De la porte Saint-Denis à la place des Victoires, une traversée du Sentier sur les traces des insurrections parisiennes, des cours des miracles et des grandes imprimeries de presse.
📍 16 arrêts
🚶 ~3.5 km
⏱ ~3h
📖 2e arr.
Ce parcours recoupe en partie trois autres balades déjà proposées : les deux promenades sur les « passages parisiens », et la première partie de celle qui nous a entraînés sur les « Grands boulevards ». Nous invitons donc les curieux à s'y reporter.
Il constitue un menu très « copieux » ; mais comme toujours les passionnés pourront le déguster en plusieurs « bouchées ».
La partie qui concerne la presse en particulier, que nous n'avons pas voulu fractionner, peut être parcourue séparément par les « spécialistes », que nous invitons à nous signaler les erreurs et lacunes qu'ils ne manqueront pas d'y trouver.
Aujourd'hui, nous partirons de la Porte St Denis.
1
Arrêt 1
★ Incontournable~12 min
Porte Saint-Denis
Un arc de triomphe royal devenu, pour deux siècles, le point de ralliement des insurrections du Peuple.
📍 Boulevard Saint-Denis, à l'entrée de la rue Saint-Denis, 2e arr.
La porte Saint-Denis désigne plus un lieu que le monument qui la domine : en fait un arc de triomphe à la gloire de Louis le XIVème. Se voulant maître de l'Europe, Louis-Dieudonné — par l'intermédiaire de quel géniteur, cela reste un mystère et sans doute un secret — veut faire de Paris une ville ouverte ; façon d'affirmer qu'il ne craint plus personne… sauf peut-être le Peuple de cette ville et l'usage qu'il avait fait de ces remparts pendant la Fronde. Sur les conseils de Colbert, il fait donc raser l'enceinte que son "miraculeux" père venait de faire terminer, et la remplace par de larges promenades ombragées qu'il va appeler le "Nouveau cours". Mais ces facétieux parisiens vont conserver à ces superbes allées leur nom militaire : les "boulevarts".
Après sa victoire de Maastricht, en 1673, qui met un point d'orgue à son grand-œuvre impérialiste, le roi mégalo-Soleil fait orner le monument de l'architecte François Blondel par des bas-reliefs des frères Michel et François Augier représentant ses conquêtes. C'est par cette "porte" que Louis XVIII fait son pitoyable "come back" — le second — le 8 juillet 1815.
Mais elle est surtout le lieu de rassemblement du Peuple des faubourgs Nord de la capitale lors de chacune des insurrections que connut Paris. Les combats y furent violents lors des "Trois Glorieuses", en 1830. À nouveau des barricades s'y dressèrent par solidarité avec l'insurrection Lyonnaise le 13 avril 1834. Au matin du 23 Juin 1848, ce fut un des premiers points où éclatèrent les affrontements entre les Insurgés et les gardes-mobiles ; cette troupe recrutée en hâte par le gouvernement provisoire parmi les éléments troubles de la société, dont elle se demanda d'ailleurs jusqu'au dernier moment de quel côté ils allaient balancer, et qui se comporta finalement comme une véritable meute. C'est à propos de ces déclassés que Karl Marx et Friedrich Engels utilisèrent le terme "lumpenprolétariat".
Barricades encore, contre le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte le 3 décembre 1851. Barricades toujours pendant la Semaine sanglante qui vit l'écrasement de la Commune, le 24 mai 1871, malgré une résistance acharnée des Fédérés commandés ici par le général Paul Brunel et François David, ex chef du 203ème bataillon de la garde nationale. Et c'est encore ici que les militants des Jeunesses Communistes organisèrent le 14 juillet 1941 une manifestation lors de laquelle ils se heurtèrent d'abord aux flics français, puis aux troupes allemandes.
Itinéraire de la balade « Sentier, 1ère partie : de la presse à la banque »
Vers l’arrêt 2 →
Engagez-vous dans la rue Saint-Denis, qui file vers le sud depuis la porte.
2
Arrêt 2
★ Incontournable~12 min
Rue Saint-Denis
L'une des plus anciennes voies de Paris, jalonnée de portes disparues, de pendaisons pour l'exemple et d'hôtels rocaille.
📍 Rue Saint-Denis, du n° 248 au n° 224, 2e arr.
Au n° 248 s'élevait l'emplacement de la porte St Denis de l'enceinte de Charles V, bâtie vers 1356. Étienne Marcel voudra l'ouvrir le 31 juillet 1358 pour faire entrer dans la ville les troupes de Charles le Mauvais. N'y étant pas parvenu, il tentera la même opération à la bastide St Antoine, mais s'y fera massacrer.
De sérieuses échauffourées y auront lieu pendant les guerres de religion, le 8 janvier 1565, entre la suite du cardinal de Lorraine côté catholique, et Montmorency et Antoine de Croÿ pour les protestants. On avait coutume d'y pratiquer des pendaisons pour l'exemple. La dépouille de l'assassin présumé du duc de Guise père, Jean de Poltrot de Méré, y fut exposée, et on y pendit la première femme qui subit ce supplice à Paris en 1588. Jusqu'alors on leur évitait ce type de châtiment pour des raisons de "pudeur". Elles mouraient le plus souvent par le feu, ce qui était évidemment plus "pudique".
C'est ici que naquit Jules Michelet, le 21 août 1798. Son père tenait ici une imprimerie. On a tendance à oublier que derrière son talent d'historien se cache celui d'un des plus grands auteurs romantiques.
Jules Michelet
Vers l’arrêt 3 →
Repérez, entre les numéros 261 et 263 de la rue Saint-Denis, l'entrée discrète du passage Sainte-Foy.
3
Arrêt 3
★ Incontournable~15 min
Passage Sainte-Foy et rue d'Aboukir
Un escalier qui épouse le rempart de Charles V, puis une rue où fermentèrent le babouvisme et la première pensée communiste.
📍 Passage Sainte-Foy et rue d'Aboukir, 2e arr.
Bien cachée entre les numéros 261 et 263 rue St Denis, nous trouvons l'entrée du passage Ste Foy qui, malgré son aspect rébarbatif, présente l'intérêt de marquer le dénivelé de l'ancien rempart de Charles V. En effet, l'escalier que nous devons monter pour accéder à son déboucher sur la rue Ste Foy correspond à l'élévation sur laquelle reposait l'ancienne fortification de Paris ; la quatrième si l'on considère avant elle le mur gallo-romain, le rempart du 11ème siècle et l'enceinte de Philippe Auguste. Sa construction fut entamée vers le milieu des années 1350. Elle perdit ici sa fonction vers 1634 avec l'élargissement de la ville vers l'Ouest voulu par Louis XIII.
Empruntez ensuite, par la rue Sainte-Foy puis les rues Chénier et Saint-Philippe, la rue d'Aboukir. Gédéon Tallemant des Réaux, auteur des "Historiettes", ouvrage très instructif quant-à la connaissance des petites et grandes turpitudes du XVIIème siècle, demeura dans cette rue en 1669. Pendant la Révolution, en 1792, la rue des fossés Montmartre, tronçon de l'actuelle rue d'Aboukir qui partait de la place des Victoires, prit le nom des Fossés Mont-Marat ; et la rue Neuve St Eustache, située entre la rue Montmartre et celle des Petits Carreaux, devint rue Neuve de l'Égalité.
Dans cette dernière se tenaient en 1795 des réunions du "Lycée politique", comité révolutionnaire fondé autour de l'ancien conventionnel Amar, ex membre du Comité de sûreté générale en l'an II, un de ceux qui avaient fait tomber Robespierre. C'était l'ébauche de ce qu'on appellera un peu plus tard la Conjuration des Égaux. Mais François Héron, proche de Babeuf, mit les conjurés en garde contre Amar, et le Lycée politique fut dissout. Babeuf devint alors le chef de file de ce mouvement qui portera politiquement la première remise en cause de la propriété privée, ébauche de ce qui ne s'appelait pas encore "le Communisme". C'est également dans cette rue, devenue rue d'Aboukir après la razzia de Bonaparte en Égypte, que se trouvait la pension Roux où le jeune Léon Blum fit ses études en 1876. Guy Konopnicki décrit bien l'atmosphère de ce quartier et la vie des travailleurs du Sentier dans son roman "Au chic ouvrier", écrit en 1978.
126 ou 130 rue d'Aboukir — Jules Johannard
Demeure de Jules Johannard, ouvrier feuillagiste, franc-maçon, membre de la Fédération parisienne de l'Association Internationale des Travailleurs, condamné dans le 3ème procès de l'A.I.T. le 8 juillet 1870, signataire du Manifeste antiplébiscitaire du 23 avril 1870 contre Badinguet, élu membre de la Commune en 1871.
Rejoignez, par la rue Saint-Philippe, l'entrée du passage du Caire.
4
Arrêt 4
★ Incontournable~15 min
Passage du Caire et rue du Caire
Le plus ancien et le plus long passage couvert de Paris, cœur des clubs socialistes de la Commune et de la première presse féministe.
📍 Passage du Caire et rue du Caire, 2e arr.
C'est le plus ancien et le plus long passage couvert de Paris. Construit en 1798, il mesure 370 mètres de long. Au 87-89, l'imprimerie Lefèbvre, située dans ce passage, tirait les affiches du Comité central de la Garde nationale en 1871. Dans une école située également ici se tenaient les réunions du club de la Cour des Miracles pendant le siège de Paris et la Commune. Il s'agissait de meetings résolument socialistes, organisés par l'Association Internationale des Travailleurs, telle la réunion électorale du 1er février 1871.
En revenant par la deuxième allée à gauche dans le passage, on débouche sur la rue Saint-Denis. Au 237 figurait l'emplacement du mur du couvent des Filles-Dieu, où un crucifix voyait s'arrêter les condamnés à la pendaison sur le chemin de Montfaucon. Ils recevaient traditionnellement ici trois petits pains et un verre de vin. Pour la route ! comme on dit… On appelait cela "le dernier morceau du patient". Honni soit qui verrait là un rapport quelconque entre le bourreau et certains médecins... C'est dans ce couvent que se tenaient les réunions de la Section Bonne-Nouvelle pendant la Révolution, entre 1792 et 1794. Une section radicale, influencée par Hébert.
17 rue du Caire — La Femme libre
Siège du journal "La Femme libre", premier journal féministe en France, édité en 1832 et 1833 par deux jeunes ouvrières, Marie-Reine Guindorf et Jeanne-Désirée Véret, plus connue sous le nom de Désirée Gay. Elles se lient avec le mouvement saint-simonien mais s'en éloignent lors de la scission qui a lieu au moment de la création de la collectivité de Ménilmontant, fondée par des "continuateurs" misogynes qui trahissent la pensée du précurseur du socialisme. Elles se lieront aussi à Charles Fourier et à Robert Owen en Angleterre. Au 12, demeurait Weil, membre du Comité central de la Garde Nationale Fédérée en 1871 ; les n° 14 et 44 sont d'autres entrées du passage du Caire.
Charles Fourier
34, 38-40 rue du Caire — architecture consulaire et Directoire
Le 34 présente des immeubles typiques du style architectural de la période consulaire, construits en 1800 ; le 38-40, de 1799, est caractéristique de l'architecture du Directoire. Au 40, pendant l'Occupation, l'atelier de monsieur Ménard imprimait ici clandestinement les journaux "Socialisme et Liberté" et "le Populaire", édités par le Comité d'Action Socialiste et la SFIO sous la direction du député Joseph Lagrosillière. Elle fonctionna du 1er décembre 1941 à 1943.
Vers l’arrêt 5 →
Gagnez la place du Caire, toute proche.
5
Arrêt 5
★ Incontournable~13 min
Place du Caire et la Cour des Miracles
Une façade pastiche d'Égypte et le mauvais tour du « nez de Bouginier », à deux pas de la plus célèbre cour des miracles de Paris.
📍 Place du Caire, rues des Forges et de Damiette, 2e arr.
Au 2 de la place du Caire, une intéressante façade, pastiche de style égyptien, recèle au milieu de la frise sous la corniche un canular de mauvais goût. Les élèves du peintre Antoine-Jean Gros ayant pris comme souffre-douleur à propos de son nez un de leurs collègues, Henri Bougenier, ce dernier se fâcha, ce qui est bien naturel. Or, pour le punir, ses camarades se mirent à dessiner son nez sur tous les monuments de Paris. Le "nez de Bouginier" devint si célèbre que Victor Hugo l'évoque dans ses Misérables. De violents affrontements eurent lieu sur cette place entre les Insurgés et les gardes municipaux — les "cipaux" — qui y tenaient un poste, le 23 février 1848.
C'est à l'emplacement du pâté de maisons délimité par la place du Caire et les rues des Forges et de Damiette, et qui s'étendait jusqu'à l'actuelle rue Réaumur, que se tenait, dans la rue Neuve St Sauveur, la principale cour des miracles de la capitale qui en compta en fait plusieurs. Mais c'est celle-ci que met en scène Victor Hugo dans son "Notre-Dame de Paris". Elle s'était installée contre la muraille de Charles V, à l'intérieur des remparts, vers le milieu du 13ème siècle et y subsista jusqu'en 1667, date à laquelle le lieutenant de police La Reynie en chassa les quelque 20 000 habitants. Elle fonctionnait comme une sorte de corporation très hiérarchisée dirigée par le grand Coëstre, et comptait dans ses rangs bon nombre de faux estropiés qui, par certains prodiges, retrouvaient la santé après une journée de mendicité ; d'où son nom.
9 rue des Forges — arrestation d'Hébert
Hébert fut arrêté ici, dans l'imprimerie de son "Père Duchesne", le 14 mars 1794. Dans cette même rue se trouvait le siège du club des Patriotes indépendants, présidé par un certain Davroust, pendant la révolution de 1848.
Imprimerie d'Hébert
1 rue de Damiette — La Révolution démocratique et sociale
Reprenez la rue d'Aboukir vers la gauche, en direction de la rue des Petits Carreaux.
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Arrêt 6
★ Incontournable~15 min
Rue d'Aboukir, Petits Carreaux et Réaumur
Barricades héroïques de la Semaine sanglante et grande fabrique de la presse : de « Combat » à « France-Soir », un immeuble a tout imprimé.
📍 Rue d'Aboukir, rue des Petits Carreaux et 100 rue Réaumur, 2e arr.
Au 80 de la rue d'Aboukir, à l'angle de la rue des Petits Carreaux, une barricade opposa une résistance héroïque aux troupes versaillaises pendant la Semaine sanglante. Elle tint du 23 au 25 mai. Elle était commandée par les capitaines Bailly, puis Fleury, secondés par Joseph Paysant. Au 78 se trouvait le siège du journal blanquiste "La Patrie en danger" à partir du 12 septembre 1870, son imprimerie se trouvant 13 rue du Croissant.
Tournez ensuite dans la rue des Petits Carreaux. Une barricade dressée ici par les Insurgés de 1851 contre le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte fut reprise deux fois par les Insurgés le 4 décembre. Le siège de la SECI, Confédération des syndicats chrétiens, se trouvait dans cette rue ; elle s'était constituée en 1887 autour du syndicat chrétien des employés du commerce.
Poussez enfin jusqu'à la rue Réaumur. Au 100, la cour des Miracles aux Petits Carreaux s'étendait en fait jusque dans ces parages, et la Section Bonne-Nouvelle y avait son siège pendant la Révolution, à partir du 21 mai 1790 et jusqu'en 1795.
38 et 33 rue des Petits Carreaux — Madeleine Pelletier et Joseph Paysant
Au 38 demeurait Madeleine Pelletier, militante féministe, anarchiste et franc-maçonne, première femme reçue interne des hôpitaux de Paris. Elle soigna Nestor Makhno à son arrivée en France ; condamnée à la prison comme "avorteuse" à la veille de la seconde guerre mondiale, elle sombra dans la folie et mourut en 1939 à l'hôpital psychiatrique de Perray-Vaucluse. Au 33 demeurait Joseph Paysant, dessinateur en dentelle, membre du Comité de vigilance du 4ème arrondissement puis secrétaire du club Nicolas des Champs pendant la Commune.
100 rue Réaumur — la fabrique de la presse
Le 100 rue Réaumur abrita les titres de nombreux journaux. À commencer par "l'Intransigeant", de 1924 à 1940. Créé par Henri de Rochefort en 1880, il était alors dirigé par Léon Bailby et compta parmi ses contributeurs Pierre Mac Orlan, André Malraux et Raymond Queneau. Pendant l'Occupation, ce sont le "Pariser zeitung" et "Signal", journaux de la collaboration sous contrôle nazi de Schortgen, qui occupèrent ces locaux. Cela n'empêcha pas Maurice Leroy d'utiliser les presses qui s'y trouvaient pour imprimer clandestinement son journal "Liberté".
À la Libération, en août 1944, s'y installa "Combat", dont Albert Camus fut rédacteur en chef, avec une équipe composée de Pascal Pia, Pierre Herbart, et auquel contribuèrent Jean-Paul Sartre, André Malraux et Emmanuel Mounier. De-même pour "Franc-Tireur". En novembre de la même année, Pierre Lazareff y installa le siège de "Défense de la France", clandestin depuis 1941, qui devint "France-Soir". En 1950, l'imprimerie Réaumur était devenue une filiale de la SNEP, Société nationale des entreprises de presse, dirigée par André Ferrat, ex responsable de la Section coloniale du PCF. On y tirait entre autres le journal du MTLD, "l'Algérie libre", que la préfecture de police voulut saisir le 17 juin ; les pressions sur Ferrat provoquèrent une manifestation de plus de 1000 militants Algériens dont beaucoup furent interpellés. Au 90, emplacement approximatif, alors 8 Thévenot au fond de la cour, de la demeure de Jacques Durand, coupeur en chaussures, membre de l'A.I.T. et du Comité central de la Garde nationale sous la Commune ; arrêté à son domicile le 25 mai 1871, il fut emmené rue de la Banque pour être fusillé.
Raymond Queneau
Vers l’arrêt 7 →
Redescendez vers la rue Dussoubs, que vous prenez à droite.
7
Arrêt 7
★ Incontournable~15 min
Rues Dussoubs et Saint-Sauveur
Puits maçonnés, faux papiers de la Résistance et refuge de la famille Ferré : le dédale ouvrier du vieux Sentier.
📍 Rues Dussoubs et Saint-Sauveur, 2e arr.
Au 34 rue Dussoubs se tenait pendant l'Occupation un atelier de photogravure qui assurait la composition de faux papiers et de journaux clandestins, tenu par le photograveur Heinrich et l'imprimeur Deva, qui travaillaient avec Marcel Renet, alias Jacques Destrée, chef du réseau "Résistance". Au 27, un puits maçonné en façade sur rue comporte encore sa poulie en bois. Au 23 demeura Cyrano de Bergerac, le vrai, qui n'avait de gascon que le nom, mais grand poète et auteur de comédies dont Molière lui "emprunta" quelques scènes.
Poussez, en aller-retour, jusqu'à la rue Saint-Sauveur. Au 6 se trouvait la cachette de Théophile Ferré, sous le nom de Charles Gillet, et de son frère Hippolyte. La police ayant arrêté leur sœur Marie — amie de Louise Michel et de Paule Minck — exerça des pressions telles sur leur mère gravement malade qu'elle finit, dans un semi délire, par livrer leur adresse. Ils furent arrêtés dans la nuit du 8 au 9 juillet 1871. Théo fut fusillé à Satory avec Louis Rossel et Pierre Bourgois. La portion de la rue Saint-Sauveur située entre les numéros 1 et 19 s'est appelée "rue Gratte-cul" ou "Gratte-con". Cela laisse à deviner quelle activité y était pratiquée…
22, 21, 15, 11 et 9 rue Dussoubs
Au 22, siège de l'Agence de presse Libération, l'A.P.L., créée en 1972 par Jean-Claude Vernier, Maurice Clavel et Christophe Schimmel, en lien avec la Gauche Prolétarienne. Au 21, alors rue des Deux Portes, demeura Carlo Goldoni, réformateur de la Commedia dell'arte — en particulier il supprima les masques — ; le "Molière italien" mourut ici à 86 ans le 27 novembre 1793. Le 15 recèle dans sa cour un puits maçonné datant du XVIIIème siècle. Au 11, accusé d'avoir voulu créer une armée contre-révolutionnaire, le marquis de Favras fut arrêté chez un ami le 24 décembre 1789. Au 9 demeura en 1728 Marie Anne de Camargo, dite "la Camargo", danseuse qui révolutionna la chorégraphie.
Agence de Presse Libération Carlo Goldoni
35, 49, 51 et 57 rue Saint-Sauveur
Au 35 demeurait Étienne Yvert, agent de la compagnie des Petites voitures, membre de l'A.I.T., appartenant au 92ème bataillon de la Garde nationale Fédérée ; il fut blessé sur une barricade dressée dans cette même rue le 24 mai 1871. Le 49 abrite encore un puits maçonné dans son couloir. Au 51, local de l'imprimerie "La Productrice" et de la "Librairie socialiste", coopérative ouvrière de la Fédération des travailleurs socialistes de France, fondée en 1885 par Jean Allemane ; elle publia "le Capital" de Marx en 1895. Au 57 demeura François de Barthélemy, ministre de France en Suisse pendant la Révolution, membre du Directoire après Thermidor, sénateur après le 18 brumaire, devenu comte sous l'Empire, rallié plus tard à la Restauration ; un superbe parcours d'opportuniste...
Jean Allemane
Vers l’arrêt 8 →
Après un aller-retour rue des Petits Carreaux, gagnez la rue Léopold-Bellan puis la rue Montorgueil.
8
Arrêt 8
★ Incontournable~15 min
Rue Montorgueil, l'ancienne rue des mareyeurs
Enseignes fameuses, barricades tenaces et le Rocher de Cancale : la plus célèbre rue gourmande du quartier fut aussi un champ de bataille.
📍 Rue Montorgueil et rues Léopold-Bellan et Mandar, 2e arr.
Avant d'arriver à la rue Montorgueil, faites un aller-retour rue des Petits Carreaux : au 1 se tenait en 1886 la salle Nicaise, siège de la "Ligue des Anti-patriotes", ex "Jeunesses anarchistes de Belleville", qui publia l'affiche du "Manifeste aux conscrits". Puis, rue Léopold-Bellan (aller-retour) : au 1-2, dans ce qui était alors la rue du Cadran, une barricade fut dressée en 1851 contre le coup d'État de Badinguet-Bonaparte. Denis Dussoubs, qui remplaçait son frère Gaston Martial, député retenu au lit par la maladie, y fut abattu par la troupe le 4 décembre 1851. En fait, il y eut relativement peu de réactions du prolétariat parisien face à ce coup d'État, malgré les exhortations des membres républicains du parlement : ce putsch survenait peu de temps après Juin 1848, et alors ces mêmes députés s'étaient rangés du côté des massacreurs de 15 000 ouvriers de la capitale… Au 9, le Passage Ben-Aïad est tout ce qui reste de l'ancien passage du Saumon, construit en 1828 entre les rues Montmartre et Montorgueil par l'architecte Hubert Rohault de Fleury, et démoli en 1899.
L'ancienne rue des mareyeurs, la rue Montorgueil, qui date de la fin du 13ème siècle, compta nombre d'enseignes connues. Elle abrita pendant la Révolution de 1848, à une adresse inconnue, le siège du Club démocratique du Quartier Montorgueil, dont le président était un certain Jouanne. Au 73, nous retrouvons la barricade de 1851, à l'angle de l'ex rue du Cadran, sur laquelle fut tué Denis Dussoubs ; il y en eut une autre en ce même lieu pendant la Semaine sanglante, tenue par les Fédérés du 92ème bataillon de la Garde nationale, qui résista toute la journée du 24 mai 1871. Au 71 se trouvait le siège du Club des Employés comptables du commerce et de l'industrie de la Seine, présidé par un nommé James, en mars 1848. Faites de même, rue Mandar, un aller-retour : au 1, Auguste Blanqui avait installé son quartier-général dans un café lors de l'insurrection de la Société des Saisons, le 12 mai 1839.
59 rue Montorgueil — Au Rocher de Cancale
Emplacement du premier restaurant "Au Rocher de Cancale", qui s'était d'abord appelé auberge de "la Baleine" en 1787. Il fut fréquenté par Béranger, Desaugiers, Grimod de la Reynière. Il hébergea le 3ème "Caveau", société gastronomique et littéraire, de 1806 à 1845 ; il a depuis traversé la rue, au n° 78. Adolphe Thiers, qui y était attablé, décrit le cortège des Insurgés du 5 juin 1832 passant devant lui — des Insurgés que ce ministre de l'Intérieur "libéral" de la Monarchie de Juillet s'emploiera bientôt à réprimer. Le Rocher de Cancale est également fréquenté par nombre de personnages de romans, en particulier ceux d'Honoré de Balzac et de sa "Comédie humaine". Dans un salon discret du 1er étage, décoré par Paul Gavarni, se noua une intrigue amoureuse bien "démocratique" entre Édouard VII d'Angleterre et la Goulue, la célèbre danseuse du Moulin Rouge.
Restaurant Au Rocher de Cancale Adolphe Thiers Honoré de Balzac
51, 66, 55 et 72 rue Montorgueil
Une autre barricade était érigée au 72 le 4 décembre 1851, à l'angle de la rue Mandar ; quand elle céda, les combats se poursuivirent dans le passage du Saumon. Au 55, le "Café des Postes" était en 1848 le lieu de réunion de membres de la "Société Dissidente". Au 51, la pâtisserie Stohrer doit être une des plus vieilles enseignes de Paris : l'inventeur du baba au rhum fut amené de Pologne en 1730 par Marie Leczynska, l'épouse de Louis XV, et le décor remarquable de la boutique est de Paul Baudry. Au 66 demeura Pierre-François Lacenaire, le fameux assassin-poète, qui agressa avec ses complices Avril et François dit le grand Hippolyte un garçon de recettes le 31 décembre 1834 ; son personnage, très romancé, fut repris par nombre d'auteurs et cinéastes, dont Marcel Carné dans ses "Enfants du Paradis". Aux 64-72 s'élevait sous Louis XIV l'auberge "Au Compas d'Or", départ des diligences de Creil et de Gisors ; et au 47 se trouvait le bureau central des 20 dépôts de chaises à porteurs que comptait la capitale. Une rue qui, comme on le voit, ne fut pas toujours piétonne…
Pâtisserie Stohrer Pierre-François Lacenaire
Vers l’arrêt 9 →
Bifurquez par la rue Marie-Stuart, puis, en face, dans la rue Dussoubs, jusqu'au passage du Grand-Cerf.
9
Arrêt 9
Optionnel~10 min
Rue Marie-Stuart et passage du Grand-Cerf
Du plus poétique des noms de rue interlopes au plus haut passage couvert de Paris.
📍 Rue Marie-Stuart et passage du Grand-Cerf, 2e arr.
Encore une voie anciennement dédiée à la prostitution : la rue Marie-Stuart porta les noms poétiques de "rue Tire Vit" ou "Tire Boudin". C'est Fouché, en 1809, alors qu'il était préfet de Police de Napoléon 1er, qui lui donna le nom de la malheureuse reine d'Écosse. Comme quoi on peut être le boucher de Lyon, le chien de garde d'un dictateur, un champion toute catégorie de l'opportunisme, et cependant un homme délicat !...
En face, donnant dans la rue Dussoubs, le passage du Grand-Cerf. Au 10, c'est le plus haut de Paris. Il fut édifié en 1825 sur l'emplacement des anciennes Messageries royales de l'Est. Il faillit "mourir" de délabrement mais fut fort heureusement sauvé et rénové en 1994.
Vers l’arrêt 10 →
En ressortant du passage, prenez la rue Dussoubs à gauche, puis la rue Tiquetonne à gauche.
10
Arrêt 10
★ Incontournable~12 min
Rue Tiquetonne et l'Hôtel de Bourgogne
Sur les traces de l'Hôtel de Bourgogne, de Vincent de Paul et de l'imprimeur girondin Gorsas, premier conventionnel guillotiné.
📍 Rue Tiquetonne, du n° 21-23 au n° 7, 2e arr.
Aux 21-23 de la rue Tiquetonne se trouvait l'entrée de l'Hôtel de Bourgogne, construit en 1402, dont il ne reste que la tour de Jean sans Peur que nous verrons un peu plus loin ; nous évoquerons aussi, rue Mauconseil, son théâtre depuis longtemps disparu. Au 19 demeura Vincent de Paul, qui deviendrait St Vincent de Paul, alors qu'il était précepteur de la famille de Gondi en 1613. Au 13 demeura le couple Charles Simon Favart et Marie Justine Benoîte Duronceray ; lui auteur dramatique qui a laissé son nom à la salle de l'Opéra comique, et elle comédienne célèbre en son temps. Au 10, l'ancien cabaret de "L'Arbre à Liège", dont l'enseigne qui date de 1592 fut taillée, comme celle du Vieux Chêne de la rue Mouffetard, dans le bois d'épave d'un bateau renfloué dans l'estuaire de la Seine, recouvert de plâtre mélangé à de l'alun pour le protéger de la dégradation.
Dans cette rue, alors rue du Petit Lion St Sauveur, demeura Tiberio Fiorilli, créateur du personnage de Scaramouche. On lui avait donné le titre de "prince des comédiens, et comédien des princes". Il mourut ici le 7 décembre 1694. Et c'est à l'angle qu'elle fait avec la rue St Denis que Balzac situe sa "Maison du chat-qui-pelote".
7 rue Tiquetonne — l'imprimerie de Gorsas
Demeure et imprimerie d'Antoine-Joseph Gorsas, rue du Petit Lion. Il avait fondé dès 1789 le "Courrier de Versailles", qui devint par la suite le "Courrier des 83 départemens". Élu à la Convention, il siégea avec les Girondins. Ses journaux remportaient un vif succès ; son atelier, installé ici après le 10 août 1792, était le plus important de la capitale ; il fut pillé, et ses presses détruites, par les émeutiers "maratistes" du 9 mars 1793. Exécuté en tant que Girondin le 7 octobre de la même année, Gorsas fut le premier conventionnel à monter sur l'échafaud ; il allait être suivi par bien d'autres...
Vers l’arrêt 11 →
Rejoignez la rue Saint-Denis à droite, puis la rue de Turbigo et la rue Étienne-Marcel à droite.
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Arrêt 11
★ Incontournable~15 min
Rue Étienne-Marcel et la tour de Jean sans Peur
Une bouche de métro Guimard, un vestige de l'enceinte de Philippe Auguste et le mieux conservé des monuments militaires médiévaux de Paris.
📍 Rue Étienne-Marcel, du n° 14 au n° 51, 2e arr.
Avez-vous remarqué qu'au 14 vous venez de passer devant un chef d'œuvre d'Art nouveau ? Non ? Eh bien vous avez commis la même inattention que des générations de conservateurs de nos musées. Ils ont en effet envoyé à la ferraille des dizaines de bouches de métro conçues par Hector Guimard, avant de prendre conscience qu'il s'agissait en leur temps de véritables petites révolutions artistiques et techniques ; puisqu'en plus d'être belles, elles présentaient l'avantage d'être fabriquées en série. Celle de la station Étienne Marcel date de 1908. Au 16 subsiste l'empreinte d'une tour de l'enceinte de Philippe Auguste, construite vers 1190.
Au 20, en 1409, après avoir fait assassiner deux ans plus tôt, au paroxysme de la guerre entre Armagnacs et Bourguignons, son cousin Louis d'Orléans frère du roi, Jean 1er de Bourgogne, dit Jean sans Peur — qui ne l'était sans doute quand même pas tout à fait, la preuve… — se fit construire en son Hôtel une tour de 21 mètres de hauteur, au sommet de laquelle on ne pouvait accéder à l'origine que par une échelle ; histoire de pouvoir malgré tout dormir à peu près tranquille… Cela ne l'empêchera d'ailleurs pas de se faire assassiner à son tour à Montereau dix ans plus tard. Après avoir été abandonnée pendant des siècles, cette tour restaurée se trouve être aujourd'hui le monument d'architecture militaire médiévale le mieux conservé à Paris ; il est ouvert au public depuis 1999.
29 rue Étienne-Marcel — le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne
Quant à l'Hôtel de Bourgogne, abandonné lui aussi après la mort de Charles le Téméraire — encore un assassinat — il fut investi par une troupe de théâtre, la seule alors autorisée à jouer à Paris, et exclusivement des mystères religieux : les Confrères de la Passion. Une salle fut construite en 1548, qui finit par accueillir des troupes profanes et vit passer tous les précurseurs : la troupe de Turlupin, celles d'Armande Béjart avant que Molière ne la rejoigne, celle de Scaramouche, les Italiens… On y joua les pièces de Cyrano de Bergerac, de Jodelet. Edmond Rostand y situe une des scènes fameuses de son Cyrano. Une plaque rappelle ici l'endroit où elle se situait.
Cyrano de Bergerac
7 rue Française — la Société des Amis des Noirs
Au 7 (alors au n° 3 de la même rue) s'élevait l'emplacement du siège de la "Société des Amis des Noirs". Fondée le 19 février 1788, elle était animée par l'abbé Grégoire, Antoine de Lavoisier, Chaumette, Condorcet… Elle avait comme principal objectif de lutter pour l'abolition de l'esclavage. Quand elle obtiendra gain de cause, le 4 février 1794, certains de ses membres auront entre temps été guillotinés. Ce jour-là, la Convention nationale abolissait cette ignominie. Mais un certain Bonaparte allait s'empresser de la rétablir quelques années plus tard…
Vers l’arrêt 12 →
Gagnez la rue Mauconseil, ancien accès à la salle de l'Hôtel de Bourgogne.
12
Arrêt 12
Optionnel~12 min
Rues Mauconseil et Montorgueil
Le berceau du théâtre parisien où Molière enfant venait voir jouer, et une section qui, la première, renia le roi.
📍 Rues Mauconseil et Montorgueil (nord), 2e arr.
Aux 32-34 de la rue Mauconseil, voici l'emplacement de l'entrée de la salle de l'Hôtel de Bourgogne dont nous avons parlé plus haut. Les Confrères de la Passion avaient été créés en 1402, sous Charles VI ; ils s'installèrent ici dans une salle inaugurée le 30 août 1548, sous le nom de troupe Royale ou des Grands Comédiens. Henri Legrand dit Turlupin, Robert Guérin dit Gros-Guillaume et Hugues Guéru, alias Gaultier-Garguille, qui jusqu'alors jouaient en plein air sur le Pont Neuf ou place Dauphine, s'installèrent en 1615 dans ce que l'on appelait désormais officiellement le Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Un enfant nommé Jean-Baptiste Poquelin venait chaque fois qu'il pouvait les y voir jouer.
Cette salle va ensuite accueillir les deux troupes qui seront à l'origine de la création de la Comédie française : celle d'Armande Béjart et celle des Italiens. Entre-temps, ces derniers auront été chassés de Paris, en juin 1697, pour avoir joué "la Fausse prude" qui visait la Maintenon. Mais ils y reviendront en 1716, sous la régence de Philippe d'Orléans, avec la troupe de Luigi Riccoboni, dit Lélio. La Section révolutionnaire de Mauconseil, qui se réunissait ici, fut la première à déclarer ne plus reconnaître Louis XVI comme roi, dès le 31 juillet 1792. Le poste de police de la rue Mauconseil connut des heures bien agitées : cible d'une émeute déclenchée le 19 novembre 1827, sous Charles X, suite à la manipulation des élections par le gouvernement ; puis attaqué et investi une seconde fois lors de l'insurrection du 5 juin 1832, lors des obsèques du général Lamarque, celle-là même que Victor Hugo prit comme modèle pour ses "Misérables".
36, 38, 31 et 50 rue Montorgueil (nord)
Au 36 se trouvait le parc aux huîtres de Paris, de 1780 à 1866. Au 38, à l'emplacement de l'Escargot d'Or, habita Joseph Lesurques, condamné à tort dans l'affaire du Courrier de Lyon en 1796. Au 31, emplacement de la poterne dite du Comte ou de la Comtesse d'Artois, percée après-coup, sous Louis IX en 1270, dans l'enceinte de Philippe Auguste ; elle disparut en 1498. Au 50, maison natale de Pierre-Jean de Béranger : le futur chansonnier républicain y naquit le 19 août 1780.
Porte St Denis Philippe Auguste Porte des Peintres Pierre-Jean de Béranger Comte Auguste
Rue Tiquetonne — les journaux de Félix Pyat
Aux 56-58 de la rue Tiquetonne, de violents combats eurent lieu lors du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 4 décembre 1851 : le frère de Léopold Boursier, futur Communard, y fut tué alors qu'il n'était encore qu'un enfant. Aux 60-64 demeura Henri de Talleyrand, comte de Chalais, lié à l'intrigante duchesse de Chevreuse, exécuté par Richelieu en 1626. Au 66, siège du journal "Le Combat", fondé par Félix Pyat : le 29 octobre 1870, son secrétaire de rédaction Odilon Delimal, ayant annoncé la chute de Metz, fut emmené à l'Hôtel de Ville et les bureaux du Combat furent saccagés par le gouvernement qui voulait cacher la capitulation de Bazaine. "Le Vengeur", du même Félix Pyat, succéda au "Combat" le 3 février 1871, avec des plumes bien trempées : Delimal, Rogeard, Henri Brissac, Henri Maret, Camille Clodong, Jean-Baptiste Millière, Maxime Vuillaume, Alphonse Humbert, Cluseret, Sixte Casse. Puis ce fut le journal "La Commune", avec une bonne partie des mêmes, plus Georges Duchêne et Léodile Champseix, alias André Léo. Le titre fut repris par Jean-Baptiste Millière pendant la Commune ; il en parut 80 numéros à partir du 20 mars 1871. Millière, qui ne participa à aucun moment aux combats, fut fusillé ignominieusement sur les marches du Panthéon pendant la Semaine sanglante. Ce journal, bien qu'anti-versaillais, avait été interdit en mai par Rigault et Cournet, malgré l'opposition d'Auguste Vermorel.
Félix Pyat Jean-Baptiste Millière
Vers l’arrêt 13 →
Rejoignez la rue Étienne-Marcel puis la rue Montmartre, que vous prenez à droite.
13
Arrêt 13
★ Incontournable~13 min
Rues Montmartre et de la Jussienne
Barricades de la Commune protégeant l'Hôtel des Postes, clubs de 1848 et les Républicains allemands de la Légion démocratique.
📍 Rue Étienne-Marcel, rue Montmartre et rue de la Jussienne, 2e arr.
Au 37 de la rue Étienne-Marcel subsiste l'empreinte d'une tour de l'enceinte de Philippe Auguste. Au 43, on avait dressé pendant la Commune, à l'angle des rues Pagevin et Coq Héron (la rue Étienne Marcel n'était pas encore percée), une barricade destinée à protéger l'Hôtel des Postes dirigé par Albert Theisz ; de violents combats s'y déroulèrent le 23 mai 1871. Au 51, emplacement de la demeure de Firmin Hilaire Sallée, 32 rue Pagevin, ex rue des Petits Reposoirs, membre du Comité républicain du 1er arrondissement en 1870.
Prenez la rue Montmartre à droite. Faites un aller-retour rue de la Jussienne : au 32 demeura François Chabot, ex capucin, auteur du "Catéchisme des Sans-culottes". Membre du Comité de sûreté générale, il trempa dans toutes sortes de combines véreuses contre rétribution, comme la mise à l'écart de suspects, la protection d'émigrés rentrés clandestinement et le scandale de la Compagnie des Indes. Chabot fut jugé avec Danton et guillotiné le 16 germinal an II, 5 avril 1794. En mars 1848, ce fut le siège du "Club-lycée des Prolétaires", surnommé par ses membres "Batterie des Hommes sans peur", fondé et dirigé par E. Maillier — un socialiste mystique — et Landoin, un libraire : club d'inspiration démocratico-socialo-mystique, purement folklorique…
64 rue Montmartre — la Société démocratique des Républicains Allemands
L'hôtel d'Angleterre abritait le bureau central de la "Société démocratique des Républicains Allemands", fondée après la révolution de 1848 par Georg Herwegh et Adelbert von Bornstedt. Ils avaient créé une "Légion démocratique" constituée de 1500 à 1800 volontaires, ayant pour but d'aller aider l'insurrection républicaine de Friedrich Hecker et Gustav Struve en Allemagne, avant de porter secours aux Polonais opprimés. Soutenus par le gouvernement français, trop heureux de se débarrasser d'eux, ils avaient lancé un "appel aux braves citoyens de la Garde mobile" pour collecter des armes dont le dépôt se trouvait ici-même. Approuvée par Bakounine, cette initiative était vivement critiquée par Marx et Engels. Elle se solda par un échec retentissant.
Marx et Engels
Passage Ben-Aïad et rue Bachaumont
Nous avons déjà mentionné le passage Ben-Aïad plus haut : dans ses caves, Vermersch, Humbert et Vuillaume cachèrent des fascicules brochés du Père Duchêne pendant la Semaine sanglante, le 22 mai 1871. C'est rue Bachaumont, sur la barricade du passage du Saumon, que Victor Hugo situe la scène de ses "Misérables" où Javert vient espionner les Insurgés ; il s'inspirait d'un fait réel, la chute d'une barricade dressée dans cette rue le 5 juin 1832. Si vous n'avez pas pu traverser le passage, le plus souvent fermé, revenez sur vos pas jusqu'à la rue Montmartre que vous reprenez à droite.
Semaine sanglante Hugo Victor
Vers l’arrêt 14 →
Prenez la rue d'Argout, puis la rue Hérold en aller-retour.
14
Arrêt 14
Optionnel~10 min
Rues d'Argout et Hérold
Un journal manipulé par la police prussienne, un salon précieux du Grand Siècle et la chambre d'hôtel de Charlotte Corday.
📍 Rues d'Argout et Hérold, 2e arr.
Au 51 de la rue d'Argout demeura Émile Drevet, ouvrier gainier, membre de la commission des Subsistances à la guerre et du jury d'accusation de la Garde nationale nommé le 6 mai 1871. Au 8, siège du journal "Le Soir", manipulé par le chef de la police prussienne Stieber, agent de Bismarck, dans le but de discréditer Karl Marx et les représentants en France de l'Internationale ; il fut interdit par la Commune le 19 avril 1871. L'académie littéraire de Charlotte des Ursins, dite Mme d'Auchy, se trouvait dans la rue des Vieux Augustins ; c'était le modèle des salons précieux, fréquenté par Malherbe, qui était accessoirement l'amant de l'hôtesse.
14 rue Hérold — la chambre de Charlotte Corday
Charlotte Corday descendit à l'hôtel garni de la Providence, chambre n° 7, alors 19 rue des Vieux Augustins, lorsqu'elle arriva de Normandie le 11 juillet 1793 pour assassiner Marat. Ce faisant, elle espérait sauver ses amis Girondins ; son crime n'allait en fait que précipiter leur chute. L'enfer n'est-il pas pavé de bonnes intentions ?... L'hôtel fut démoli un siècle plus tard, en 1893.
Charlotte Corday
Vers l’arrêt 15 →
Rejoignez la rue du Louvre, que vous prenez à gauche.
15
Arrêt 15
★ Incontournable~13 min
Rue du Louvre, l'immeuble de Paris-Soir
Un seul immeuble où passèrent Paris-Soir, la collaboration, la presse clandestine, l'Humanité et le portrait de Staline par Picasso.
Pendant l'Occupation, on imprima ici, à partir du 22 juin 1940, le journal "Paris-Soir" passé à la collaboration, dirigé successivement par le lieutenant Weber de l'état-major de la Wehrmacht, puis par les français Schiesslé et Eugène Gerber, et enfin par Pierre-Antoine Cousteau, le frère du plongeur, mais celui-ci en eau trouble. Paris-Midi lui aussi était passé à la collaboration : on y trouvait la signature de Louis-Ferdinand Céline. Mais les typographes, en cheville avec Claude Morgan et Jean Paulhan, utilisaient les presses pour imprimer clandestinement les "Lettres françaises" en septembre 1942.
37 rue du Louvre — de la Libération à la mort de Staline
Emmanuel d'Astier de la Vigerie occupa les locaux pour éditer "Libération" à partir du 21 août 1944, et le PCF y installa le journal "Ce Soir", dirigé par Aragon, quatre jours plus tard. On y réalisa également "Front national", quotidien gaulliste de gauche créé par Jacques Debû-Bridel, membre du Conseil national de la Résistance. De 1945 à 1955, l'immeuble de Paris-Soir devint le siège de l'Humanité, alors dirigée par Louis Aragon et Pierre Daix. À la mort de Staline le 5 mars 1953, une immense photo portrait fut affichée dès le lendemain sur la façade ; et le portrait du "petit père des peuples" réalisé par Picasso à cette occasion pour les Lettres françaises déclencha un conflit interne au sein de la rédaction de France Nouvelle et de l'Humanité.
Pont de la Nouvelle France Retour de Louis XVIII après les Cent-Jours Louis Aragon
Vers l’arrêt 16 →
Reprenez la rue d'Aboukir à droite en aller-retour, puis à gauche vers la place des Victoires.
16
Arrêt 16
★ Incontournable~15 min
Rue d'Aboukir et place des Victoires
De Vidocq à Bonaparte, de Jules Vallès à Victor Noir, jusqu'au berceau de la Banque de France : le terme du parcours.
📍 Rue d'Aboukir (fossés Montmartre) et place des Victoires, 2e arr.
Reprenez la rue d'Aboukir, ancienne rue des Fossés Montmartre. Au 71 se trouvaient les bureaux de l'agence de renseignements créée par Eugène-François Vidocq, alors au 39 rue Neuve St Eustache, en 1837. Au 15, siège du club des Médecins du département de la Seine, présidé par Bouillaud, alors 15 rue des Fossés Montmartre, créé en juin 1848. Au 11, à l'hôtel de la Liberté, aujourd'hui hôtel de la Victoire, alors 11 rue des Fossés Montmartre, séjourna Fabre d'Églantine, membre de la Commune de 92, auteur de "Il pleut bergère", mais surtout du calendrier révolutionnaire ; il y demeura du 10 août 1792 à sa mort sur la guillotine en 1794. Dans ce même hôtel descendit un certain Napoleone Buonaparte lorsqu'il arriva à Paris, à son retour d'Italie fin 1794 ou début 1795 : il avait refusé un poste en Vendée, s'était fait mettre en congé de l'armée et se fiança avec Désirée Clary. Mais le petit général en disponibilité allait être repéré par Barras qui l'utilisa pour réprimer l'insurrection soi-disant royaliste de Vendémiaire. Son destin de dictateur allait bientôt lui être révélé.
La place des Victoires marque la fin de la première partie de notre parcours.
9 rue d'Aboukir — La Rue et La Marseillaise
Au 9, siège du journal "La Rue", fondé par Jules Vallez, dit Jules Vallès ; le premier numéro paraît le 1er juin 1867. Ce sera aussi, deux ans plus tard, le siège et l'imprimerie du journal "La Marseillaise", d'Henri de Rochefort, à partir du 19 décembre 1869. Il emploiera Arthur Arnould, Arthur Ranc, Raoul Rigault, Alphonse Humbert, et Yvan Salmon dit Victor Noir. Ce dernier sera assassiné par Pierre Bonaparte, neveu du second despote de la famille. Suite à ce meurtre qui allait rester impuni, le journal publia un appel aux armes de Rochefort dans un article du 11 janvier 1870. L'enterrement de Victor Noir faillit tourner à l'insurrection qui, anticipée par le pouvoir, aurait tourné au massacre ; les Internationalistes et certains républicains parvinrent à éviter ce piège.
La Rue Jules Vallès
2 rue d'Aboukir — le berceau de la Banque de France
La Banque de France fut créée ici, dans l'Hôtel de Massiac, en 1800, par un consortium. Elle déménagea par la suite non loin de là, dans l'Hôtel de La Vrillière où elle se trouve encore.
⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) —
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