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Balade · 6e arr.

Plus d’après, on verra, mais un sacré passé… à Saint-Germain-des-Prés — 2ème partie

De la brasserie Lipp aux cachots de la prison de l’Abbaye, la seconde moitié d’un parcours où chaque numéro de rue cache un écrivain, un révolutionnaire ou un fantôme.
📍 11 arrêts
🚶 ~2.4 km
⏱ ~2h30
📖 6e arr.
Plus d’après, on verra, mais un sacré passé… à Saint-Germain-des-Prés — 2ème partie

Pour cette seconde partie de notre parcours, nous repartons de la place St Germain des Prés. De la terrasse mythique du Flore aux murs disparus de la prison de l’Abbaye, ce quartier concentre sur quelques centaines de mètres des siècles d’histoire littéraire, révolutionnaire et parisienne.

L’église St Germain des Prés aujourd’hui — l’abbaye en 1687.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Boulevard St Germain, côté ouest

Le Flore, Lipp, le Drugstore : le boulevard des cafés mythiques et de leurs fantômes
📍 Boulevard St Germain (côté impair, vers l’ouest), 6e arr.

Nous longeons le boulevard St Germain vers l’ouest, du côté des numéros impairs. C’est ici que bat le cœur littéraire du quartier : cafés mythiques, éditeurs, salles de conférence disparues et emplacements chargés d’une histoire qui va des saint-simoniens à Lénine.

À l’angle du square Taras Chevtchenko (au 186) se trouvait, entre 1598 et 1604, le cimetière St Germain réservé aux protestants, dont on voit encore des vestiges. Au 186 bis, dans le square Félix Desruelles, on admire un fronton remarquable de céramique en grès émaillé, conçu par l’architecte Charles Risler et réalisé par le sculpteur Jules-Félix Coutan : en réalité un panneau publicitaire pour les produits de la manufacture de Sèvres, réalisé à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900. Au 175 s’étendait le cimetière des lépreux, jouxtant au Moyen Âge la maladrerie Saint Germain ; il y avait là, en 1906, une antenne de l’Office central des œuvres de bienfaisance, pour laquelle Jacques Prévert suivait son père André dans ses tournées d’aumônes. Au 188 se dressait, de 1368 à 1630, le Moulin de St Germain, moulin à vent devenu « moulin des Saints-Pères » puis « des Rosiers ».

172 — Le café de Flore

Le café de Flore, second des cafés mythiques de St Germain des Prés. À partir de juillet 1899 s’y tiennent les réunions de la direction de l’Action française qui vient d’être créée, rassemblant Charles Maurras, Jacques Bainville, Maurice Barrès, Kléber Haedens, Thierry Maulnier…

Guillaume Apollinaire et André Salmon y fondent la revue littéraire « Les Soirées de Paris ». En 1912, les amis d’Apollinaire, alors en difficultés financières, organisent ici les Soirées de Paris pour son soutien. Le Flore devient ensuite le quartier général de la revue « Nord-Sud » : c’est Pierre Reverdy qui présente Philippe Soupault à Breton le 15 mars 1917, et Apollinaire y discute littérature les mardis avec des permissionnaires ; nous sommes en plein conflit mondial.

En 1933, Raymond Queneau, lauréat du prix des Deux Magots, fréquente le café concurrent avec la bande à Prévert ; ce dernier a fait du Flore son quartier général et celui du Groupe Octobre, et y fait connaissance avec Pablo Picasso. En juillet 1943, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Queneau, Maurice Merleau-Ponty, Albert Camus… y discutent d’un projet de revue pour l’après-guerre ; Beauvoir et Camus s’y sont rencontrés cette même année après la répétition générale des « Mouches » de Sartre.

En avril 1945 s’y tiennent des réunions autour du journal « La Rue », recréé par Léo Sauvage, avec Francis Lemarque, Óscar Domínguez, Prévert, Queneau, Boris Vian… La même année s’y nouent les rencontres « existentialistes » autour de Sartre, Paul Bourget, Jean Genet, Jean Cau…

149 — Diderot, rue Taranne, et le Drugstore

Au 149 se trouvait l’emplacement de la demeure de Denis Diderot, au 2 rue Taranne (aujourd’hui disparue), aux 4e et 5e étages, où il vécut avec sa femme et sa fille de 1754 à 1784 ; c’est là qu’il s’attaque à la rédaction de l’Encyclopédie. La demeure disparut lors du percement du boulevard.

À cet emplacement s’élève aujourd’hui le Drugstore St Germain : le 15 septembre 1974, un attentat à la grenade imputé à Ilich Ramírez Sánchez, alias Carlos, y fait 2 morts et 34 blessés.

151 — La brasserie Lipp

Brasserie alsacienne créée par Léonard Lipp en 1880, que fréquenteront de nombreux écrivains : Alfred Jarry, Paul Valéry, Antoine de Saint-Exupéry et Ernest Hemingway, qui la décrit dans son « Paris est une fête ». S’y réunira le groupe des « Hirsutes », les poètes « échevelés », auquel participent Jean Moréas et Apollinaire. Léon-Paul Fargue en est un habitué ; la décoration intérieure sera réalisée par Fargue père et oncle en 1914.

Henry de Montherlant fait un bref séjour à l’hôtel Taranne, situé au-dessus de la brasserie, en février 1942. Le 29 octobre 1965, Mehdi Ben Barka est enlevé devant la brasserie Lipp dans des conditions qui mettent en cause des policiers de la DST française, Louis Souchon et Roger Voitot. Le scandale est d’autant plus énorme qu’on ne retrouvera jamais le corps du principal opposant marocain.

167 à 184 — Résistants, saint-simoniens et Lénine

Au 167, demeure de François Faure, alias Paco, second du colonel Rémy à la tête du réseau « Confrérie Notre-Dame » ; il sera arrêté et déporté. Au 169, les bureaux des éditions du Carrefour, dirigées par Georges Ribemont-Dessaignes : en décembre 1930, il y publie le premier poème de Prévert, « l’Ange garde-chiourme », dans le n° 7 de la revue « Bifur ».

Aux 171-173 (à l’époque 12 rue Taranne) se trouvait une salle où se réunissaient les saint-simoniens. Saint-Amand Bazard, dit le père Bazard, et Prosper Enfantin y organisèrent en 1828 et 1829, au cours de 30 séances publiques, l’exposition de la « Doctrine de Saint-Simon » par ses disciples — au départ au nombre de 92, dont 5 ouvrières et 12 ouvriers. Charles Fourier y prit pour la première fois contact avec eux, lors d’une conférence sur l’éducation le 20 mai 1829. Au 184, dans la salle de la Société de Géographie, Lénine donne le 23 janvier 1914 une conférence sur la « Question nationale ».

Vers l’arrêt 2 →
Vers l’arrêt 2 → Quittez le boulevard et engagez-vous dans la rue des Saints-Pères, que vous parcourrez d’abord vers le nord, en aller-retour.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~8 min

Rue des Saints-Pères, vers le nord

De Saint-Simon à Pasteur : mémorialistes, maréchaux et médecins de la rue
📍 Rue des Saints-Pères (partie nord), 6e arr.

Nous prenons la rue des Saints-Pères vers le nord, en aller-retour. Le nom de la rue, curieusement, est né d’une déformation : la chapelle St Pierre de l’hôpital de la Charité lui a donné son nom, Saint-Pierre devenant Saints-Pères.

44 — Naissance de Saint-Simon

Naissance du célèbre mémorialiste Louis de Rouvroy de Saint-Simon, lointain cousin du théoricien du socialisme, le 16 janvier 1675. Demeure du maréchal d’Empire Charles Pierre François Augereau en 1810.

49-51 — La cathédrale St Vladimir le Grand

La chapelle St Pierre de l’hôpital de la Charité a donné par déformation son nom à la rue. C’est aujourd’hui la cathédrale St Vladimir le Grand, de culte grec-catholique ukrainien. Désaffectée pendant la Révolution, Jean-Nicolas Corvisart y installa une école de Médecine pourvue d’un amphithéâtre, où enseignèrent René Laennec, inventeur du stéthoscope, et Pierre Carl Édouard Potain, précurseur dans la mesure de la tension artérielle. Louis Pasteur y présenta sa communication sur la découverte du vaccin antirabique en 1885.

Vers l’arrêt 3 →
Vers l’arrêt 3 → Faites demi-tour pour redescendre la rue des Saints-Pères vers le sud.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~10 min

Rue des Saints-Pères, vers le sud

Figures de cire, éditeurs et l’ENA : la rue côté impair, de Louis XIV à Chateaubriand
📍 Rue des Saints-Pères (partie sud), 6e arr.

En redescendant la rue vers le sud, nous croisons boutiques d’art, hôtels particuliers et maisons d’édition. C’est ici qu’un ancêtre du musée Grévin présentait des figures de cire, et qu’un futur écrivain symboliste vécut dans la plus grande précarité.

48 — L’enseigne du Cercle Royal

Boutique à l’enseigne du Cercle Royal, fondée par Antoine Benoîst, ancêtre du musée Grévin. Elle présentait en 1688 des figures de cire, dont celle de Dieudonné Capet, dit Louis XIV, le « roi mégalo-soleil ».

52-54 — Cavoye et Salomon de Brosse

Au 52, demeure de Louis d’Oger de Cavoye, un des demi-frères supposés de Louis XIV et frère d’Eustache Dauger de Cavoye, possible candidat au masque qui ne fut jamais de fer. Au 54, demeure de Salomon de Brosse, architecte du palais du Luxembourg.

53 — Louise Contat et Talma

Demeure de la comédienne Louise Contat, chez qui François-Joseph Talma rencontra en juillet 1780 sa future épouse Julie Careau ; de cette union naquirent Henri-Castor et Charles-Pollux Talma. Les prénoms durs à porter, ça ne date pas d’aujourd’hui…

56-61 — Grasset, Firmin Didot et l’ENA

Au 61, siège de la maison d’édition Bernard Grasset, fondée en 1907, qui éditait la collection des « Cahiers verts » ; une position ambiguë de Bernard Grasset pendant l’Occupation le fera condamner à la Libération pour collaboration. Au 56, l’hôtel de Meilleraie fut la demeure de l’éditeur Firmin Didot, créateur d’un groupe de polices de caractères resté dominant jusqu’à l’apparition de l’ordinateur ; l’École Nationale d’Administration, l’ENA, fondée en 1945, s’y installe et y restera jusqu’en 1978.

63-71 — Chateaubriand et Rémy de Gourmont

Au 63, l’hôtel de Lavalette fut le pied-à-terre de François-René de Chateaubriand en 1808. Au 71, demeure du poète symboliste Rémy de Gourmont avec Berthe de Courrière, dans des conditions précaires, de 1898 à 1915. Germain Nouveau habita également la rue des Saints-Pères en 1905.

Vers l’arrêt 4 →
Vers l’arrêt 4 → Prenez à gauche la rue de Grenelle, où se joua un épisode du coup d’État de 1851.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~8 min

Rue de Grenelle

La mairie où fut votée la déchéance de Badinguet, et le berceau de Gallimard
📍 Rue de Grenelle (côté ouest), 6e arr.

La rue de Grenelle porte la mémoire d’une journée décisive : c’est ici, à la mairie de l’ex-10e arrondissement, que des députés tentèrent de résister au coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte. C’est aussi le berceau d’une grande maison d’édition et d’un café d’écrivains.

7-9 — La mairie de l’ex-10e arrondissement

Emplacement de la mairie de l’ex-10e arrondissement, détruite lors du prolongement de la rue des Saints-Pères. La déchéance de Louis-Napoléon Bonaparte, alors président de la République, y est votée par 200 députés de droite lors du coup d’État du 2 décembre 1851.

1-3 — Gallimard et le café du Dragon

Au 3, troisième siège de la maison d’édition Gallimard, de 1921 à 1930 : elle y publie Albert Camus, Robert Desnos, Paul Éluard, Max Jacob, Jules Supervielle, Roger Martin du Gard… Au 1, le café du Dragon était fréquenté par les auteurs des maisons d’édition voisines, « Grassetiers » et « Gallimardeux », dans les années 1920.

Vers l’arrêt 5 →
Vers l’arrêt 5 → Rejoignez le carrefour de la Croix Rouge, haut lieu des combats de la Commune.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~10 min

Carrefour de la Croix Rouge

Potence sous la Régence, barricade sous la Commune : un carrefour de sang et de résistance
📍 Carrefour de la Croix Rouge, 6e arr.

Ce carrefour fut un lieu patibulaire sous la Régence de Philippe II d’Orléans, en 1721 et 1722, avec potence et pilori. Il prit bien sûr le nom de carrefour du « Bonnet Rouge » en 1792.

Pendant la Semaine sanglante, le 23 mai 1871, la résistance y fut acharnée face à l’avancée des versaillais. Le carrefour était le centre d’un dispositif de barricades rendu efficace par les petites rues et ruelles qui constituaient alors le quartier. On y vit combattre Eugène Varlin, le général Émile Eudes, Maxime Lisbonne, commandant des Turcos de la Commune, Henry Bauër, fils d’Alexandre Dumas… Les impressionnantes destructions dues à la canonnade versaillaise donnent une idée de la violence des combats ; les Fédérés finirent par être pris à revers le 24.

Bien plus tard, Marcel Bourdarias, alias Alain, dirigeant des Jeunesses communistes et de l’Organisation spéciale du PCF, est arrêté le 5 janvier 1942 à la station de métro « Croix Rouge » après que Louis Coquillet ait donné leur rendez-vous sous la torture. Il sera fusillé par les nazis au Mont Valérien le 17 avril 1942, à 18 ans.

Vers l’arrêt 6 →
Vers l’arrêt 6 → Engagez-vous dans la rue du Dragon, en aller-retour.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~12 min

Rue du Dragon

Académie de peinture, mansarde de Victor Hugo et planques de résistants dans une seule rue
📍 Rue du Dragon (aller-retour), 6e arr.

La rue du Dragon concentre un extraordinaire condensé d’histoire : un conventionnel qui donna l’assaut aux Tuileries, une académie où étudièrent Matisse et Duchamp, la mansarde d’un Victor Hugo de dix-neuf ans, et des planques clandestines de la Résistance communiste.

44 — Le conventionnel Panis

Demeure, de 1809 à 1815, d’Étienne-Jean Panis, conventionnel qui mena, avec son beau-frère Antoine-Joseph Santerre, l’assaut des Tuileries le 20 juin 1792.

31 — L’Académie Julian

Dans la cour se tenait l’Académie Julian, académie de peinture fondée par Rodolphe Julian, où étudièrent à partir de 1890 Jean Dubuffet, Marcel Duchamp, Félix Vallotton, Édouard Vuillard, Henri Matisse…

36 — Germain Nouveau et Jean Giono

Autre demeure du poète et dessinateur Germain Nouveau début 1876. C’est ici, à l’hôtel du Dragon, que séjourna en 1930 Jean Giono, l’auteur entre autres du « Chant du Monde ».

30-28 — Victor Hugo et la Résistance

Au 30, demeure de François-Guillaume-Jean-Stanislas Andrieux, poète, membre du Conseil des Cinq-Cents puis du Tribunat en 1802 ; c’est là que, dans une mansarde, demeura Victor Hugo à 19 ans, en 1821, après la mort de sa mère, avec son cousin Adolphe Trébuchet — il y écrivit ses « Odes et Ballades ». Au 28, planque d’Armand Vanveers, membre de l’Organisation spéciale des Jeunesses communistes, qui a rejoint Paris après son évasion de Suisse ; il seconde Pierre Tourette à la tête d’un groupe de lutte armée des Jeunesses communistes en janvier 1941.

24-19-13-14 — Palissy, Copeau, clubs et galerie

Au 24, emplacement d’une maison qu’aurait habitée Bernard Palissy en 1585. Au 19, demeure de Jacques Copeau, fondateur du Théâtre du Vieux Colombier. Au 13, siège du club de l’Abbaye, présidé par un certain Vergne, constitué en mars pendant la Révolution de 1848. Au 14, galerie d’Yvonne et de Christian Zervos, directeur de la revue « Les Cahiers d’Art » fondée en 1926 ; s’y tiennent pendant l’Occupation des réunions clandestines d’intellectuels auxquelles participent Jacques Prévert et Paul Éluard, ce dernier alors membre du PCF et clandestin.

7-10 — La Cour du Dragon

Au 7, la Cour du Dragon, domaine des métalliers depuis 1725 : Denis Diderot, qui habite non loin rue Taranne, y recueille des informations auprès des « métalliers-poêliers-fournalistes » pour l’Encyclopédie. Les Insurgés de 1830 s’y fournissent chez les marchands de ferrailles en armements divers, barres de fer et piques, le 27 juillet. C’est aussi la demeure de Raymond Bussières, dit Bubu, et d’Arlette Besset, tous deux membres du Groupe Octobre.

Au 10, demeure de Jean Lacave-Laplagne, ministre des finances de Louis-Philippe 1er de 1837 à 1839, puis, à partir de 1946, de Roger Martin du Gard, auteur de la suite romanesque « Les Thibault » et prix Nobel de littérature. Le mathématicien Gaspard Monge demeura également rue du Dragon en 1784.

Vers l’arrêt 7 →
Vers l’arrêt 7 → Revenez sur vos pas jusqu’à la rue du Four, que vous remontez.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~12 min

Rue du Four

Le CNR clandestin, le four banal de l’abbaye et le drapeau noir de Louise Michel
📍 Rue du Four, 6e arr.

La rue du Four tire son nom du four banal de l’abbaye de St Germain des Prés, au 43, où les habitants du bourg avaient l’obligation d’y faire cuire leur pain contre redevance depuis 1470. Mais la rue garde aussi la mémoire d’un moment fondateur de la Résistance et d’une émeute de la faim devenue légende anarchiste.

Au 33, on aperçoit un puits du 16e siècle dans un coin de la cour ; au 24, une enseigne « Au Mouton » est sculptée au fronton de l’immeuble. Cosimo Ruggieri, l’astrologue « parfumeur », sorcier et confident de Catherine de Médicis, demeurait rue du Four en 1571, avant de s’installer à l’Hôtel de la Reine, sur l’emplacement de l’actuelle bourse du commerce, qui a conservé la fameuse tour astrologique.

Jacques Lasnier, homme d’affaires et officier municipal de la Commune de 1792, habitait au 286 (difficile à situer aujourd’hui) ; membre de la Section Mutius Scaevola, il fut guillotiné comme robespierriste le 11 Thermidor an II, le 29 juillet 1794.

51-48 — Floriot et la première réunion du CNR

Au 51, demeure de Symphorien François Floriot, membre de la Société des Droits de l’Homme en 1834. Au 48, appartement de René Corbin, chez qui se tint la première réunion du Conseil National de la Résistance, le CNR, sous la présidence de Jean Moulin, le 27 mai 1943. Y participaient Roger Ginsburger alias Pierre Villon (Front national de la Résistance), Roger Coquoin alias Lenormand (Ceux de la Libération Nord), Jacques Lecompte-Boinet alias Lefort (Ceux de la Résistance), Charles Laurent (Libération-Nord), Jacques-Henri Simon alias Sermois (Organisation civile et militaire Nord), Claudius Petit (Franc-Tireur), Claude Bourdet alias Lorrain (Combat Sud), Pascal Copeau alias Salard (Libération-Sud), Georges Bidault alias Bip (Parti démocrate populaire), Jacques Debû-Bridel alias Argonne (Fédération républicaine), Joseph Laniel (Alliance démocratique), André Le Troquer (SFIO), Marcel Rucart (Parti radical-socialiste), André Mercier (PCF), Louis Saillant (la CGT) et Gaston Tessier (la CFTC).

40 — L’Ami du Peuple de Raspail

Siège du journal « L’Ami du Peuple » de François-Vincent Raspail, de février à mai 1848.

Rue du Four — Louise Michel et le drapeau noir

Le 9 mars 1883, une manifestation de chômeurs, rue du Four et boulevard St Germain, donne lieu au pillage de boulangeries. Louise Michel en sera considérée comme responsable : arrêtée le 30 mars, elle sera condamnée à 6 ans de réclusion pour pillage le 23 juin. Cette manifestation aurait été l’occasion de la première apparition du drapeau noir, symbole de l’anarchisme.

Vers l’arrêt 8 →
Vers l’arrêt 8 → Regagnez le boulevard St Germain, que vous longez cette fois côté est (numéros pairs), vers la prison de l’Abbaye.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~18 min

Boulevard St Germain — la prison de l’Abbaye

Cafés surréalistes, écrivains en exil et la prison des massacres de Septembre, disparue sous le boulevard
📍 Boulevard St Germain (côté pair, vers l’est), 6e arr.

Il faut imaginer ce quartier sans le boulevard St Germain, projeté par Haussmann mais dont le percement ne fut achevé qu’en 1877. Passait ici la rue Childebert, où un foyer pour célibataires abrita le cénacle de la Childebert, animé entre autres par Alexandre Privat d’Anglemont, quartier général des Novateurs puis des Romantiques.

Au 164, emplacement d’une nécropole mérovingienne, au croisement des rues Gozlin et de Buci, découverte en 1866 — le boulevard n’existait pas alors. Ce tronçon du boulevard concentre l’histoire la plus dense du parcours : cafés d’artistes, hôtels d’écrivains, et surtout l’ombre de la prison de l’Abbaye, théâtre des massacres de Septembre 1792.

166 — La Rhumerie martiniquaise

Café « La Rhumerie martiniquaise », fréquenté dans les années 30 par de nombreux auteurs et artistes : Léon-Paul Fargue, Michel Leiris, Georges Bataille, Man Ray, Roger Vailland, Georges Malkine… C’était le port d’attache de l’écrivain, peintre et comédien Antonin Artaud.

Face aux 135-137 — La prison de l’Abbaye

Prison de l’Abbaye de St Germain des Prés. Elle se trouverait aujourd’hui au beau milieu du boulevard St Germain. Alors prison militaire, elle fut assaillie le 30 juin 1789 par la population qui venait délivrer 11 gardes-françaises ayant refusé de charger leurs armes contre le peuple ; ils avaient été emprisonnés pour insubordination par leur lieutenant-colonel, Louis Marie Florent du Châtelet.

Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais y est enfermé le 23 août 1792, arrêté suite à l’accusation par Pierre-Louis Manuel de malversations dans l’affaire des fusils de Hollande. Beaumarchais ayant critiqué Manuel à de nombreuses reprises, ce dernier le fait libérer pour ne pas être accusé de profiter de sa situation de procureur de la Commune pour se venger. L’auteur de Figaro sort de prison le 2 septembre ; il était temps, et s’exile en Angleterre.

135-137 — Les massacres de Septembre

Ce même 2 septembre 1792 débutent des massacres qui vont peser sur le cours ultérieur de la Révolution. Une parodie de tribunal est improvisée par Stanislas Maillard dans le greffe de la prison. C’est là que se situerait l’épisode de la fille de Stanislas de Sombreuil buvant un verre de « sang bleu » pour sauver de l’exécution son père, accusé d’avoir participé à la défense des Tuileries et au complot contre Collot d’Herbois — épisode dont se sont emparés plusieurs auteurs, dont Victor Hugo.

Jeanne-Marie Roland de la Platière, Mme Roland dite Manon, née Phlipon, Charlotte Corday (le 14 juillet 1793), Jacques Pierre Brissot… y furent incarcérés pendant la Terreur avant leur exécution. Marie Gouze, dite Olympe de Gouges — qui avait déclaré « La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle devrait aussi avoir le droit de monter à la tribune » — y est enfermée de longs mois, le 6 août 1793, avant d’être guillotinée. François-Noël Babeuf, dit Gracchus Babeuf, y est enfermé le 30 janvier 1794, avant son transfert à Vendôme pour un procès en catimini qui verra la condamnation à mort de ce précurseur du communisme. Jean-Baptiste Drouet, emprisonné après la tentative de coup d’État de la Conjuration des Égaux au camp de Grenelle, s’évade le 17 août 1796 « grâce » à Barras, qui préférait éviter de faire du héros de Varennes un martyr.

137-143 — Psychanalyse et hôtel Madison

Au 137, en 1934, Adrien Borel crée l’Institut de psychanalyse avec l’aide de Marie Bonaparte. Au 143, l’hôtel Madison accueille des séjours d’écrivains : le romancier russe Boris Pasternak, auteur du « Docteur Jivago », lors du congrès des écrivains à la Mutualité le 21 juin 1935 ; André Malraux, auteur de « La Condition humaine » et de « La Voie royale », à l’hiver 1937 ; et Albert Camus, auteur du « Mythe de Sisyphe », de « L’Étranger » et de « La Peste », au printemps 1940.

Face au 145 — La statue de Diderot et la barricade de 1871

Face au 145, statue de Denis Diderot, qui habitait rue Taranne, à hauteur du 149 boulevard St Germain où elle fut érigée dans un premier temps en 1886, puis déplacée ici. Le 24 mai 1871, pendant la Semaine sanglante, une barricade avait été dressée au carrefour de la rue d’Erfurth (l’actuelle rue des Ciseaux) et de la rue Ste Marguerite (aujourd’hui rue Gozlin). C’est le fils d’un cordonnier, âgé de 19 ans, qui commandait cette barricade tenue par 20 jeunes garçons et une fille ; ils résistèrent un moment aux troupes versaillaises avant d’être pris à revers. Le boulevard était alors en voie de percement.

147 — La Petite rue Ste Marguerite et les premiers massacres

Entre les 145 et 147, emplacement de la porte Ste Marguerite de l’abbaye de St Germain des Prés. Au 147, la « Petite rue Ste Marguerite », devenue par la suite rue d’Erfurth, se trouvait sur l’emplacement du square Félix Desruelles ; elle conduisait au portail latéral et à la cour de l’église St Germain des Prés. Elle fut le théâtre, le 2 septembre 1792, des premiers massacres, sur 24 prisonniers transférés de la mairie par le Comité de surveillance de la Commune — essentiellement des prêtres. L’un d’eux avait déjà été lynché au carrefour de Buci. Les exécutions continuèrent dans la cour principale de l’abbaye et y prirent toute leur ampleur, avant de s’étendre aux autres prisons parisiennes.

Vers l’arrêt 9 →
Vers l’arrêt 9 → Empruntez la rue Gozlin, ancienne rue Ste Marguerite.
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Arrêt 9
Optionnel ~5 min

Rue Gozlin

La porte de l’abbaye et la pension où le général Hugo plaça ses fils
📍 Rue Gozlin, 6e arr.

Au 1, emplacement de la Porte Ste Marguerite, percée en 1637, de l’abbaye de St Germain des Prés, face au débouché de la rue des Ciseaux. C’est dans cette rue, alors rue Ste Marguerite, que se trouvait la Pension Cordier où le général Hugo plaça ses fils Eugène et Victor en janvier 1815.

Vers l’arrêt 10 →
Vers l’arrêt 10 → Rejoignez le début de la rue de Rennes, que vous parcourez en aller-retour.
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Arrêt 10
Optionnel ~8 min

Rue de Rennes

Un pont en X abandonné, le dragon retrouvé et l’inventeur de la lampe Pigeon
📍 Rue de Rennes (début), 6e arr.

La numérotation de la rue de Rennes commence curieusement au 48 : le décalage s’explique par le projet haussmannien de prolongement de cette voie jusqu’à la Seine, heureusement abandonné. Il prévoyait de déboucher sur un pont en « X » qui se serait appuyé sur la pointe de l’île de la Cité ou aurait remplacé le Pont des Arts. Où nos tourtereaux du 21e siècle auraient-ils pu, dès lors, accrocher leurs cadenas d’amour ? Certains immeubles déjà acquis pour cette opération sont devenus des HLM.

50 — Le dragon de la cour

Le beau dragon qui ornait autrefois l’entrée de la cour du même nom a été par bonheur reproduit ici, à l’endroit approximatif où débouchait une des extrémités de cette fameuse enclave industrielle au cœur de Paris.

54 — Charles Pigeon

Demeure de Charles Pigeon, l’inventeur de la fameuse lampe qui portait son nom et fit le bonheur de nos ancêtres avant l’invention de l’éclairage électrique. Il mourut ici le 18 mars 1915. Sa tombe au cimetière Montparnasse est l’une des plus belles du patrimoine funéraire parisien.

Vers l’arrêt 11 →
Vers l’arrêt 11 → Revenez vers la place St Germain des Prés, terme de notre parcours.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~5 min

Place St Germain des Prés

Fin du parcours, au pied de la plus vieille église de Paris
📍 Place St Germain des Prés, 6e arr.

Nous voici de retour au point de départ, sur la place St Germain des Prés, au pied de l’une des plus anciennes églises de Paris. Ici s’achève cette seconde partie du parcours, après avoir remonté les siècles de la nécropole mérovingienne aux cafés existentialistes.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.