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Balade · 10e–3e arr.

Passages couverts et galeries de Paris - 2ème partie

De la gare du Nord à Beaubourg, une plongée dans les passages oubliés du faubourg St Denis, sur les traces des révolutions, de la Commune et des vieilles enceintes de Paris.
📍 14 arrêts
🚶 ~6.5 km
⏱ ~3h30
📖 10e–3e arr.
Passages couverts et galeries de Paris - 2ème partie

Cette seconde partie du parcours des passages couverts part de la gare du Nord et descend le faubourg St Denis, puis le faubourg St Martin, avant de plonger dans le lacis des vieux passages du Sentier et du Marais nord. Itinéraire très étendu, le plan se lit en deux temps : une première boucle jusqu'au carrefour Strasbourg-St Denis, puis une seconde, de Strasbourg-St Denis à Beaubourg.

On y croise aussi bien les grandes galeries marchandes du XIXe siècle que les traces des enceintes médiévales, les barricades de 1848 et de la Commune, les clubs révolutionnaires, les imprimeries clandestines et les demeures d'écrivains, de peintres et de militants. Chaque arrêt superpose plusieurs siècles d'histoire parisienne.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~10 min

Devant la gare du Nord

Le grand vaisseau ferroviaire où l'Histoire est entrée en train.
📍 Rue de Dunkerque, 18, devant la gare du Nord (10e)

On partira de la rue de Dunkerque, devant la Gare du Nord (au n° 18). C'est ici que se joue, le 5 septembre 1870, l'arrivée triomphale de Victor Hugo, revenant par le train, via Bruxelles, de son exil anglo-normand : un acte fondateur de la Troisième République.

La gare mène ensuite une existence mouvementée. Dès le 22 septembre 1870, pendant le siège de Paris, elle est transformée en atelier de fabrication et en aire de départ de ballons postaux, à l'initiative de Rampon, directeur des Postes, et de Nadar. Prise par les versaillais le 23 mai 1871, elle abrite pendant la Semaine sanglante une cour prévôtale qui fait fusiller des milliers de Fédérés.

Le XXe siècle y passe aussi : une foule immense y accueille Louis Blériot le 28 juillet 1909, de retour de Londres après sa traversée de la Manche ; et en 1910, Lénine vient y récupérer et expédier son courrier, acheminé clandestinement depuis Saint-Pétersbourg par les employés du wagon postal.

Vers l’arrêt 2 →
Gagnez la rue du Faubourg St Denis et descendez-la sur le trottoir de droite, en direction du centre de Paris.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~15 min

Le haut du faubourg St Denis

Octroi, cours secrètes et maison natale d'un libérateur d'esclaves.
📍 Rue du Faubourg St Denis, côté impair haut (10e)

La descente du faubourg St Denis commence par des vestiges de la vieille limite fiscale : au 159 s'élevait la Clôture St Denis, installée là en 1765 sous Louis XV, poste d'octroi remplacé en 1786 par la barrière St Denis du mur des Fermiers généraux. Le quartier a gardé ses grandes cours typiques du faubourg — au 148, le passage Delanos ; au 137, une cour et un bâtiment remarquables à la belle charpente.

Ce faubourg populaire est aussi un lieu de mémoire ouvrière et révolutionnaire. Au 125, une importante barricade dressée par les Insurgés à l'angle de la rue de Chabrol, dirigée par Benjamin Laroque, oppose une résistance héroïque aux troupes du général Lamoricière du 23 au 25 juin 1848 ; le chantier de l'hôpital Lariboisière, alors en construction, était l'un des principaux bastions de l'insurrection.

138 — Paul Féval père

Au 138 demeure, en 1854, Paul Féval père, auteur du feuilleton de cape et d'épée « Le Bossu ou le Petit parisien », écrit en 1857, et de 90 autres romans. Son fils prendra la relève en publiant une suite, « Le fils de Lagardère ».

132 — Maison natale de Victor Schœlcher

Au 132, maison natale de Victor Schœlcher. Il y vit le jour le 22 juillet 1804, deux ans après que Bonaparte, assisté de son complice Cambacérès, eut rétabli l'esclavage aboli par la Convention en 1794. Lui, Schœlcher, le fera abolir définitivement — mais il faudra attendre 1848.

En 1930 s'installa ici le Centre de diffusion du livre et de la presse, maison d'édition liée au PCF. La revue « Les Cahiers du bolchévisme » y avait son siège, ainsi que « Scène ouvrière » ; on y diffusait entre autres des bustes de Marx et de Lénine.

Vers l’arrêt 3 →
Empruntez sur la gauche la rue de Chabrol.
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Arrêt 3
Optionnel ~5 min

Rue de Chabrol

Une expression née d'un siège en pleine affaire Dreyfus.
📍 Rue de Chabrol, 51 (10e)

C'est du nom de cette rue que vient l'expression « c'est fort Chabrol » — employée lorsqu'un individu assiégé et armé oppose une forte résistance — à la suite du siège par la police du local de la Ligue antijuive, au 51, après une rixe entre dreyfusards et anti-dreyfusards dans laquelle Jules Guérin, directeur du journal « L'Antijuif », était impliqué. Cela se passait pendant le procès en révision d'Alfred Dreyfus à Rennes, en 1899.

Vers l’arrêt 4 →
Revenez vers le faubourg St Denis en passant par le passage de la Ferme St Lazare, où un vieux puits est encore visible — malheureusement sa margelle a été enduite de ciment — puis rejoignez la cour de la Ferme St Lazare.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~15 min

La Ferme St Lazare

Congrégation, prison d'État, cible du peuple : trois siècles d'enfermement.
📍 Cour de la Ferme St Lazare, rue du Faubourg St Denis, 107 (10e)

C'est ici que Vincent de Paul, dit St Vincent de Paul, avait installé en 1632 la congrégation de la mission dite des lazaristes. Le lieu fut par la suite transformé en prison. C'est au 107 que se trouvait l'emplacement de la maladrerie St Ladre, qui avait là sa propre échelle de justice ; et la chapelle de la Maison St Lazare fut le siège de la Section du Fbg Poissonnière, animée par Jean Léonard Faro, François Pelletier et un certain Renard, à partir du 21 mai 1790.

Comment s'étonner que cette « maison St Lazare » ait été, avant même la Bastille, la cible du peuple parisien qui la pilla le 13 juillet 1789 dans l'espoir d'y trouver des armes et qui, faute de celles-ci, récupéra 52 voitures de grains qui y étaient stockées ?

La prison de l'Ancien Régime

Eustache Dauger de Cavoye, candidat comme possible demi-frère de Louis XIV à l'identité du « Masque de Fer », y aurait été enfermé en 1668 et y serait mort vers 1680 ; ce qui contredirait la thèse de sa candidature, le célèbre prisonnier étant décédé, lui, à la Bastille en 1709. Saint-Simon y aurait également été enfermé pour refus de faire sa première communion en 1773 — le chevalier de la Barre n'avait-il pas été torturé à mort quelques années plus tôt pour ne s'être pas découvert devant une procession ?

En 1784, Beaumarchais y fut incarcéré trois jours sur un ordre de Louis XVI écrit au dos d'une carte à jouer, pour avoir fait jouer son « Mariage de Figaro ». Et en janvier 1788, Sylvain Maréchal, futur membre de la Conjuration des Égaux de Gracchus Babeuf, y fut enfermé pour avoir publié son « Almanach des Honnêtes Gens » ainsi qu'un dictionnaire jugé subversif.

De la Terreur à la prison des femmes

Le lieu resta une prison pendant la Terreur : André Chénier y fut détenu jusqu'à son exécution, le 25 juillet 1794. Donatien Alphonse François, marquis de Sade, y fit un séjour en 1793 après avoir échappé à la guillotine grâce à une erreur administrative ; le 15 octobre 1794, il était transféré à la maison Coignard, à Picpus.

De 1794 à 1932, la Maison de St Lazare devint une prison pour femmes, puis une infirmerie spéciale pour prostituées. Marguerite Zelle, alias Mata Hari, arrêtée et exécutée pour espionnage, y fut détenue en 1917. Aristide Bruant consacra à ce sinistre lieu une chanson qu'interprétèrent Eugénie Buffet, Germaine Montero et Patachou : « À Saint-Lazare ».

Vers l’arrêt 5 →
Reprenez le faubourg St Denis et, sur la gauche, engagez-vous dans le passage du Désir après avoir traversé le boulevard de Strasbourg.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~20 min

Le passage du Désir et le faubourg St Martin

Un joli nom trompeur, puis la descente d'un autre grand faubourg.
📍 Passage du Désir et rue du Faubourg St Martin (10e)

On ira jusqu'au bout — pas forcément de son désir, mais au moins du passage. Son joli nom, qui évoque malheureusement une activité peu reluisante qui y a longtemps tenu « boutique », lui a été donné par ses habitants en 1789 ; le puits qui lui avait valu son premier nom, passage du Puits, existe toujours dans la cave du n° 40.

On rejoint ensuite la rue du Faubourg St Martin, autre grand axe populaire. Au 86 demeura l'économiste et industriel Jean-Baptiste Say, mis à l'index par Napoléon pour avoir refusé de mettre en valeur l'économie de guerre ; il développa des théories sur l'économie de l'offre, s'opposant à l'économie de la demande de Malthus et Keynes, et mourut ici le 14 novembre 1832. Plus haut, au 63, se dressait la Grille St Martin, encore appelée Fausse porte St Martin, poste d'octroi installé en 1722.

85-87 — Magasin « Aux classes laborieuses »

Anciens établissements Lévitan, construits en 1900 par les architectes Jacques Hermant et Edmond Coigné ; le magasin porte encore en façade son enseigne en mosaïque. Réquisitionné pendant la dernière guerre, il devint d'abord un dépôt d'objets spoliés, puis, en juillet 1943, un camp annexe de celui de Drancy pour la déportation des juifs conjoints d'aryens.

72 — La mairie du 10e (ancienne caserne)

La caserne de la garde municipale qui se trouvait à l'emplacement de la mairie du 10e fut prise d'assaut le 23 février 1848 par les insurgés cherchant à se procurer des armes. Le 11 avril 1871, Élisabeth Dmitrieff, Nathalie Le Mel, Blanche Lefebvre et Marie Leloup, toutes membres de l'Association Internationale des Travailleurs, installèrent dans la nouvelle mairie le siège de l'« Union des Femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ».

65-67 — « Au Tapis Rouge »

Magasin qui fut l'ancêtre des magasins à bon marché du 10e arrondissement, de 1784 à 1892. Il fut incendié le 24 mai 1871 par le général Antoine Brunel, membre du premier Comité central de la Garde nationale puis de la Commune, pour couvrir sa retraite pendant la Semaine sanglante.

Vers l’arrêt 6 →
Prenez à gauche la rue du Château d'Eau.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~20 min

Autour de la rue du Château d'Eau

La maison la plus étroite de Paris, un marché-arsenal et les revues militantes.
📍 Rue du Château d'Eau, rue Bouchardon, passage du Marché (10e)

La rue du Château d'Eau réserve quelques curiosités. Au 39 se cache la maison la plus étroite de Paris : 1,20 m de largeur pour 5 m de hauteur. Au 36 se tint, à la fin des années 30, le local du Parti Communiste Internationaliste (PCI), dirigé par Pierre Frank, Raymond Molinier et Gérard Rosenthal.

Aux 31-33 s'élève le marché du Château d'Eau, dit marché St Martin ou de la Porte St Martin, construit en 1854 pour remplacer l'antique marché St Laurent. Il fut transformé par les Fédérés en un parc d'artillerie, pris par les troupes versaillaises du général Garnier le 25 mai 1871. Le passage du Marché, construit en 1866, mène à ce marché ; et rue Bouchardon, au 15, la Section Rive droite du Club athlétique socialiste réunissait les sportifs ouvriers avant la guerre de 14.

52-54 — Barricade et revues révolutionnaires

Au 52, une barricade abandonnée par les Fédérés et défendue par des femmes menées par Mme Bonnefoy le 25 mai 1871 ; après la défaite, 52 survivantes furent fusillées par les versaillais. Au 54, siège à partir de 1929 des revues « la Révolution Prolétarienne », fondée par Fernand Loriot, Boris Souvarine, Alfred Rosmer et Amédée Dunois, exclus ou démissionnaires du PCF, ainsi que « le Cri du Peuple » nouvelle version.

Retour au faubourg St Martin (47 et 59)

Au 47, le 20 février 1894, Amédée Pauwels, alias Rabardy, anarchiste belge, attire la police dans une chambre de l'hôtel de la Renaissance pour faire sauter une bombe fournie par Émile Henri ; elle n'explose pas, et Rabardy avait laissé une lettre de suicide. Au 59 demeura Gaston Montéhus, chanteur socialiste converti à l'Union sacrée, interprète en 1919 de « Gloire au 17ème ».

Vers l’arrêt 7 →
Traversez le boulevard de Strasbourg — au 30 se tenait la salle du Club des Montagnards, où eurent lieu des réunions politiques publiques à la fin du Second Empire — puis rejoignez la rue du Faubourg St Denis, côté pair.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~20 min

Les cours et passages du faubourg St Denis

Passages typiques, écuries royales et une brasserie Belle Époque.
📍 Rue du Faubourg St Denis, cour des Petites Écuries, rue d'Enghien (10e)

De part et d'autre du faubourg s'ouvrent de vieux passages. Au 54, le passage Reilhac, vieux passage typique du faubourg ; juste en face, on emprunte la cour des Petites Écuries. Elle tient son nom des petites écuries de Louis XV — que devaient être les grandes ? — installées là de 1755 à 1796 ; il en subsisterait des vestiges au n° 5. Au 7 se trouve la brasserie Flo, ouverte en 1896, qui a gardé son décor « Belle Époque » — belle époque pour qui ?

Rue d'Enghien — la presse (20, 18, 16)

Au 20, siège du journal « L'Excelsior », filiale du « Petit Parisien », où Albert Londres fait ses premières armes de 1919 à 1922 ; Philippe Soupault y est chef de l'information de 1932 à 1936, et Georges Simenon y collabore aussi jusqu'à la disparition du titre en juin 1940. Au 18, siège de « L'Humanité », dirigée par Marcel Cachin, lors de sa reparution au grand jour après la Libération de Paris, le 21 août 1944.

Au 16, siège du « Petit Parisien », journal sous tutelle allemande à partir du 10 février 1941, auquel collaborent Abel Bonnard, Robert Brasillach, Georges Simenon, Pierre Benoit, Sacha Guitry, Jean de La Varende, Colette… Claude Jeantet en est le directeur ; il tire à 500 000 exemplaires. À la Libération, il deviendra le « Parisien libéré ».

Passage Brady et les dîners des Nabis

Le passage Brady a été construit en 1828. C'est dans le restaurant l'Os à Moelle, chez Cabouret, que se déroulaient de 1890 à 1896 les dîners des Nabis, instaurés par Maurice Denis ; on y discutait autour d'une icône apportée par l'un des participants.

Vers l’arrêt 8 →
Regagnez le bas du faubourg St Denis par le boulevard de Strasbourg et le passage de l'Industrie, en direction du carrefour Strasbourg-St Denis.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~15 min

Le bas du faubourg St Denis et le passage du Prado

Bouillons, bureaux de diligences et derniers combats de Juin 1848.
📍 Rue du Faubourg St Denis (bas) et passage du Prado (10e)

Le bas du faubourg est riche en adresses. Au 48, le bureau général des fiacres, puis des diligences, dirigé par Laffite et Caillard, créé en 1799. Au 23 demeura Sixte-Casse Henry, dit Fortuné, membre de la Commune de 1871, délégué aux Subsistances. Au 14, le bureau d'inscription de la Compagnie des Guetteurs parisiens du 10e, créée par le citoyen Bellavoine le 27 octobre 1870, composée d'hommes âgés et d'enfants de 12 à 14 ans, destinée à surveiller le quartier pendant le siège de Paris.

À l'entrée de la rue, une barricade fut érigée par les ouvriers des Chemins de fer du Nord et défendue âprement le 24 juin 1848 : c'est là que se déroulèrent les derniers combats de l'insurrection de Juin. Dans cette même rue eut lieu, le 1er juillet 1944, une manifestation communiste encadrée par les FTP, dirigés par Claudine Petit des Jeunesses communistes et Jean Marrane pour le Front uni — démonstration de force du PCF à la veille de la Libération.

16 — Brasserie « Julien » et Mucha

Brasserie de style Art Nouveau au décor remarquable, dû au verrier Charles Buffet et au peintre sur verre Louis Trézel, à partir de dessins d'Alfons Mucha. C'est l'ancien « bouillon » Duval — chaîne de restaurants bon marché du XIXe siècle — fondé en 1850.

Le passage du Prado

Le passage du Prado fut construit en 1830 et redécoré dans le style Art déco en 1925.

Vers l’arrêt 9 →
Gagnez le boulevard St Denis, puis faites une brève incursion aller-retour vers les premiers numéros du boulevard de Strasbourg.
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Arrêt 9
Optionnel ~15 min

Boulevard de Strasbourg — le berceau des congrès ouvriers

« Le Temps des Cerises » y naquit, et la SFIO y vit le jour.
📍 Boulevard de Strasbourg, 4 et 8, et carrefour Strasbourg-St Denis (10e)

Au 4 du boulevard de Strasbourg, dans la salle de l'Eldorado, aujourd'hui appelée Comédia théâtre, à l'occasion d'un gala des « chanteurs rouges », Antoine Renard créa le 30 septembre 1867, sur un air de sa composition, une chanson écrite par Jean-Baptiste Clément qui allait devenir le tube de la Commune : « Le Temps des Cerises ».

Au 8, la salle du Globe, chez Favre, accueillit le premier congrès de la Chambre consultative des Associations ouvrières de production les 8, 9 et 10 juillet 1900, puis le congrès d'unification du Parti Socialiste (SFIO), réuni à l'initiative de Jules Guesde, Jean Jaurès et Jean Allemane, qui se déroula les 23, 24 et 25 avril 1905 ; le nouveau parti comptait alors 35 000 membres. Dans la même salle, le 27 mai 1919, un Comité confédéral national de la CGT décida, en accord avec les syndicats britanniques et italiens, d'une action internationale contre l'intervention alliée en URSS.

Vers l’arrêt 10 →
Revenez au carrefour Strasbourg-St Denis, sous la porte St Denis, où commence la seconde partie du parcours. Franchissez le boulevard de Sébastopol et engagez-vous rue St Denis.
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Arrêt 10
★ Incontournable ~20 min

La rue St Denis et la porte St Denis

La voie triomphale des rois, ses portes disparues et ses vieux passages.
📍 Rue St Denis (haut) et porte St Denis (2e/10e)

C'est par cette rue que les rois de France, venant de St Denis, faisaient leur entrée triomphale dans la capitale, ce qui donnait lieu à de somptueuses festivités. Au milieu du boulevard se dresse la porte St Denis, en fait un arc de triomphe construit sous Louis XIV sur le « Nouveau Cours », emplacement de l'enceinte de Louis XIII qui venait d'être rasée ; elle laissa cependant le nom militaire de son large chemin de ronde, le « boulevart », aux avenues plantées d'arbres qui la remplacèrent. Ses bas-reliefs représentent la victoire de Maastricht, bataille au cours de laquelle mourut d'Artagnan (le vrai).

Un peu avant, au passage Lemoine, se cache l'Hôtel de St Chaumond, construit en 1734 par Jacques Hardouin-Mansart et décoré par le sculpteur Nicolas Pineau : magnifique hôtel de style rocaille, aujourd'hui dans un état avancé de délabrement.

La porte St Denis de Charles V (248) et Étienne Marcel

Au 248, emplacement de la porte St Denis de l'enceinte de Charles V. Au cours de la guerre de Cent Ans, Étienne Marcel tenta de la faire ouvrir pour faire entrer les troupes de Charles le Mauvais, le 31 juillet 1358. Pendant les guerres de religion, des combats y opposèrent les partisans du duc de Guise et le maréchal de Montgomery, le 8 janvier 1565 ; et les « morceaux » de la dépouille de Poltrot de Méré, l'assassin du duc de Guise, y furent exposés en 1588. On y pendit aussi une femme pour la première fois à Paris — auparavant, on les enterrait vivantes, ce qui était jugé plus « décent ».

Demeures et souvenirs (307, 271, 224)

Au 307 demeura Jacques Durand, ouvrier coupeur en chaussures, membre du Comité central de la Garde nationale et de la Commune, délégué à la commission de la Justice, fusillé pendant la Semaine sanglante derrière l'église Notre-Dame des Victoires. Au 271, bureau de la Confrérie des Brodeurs coffretiers passementiers boutonniers en 1596. Au 224, emplacement de la maison natale de l'historien Jules Michelet.

Passage Ste Foy et rue Ste Foy

Le passage Ste Foy s'ouvre aux 261-263 de la rue St Denis ; il traverse l'ancienne enceinte de Charles V, et son dénivelé donne en quelque sorte la configuration en coupe de ce rempart qui constitua la limite de la ville de 1364 à 1634. Sur la petite place que forme la rue St Spire, dans ce qui était alors l'impasse de la Grosse Tête, se tenaient pendant la révolution de 1848 les réunions du Comité Typographique, club révolutionnaire animé par Barraud, son président, et Debock, Mirguet, Petit, Forget, Guillemettz et Antoine.

Vers l’arrêt 11 →
Engagez-vous dans le passage du Caire, au niveau des 261-263 de la rue St Denis, vers la place du Caire.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~20 min

Le quartier du Caire et l'ancienne Cour des Miracles

Le plus long et le plus ancien passage de Paris, sur les traces des gueux de Hugo.
📍 Passage du Caire, place du Caire, rue de Damiette (2e)

Le passage du Caire est le plus long de Paris, et aussi le plus ancien encore existant. Il a été construit en 1798, au moment de la campagne d'Égypte, ce qui explique non seulement son nom mais aussi celui de la plupart des rues du quartier : Aboukir, Damiette, Alexandrie, rue du Nil. Aux 87-89 se trouvait l'imprimerie Lefèbvre, qui éditait les affiches du Comité central de la Garde nationale en 1871.

Sur la place du Caire, au 2, une façade de style égyptomaniaque : la frise au sommet porte, suite à un canular de mauvais goût, une représentation du nez du peintre Bouginier, qu'un petit jeu stupide consistait à dessiner sur les murs de la capitale. Cette place fut le théâtre de violents affrontements entre les insurgés et les gardes municipaux, les « cipaux », qui y tenaient un poste le 23 février 1848.

Rue de Damiette — la Cour des Miracles

C'est là que se trouvait la Cour des Miracles de la rue Neuve St Sauveur, la plus importante des douze que comptait Paris, celle dont Hugo s'est inspiré pour son roman « Notre-Dame de Paris » ; royaume du Ragot (qui a donné l'Argot) et du Grand Coëstre.

Rue des Forges — l'imprimerie du Père Duchêne

Au 9 de la rue des Forges, l'imprimerie du « Père Duchêne » de Jacques-René Hébert, où il fut arrêté en 1794.

Rue du Caire — « La Femme libre »

Au 12 demeura Weil, membre du Comité central de la Garde nationale en 1871. Au 17, siège du journal « La Femme libre », brochure éditée en 1832-33 par des saint-simoniennes exclues lors de la scission de Ménilmontant, Marie-Reine Guindorf et Jeanne-Désirée Véret Gay : premier journal féministe français, réalisé et publié uniquement par des femmes.

Le passage du Ponceau

Premier égout couvert à Paris, sous Henri IV.

Vers l’arrêt 12 →
Regagnez la rue St Denis par le boulevard de Sébastopol et descendez-la vers le sud, en direction du Grand Cerf.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~20 min

Le bas de la rue St Denis et ses passages

Couvents disparus, fontaines médiévales et le plus haut passage de Paris.
📍 Rue St Denis (bas), rue Dussoubs, passage du Grand Cerf (2e)

Le bas de la rue St Denis empile les strates. Au 237, emplacement du couvent des Filles-Dieu, où les condamnés à la pendaison recevaient traditionnellement, sur le chemin de Montfaucon, trois pains et un verre de vin, et où se tinrent de 1792 à 1794 les réunions de la Section Bonne Nouvelle, auxquelles participait Hébert. Au 177, ne manquez pas de jeter un coup d'œil dans l'impasse St Denis, un petit plongeon de plusieurs siècles dans le Paris médiéval.

Aux 144-146, emplacement de l'église de la Trinité, qui jouxtait un hospice abritant les voyageurs restés hors les murs de l'enceinte de Philippe Auguste ; elle hébergea à partir de 1402, sous Charles VI le fou, les Confrères de la Passion, première troupe de théâtre autorisée à jouer — mais uniquement mystères religieux et sotties — et fut le siège de la Section du Ponceau, puis des Amis de la Patrie, à partir du 21 mai 1790. Au 138, la fontaine de la Seraine (la sirène) ou de la Reine, encore appelée fontaine Greneta, très fréquentée au Moyen Âge. Le passage de la Trinité marque l'entrée de l'ancien enclos et de l'hôpital de la Trinité.

Rue Greneta — les barricades de 1839

Des barricades y furent dressées le 12 mai 1839, lors de l'insurrection de la Société des Saisons, à la suite de laquelle Auguste Blanqui et Armand Barbès furent condamnés à mort, puis graciés mais enfermés au Mont St Michel.

Rue Dussoubs — Cyrano, Goldoni et l'APL

Au 23 demeura Savinien Hercule Cyrano de Bergerac (le vrai) en 1619. Au 22, siège en 1972 de l'Agence de presse Libération (APL), dirigée par Jean-Claude Vernier, Maurice Clavel et Christophe Schimmel, liée à la Gauche Prolétarienne. Au 21, demeure et mort, le 27 novembre 1793, de Carlo Goldoni, réformateur de la Commedia dell'arte — il avait notamment supprimé les masques — considéré comme le « Molière italien ».

Passage du Grand Cerf et maison natale de Léon Blum

Le passage du Grand Cerf fut construit en 1825, sur l'emplacement des anciennes Messageries royales de l'Est ; il est le plus haut de Paris et fut sauvé in extremis de la pioche des promoteurs en 1994. Au 151 de la rue St Denis, maison natale de Léon Blum.

Vers l’arrêt 13 →
Engagez-vous dans le passage du Bourg-l'Abbé, traversez le boulevard de Sébastopol, puis gagnez la rue de Turbigo et le passage de l'Ancre, avant de rejoindre la rue St Martin.
13
Arrêt 13
★ Incontournable ~20 min

Les vieux passages du Marais nord

Armurerie pillée, passage fleuri et vieux dédale médiéval.
📍 Passage du Bourg-l'Abbé, passage de l'Ancre, rue des Gravilliers (3e)

Le passage du Bourg-l'Abbé a été construit en 1828. Il abritait l'armurerie Lepage, succursale de celle de la rue de Richelieu, à ce qui était alors le n° 22 de la rue du Bourg-l'Abbé ; celle-ci fut pillée, comme sa maison mère, par les Insurgés de 1832 d'abord, puis par ceux de Février 1848, épisode que Victor Hugo relate dans « Choses vues ». Plus loin, le passage de l'Ancre, construit avant la Révolution — il s'appelait alors passage de l'Ancre royale — est le plus fleuri de Paris.

Rue des Gravilliers — berceau de la 1ère Internationale

Très ancienne rue hors les murs. Au 88, arrestation des complices de Georges Cadoudal après le complot fomenté contre Bonaparte, le 4 mars 1804. Au 44, premier siège, du 8 janvier 1865 à 1868, de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), fondée en France par Henri Tolain, Ernest-Édouard Fribourg et Charles Mathieu Limousin — fils d'Antoine Limousin — et regroupant Eugène Varlin, Benoît Malon, Zéphirin Camélinat, André Murât, Chemalé… Un doute subsiste sur le local exact ; il semble qu'il s'agisse du dernier au fond de la cour à gauche, loué par le décorateur Fribourg, et qui aurait été l'ancienne écurie de d'Artagnan.

Au 29, siège de la coopérative ouvrière « L'Économie parisienne », qui participa à la fusion de 1919. Au 26, passage pittoresque faisant communiquer les rues au Maire et des Gravilliers ; au 9, passage Barrois, typique des rues du Moyen Âge. Le 13 mai 1849, une barricade fut dressée rue des Gravilliers contre la déclaration de guerre de Louis-Napoléon Bonaparte à la République Romaine : 7 manifestants y furent tués.

Passage des Gravilliers et rue Chapon

Au 8 du passage des Gravilliers, imprimerie des journaux de la Résistance dirigée par Henri Chevessier en 1944. Rue Chapon, une autre barricade fut élevée le 13 mai 1849 ; au 19, second siège de l'AIT, de 1868 à 1869, après les procès — 15 membres condamnés à 100 francs d'amende chacun pour « constitution interdite d'association de plus de vingt personnes » — et l'éclatement entre « mutuellistes » influencés par Proudhon et représentés par Tolain, qui démissionne, et « collectivistes » menés par Eugène Varlin.

Vers l’arrêt 14 →
Gagnez la rue Beaubourg par la gauche.
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Arrêt 14
★ Incontournable ~25 min

Rue Beaubourg, rue St Martin et Quincampoix

De la rue Transnonain aux spéculations de Law : la fin du parcours vers Beaubourg.
📍 Rue Beaubourg, rue St Martin, rue Quincampoix, rue de Venise (3e/4e)

La rue Beaubourg garde des traces sombres du mouvement ouvrier et de la répression. Au 81, l'ancienne boutique « Au Cotillon du Prolétariat », tenue par Henri Audouin, dédiée aux insignes et drapeaux du mouvement ouvrier en 1910. Au 79, l'inscription « rue Transnonain » à l'angle de la rue Chapon, section de la rue Beaubourg actuelle dont tous les immeubles du côté impair ont été rasés. Au 71, le 14 décembre 1941, deux groupes de Résistants des Bataillons de la Jeunesse et de l'Organisation spéciale, menés par Pierre Tourette, montent une opération contre l'hôtel Impérator, transformé en cantine de la Wehrmacht.

Au 62, emplacement du 12 rue Transnonain, où les troupes du 25e de ligne commandées par Bugeaud massacrèrent le 14 avril 1834 tous les habitants de l'immeuble, en représailles à un coup de feu qui aurait été tiré de ses fenêtres ; celui qui chapeautait l'opération était un jeune ministre de l'Intérieur nommé Adolphe Thiers — déjà. Au 54 demeura Albert Theisz, directeur des Postes sous la Commune, dont il était membre, après son retour d'exil en 1880.

Rue St Martin — Nerval, Molière et Rachel

On longe le tracé de l'enceinte de Philippe Auguste par la rue du Grenier St Lazare. Aux 168-170 de la rue St Martin, emplacement de l'hôpital de la chapelle St Julien, qui abritait au Moyen Âge la Confrérie des Ménétriers — les musiciens — de 1329 à 1776 ; l'établissement fut remplacé par des immeubles dont l'un fut, en 1808, la maison natale de Gérard Labrunie, le futur Gérard de Nerval, à l'ex-96 rue St Martin.

Au 159, le passage Molière, de 1791, rebaptisé « des Sans-culottes » en 1793 : c'est là que se trouvait la Salle Molière, où se tinrent les réunions du « Club des clubs » pour les élections à l'Assemblée constituante, autour d'Armand Barbès et de Joseph-Marie Sobrier, en mars 1848 ; une autre société, le Club patriotique du 7e arrondissement dit « Club du passage Molière », participa à la journée du 15 mai 1848. Au 157, le Théâtre Molière s'installa en 1791, prit en 1793 le nom de Théâtre des Sans-culottes, fonctionna jusqu'en 1807 et devint ensuite une école d'art dramatique où Rachel fit ses études en 1835, à 14 ans.

Rue Quincampoix — la banque de Law

Au 90, emplacement de la cloche annonçant la fin des séances de la Bourse de Law en 1718 et 1719. Au 65, l'hôtel de Beaufort, à l'ex-n° 47, dans lequel s'installa pendant la Régence, en 1719-1720, la banque de Jean Law de Lauriston. Au 54, le cabaret de l'Épée de Bois, à l'origine de l'Opéra de Paris : Mazarin y créa en 1658 une communauté de maîtres à danser et de maîtres de violon, transformée en 1661 en Académie royale de danse, qui fusionna en 1669 avec l'Académie royale de musique pour constituer l'Opéra. Marivaux, Racine, Mme de Tencin et les Mississipiens fréquentaient ce cabaret. Au 43, l'échoppe d'un savetier louée aux agioteurs ligués contre Law — les frères Pâris et Antoine Crozat — en janvier 1720 ; c'est dans cette rue qu'évolue le héros du roman de Paul Féval, « Le Bossu ».

Rue de Venise et la fontaine Maubuée

La rue de Venise est la plus étroite de Paris ; elle doit son nom à l'enseigne de financiers Lombards installés là au début du XVIe siècle, à « l'Écu de Venise ». À son extrémité se trouve la fontaine Maubuée, du XIIIe siècle, alimentée à l'époque par les eaux de Belleville : c'était la fontaine la plus fréquentée de Paris au Moyen Âge.

Vers l’arrêt 15 →
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⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.