De la place du Panthéon à la place Maubert, deux mille ans de savoir et de révolte le long des vieilles voies romaines de la rive gauche.
📍 14 arrêts
🚶 ~3.2 km
⏱ ~3h30
📖 5e arr.
Pour cette seconde balade dans le Quartier Latin, nous partirons de la place du Panthéon, cœur de la Montagne Sainte-Geneviève. De là, nous descendrons vers la rue Saint-Jacques, la place de la Sorbonne et le boulevard Saint-Michel, avant de rejoindre le Collège de France et la place Maubert.
Ce parcours suit la géographie du savoir et de la contestation : collèges médiévaux, imprimeries pionnières, cafés littéraires, clubs révolutionnaires, barricades de 1848, de la Commune et de Mai 68. Chaque rue superpose ici les strates : vestiges gallo-romains, enceinte de Philippe Auguste, poètes et savants, insurgés et fusillés.
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Arrêt 1
★ Incontournable~15 min
La place du Panthéon
Le grand carrefour des rassemblements contestataires et des luttes révolutionnaires.
📍 Place du Panthéon, 5e arr.
La place du Panthéon fut traditionnellement un lieu de rassemblements contestataires et de luttes révolutionnaires. Le 21 décembre 1830, une émeute s'y déclenche contre la légèreté des peines infligées aux ministres de Charles X. En 1848, c'est là que se réunissent les « Réformistes » de la rive gauche. Au petit matin du 22 février se forme une manifestation d'étudiants réclamant le maintien des cours d'Edgar Quinet et de Jules Michelet au Collège de France, supprimés par Guizot. Ils rejoignent la place de la Madeleine, renforçant les rangs de l'insurrection qui éclatera un peu plus tard.
C'est sur cette place qu'est distribuée la paye des Ateliers nationaux, qui en fait le lieu de rassemblement des ouvriers parisiens. Le 22 juin 1848, Pujol, Pardigon et 56 délégués de l'arrondissement entraînent les ouvriers de ces ateliers vers le faubourg Saint-Antoine : c'est le début de l'insurrection de Juin. Les premières barricades se dressent rue Saint-Jacques. Le 24, de violents combats se déroulent sur une barricade barrant la rue d'Ulm, commandée par l'ouvrier ciseleur Raguinard. L'assaut est donné au Panthéon, où se sont réfugiés des insurgés, dont les portes sont brisées à coups de canons.
En 1870, pendant le Siège de Paris, douze bureaux d'enrôlement dans la Garde nationale sont installés sur la place. Pendant la Semaine sanglante, tous ses défenseurs, environ 700 Fédérés, seront massacrés.
La bibliothèque Sainte-Geneviève, construite sur l'emplacement du collège de Montaigu, hérita des quelque 300 000 ouvrages du fonds de l'abbaye Sainte-Geneviève, un des plus importants d'Europe à l'époque. Son architecture remarquable date du milieu du XIXe siècle.
Dans les locaux de l'École de Droit se tinrent, en 1790, les réunions d'un club révolutionnaire. Un autre s'en empara pendant la Révolution de 1848. S'y installa également le Club démocratique-socialiste du 5e arrondissement à la fin du Second Empire, en 1870. Il devint le « Club de la Révolution » pendant la Commune.
Hôtel des Grands Hommes. En mai-juin 1919, André Breton y rédige, en collaboration avec Philippe Soupault, les « Champs magnétiques ». Ils appliquent le principe de l'écriture automatique. Breton fait partir de cette expérience la naissance du mouvement surréaliste. Il y rencontre Paul Éluard pour la première fois et y reçoit Aragon, Benjamin Péret, Jean Paulhan… C'est dans cet hôtel que se trouve la chambre de Belmondo dans le film de Godard « À bout de souffle », tourné en 1960.
Face au Panthéon, dont nous avons évoqué l'histoire lors de la balade précédente, « La Montagne Sainte-Geneviève, colline du savoir et de la contestation », engagez-vous derrière le monument par la rue Clotaire pour gagner la place de l'Estrapade.
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Arrêt 2
★ Incontournable~10 min
Le Panthéon et la place de l'Estrapade
Un ancien lieu de supplices, aujourd'hui placette paisible derrière le Panthéon.
📍 Place de l'Estrapade, 5e arr.
Le Panthéon, nous l'avons évoqué lors de notre arrivée sur cette place à la fin de notre précédente balade, intitulée « La Montagne Sainte-Geneviève, colline du savoir et de la contestation », à laquelle vous pouvez vous reporter.
Nous gagnons ensuite, par la rue Clotaire, la place de l'Estrapade. Autrefois appelée carrefour de Braque, elle fut sous Louis XIV, de 1680 à 1687, un lieu de supplices où les soldats déserteurs subissaient l'estrapade : on leur brisait les articulations en les jetant du haut d'un mât, les mains liées dans le dos. Cette placette fut, à partir de 1778, le siège du bureau central des Falots, qui louait aux promeneurs nocturnes des porteurs de lampes chargés de les éclairer dans leurs déplacements.
Emplacement de la pension Levêque et Bailly où Charles Baudelaire fut placé, le 2 novembre 1839, par son beau-père le général Aupick, après avoir été renvoyé du lycée Louis-le-Grand. Le jeune poète feignit d'y préparer l'École des Chartes.
Vers l’arrêt 3 →
Quittez la place par la rue des Fossés-Saint-Jacques, qui rejoint la rue Saint-Jacques.
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Arrêt 3
★ Incontournable~12 min
Rue des Fossés-Saint-Jacques et rue Malebranche
Savants, poètes et libres penseurs au fil de deux rues discrètes.
📍 Rue des Fossés-Saint-Jacques et rue Malebranche, 5e arr.
La rue des Fossés-Saint-Jacques aligne des demeures et des sièges de revues qui racontent un siècle d'intelligence et d'engagement, de la physique à la libre pensée, de la poésie au tract clandestin.
Fossés-Saint-Jacques, 22 — André-Marie Ampère
Emplacement de la demeure d'André-Marie Ampère, physicien qui étudia l'électromagnétisme et inventa le galvanomètre. Il a laissé son nom à l'unité d'intensité du courant électrique.
André-Marie Ampère
Fossés-Saint-Jacques, 19 — Les Cahiers de la Quinzaine
Fossés-Saint-Jacques, 12, 10, 9 et 1 — Mousquetaires, Libre Pensée et Verlaine
Au 12, Alexandre Dumas père situe la demeure des Trois Mousquetaires — Athos, Porthos et Aramis, d'Artagnan ne les ayant pas encore rejoints — dans son roman écrit en 1844. Au 10, siège de la Fédération nationale de la Libre Pensée, animée au début du XXe siècle par Ferdinand Buisson, qui fit adopter la loi de séparation de l'Église et de l'État le 9 décembre 1905. Au 9, demeure de Paul Verlaine, où il emménage avec Eugénie Krantz, dite Nini-Mouton, le 12 mars 1892. Au 1, siège de la Vieille Taupe, puis de la revue « Tankonala Santé », journal contestataire édité par le docteur Jean Carpentier, auteur du tract « Apprenons à faire l'amour » distribué à la porte des lycées en 1973. À l'angle de la rue Saint-Jacques, on voit que les lettres « St » ont été grattées en 1793.
C'est dans cette rue que se trouvait la demeure d'Urbain Le Verrier, astronome qui situa en 1846, par des calculs sur la déviation de la trajectoire d'Uranus, la position de la planète Neptune, effectivement découverte un mois plus tard.
Urbain Le Verrier
Vers l’arrêt 4 →
Rejoignez la rue Saint-Jacques et descendez-la vers le sud, en direction de la porte médiévale.
4
Arrêt 4
★ Incontournable~20 min
La rue Saint-Jacques
La grande voie romaine du sud, jalonnée d'une porte médiévale, de cabarets de poètes et de cours secrètes.
📍 Rue Saint-Jacques, 5e arr.
La rue Saint-Jacques, ancienne voie romaine du cardo, fut l'une des artères majeures de la rive gauche. On y remonte le temps de porte en enseigne : l'enceinte de Philippe Auguste, les marchands d'art, les cabarets où buvaient Villon puis Verlaine et Rimbaud, et de belles cours pavées cachées derrière les façades.
172 — Porte Saint-Jacques de l'enceinte de Philippe Auguste
Porte Saint-Jacques de l'enceinte de Philippe Auguste (plaque), construite en 1213. Sept bourgeois pris au hasard parmi 28 y sont pendus en représailles d'une insurrection contre la dévaluation de 1306. C'est par cette porte que rentrent dans Paris les troupes royales venues chasser les occupants anglais le 13 avril 1436. Henri IV tente de la prendre d'assaut lors du premier siège de la ville, le 1er novembre 1589.
Au 174, première papeterie de Jean Durand-Ruel père, où il expose des tableaux dès 1833 ; son fils prendra la relève. Au 176, café Prosper Pelletier, « Académie d'Absomphe » (absinthe) fréquentée par Verlaine et Rimbaud.
167, 175 et 187 — Numérotation d'Empire et cours remarquables
Au 167, numérotation en noir sur fond jaune, prescrite par le préfet Frochot sous le 1er Empire, en 1805. Au 175, succession de cours remarquables, avec un vieux puits dans la seconde. Au 187, cour remarquable : imprimerie d'art réputée de Jean-Charles Rémond en 1880, siège de la Société psychanalytique de Paris, et demeure de Paul Verlaine, où il invite Eugénie Krantz à le rejoindre en décembre 1893.
Empruntez la rue Royer-Collard, qui monte vers l'ouest en direction du boulevard Saint-Michel.
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Arrêt 5
★ Incontournable~15 min
Rues Royer-Collard, Le Goff et alentours
Balzac, Freud, Zola, Sartre : un dédale de rues où la littérature côtoie la science et où Mai 68 dresse sa première barricade.
📍 Rues Royer-Collard, impasse Royer-Collard et rue Le Goff, 5e arr.
À l'ex-numéro 14 de la rue Royer-Collard se trouvait l'hôtel Royer-Collard où Paul Verlaine organisait ses « mercredis littéraires » à partir de mars 1888. La rue conserve de beaux témoignages du passé : au 2, une boutique ancienne à l'enseigne de la Ferme de Villiers, décorée par Moulgin de panneaux peints sur verre ; au 4, un hôtel remarquable du XVIIIe siècle avec porte cochère et cour pavée ; au 5, un puits traversant une carrière en sous-sol ; au 15, la maison Thuillier, rue Saint-Dominique d'Enfer, où Balzac centre le récit des « Petits Bourgeois ».
Impasse Royer-Collard, 5 et 7 — Freud et Zola
Au 5, hôtel de la Paix où descend Sigmund Freud lors de son premier séjour à Paris, en 1885. Au 7, emplacement de la demeure d'Émile Zola en 1862, dans ce qui était alors le cul-de-sac Saint-Dominique.
Sigmund Freud
Rue Le Goff, 10 et 1 — Freud, Sartre et Mai 68
Au 10, hôtel du Brésil : séjour de Sigmund Freud, venu à Paris pour suivre les cours de Charcot à la Salpêtrière, en 1885 et 1886. Au 1, maison d'enfance de Jean-Paul Sartre, au 6e étage sur rue, à partir de 1920. C'est dans cette rue qu'est construite la première barricade, au soir du 10 mai 1968.
Jean-Paul Sartre enfant
Vers l’arrêt 6 →
Rejoignez la rue Soufflot, qui redescend du Panthéon vers le boulevard Saint-Michel.
6
Arrêt 6
★ Incontournable~20 min
La rue Soufflot
Sous la rue, le Forum de Lutèce ; à sa surface, les barricades du Panthéon et un siècle d'écrivains et de savants.
📍 Rue Soufflot, 5e arr.
Le Forum de Lutèce recouvrait tout le bas de cette voie jusqu'à la rue Saint-Jacques. Un temple dédié à Jupiter était situé à la hauteur du n° 24. Incendié lors de la répression des partisans d'Albinus par Septime Sévère en 197 de notre ère, il fut fortifié contre les invasions franques en 276, et ses vestiges restèrent visibles en surface jusqu'au Moyen Âge. La seule trace qu'aient épargnée les vandales modernes en truffant le sous-sol de parkings est un minuscule morceau du mur extérieur ouest, sous le boulevard Saint-Michel. Ces nouveaux envahisseurs ont éradiqué par la même occasion jusqu'à la dernière pierre de l'enceinte de Philippe Auguste dans ce secteur.
En février 1848, des combats eurent lieu rue Soufflot. Le 23 juin à nouveau, une barricade dite du Panthéon fut dressée face à celui-ci ; François Arago participait activement à la répression dirigée par le général Damesme. Au bas de la rue se situait l'une des trois barricades défendant le Panthéon sous la Commune : de violents affrontements s'y déroulèrent le 24 mai 1871, auxquels participèrent Eugène Varlin et Maxime Lisbonne. 400 Fédérés y furent fusillés.
Au 26, café « Capoulade », ancienne « taverne du Panthéon », fréquenté par les écrivains du Mercure de France ; André Gide y situe les banquets des Argonautes dans « Les Faux-monnayeurs », écrit en 1925. Au 24, demeure du physiologiste Alfred Vulpian, qui travaillait avec Charcot dans le service de neurologie dirigé par ce dernier.
Alfred Vulpian
Angle rue Victor-Cousin — Le Parlouer aux Bourgeois
Se tenait là le « Parlouer aux Bourgeois », dépendance du couvent des Jacobins s'appuyant sur l'enceinte de Philippe Auguste, où siégeait sous Philippe le Bel l'administration de Paris, jusqu'alors située sur la rive droite près du débouché du Pont au Change, place du Châtelet.
Le Parlouer aux Bourgeois
20, 14 et 11 — Vallès, couvent des Jacobins, Zola
Au 20, demeure de Jules Vallez, dit Jules Vallès, en 1885, juste avant sa mort. Au 14, emplacement du couvent de Saint-Jacques, maison mère de l'ordre des dominicains, d'où le nom de « Jacobins », construit sous Philippe Auguste en 1217 ; Albert le Grand et Thomas d'Aquin y enseignèrent, il fut fermé en 1790. Au 11, demeure d'Émile Zola en 1861-1862.
Jules Vallès Le couvent des dominicains, dits les jacobins — le plan de son implantation Émile Zola
6 — Martin Nadaud
Demeure de Martin Nadaud, ouvrier maçon creusois qui constitua, en 1846, la Société des maçons avec Bouyer, Cohadon et 83 associés : une des plus grosses coopératives de maçons de l'époque. Il sera député en 1848.
Martin Nadaud
Vers l’arrêt 7 →
Revenez vers la place du Panthéon, tournez à gauche et passez devant l'École de Droit pour rejoindre la rue Cujas.
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Arrêt 7
★ Incontournable~18 min
La rue Cujas
Ancienne voie romaine des collèges disparus, des Hydropathes et des clubs révolutionnaires.
📍 Rue Cujas, 5e arr.
C'est une ancienne voie romaine. Elle s'appela d'abord rue Coupe-Gueule — François Villon y avait ses quartiers — puis rue des Grès. Un club révolutionnaire très radical, le Club populaire de la Sorbonne, s'y réunit pendant la révolution de 1848. Elle fut le théâtre de violents combats pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871, où des Fédérés furent massacrés.
4, 5 et 11 — Collège des Cholets, Saint-Étienne-des-Grès, Bichat
Au 4, emplacement du collège des Cholets, de 1292 à 1763. Au 5, emplacement de l'église Saint-Étienne-des-Grès, déformation de Saint-Étienne-des-« Grecs », fondée par saint Denis. Au 11, local où Xavier Bichat, fondateur de l'histologie moderne, enseigna l'anatomie à partir de 1794.
Le collège des Cholets Xavier Bichat
16-18 — Collège de Cluny et le Sacre de David
Emplacement du collège de Cluny, fondé par l'abbé Antoine de Vergy en 1261. On peut voir, dans le salon de l'hôtel des 3 Collèges, le quart de la margelle d'un puits profond de 22 m qui se trouvait dans la cour et atteint encore la nappe d'eau. C'est dans un atelier situé dans les ruines de cet ancien collège que David peint son Sacre de Napoléon, de 1805 à 1807.
20 et 22 — Cabaret Gipsy, Société des Amis du peuple
Au 20, à l'emplacement du Studio Cujas se tenait le restaurant « Aux dernières cartouches », devenu le cabaret Gipsy où se produisirent entre autres Fréhel et Édith Piaf. Au 22, siège de la « Société des Amis du peuple », rue des Grès, dans le café Musain. Elle servit de modèle à Victor Hugo pour sa société des « Amis de l'ABC » dans « Les Misérables ». Société secrète peut-être à l'origine de l'apparition du drapeau rouge lors de l'enterrement du général Lamarque, occasion de l'insurrection du 5 juin 1832.
Le « Boul'Mich » sur l'ancienne rue d'Enfer : de la porte médiévale à Courbet, de la Résistance à Mai 68.
📍 Boulevard Saint-Michel, 5e arr.
Le boulevard Saint-Michel suit approximativement le trajet d'une ancienne voie romaine, la Via Inferior qui, par déformation, devint la rue d'Enfer jusqu'à la rue Monsieur-le-Prince. Au 56 se trouvait la porte Gibard — ou Gibart, Gilbert, d'Enfer, Saint-Michel… — de l'enceinte de Philippe Auguste, puis de Charles V, de 1213 à 1685.
C'est dans ces parages que se trouvait le premier atelier parisien de Gustave Courbet, au 89 rue de la Harpe, à l'angle de la rue Monsieur-le-Prince. C'est l'époque où il se lie d'amitié avec Pierre-Joseph Proudhon, en 1842. À peu près au même endroit, ex-90 rue de la Harpe, se trouvait en 1848 l'imprimerie du journal « Le Salut public », créé par Jules Husson-Fleury, dit Champfleury, qui ne connut que deux numéros ; y participèrent Charles Toubin, Baudelaire et Courbet, qui en dessina le frontispice.
Sur ce fameux Boul'Mich se déroula le premier affrontement entre étudiants et soldats allemands, le 3 novembre 1940. Il fut aussi l'un des principaux axes de la contestation en Mai 1968, voyant se dresser des barricades dès le 6 mai. Des bagarres y éclatèrent à nouveau, après la dissolution de la Gauche prolétarienne, le 27 mai 1970.
Faites l'aller-retour par la place de la Sorbonne, qui s'ouvre à l'est du boulevard.
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Arrêt 9
★ Incontournable~25 min
Place de la Sorbonne et la Sorbonne
Baudelaire, Balzac et Courbet sur la place ; huit siècles de savoir, d'imprimerie et de révolte dans le collège de Robert de Sorbon.
📍 Place de la Sorbonne et rue de la Sorbonne, 5e arr.
C'est sur la place de la Sorbonne que se trouvait la salle de l'Athénée, où les saint-simoniens tenaient des conférences en 1832 ; c'est également dans cette salle, ou peut-être 21 rue du Vieux-Colombier, que Gustave Courbet lut sa « Lettre ouverte à l'armée et aux artistes allemands », tentative de stopper la guerre, le 20 octobre 1870.
Au n° 3 se trouvait la chambre de Louis Ménard, où se réunissaient Baudelaire et ses condisciples du lycée Louis-le-Grand en 1837. Le café-restaurant « L'Écritoire » est une ancienne librairie : Baudelaire y présenta ses « Fleurs du Mal » en 1857 ; elle fut le premier siège du Crapouillot, ainsi que le siège social de Lamartine sous le Second Empire. Au n° 8, Flicoteaux, restaurant bon marché fréquenté par les étudiants des années 1830, dont parle Dumas dans les « Mohicans de Paris » ; Balzac y fait souper Lucien de Rubempré dans ses « Illusions perdues », et Musset y emmène dîner les héros de « Mademoiselle Mimi Pinson », écrit en 1845. Il est remplacé par le café d'Harcourt, où se déroule le 18 mai 1896 un fameux repas pour fêter le premier numéro de la revue « Le Centaure », avec Paul Valéry, Colette, Willy, Marcel Schwob, Debussy, Alfred Vallette, Rachilde…
La Sorbonne — le collège et la première imprimerie de Paris
C'est ici que Robert de Sorbon créa en septembre 1257, pour des étudiants en théologie, le collège de Calvy, bientôt appelé la « Petite Sorbonne » — on en voit encore le plan sur le pavage de la cour d'Honneur. C'est là que s'établit la première imprimerie de Paris, créée par des typographes allemands : Jean Heynlein, Guillaume Fichet, Friburger, Gering, Krantz, Colmar. Le premier livre imprimé, en 1470, fut les « Lettres de Gasparin de Bergame ». Mais c'est là aussi que fut publié le premier « index » des livres prohibés, sous François Ier, le 19 août 1544.
C'est dans son amphithéâtre que fut ouverte, d'octobre 1794 à 1795, la première École Normale, dirigée par Joseph Lakanal et Alexandre Deleyre, avec pour enseignants Lagrange, Berthollet, Daubenton, Haüy, Monge, Sicard, Thouin et Hallé. En mars 1848, ce même grand amphithéâtre fut le siège du Club révolutionnaire du 2 Mars, et Martin Nadaud y organisa quelques jours plus tard une réunion des Creusois de Paris pour désigner leur candidat aux élections.
Une tribune de premières fois — Pape-Carpentier, les Lumière, Marie Curie
La première femme à y prendre la parole, en 1867, fut Marie Pape-Carpentier, fondatrice de la pédagogie moderne. Louis et Auguste Lumière y organisèrent, le 17 avril 1895, la deuxième projection publique mais non payante de leurs films. Le 5 novembre 1906 s'y ouvrit le cours de Marie Sklodowska-Curie.
Marie Pape-Carpentier Louis Lumière Auguste Lumière Marie Curie
Mai 68 à la Sorbonne
Le 3 mai 1968, dans la chapelle, a lieu un meeting de protestation contre la répression, avec Cohn-Bendit, Sauvageot, Bouguereau, Krivine… qui décide d'occuper la Sorbonne. Elle sera évacuée par la police le 6, et réoccupée le 13.
Daniel Cohn-Bendit Jacques Sauvageot Alain Krivine
Vers l’arrêt 10 →
Revenez sur le boulevard Saint-Michel et poursuivez sa descente vers la Seine.
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Arrêt 10
★ Incontournable~20 min
Le boulevard Saint-Michel, suite
Cafés de poètes, librairie collabo et thermes gallo-romains : la partie basse du Boul'Mich.
📍 Boulevard Saint-Michel (partie basse), 5e arr.
La partie basse du boulevard, percée à travers l'ancienne rue de la Harpe, superpose la bohème littéraire de la fin du XIXe siècle, les épisodes les plus sombres de l'Occupation et les plus anciens vestiges de Lutèce.
47 — Café d'Harcourt et la librairie « Rive Gauche »
C'est devant le café d'Harcourt que, le 3 juillet 1893, lors d'une manifestation contre la condamnation d'une danseuse s'étant exhibée nue au bal des Quat'z'Arts, un certain Nuger, employé de commerce ne participant pas à la manifestation, fut tué par la police, provoquant de sérieuses échauffourées. C'est là aussi que se tenait, pendant l'Occupation, la librairie allemande « Rive Gauche », dérisoirement surnommée « Librairie Rive gauche du Rhin », consacrée aux auteurs nazis ou collabos : Brasillach, Chack, Bardèche, Rebatet… Elle subit plusieurs attentats : un premier par l'Organisation spéciale du PCF dirigée par Pierre Georges, dit Fabien, le 21 novembre 1941 ; un autre par Thomas Elek, membre des FTP-MOI dirigés par Missak Manouchian, le 15 octobre 1942.
42-44 et 40 — Lycée Saint-Louis, café Sherry Cobbler
Aux 42-44, collège d'Harcourt, devenu le lycée Saint-Louis : Jean Racine y fit ses études en 1658 et Denis Diderot en 1728. Au 40, emplacement du café le Sherry Cobbler, lieu de réunion de nombreux poètes et écrivains dans les années 1880 : Coppée, Mallarmé, Villiers de l'Isle-Adam, Bourget, Eugène Bataille l'Illustre Sapeck… Au 38, emplacement approximatif de la Bibliothèque du roi, installée dans une maison du collège Saint-Côme de 1622 à 1666.
Au 37, maison d'enfance de la future philosophe engagée Simone Weil, en 1913. Le 23 mai 1871, sur une barricade barrant les rues Racine et de l'École-de-Médecine, se battaient une douzaine d'hommes, dont Eugène Varlin, Larochette, Maître et Aconin.
Café Soufflet, éventré par les Versaillais pour placer un canon contre la barricade du Collège de France, en 1871. Dans ce même café se réunit, en 1873, un groupe d'intellectuels marxistes auquel participe Jules Guesde, qui publiera en novembre 1877 le journal « l'Égalité ». C'est ici également que se retrouvent, en 1889, les militants « Jeunes-Turcs » du CUP (Comité Union et Progrès) exilés à Paris.
Jules Guesde
23 — Thermes de Cluny et la naissance de « Paris »
Thermes du Nord, dits aujourd'hui thermes de Cluny, parfois appelés à tort palais ou thermes de Julien. Un concile contre l'arianisme s'y tint en décembre 360 : c'est la première fois, dans la lettre synodale, qu'apparaissait le nom de « Paris », « civitas parisiensis ». Le palais des Thermes devient en 509 le palais des rois Francs avant qu'ils ne s'installent dans celui de la Cité ; Clovis Ier y habite avec Clotilde. Vers 782 s'y établit une école fondée par Alcuin sur les directives de Charlemagne. Les Thermes servaient aussi de lieu de réunion à la compagnie des Nautes parisiens, la puissante corporation des bateliers détenant le monopole de la navigation sur la Seine.
Prenez la rue du Sommerard, puis la rue de Cluny, autour de l'hôtel et des thermes.
11
Arrêt 11
★ Incontournable~18 min
Rues du Sommerard, de Cluny et des Écoles
L'hôtel de Cluny, le couvent des Mathurins et les grandes barricades de 1848 et 1871.
📍 Rues du Sommerard, de Cluny et des Écoles, 5e arr.
La rue du Sommerard, anciennement rue des Mathurins-Saint-Jacques, court le long de l'hôtel de Cluny. Au 24, l'hôtel de Cluny fut le siège du club des Mathurins pendant la révolution de 1848, et le poste de la rue des Mathurins des insurgés de Juin 1848 : ceux qui sont pris dans le quartier y sont massacrés. Au 22, l'église des Mathurins, devenue l'atelier du peintre David, organisateur des fêtes révolutionnaires ; c'est dans cette rue des ci-devant Mathurins que se réunit le Club des Thermes de Julien pendant la Révolution.
Emplacement de l'église du couvent des Mathurins, datant de 1209. Ce couvent fut le principal lieu de réunions de l'Université pendant plusieurs siècles : c'est là que se joua la rupture avec l'antipape Clément VII en février 1394. La Section des Thermes de Julien, puis de Beaurepaire, Régénérée et enfin de Chalier, s'y réunissait pendant la Révolution. Il n'en reste visibles que les vestiges d'une de ses arcades. C'est dans un « misérable hôtel » de la rue de Cluny que loge Lucien de Rubempré au début des « Illusions perdues ».
Rue des Écoles, 47 à 40 — Lénine, Langevin, Claude Bernard
Au 47, École pratique des hautes études où Lénine tint trois conférences sur la question agraire en Russie, en 1902. Au 45, massacre de Communards pendant la Semaine sanglante sur le terrain où sera construite la nouvelle Sorbonne. Au 52, à l'angle de la rue Saint-Jacques, première manifestation étudiante contre l'occupant nazi, le 8 novembre 1940, en protestation contre l'arrestation, le 30 octobre, de Paul Langevin. Au 50, importante barricade dite du Collège de France, munie de deux mitrailleuses, pendant la Commune de 1871. Au 40, demeure de Claude Bernard, professeur de médecine au Collège de France, qui y meurt le 10 février 1878.
Gagnez la place Marcellin-Berthelot, devant le Collège de France.
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Arrêt 12
★ Incontournable~20 min
Place Marcellin-Berthelot et le Collège de France
Deux mille ans de savoir, de Guillaume Budé à la fission de l'uranium — et une cour prévôtale sous la Commune.
📍 Place Marcellin-Berthelot, 5e arr.
Ancienne place de Cambrai. François Arago y commande l'assaut de la barricade de la rue Neuve-des-Mathurins le 23 juin 1848, faisant tirer au canon contre les insurgés. Au 9 se trouvait la boutique du savetier Édouard Roullier, membre de la Commission du travail et de l'échange de la Commune.
François Arago
11 — Le Collège de France, de Budé à Giordano Bruno
Collège des trois langues (grec, latin, hébreu), puis des Lecteurs royaux, créé par Guillaume Budé sous François Ier, le 24 mars 1529. De 1580 à 1583, Filippo Bruno dit Giordano Bruno, précurseur du matérialisme qui énonça une théorie de l'infinitude de l'Univers, y eut une chaire. Il fut brûlé vif à Rome, au bout de huit années de procès, le 17 février 1600 ; l'Inquisition avait auparavant pris soin de lui faire arracher la langue. Ce collège deviendra le Collège de France, où enseigneront Ampère, Cuvier, Champollion, Magendie, Marcellin Berthelot, Claude Bernard, Frédéric Joliot…
Filippo Bruno, dit Giordano Bruno — sa statue à Rome Georges Cuvier Jean-François Champollion François Magendie Marcellin Berthelot
Le Collège de France : clubs, cour prévôtale et fission de l'uranium
Le cours de Jules Michelet est fermé le 12 mars 1851. Le Club du Collège de France s'y réunit en 1870, à la fin du Second Empire, et en 1871 pendant la Commune. Une cour prévôtale y siège pendant la Semaine sanglante, le 23 mai 1871 : des centaines de Fédérés y seront jugés sommairement et massacrés. C'est dans leur laboratoire du Collège de France que Frédéric et Irène Joliot-Curie réalisent en 1934 leurs travaux sur la radioactivité et la fission nucléaire. On a trouvé, sur l'emplacement du Collège de France, les vestiges d'un établissement thermal gallo-romain construit sous Marc Aurèle vers l'an 170.
Redescendez un instant vers la rue Saint-Jacques, dans sa partie proche de la place Maubert.
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Arrêt 13
Optionnel~18 min
Rue Saint-Jacques (partie basse) et rue Jean-de-Beauvais
Villon enfant, un attentat anarchiste et les collèges où étudièrent Cyrano, Boileau et les Perrault.
📍 Rue Saint-Jacques et rue Jean-de-Beauvais, 5e arr.
Dans la partie basse de la rue Saint-Jacques, au 46, se trouvait l'église Saint-Benoît-le-Bétourné, où François de Montcorbier, dit Villon, recueilli par Guillaume de Villon, chapelain du lieu, est élevé de 1432 à 1450. Au 71, cour pavée remarquable avec bornes et escalier de fer forgé. Au 69, hôtel meublé dans une chambre duquel Amédée Pauwels, alias Étienne Rabardy, militant anarchiste belge, attire la police pour y faire exploser une bombe le 20 février 1894 ; de nombreuses arrestations s'ensuivront. Au 67, cour typique de style Louis XV : porte cochère, escalier, mascarons, ensemble architectural remarquable.
Rue du Sommerard (retour), 12-16 à 1 — Templiers, Vuillaume, Longuet
En reprenant la rue du Sommerard : aux 12-16, commanderie des Templiers Saint-Jean-de-Latran, incluant sa propre prison, de 1158, détruite en 1854. Au 10, emplacement de la Tour Bichat, vestige de la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, où le célèbre chirurgien réalise des expériences et donne des cours d'anatomie en 1793. Au 9, demeure de Maxime Vuillaume, directeur du « Père Duchêne » pendant la Commune de 1871, tiré à 50 000 exemplaires, auteur de « Mes cahiers rouges » ; un poste de Fédérés s'y tint. Aux 1 ou 2, demeure de Charles Longuet, époux de Jenny Marx (fille), membre de la Commune délégué à la Commission du Travail.
Maxime Vuillaume Charles Longuet Jenny Marx, avec sa sœur Laura, et avec Charles Longuet, son époux
Rue Jean-de-Beauvais, 3-11 — Collège de Dormans-Beauvais
Collège de Dormans-Beauvais, de 1342. François Xavier y fut élève, puis professeur de philosophie en 1533. Cyrano de Bergerac (le vrai) y fit ses études de 1630 à 1635, ainsi que Boileau, les frères Claude et Charles Perrault, et l'architecte Ledoux. Ce fut le lieu de réunions du comité de section du Panthéon pendant la Révolution française.
Rue Jean-de-Beauvais, 9 bis, 11 et 17 — Chapelle, faculté de Droit, Estienne
Au 9 bis, chapelle du collège, aujourd'hui consacrée au culte orthodoxe, seule œuvre subsistante de l'architecte Raymond du Temple, construite en 1375. C'est là que se déroula la dernière manifestation janséniste, lors du transfert de la dépouille de Coffin, le 10 janvier 1751 ; elle fut le siège du Club Sainte-Geneviève de 1790 à 1792, devenu club du Panthéon Français de 1793 à 1795. Au 11, emplacement de l'ancienne faculté de Droit : pompe à eau dans une cour remarquable, bornes d'origine. Au 17, imprimerie de Robert Estienne, en 1559, qui promettait une récompense à qui découvrirait une coquille dans ses ouvrages.
Gagnez la rue des Carmes, puis le boulevard Saint-Germain, en direction de la place Maubert.
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Arrêt 14
★ Incontournable~15 min
Rue des Carmes et boulevard Saint-Germain
Du jazz de Boris Vian aux militants algériens de l'Étoile nord-africaine, dernières étapes avant la place Maubert.
📍 Rue des Carmes et boulevard Saint-Germain, 5e arr.
La rue des Carmes abrite au 1 bis le Musée d'histoire de la préfecture de police. Au 5, dans le sous-sol de l'hôtel des Carmes, le club de jazz du Lorientais fut animé après guerre par Claude Luter et Boris Vian. Aux 15-17, l'église Saint-Éphrem, chapelle du collège des Lombards fondé en 1333, fut le siège du Comité ouvrier d'Albert de Mun, arrière-petit-fils d'Helvétius, en 1872 ; elle est aujourd'hui réservée au culte syriaque, l'évangile y étant lu en arabe.
Claude Luter Boris Vian Albert de Mun
Bd Saint-Germain, 60, 54 et 47 ter — Étoile nord-africaine, Rossel, marché des Carmes
Au 60, café le Maubert Mutualité, lieu de réunions des militants algériens de l'Étoile nord-africaine, mouvement fondé par Messali Hadj en 1926. Au 54, cachette de Louis Rossel, chef d'état-major de la Commune qui démissionna le 10 mai 1871 ; il fut fusillé par les Versaillais après avoir refusé un compromis déshonorant que lui proposait Adolphe Thiers. Au 47 ter, marché des Carmes, où eurent lieu le jugement sommaire et le massacre de Communards pendant la Semaine sanglante, le 24 mai 1871, le « tribunal » se tenant dans un café.
Messali Hadj Louis Rossel
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Rejoignez la place Maubert : la balade s'achève ici.
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