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Balade · 1er–9e arr.

Passages couverts et galeries de Paris - 1ère partie

Des barrières d'octroi de Louis XV aux verrières de la Monarchie de Juillet : une traversée des passages couverts entre Faubourg-Montmartre et Palais-Royal, où se sont croisés révolutionnaires, journalistes et illusionnistes.
📍 13 arrêts
🚶 ~4.5 km
~3h30
📖 1er–9e arr.
Passages couverts et galeries de Paris - 1ère partie

Des barrières d'octroi de Louis XV aux verrières de la Restauration et de la Monarchie de Juillet, cette première partie descend du Faubourg-Montmartre au Palais-Royal en enfilant les plus fameux passages couverts de Paris : Verdeau, Jouffroy, Panoramas, Princes, Choiseul, galeries Colbert et Vivienne, Véro-Dodat.

Le parcours n'est pas qu'une promenade d'architecture. Derrière chaque numéro se cachent des sièges de journaux — du « Populaire » de Cabet à « L'Humanité » de Jaurès —, des clubs révolutionnaires de 1848, des cafés où se croisèrent Marx et Engels, Baudelaire et les Surréalistes, des théâtres où mourut Molière et où débuta Méliès. C'est une géographie de la presse, de la politique et du spectacle parisiens, sur deux siècles.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~12 min

De la rue Cadet aux origines révolutionnaires

Une barrière d'octroi, des journaux communistes et le premier récital parisien de Chopin.
📍 Rue Cadet, à la sortie du métro Cadet, 9e arr.

Le parcours part du métro Cadet. C'est ici que fut arrêté, le 28 mai 1871, dénoncé par un curé en civil qui l'avait reconnu, Eugène Varlin, ouvrier relieur, membre de la Commune de Paris, membre de l'Association Internationale des Travailleurs ; « l'honneur du prolétariat » comme l'avaient surnommé ses compagnons. Ramené à Montmartre sous les coups de la foule vengeresse des bourgeois parisiens, il sera fusillé par les troupes d'Adolphe Thiers, lui qui était intervenu à plusieurs reprises pour épargner les otages. Le capitaine Sicre, celui-là même qui l'avait arrêté, vola sur son cadavre la montre que lui avaient offerte ses camarades en remerciement de son dévouement.

On descend ensuite la rue Cadet vers le sud. Au 42 se trouvait la clôture Cadet de la barrière d'octroi établie sous Louis XV, remplacée en 1785 par le mur des Fermiers généraux — « ce mur murant Paris qui rendit Paris murmurant »… La rue fut ensuite un foyer de presse et de politique populaire.

21 rue Cadet — Le « Populaire » et le « Petit Journal »

Siège du « Populaire », journal communiste chrétien fondé par Étienne Cabet, auquel collabora Théodore Dézamy qui devait organiser en 1840 à Belleville un banquet fondateur du communisme néo-babouviste. Ce fut par la suite le siège du « Petit Journal » dit « le journal à 1 sou », interdit pendant la Commune.

18 rue Cadet — La salle du Casino

Emplacement de la salle du Casino, où se tinrent des réunions politiques publiques à la fin du Second Empire. Jules Vallès y donna une conférence sur Balzac le 15 janvier 1865. Pendant la Commune, elle abrita les réunions du club des Amis du Peuple.

16-24 rue Cadet — Le Grand Orient de France

Siège du Grand Orient de France depuis 1857. Le maréchal Magnan, qui avait réprimé l'insurrection lyonnaise de 1830, en fut nommé Grand maître en 1860 par Napoléon III pour damer le pion au prince Murat. Y fut également présenté, le 10 mars 1933, le premier spectacle complet du Groupe Octobre, écrit par Jacques Prévert et mis en scène par Lou Tchimoukow, en soutien à deux jeunes noirs de Scottsborough, USA, condamnés à tort.

9-11 rue Cadet — L'Hôtel Cromot du Bourg

Emplacement de l'Hôtel Cromot du Bourg. Ignace Pleyel y avait sa demeure et sa première salle de concerts. C'est là que Frédéric Chopin donna son premier récital à Paris.

Vers l’arrêt 2 →
Rejoignez la rue du Faubourg Montmartre et prenez-la sur votre gauche.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~12 min

Le Faubourg Montmartre et le passage Verdeau

Une confiserie de 1761, la demeure de Lautréamont et le premier des passages couverts de la balade.
📍 Rue du Faubourg Montmartre et passage Verdeau, 9e arr.

La rue du Faubourg Montmartre garde quelques trésors : au 35, la confiserie « À la mère de famille » créée en 1761 ; au 33, une belle cour typique du quartier. Au 32 demeura en 1869 Isidore Ducasse, alias comte de Lautréamont, l'auteur des « Chants de Maldoror » ; il devait bientôt déménager au 7 de la même rue, pour y mourir prématurément le 24 novembre 1870.

Le passage Verdeau, construit en 1847, aligne ses boutiques d'estampes et de photographie.

Passage Verdeau — boutiques

Au 14-16, la boutique « Photo Verdeau », fréquentée par Robert Doisneau et Agnès Varda. Au 8, « Au Bonheur des Dames », boutique typique du passage à l'enseigne remarquable. Au 6, la boutique de Roland Buret, très tintinophile.

Vers l’arrêt 3 →
À la sortie du passage Verdeau, traversez la rue de la Grange Batelière.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~15 min

Rue de la Grange Batelière et passage Jouffroy

Duels de journalistes, cénacle romantique et clubs révolutionnaires nichés sous une verrière de 1846.
📍 Rue de la Grange Batelière et passage Jouffroy, 9e arr.

Le nom de la rue de la Grange Batelière vient d'une ferme fortifiée (bataillée) à laquelle elle menait. Au 26 demeura l'égyptologue Auguste Mariette, conservateur du Louvre, fondateur du musée du Caire, « inventeur » du « Scribe accroupi » et du « Sérapéum de Memphis ». Au 21, le siège du journal « Le Bonnet rouge » de Miguel Almereyda, ouvrier photographe anarchiste retrouvé étranglé dans sa cellule après son arrestation en 1917 ; de son vrai nom Eugène Bonaventure Jean-Baptiste Vigo, il était le père du cinéaste Jean Vigo. Au 18, la demeure du journaliste républicain Armand Carrel, ramené mourant à son domicile après un duel avec Émile de Girardin. Au 13-15, la caserne des gardes-suisses sous Louis XVI ; au 10, le cénacle romantique d'Alfred Tattet, réunissant Victor Hugo, Alfred de Musset, Alfred de Vigny, Sainte-Beuve, Émile de Girardin, Alfred Arago…

Passage Jouffroy — le Musée Grévin et le Salon des Miroirs

Le passage Jouffroy a été construit en 1846. Il s'y trouvait une boutique de fruits artificiels où le dermatologue Charles Lailler rencontra le sculpteur sur cire Jules Baretta à qui il demanda de confectionner les représentations de maladies de peau aujourd'hui au musée de l'hôpital St Louis. Ce même docteur Lailler jeta sa croix de la Légion d'honneur à l'officier qui venait chercher dans son service les Fédérés blessés pendant la Semaine sanglante pour les fusiller. Le passage vit en 1848 une floraison de clubs plus ou moins révolutionnaires : Garde nationale, Artistes dramatiques, Publicistes.

Il communique avec le Musée Grévin, fondé en 1882, où furent présentés pour la première fois à Paris le téléphone, le phonographe, les rayons X, les dessins animés… C'est sur la scène du Grévin que Georges Méliès fit ses débuts d'illusionniste en 1886. On y trouve le Palais des mirages, kaléidoscope géant créé par Eugène Hénard pour l'exposition universelle de 1900. Si la porte du n° 13 est ouverte, montez jeter un coup d'œil au Salon des Miroirs, une ancienne brasserie transformée en salle de réception ; un petit bijou.

Vers l’arrêt 4 →
À la sortie du passage Jouffroy, on traverse le boulevard Montmartre.
4
Arrêt 4
★ Incontournable ~20 min

Le boulevard Montmartre et le passage des Panoramas

Le « carrefour des écrasés », les cafés des Variétés et l'un des plus anciens passages parisiens, né des panoramas de Fulton.
📍 Boulevard Montmartre et passage des Panoramas, 2e/9e arr.

Le boulevard Montmartre fut le lieu de nombreuses manifestations, dont celle contre l'exécution de Sacco et Vanzetti en 1927, et celle des Algériens contre le couvre-feu, le 17 octobre 1961, qui se termina par un carnage perpétré par une police parisienne dirigée par Maurice Papon, nommé par Charles de Gaulle… Au 2, un kiosque-signal avait été installé en 1912 au centre du « carrefour des écrasés » ; rapidement supprimé, il empirait plutôt les embarras de circulation. Au 6, le café « Le Madrid », où se rencontraient Léon Gambetta, Charles Baudelaire, mais aussi les contestataires du Second Empire : Henri Rochefort, Jules Vallès, Étienne Carjat, Gustave Courbet

7-12 boulevard Montmartre — Le théâtre des Variétés

Au 7, le théâtre des Variétés, créé par la Montansier après qu'elle eut été chassée du Palais Royal ; c'est là qu'eut lieu la première des « Scènes de la Vie de Bohème » d'Henri Murger. Au 9, le café des Variétés réunissait Villiers de l'Isle-Adam, Catulle Mendès, Léon Dierx… Au 10, la demeure des compositeurs Gioacchino Rossini et François Adrien Boieldieu ; là se réunissait en 1848 le Comité central électoral pour la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte. Au 12, siège du Club des Amis de la Constitution sous la Seconde République : le 13 juin 1849, les amis du général Eugène Cavaignac saluaient du balcon une manifestation contre l'expédition de Rome.

Passage des Panoramas

Le passage des Panoramas, un des plus anciens de Paris, fut construit en 1800. Son nom vient de deux panoramas — grandes toiles peintes de scènes historiques — imaginés par Robert Fulton, venu à Paris présenter ses torpilles et son sous-marin en 1800. Georges Méliès débuta comme peintre des panneaux de ces rotondes. C'est ici qu'eurent lieu les premiers essais d'éclairage public au gaz, en 1817, par Philippe Lebon. Au 57, la maison « Marquis », au décor d'origine de 1846 ; au 55, un ancien salon de lecture fréquenté par Émile Zola, où l'on aperçoit un magnifique escalier en bois à double révolution ; au 47, la boutique du graveur Stern, au décor typique de la Monarchie de Juillet.

27 galerie Montmartre — L'académie Julian

Emplacement de l'académie de peinture de Rodolphe Julian. L'académie Julian dispensait le même enseignement qu'aux Beaux-Arts, avec la particularité d'être ouverte aux femmes, ce qui était exceptionnel à l'époque, surtout pour peindre des « académies » masculines. On longe ensuite les galeries St Marc, des Variétés et Feydeau.

Vers l’arrêt 5 →
Sortez côté rue Vivienne et prenez-la sur votre droite.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~15 min

Rue Vivienne et retour au boulevard Montmartre

Le « Corsaire-Satan », l'académie Julian ouverte aux femmes, et une série de sièges de journaux — de « La Libre Parole » à « L'Humanité ».
📍 Rue Vivienne et boulevard Montmartre, 2e arr.

Au 36 de la rue Vivienne (rue Neuve Vivienne à l'époque) se trouvait la salle de rédaction du « Corsaire-Satan », issu de la fusion du Corsaire et du Satan en 1846, où collaborèrent Charles Baudelaire, Théodore de Banville, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Henri Murger, Privat d'Anglemont, Pierre Dupont… Au 46 demeura Alphonse Karr en 1840 ; au 51, un autre local de l'académie Julian, école de peinture ouverte aux femmes à partir de 1880.

Boulevard Montmartre — les sièges de journaux

Au 14, siège de « La Libre Parole », journal violemment antisémite d'Édouard Drumont, théâtre de bagarres pendant l'affaire Dreyfus ; demeure aussi de Caroline Rémy, dite Séverine, secrétaire de Jules Vallès puis journaliste de renom ; et rédaction de « l'Avant-Garde » animée par Paul Vaillant-Couturier, Charles Tillon et André Marty. Au 19, la galerie Boussod et Valadon, ex galerie Goupil, dirigée par Théo Van Gogh en 1890. Au 20, siège du « Gaulois » d'Arthur Meyer. Au 23, Honoré de Balzac demeure au-dessus du café Frascati en 1840. Au 27, le général révolutionnaire Charles-Philippe Ronsin, chef de l'Armée révolutionnaire de Paris, guillotiné avec les Hébertistes.

Vers l’arrêt 6 →
Rejoignez le boulevard des Italiens.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~18 min

Le boulevard des Italiens et le passage des Princes

Le « Petit Coblence », le passage de l'Opéra cher aux Surréalistes et le dernier passage couvert construit à Paris.
📍 Boulevard des Italiens et passage des Princes, 2e arr.

Le boulevard des Italiens tient son nom du Théâtre des Italiens, construit en 1783 à l'emplacement de l'Opéra comique actuel et détruit par un incendie en 1838. Les émigrés de retour s'y rassemblaient après la Révolution, d'où son surnom de « Petit Coblence » ; sous la Restauration il s'appela boulevard de Gand, du nom de la ville où s'était réfugié Louis XVIII pendant les Cent Jours — d'où le nom de « gandins » donné aux fils de riches qui le fréquentaient.

2 boulevard des Italiens — Le passage de l'Opéra

Emplacement de l'entrée du passage de l'Opéra, qui comprenait les galeries de l'Horloge et du Thermomètre menant à la salle de l'Opéra, rue Le Peletier, de 1821 à 1873 (disparue dans un incendie). Le passage fut lui-même détruit lors du percement du Bd Haussmann en 1925. Les Surréalistes s'y réunirent, au Café Certà, de 1919 à 1923 : Louis Aragon, André Breton, Philippe Soupault, Tristan Tzara… C'est là que se tinrent les assises du mouvement Dada en décembre 1919, et au Petit Grillon qu'Aragon et Breton rédigeaient la revue « Littérature ».

3-9 boulevard des Italiens — Compositeurs et cercles allemands

Au 3, la demeure du compositeur Louis-Ferdinand Hérold, et le siège du journal « Le Soir » en 1910. Au 5, le journal « Le Temps » de 1884 à 1911. Au 8, l'estaminet Mulhouse, où se réunissait la Société démocratique Allemande en mars 1848 avec Georg Herwegh, Ludwig Feuerbach, Karl Marx, Arnold Ruge, Max Stirner… ; là aussi le Théâtre de l'illusionniste Jean-Eugène Robert-Houdin, racheté par Méliès. Au 9, la demeure du compositeur André Grétry de 1795 à 1813 ; le café Poccardi ; et, pendant l'Occupation, l'« Office de placement des travailleurs français en Allemagne », prélude au STO.

Passage des Princes

Entrée au 5 bis bd des Italiens : le dernier passage réalisé à Paris, en 1860. Au 36, la maison d'édition d'Auguste Poulet-Malassis, éditeur de Charles Baudelaire et de Lautréamont. C'est dans ce passage que se trouvait le restaurant Peter's, où la légende veut que fut inventé le homard à l'américaine ; on y arrêta, le 17 mai 1871, des officiers de l'état-major de la Garde nationale « pour avoir négligé leur service et fait ripaille avec des femmes de mauvaise vie ».

Vers l’arrêt 7 →
Prenez la rue de Richelieu sur votre droite.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~18 min

Rue de Richelieu, rue Feydeau et rue des Colonnes

Dumas, Balzac fuyant ses créanciers, la naissance de « L'Humanité » et un rare ensemble architectural de la Révolution.
📍 Rue de Richelieu, rue Feydeau, rue des Colonnes, 2e arr.

La rue de Richelieu aligne les demeures d'écrivains et les sièges de journaux. Au 112, Alexandre Dumas père demeurait en 1864 au-dessus de l'ancien café Frascati ; au 110, le premier siège du journal socialiste « L'Humanité », fondé par Jean Jaurès, dont le premier numéro sortit le 18 avril 1904. Au 108, Honoré de Balzac se faisait héberger par le tailleur Buisson dans les années 1840 pour échapper à ses créanciers ; au 102, une maison ayant appartenu à Voltaire. Au 101, l'imprimerie du journal « Le Temps » dont la saisie des presses provoqua l'insurrection du 27 juillet 1830, début des Trois Glorieuses. Au 80, la porte de Richelieu de l'enceinte de Louis XIII.

Rue Feydeau

Elle s'appela, pendant la Révolution, rue des Fossés Montmarat. Jean-Jacques-Régis de Cambacérès, futur 2e Consul et principal rédacteur du Code civil, y demeura à l'hôtel du Béarn en 1793. En 1818, la Bourse des valeurs s'y installe dans une ancienne dépendance du couvent des Filles St Thomas, en attendant la construction du palais Brongniart.

Rue des Colonnes

Un des seuls ensembles architecturaux à Paris de la période révolutionnaire, construit en 1792. Son style est représentatif de l'époque, avec ses colonnes et son décor de palmettes.

Vers l’arrêt 8 →
Prenez la rue de la Bourse sur votre gauche pour gagner la place de la Bourse.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~12 min

La place de la Bourse

Le palais Brongniart, le « lumpenprolétariat » de Marx, les Communards massacrés aux grilles et l'assaut de mai 68.
📍 Place de la Bourse, 2e arr.

La Bourse des valeurs s'installe en 1827 dans le palais Brongniart. La chambre de commerce y offrit un banquet au général Bugeaud le 17 mars 1845 pour sa « pacification » de l'Algérie. En mars 1848, la salle des faillites servit de réunion au Club des Intérêts populaires et de la Garde mobile — c'est à propos du recrutement de cette Garde que Karl Marx inventa le terme « lumpenprolétariat ». En 1870-1871, la Bourse fut transformée en atelier de confection pour la Garde nationale, puis devint un quartier général des Amis de l'Ordre contre la Commune ; des Communards y furent massacrés, attachés aux grilles, le 25 mai 1871. On y compte encore l'attentat manqué de l'anarchiste Charles Gallo en 1886, une charge de plastic de l'OAS en 1961 (14 blessés), et l'assaut du 24 mai 1968.

Sur la place — théâtre du Vaudeville et clubs révolutionnaires

La librairie Sautelet abrita le journal « Le Producteur », fondé par Olinde Rodrigues après la mort de Saint-Simon, en 1825-1826. Le théâtre du Vaudeville s'installa, sous la direction de Jacques Ancelot, au 29 rue Vivienne, de 1840 à 1868. Au 12, le Club de la Révolution Sociale, créé pendant la Révolution de 1848 ; au 17, un attentat à la bombe contre le siège du Club Méditerranée le 11 juin 1978, et l'ancienne Section de la Bibliothèque puis Section Lepeletier, dans l'ancien couvent des Filles St Thomas, d'où partit l'insurrection du 13 Vendémiaire (5 octobre 1795), réprimée par un petit général d'artillerie, un certain Buonaparte. C'est là aussi que tomba, le 27 juillet 1830, le premier mort de la Révolution de Juillet.

Vers l’arrêt 9 →
Traversez la rue du Quatre Septembre — ainsi nommée en souvenir de la journée de 1870 qui vit, à l'annonce de la [défaite de Sedan](http://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Sedan), la chute du Second Empire et l'instauration de la Troisième République — vers la rue des Filles St Thomas.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~18 min

Rues des Filles St Thomas, St Augustin et passage Choiseul

Salons, cachettes révolutionnaires, la mode des « Inc'oyables » et le passage d'enfance de Céline.
📍 Rue des Filles St Thomas, rue St Augustin, passage Choiseul, 2e arr.

Au 5 de la rue des Filles St Thomas, l'hôtel meublé de la Tranquillité fut le salon de Mme Permon et la cachette de Christophe Salicetti, conventionnel auteur du décret de rattachement de la Corse à la France, fréquenté par Bonaparte, Jean-Andoche Junot, Pierre Bourbotte… en 1794. Au 11, l'hôtel de Brouilly, demeure de Jean Anthelme Brillat-Savarin, l'auteur de « Physiologie du goût », en 1826.

Rue St Augustin

Au 3 demeura Pierre-Jean Garat, le chanteur qui lança le costume des « Inc'oyables » en 1795, quand la mode était de ne pas prononcer la lettre « R » qui rappelait la Révolution. Au 12, Sophie Gay tenait un salon fréquenté par Mme de Staël, Chateaubriand, Lamartine… Au 22, Mme de Tencin, mère présumée de l'encyclopédiste d'Alembert, et Mademoiselle Mars, dont le salon réunissait Eugène Delacroix, Charles Nodier, Henri Heine, Balzac, Hugo, Chopin… Au 23, l'Hôtel Seiglière de Boisfranc, demeure du lieutenant général de police Antoine de Sartine de 1766 à 1774.

Passage Choiseul

Le passage Choiseul fut construit entre 1823 et 1825. Au 23, la boutique de l'éditeur Alphonse Lemerre, où naît le mouvement du Parnasse et où sont éditées les premières œuvres de Paul Verlaine. Au 52, la papeterie Lavrut, dont Jacques Prévert était un habitué. Au 64, la demeure d'enfance de Louis-Ferdinand Céline, dont la mère tenait une boutique de dentelles ; il décrit ce passage comme un cloaque infâme, le « passage des bérésinas », dans « Mort à crédit ».

Vers l’arrêt 10 →
On laisse sur la gauche le passage Ste Anne et l'on prend la rue des Petits Champs sur la gauche.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~20 min

Rue des Petits Champs et galeries Colbert et Vivienne

Barras, les « Annales franco-allemandes » de Marx et Engels, l'hôtel de Lully et deux galeries rivales de la Restauration.
📍 Rue des Petits Champs, galeries Colbert et Vivienne, 2e/1er arr.

Au 46 de la rue des Petits Champs demeura Paul Barras, « inventeur » du général Buonaparte. Au 51, les bureaux de la revue prussienne « Vorwärts » (En avant), prêtés en 1844 pour la réalisation des « Annales franco-allemandes » ; l'entrée de l'immeuble est au 14 rue des Moulins. Karl Marx et Friedrich Engels, qui viennent de s'installer à Paris, y rencontrent Pierre-Joseph Proudhon, Mikhaïl Bakounine, Louis Blanc et jusqu'à Lamartine. Aux 45-47, l'hôtel construit pour Jean-Baptiste Lully, qui y demeure de 1671 à 1683 grâce à une somme prêtée par Molière ; c'est ici qu'est arrêtée la comtesse du Barry, guillotinée le 8 décembre 1793. Au 42, l'Hôtel de Lionne-Pontchartrain où Mme Necker tint un salon (1776-1781), puis résidence de Calonne en 1787. Au 35, le journal saint-simonien « L'Algérie » de Prosper Enfantin. Au 11, la maison où fut arrêté le général Jean-Charles Pichegru en 1804. Aux 8-12, l'Hôtel Tubeuf ou Mazarin, où le cardinal installe en 1643 sa bibliothèque, embryon de la Bibliothèque Nationale ; Mme Récamier y meurt du choléra en 1849.

2 rue Vivienne — Colbert, Bolivar et le Grand Colbert

Emplacement de l'Hôtel Vanel, demeure de Jean-Baptiste Colbert où il mourut le 6 octobre 1683. Au 2 bis, l'Hôtel Bautru de Serrant, foyer d'un complot contre le régent en 1718, demeure de Simon Bolivar en 1804, puis siège en 1845 de la maison d'édition des frères Lévy qui publièrent Sand, Dumas, Stendhal, Balzac, Flaubert… On peut jeter un œil sur le « Grand Colbert », ancien « bouillon » de 1832 au décor remarquable.

Galerie Colbert

La galerie Colbert a été construite en 1826 pour concurrencer sa voisine la galerie Vivienne ; elle s'appela d'abord passage du Trésor. Elle faillit disparaître sous la pioche de promoteurs avant de devenir en 1990 une annexe de la Bibliothèque nationale. Au 9 rotonde Colbert, le journal « La Silhouette » de Maurice Lagarde dans les années 1880.

Galerie Vivienne

La galerie Vivienne a été construite en 1823. Au 13, la demeure et les bureaux d'Eugène-François Vidocq après sa disgrâce, où il installa son agence de renseignements privée et fut arrêté le 17 août 1842 ; l'escalier qui y mène est appelé « escalier de Vidocq ». Au 47, le Cosmorama de l'abbé Gazzara ; aux 55-59, l'Exposition universelle des Arts incohérents organisée par Jules Lévy, l'illustre Sapeck, Émile Cohl et Alphonse Allais en 1882.

Vers l’arrêt 11 →
On ne fait que traverser à nouveau la rue des Petits Champs pour emprunter le passage des Deux Pavillons.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~20 min

Passage des Deux Pavillons et le Palais Royal

Le premier passage couvert de Paris, la barricade de 1848 et les théâtres où mourut Molière.
📍 Passage des Deux Pavillons, jardin du Palais Royal, rue de Valois, 1er arr.

Le passage des Deux Pavillons, construit en 1820, conduit au jardin du Palais Royal. Le Palais Royal, son jardin et ses abords font l'objet d'un autre parcours ; mentionnons tout de même le premier passage couvert parisien, construit en 1784 : une galerie en bois recouverte de vitrages, à l'emplacement des deux rangées de colonnes qui séparent la cour du jardin. Lieu particulièrement mal famé, que décrit Balzac dans « Illusions perdues » sous le nom de « Camp des Tartares », elle fut remplacée en 1828 par la galerie d'Orléans, dont il ne reste que les colonnes. Nous traversons le jardin et la cour pour ressortir par le passage de la Galerie des Proues, sous le ministère de la Culture.

Rue de Valois — la barricade de 1848 et le théâtre de Molière

À l'entrée de la rue de Valois fut dressée en 1848 une importante barricade faisant face au château d'eau, dont le corps de garde fut pris par les Insurgés le 23 février. Au 1, le Théâtre du Petit Cardinal, créé par Richelieu en 1641, où Molière eut une attaque en jouant le « Malade imaginaire » le 17 février 1673 ; la salle devint Académie royale de musique — Opéra de Paris — jusqu'à son incendie en 1763. Au 2, le « Musée de Monsieur et de Monseigneur le comte d'Artois », lycée créé en 1786 où enseignèrent Monge, Chaptal et Condorcet. Au 8, le restaurant du « Bœuf à la mode ». Au 11, le restaurant Méot, fréquenté par les Jacobins Barère de Vieuzac, Saint-Just, Barras, Robespierre — c'est sur le coin d'une table que fut élaborée la Constitution de l'An II, en 1794 ; et le « Théâtre des Soirées Fantastiques », première salle de l'illusionniste Robert-Houdin. Au 18, le journal « Le Rappel » fondé par les fils de Victor Hugo, Charles et François-Victor. Au 20, l'Hôtel de Fontaine Martel, où Voltaire fut hébergé de 1731 à 1733.

Vers l’arrêt 12 →
Par la place de Valois et le passage Vérité, gagnez la rue des Bons Enfants.
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Arrêt 12
Optionnel ~15 min

Rue des Bons Enfants et rue Montesquieu

Le Masque de fer, une bombe anarchiste au commissariat et les clubs socialistes de 1848.
📍 Rue des Bons Enfants et rue Montesquieu, 1er arr.

Au 1 de la rue des Bons Enfants demeura, au début du 17e siècle, Armand Duplessis, futur cardinal de Richelieu. Aux 5-7, la caserne des Mousquetaires de Richelieu, où vivait la famille Dauger de Cavoye, dont un fils pourrait être le « Masque de fer ». Au 13, l'Hôtel de Normandie, demeure de Gérard de Nerval en 1854. Au 14, la demeure de Jean-Philippe Rameau et de Brillat-Savarin en 1791. Au 17, l'Hôtel Mélusine où l'Académie française tint des séances de 1638 à 1643 chez François Le Métel de Boisrobert. Au 20, le café Scherger, lieu de réunions de la Ligue des Justes fondée par des ouvriers allemands en 1836, où Karl Marx participa. Au 21, un commissariat détruit le 8 novembre 1892 par une bombe rapportée du siège des Mines de Carmaux par Émile Henry, épisode qui inspira une chanson de Guy Debord. Au 29, « La Voix des Femmes » d'Eugénie Niboyet, créée le 10 mars 1848. Au 44, la demeure du Directeur Jean-François Reubell ; c'est aussi dans cette rue que naquit La Rochefoucauld en 1613 et que mourut Rameau en 1764.

Rue Montesquieu — les clubs de 1848 et les « bouillons »

Aux 4-6, la salle Montesquieu abritait en février 1848 le Club des socialistes Icariens, succursale de la Société Fraternelle centrale dont le journal était « Le Populaire » présidé par Cabet ; puis le Club des Travailleurs et Commerçants, le Club des Amis du Peuple présidé par François-Vincent Raspail, le Club central de l'Organisation du Travail, et le « Congrès national électoral » animé par Ledru-Rollin, Charles Delescluze et Jules Lechevalier, qui y présenta le socialisme comme un « communisme de transition » en novembre 1848. Au 6, le Bouillon Montesquieu, maison mère des « bouillons » d'Alexandre Duval fondés en 1855.

Vers l’arrêt 13 →
Traversez la rue Croix des Petits Champs et gagnez, par la rue du Bouloi, la galerie Véro-Dodat.
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Arrêt 13
★ Incontournable ~20 min

Galerie Véro-Dodat, rue JJ Rousseau et Bourse de Commerce

Le plus authentique des passages, la révolte de 1834 réprimée par Bugeaud et la fin du parcours sous la coupole de la Bourse.
📍 Galerie Véro-Dodat, rue Jean-Jacques Rousseau, rue de Viarmes, 1er arr.

La galerie Véro-Dodat, construite en 1826, est sans doute le plus authentique des passages parisiens. Au 38 demeura la tragédienne Rachel, dite « la divine », de 1838 à 1842 ; là aussi la maison d'édition d'Aubert qui publia « La Caricature » puis « Le Charivari », auxquels collaborèrent Charles Philipon, JJ Grandville, Paul Gavarni, Honoré Daumier, Henry Monnier… Au 33, le Café de l'Époque où Gérard de Nerval aurait bu pour la dernière fois avant d'aller se suicider rue de la Vieille Lanterne, le 26 janvier 1855 ; aux 24-26, la boutique de Robert Capia, plus célèbre magasin de poupées de Paris, ouvert en 1960.

Rue Jean-Jacques Rousseau

Anciennes rues Plâtrière et de Grenelle-Saint-Honoré. C'est là que se produisit, le 12 avril 1834, le rassemblement qui débuta une des révoltes contre la Monarchie de Juillet, réprimée par Adolphe Thiers et Bugeaud — avec le massacre de la rue Transnonain. C'est aussi ici que fut créée la première Bourse du travail en 1887. Au 3, l'Hôtel du Languedoc où demeurèrent Jean-Jacques Rousseau et Thérèse Levasseur de 1749 à 1756 ; au 13, la « Coalition des tailleurs » de 1833 ; au 14, le « Journal de Paris », premier quotidien créé en France en janvier 1777, saccagé par les Montagnards le 13 août 1792 ; au 18, l'Hôtel de Verthamont, siège de la loge du Contrat Social puis demeure du Conventionnel Girondin Pierre Victurnien Vergniaud et d'Étienne Cabet ; au 25, le restaurant de l'Épi d'Or, où se tenaient les réunions du Collège de Pataphysique avec Raymond Queneau, Eugène Ionesco, Jacques Prévert, Boris Vian

Rue de Viarmes — la Bourse de Commerce

Par les places des Deux Écus et la rue Adolphe Jullien, on gagne la rue de Viarmes et la Bourse de Commerce, ancienne Halle au blé. La fresque de la coupole symbolise l'impérialisme français triomphant sur les cinq continents. À l'opposé de l'entrée se trouve un escalier à double révolution, malheureusement inaccessible, qui permettait de monter et descendre les sacs de grains sans se croiser. Ici s'achève cette première partie. Tout commentaire, précision ou correction à propos de ce parcours sera le bienvenu : parisrevolutionnaire@gmail.com.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.