Quand Belleville descend d'la Courtille, c'est pas toujours pour faire carnaval...
De la barrière de la Courtille aux hauteurs du Télégraphe, une traversée des collines rouges de l'est parisien — barricades de la Commune, imprimeries clandestines de la Résistance et villages pavillonnaires oubliés.
📍 15 arrêts
🚶 ~7.5 km
⏱ ~3h30
📖 19e–20e arr.
De la barrière de la Courtille au point culminant de Paris, cette longue traversée grimpe les collines de l'est parisien : Belleville, les Buttes-Chaumont, la Mouzaïa, le Télégraphe. C'est le pays des barricades de la Commune — la « dernière » se dresse ici, rue Ramponeau, comme rue de Tourtille, rue Rébeval ou rue Fessart — et celui des imprimeries clandestines et des ateliers d'explosifs de la Résistance. Mais c'est aussi le Paris des guinguettes de la Courtille, des cabarets militants de la rue de Belleville, des music-halls, des studios Gaumont et des villas pavillonnaires suspendues au flanc des anciennes carrières de gypse.
Nous partirons cette fois du métro Belleville, à l'intersection du boulevard et de la rue du même nom, pour monter lentement vers la Porte des Lilas.
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Arrêt 1
★ Incontournable~12 min
La barrière de la Courtille
Là où Paris buvait le guinguet et brûlait ses barrières d'octroi
📍 Métro Belleville / place du Colonel Fabien, angle boulevard et rue de Belleville, 19e-20e arr.
Nous partons cette fois du métro Belleville, à l'intersection du boulevard et de la rue du même nom. Nous nous trouvons sur l'emplacement de la Barrière de Belleville, dite aussi de la Courtille. Le pavillon de Ledoux qui en assurait la garde fut incendié, comme la plupart de ses homologues, dès le 12 juillet 1789 ; ce qui indique que ces barrières d'octroi avaient alors pour les Parisiens une valeur plus symbolique du rejet de l'absolutisme que la Bastille, qui ne fut prise en première intention que pour se procurer de la poudre et des munitions. Ce n'est qu'après coup que la chute de la vieille prison prit la signification qu'a retenue l'Histoire, de préférence à « ce mur murant Paris » qui avait pourtant largement contribué à rendre « Paris murmurant ».
Jusqu'en 1860, l'enceinte des Fermiers généraux séparait la ville des villages alentour, dont celui au bas duquel nous nous trouvons maintenant, perché sur sa colline, la plus élevée — de peu — du Paris d'aujourd'hui. À son pied s'étendait la Courtille, fameuse pour ses cabarets et ses tavernes où l'on servait le guinguet — peut-être une déformation du « vin guai » — une piquette dont le prix avait l'avantage de ne pas inclure les droits d'octroi. Guinguet, guinguette… on venait là boire et danser.
Ces barrières étaient donc devenues des lieux où l'on se divertissait à moindre coût ; d'autant plus que Louis XVIII avait donné à Pierre-Jacques Seveste, un artiste du Vaudeville, pour le remercier de lui avoir indiqué le lieu exact d'inhumation de son frère Louis XVI et de Marie-Antoinette, l'exclusivité des théâtres en dehors de l'enceinte. Ledit Seveste, et après lui ses fils, firent construire autour de Paris des salles de spectacle dont certaines existent toujours comme Hébertot ou l'Atelier. Et puis il y avait une fois l'an, à Mardi gras, la Descente de la Courtille, un carnaval haut en couleur animé par Milord l'Arsouille, un Parisien fortuné nommé Charles de La Battut, souvent confondu avec Lord Seymour.
Engagez-vous dans la rue de Belleville, l'ancienne « rue de Paris » qui grimpe la colline. Le carrefour du bas, où débouche la rue, a vu s'ériger une barricade à chaque insurrection parisienne.
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Arrêt 2
★ Incontournable~12 min
Le bas de la rue de Belleville
Un carrefour où l'on dressa barricade à chaque insurrection
📍 Rue de Belleville (nos 2 à 12), 19e-20e arr.
Le débouché de la rue de Belleville — l'ancienne « rue de Paris » — n'échappe pas à la règle des entrées de faubourgs : chaque insurrection parisienne y vit s'ériger une barricade. Celle de Juin 1848 fut une des premières à être dressées, le 23 au matin. Sans attendre la chute de Napoléon-Badinguet, les Bellevillois se soulevèrent le 6 juin 1869 et barrèrent à nouveau les accès du quartier. Les 7 et 8 février 1871, Gustave Flourens lança à Belleville une nouvelle tentative d'insurrection qui se solda par un échec et l'arrestation de 300 personnes.
Une célèbre photo représente la barricade munie de canons construite pendant la Commune. Jules Vallès y fait faire le coup de feu à Vingtras, son double littéraire, parmi les derniers combattants de la Semaine sanglante dans son « Insurgé ». Et c'est là que le dernier coup de canon versaillais aurait été tiré sur les Fédérés le 28 mai 1871 à midi. Les pavés de ce carrefour ont eu décidément une vie bien « agitée »…
Jules Vallès
Place du Général Ingold — Louis Debock
Louis Debock, typographe, demeurait au n° 5 de la rue Vincent que cette place a effacée. Debock, ou De Bock, fut membre du premier Bureau parisien de l'Association Internationale des Travailleurs. Il fit également partie de la Commission d'initiative de la Ligue internationale pour le désarmement en mai 1867.
Rue Rébeval — l'imprimerie clandestine de la MOI
Au 14, imprimerie clandestine du PCF et de la M.O.I., tenue par Simon Cukier, alias Alfred Grant et Paula Dziergowska. C'est ici que furent réalisés les tracts pour la manifestation de commémoration de la victoire de Valmy en septembre 1942.
Le café de La Vielleuse
Le café de « La Vielleuse » est ici depuis 1795. Il s'y tint une réunion politique publique pendant le siège de Paris le 2 février 1871. Maxime Lisbonne y établit provisoirement son « bureau » lorsqu'il dut déménager, en 1884, sa Taverne du Bagne, qu'il avait d'abord ouverte à Montmartre, au 12 de la rue de Belleville. Des militants des Jeunesses Communistes qui célébraient en terrasse, le 13 au soir, la fête du 14 juillet 1941 y furent arrêtés. Parmi eux, Jean Capievic, Gilbert Brustlein, Fernand Zalkinow, Asher Semhaya, Lichtenstein, Liliane Lévy, Jean Bonzon…
Remontez la rue de Belleville, en passant par les places Hector Guimard, Marcel Achard et la rue Jules Romains, jusqu'à hauteur des nos 12 à 19, sur votre droite — le cœur de la vie politique bellevilloise du XIXe siècle.
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Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
La salle Favié et les cabarets militants
Cabarets, clubs et music-halls — la fabrique de la Commune
📍 Rue de Belleville (nos 8 à 19), 19e-20e arr.
Au 19, emplacement de la demeure de Jules Vallez, dit Vallès, avant la Commune. Au 13 se dressait la salle du bal Favié, qui deviendra plus tard le « Palais du Travail ». Il se tint au Club Favié, entre la fin du Second Empire, le siège de Paris et la Commune, 124 réunions publiques. Gabriel Ranvier, Gustave Flourens, Jules Mottu, Augustin Avrial… en étaient des habitués.
Emplacement du second cabaret « La Taverne du Bagne », transférée ici le 12 février 1884 par Maxime Lisbonne après l'expiration du bail du boulevard de Clichy où il l'avait ouverte six mois plus tôt dans une baraque en planches sur un terrain vague. Le « Murat de la République » n'en était pas à sa première « attraction révolutionnaire ».
Maxime Lisbonne
La taverne Dénoyez (n° 10)
Emplacement de la taverne Dénoyez, à l'enseigne du Grand St Martin. Elle était traditionnellement, dans les années 1830, le point de départ de la Descente de la Courtille. C'est ici que se tint, le 1er juillet 1840, le Banquet communiste de Belleville, organisé par Théodore Dézamy et Jean-Jacques Pillot. Charles Dutilloy et Corneille Homberg y prirent la parole ; il rassembla environ 1200 personnes et est considéré comme l'acte fondateur du communisme néo-babouviste en France. Lorsque Favié refusa sa salle en 1869, les réunions du club des Travailleurs se tinrent chez Dénoyez ; Gambetta y vint prendre la parole, Gustave Flourens et Jules Vallès en furent les principaux orateurs.
Jean-Jacques Pillot Étienne Cabet Gabriel Charavay, fondateur de « l'Humanitaire », journal communiste matérialiste
Les Folies-Belleville (n° 8)
Ici se trouvait le music-hall des Folies-Belleville où se produisirent de 1872 à 1947 Mayol, Dranem, Damia, Georgius, Fréhel, Maurice Chevalier, Line Renaud ; toutes les célébrités d'une époque. Il est aujourd'hui transformé en café mais a conservé son décor des années 50.
Mayol Dranem Damia Georgius Fréhel
Vers l’arrêt 4 →
Prenez à droite la rue Dénoyez, puis la rue Ramponeau à gauche : vous abordez les rues où fut tiré, selon la légende, le dernier coup de fusil de la Commune.
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Arrêt 4
★ Incontournable~13 min
La dernière barricade de la Commune
L'angle de rue où mourut, dit-on, la Commune de Paris
📍 Rues Dénoyez, Ramponeau et de Tourtille, 20e arr.
Rue Dénoyez, au 20 ou 22, demeure de Simone Schloss, fille d'ébéniste, elle-même jeune ouvrière, agent de liaison de l'Organisation Spéciale du PCF. Elle sauva Paul Lefebvre en le couvrant, en 1941. Condamnée à mort puis graciée, elle fut déportée en Allemagne et finalement décapitée. Au 7 de la même rue se cacha Lin Camélinat, frère de Zéphirin, avec sa femme, pendant la Semaine sanglante en 1871 ; Zéphirin Camélinat passa ici leur dire adieu le soir du 26 mai avant de retourner au combat.
Rue Ramponeau — la « dernière » barricade
Au 15, demeure de Gustave Durand, ouvrier bijoutier, condamné dans le 3ème procès de l'Association Internationale des Travailleurs le 8 juillet 1870, nommé caissier principal du Trésor public central pendant la Commune, puis exclu de l'Internationale pour être devenu un mouchard. Aux 40-42, barricade à l'angle de la rue de Tourtille, donnée par Prosper-Olivier Lissagaray comme celle où fut tiré le dernier coup de fusil de la Commune, à 16 heures, le 28 mai 1871. La légende veut que le dernier combattant, qui aurait brisé par trois fois à coups de fusil la hampe du drapeau versaillais avant de s'échapper, ait été Lissagaray lui-même.
La « dernière » barricade de la Commune, à l'angle des rues Ramponeau et de Tourtille Prosper-Olivier Lissagaray
Rue de Tourtille
Elle tient son nom de Tourtille-Sangrain, bourgeois de Château-Blanc qui y demeurait, inventeur des réverbères, qui obtint en 1769 un privilège de 20 ans pour l'éclairage public de Paris. De nombreux Fédérés y furent exécutés froidement, après les combats, pendant la Semaine sanglante le 28 mai 1871.
Rue Lesage
Au 6, demeure de Charles Lavalette, surnommé Bonnet, enterré à Bagneux sous le nom de Gilbert Lavalette, membre du Comité Central de la Garde nationale en 1871. Au 5, demeure en 1930 de Daniel Guérin, syndicaliste révolutionnaire, un des théoriciens du Communisme libertaire.
Daniel Guérin
Rue Julien Lacroix
Demeure de la sœur d'Antoine Arnaud, dit Arnault, membre de la Commune, qu'elle cacha le 28 mai 1871 pendant la Semaine sanglante. Il parvint par la suite à s'enfuir en Angleterre.
Vers l’arrêt 5 →
Rejoignez la rue de Belleville à gauche, jusqu'au n° 46 : l'emplacement du tout premier théâtre du quartier.
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Arrêt 5
★ Incontournable~12 min
Le théâtre de Belleville et l'usine à gaz
Du premier théâtre du faubourg aux ballons du siège de Paris
📍 Rue de Belleville (n° 46) et rue Rébeval, 19e-20e arr.
Au 46 de la rue de Belleville, à gauche, emplacement du Théâtre de Belleville, la première salle des frères Seveste, ouverte en 1819. Aujourd'hui cour Lesage. Martin Nadaud, ex-ouvrier maçon devenu député en 1848, inventeur de la formule « Quand le bâtiment va, tout va », y donna des conférences sur le thème de l'urbanisme.
L'usine à gaz de Belleville (rue du Général Lasalle)
C'est l'emplacement de l'usine à gaz de Belleville et de ses gazomètres. Un des points où se faisait le gonflage et le départ des ballons postaux pendant le siège de Paris, fin 1870 et début 1871.
Gonflage des ballons postaux pendant le siège de 1870
Rue Rébeval — Ostyn, le charnier et la Cordonnerie ouvrière
Au 35, demeure de François-Charles Ostyn, dit Charles Ostyn, ouvrier tourneur, membre de la Commune de 1871, délégué aux Services publics. Aux 48-70, sur le site de l'usine à gaz de La Villette, un charnier où furent jetés les cadavres de nombreux combattants de la Commune, dont beaucoup de femmes. Aux 78-80, la Cité Jandelle abritait en 1922 l'ancienne usine Meccano, devenue Mécano, aujourd'hui une école d'architecture. Au 81, la Cordonnerie ouvrière, coopérative fondée par le syndicat des cordonniers en mai 1903, dirigée par Victor Renaudin ; elle fonctionna jusqu'en 1910. Dans la rue Rébeval était dressée l'une des dernières barricades de Belleville, commandée par le colonel Benot, où Jules Vallès combattit le 28 mai 1871.
Vers l’arrêt 6 →
Rejoignez par un escalier l'avenue Simon Bolivar, que vous prenez à gauche. À hauteur du n° 50, prenez à droite l'escalier qui monte vers la rue Georges Lardennois.
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Arrêt 6
Optionnel~10 min
Les villas de la colline
Un charmant ensemble pavillonnaire retiré du tumulte de la ville
📍 Avenue Georges Lardennois et rue Manin, 19e arr.
Au 32 de l'avenue Simon Bolivar, garage et station-service réquisitionnés par les troupes allemandes, incendiés par un groupe de Résistants FTP durant l'hiver 1943. En montant l'escalier, nous pénétrons dans un charmant ensemble pavillonnaire retiré du tumulte de la ville — les rues Georges Lardennois, Rémy de Gourmont, Edgar Poe, Barrelet de Ricou et Philippe Hecht. Paris, c'est aussi cela ; mais par malheur, de moins en moins !
Rue Manin — Roger Vailland
Le romancier Roger Vailland y demeura en octobre 1936, au 8ème étage d'un immeuble dont nous ne parvenons pas à retrouver l'adresse.
Roger Vailland
Vers l’arrêt 7 →
Reprenez l'avenue Simon Bolivar à gauche et pénétrez dans le parc des Buttes-Chaumont par l'avenue Jacques de Linières.
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Arrêt 7
★ Incontournable~20 min
Le parc des Buttes-Chaumont
Une carrière de gypse devenue charnier, puis jardin romantique
📍 Parc des Buttes-Chaumont, 19e arr.
Sur la butte qui se trouve à gauche en entrant, les Fédérés avaient installé une batterie de canons pendant la Semaine sanglante. Avancez jusqu'au belvédère, qui offre une vue intéressante sur le Nord de Paris et sa banlieue.
Le 30 mars 1814, alors que cette colline n'est encore qu'une vaste carrière de gypse, les troupes du maréchal Mortier opposent une résistance héroïque à celles de Schwartzenberg. Marmont, en accord avec Talleyrand et les banquiers dont Jacques Laffitte est le porte-parole, décide la reddition contre l'avis de Mortier. Le but est de convaincre le tsar Alexandre 1er de ramener les Bourbon sur le trône en la personne de Louis XVIII. Dans les années qui suivirent, le terme « ragusade » — Marmont avait été nommé duc de Raguse — devint synonyme de félonie ; il passera pour de bon à l'ennemi le 4 avril.
Le 18 mars 1871, les troupes de Thiers tentent en vain d'investir le parc à canons de 52 pièces que les Fédérés avaient installé ici. De violents combats à l'arme blanche se dérouleront deux mois plus tard, dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 mai pendant la Semaine sanglante : 600 Fédérés seront massacrés, les corps de 300 d'entre eux jetés dans le lac, des milliers de cadavres arrosés de pétrole et incinérés sur place.
Le pont des suicidés André Breton Louis Aragon Marcel Priollet, alias Marcel Noll
Vers l’arrêt 8 →
Revenez sur vos pas, prenez l'avenue de la Cascade et ressortez du parc au métro Botzaris. Par les rues Botzaris, du Général Brunet et Compans, gagnez le quartier de la Mouzaïa.
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Arrêt 8
★ Incontournable~15 min
Le quartier de la Mouzaïa
Les anciennes carrières d'Amérique, villas paisibles sur un charnier
📍 Rue Miguel Hidalgo, place de Rhin et Danube, 19e arr.
Rue Compans, à gauche, des combats eurent lieu pendant la Semaine sanglante sur une barricade commandée par Ernest Puget, membre de la Commune, délégué au Travail. Rue Miguel Hidalgo, nous entrons dans le quartier de la Mouzaïa, autrefois appelé des « Carrières d'Amérique », en référence à une légende selon laquelle le plâtre fabriqué à partir de son gypse était d'une telle qualité qu'on l'exportait jusque de l'autre côté de l'Atlantique. Aujourd'hui, la physionomie du quartier a bien changé, avec ses calmes « villas » bordées de pavillons qui nous transportent bien loin des tumultes de la capitale — les villas Claude Monet, Alexandre Ribot, et les rues François Pinton et David d'Angers. Prenons le temps d'y musarder avant de pénétrer l'enfer du bétonnage pompidolien qui entoure la place des Fêtes.
Rue de la Solidarité — l'entrée de la carrière d'Amérique
Au 1, emplacement d'une entrée de la carrière dite de l'Amérique. Un millier de Fédérés y furent exécutés pendant la Semaine sanglante. Ils ont été inhumés dans deux nécropoles aménagées sous la place de Rhin et Danube.
Rue David d'Angers — l'attentat de 1942
Au 16, le 25 juillet 1942, la Résistance organisa un attentat contre le laboratoire de l'École supérieure du pétrole, alors occupée par les nazis.
Place de Rhin et Danube
Sous le Second Empire, une sorte de « Cour des Miracles » avait squatté les Carrières d'Amérique. En 1867, Badinguet dut mobiliser la police, la sûreté et même l'armée pour les déloger. Le 27 mai 1871, Gabriel Ranvier, dit affectueusement « le Pâle », membre du premier Comité central de la Garde nationale puis de la Commune, organisa ici un puissant réduit défensif équipé d'artillerie. France Bloch-Sérazin, jeune ingénieure chimiste, habitait un appartement donnant sur cette place ; elle participa en 1940 aux premiers groupes de Résistance communiste dirigés par Raymond Losserand et installa un petit laboratoire dans son deux-pièces pour fabriquer des explosifs.
Descente de police dans les carrières d'Amérique Gabriel Ranvier France Bloch-Sérazin avec Frédéric
Vers l’arrêt 9 →
Par les rues de la Fraternité, de l'Égalité et David d'Angers, traversez le boulevard Sérurier vers la Butte du Chapeau Rouge.
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Arrêt 9
Optionnel~13 min
La Butte du Chapeau Rouge — laboratoire de la Résistance
Un restaurant ouvrier et un atelier d'explosifs des FTP
📍 Boulevard Sérurier et avenue Debidour, 19e arr.
Au 121, emplacement de l'Aquarium-bar, restaurant ouvrier de la Butte du Chapeau Rouge tenu par Constance Rappeneau, dite la Mère Mie ou My. C'était la centrale d'un réseau de Résistance dirigé par Pierre Rebière et Georges Fauveau.
Avenue Debidour — l'atelier d'explosifs (n° 5)
Demeure de Théo et Lucienne Bruger. Lui était un déserteur allemand, ancien des Brigades internationales, membre de l'Organisation Spéciale du PCF, parmi les premiers FTP dès 1940. Son appartement servait d'atelier de fabrication d'explosifs, dirigé par Conrado Miret-Must et Yves Kermen, sous l'autorité de Louis Marchandise. France Bloch-Sérazin y fabriquait grenades et détonateurs. Le local servit aussi de planque au colonel Jules Dumont, alias Journé, et à Gilbert Brustlein, rescapé du groupe de la Roquette, qui assistait Fabien lors de l'attentat du métro Barbès. L'organisation sera démantelée le 25 novembre 1941, suite à la filature de Brustlein par un agent des Brigades spéciales. L'immeuble abritait également un réseau d'hébergement pour des Résistants allemands et autrichiens, chez Henriette et Gricha, réfugiés autrichiens.
Gilbert Brustlein Pierre Georges, alias colonel Fabien
Vers l’arrêt 10 →
Reprenez le boulevard Sérurier à gauche, puis la rue des Lilas à droite et la rue de Mouzaïa. Vous replongez au cœur des villas.
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Arrêt 10
★ Incontournable~15 min
Mouzaïa — Fantômas, Gaumont et l'Anarchie
Feuilletons policiers, studios de cinéma et presse anarchiste
📍 Rue de Mouzaïa, rue de la Villette, rue Fessart, 19e arr.
Rue de Mouzaïa, emplacement d'un ancien marché aux fourrages où furent massacrés nombre de Communards pendant la Semaine sanglante le 27 mai 1871. C'est ici que Pierre Souvestre et Marcel Allain situent l'estaminet du père Joseph, « Aux enfants du Lioran », dans les aventures de « Fantômas » et de la « Bande des Ténébreux », publiées en feuilleton avec un grand succès entre 1911 et 1913.
Pierre Souvestre et Fantômas Marcel Allain et un autre épisode
Rue de Bellevue — l'imprimerie Daubeuf et le Puits des Fédérés
Au 14, emplacement de l'imprimerie Daubeuf, qui réalisait tracts et brochures des Jeunesses communistes pendant l'Occupation. Elle fut démantelée le 18 juin 1942 ; Julien Landragin, qui la tenait, fut arrêté et fusillé avec 36 autres militants communistes. En face du 23, on découvrit dans un puits, en 1908, les restes de combattants des deux camps jetés là pêle-mêle après la Semaine sanglante — le « puits des Fédérés », depuis longtemps disparu. Une barricade dressée au bout de la rue arrêta un temps, le 27 mai 1871, la progression des versaillais sur la « route stratégique » : aujourd'hui le boulevard Sérurier. Le Puits des Fédérés se trouvait dans ces parages, du côté de la rue Eugénie Cotton.
Pierre Monatte devant le local de la Grange aux Belles Léon Trotsky Julius Martov Victor Griffuelhes Émile Pouget
Rue de la Villette — Léon Gaumont
Au 55, demeure à partir de 1888 de Léon Gaumont, qui introduisit l'industrie cinématographique en France en 1896 ; il est enterré au cimetière de Belleville. Rue des Alouettes, aux 12-30, emplacement des ateliers cinématographiques de Léon Gaumont à partir de 1895, transformés par la suite en studios : c'est ici que furent tournés les premiers films sonores, en 1905. Au 13 de la rue de la Villette, la Villa de l'Adour, passage typique du vieux Belleville ; au 1, on trouvait jusqu'en 1812 la Croix Hallé, un calvaire situé entre deux ormes.
Léon Gaumont
Rue Fessart — le Musée du Soir et l'Anarchie
Hors circuit, au 69, le 16 mars 1935, Henry Poulaille, le peintre Georges Cresson et Lacasse installèrent le « Musée du Soir », bibliothèque et centre culturel anarcho-syndicaliste. Au 24, siège et imprimerie, en 1911, de la revue « l'Anarchie », animée par Victor Serge, chez Anna Estorges dite Rirette Maîtrejean. C'est ici que Serge fut arrêté le 31 janvier 1912, sous l'inculpation d'être l'inspirateur de la Bande à Bonnot ; il fréquentait Raymond Callemin, Édouard Carouy, Octave Garnier… mais n'avait rien à voir avec les « activités » de la bande. Dans la rue Fessart, une barricade fut une des dernières de Belleville à résister le 27 mai 1871.
Henry Poulaille et l'équipe du Musée du soir Victor Serge Anna Estorge, dite Rirette Maîtrejean, avec Victor Serge Raymond Callemin, alias Raymond la science
Vers l’arrêt 11 →
Rejoignez la rue des Pyrénées, que vous prenez à droite, jusqu'au n° 397 : la demeure de Gustave Flourens.
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Arrêt 11
★ Incontournable~15 min
Rue des Pyrénées et haut de Belleville
Flourens assassiné, et les mairies où la Commune tint sa dernière séance
📍 Rue des Pyrénées et rue de Belleville (nos 112 à 170), 19e-20e arr.
Au 397 de la rue des Pyrénées, dans ce qui était alors la rue de Puebla, demeure de Gustave Flourens. Blanquiste, général et membre de la Commune, Flourens fut assassiné à coups de sabre, après son arrestation lors de la désastreuse sortie du 3 avril 1871, par un capitaine de gendarmerie versaillais, une crapule du nom de Desmarets. Au 383, une barricade dressée à l'angle de la rue de la Mare fut le théâtre de violents combats le 28 mai 1871. Rue Jean-Baptiste Dumay, une des seules rues de Paris portant, depuis 1926, le nom d'un membre de la Commune ; encore que Dumay soit honoré comme député du 20ème arrondissement élu en 1889.
Charles-Simon Favart et la cour du 105 (nos 112, 105, 97)
Au 112, demeure à partir de 1764 de l'auteur dramatique Charles-Simon Favart, qui a laissé son nom à la salle de l'Opéra comique ; il y mourut le 12 mai 1792. Au 105, cour typique du vieux village de Belleville, qui recèle un puits de large diamètre coiffé d'une fontaine en fonte. Au 97, demeure de Gilbert Lavalette, plombier gazier, qui commandait la batterie Fédérée du Père-Lachaise le 25 mai 1871. Au 94, la Cour de la Métairie, ayant fait partie de la ferme des Savies — l'ancien nom de Belleville — fut, le 16 juillet 1942, un lieu de rassemblement de centaines de juifs arrêtés dans le quartier par la police française.
La dislocation de la manifestation du 14 juillet 1944
C'est à cette hauteur de la rue de Belleville que se disloqua la manifestation organisée par le PCF à l'occasion du 14 juillet 1944, encadrée par deux compagnies FTP dirigées par Rino Scolari dit Frogé, Christian Chagneau dit Baudoin, et Pierre Kast du Front national des étudiants. C'est en s'y rendant qu'Yves Toudic, secrétaire général du Comité régional CGT du Bâtiment, fut assassiné rue Meslay par des membres des Brigades spéciales.
Les mairies de Belleville et Zéphirin Camélinat (nos 130 à 170)
Au 130, emplacement du siège de la Société des Amis de la Constitution, important club politique bellevillois créé en avril 1791. Au 137, demeure de Rémy Zéphirin Camélinat, ouvrier ciseleur sur bronze, un des fondateurs de l'Association Internationale des Travailleurs en France, membre de la Commune, nommé par elle directeur de la Monnaie ; il mourut ici le 5 mars 1932. Au 136, emplacement d'une ancienne mairie de Belleville, devenue mairie du 20ème arrondissement de 1860 à 1875, où se prépara sous l'impulsion de Flourens une première tentative d'instauration de la Commune le 21 janvier 1871, et où le Conseil de la Commune tint sa dernière séance le 25 mai 1871, avec Ranvier, Trinquet, Jourde, Ferré, Varlin, Vallès et Édouard Vaillant. Au 139, devant l'église St-Jean-Baptiste, se trouvait le terminus du funiculaire de Belleville, inauguré en 1891. Au 141, emplacement de la première mairie du village, de 1790 à 1847. Au 170, un couvent des Pères dominicains de Picpus où s'installa le premier siège de la Société des Amis de la Constitution, fondé le 14 avril 1791.
Prenez la rue Levert en aller-retour, puis, par la rue Olivier Métra et la rue des Fêtes, gagnez la place des Fêtes.
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Arrêt 12
Optionnel~12 min
Rue Levert, place des Fêtes et le Regard de la Lanterne
Jean Allemane caché, une batterie fédérée et l'eau des moines de Belleville
📍 Rue Levert, place des Fêtes et rue Compans, 19e-20e arr.
Rue des Fêtes, aux 11-13, un immeuble typique du goût pompier de la fin du XIXe siècle, construit en 1882. Place des Fêtes, une batterie de canons installée par les Fédérés le 26 mai 1871 tint en respect un certain temps les troupes versaillaises qui remontaient par la rue de Crimée.
Rue Levert — Jean Allemane et Albert de Mun
Au 25, demeure d'un ami de Jean Allemane, ouvrier typographe qui présida la légion du 5ème arrondissement pendant la Commune et fit remplacer la croix du Panthéon par un immense drapeau rouge. Il se cacha ici à la fin de la Semaine sanglante, mais y fut arrêté sur dénonciation le 28 mai, condamné aux travaux forcés à perpétuité et fit 7 ans de bagne en Nouvelle-Calédonie. Revenu après l'amnistie de 1879, il donna son nom à un courant réformiste, l'« allemanisme ». Au 11, Albert de Mun, arrière-petit-fils d'Helvétius, créa le 7 avril 1872 un cercle ouvrier catholique.
Jean Allemane Albert de Mun
Rue Compans — le Regard de la Lanterne
Au 5, le Regard de la Lanterne, ouvrage de tête de l'aqueduc de Belleville. Les eaux de Belleville étaient canalisées depuis 1220 par les moines de St-Martin-des-Champs. Le regard fut construit entre 1563 et 1613 ; c'est le plus élevé de la capitale, à 114 mètres d'altitude.
Par les rues Henri Ribière, des Bois, Émile Desvaux, Paul de Kock et de Romainville, gagnez le point culminant de Paris, rue du Télégraphe.
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Arrêt 13
★ Incontournable~12 min
Le Télégraphe — le toit de Paris
Le point culminant de la capitale et le berceau du télégraphe optique
📍 Rue du Télégraphe et rue de Romainville, 20e arr.
La rue du Télégraphe est l'ancien chemin de ronde du parc du château de Ménilmontant. C'est aussi le point culminant de Paris, à 128,508 mètres d'altitude ; une plaque l'indique à l'entrée du cimetière de Belleville. Rien d'étonnant donc à ce que Claude Chappe ait choisi ce lieu pour installer son « tachygraphe ». La population révolutionnaire de Belleville, très vigilante, détruisit dans un premier temps la tour qu'il avait fait édifier, pensant qu'elle pouvait servir à communiquer avec l'ennemi. Le premier essai de transmission par ce qui allait devenir le « télégraphe optique » fut finalement réalisé le 12 juillet 1793 entre ce point et St-Martin-du-Tertre, à 26 km de Paris. Le télégraphe de Chappe disparut en 1855, victime de la fée Électricité.
Rue de Romainville — l'imprimerie de Libération Nord
Au 18, imprimerie de Monsieur Racine, où était tiré clandestinement à partir de l'été 1943 le journal « Libération Nord », sous la responsabilité de Jean Texcier. Schulé était le linotypiste et Pierre Fortassier assurait les liaisons avec la Rédaction. Elle fut découverte et démantelée en avril 1944.
Passage du Monténégro — Mathurin Moreau
Au 15, demeure du sculpteur Mathurin Moreau. Au 238-240 de la rue de Belleville, station de métro Télégraphe, la plus profonde de la capitale à plus de 20 mètres, ouverte le 28 avril 1935.
Mathurin Moreau, « Sur la falaise »
Vers l’arrêt 14 →
Par les rues Carolus-Duran et Haxo, gagnez le n° 145 et la Villa des Otages — l'un des lieux les plus tragiques de la Commune.
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Arrêt 14
★ Incontournable~15 min
La rue Haxo et la Villa des Otages
La dernière réunion de la Commune, et l'exécution des otages du 26 mai
📍 Rue Haxo (nos 85 et 145) et rue du Borrégo, 20e arr.
Emplacement de la dernière réunion de la Commune, à deux pas des Fortifs surveillées par les Allemands Théophile dit Théo Ferré Ferdinand Gambon Constant Martin
La Villa des Otages (n° 85) et le mur du Borrégo
Au 85, la Villa des Otages, autrefois cité de Vincennes, dernier quartier général des Fédérés, auparavant celui des « Enfants perdus de la Commune », commandés par Émile Eudes. Ce fut le lieu de l'exécution des 50 otages, dont 36 gendarmes, 11 prêtres et 3 mouchards, amenés de la prison de la Roquette et fusillés le 26 mai 1871 par la foule exaspérée des massacres perpétrés par les troupes versaillaises. Les membres de la Commune présents, dont Eugène Varlin, Jules Vallès, Arthur Arnould, Zéphirin Camélinat, Louis-Fortuné Piat, André Alavoine et Auguste Serraillier, tentèrent en vain de s'opposer à leur exécution. Au 53 de la rue du Borrégo, le mur contre lequel furent fusillés ces 50 otages.
Au 2, un grand puits comblé noyé dans le lierre du jardin. Passages et rues des Tourelles conservent l'atmosphère du vieux village.
Vers l’arrêt 15 →
Redescendez la rue de Belleville, à droite, jusqu'aux derniers numéros hauts (256 à 299), avant de rejoindre le métro Porte des Lilas.
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Arrêt 15
★ Incontournable~12 min
Le haut de la rue de Belleville — fin du parcours
Communards cachés, cabarets disparus et la mémoire de l'Affiche rouge
📍 Rue de Belleville (nos 256 à 299) et métro Porte des Lilas, 19e-20e arr.
Au 299, emplacement de la cachette de Jules Martelet, membre de la Commune, chez Madame Cholière qui le cacha spontanément après les combats de la Semaine sanglante le 27 mai 1871 ; il parviendra avec son aide à se réfugier en Suisse. Au 256, une communauté de chrétiennes laïques travaillant en usine, fondée par Huguette Gamonet, s'installa entre 1954 et 1965. Au 296, emplacement du « Lac Saint-Fargeau », cabaret et lieu de réunions politiques où intervinrent Henri Rochefort, Léon Gambetta, Jules Ferry…
Jules Martelet avec sa famille Jules Ferry
Le Club des Démocrates de Belleville et Marcel Rayman
En 1848, le « Club des Démocrates de Belleville », fondé en avril, se réunissait au Coq Hardi, dans la Grand Rue ; ses membres prirent une part active aux journées de Juin. C'est dans une de ses planques, rue de Belleville, que Marcel Rayman, combattant du groupe Stalingrad des FTP-MOI, fut repéré par la BS2 de la préfecture de police en juillet 1943. Arrêté, il fut exécuté avec le groupe Manouchian au Mont Valérien. Sa photo figure sur « l'Affiche rouge ». Notre parcours s'achève au métro Porte des Lilas.
Marcel Rayman — l'Affiche rouge
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.