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Balade · 6e–15e arr.

Montparnasse 1ère partie : de l'ancienne gare au métro Vavin ; plutôt "intello", la révolution...

De la gare qui vit se rendre le commandant du Gross Paris aux ateliers des peintres, des barrières des Fermiers généraux au cimetière Montparnasse : un Montparnasse « intello », révolutionnaire et bohème.
📍 13 arrêts
🚶 ~3.5 km
⏱ ~2h30
📖 6e–15e arr.
Montparnasse 1ère partie : de l'ancienne gare au métro Vavin ; plutôt "intello", la révolution...

Notre parcours partira de la place du 18 juin 1940, au métro Montparnasse-Bienvenüe. De l'ancienne gare disparue aux ateliers des peintres, des barrières des Fermiers généraux au cimetière Montparnasse, cette première partie explore un quartier « intello » et révolutionnaire, où se croisent la Résistance communiste, la bohème artistique cosmopolite et la mémoire de la Commune.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Place du 18 juin 1940

La gare disparue où se rendit le commandant du « Gross Paris ».
📍 Place du 18 juin 1940, devant l'actuelle gare Montparnasse, 15e arr.

La monstruosité commercialo-administrative devant laquelle nous nous trouvons a éradiqué toute trace de l'historique gare Montparnasse, celle où fut amené le général Von Choltitz, commandant du "Gross Paris", après qu'il se soit rendu le 24 août 1944 — et non pas le lendemain comme le veut la tradition — auprès du général Leclerc. La capitulation allemande proprement dite fut bien signée le 25, mais à la préfecture de police. Elle fut contresignée par Leclerc puis, sur l'insistance de Maurice Kriegel-Varlimont, responsable du Comité d'action militaire du Conseil national de la Résistance — et de Jacques Chaban-Delmas que ce dernier avait convaincu — par le colonel Henri Rol-Tanguy, chef communiste des FFI de la région parisienne ; ce que de Gaulle reprocha sèchement au commandant de la 2ème DB d'avoir accepté.

La confusion des dates et des lieux est renforcée par le fait que les édiles qui ont fait raser l'ancienne gare ont installé au dernier étage de la nouvelle un introuvable musée de la Libération de Paris que personne ne vient visiter vu que tout le monde ou presque ignore son existence si bien cachée.

Mais il est vrai que cette gare en avait elle-même remplacé une autre : l'embarcadère du Maine, construit en 1840 et situé à peu près à l'emplacement de la gare actuelle. C'est sur la voie qui reliait alors Paris à Versailles qu'eut lieu le 8 mai 1842 le premier accident ferroviaire en France, dans lequel mourut le navigateur Jules Dumont d'Urville. Le 21 octobre 1895, un train fou défonça son heurtoir et alla s'écraser sur ce qui était alors la place de Rennes, après avoir traversé une baie vitrée de la façade. Il écrasa Mme Héguillard, la femme d'un marchand de journaux venue remplacer quelques instants son mari dont l'éventaire était installé là.

La gare Montparnasse fut aussi le théâtre de plusieurs cérémonies émouvantes d'accueil des Communards à leur retour du bagne de Nouvelle Calédonie. Les premiers amnistiés rentrèrent le 6 avril 1880. Le dernier convoi, débarqué à Brest sur le Navarin, arriva ici le 7 janvier 1881 : il ramenait Alexis Trinquet, Maxime Lisbonne, Magnier, Éloy, Dominique Régère et son fils, Charles Lullier…

En 1914, le peintre Chaïm Soutine, qui travaillait auparavant chez Renault, fut embauché au déchargement des trains à la gare Montparnasse. Plus tard, Robert Francotte et un groupe de militants PCF du 14ème arrondissement y sabotèrent en 1951 un convoi d'armement en partance pour le Viêt Nam. La place où nous nous trouvons fut par ailleurs l'un des terminus de la première ligne de tramways à vapeur, ouverte en août 1874 entre les gares Montparnasse et d'Orléans.

Rue de l'Arrivée, n° 6

Demeure du poète symboliste Germain Nouveau en 1886.

Vers l’arrêt 2 →
Gagnez le boulevard du Montparnasse, que vous suivrez côté impair jusqu'à ses premiers numéros.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~12 min

Boulevard du Montparnasse

Bouillon Art nouveau, Nabis et premiers contacts de la Résistance communiste.
📍 Boulevard du Montparnasse (débuts), 6e arr.

Le boulevard mêle ici gastronomie populaire, ateliers d'artistes et mémoire de la Résistance. Ses adresses concentrent, en quelques mètres, plusieurs siècles d'histoire parisienne.

N° 59 — Bouillon « Montparnasse 1900 »

Ancien bouillon — des restaurants bon marché à l'origine — devenu le "bistro de la Gare Montparnasse", puis l'actuelle brasserie "Montparnasse 1900". Réalisé en 1906 pour la chaîne de Camille Chartier, son décor Art nouveau est remarquable.

N° 60 — Alexander Calder

Demeure du sculpteur américain Alexander Calder.

N° 25 — Maison aux cornues

La Maison aux cornues ayant appartenu en 1722 à Philippe de Vendôme, prince de Condé, grand prieur de l'ordre de Malte, libertin et alchimiste à ses heures ; ce qui expliquerait le nom donné à sa demeure. Elle abrita en 1893 l'atelier de Paul Ranson, considéré comme le "temple" des peintres Nabis, qui y tenaient les réunions de leur école.

N° 8 — Paul Gauguin

Demeure de Paul Gauguin en 1893, après le séjour qu'il fit à Arles pour rejoindre Vincent Van Gogh.

N° 1 — Café François Coppée

C'est ici, à la sortie du métro Duroc puis à la terrasse du café François Coppée, qu'eut lieu le 2 août 1941, par l'intermédiaire d'André Leroy, le premier contact entre Albert Ouzoulias, alias Marc, responsable national des FTP, et Pierre Georges, alias Frédo, le futur colonel Fabien. Dans ce même café avaient lieu les réunions de la direction des Bataillons de la Jeunesse, auxquelles participaient Albert Ouzoulias, Eugène Hénaff, Arthur Dallidet et Danielle Casanova.

Vers l’arrêt 3 →
Rejoignez la rue de Vaugirard, que vous suivrez d'abord à droite puis à gauche, aller-retour.
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Arrêt 3
Optionnel ~8 min

Rue de Vaugirard

Une clôture d'octroi de Louis XV et un postier agent de liaison.
📍 Rue de Vaugirard (n° 111-134), 6e / 15e arr.

La rue conserve la mémoire des anciennes limites fiscales de Paris et d'un discret bureau de poste devenu, sous l'Occupation, une couverture pour la Résistance.

N° 111-132 — Clôture des Carmes

Emplacement de la "clôture des Carmes", poste d'octroi instauré en 1765, sous le règne de Louis XV. Il fut remplacé en 1785 par la barrière du Maine des Fermiers généraux, située un peu plus au Sud.

N° 134 — Bureau de poste

Ancien bureau de poste de la rue de Vaugirard où Serge Lafourcade, membre de la section PTT du Front national, utilisait sa fonction de postier comme couverture pour son activité d'agent de liaison, de 1940 à 1944.

Vers l’arrêt 4 →
Revenez vers l'avenue du Maine et remontez-la : l'îlot verdoyant du chemin de Montparnasse vous attend.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~12 min

Avenue du Maine — le chemin de Montparnasse

Un îlot de verdure où Trotsky croisait Modigliani et Picasso.
📍 Avenue du Maine (n° 1 bis à 22), 15e arr.

Ce magnifique îlot de verdure et de paix au milieu des buildings et des tumultes nous permet de rêver à ce que fut le Mont Parnasse d'antan. Autour du chemin de Montparnasse gravitèrent académies russes, cantines militantes, ateliers de sculpteurs et clubs révolutionnaires.

N° 1 bis — Hôtel Central

Hôtel Central, où séjourna Henry Miller en 1930.

N° 21 — Le chemin de Montparnasse

Cet îlot abrita la seconde académie russe de Marie Vassiliev, puis une cantine fréquentée par Alfred Rosmer et Léon Trotsky. Elle fut, entre 1911 et 1917, l'arène de nombreux conflits politiques, mais aussi le lieu de rencontres d'artistes réputés, tels Modigliani ou Picasso, ou moins connus et dans un autre genre, comme Aïcha la mulâtresse. Fernand Léger y tint le 3 mai 1913 une conférence sur "l'équilibre ligne, formes, couleurs". On y organisa en janvier 1917 un banquet en l'honneur de Georges Braque, grièvement blessé au front pendant la guerre et trépané.

N° 22 — Aimé-Jules Dalou / club de Gentilly

Demeure du sculpteur Aimé-Jules Dalou, artiste engagé, capitaine au 83ème bataillon de la Garde nationale et curateur du Louvre pendant la Commune, qui dut s'exiler après l'écrasement de celle-ci. Le club de Gentilly, club révolutionnaire fondé en mars 1848, siégeait dans ce qui était alors la Chaussée du Maine, à une adresse qui nous reste malheureusement inconnue ; il était présidé par un certain Kœnig, Lerouge en était vice-président et Lasalcette le secrétaire.

Vers l’arrêt 5 →
Prenez la rue Antoine Bourdelle, ancienne impasse du Maine, sur quelques dizaines de mètres.
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Arrêt 5
Optionnel ~8 min

Rue Antoine Bourdelle

Les ateliers de Bourdelle, Dalou et Chagall.
📍 Rue Antoine Bourdelle (n° 16-18), 15e arr.

Cette ancienne impasse du Maine fut un vivier de sculpteurs et de peintres. Les ateliers s'y succédèrent d'une génération à l'autre.

N° 16 — Atelier Bourdelle

Atelier en 1884 d'Antoine Bourdelle, élève puis collaborateur d'Auguste Rodin, dans ce qui était alors l'impasse du Maine. Il est aujourd'hui transformé en un musée consacré au sculpteur.

N° 18 — Dalou puis Chagall

Second atelier loué par Aimé-Jules Dalou en 1881, après son retour d'exil ; il y habita à partir de 1888. Ce fut également plus tard, en 1910 et 1911, la demeure de Marc Chagall, qui avait alors son atelier à La Ruche.

Vers l’arrêt 6 →
Rejoignez le boulevard de Vaugirard côté gauche, en direction de la place Raoul Dautry.
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Arrêt 6
Optionnel ~8 min

Boulevard de Vaugirard et place Raoul Dautry

Attentat de 1942 au métro et un futur dirigeant du PCF à l'établi.
📍 Boulevard de Vaugirard (n° 15-18) et place Raoul Dautry, 15e arr.

Aux abords de la gare, ce court tronçon a vu à la fois l'action armée de la Résistance et les débuts ouvriers d'un futur cadre communiste, en passant par la rue Armand Moisant.

N° 15 — Station Montparnasse Bienvenüe

Station de métro Montparnasse Bienvenüe où eut lieu, le 20 janvier 1942, un attentat contre un agent de la Poste militaire allemande, effectué par Jean Garreau, Raymond Tardif et André Aubouet.

N° 16-18 — Georges Marrane

Georges Marrane, futur secrétaire de la Fédération de la Seine du PCF, est placé ici par l'armée comme ajusteur chez Michel, une usine de compteurs à gaz, le 11 décembre 1914.

Vers l’arrêt 7 →
Depuis la place Raoul Dautry, remontez l'avenue du Maine côté droit, aller-retour, jusqu'à ses numéros les plus élevés.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~12 min

Avenue du Maine — la barrière et les peintres

Première gare Montparnasse, barrière des Fermiers généraux et Douanier Rousseau.
📍 Avenue du Maine (n° 33 à 54), 14e / 15e arr.

Ce tronçon superpose l'histoire ferroviaire, l'ancien mur des Fermiers généraux et une constellation de peintres venus du monde entier. Il faut aujourd'hui un gros effort d'imagination pour se représenter les lieux tels qu'ils étaient alors… un peu comme d'imaginer Manhattan au temps des Algonquins.

N° 33 — Embarcadère du Maine

Emplacement approximatif de l'embarcadère du Maine, la première gare Montparnasse dont nous avons parlé plus haut. Sa construction, en 1840, dut affronter l'opposition d'Émile Pereire, adjudicataire de la même ligne sur la rive droite de la Seine.

N° 35-36 — Barrière du Maine

C'est ici que se trouvait la Barrière du Maine du mur des Fermiers généraux, entre 1785 et 1860.

N° 44 — Le Douanier Rousseau

Emplacement de la demeure et de l'atelier du peintre naïf, surréaliste avant l'heure, Henri Rousseau, dit le Douanier Rousseau, de 1893 à 1901.

N° 52 — Diego Rivera

Demeure du peintre Diego Rivera. Il vivait là avec Angelina Beloff en 1911, à son retour de Mexico où il s'était rendu pour le centenaire de l'indépendance de son pays d'origine.

N° 54 — Marie Vassiliev / Emmeline Pankhurst

Première académie russe de Marie Vassiliev, de 1908 à 1911. Emmeline Pankhurst, fondatrice de l'Union féminine sociale et politique, qui luttait pour le suffrage des femmes, s'installa ici en 1913.

Vers l’arrêt 8 →
Empruntez la rue du Départ, longeant la gare, jusqu'à ses ateliers d'artistes.
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Arrêt 8
Optionnel ~8 min

Rue du Départ

Rivera, Vlaminck et Mondrian, et la guinguette aux 5 000 couverts.
📍 Rue du Départ (n° 26 à 35), 14e arr.

La rue fut un carrefour de l'avant-garde picturale des années 1910 et garde la trace d'un haut lieu de la fête populaire de l'ancienne barrière du Maine.

N° 26 — Rivera, Vlaminck, Mondrian

En septembre 1917, Diego Rivera, en rupture du contrat qui le liait à Rosenberg, vient habiter là et crée le groupe des "Constructeurs" ; Paul Cézanne est alors son modèle. À la même époque, Maurice de Vlaminck y installe son atelier. Un peu plus tard, en 1919, il est rejoint par un autre peintre hollandais, Pieter Cornelis Mondriaan, dit Piet Mondrian, qui héberge à son tour Conrad Kickert, peintre lui-même et critique d'art.

N° 33-35 — Guinguette de la Grande Californie

Emplacement de la guinguette de la Grande Californie, tenue par le père Cadet qui deviendra maire du 14ème arrondissement. Cet établissement célèbre de la barrière du Maine pouvait servir jusqu'à 5000 repas. Il y aurait une plaque commémorative dans le garage souterrain.

Vers l’arrêt 9 →
Rejoignez le boulevard Edgar Quinet, que vous suivrez côté impair.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~15 min

Boulevard Edgar Quinet — les artistes et le Sphinx

Malraux voleur d'Angkor, le bordel de Miller et la « principauté de Montparnasse ».
📍 Boulevard Edgar Quinet (n° 9 à 60), 14e arr.

Ce boulevard concentre la légende bohème de Montparnasse : ateliers de peintres, maison close littéraire, cabarets facétieux et souvenirs surréalistes. On y croise aussi bien Malraux que Coluche.

N° 39 — André et Clara Malraux

Demeure d'André et Clara Malraux à leur retour d'Indochine en 1924. Le futur ministre de la Culture avait alors quelques difficultés judiciaires à propos d'un vol d'œuvres d'art à Angkor. Ne dit-on pas que nos richesses ne sont jamais si bien gardées que par un voleur ?

N° 31 — Le Sphinx

Maison de tolérance le Sphinx, bordel de luxe dont parle Henry Miller dans son "Tropique du Cancer". Outre ce dernier, il était fréquenté par Louis Aragon, Albert Londres, André Salmon, Alexandre Breffort, Georges Simenon… L'histoire ne dit pas s'ils ne consommaient que du whisky au bar du rez-de-chaussée.

N° 29 — Sartre et Beauvoir

Demeure de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir à partir de 1969, au 10ème étage, entrée A2. Sartre meurt à l'hôpital Broussais le 15 avril 1980.

N° 60 — Cabaret « Le Cri-Cri »

Cabaret "Le Cri-Cri" où fut proclamée en 1923 par Paul Fort, prince des poètes, et Han Ryner, prince des conteurs, la "principauté de Montparnasse", qui devint une "république" en 1926. En 1929, au nouvel an, le Cri-Cri se transforma en boîte de nuit nommée "le Maldoror". L'usurpation de cette appellation provoqua l'ire des surréalistes, qui organisèrent le 14 février 1930 un commando de représailles composé de René Char, André Breton, Marcel Noll, André Thirion, Louis Aragon, Paul Éluard, Elsa Triolet, Georges Sadoul, Yves Tanguy…

N° 58 — Café d'Edgar

En 1975, le Café d'Edgar relance la tradition du Café-Théâtre, avec une équipe de jeunes actrices et acteurs qui feront leur chemin : Coluche, Dominique Lavanant, Charlotte de Turckeim, Sylvie Joly, Popeck… excusez du peu !

N° 54-56 et n° 9 — Barrière et Soutine

Emplacement de la Barrière du Mont Parnasse du mur des Fermiers généraux, de 1786 à 1860. Au n° 9 se trouvait la demeure du peintre Chaïm Soutine en 1927.

Vers l’arrêt 10 →
Faites un crochet par la rue d'Odessa, aller-retour, avant de revenir vers Delambre.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~15 min

Rue d'Odessa et rue Delambre

Trotsky arrivant à Paris et l'hôtel de la « lost generation » d'Hemingway.
📍 Rue d'Odessa et rue Delambre, 14e arr.

Ces deux rues forment le cœur du Montparnasse cosmopolite : hôtels d'artistes, réseaux de la Résistance et quartier général des écrivains américains y voisinent. Bains publics, imprimeries clandestines et bars mythiques s'y succèdent.

Rue d'Odessa, n° 28 — Hôtel d'Odessa

Hôtel d'Odessa, où séjourna Léon Trotsky à son arrivée à Paris en novembre 1914. Il était alors rédacteur au journal "Golos", en contact avec Martov. Il se lia rapidement à l'opposition française à la guerre.

Rue d'Odessa, n° 5 — Les bains Odessa

Les bains Odessa, à la façade remarquable réalisée en 1895 par l'architecte Pasquier et le céramiste Gilardony, sont l'un des derniers bains publics en activité à Paris.

Rue Delambre, n° 39 et 35 — Miró, Gauguin, Breton

Au n° 39, l'Hôtel Namur où descendit le peintre Joan Miró lors de son second séjour à Paris, en mars 1920 ; il allait se fixer dans la capitale et prendre contact avec le mouvement Dada. Au n° 35, l'Hôtel des Écoles, aujourd'hui hôtel Delambre, où séjourna Paul Gauguin en novembre 1890 ; André Breton, qui venait d'abandonner ses études de médecine, y séjourna à son tour à partir d'octobre 1920.

Rue Delambre, n° 37 et 20 — réseaux de la Résistance

Au n° 37, principale boîte aux lettres du réseau Turma-Vengeance, chargé en 1941 de la transmission de renseignements à Londres, animé par Victor Vic-Dupont, François Wetterwald et le capitaine Masson. Au n° 20, l'imprimerie de Georges Tournon, où se tinrent de mai 1943 à 1944 les réunions du groupe Panta, reconstitution d'un groupe du réseau Jade-Fitzroy des renseignements britanniques, constitué autour de Georges Tournon, Maurice Delaire, Gilbert Gil et Jean Roger, dit Sainteny, du réseau Alliance.

Rue Delambre, n° 15 à 5 — la « lost generation »

Au n° 15, le Grand Hôtel des Écoles, aujourd'hui hôtel Lenox, où descendit en 1921 le poète Tristan Tzara, initiateur du mouvement Dada ; Henry Miller y séjourna avec sa femme June de 1928 à 1930, et le photographe Man Ray y occupa la chambre 32, son atelier étant au n° 13, l'Hôtel Villa Modigliani, dans le parking. Au n° 11 bis, le bar le "Rosebud", fréquenté par Jean-Paul Sartre à la fin des années 30. Au n° 10, le Dingo Bar, aujourd'hui auberge de Venise, QG des auteurs américains de la "lost generation", dont Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald, Sinclair Lewis, Sherwood Anderson, John Dos Passos, Ezra Pound, Thornton Wilder : c'est ici qu'Hemingway fit la connaissance de Fitzgerald en avril 1925. Au n° 5 vécut le peintre japonais Tsuguharu Fujita, dit Léonard Foujita, de 1917 à 1926. Aux n° 33 et 22, l'Hôtel des Bains reçut Simone de Beauvoir au printemps 1937, tout près d'une cour typique du 14ème arrondissement.

Vers l’arrêt 11 →
Gagnez la rue Huyghens, en passant par le boulevard Raspail, pour retrouver la musique et les grands meetings.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~12 min

Rue Huyghens — Lyre et palette

Le berceau du Groupe des Six et un gymnase de 4 000 places pour les meetings ouvriers.
📍 Rue Huyghens (n° 6 et 10), 14e arr.

La rue Huyghens fut à la fois un laboratoire artistique — musique, peinture, poésie — et une arène politique, où les grands rassemblements des années 1930 préfigurèrent le Front populaire.

N° 6 — Émile Lejeune et « Lyre et palette »

Demeure du peintre suisse Émile Lejeune, qui créa avec Blaise Cendrars l'association "Lyre et palette". Elle comptait parmi ses membres Pablo Picasso, Manuel Ortiz de Zárate, Amedeo Modigliani, Moïse Kisling. L'atelier de Lejeune accueillait conférences et spectacles : c'est ici qu'eurent lieu en 1918 les premiers concerts du Groupe des Six, influencé par Jean Cocteau et Érik Satie, et composé d'Arthur Honneger, Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Germaine Tailleferre et Louis Durey.

N° 10 — Le gymnase Huyghens

Le gymnase Huyghens pouvait recevoir jusqu'à 4000 personnes. Il s'y organisait des meetings, dont celui de l'Union des Coopératives contre la vie chère le 18 janvier 1919. Il y eut tant de monde au rassemblement de soutien au communiste allemand Ernst Thaelmann, accusé par le régime nazi d'avoir organisé l'incendie du Reichstag, prévu par la Fédération de la Seine du PS au bal Bullier le 2 juillet 1934, qu'on dut utiliser le gymnase Huygens pour le dédoubler : ce meeting unitaire contre le fascisme peut être considéré comme une des prémices du Front populaire. Lors d'une conférence nationale du PCF qui se tint ici le 11 juillet 1936, André Ferrat, dirigeant occulte du groupe oppositionnel "Que faire ?", fut exclu du parti. À l'occasion d'une fête organisée pour les 50 ans de Maurice Thorez le 28 avril 1950, Louis Aragon lit son fameux poème "Il revient", apothéose du culte de la personnalité autour du dirigeant du PC. De violents combats eurent lieu pendant la Semaine sanglante dans le secteur du marché aux chevaux et aux fourrages qui se tenait sur cet emplacement, à l'angle de la rue Delambre et du boulevard Raspail.

Vers l’arrêt 12 →
Revenez sur le boulevard Edgar Quinet, côté gauche cette fois, jusqu'à l'entrée du cimetière.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~20 min

Boulevard Edgar Quinet — le cimetière Montparnasse

Marchés aux chevaux, l'exécution de Georges Besse et les grandes tombes du cimetière.
📍 Boulevard Edgar Quinet (n° 3 à 28) et cimetière Montparnasse, 14e arr.

L'autre côté du boulevard mène à l'entrée du cimetière Montparnasse, panthéon laïque de la République et de la Commune. Avant d'y pénétrer, quelques adresses rappellent les marchés d'antan et un attentat contemporain.

N° 26-28 et n° 20 — Soutine et le marché aux chevaux

Au n° 26-28, demeure du peintre Chaïm Soutine en 1926. Au n° 20, emplacement d'un marché aux chevaux entre 1829 et 1870, qui jouxtait le marché aux fourrages mentionné plus haut.

N° 16 — Georges Besse

Demeure de Georges Besse, PDG de la régie Renault exécuté par Action Directe devant son domicile le 17 novembre 1986. En 1958, il avait été chargé par de Gaulle de doter la France de l'arme atomique et d'une industrie nucléaire.

N° 3 — Cimetière Montparnasse : Commune et Révolution

Entrée principale du cimetière Montparnasse. S'y trouvent un monument à la mémoire des Quatre sergents de La Rochelle — Jean-François Bories, Charles Goubin, Jean Pommier et Charles Raoulx —, exécutés en place de Grève le 21 septembre 1822 pour conspiration contre la Restauration ; un monument à la mémoire des Fédérés massacrés après les combats de la Semaine sanglante le 23 mai 1871 (il y eut des exécutions sommaires jusqu'au 19 juin) ; la tombe du biologiste Jean-Baptiste de Lamarck, inhumé dans la 1ère division le 18 décembre 1829 ; celle du général Pierre-Augustin Hulin, qui avait pris la tête des assaillants de la Bastille le 14 juillet 1789, blessé par Malet lors de sa tentative de putsch de 1811.

Cimetière Montparnasse — penseurs et poètes

On y trouve la tombe de Pierre-Joseph Proudhon, l'auteur de la formule "La propriété, c'est le vol", un des pères de l'anarchisme, mort en 1865 ; le cénotaphe de Charles Baudelaire, inauguré le 26 octobre 1902, ainsi que sa sépulture dans la tombe de sa mère et du général Aupick où il fut inhumé le 31 août 1867 ; la tombe de Pierre Leroux, dans la 9ème division, premier en France à utiliser le mot "socialisme" en mars 1834, mort le 12 avril 1871 ; celle de Pierre Lavroff, dans la 27ème division, ami intime d'Eugène Varlin et membre de l'Association Internationale des Travailleurs, mort le 1er mai 1871 ; la tombe de Théodore de Banville, chef de file des poètes Parnassiens, dans la 13ème division, inhumé le 13 mars 1891 ; celle d'Étienne Arago, dans la 10ème division, dramaturge et homme politique, frère de François Arago, mort le 7 mars 1892 ; celle d'Aimé-Jules Dalou, dans la 4ème division, dont le "Triomphe de la République" orne aujourd'hui la place de la Nation, mort le 15 avril 1902 après un exil d'une dizaine d'années dû à sa participation à la Commune, pour ne pas subir le sort de Gustave Courbet ; et celle de Maxime Vuillaume, dans la 7ème division, mort en 1920, qui avait relancé le Père Duchêne pendant la Commune et écrit "Mes cahiers rouges". Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir sont enterrés ensemble à droite de l'entrée principale, dans la 20ème division.

Cimetière Montparnasse — la tranchée des suppliciés et l'abbé Grégoire

Entre 1824 et 1882, une bande de terrain était réservée à l'inhumation des condamnés à mort : la "tranchée des suppliciés", que les détenus appelaient le "champ de navets". Le 28 mai 1831 eurent lieu ici les obsèques d'Henri Grégoire, dit l'abbé Grégoire, conventionnel puis sénateur, l'un des fondateurs du "club des Amis des Noirs" dès avant la Révolution et un des artisans de l'abolition de l'esclavage par la Convention — esclavage qu'un certain Napoleone Buonaparte s'empressa de rétablir en 1804. À la mort de Grégoire, l'archevêque de Paris lui interdit les sacrements, devant son refus de renier le serment juré à la Constitution civile du clergé. Le 12 décembre 1989, ses cendres ont été transférées au Panthéon et sa tombe supprimée.

Cimetière Montparnasse — curiosités et Barrière de Montrouge

On peut aussi admirer, dans la 22ème division, le beau gisant représentant Charles Pigeon et sa femme sur leur pierre tombale décorée de la fameuse lampe de son invention ; le tombeau d'Albert Adès, dessiné par Hector Guimard, une des dernières œuvres de l'architecte, réalisée en 1922 ; et les vestiges bien conservés du "Moulin Moliniste", construit au 17ème siècle, devenu tour de la Charité puis cabaret fréquenté par des étudiants. Au n° 1 du boulevard, emplacement de la Barrière de Montrouge, poste d'octroi ouvert en 1854 pour laisser passer les "convois exceptionnels" — large de 6 m — sans doute liés aux travaux haussmanniens ; elle ne fonctionna que 6 ans, jusqu'en 1860. On trouvait aussi, sur le boulevard Edgar Quinet, le bal de "la Belle Moissonneuse", guinguette célèbre de la barrière de Montparnasse que nous n'avons pas réussi à situer précisément.

Vers l’arrêt 13 →
Rejoignez le boulevard Raspail, côté gauche, pour la dernière ligne droite de cette première partie.
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Arrêt 13
★ Incontournable ~15 min

Boulevard Raspail — Sartre, Trotsky et Apollinaire

Le Paris de Sartre et Beauvoir, l'exil de Trotsky et la revue d'Apollinaire.
📍 Boulevard Raspail (n° 207 à 234), 6e arr.

Cette dernière étape est celle des cafés philosophiques et des revues littéraires. Sartre et Beauvoir y ont vécu et déjeuné, Trotsky et Céline y ont logé incognito, et Action Directe y laissa sa dernière trace parisienne.

N° 234 et station Raspail — Sartre, Benny Lévy, Action Directe

Au n° 234, le Café des Arts, lieu de rencontre de Jean-Paul Sartre et de Benny Lévy, dit Pierre Victor, dirigeant de la Gauche Prolétarienne : c'est ici que Sartre décida d'intervenir chez Renault le 14 février 1972. C'est dans l'escalier de la station de métro Raspail que les militantes d'Action Directe, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron, laissèrent le tract de revendication après l'attentat contre Georges Besse le 18 novembre 1986.

N° 232 à 228-230 — Sartre, Apollinaire, Seghers

Au n° 232, la brasserie le Raspail Vert, où Sartre et Beauvoir avaient l'habitude de déjeuner à partir de 1964. Au n° 229 se tenaient, chez la baronne Hélène Oettingen, les réunions du comité de rédaction des "Soirées de Paris", revue fondée en février 1912 par Serge Férat et Guillaume Apollinaire qui en était le directeur littéraire, et rachetée ensuite par des immigrés russes. Aux n° 228-230, demeure et bureaux de l'éditeur Pierre Seghers, qui publia clandestinement pendant l'Occupation la revue "Poésie".

N° 225 à 216 — Céline, Sartre, Modigliani, Fautrier

Au n° 225, l'Hôtel de la Paix, où séjourna Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline, lorsqu'il travaillait pour la Société des Nations, fin 1926. Au n° 222, demeure de Jean-Paul Sartre et de Simone de Beauvoir à partir du 10 décembre 1964, l'époque où le philosophe refuse le Prix Nobel. Au n° 216, emplacement de la demeure et de l'atelier du peintre Amedeo Modigliani en 1910, puis de 1913 à 1915 ; ce fut également, en 1941, l'atelier du peintre et Résistant Jean Fautrier, arrêté en janvier 1943, où se tinrent des réunions regroupant Jean Paulhan, Paul Éluard, René Char, Francis Ponge…

N° 207 — Hôtel Carlton : Pierre Benoit et Trotsky

Hôtel Carlton, demeure de Pierre Benoit, auteur de nombreux romans d'aventure et futur académicien, chez sa compagne Fernande Lefferrer, au 5ème étage sur cour, de 1918 à 1923. C'est dans ce même hôtel, aujourd'hui hôtel Mercure, que séjournait Lev Davidovitch Bronstein, alias Léon Trotsky, sous le nom de Léon Sedoff, quand il venait incognito à Paris alors qu'il était en exil à Barbizon, de 1933 à 1935. Ici s'achève la première partie de notre parcours dans le quartier de Montparnasse.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.