Plus d’après, on verra, mais un sacré passé... à Saint-Germain-des-prés - 1ère partie
De l’abbaye millénaire aux nuits de Sartre et de Gréco : mille cinq cents ans d’histoire dans le carré le plus dense de la Rive Gauche.
📍 14 arrêts
🚶 ~3.5 km
⏱ ~3h30
📖 6e arr.
Cette balade parcourt le cœur historique de Saint-Germain-des-Prés, dans le 6e arrondissement. Partant du parvis de l’église St Germain des Prés — l’une des plus vieilles de Paris, vestige d’une abbaye fondée en 558 —, elle rayonne dans les rues qui recouvrent l’ancien domaine monastique et son enceinte : Furstenberg, l’Abbaye, l’Échaudé, Bonaparte, Jacob, Visconti, de Seine, des Saints-Pères, Saint-Benoît, jusqu’au quai Malaquais.
On y croise mille cinq cents ans d’histoire superposés : la nécropole mérovingienne, les massacres de Septembre 1792, les barricades de la Commune, la Petite Genève protestante, mais aussi les imprimeurs révolutionnaires, les ateliers des impressionnistes, les hôtels de l’existentialisme et les caves de jazz de l’après-guerre. Chaque numéro de rue est un feuilleté d’époques.
Nous partirons du parvis de l’église St Germain des Prés.
St Germain des Prés — plan du quartier en 1834 par Perrot
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Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
Place et église Saint-Germain-des-Prés
La plus vieille église de Paris, cœur d’une abbaye fondée en 558.
📍 Place Saint-Germain-des-Prés, 6e arr.
Le site de St Germain des Prés pourrait être, selon certains historiens, l’emplacement du camp de Camulogène. Le chef gaulois y aurait rassemblé ses troupes avant d’affronter Labienus, lieutenant de César — étape importante de la conquête de la Gaule.
L’église St Germain des Prés est l’une des plus anciennes subsistant à Paris. Jusqu’à la Révolution, elle dépendait d’une abbaye fondée en 558. Germain de Paris, dit St Germain, évêque de Paris, y fut inhumé dans une chapelle vouée à St Symphorien, en 576. Vers 885, celle-ci fut remplacée par l’église St Vincent-Ste Croix, environnée d’une nécropole mérovingienne où l’on retrouva le plus vieux gisant de Paris. Y avaient été inhumés Childebert 1er, les reines Frédégonde et Ultrogothe, Childéric II…
L’abbaye St Germain des Prés s’étendait sur un vaste périmètre, qui s’inscrirait aujourd’hui entre nos rues Jacob, St Benoît, de l’Échaudé, et déborderait sur le boulevard St Germain. Elle était entourée d’une enceinte dont il ne reste qu’une tour, à l’intérieur des bâtiments du n°6 de la place. La partie la plus ancienne de l’église actuelle, la base du clocher, daterait des environs de l’an mil. L’abbaye abrita l’un des centres d’étude instaurés en 779 par Charlemagne, et fut le creuset d’une réforme des mœurs des moines impulsée par Guillaume Briçonnet, futur évêque de Meaux, et Jacques Lefèvre, dit Lefèvre d'Étaples, entre 1507 et 1518.
Une statue d’Isis, réminiscence d’un vieux culte païen à la déesse égyptienne, fut remplacée en 1514 par une croix rouge à l’initiative de Briçonnet, alors abbé — croix ensuite déplacée au carrefour qui en porte encore le nom. Henri IV, faisant le siège de Paris en 1589, utilisa le clocher comme observatoire. Les cendres de René Descartes, décédé en Suède en 1650, y furent transférées en 1819, ainsi que celles de Nicolas Boileau Despréaux.
Devenue bien national pendant la Révolution, la « ci-devant abbaye Germain » devint « Maison de l’Unité ». Elle hébergea les réunions de la Section des Quatre Nations de 1790 à 1792, puis de l’Unité de 1793 à 1795, et abrita des logements, dont celui de Jean Paquotte, ciseleur et officier municipal, guillotiné le 11 Thermidor an II (29 juillet 1794) comme robespierriste. C’est au débouché de la rue Bonaparte sur la place, dans l’ancienne cour abbatiale, que débutèrent les massacres, le 2 septembre 1792. Sous le coup d’une menace d’intervention étrangère attribuée au duc de Brunswick, des révolutionnaires se livrèrent à des tueries dans plusieurs prisons parisiennes, dont celle de l’abbaye. Stanislas Maillard, héros de la Bastille, y joua un rôle ambigu.
L’église abrita un temps le culte théophilanthropique des « Adorateurs de Dieu et amis des hommes » en 1797, avant d’être transformée en fabrique de salpêtre. Pendant la Commune, une barricade était érigée sur la place. Prise à revers par les troupes versaillaises lors de la Semaine sanglante, le 23 mai 1871, 18 Fédérés faits prisonniers y furent fusillés. Pendant la dernière guerre, St Germain des Prés abrita une filière d’évasion organisée par Emmanuel Lancrenon, chanoine de Notre-Dame, qui fournissait des faux papiers aux prisonniers évadés en utilisant le secret de son confessionnal. L’horloge du clocher, l’une des dernières encore mécaniques à Paris, date de 1817.
Le plan de l’Abbaye en vue perspective, à l’époque de la Révolution L’église St Germain des Prés vers 1900 René Descartes Nicolas Boileau Les massacres de Septembre à l’Abbaye — le tribunal de Maillard
Vers l’arrêt 2 →
Faisons le tour de la place avant de rayonner dans le quartier.
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Arrêt 2
★ Incontournable~10 min
Le tour de la place
Les Deux Magots, mémoire vive des surréalistes et des existentialistes.
📍 Place Saint-Germain-des-Prés, 6e arr.
Au n°4 : siège de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, fondée en 1801, et lieu de conférences des exilés allemands dans les années 1930. Au n°6 : emplacement de la porte St Benoît, percée dans l’enceinte de l’abbaye vers la fin du 17ème siècle.
Jean-Paul Sartre s’installe ici avec sa mère, après la mort de son beau-père, en janvier 1945. Trois ans plus tard, en 1948, il y « cohabite » avec Simone de Beauvoir (3ème fenêtre sous le balcon). Ils y installent le comité de rédaction des « Temps modernes », auquel participent Raymond Aron, Michel Leiris, Maurice Merleau-Ponty, Albert Ollivier, Jean Paulhan… Ils seront victimes, le 7 janvier 1962, d’un attentat au plastic de l’OAS ; sortis indemnes mais choqués, ils déménageront boulevard Raspail.
Empruntez la rue de l’Abbaye pour longer les vestiges de l’ancien monastère.
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Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
Rue de l’Abbaye et place de Furstenberg
Le cloître des massacres de Septembre et l’atelier de Delacroix.
📍 Rue de l’Abbaye et place de Furstenberg, 6e arr.
Au n°17 : Alphonse Daudet demeurait en 1866 à l’emplacement du square Laurent Prache. Il a décrit ce lieu dans « le Petit Chose ». Aux n°16-14 : vestiges du dortoir des moines de l’abbaye, de 1264. Au n°14 : bureau des frères Émile-Paul, qui animaient la « Société des Amis d’Alain-Fournier » et hébergeaient en août 1940 le Comité des « Français libres de France » — Claude Aveline, Marcel Abraham, Jean Cassou, Jean Paulhan, Boris Vildé… qui rejoindront le réseau du Musée de l’Homme.
Au n°13 se tint le tribunal d’exception improvisé qui décidait du sort des prisonniers pendant les massacres de septembre ; il reste, au fond de la cour, des vestiges de la galerie du cloître qui menait à la salle des séances, et une pompe à eau face à l’entrée. Aux n°10-6 : emplacement de la chapelle de la Vierge, dessinée en 1255 par Pierre de Montreuil, qui y fut enterré ; ce joyau d’art gothique fut détruit par un promoteur, un certain Salbrune, en 1802. Des vestiges sont visibles dans le mur des boutiques et dans le square Laurent Prache. Aux n°5-3 : Palais abbatial de St Germain, construit en 1586, où l’érudit bénédictin Dom Mabillon décède le 27 décembre 1707, et où résidera Jean-Jacques Pradier, dit James Pradier. Au n°2 : maison du 15ème siècle habitée par le bailli de St Germain des Prés, à l’emplacement de la porte du Petit Bourbon, entrée secondaire percée dans l’enceinte en 1610.
La place de Furstenberg était la cour des écuries du palais abbatial entre 1586 et 1699. Au n°6 : demeure et atelier d’Eugène Delacroix à partir de 1857 ; il y peint sa « Mise au tombeau » et la « Montée au calvaire », et y meurt le 13 août 1863. Claude Monet et Frédéric Bazille, alors dans la dèche, vinrent le remplacer en 1865 et 1866.
Au n°2 de la rue Cardinale : imprimerie clandestine des premiers numéros du journal « La France continue », publié par Henri de Montfort chez Monsieur Lescaret, imprimeur, qui paraîtra à partir du 10 juin 1941.
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Gagnez, par le passage de la Petite Boucherie et le boulevard St Germain, la rue de l’Échaudé qui suit le tracé de l’ancien rempart.
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Arrêt 4
★ Incontournable~12 min
Rue de l’Échaudé et rue Bourbon-le-Château
Le tracé de l’ancien rempart et le premier café de Paris.
📍 Rue de l’Échaudé et rue Bourbon-le-Château, 6e arr.
Au n°26 de la rue de l’Échaudé : emplacement de la porte principale du rempart entourant l’abbaye de St Germain, construit en 1368, dont la rue suit le tracé. Au n°15 : imprimerie du « Mercure de France », fondé par Alfred Vallette et Marguerite Eymery, dite Rachilde, en 1889. Une barricade fut érigée rue de l’Échaudé le 23 février 1848 ; difficile d’en situer précisément l’emplacement, le boulevard St Germain n’existant pas alors.
Rue Bourbon-le-Château, au n°1 : première maison de café à Paris, tenue par l’arménien Maliban, qui introduisit cette « drogue » à Paris quatre ans après s’être installé à la Foire St Germain toute proche ; le succès de son breuvage lui permit de s’établir dans ses murs en 1675. Il sera bientôt imité par un certain Francesco Procopio Cutò, qui fera fortune sous le nom de Procope. Au n°2 : maison remarquable de 1848, aménagée autour d’une ancienne citerne, éclairée par un puits de lumière. La rue « Bourbon » le Château fut rebaptisée rue de la Chaumière de 1793 à 1806.
Prenez à droite la rue de Buci, puis rejoignez le boulevard St Germain.
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Arrêt 5
★ Incontournable~12 min
Rue de Buci et boulevard Saint-Germain
La Clairon, le pilori des abbés et le méridien de Paris sous vos pieds.
📍 Rue de Buci et boulevard Saint-Germain, 6e arr.
Rue de Buci, au n°28 : demeure, de 1743 à 1748, de Claire Josèphe Hippolyte Leris de La Tude, dite Mlle Clairon, actrice préférée de Voltaire, sociétaire de la Comédie Française. Au n°34 : demeure d’Henri Verlet, membre du Comité central de la Garde nationale pendant la Commune de 1871, et de Louis-Émile Lacord, chef de cuisine chez Foyot, réfugié en Suisse après la Semaine sanglante où il créera la « Marmite sociale », lui aussi membre du Comité central de la Garde nationale.
Boulevard St Germain, au n°162 (aujourd’hui place d’Acadie) : emplacement, de 1275 à 1636, du pilori des abbés de St Germain des Prés, qui avaient droit de basse et de haute justice. Au n°160 : ancien hôtel Acropolis, où demeura Jacques Prévert au début de son idylle avec Jacqueline Laurent, en 1935. Au n°152, incrusté dans le trottoir, un disque de bronze devrait marquer le passage du méridien de Paris — s’il n’a pas été arraché ; il en subsisterait un autre sur le trottoir d’en face, entre les n°125 et 127. Au n°148 : emplacement du café Méphisto, où se rencontraient les exilés allemands ayant fui le fascisme avant guerre.
Tournez à gauche dans la rue de Seine, artère centrale de la balade.
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Arrêt 6
★ Incontournable~18 min
Rue de Seine
Hôtels de l’existentialisme, du jazz américain et de la Résistance.
📍 Rue de Seine, 6e arr.
Au n°77 : le 31 mai 1942, le PCF organise le pillage du magasin collabo Félix Potin ; deux policiers sont tués. Madeleine Marzin, qui participe à l’opération, est arrêtée et condamnée à mort mais parviendra à s’évader. Au n°54 : demeure d’Adolphe Clémence, dit Roussel, ouvrier relieur, un des premiers adhérents de l’Association Internationale des Travailleurs en 1865, élu au Conseil de la Commune en 1871 ; il meurt ici dans le plus grand dénuement le 4 février 1889. Au n°63 : demeure en 1834 d’Adam Mickiewicz, poète polonais, auteur de « Pan Tadeuz » (plaque). Au n°57 : siège du journal « l’Accusateur révolutionnaire » de Douhet-Rathail, fondé le 2 avril 1848, et hôtel du Maroc, une des nombreuses adresses de Charles Baudelaire, qui y séjourna de mai 1854 à 1855.
Rejoignez la rue Bonaparte, que vous parcourrez en aller-retour.
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Arrêt 8
★ Incontournable~20 min
Rue Bonaparte
La Noue comblée, Hemingway, Auguste Comte, Henry Miller et les Beaux-Arts.
📍 Rue Bonaparte, 6e arr.
La rue Bonaparte suit le tracé de la Noue, appelée aussi la Petite Seine, canal creusé vers 1358 pour irriguer les fossés de l’enceinte de l’abbaye ; elle remplace une allée du parc de l’Hôtel de la reine Margot. Au n°30 : restaurant « Le Pré aux Clercs » fréquenté en 1921 par Ernest Hemingway, alors reporter au Toronto Star, avec sa femme Hadley. Au n°36 : demeure d’Auguste Comte de 1826 à 1828 (plaque).
En revenant dans l’autre sens, au n°24 : demeure en 1877-1878 du poète et dessinateur Germain Nouveau, qui séjourna à Londres avec Arthur Rimbaud ; emplacement aussi de l’hôtel de Paris, séjour de June et Henry Miller en 1928. Au n°18 : demeure de 1818 à 1821 du jeune Victor Hugo avec sa mère, et siège du Conseil national tchécoslovaque en exil, dirigé par Tomáš Garrigue Masaryk en 1916 (plaque). Au n°16 : demeure de Prosper Mérimée en 1837 et ancien établissement du Mont de Piété où, le 12 mai 1871, Augustin Avrial et Francis Jourde font voter par le Conseil de la Commune le dégagement gratuit des objets de moins de 20 F déposés au Mont de Piété.
Plan de Visscher, de 1618, sur lequel figure la chapelle des Louanges Charles Gleyre — quarante-trois portraits de peintres, sans doute ses élèves Les Beaux Arts, le portail d’Anet — cantonnement de Fédérés dans l’école Joan Miró — invitation à son exposition, signée par les Surréalistes
Vers l’arrêt 9 →
Revenez en arrière pour vous engager dans l’étroite rue Visconti, cœur de la Petite Genève.
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Arrêt 9
Optionnel~15 min
Rue Visconti
La Petite Genève protestante, Racine, Balzac imprimeur et les impressionnistes.
📍 Rue Visconti, 6e arr.
La rue Visconti fut tracée à l’emplacement du petit Pré aux Clercs, au cœur de ce que l’on appellera la Petite Genève, le quartier protestant hors les murs de la capitale ; un rassemblement de plusieurs milliers de huguenots y eut lieu le 13 mai 1558. Au n°24 : demeure à partir de 1692 de Jean Racine, qui y meurt le 21 avril 1699 (une plaque erronée indique le n°26 actuel). Au n°21 : demeure de Mlle Clairon de 1750 à 1768, du pamphlétaire Louis Blanc, et siège de l’Union pour la Vérité de Paul Desjardins, autour d’André Gide. Au n°20 : demeure de Prosper Mérimée de 1836 à 1838 où il rédige « Les âmes du purgatoire », et atelier de Frédéric Bazille, qu’il partage en 1866-1867 avec Auguste Renoir, visités par Claude Monet et Alfred Sisley.
Aux n°26-16 : demeure de Bernard Palissy à partir de 1584 ; arrêté et condamné à la pendaison pour hérésie, enfermé à la Bastille, il y meurt en 1590 « de faim, de froid et de mauvais traitements ». Au n°16 : demeure d’Adrienne Lecouvreur à partir de 1718 ; comédienne excommuniée, l’Église lui refuse une sépulture chrétienne à sa mort le 20 mars 1730. Aux n°8 ou 10 : atelier de Jean-Auguste-Dominique Ingres vers 1825. Au n°4 : emplacement de « l’auberge du Vicomte » où fut célébré en 1555 le premier baptême réformé du quartier, et où se tint le 25 mai 1559 le premier synode protestant, organisé par François de Morel, dit de Collonges, aboutissant à l’Église Réformée de France. Aux n°4-2 : demeure de 1547 à 1570 de Jean Cousin, peintre et sculpteur. Au n°2 : second siège, en 1791, du journal « Le Mercure national » de Louise de Kéralio et François Robert, premier journal ayant prôné le républicanisme, le tutoiement et l’usage du terme citoyen.
Le cabaret du Petit Maure, George Sand, David et les galeries surréalistes.
📍 Rue de Seine et rue des Beaux-Arts, 6e arr.
Au n°26 de la rue de Seine : le cabaret du Petit Maure subsiste quasi tel quel, avec sa grille et son enseigne ; tenu par un certain Montglat, il était fréquenté par Vincent Voiture, Gédéon Tallemant des Réaux et Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, roué de coups sur le Pont Neuf pour s’être moqué de Condé, le 1er décembre 1661. Au n°31 : demeure de George Sand chez son demi-frère Hippolyte Chatiron après sa séparation d’avec Casimir Dudevant en 1831 ; en 1933, André Breton y ouvre la Galerie Gravida. Au n°18 : librairie Pagnerre, siège du journal « Paris Révolutionnaire » auquel collaborent Philippe Buonarroti et Louis-Auguste Blanqui, dirigé par Laurent-Antoine Pagnerre en 1847.
Reprenez la rue Bonaparte, côté nord, en direction des quais.
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Arrêt 11
★ Incontournable~18 min
Rue Bonaparte (côté quais) et quai Malaquais
Manet, Courbet, Fouché, Marx et les statues de la République.
📍 Rue Bonaparte et quai Malaquais, 6e arr.
Rue Bonaparte, aux n°7-9 : demeure de 1803 à 1818 de Gaspard Monge, initiateur de la géométrie descriptive, destitué de l’École polytechnique en 1815 par Louis XVIII. Au n°7 : hôtel Persan, demeure de 1768 à 1773 de Mlle Clairon. Au n°8 : demeure en 1801 de Bernard-Germain Étienne de Lacépède, naturaliste, continuateur de Buffon. Au n°5 : maison natale d’Édouard Manet, né ici le 23 janvier 1832, et demeure de 1911 à 1934 d’Hubert Lyautey, maréchal de France. Au n°4 : première adresse de Gustave Courbet à son arrivée à Paris en 1842. Aux n°1-3 : hôtel de Chavandon, demeure en 1789 d’Alexandre et de Joséphine de Beauharnais. Au n°1 : siège du Cercle de la Librairie.
Le quai Malaquais surplombait le port des Saints-Pères et s’appelait initialement quai Mal-Acquest, nom qui lui serait venu d’une des cours des miracles de la capitale ; sa réalisation en 1532 fut permise par le rattachement de l’Îlot de la Butte à la rive gauche. Face au n°1 : la statue de Voltaire, de 1885, réalisée par Joseph-Michel Caillé, fut détruite par Pétain pour le compte des nazis sous l’Occupation en 1942. Face au n°3 : la statue de Jean-François Soitoux fut, en 1848, la première représentation officielle de la République. Au n°3 : demeure pendant la Révolution de François Nicolas Léonard Buzot, Girondin qui se suicida en 1794 en même temps que Jérôme Pétion, du naturaliste Alexander von Humboldt, et de Léo Lagrange, ministre des Loisirs et des Sports du Front Populaire.
5 à 23 quai Malaquais — Fouché, Marx, Anatole France, Nadja
Au n°5 : hôtel de Châteauneuf, demeure du maréchal Maurice de Saxe en 1748, puis en 1791 de la baronne de Korff, amie d’Axel de Fersen, qui procure un passeport à son nom à Louis XVI pour la « fuite à Varennes » ; y demeure aussi le physiologiste François Magendie. Aux n°11-13 : emplacement de l’Hôtel de Juigné, ministère de la Police sous Joseph Fouché, nommé ministre en janvier 1796. Au n°15 : librairie qui recevait les abonnements au « Vorwärts », journal des immigrés germanophones auquel collabora Karl Marx en 1844, et demeure d’enfance d’Anatole France. Au n°19 : autre adresse de François Buzot, lié à Mme Roland, demeure de George Sand d’octobre 1832 à 1836 dans sa « mansarde bleue » où elle écrit « Lélia » au début de sa liaison avec Alfred de Musset, et librairie de François-Noël Thibault, père d’Anatole France, qui y naît le 16 avril 1844 — décor du magasin de « Boudu sauvé des eaux » de Jean Renoir en 1932. Aux n°21-23 : hôtel de Falcony, demeure de Eugène Viollet-le-Duc et du chirurgien Paul Broca, mort ici le 9 juillet 1880. Au n°23 : André Breton dîne avec « Nadja », Léona Delcourt, au restaurant Delaborde, le 10 octobre 1926. En juin 1870, Jules Verne amarre son bateau, le St Michel, à hauteur du quai ; il y est décoré de la Légion d’honneur par Eugénie de Montijo.
Gagnez la rue des Saints-Pères, à la lisière du 7e arrondissement.
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Arrêt 12
★ Incontournable~15 min
Rue des Saints-Pères
L’homme-oiseau, Michelet, Manet mourant et l’hôpital de la Charité.
📍 Rue des Saints-Pères, 6e arr.
Au n°2 : demeure de Jean-François Boyvin de Bonnetot, marquis de Bacqueville, « homme oiseau » qui se lança en 1745 du toit de son Hôtel pour traverser la Seine en vol plané — l’expérience se solda par une jambe brisée ; y demeurèrent aussi le maréchal Thomas-Robert Bugeaud, boucher de la rue Transnonain, et James Pradier, amant de Juliette Drouet. Au n°5 : demeure d’Édouard Manet, qui meurt de la syphilis le 30 avril 1883. Au n°6 : demeure de Pierre-François Réal, ami de Danton, accusateur public au Tribunal Révolutionnaire en 1792. Au n°7 : demeure de Joseph Lakanal, député Montagnard qui créa en 1795 les écoles centrales. Au n°10 : demeure de jeunesse de l’historien Jules Michelet. Au n°13 : demeure d’enfance de Mme Récamier de 1777 à 1793, puis siège des archives de la police secrète sous le Premier Empire et de la Librairie des Sciences sociales dirigée par Charles-Mathieu Limousin avec Antoine Bourdon, fondateurs de la section française de l’Association Internationale des Travailleurs.
Au n°26 : salon d’Hippolyte Carnot, fils de Lazare Carnot, où se tiennent les premières réunions des saint-simoniens jusqu’en 1828 ; siège de « La Revue encyclopédique » où Pierre Leroux utilise pour la première fois en français le mot « socialisme » en mars 1834 ; et du Comité Carnot pour les élections de 1863 avec Louis-Antoine Garnier-Pagès et Charles Beslay, futur membre de la Commune. Au n°29 : demeure d’Auguste Vermorel, journaliste et membre de la Commune, directeur de l’Ami du Peuple, grièvement blessé sur une barricade en secourant Maxime Lisbonne. Au n°30 : emplacement du cimetière de l’hôpital de la Charité, qui accueillit de 1604 à 1685 les dépouilles des protestants chassés du cimetière St Germain. Au n°35 : planque de Louis Coquillet, membre des Jeunesses communistes, arrêté après l’attentat manqué de la rue Buffault le 3 janvier 1942.
Aux n°39-45 : l’Hôpital de la Charité, fondé en 1606 par Marie de Médicis, le plus réputé de Paris, tenu par les frères de la Charité, fermé en 1935. C’est ici que meurt Alfred Jarry, créateur du père Ubu, le 1er novembre 1907, ainsi que le peintre Amedeo Modigliani, de la tuberculose, le 24 janvier 1920, assisté jusqu’à la fin par Moïse Kisling.
Benjamin Franklin Signature du traité préliminaire reconnaissant l’indépendance des États-Unis d’Amérique Alexandre Ledru-Rollin — gravure en l’honneur du père du suffrage universel Martin Nadaud Jean-Baptiste dit Anacharsis Cloots Washington Irving Ernest Hemingway avec Fidel Castro
Charles-Augustin Sainte-Beuve Marguerite Duras Elisabeth Dmitrieff Nathalie Lemel ou Le Mel Étienne Cabet en 1840
Vers l’arrêt 14 →
Regagnez le boulevard St Germain, à gauche, pour revenir à votre point de départ.
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Arrêt 14
★ Incontournable~5 min
Retour sur la place Saint-Germain-des-Prés
Fin de la première partie du parcours, au pied du vieux clocher.
📍 Place Saint-Germain-des-Prés, 6e arr.
Nous revenons à notre point de départ, sur la place St Germain des Prés, après avoir arpenté quinze siècles d’histoire concentrés dans quelques rues. Fin de la première partie du parcours.
Plan de St Germain des Prés sous Louis VII — plan dressé par Mathieu Mérian en 1615
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.
La Lettre de Paris révolutionnaire — l’histoire de Paris environ tous les deux mois, dans votre boîte mail.