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Balade · 20e arr.

Quand la colère monte… à Ménilmontant

Barricades, coopératives ouvrières et planques de résistants : une plongée dans le vivier de la révolte populaire du 20ᵉ arrondissement.
📍 14 arrêts
🚶 ~7.5 km
⏱ ~3h30
📖 20e arr.
Quand la colère monte… à Ménilmontant

Ménilmontant sur la carte de Cassini

Nous partirons du métro Ménilmontant, sur le boulevard du même nom. Nous sommes une fois encore sur le tracé du mur des Fermiers généraux. Jusqu'en 1860, il marque les limites de la ville. Ménilmontant n'est alors qu'un village semi-campagnard, mais il va vite se peupler des nombreux ouvriers qui arrivent dans la capitale, trop pauvres pour loger dans les quartiers du centre en pleine restructuration haussmannienne. Comme à Belleville tout proche, cette importante population ouvrière va constituer pendant plus d'un siècle un des viviers de la révolte populaire.

Cette longue boucle à travers le 20ᵉ arrondissement suit les barricades de 1848 et de la Commune, les magasins et les salles de la Bellevilloise, les planques et les mémoires de la Résistance, sans oublier les passages villageois, les regards de l'aqueduc de Belleville et les curiosités qui font le charme de Ménilmontant.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~15 min

Boulevard et bas de la rue de Ménilmontant

Là où la colère monte : bouches de métro Art nouveau, salles de réunion et premières barricades.
📍 Boulevard de Ménilmontant / bas de la rue de Ménilmontant, 20ᵉ

Nous partons du métro Ménilmontant, sur le boulevard du même nom, une fois encore sur le tracé du mur des Fermiers généraux. Jusqu'en 1860, il marque les limites de la ville. Ménilmontant n'est alors qu'un village semi-campagnard, mais il va vite se peupler des nombreux ouvriers qui arrivent dans la capitale, trop pauvres pour loger dans les quartiers du centre en pleine restructuration haussmannienne. Comme à Belleville tout proche, cette importante population ouvrière va constituer pendant plus d'un siècle un des viviers de la révolte populaire.

Au 137 du boulevard, nous ne nous lasserons jamais d'admirer les bouches de métro style Art Nouveau conçues par Hector Guimard : celle-ci date de 1903.

138-140 boulevard de Ménilmontant — la salle Graffard

Emplacement de la salle Graffard, où la proposition de candidature d'Albert Theisz — un des premiers militants de l'Association Internationale des Travailleurs, ex-membre de la Commune nommé par elle directeur des Postes — est acclamée lors d'une réunion électorale de l'Alliance Socialiste Républicaine, le 4 janvier 1881, peu après son retour d'exil en Angleterre. Il ne se présentera pas malgré tout, sa santé étant déjà très dégradée, et mourra six jours plus tard.

Le 11 décembre de la même année, Prosper-Olivier Lissagaray donne dans cette même salle, pour financer un monument à sa mémoire, une conférence sur « l'Histoire du prolétariat dans nos révolutions ».

Rue de Ménilmontant (1 à 40) — barricades et Bellevilloise

Aux 1-2, façon d'illustrer notre introduction, la première chose que nous rencontrons dans cette rue — en imagination bien sûr — c'est une barricade, dite de la « chaussée de Ménilmontant ». Il faudrait dire « plusieurs barricades », puisque tant en juin 1848 qu'en mai 1871 de violents affrontements opposèrent ici les troupes de « l'Ordre » aux Insurgés : les « géants de 48 » dans le premier cas, les Communards dans le second.

Au 4 se trouvait l'entrée de la salle Graffard, aux armes de France ; des réunions politiques publiques s'y déroulaient à la fin du Second Empire, auxquelles participa Louise Michel. Au 27 eurent lieu cinq réunions politiques, à la même époque, dans une salle appelée « le Grand Pavillon de Ménilmontant ».

Du 28 au 40 se tenaient des « répartitions », c'est-à-dire des magasins mutuellistes, de la Bellevilloise, une coopérative ouvrière dont nous reparlerons plus loin. Au 28, c'était la « Maison de nouveautés » ; au 30, depuis 1920, « la Chope », une brasserie-restaurant où Maurice Thorez, candidat aux élections législatives de 1930, tenait sa permanence électorale — saccagée à ce titre par la police le 12 janvier ; au 34 un magasin d'alimentation créé en 1903 dont la devise, « chacun pour tous, tous pour chacun », était inscrite sur la façade ; et au 40 une boucherie-charcuterie-triperie de la même Bellevilloise, qui fonctionna de 1910 à 1934.

Vers l’arrêt 2 →
Vers l'arrêt 2 → Au 24 de la rue de Ménilmontant, nous pénétrons pour la traverser dans la cité du Labyrinthe, puis nous prenons à gauche la rue des Panoyaux.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~12 min

Autour de la cité du Labyrinthe

Petites rues de coopératives et de communards, entre les Panoyaux et Julien-Lacroix.
📍 Rues des Panoyaux, Delaître et Julien-Lacroix, 20ᵉ

Nous traversons la cité du Labyrinthe puis, de rue en rue, croisons les traces des militants ouvriers et des combattants de la Commune qui peuplaient ce quartier.

12 rue des Panoyaux

Demeure d'Émile Dutil, membre du Comité Central de la Garde nationale en 1871.

20 rue Delaître

Siège à partir de 1869 de la coopérative « l'Économie ouvrière », devenue « l'Union ouvrière » en 1872 ; l'une des premières coopératives de consommation du 20ᵉ arrondissement.

Rue Julien-Lacroix — Notre-Dame de la Croix

Au 2 bis, dans l'église Notre-Dame de la Croix, se réunissait pendant la Commune un club au public essentiellement féminin, animé entre autres par Paule Minck. Ce club vota le 24 mai 1871, pendant la Semaine sanglante, en faveur de l'exécution des otages détenus par la Commune.

Au 16, il y avait là un petit bois, voisin du passage Ronce disparu, où furent massacrés le 25 juin 1848 des hommes arrêtés sans armes, simplement parce que leurs mains sentaient la poudre. C'est aussi dans cette rue qu'Antoine Arnaud, dit Antoine Arnault, membre de la Commune élu par le 3ᵉ arrondissement, parvint le 28 mai 1871 à se réfugier chez sa sœur, qui le cacha jusqu'à ce qu'il puisse s'enfuir en Angleterre.

Vers l’arrêt 3 →
Vers l'arrêt 3 → Nous rejoignons la rue d'Eupatoria puis la rue de la Mare à droite, qui longeait autrefois le cours d'un ruisseau.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~12 min

Rue de la Mare et place de Ménilmontant

Le ruisseau enfoui, la Petite Ceinture et un épisode de la Libération.
📍 Rue de la Mare / place de Ménilmontant, 20ᵉ

La rue de la Mare longeait le cours du rû de Ménilmontant, un ruisseau qui descendait de Belleville et alimentait le Grand égout qu'il rejoignait vers l'actuelle place de la République. Elle nous conduit à une passerelle qui enjambe la ligne de chemin de fer de Petite ceinture : celle-ci émerge ici sur quelques dizaines de mètres entre le tunnel de la rue Sorbier et celui de Ménilmontant qui s'engouffre sous la rue des Couronnes. C'est ici que se trouvait autrefois la station Ménilmontant.

Au débouché de ce tunnel du côté des Buttes-Chaumont se déroula un épisode héroïque de la Libération de Paris. Le 23 août 1944, Peter Menden, un ouvrier métallurgiste allemand de Cologne, militant communiste et membre des FTP, permit la capture, malgré l'assassinat d'un premier parlementaire, d'un train de munitions allemand bloqué dans le souterrain.

36-38 rue de la Mare — le regard de la Roquette

Regard de la Roquette de l'aqueduc de Belleville, qui alimentait le couvent de la Roquette. Il avait été aménagé par Philippe Hurault de Cheverny en 1575, et fut restauré en 1812.

60 et 86 rue de la Mare

Au 60, magasin d'alimentation générale, de quincaillerie et d'articles de ménage de la Bellevilloise, créé en 1903. Au 86, le décor en mosaïque de cette ancienne poissonnerie mérite bien un petit crochet.

Vers l’arrêt 4 →
Vers l'arrêt 4 → Si l'on n'a pas pu couper par le passage du 38 rue de la Mare, on prend la rue des Savies, puis la rue des Cascades à droite.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~12 min

Rue des Cascades

Les regards de l'aqueduc de Belleville et le décor de « Casque d'or ».
📍 Rue des Cascades, 20ᵉ

La rue des Cascades aligne, comme un chapelet, les vestiges des eaux de Belleville — ces « regards » qui coiffaient les captages d'eau — et un décor de cinéma resté célèbre.

2 rue des Cascades — la pharmacie de la Bellevilloise

Pharmacie de la Solidarité mutuelle des coopérateurs, officine ne vendant qu'aux sociétaires de la Bellevilloise.

17 rue des Cascades — le regard des Messiers

Regard des Messiers, du nom d'une « dynastie » de gardes-champêtres qui officiaient en ce lieu sous l'Ancien Régime ; un autre regard de l'aqueduc de Belleville, datant d'avant 1457.

42 rue des Cascades — le regard Saint-Martin

Emplacement de la fontaine des Savies ; aujourd'hui regard Saint-Martin, du 14ᵉ siècle, qui alimentait — comme son nom l'indique — l'aqueduc amenant les eaux de Belleville au prieuré Saint-Martin-des-Champs.

44 rue des Cascades — la maison de Casque d'or

Jardin et maison de Casque d'or, où fut tournée la scène de la guinguette dans le film de Jacques Becker, avec Simone Signoret et Serge Réggiani, en 1952.

Vers l’arrêt 5 →
Vers l'arrêt 5 → Nous reprenons la rue de Ménilmontant à gauche, puis la rue Boyer, cœur de la Bellevilloise.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~15 min

La Bellevilloise — rue Boyer

Le siège de la grande coopérative ouvrière : 14 000 membres, un cinéma, une faucille et un marteau encore sur la façade.
📍 Rue Boyer / rue de Ménilmontant (94-103), 20ᵉ

Avant d'arriver rue Boyer, deux adresses annoncent déjà la puissance de la coopérative. Au 103 de la rue de Ménilmontant, la pharmacie de la Solidarité, appartenant à la mutuelle des coopérateurs de la Bellevilloise, ne vendait qu'à ses sociétaires. Au 94, siège social du Club athlétique socialiste de la Bellevilloise, fusion du Club athlétique socialiste de Ménilmontant et du Cercle sportif de la Bellevilloise ; un des premiers clubs sportifs ouvriers de la capitale, fondé en 1909.

19-21 rue Boyer — le siège de la Bellevilloise

Siège de la Bellevilloise, coopérative ouvrière fondée le 21 janvier 1877 par des ouvriers mécaniciens inspirés par le proudhonisme. Elle était conçue à la fois comme un lieu d'action sociale et d'activité syndicale et politique.

Elle compta jusqu'à 14 000 membres et tint 40 magasins qui leur étaient réservés ; les fameuses « répartitions » dont nous avons déjà croisé quelques établissements. Camille Langevin, mécanicien, ami d'Augustin Avrial, membre de l'Association Internationale des Travailleurs, ex-membre de la Commune, y travailla en 1905. Le Congrès socialiste de Paris, présidé par Louis Héliès, se tint dans la Salle Jean-Jaurès en août 1910.

La Bellevilloise devint « Maison du peuple » en 1910. Elle abritait plusieurs salles de réunions dont la salle Jaurès et la salle Babeuf, une bibliothèque, un café… et accueillait de multiples activités dont une université populaire. La Ligue du droit des femmes y organisa le 26 avril 1914 un scrutin en faveur du vote féminin. La première journée du congrès du Parti socialiste s'y déroula le 6 octobre 1918.

Le 24 mai 1924, elle passa sous la direction du PCF. La Section communiste du 20ᵉ arrondissement y décida, en présence d'Alfred Costes et de Pierre Sémard, la remise d'un drapeau de la Commune de Paris au Soviet de Moscou. Le 7ᵉ congrès du Parti communiste français s'y déroula à partir du 11 mars 1932, et la même année le groupe Octobre y donna plusieurs représentations. Le Rassemblement national populaire de Déat s'y installa pendant l'Occupation. Mais entre-temps, elle avait fait faillite en 1936, suite à la chute de la « Banque ouvrière et paysanne ».

23 rue Boyer — la Maroquinerie

La Maroquinerie est un ancien local de la Bellevilloise, transformé en usine de maroquinerie de 1946 à 1997. Elle abrite aujourd'hui une salle de spectacles et un café littéraire. Elle accueillait entre deux guerres le patronage de la Bellevilloise, l'Entente des pupilles communistes, l'Orphéon rouge… et fut fréquentée entre autres par le jeune Henri Krasucki.

25 rue Boyer — la salle Lénine

Le cinéma de la Bellevilloise, qui projetait les films soviétiques ; entre autres « le Cuirassé Potemkine » et « la Ligne générale » le 20 décembre 1934. L'association « Ciné Liberté » y présenta en avant-première « La Vie est à nous » de Jean Renoir le 7 avril 1936.

Sa façade est sans doute la seule à Paris à être encore ornée d'une faucille et d'un marteau. Il faut aller au cimetière de Saint-Denis pour trouver le même emblème sur la tombe de Pierre Degeyter, et à Bobigny pour voir un buste de Lénine dans le jardin d'une ancienne mairie. Étonnant que les « gommeurs » d'Histoire ne les aient pas encore fait supprimer !…

Vers l’arrêt 6 →
Vers l'arrêt 6 → Nous prenons la rue de la Bidassoa à droite, puis la rue Juillet en aller-retour.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~12 min

Bidassoa, Juillet et rue d'Annam

La solidarité mutuelle, l'arrestation du banquier Jecker et un panorama sur Paris.
📍 Rues de la Bidassoa, Juillet et d'Annam, 20ᵉ

Ce petit lacis de rues mêle l'entraide ouvrière — dispensaire, poste de secours — et les épisodes les plus durs de la Semaine sanglante, jusqu'à un escalier réputé pour sa vue.

4 rue Juillet — le dispensaire de la Solidarité

Emplacement du dispensaire de la Solidarité, créé en 1905 par la mutuelle des coopérateurs de la Bellevilloise. Danielle Casanova y pratiqua des soins dentaires de 1936 à 1939. Dans les années 1930, un poste de secours y était prévu chaque année à l'occasion de la commémoration de la Commune, en prévision des affrontements qui se produisaient systématiquement avec la police au cimetière du Père-Lachaise.

21 rue de la Bidassoa — la barricade de la rue des Partants

Barricade de la rue des Partants où fut arrêté, le 26 mai 1871, pendant les combats de la Semaine sanglante, le banquier Jecker, interpellé par Clavier, commissaire de police de la Commune, pour avoir joué un rôle déterminant dans le déclenchement de l'inique guerre du Mexique par « Napoléon le petit ».

Rue d'Annam — le panorama des conjurés

Ce chemin, gravi par un escalier, était réputé pour son panorama sur Paris. Fieschi, Pépin et Morey vinrent ici pour la préparation de l'attentat contre Louis-Philippe Ier qui eut lieu le 28 juillet 1835 sur le boulevard du Temple.

Rue Villiers-de-l'Isle-Adam

Au 12, c'est ici, sur la barricade de la rue des Partants, que Clavier arrêta Jecker. Au 30, on peut prendre le bien sympathique passage des Écoles en aller-retour, pour rejoindre au 10 de la rue Orfila le dernier atelier de passementerie de Paris, l'entreprise Verrier. Au 54, l'imprimerie de Monsieur Juvenel tira clandestinement pendant l'Occupation le journal « France d'abord », mais aussi quantité de faux papiers dont 36 000 fausses cartes d'identité, entre 1942 et 1944.

Vers l’arrêt 7 →
Vers l'arrêt 7 → Nous rejoignons la rue des Pyrénées en aller-retour à droite, puis à gauche, avant de gagner la rue du Retrait.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~15 min

Du Retrait à la barricade de Puebla

Maurice Chevalier, Action directe, Eugène Dabit et la plus célèbre photo de la Commune.
📍 Rues du Retrait, des Pyrénées et de Ménilmontant (haut), 20ᵉ

Ce tronçon remonte le haut de Ménilmontant, du souvenir de Maurice Chevalier à l'un des lieux les plus tragiques de la Semaine sanglante.

234 rue des Pyrénées — la planque d'Action directe

Planque de Jean-Marc Rouillan et Nathalie Ménigon, membres d'Action Directe, découverte par la police le 27 mars 1980.

29 rue du Retrait — la maison natale de Maurice Chevalier

Emplacement de la maison natale de Maurice Chevalier, qui vint au monde le 12 septembre 1888. Il oublia parfois un peu la France, surtout pendant l'Occupation ; mais cela ne l'empêchait pas de chanter « Ménilmuche ». Avec un peu de chance, nous pourrons couper par le passage du Ruisseau de Ménilmontant. Sinon, nous devrons continuer jusqu'au prochain carrefour.

104-119 rue de Ménilmontant — Eugène Dabit et les Goncourt

Au 104, demeure de Mme Toillard, la grand-tante d'Eugène Dabit, l'auteur du roman « Hôtel du Nord », dont Marcel Carné tirera un chef-d'œuvre cinématographique : c'est chez cette tante que Dabit entend dans son enfance les récits de la Commune qui inspireront son œuvre. Au 113, la cité de l'Ermitage, une cité ouvrière typique du 20ᵉ arrondissement. Au 119, les frères Edmond et Jules de Goncourt sont élevés à l'orphelinat de Saint-Vincent-de-Paul de 1822 à 1830. André Marty, meneur de la mutinerie des marins de la Mer Noire devenu dirigeant du Parti communiste français, habita la rue de Ménilmontant à une adresse qui nous reste inconnue.

268 rue de Ménilmontant — la barricade de la rue de Puebla

C'est à cette hauteur que se trouvait la barricade érigée pendant la Commune dans la rue de Puebla, à l'intersection de la rue de Ménilmontant. Elle a été immortalisée par une célèbre photo sur laquelle on reconnaît l'immeuble inchangé qui fait l'angle. L'affrontement y fut particulièrement violent : les Versaillais y abattirent froidement soixante Fédérés après les combats, le 28 mai 1871.

Vers l’arrêt 8 →
Vers l'arrêt 8 → Nous continuons dans la rue de Ménilmontant, puis prenons la rue de la Chine et le passage des Soupirs.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~15 min

Vers l'hôpital Tenon

Passages champêtres, université populaire et la maternité d'Édith Piaf.
📍 Passage des Soupirs, rues du Cambodge et de la Chine, 20ᵉ

Le quartier se fait plus villageois — passages secrets, puits cachés — avant de déboucher sur l'imposant hôpital Tenon, riche d'histoires populaires et scientifiques.

Passage des Soupirs

Un de ces sympathiques passages dont le 20ᵉ arrondissement a le secret. Au 13, un puits, dans ce jardin, ajoute à la note champêtre du lieu.

13 rue du Cambodge — l'université populaire La Semaille

Siège de l'université populaire « La Semaille », fondée en juillet 1900 par Philippe Landrieu, du Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire, avec Marcel Mauss. Elle compta jusqu'à 238 membres.

4 rue de la Chine — l'hôpital Tenon

Joseph Pleigneur, dit Manda, poignarde Leca sortant de Tenon avec Amélie Hélie ou Élie, dite Casque d'Or… Ce règlement de comptes entre apaches, survenu en 1902, donnera à Jacques Becker la matière de son chef-d'œuvre cinématographique. Édith Giovanna Gassion, la future Édith Piaf, naît prosaïquement à la maternité de l'hôpital Tenon le 19 décembre 1915, et non sur le trottoir de la rue de Ménilmontant comme le veut la légende. Nestor Ivanovitch Makhno, militant anarchiste ukrainien réfugié à Paris, meurt dans cet hôpital le 25 juillet 1934 ; il sera inhumé au columbarium du Père-Lachaise. Un service de traitement par le radium y est inauguré le 20 novembre 1922, et c'est également Tenon qui réussit la première fécondation in vitro aboutissant à la naissance de triplés, le 4 janvier 1985.

Vers l’arrêt 9 →
Vers l'arrêt 9 → Nous prenons l'avenue Gambetta à gauche, puis laissons à droite la rue Dupont-de-l'Eure.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~15 min

Avenue Gambetta et la Campagne à Paris

L'exécution du banquier Jecker, la Résistance des PTT et un havre de 89 pavillons.
📍 Avenue Gambetta / rues Étienne-Marey et Irénée-Blanc, 20ᵉ

Au 93 de l'avenue Gambetta, c'est approximativement ici, à l'angle des rues de la Chine et des Basses-Gâtines, qu'eut lieu l'exécution du banquier Jecker dont nous avons déjà parlé. Au 95, immeuble remarquable construit par l'architecte Bocage et décoré par le céramiste Alexandre Bigot. Au 119, demeure d'Émile Landrin, à l'ex-n° 257 de l'avenue de la République qui montait alors jusqu'ici : secrétaire-correspondant du second Bureau de l'Association Internationale des Travailleurs, blessé pendant la Semaine sanglante, il parvint à s'enfuir et se réfugia à Londres, avant d'habiter ici après l'amnistie et son retour d'exil en 1883.

20 rue Dupont-de-l'Eure — les Résistants des PTT

Lieu de réunion d'un groupe de Résistants des PTT constitué dès 1940 par Marcel Renaudin, Marie-Thérèse Fleury et Jean Bévillard. Ils s'étaient spécialisés dans la collecte d'armes et de renseignements, mais permettaient aussi à des familles juives de toucher des mandats venus de la zone Sud. Jean Bévillard et Marie-Thérèse Fleury furent arrêtés en 1942.

Rue Étienne-Marey — Hélène Vivet et Karl Schoënhaar

Au 4, demeure d'Hélène Vivet, voisine et amie de Karl Schoënhaar, agent de liaison des Bataillons de la Jeunesse ; arrêtée, elle fut déportée à Ravensbrück en 1942. Au 6, demeure de Karl Schoënhaar, réfugié allemand membre des Jeunesses Communistes ; son appartement servait depuis 1940 de dépôt d'armes et d'atelier de réparation, le concierge M. Leblois étant dans la confidence. Karl faisait partie des organisateurs des premiers attentats antinazis à Paris ; il sera fusillé au Mont Valérien en 1942.

Rue Irénée-Blanc — la Campagne à Paris

Nous pénétrons par les escaliers dans un superbe lotissement de 89 pavillons construits à partir de 1906 par la société « La campagne à Paris ». Prenons le temps de flâner quelques minutes, par la rue Jules-Siegfried, dans ce havre de paix à deux pas du périphérique.

Vers l’arrêt 10 →
Vers l'arrêt 10 → Nous gagnons, par les rues Pierre-Mouillard, du Capitaine-Ferber et Maurice-Berteaux, la rue Stanislas-Meunier et le boulevard Mortier.
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Arrêt 10
Optionnel ~15 min

Krasucki, les FTP et la seigneurie de Charonne

Résistance, barricades de la Libération et vestiges médiévaux vers le point culminant de Paris.
📍 Rue Stanislas-Meunier / boulevard Mortier / rue de la Justice, 20ᵉ

Ce détour vers l'est du quartier, plus résidentiel, concentre les mémoires de la Résistance et de la Libération, jusqu'aux traces de l'ancienne seigneurie de Charonne.

8 rue Stanislas-Meunier — Henri Krasucki

Demeure d'Henri Krasucki avec Paulette Sliwka. Sous le pseudonyme de Bertrand, il faisait alors partie de la section juive de la MOI. Sa mère habitait 31 rue Pelleport ; c'est suite à la filature de cette dernière par une brigade spéciale des renseignements généraux français qu'il fut arrêté ainsi que sa compagne le 23 mars 1943, et déporté à Auschwitz puis à Buchenwald.

67 boulevard Mortier — l'attaque de la colonne SS

Le 24 août 1944, le groupe FTP de Saint-Fargeau, commandé par Louvigny et auquel participe Peter Menden, un militant allemand, attaque une colonne de SS sur une barricade située à l'angle de la rue de la Justice. Louvigny est tué, et Menden grièvement blessé.

Rue de la Justice — le passage Boudin et les fourches patibulaires

Nous descendons par les escaliers. Au 22, le passage Boudin, ruelle pittoresque de l'Est parisien. Au 40, emplacement des « fourches patibulaires » de la seigneurie de Charonne.

36 rue du Groupe-Manouchian — l'Affiche rouge

Sur cet immeuble, une plaque commémore le placardage de « l'Affiche rouge » le 1er mars 1944. Elle a été apposée le 21 février 1999.

Rue Saint-Fargeau — le point culminant de Paris

Elle traverse l'ancien parc du château de Saint-Fargeau dont faisait partie la Butte Beauregard, à l'emplacement de l'actuel cimetière de Belleville ; le point culminant de la capitale à 128,508 mètres d'altitude. C'est logiquement là que Claude Chappe installe son télégraphe pour établir la première transmission avec un autre poste situé à Saint-Martin-du-Tertre. Nous sommes le 12 juillet 1793, et la population du voisinage va dans un premier temps détruire son installation, pensant qu'il tente de faire des signaux à un quelconque ennemi de la Nation. Plus loin, au 128 de la rue Pelleport, se trouvait l'entrée du château de Ménilmontant, appartenant à la famille de Saint-Fargeau.

Vers l’arrêt 11 →
Vers l'arrêt 11 → Nous redescendons la rue de Ménilmontant vers le square et la Maison des saint-simoniens.
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Arrêt 11
★ Incontournable ~12 min

Le square de Ménilmontant et les Saint-simoniens

Rousseau renversé par un chien, une maison de santé et une communauté monacale d'utopistes.
📍 Rue de Ménilmontant (haut) / square de Ménilmontant, 20ᵉ

C'est en descendant cette rue au retour d'une promenade que Jean-Jacques Rousseau est renversé par un chien le 24 octobre 1776 ; épisode qu'il raconte dans la seconde de ses « Rêveries du promeneur solitaire ». Au 147, nous pénétrons dans le square de Ménilmontant.

145 rue de Ménilmontant — la Maison des saint-simoniens

Le bâtiment que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de « Maison des saint-simoniens » fut d'abord une maison de santé ouverte en 1826 par le docteur Philippe Pinel, médecin aliéniste réputé pour avoir libéré les « fous » de leurs chaînes à l'hôpital de la Salpêtrière. On a, dans cette histoire comme c'est souvent le cas, quelque peu oublié le rôle du surveillant Jean-Baptiste Pussin, dont les pratiques novatrices furent à l'origine de cette sage disposition.

Mais revenons aux Saint-simoniens. Trahissant largement la pensée de leur inspirateur, le philosophe Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon — un de ces « socialistes utopiques » du début du 19ᵉ siècle —, les « pères » Prosper Enfantin et Saint-Amand Bazard créèrent ici le 6 juin 1832 une communauté exclusivement masculine de 40 « fils », menant une vie d'inspiration monacale, vœu de chasteté excepté… Parmi eux, de futurs maîtres de l'industrie et de la finance : Michel Chevalier, Olinde Rodrigues, Ferdinand de Lesseps, les frères Émile et Isaac Pereire… Dès le mois d'août suivant, la secte fut fermée par la police ; Enfantin et Chevalier condamnés à 1 an de prison pour atteinte aux bonnes mœurs.

Vers l’arrêt 12 →
Vers l'arrêt 12 → Nous ressortons du square par le passage des Saint-simoniens, puis prenons la rue Pixérécourt à droite et la rue de la Duée.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~15 min

Pixérécourt, la Duée et les passages villageois

Néo-malthusiens, dernier vignoble de Belleville et la voie la plus étroite de Paris.
📍 Rues Pixérécourt, de la Duée et de l'Ermitage, 20ᵉ

Ce dédale de rues et de passages, le plus champêtre de la balade, mêle avant-gardes militantes et souvenirs de la campagne de Belleville — vignes, folies, puits comblés.

27 rue de la Duée — la Ligue de la Régénération humaine

Siège, entre 1902 et 1908, de la Ligue de la Régénération Humaine, organisation néo-malthusienne fondée par Paul Robin en 1896. Siège également, par la suite, de la revue « Génération consciente », fondée par Eugène Humbert, à laquelle collabora Sébastien Faure ; revue bimensuelle d'étude sur la question de la procréation.

Passage de la Duée

Il date de 1877. Il était réputé, il y a quelques années encore, être la voie la plus étroite de Paris : il faisait alors 65 mètres de long et 60 centimètres de large.

Rue Pixérécourt (32 à 86) — le dernier vignoble et une folie

Au 32, encore une répartition de la Bellevilloise ; un magasin d'alimentation, de boucherie-charcuterie et d'articles de ménage créé en 1894. Au 75, encore un vieux puits mitoyen comblé dans la cour. Au 80 se trouvait le « Clos de Belleville », le dernier vignoble du secteur, disparu en 1904. Au 86, une belle « folie », typique des maisons de campagne de la fin du 18ᵉ siècle — les folies n'étant pas forcément des endroits où l'on en faisait, mais des pavillons entourés de « feuillages ».

Rue des Rigoles — la planque de Maxime Lisbonne

Dans cette rue se trouvait la maison de la famille d'un garde national qui hébergea Maxime Lisbonne, « le d'Artagnan de la Commune », blessé sur la barricade du Château d'Eau le 25 mai 1871. Il se fit prendre un peu plus tard, en tentant de sortir de Paris par la porte des Lilas, lors d'un contrôle des Prussiens qui le livrèrent aux Versaillais. Ces derniers ignorèrent d'abord son identité, jusqu'à ce qu'un autre blessé qui l'avait reconnu le trahisse involontairement en le saluant par son nom.

Cité Leroy et Villa de l'Ermitage

La cité Leroy, en aller-retour, offre un petit coin de campagne à Paris. La villa de l'Ermitage est un passage typique à la limite de Belleville et de Ménilmontant, ouvert en 1812.

Vers l’arrêt 13 →
Vers l'arrêt 13 → Nous rejoignons, par la rue des Cascades, la rue des Couronnes.
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Arrêt 13
★ Incontournable ~15 min

Rue des Couronnes et les passages de Belleville

L'arrestation de Cartouche, les Blanquistes, Émile Henry et les « montagnes russes ».
📍 Rue des Couronnes / villas Castel et Faucheur, 20ᵉ

Au 45 de la rue des Couronnes, emplacement du cabaret du Pistolet, tenu par un certain Savard, où aurait été arrêté Louis Dominique Cartouche le 14 octobre 1721 par les policiers Cortade de Bernac et Duchatelet, sur dénonciation de Gruthus ; une balance, comme on dirait aujourd'hui. C'est dans cette rue que se rassemblèrent le 21 janvier 1871 les Blanquistes qui, dirigés par Henri Place dit Verlet, Amilcare Cipriani, Théo Fisher, Gilbert Lavalette et Greffier, se préparaient à attaquer la prison de Mazas pour délivrer Gustave Flourens et Henry Bauër, incarcérés suite à la manifestation qui avait envahi l'Hôtel de Ville le 31 octobre 1870 pour réclamer la poursuite de la guerre contre la Prusse. C'est également rue des Couronnes que fut créée en janvier 1908 la coopérative de production « Les Abeilles », sous la houlette de la Fédération des travailleurs de l'habillement.

Villa Castel

Passage typique du 20ᵉ arrondissement, que nous empruntons à hauteur du 81 de la rue des Couronnes.

9 rue du Transvaal et 11 rue des Envierges

Au 9 de la rue du Transvaal, siège de la « Lutte de classe », revue théorique de la Ligue Communiste. Au 11 de la rue des Envierges, siège de la revue trotskyste « La Vérité » en 1932.

48 Villa Faucheur — la planque d'Émile Henry

Planque du militant anarchiste Émile Henry. C'est ici qu'il prépara l'attentat à la bombe du 12 février 1894 à l'hôtel Terminus de la gare Saint-Lazare.

32 rue Piat — Fernand Raynaud et Albert Ouzoulias

Demeure en 1947 de l'humoriste Fernand Raynaud, auteur de sketchs qui ont laissé de nombreuses expressions populaires, telles que « y a comme un défaut » ou « dis tonton, pourquoi tu tousses »… Albert Ouzoulias, dirigeant des Bataillons de la Jeunesse au sein des FTP, eut dans cette rue une des nombreuses planques où il vécut pendant l'Occupation avec Cécile et sa mère, Edwige. Malgré toutes les précautions, il échappa de peu ici à une arrestation, le 23 février 1942, suite à un stupide concours de circonstances.

Vers l’arrêt 14 →
Vers l'arrêt 14 → Par l'allée du Père-Julien-Dhuit, nous pénétrons dans le parc de Belleville, puis en ressortons par la rue Julien-Lacroix vers le bas de Belleville.
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Arrêt 14
★ Incontournable ~15 min

Parc de Belleville et retour vers Belleville

Comité central de la Garde nationale, montagnes russes et la victoire coloniale de Pali-Kao, jusqu'au métro Ménilmontant.
📍 Parc de Belleville / rues Vilin, Bisson et de Ménilmontant, 20ᵉ

Nous pénétrons dans le parc de Belleville, puis en ressortons par la rue Julien-Lacroix. Ce dernier tronçon, qui redescend vers le boulevard de Belleville, referme la boucle sur les mémoires ouvrières, insurrectionnelles et populaires du quartier.

50 rue Vilin et 5 rue du Pressoir — le Comité central de la Garde nationale

Au 50 de la rue Vilin, demeure d'Adolphe Bouit, membre du Comité Central de la Garde nationale en 1871, dans ce qui était alors le passage Dubois. Au 5 de la rue du Pressoir, demeure de Louis Charles Maljournal, membre du Comité Central de la Garde nationale en 1871, dans ce qui était alors l'impasse Célestin.

10-12 rue Bisson — les « montagnes russes »

Emplacement des « Montagnes de Belleville », dites « de Santé », créées en 1817 par Jean-François Rozet ; une attraction introduite en France par les cosaques en 1815, qui devait pour cette raison prendre par la suite le nom de « montagnes russes ».

Rue de Pali-Kao — une victoire coloniale

Elle célèbre une victoire de l'impérialisme français, remportée en Chine le 21 septembre 1860 sous Napoléon-Badinguet, par le général Cousin-Montauban qui fut nommé pour cet exploit comte de Pali-Kao. Les Chinois ont gardé un souvenir ému de ce contact avec la France : ils montrent encore à certains visiteurs du Palais impérial de Pékin des jarres dont l'or a été gratté par nos glorieuses troupes lors de son pillage. Le palais d'Été avait, lui, été totalement détruit…

37 bis rue des Maronites — Kateb Yacine

Emplacement d'une association culturelle berbère, un des lieux de prédilection de l'écrivain militant Kateb Yacine à la fin des années 60. Nous rejoignons ensuite le boulevard de Belleville à gauche, puis le métro Ménilmontant : fin de notre parcours.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.