienne rue de Grenelle Saint-Honoré — une des seules rues de Paris à porter le nom d'un personnage l'ayant habitée. Au 3 demeura Jean-Jacques Rousseau et Thérèse Levasseur, à l'hôtel du Languedoc, de fin 1749 à 1756. Au 13, la Coalition des Tailleurs élabora en 1833 le « programme de Grenelle » et mena des mouvements très durs, menés par Wilhelm Weitling et Antoine Müller, contre le marchandage du salaire. Au 14, le siège du « Journal de Paris », premier quotidien créé en France en janvier 1777, saccagé par les Montagnards le 13 août 1792.
Au 2, la maison natale, en 1585, d'Armand Jean du Plessis de Richelieu, futur cardinal-ministre de Louis XIII. Son père, lieutenant général de police, occupait cet hôtel de Losse, résidence des Grands prévôts, habité avant lui par La Reynie. Aujourd'hui café de l'Époque, où Nerval aurait bu pour la dernière fois avant de se suicider le 25 janvier 1855. Au 4, l'imprimerie Paul Dupont cacha pendant l'Occupation, au 4e sous-sol, la centrale d'un réseau de renseignement franco-anglais muni d'un émetteur radio, qui fonctionna sans jamais être repéré de 1940 à 1944. Au 5, le « divin marquis » de Sade fut hébergé par Mme de Montreuil en avril 1790 et fut quelque temps secrétaire de la Section des Piques.
Galerie Véro-Dodat — La Caricature et la divine Rachel
Construite par deux charcutiers-traiteurs, Benoît Véro et François Dodat, en 1826. Au 38, les bureaux de « La Caricature », fondée par Charles Philipon en 1830, puis du « Charivari » en 1834 — revues satiriques auxquelles collaborent Grandville, Gavarni, Daumier, Henry Monnier… À l'étage demeura la tragédienne Rachel, « la divine », de 1838 à 1842.
Rejoignez la rue de Viarmes, qui décrit une courbe autour de l'ancienne Halle au Blé.
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Arrêt 10
★ Incontournable~15 min
La Bourse du commerce et la place René Cassin
La rotonde du blé, la colonne astrologique de Catherine de Médicis et son destin.
📍 Rue de Viarmes / place René Cassin, 1er arr.
À l'emplacement de la Halle au Blé, l'actuelle Bourse du commerce, fut construit l'hôtel de la Reine pour Catherine de Médicis. Venant de faire bâtir le château des Tuileries, elle se rendit compte qu'il se trouvait sur la paroisse de Saint-Germain l'Auxerrois. Son astrologue Ruggieri lui ayant prédit qu'elle mourrait « auprès de Saint-Germain », elle ne mit jamais les pieds dans son coûteux palais et se fit construire ce plus modeste logis. Catherine mourut à Blois en 1589, assistée d'un confesseur nommé Julien de Saint-Germain : nul n'échappe à son destin. La résidence prit ensuite le nom d'hôtel de Soissons et abrita un temps la Bourse de Paris avant de devenir une sorte de tripot, après la banqueroute de Law.
En 1763, on rasa l'hôtel délabré pour le remplacer par un bâtiment circulaire destiné aux réserves de blé, principale denrée alimentaire de l'époque, construit par l'architecte Nicolas Le Camus de Mézières. En 1783, Jacques-Guillaume Legrand et Jacques Molinos le couvrirent d'une coupole en charpente de bois, remplacée par une armature en fer en 1899. C'est aujourd'hui la Bourse du commerce.
Tour d'observation, sans doute astrologique, de Catherine de Médicis et de son astrologue Côme Ruggieri, seul vestige de l'hôtel de la Reine.
Vers l’arrêt 11 →
Rejoignez la rue Coquillière et ses abords, en passant par la rue Croix des Petits Champs, la rue Hérold et la rue Coq Héron.
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Arrêt 11
★ Incontournable~15 min
Autour de la rue Coquillière et de l'Hôtel des Postes
Balzac clerc de notaire, Corday à l'auberge, et la grande presse de la Résistance.
📍 Rues Coquillière, Hérold, Coq Héron et du Louvre, 1er/2e arr.
Rue Croix des Petits Champs, au 20, l'emplacement du café Allemand tenu par Mme Mélanie Bourette, la « muse limonadière », fréquenté par Voltaire ; au 23 demeura la marquise de Pompadour de 1751 à 1764. Rue Coquillière, au 42, l'étude de notaire Guillonnet-Merville où Honoré de Balzac travailla comme clerc en 1816 et 1817. Au 1, l'emplacement de l'hôtel de Nesle, résidence en 1232 de Blanche de Castille, mère de Louis IX. C'est rue Coquillière que se réunissait la Section de la Halle au Blé pendant la Révolution.
Rue Hérold, au 14, l'hôtel meublé de la Providence où descendit Charlotte Corday en vue d'assassiner Marat, le 11 juillet 1793. Rue Coq Héron, au 5, l'imprimerie du journal « La Lanterne » d'Henri de Rochefort ; aux 3-7, la demeure de Casimir Perier.
52 rue du Louvre — l'Hôtel des Postes
Hôtel des Postes, qui vit l'installation du premier distributeur automatique de timbres le 13 mars 1908. Le 21 août 1944, lors de la Libération, un char allemand contre-attaqua les Résistants qui s'étaient emparés de la Poste centrale du Louvre le 19. Au 37, le siège du journal « Paris-Soir », qui tirait jusqu'à 2 millions d'exemplaires, auquel collaborèrent Blaise Cendrars, Joseph Kessel, Antoine de Saint-Exupéry, Jean Cocteau… Albert Camus et Pascal Pia y étaient secrétaires de rédaction au printemps 1940. La nuit, en septembre 1942, on y imprimait clandestinement les Lettres françaises ; à partir du 21 août 1944, le journal « Libération » d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie, puis « Ce Soir » d'Louis Aragon. En 1945, « l'Humanité » s'y installe jusqu'en 1955.
Rue Jean-Jacques Rousseau (ancienne rue Plâtrière) — Rousseau et l'agence Havas
Au 51, Charles-Louis Havas crée le 22 octobre 1835, dans l'hôtel Bullion, la première agence d'information mondiale, future Agence Havas. Au 52, l'emplacement approximatif de la demeure de Jean-Jacques Rousseau avec Thérèse Levasseur, à partir du 28 décembre 1770, où il restera jusqu'à sa mort en 1778, vivant essentiellement de la copie de musique. Au 61, l'hôtel Pagevin où Jean de La Fontaine meurt le 13 avril 1695. En 1871, Albert Theisz, élu au Conseil de la Commune et nommé à la direction de l'Hôtel des Postes, s'oppose à sa destruction le 23 mai, ce qui ne l'empêche pas d'être condamné à mort par contumace avant de se réfugier en Angleterre.
Vers l’arrêt 12 →
Remontez la rue Montmartre vers le nord, ancienne « rue Mont Marat », puis gagnez la rue du Jour et l'église Saint-Eustache.
12
Arrêt 12
★ Incontournable~15 min
Rue Montmartre, rue du Jour et Saint-Eustache
La rue rebaptisée « Mont Marat », les vestiges des remparts et le drame de la Commune.
📍 Rue Montmartre / rue du Jour / église Saint-Eustache, 1er/2e arr.
La rue Montmartre fut rebaptisée rue Mont Marat pendant la Révolution, le 15 novembre 1793, après la mort de « l'Ami du peuple ». Au 34, le pont des Porcherons permettait de franchir le Grand égout qui ceinturait le nord de Paris ; au 30 s'ouvrait la porte Montmartre de l'enceinte de Philippe Auguste ; au 15, la maison natale du Père Joseph, François-Joseph Leclerc du Tremblay, la fameuse « éminence grise » de Richelieu. Au 10, le passage de la Reine de Hongrie doit son nom à Julie Bécheur, femme de la Halle remarquée par Marie-Antoinette pour sa ressemblance avec sa sœur, reine de Hongrie ; devenue royaliste, elle finit décapitée en 1794.
Rue du Jour, au 31, la demeure de la « baronne d'Oliva », Nicole Leguay, protagoniste de l'Affaire du collier en 1784 ; au 9, des vestiges d'une tour de l'enceinte de Philippe Auguste, dont la rue occupe le chemin de ronde.
Église Saint-Eustache
Pillée en 1520 par la « croisade des Pastoureaux », elle fut le siège de la Section des Postes de 1790 à 1792, puis du Contrat Social. On y célébra les obsèques de Mirabeau le 2 avril 1791. Elle devint temple de l'Agriculture par décret du 2 prairial an III. Pendant la Commune de 1871, elle abrita le club Eustache, animé par Anne-Marie Menant. 300 Fédérés qui s'y étaient retranchés furent faits prisonniers et fusillés sur place sans jugement le 24 mai 1871, après de violents combats dans les Halles.
Rue Montmartre, au 1 — la crypte Sainte-Agnès
Emplacement de la crypte Sainte-Agnès, dont la construction en 1202 fut financée par « l'Écu au poisson », un denier prélevé sur chaque panier de poisson vendu à la Halle. C'est dans la rue Montmartre qu'Edgar Allan Poe situe le cabinet de lecture du « Double assassinat dans la rue Morgue » (1841), où l'on rencontre le fameux Dupin, premier détective privé de la littérature.
Vers l’arrêt 13 →
Gagnez la rue Rambuteau, à l'ancienne Pointe Saint-Eustache, au cœur des anciennes Halles.
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Arrêt 13
★ Incontournable~15 min
La Pointe Saint-Eustache et les anciennes Halles
Là où s'élevaient les pavillons Baltard : huit siècles et demi de « ventre de Paris ».
📍 Rue Rambuteau / Pointe Saint-Eustache, 1er arr.
Nous nous trouvons à ce qu'on appelait « la Pointe Saint-Eustache », carrefour où débouchaient deux rues importantes pour les Halles : la rue Montmartre, qui menait aux zones de maraîchage du Nord-Ouest, et la rue Montorgueil, prolongée par la rue Poissonnière, qui amenait la « marée » à la capitale. Face à nous s'élevaient les pavillons des Halles, construits en 1852 par l'architecte Victor Baltard, détruits dans les années 1970 — on peut encore en voir un exemplaire reconstruit à Nogent-sur-Marne.
En 1137, Charles VI le Gros fait installer, au lieudit les Champeaux, un marché qui prendra dès 1183 le nom des « Halles ». Pendant huit siècles et demi, ce quartier deviendra « le ventre de Paris » décrit par Zola, le lieu le plus populaire de la capitale, où se croisaient noctambules, « femmes de la Halle » et « forts des Halles » aux immenses chapeaux, la plus vieille corporation de Paris.
Les Halles de Paris
Un carrefour patibulaire — du gibet au pilori
Qui dit lieu fréquenté dit lieu patibulaire. Sur la place que formait ce carrefour fut dressé un gibet, supprimé en 1318 parce que la puanteur des cadavres nuisait au commerce. Il fut remplacé par un pilori rotatif où l'on exposait les condamnés dans des carcans faisant de temps en temps un quart de tour — d'où le nom de « rue Pirouette ». Un livre de Sébastien Le Prestre de Vauban, demandant à Louis XIV l'instauration d'un impôt égal pour tous, y fut exposé en 1707 — d'où l'expression « mettre au pilori ». Le célèbre architecte militaire, et cependant humaniste, en mourut de chagrin.
Sébastien Le Prestre de Vauban — son « projet de capitation » exposé au pilori des Halles
108 rue Rambuteau — révoltes et émeutes de la faim
Maison natale, en 1655, de Jean-François Regnard. C'est d'ici que part, le 1er mars 1382, la révolte des Maillotins : un fermier de l'impôt veut prélever une taxe sur une marchande de cresson, et c'est tout le quartier des Halles qui s'embrase. Les émeutiers s'arment de maillets de plomb entreposés à la Maison commune. En 1709, sous Louis XIV, une manifestation de femmes de la Halle, portant leurs enfants mourant de famine, se forme ici pour aller à Versailles réclamer du pain ; elles seront arrêtées par la troupe au pont de Sèvres. De violents combats s'y déroulent pendant les « Trois Glorieuses », le 28 juillet 1830, et le 23 février 1848.
Vers l’arrêt 14 →
Empruntez la rue de Turbigo puis la rue Montorgueil, la rue Mauconseil et la rue Française, dans le lacis des vieilles rues marchandes.
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Arrêt 14
★ Incontournable~15 min
Rue Montorgueil, rue Mauconseil et rue Française
Le berceau du théâtre parisien, de Turlupin à la Comédie-Française — et des Amis des Noirs.
📍 Rues Montorgueil, Mauconseil et Française, 2e arr.
Rue de Turbigo, au 2, à l'emplacement de l'ancien 42 de la rue de la Grande Truanderie, un établissement des « Frères cordonniers » — communauté religieuse fondée par le baron de Renty, exempte des règles corporatives — de 1645 à 1790. Rue Montorgueil, au 9, une belle sculpture au-dessus d'une porte servait d'enseigne au cabaret du Croissant au XVIIIe siècle ; au 31, l'emplacement de la poterne du Comte d'Artois, percée en 1270 dans l'enceinte de Philippe Auguste ; au-dessus de l'Escargot d'Or demeurait Joseph Lesurques, protagoniste de l'affaire du Courrier de Lyon en 1796.
Le 30 août 1548, on construisit dans l'Hôtel de Bourgogne une salle où s'installa la « Troupe Royale », dite des « Grands Comédiens », seule troupe autorisée jusqu'en 1629. La troupe du Pont Neuf, dirigée par Henri Legrand dit Turlupin, avec Gros-Guillaume et Gaultier-Garguille, s'y installe à partir de 1630 ; des gamins du quartier assistent à leurs représentations — ils s'appellent Cyrano de Bergerac et Jean-Baptiste Poquelin. En 1680, Louis XIV ordonne la fusion des troupes de Scaramouche et de celle d'Armande Béjart, formant l'embryon de la Comédie-Française. Le 19 novembre 1827, le poste de police de la rue Mauconseil est attaqué lors d'une émeute où un jeune étudiant nommé Auguste Blanqui est blessé au cou ; il sera de nouveau pris d'assaut lors de l'insurrection du 5 juin 1832, aux obsèques du général Lamarque.
Rue Étienne Marcel — la tour de Jean Sans Peur
Au 20, la tour de Jean Sans Peur, construite sur la base d'une tour de l'enceinte de Philippe Auguste, où le « bourguignon » s'enferma par peur des représailles après l'assassinat de Louis d'Orléans en 1408, en pleine guerre entre Armagnacs et Bourguignons. Au 6 demeura Karl Schoënhaar, réfugié allemand membre du PCF qui constitua pendant l'Occupation un dépôt et atelier de réparation d'armes récupérées, avec l'aide d'Hélène Vivet ; il sera fusillé au Mont Valérien et Hélène déportée.
Vers l’arrêt 15 →
Redescendez par la rue Saint-Denis puis les rues de la Grande Truanderie, Pierre Lescot et Mondétour, cœur du vieux Paris marchand.
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Arrêt 15
★ Incontournable~15 min
Le vieux quartier marchand et le retour aux Innocents
Cachettes de Babeuf, cabaret des Misérables et retour à la fontaine des Innocents.
📍 Rues de la Grande Truanderie, Mondétour, des Prêcheurs, de la Cossonnerie, 1er/2e arr.
Rue Saint-Denis, au 135, l'emplacement de la porte Saint-Denis dite Porte des Peintres de l'enceinte de Philippe Auguste, démolie en 1535 ; au 133 bis, la ci-devant église Saint-Jacques de l'Hôpital, siège de la Section de Bon Conseil à partir de 1790. Rue de la Grande Truanderie, au 26, face à la maison du tailleur Tissot où se cachait Gracchus Babeuf, recherché par la police du Directoire : c'est ici que furent arrêtés, le 10 mai 1796, trahis par Grisel, certains dirigeants des Égaux, dont Babeuf, Philippe Buonarroti et le général Fyon. Cette rue abrita aussi la plus ancienne « cour des miracles » de Paris.
Rue Mondétour — le cabaret Corinthe des Misérables
Au 2, l'auberge de l'Escargot Couronné, à l'angle de la rue de la Chanverrerie, a servi de modèle à Hugo pour le cabaret Corinthe de ses « Misérables », quartier général des Amis de l'ABC devant lequel se trouve, dans le roman, la barricade sur laquelle meurent Gavroche et Enjolras le 6 juin 1832. Au 1 s'installera en 1933 le Comité international d'aide aux victimes du fascisme, à l'initiative de Willy Münzenberg.
Le cabaret Corinthe hier
Rue des Prêcheurs et rue de la Cossonnerie — les Égaux et les sections
Rue des Prêcheurs, au 29, la maison natale de Pierre Sylvain Maréchal, dirigeant de la Conjuration pour l'Égalité et rédacteur du « Manifeste des Égaux ». Rue de la Cossonnerie demeurait l'apothicaire Antoine Quinquet, inventeur en 1780 d'une lampe à huile ; elle abrita pendant la Révolution le siège de la Section des Innocents. C'est chez Mathurin Bouin, juge de paix qui y habitait, que se tint en octobre 1795 la première réunion de ce qui devait constituer la Conjuration des Égaux. Rue Pierre Lescot, au 22, l'emplacement du restaurant Schreiber, lieu de réunion de la Ligue des Justes rejointe par Karl Marx en 1843.
Retour place Joachim du Bellay
La boucle s'achève au pied de la fontaine des Innocents, là où elle avait commencé.