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Balade · 2e–10e arr.

Sentier, 2ème partie : de la Bourse à la presse

De la place des Victoires à la porte Saint-Denis, une plongée dans le quartier qui fut la capitale française de la presse et de la révolte.
📍 15 arrêts
🚶 ~4.5 km
~3h
📖 2e–10e arr.
Sentier, 2ème partie : de la Bourse à la presse

Nous repartons de là où s'était arrêtée notre première balade dans le Sentier. De la place des Victoires jusqu'à la porte Saint-Denis, cette deuxième partie traverse le quartier de la Bourse et remonte les rues qui furent, pendant plus d'un siècle, le cœur battant de la presse française. Ici, presque chaque immeuble a abrité une rédaction, une imprimerie, un journal éphémère de la Commune ou un grand quotidien : de « La Presse » de Girardin à « l'Humanité » de Jaurès, de « J'accuse » de Zola au café où le grand tribun fut assassiné. Entre deux titres de journaux, on croise Olympe de Gouges et Charles Fourier, Mozart et Émile Zola, des sections révolutionnaires et des barricades de 1830, 1848, 1871. Une balade de papier, d'encre et de poudre.

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Arrêt 1
★ Incontournable ~12 min

Place des Victoires

Sous la statue de Louis XIV, cinq régimes se sont disputé le piédestal.
📍 Place des Victoires, 2e arr.

Au n° 9 s'élevait l'hôtel du maréchal de l'Hospital, détruit lors du percement de la rue Étienne Marcel, où séjourna Jacques-Bénigne Bossuet en 1696. Aux abords de la place, dans un atelier dont l'adresse s'est perdue, les frères Anne-Jean et Louis-Nicolas Robert, dit Robert le jeune, construisirent le ballon à gaz inventé par Jacques Charles et en réalisèrent les premiers essais le 26 août 1783. Ils avaient réussi pour ce faire à fabriquer du papier continu et à l'imperméabiliser, soutenus financièrement par le vulcanologue Barthélemy Faujas de Saint-Fond et par le papetier Didot Saint-Léger. Cette invention devait avoir un avenir bien plus utilitaire que celle des frères Montgolfier ; mais le ballon ne décolla, avec à son bord Jacques Charles et Robert le jeune, que dix jours après Pilâtre de Rozier et le marquis d'Arlandes, laissant à ceux-ci la gloire d'avoir été les premiers humains à quitter le plancher des vaches.

La statue de Louis XIV qui occupe le centre de la place fut abattue, comme presque toutes ses homologues, le 11 août 1792 en même temps que la royauté, puis fondue pour en faire des canons bien utiles à une jeune République menacée de toutes parts. La seule effigie du roi mégalo-soleil à réchapper à la colère du peuple est celle que l'on peut voir aujourd'hui dans la cour du musée Carnavalet ; elle se trouvait alors à l'Hôtel de Ville.

Le carrousel des statues

À la place de l'effigie équestre de Louis Dieudonné, on érigea en 1793 une pyramide portant le nom des départements ralliés à la République et celui des citoyens tués lors de l'attaque des Tuileries le 10 août. Elle fut à son tour remplacée en 1810 par une statue du général Desaix, tué à la bataille de Marengo. Mais le héros, représenté entièrement nu, fut vite soustrait à la curiosité publique et fondu pour remettre Henri IV sur le Pont Neuf. Et Louis XIV reprit finalement sa place, à l'initiative de son arrière-arrière-arrière-petit rejeton, le XVIIIe et dernier du nom. La République, à son retour, n'y a pas touché : serait-elle plus « monarchienne » qu'elle ne voudrait en avoir l'air ?

Le piédestal de la révolution de 1830

Le corps d'une femme, la première victime de la révolution de 1830, fut exposé sur ce piédestal le 27 juillet, apporté là par un garçon boulanger. Non loin, rue d'Aboukir, se trouvaient les bureaux de « La Rue » de Jules Vallès, qui fréquentait le restaurant Detille, sur cette place.

Vers l’arrêt 2 →
Quittez la place par la rue Vide Gousset, courte voie qui file vers la place des Petits-Pères.
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Arrêt 2
★ Incontournable ~8 min

Rue Vide Gousset

Une rue au nom de rapine, un salon de La Fontaine, une section révolutionnaire.
📍 Rue Vide Gousset, 2e arr.

Une rue au nom évocateur de rapine. En 1770, les Parisiens la rebaptisèrent ironiquement « rue Terray », en référence à l'abbé Joseph Marie Terray, ministre des Finances de Louis XV qui les pressurait d'impôts ; le brave ecclésiastique y fut même pendu en effigie.

4 — Le salon de Mme de la Sablière

Mme de la Sablière tenait ici un salon célèbre, fréquenté par les grandes plumes du XVIIe siècle : Racine, Boileau et Jean de La Fontaine, dont elle fut la protectrice et l'hôtesse.

L'angle de la rue du Mail

Le mur à l'angle de la rue du Mail porte encore l'inscription des noms de la Section révolutionnaire du quartier, qui siégeait à l'église des ci-devant Petits Pères et qui, après avoir été « de la place Louis XIV », s'appela successivement Section du Mail en décembre 1792, puis Section Guillaume Tell en 93.

Vers l’arrêt 3 →
Engagez-vous dans la rue du Mail, qui part vers l'est.
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Arrêt 3
★ Incontournable ~14 min

Rue du Mail

Olympe de Gouges, Chateaubriand, Liszt et Fourier ont logé dans une même rue.
📍 Rue du Mail, 2e arr.

Au n° 5 fut installé le premier siège du journal « Le Temps », fondé par Jacques Coste avec Jean-Jacques Baude comme rédacteur en chef. Sa saisie, le 27 juillet 1830, fut un des déclencheurs des Trois Glorieuses. Au n° 9, François-René de Chateaubriand descendit à l'hôtel de l'Europe lors de son premier séjour à Paris en 1788 ; le poète Gérard Labrunie, alias Gérard de Nerval, y logea également en 1852.

12 et 13 — De Mme Récamier à Olympe de Gouges

Au n° 12 demeurèrent Mme Récamier et Talma de 1795 à 1798. Au n° 13 vécut Marie Gouze, dite Olympe de Gouges, femme politique et féministe, auteure d'une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne », militante de l'abolition de l'esclavage et du droit au divorce. Proche des Girondins, elle fut décapitée peu de temps après eux, le 3 novembre 1793.

13 — La maison Érard

Franz Liszt fut hébergé ici à plusieurs reprises, entre 1823 et 1878, par la famille Érard, célèbre dynastie de luthiers concurrente de Pleyel, qui lui fabriqua un piano de sept octaves — la sponsorisation, déjà. Gaspare Spontini demeura également chez eux. Les Érard avaient fait construire ici une salle de concerts de 228 places, qui existe toujours, où se produisirent les plus grands artistes du temps : Claude Debussy y présenta pour la première fois son « Prélude à l'après-midi d'un faune » le 22 décembre 1895.

Charles Fourier, employé aux écritures

Le philosophe Charles Fourier logea dans cet immeuble à son arrivée à Paris en 1826, alors qu'il était employé aux écritures chez Curtis & Lamb, au n° 29 de la même rue. Il menait de front ses propres recherches, qui allaient déboucher sur une théorie du socialisme — le terme n'apparaîtrait qu'en 1840 — par la suite qualifiée d'utopique. Certains fondateurs de la Première Internationale en France, comme Antoine Limousin, son fils Charles-Mathieu ou Antoine Bourdon, étaient des fouriéristes.

14 et 25-27 — Le Rappel et la pompe à eau

Au n° 14 se trouvait en 1910 le siège du journal « Le Rappel », fondé par la famille Hugo, Paul Meurice et Henri de Rochefort, avec la participation d'Arthur Arnould, Jules Claretie, Édouard Lockroy, Félix Pyat, Auguste Vacquerie… Il tirait alors à 30 000 exemplaires. Au fond de la grande cour des n° 25-27, une pompe à eau est encore visible. Signalons enfin que Napoléon Bonaparte fit, semble-t-il, un séjour dans cette rue en 1790, lors d'un de ses premiers passages à Paris ; le futur « bourreau de travail » était alors un dilettante en disponibilité de l'armée.

Vers l’arrêt 4 →
Regagnez la rue Montmartre et prenez à gauche.
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Arrêt 4
★ Incontournable ~10 min

Rue Montmartre et rue Paul Lelong

Rimbaud publié pour la première fois, Fourier meurt, un fédéré condamné.
📍 Rue Montmartre et rue Paul Lelong, 2e arr.

Au n° 112 de la rue Montmartre séjourna Frédéric Mistral en 1859 ; l'auteur provençal était « monté » à Paris pour y présenter « Mirèio ».

7 rue Paul Lelong — La première de Rimbaud

Ici se trouvait le siège de la revue hebdomadaire « La Charge », qui publia le 13 août 1870 le poème d'Arthur Rimbaud « Première soirée », alors sous le titre de « Trois baisers ». Une autre pompe à eau subsiste sur la gauche dans la cour.

9 rue Paul Lelong — La mort de Fourier

Charles Fourier mourut le 10 octobre 1837 au n° 9 de ce qui était alors la rue Saint-Pierre-de-Montmartre. Adolphe Couturier, employé de commerce du 148e bataillon de la Garde nationale fédérée, combattant de la barricade de la rue Montmartre le 23 mai 1871, habitait ici ; il fut condamné à treize mois de prison. Dans cette même rue, Bernard Sarrette, administrateur né et acquis à la Révolution, ouvrit en 1792 une école gratuite de musique militaire pour les gardes-françaises — initiative à l'origine de la création du Conservatoire national de musique.

Vers l’arrêt 5 →
Prenez à droite la rue Notre-Dame-des-Victoires.
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Arrêt 5
★ Incontournable ~10 min

Rue Notre-Dame-des-Victoires et rue Léon Cladel

Des messageries royales à une usine de cartouches, des journaux d'insurrection.
📍 Rue Notre-Dame-des-Victoires et rue Léon Cladel, 2e arr.

Au n° 28 s'élevait l'hôtel de Samuel Bernard, emplacement des messageries royales, puis impériales, de 1785 à 1803. Au n° 30 se trouvait l'usine de cartouches Gévelot et Gaupillat, qui employait cent ouvriers pour fabriquer les premières capsules en cuivre en 1834 — l'une des plus importantes « fabriques » de Paris, où les effectifs étaient alors en moyenne de cinq salariés par entreprise. Au n° 32, le journal « Le Bonnet Rouge », créé par Baudeau de Secondigné pendant la Commune, parut du 10 au 22 avril 1871 ; il ne connut que treize numéros.

9 rue Léon Cladel — La Tribune

Au n° 9 de l'actuelle rue Léon Cladel, alors 9 rue Joquelet donnant sur la place de la Bourse, siégeait le journal « La Tribune », fondé par Armand Marrast. On y lisait des articles de Germain Sarrut et Charles Delescluze ; Louis-Augustin Mie en était l'imprimeur. Il fit l'objet d'une descente de police et fut saisi pour avoir appelé au soulèvement le 12 avril 1834, en solidarité avec l'insurrection lyonnaise.

10 rue Joquelet — Le Phalanstère

Au n° 10 de cette même rue Joquelet, de 1832 à 1834, siégeait le journal « Le Phalanstère ». Charles Fourier demeurait alors dans ses locaux. On y publiait entre autres des articles de Victor Considerant, Abel Transon, Charles Pellarin et Jules Lechevalier.

Vers l’arrêt 6 →
Rejoignez la rue Montmartre et remontez-la vers le nord, côté gauche.
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Arrêt 6
★ Incontournable ~16 min

Rue Montmartre — les grands journaux

L'Humanité, l'Aurore, le « J'accuse » de Zola : ici s'imprimait la République.
📍 Rue Montmartre (n° 113-144), 2e arr.

Au n° 138 siégeait « La Marseillaise », organe des sociétés ouvrières dirigé par des membres de l'Internationale en 1870 et 1871. Aux n° 138-142 se trouvait la première imprimerie de « l'Humanité », fondée par Jean Jaurès le 18 avril 1904, que dirigèrent successivement Pierre Renaudel, Marcel Cachin, Étienne Fajon… En 1916, l'immeuble accueillit aussi « Le Populaire de Paris », fondé par Marceau Pivert avec Jean Longuet, Paul Faure et Henri Barbusse, organe de la gauche socialiste opposée à la guerre. Marcel Cachin et Jacques Doriot, alors dirigeant des Jeunesses communistes, y furent arrêtés pour antimilitarisme et anticolonialisme le 18 juillet 1927.

140-144 — Le cimetière Saint-Joseph, Molière et La Fontaine

Au n° 140 s'élevait l'église Saint-Joseph, chapelle du cimetière du même nom, où se réunissait à partir du 21 mai 1790 la Section Fontaine-Montmorency, devenue Section Molière et La Fontaine en octobre 1792, puis Section de Brutus en septembre 1793. C'est dans le cimetière Saint-Joseph, qui se trouvait ici au XVIIe siècle, qu'auraient été inhumés Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, le 21 février 1673, et Jean de La Fontaine en 1695. Leurs restes supposés furent transférés en 1817, avec ceux d'Héloïse et Abélard, au Père-Lachaise — non par remords, mais pour faire un peu de publicité à ce nouveau cimetière aménagé hors les murs, où personne ne voulait aller se faire enterrer parce que trop éloigné du centre.

142 — L'Intransigeant, l'Aurore et « J'accuse »

Cet immeuble fut le siège du journal « La France » et de bien d'autres publications depuis 1885, dont, de 1886 à 1924, « l'Intransigeant », créé par Henri de Rochefort et Léon Bailby — journal très à gauche au début, mais qui devint boulangiste puis antidreyfusard. Ce fut aussi le siège de « l'Aurore » : c'est ici qu'Émile Zola lut, le 12 janvier 1898, devant Ernest Vaughan, Urbain Gohier, Francis de Pressensé et Georges Clemenceau, un article établi sur un dossier de Bernard Lazare, publié le lendemain sous le titre « J'accuse…! ».

113 à 121 — Amis du Peuple, Constitutionnel et Guerre Sociale

Au n° 113 s'élevait le manège Pellier, qui accueillit les réunions de la « Société des Amis du Peuple », fondée en 1830 par François-Vincent Raspail, Ulysse Trélat, Adrien Recurt, Charles Teste et Philippe Buonarroti, ancien membre de la Conjuration des Égaux propagateur des idées de Gracchus Babeuf. Au n° 117 siégeait « Le Constitutionnel », repris par Louis Véron en 1844, dont le rédacteur en chef était un certain Adolphe Thiers. Au n° 121, de 1906 à 1911, le journal anarchiste antimilitariste « La Guerre Sociale », fondé par Gustave Hervé, auquel participaient Gaston Couté, Montéhus, Miguel Almereyda, Alphonse Merrheim, Sébastien Faure… Le journal se rallia à l'Union sacrée en 1914 et devint « La Victoire » en 1916 — joli virage.

Vers l’arrêt 7 →
Tournez dans la rue Saint-Joseph, sur votre gauche.
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Arrêt 7
★ Incontournable ~12 min

Rue Saint-Joseph et rue du Sentier

La maison natale de Zola, un salon de Mozart, un club de 1848.
📍 Rue Saint-Joseph et rue du Sentier, 2e arr.

Au n° 10 de la rue Saint-Joseph naquit Émile Zola, le 2 avril 1840. Ce fut plus tard, en 1883, l'imprimerie d'André Alavoine, ex-membre de l'A.I.T. et du Comité central de la Garde nationale, sous-directeur de l'Imprimerie nationale pendant la Commune ; c'est chez lui que Jules Vallès faisait tirer son « Cri du Peuple » nouvelle formule. Au n° 6 se trouvait le journal « La Patrie », devenu bonapartiste, interdit pendant la Commune le 18 mai 1871, ainsi que le second siège de « La Guerre Sociale » en 1911 et la maison d'édition « de la Lune, de l'Éclipse et du Croissant » de Georges Decaux et Jules Tallandier, spécialisée dans les ouvrages populaires (Ponson du Terrail, Xavier de Montépin, Zola, Alphonse Daudet, Jean Richepin, André Gill…). Au n° 7 demeurait Jules Perrenoud, dit Albert, agent provocateur de Versailles responsable de l'arrestation de 271 Communards, dont Gaston Da Costa, Jean-Jacques Pillot, Alexis Trinquet, Galdric Verdaguer, Eugène Protot et le capitaine Boudin.

3 rue du Sentier — Le Club Médical

Au n° 3 de la rue du Sentier siégeait le Club Médical, présidé par Chariat, créé en mars 1848 pendant la révolution.

8 rue du Sentier — Mozart et sa mère

Au n° 8, alors rue du Gros Chenet, Mozart, en tournée à Paris, séjourna à l'auberge des Quatre Fils Aymon accompagné de sa mère Anna Maria ; cette dernière y mourut de fièvres le 3 juillet 1778 et fut inhumée au cimetière Saint-Eustache. Louise-Élisabeth Vigée-Lebrun, portraitiste de la cour, y vécut également en 1801 et y tint un célèbre salon.

Vers l’arrêt 8 →
Prenez à gauche la rue du Croissant.
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Arrêt 8
★ Incontournable ~15 min

Rue du Croissant

Une rue tout entière vouée à la presse : d'Hébert à Céline, dix titres par immeuble.
📍 Rue du Croissant, 2e arr.

Une rue presque totalement consacrée à la presse. Au n° 8, le siège administratif du « Mot d'Ordre », fondé par Henri Rochefort avec une partie de l'ancienne équipe de « la Marseillaise » (Henri Maret, Jean Barberet, Eugène Mourot…) ; il compta 86 numéros et fut interdit par Vinoy le 1er février 1871. Au n° 12, de 1884 à 1886, le second siège de « l'Intransigeant », fondé par Rochefort en 1880, franchement à gauche à ses débuts avec Benoît Malon, Albert Theisz, Nathalie Le Mel, tous anciens Communards, avant de tourner à l'extrême-droite boulangiste et antidreyfusarde.

13 — Blanqui, Grousset, Vermorel : la presse de la Commune

Au n° 13, l'imprimerie du journal « La Patrie en danger », créé par Blanqui le 7 septembre 1870, dont Jean Allemane présidait le club. Y siégèrent aussi « La Bouche de Fer » de Paschal Grousset, interdit par Vinoy après deux numéros en mars 1871 ; « l'Ami du Peuple » d'Auguste Vermorel, éphémère lui aussi à partir du 23 avril 1871 ; et « La Sociale » d'Eugène Vermersch, Alphonse Humbert et Maxime Vuillaume, où écrivait Léodile Champseix, alias André Léo, compagne de Benoît Malon.

16 — Le Charivari, Le Siècle et l'imprimerie de la Presse

Au n° 16, de 1832 à 1893, le journal satirique « Le Charivari », auquel collaborèrent de nombreux caricaturistes : Gavarni, Decamps, Daumier, Henry Monnier, Charles Philipon, Louis Desnoyers. À partir de 1836, « Le Siècle » : c'est ici, lors d'une réunion de parlementaires sortant de chez Odilon Barrot, que le recours aux armes fut décidé le 21 février 1848 — la révolution éclata le lendemain. L'imprimerie d'Auguste Vallée, devenue « imprimerie de la Presse » (active jusqu'en 1996), tira aussi « Le Père Duchêne » repris en 1871 dans la filiation de Jacques-René Hébert, « Le Vengeur » de Félix Pyat et Maurice Lachâtre, le premier « L'Intransigeant » (1880) et l'administration de « L'Humanité » en 1910 sous l'égide de Jean Jaurès. Sous l'Occupation, ces locaux abritèrent le quotidien collaborationniste « Révolution nationale », proche du RNP de Marcel Déat, dirigé par Lucien Combelle, où l'on trouvait les signatures de Louis-Ferdinand Céline et de Drieu la Rochelle.

17 et 20 — L'Ami du Peuple de Lisbonne, Le Grelot

Au n° 17 siégeait le « journal maratiste l'Ami du Peuple » de Maxime Lisbonne, qui parut à partir du 27 novembre 1884 dans la filiation de Jean-Paul Marat, déjà repris en 1848 par Vincent Raspail et, pendant la Commune, par Auguste Vermorel. Il ouvrit ses pages à Jean-Baptiste Clément, mais cessa dès 1885. Au n° 20 se trouvait le journal satirique « Le Grelot » pendant la Commune de 1871, ainsi que la maison d'édition « de la Lune, de l'Éclipse et du Croissant » déjà rencontrée.

Vers l’arrêt 9 →
Revenez à la rue Montmartre et remontez-la, côté droit.
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Arrêt 9
★ Incontournable ~15 min

Rue Montmartre — la Presse et la Chope du Croissant

Au café du Croissant, un coup de feu emporte Jaurès à la veille de la guerre.
📍 Rue Montmartre (n° 123-156), 2e arr.

Au n° 123 siégeait « La Presse », titre créé sous la Monarchie de Juillet, en 1836, par Émile de Girardin, un des premiers grands quotidiens français. L'imprimerie Serrière y tira pendant la Commune « L'Union Française » de Girardin, Ernest Desmarest et Charles Virmaître ; puis vinrent « Le Corsaire » (1871), le « Chambard Socialiste » de Alfred Léon Gérault-Richard en 1893, et en 1919, aux presses de l'imprimerie Dangon, la « Vie Ouvrière », revue de la CGTU — son fondateur Pierre Monatte étant, lui, resté à la CGT. Dangon imprima aussi, de janvier à avril 1927, « l'Âme Annamite », dirigée par un certain Nguyên Tat Thanh, alias N'Guyen Ai Quôc, le futur Hô Chi Minh, où Pierre Naville, encore étudiant, publia un article.

125 à 133 — L'Avenir National et le Fils du père Duchêne

Au n° 125, l'imprimerie du journal républicain et anticlérical « L'Avenir National », créé par Alphonse Peyrat, qui parut de 1865 à 1873. Au n° 131, un des sièges de « La Presse ». Au n° 133, « Le Fils du père Duchêne », publié pendant la Commune chez Gayet, imprimé par Serrière, dont les rédacteurs se nommaient Citoyens Hugène, Gugusse et Dodorre : dix numéros à partir du 21 avril 1871.

146 — La Chope du Croissant : l'assassinat de Jaurès

C'est au café « À la Chope du Croissant » qu'Eugène Vermersch, Alphonse Humbert et Maxime Vuillaume signèrent en mars 1871 le contrat du nouveau Père Duchêne. Mais c'est surtout dans ce café que Raoul Villain assassina Jean Jaurès le 31 juillet 1914, à la veille de cette guerre que le grand tribun avait, parmi les seuls à l'époque, rejetée de toutes ses forces ; Miguel Almereyda et son jeune fils Jean Vigo, le futur cinéaste, furent témoins de la scène. Villain sera acquitté cinq ans plus tard, avant d'être abattu en 1936 sur l'île d'Ibiza par des anarchistes espagnols. La mort de Jaurès poussa paradoxalement nombre de « socialistes » hésitants à adhérer à « l'Union sacrée » et à voter les crédits de guerre. Pauvre Jaurès, assassiné deux fois.

148 à 156 — Rochefort, Lissagaray et la porte Montmartre

Au n° 148, la rédaction du « Mot d'ordre », un titre de plus créé par Rochefort, interdit par Vinoy le 11 mars 1871. Au n° 152, « Le Tribun du Peuple », fondé par Prosper-Olivier Lissagaray avec Henri Maret et Edmond Lepelletier, du 17 au 24 mai 1871 ; Lissagaray, un des derniers combattants de la Commune, en rédigea ensuite une Histoire qui fait référence. Au n° 154, « Le Peuple constituant », créé dès le 27 février 1848 par Lamennais et Henry Barbet ; le même jour et au même lieu, Pierre-Joseph Proudhon fit paraître son propre journal, « Le Représentant du Peuple ». Au n° 156 s'élevait la porte Montmartre de l'enceinte de Louis XIII, construite en 1635, dite des « Fossés jaunes », détruite en 1701.

Vers l’arrêt 10 →
Rejoignez la place de la Bourse en passant par la rue Brongniart et la rue Notre-Dame-des-Victoires ; au n° 23 de cette dernière séjourna en 1867 Isidore Ducasse, le comte de [Lautréamont](https://fr.wikipedia.org/wiki/Comte_de_Lautr%C3%A9amont), et au n° 50, le poste de gendarmerie fut incendié par les insurgés le [27 juillet 1830](http://fr.vikidia.org/wiki/R%C3%A9volution_fran%C3%A7aise_de_1830).
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Arrêt 10
★ Incontournable ~16 min

Place de la Bourse

D'un couvent devenu section révolutionnaire à un temple de la finance mille fois pris d'assaut.
📍 Place de la Bourse, 2e arr.

La place fut aménagée sur l'emplacement de l'ancien couvent des Filles Saint-Thomas, dont une rue voisine a gardé le nom. Ce couvent fut à partir du 21 mai 1792 le siège de la Section de la Bibliothèque, devenue Section Quatre-Vingt-Douze en septembre, puis Section Lepeletier en octobre 1793 : c'est de là que partit l'insurrection soi-disant royaliste du 13 Vendémiaire (5 octobre 1795). En attendant la laborieuse construction du palais Brongniart, de 1818 à 1827, la Bourse des valeurs s'installa dans une dépendance de ce couvent servant de magasin de décors pour l'Opéra. La librairie Sautelet, sur cette place, abritait le journal « Le Producteur », fondé en 1825 par Olinde Rodrigues après la mort de Saint-Simon. Des combats firent ici le premier mort de la Révolution de 1830, le 27 juillet ; pendant la Commune, y fut créée une poste privée pour les courriers locaux, et rue de la Bourse siégeait la « Fédération des associations départementales », dont Eugène Pottier était le représentant de la Seine.

Faisons le tour de la place

Au n° 17, le siège du Club Méditerranée de Gilbert Trigano subit un attentat à la bombe le 11 juin 1978, revendiqué par un mystérieux « Front de la libération nationale française ». Au n° 12 siégeait le club de la Révolution Sociale, présidé par Fiot, créé en mars 1848.

2 — Le palais Brongniart, cible de tous les régimes

La Bourse des valeurs s'installa dans le palais Brongniart en 1827. Un grand banquet y fut donné le 17 mars 1845 en l'honneur du général Bugeaud, le « pacificateur de l'Algérie » aux enfumades. En mars 1848, la salle des Faillites abrita le Club des Intérêts populaires. Pendant le siège de Paris, à l'initiative de Charles Floquet, la Bourse fut transformée en atelier de confection pour la Garde nationale ; elle fut ensuite l'un des quartiers généraux des « Amis de l'Ordre » contre la Commune le 20 mars 1871. Pendant la Semaine sanglante, le 25 mai, des Fédérés blessés y furent massacrés, attachés aux grilles. Le 5 mars 1886, l'anarchiste Charles Gallo y manqua un attentat à l'acide prussique et au révolver. Le 4 avril 1961, l'explosion d'une charge posée par le FLN algérien fit au moins quatorze blessés ; et le 24 mai 1968, des militants de la Gauche prolétarienne prirent la Bourse d'assaut et y allumèrent un incendie.

Vers l’arrêt 11 →
Empruntez la rue Feydeau, qui longe l'arrière de la Bourse.
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Arrêt 11
Optionnel ~12 min

Rue Feydeau et rue Montmartre (haut)

Un théâtre né sous la Révolution, la SFIO après le Congrès de Tours, et la rue rebaptisée « Mont Marat ».
📍 Rue Feydeau et rue Montmartre (n° 161-172), 2e arr.

Au n° 24 de la rue Feydeau demeurait J.-P. Glérome, publiciste, membre de l'A.I.T., signataire du programme électoral « Aux électeurs de 1869 ». Aux n° 19-21 s'élevait le théâtre de Monsieur, puis théâtre Feydeau, construit pendant la Révolution en 1791 par Legrand et Molinos : une partie du quartier — dont la rue des Colonnes toute proche — est constituée des rares bâtiments édifiés à Paris pendant la période révolutionnaire. Au n° 12 se tint la Fédération de la Seine de la SFIO après le Congrès de Tours, de 1921 à 1928, avec le journal « Le Populaire » fondé par Jean Longuet en 1917 ; on y enseignait l'espéranto. En riposte à une agression des Croix de Feu le 7 avril 1935, la Fédération constitua, sous Marceau Pivert, les groupes d'auto-défense des TPPS. Cambacérès s'installa à l'hôtel de Béarn, dans cette rue, dès son arrivée à Paris le 10 septembre 1792.

Rue Montmartre — de « Mont Marat » à la rue Morgue

La rue Montmartre prit le 25 brumaire an II (15 novembre 1793), après l'assassinat du fondateur de « l'Ami du Peuple », le nom de « rue Mont Marat », qu'elle perdit après Thermidor. Au n° 172, l'hôtel d'Uzès abrita la banque de l'industriel Benjamin Delessert, promoteur du sucre de betterave et fondateur des Caisses d'épargne, qui y mourut le 1er mars 1847. Quelque part dans cette rue, Edgar Allan Poe situa le cabinet de lecture de son « Double assassinat dans la rue Morgue » (1841) — un lieu qui n'exista jamais que dans l'imagination du romancier américain, qui ne mit jamais les pieds à Paris.

Vers l’arrêt 12 →
Gagnez le boulevard Poissonnière et longez-le vers l'est, côté impair.
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Arrêt 12
★ Incontournable ~14 min

Boulevard Poissonnière et rue Saint-Fiacre

Chopin, un salon qui fonde la République, et les balles du coup d'État de 1851.
📍 Boulevard Poissonnière et rue Saint-Fiacre, 2e arr.

Au n° 32 s'élevait le restaurant de Paul Brébant, où Flaubert déplaça les « Dîners Magny » après la mort de Sainte-Beuve en 1869. Au n° 27, le premier domicile parisien de Frédéric Chopin, de fin septembre 1831 à 1832. Au n° 23, l'hôtel Montholon abritait le salon très politique de Mme Juliette Adam, fréquenté par Léon Gambetta, Adolphe Thiers, Georges Clemenceau, Louis Blanc, Camille Pelletan, Alphonse Daudet… foyer de contestation sous le Second Empire, où Gambetta décida en 1870 de fonder la Troisième République. Sur ce boulevard, on tira au canon le 4 décembre 1851 contre ceux qui résistaient au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, digne petit-neveu d'un autre dictateur qui avait lui aussi commencé sa carrière en mitraillant le peuple.

Rue Saint-Fiacre — Fouquier-Tinville et le théâtre ouvrier

Au n° 20 de la rue Saint-Fiacre demeurait en 1783 Antoine Fouquier-Tinville, futur accusateur public du Tribunal révolutionnaire. Au n° 12 siégeait la Fédération du Théâtre ouvrier de France, fondée par Gaston Clamamus en 1932, qui regroupa jusqu'à une centaine de troupes militantes dont les Blouses bleues, le groupe Mars des frères Korb (le futur Francis Lemarque) et le groupe Octobre de Prévert ; c'était aussi le siège de l'Association des écrivains et artistes révolutionnaires, l'AÉAR, créée le 18 mars 1932.

6 et 8 boulevard Poissonnière — L'Humanité, Le Figaro

La « Librairie nouvelle » du PCF occupait le rez-de-chaussée du n° 8. Au n° 6, le siège de « l'Humanité », devenu organe central du Parti communiste, s'installa au 4e étage à partir de novembre 1956. Le lieu avait auparavant abrité « Le Figaro » lors de sa création le 15 février 1826, fondé par Maurice Alhoy et Étienne Arago, simple revue hebdomadaire avant que Hippolyte de Villemessant n'en fasse un grand quotidien.

1 et 2-6 — Le Matin, le Rex et les attentats de la Résistance

Aux n° 2-6 siégeait « Le Matin », où fut exposé à partir du 4 septembre 1909 l'avion de Blériot. Dirigée par Maurice Bunau-Varilla, sa rédaction, qui comprenait Jean Luchaire, fut la seule à ne pas quitter Paris lors de l'exode du 17 juin 1940 et collabora ouvertement avec les nazis ; Luchaire sera fusillé à la Libération. Au n° 1, le cinéma Rex, transformé en Soldatenkino, fut la cible d'attentats de la Résistance : le 17 septembre 1942, Fosco Focardi, chef du groupe Valmy, y jeta des grenades ; le 16 mars 1943, Paul Silberman, membre de la MOI, y lança une bombe — 46 otages furent fusillés en représailles. Ce fut aussi l'un des points les plus durs de la répression des Algériens du FLN qui manifestaient pacifiquement le 17 octobre 1961, sous l'autorité de Maurice Papon.

Vers l’arrêt 13 →
Continuez vers la rue Poissonnière et la rue de la Lune, qui grimpe la butte de Bonne-Nouvelle.
13
Arrêt 13
Optionnel ~12 min

Rue Poissonnière, rue de la Lune et Bonne-Nouvelle

Une poterne disparue, une butte faite de gravats, et le miracle d'Anne d'Autriche.
📍 Rue Poissonnière, rue de la Lune et rue Beauregard, 2e arr.

Au n° 33 de la rue Poissonnière s'ouvrait la poterne de la Poissonnerie, percée en 1645 dans l'enceinte de Louis XIII pour faciliter l'entrée de la marée dans Paris, rebaptisée porte Sainte-Anne en 1885 et disparue en 1705 avec les remparts. Le léger coude de la rue de la Lune marque le tracé d'un bastion de la même enceinte : la butte qu'elle parcourt, appelée butte des Gravois puis de Bonne-Nouvelle, est formée par l'accumulation de siècles de débris jetés hors du rempart, auxquels s'ajoutèrent les gravats des moulins démolis par la Ligue lors du siège de Paris par Henri IV en 1591.

25 rue de la Lune — Notre-Dame de Bonne-Nouvelle

L'église Notre-Dame de Bonne-Nouvelle : Anne d'Autriche venait y prier à propos de sa prétendue stérilité, entre 1628 et 1638. Elle obtint effectivement un miracle, sous forme d'un « heureux événement » dans lequel intervint, peut-être comme « céleste intermédiaire », un certain cardinal de Richelieu. Au n° 32 séjourna en 1699, au Soleil d'Or, Jean-François Regnard, l'auteur du « Légataire universel ». L'église fut détruite en 1797, puis reconstruite en 1823.

Rue Beauregard et rue des Degrés

Au n° 15 de la rue Beauregard, chez le linotypiste Pierre Rimbert, se tenaient en 1941, avec Léon Boutbien et Marcel Fourrier, les réunions du comité de rédaction de la feuille clandestine « Liberté ». Aux n° 23-25 demeurait Catherine Deshayes, veuve Monvoisin, dite « la Voisin », célèbre empoisonneuse dont le procès éclaboussa la Montespan ; elle fut brûlée vive en 1680. Non loin, la rue des Degrés, datant de 1650, est la plus courte de Paris : quatorze marches sur 5,50 mètres. Le baron de Batz s'y embusqua le 21 janvier 1793 avec vingt-cinq conjurés pour une tentative désespérée d'enlever Louis XVI sur le chemin de l'échafaud.

Vers l’arrêt 14 →
Rejoignez la rue de Cléry et parcourez-la ; elle épouse l'ancien rempart.
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Arrêt 14
Optionnel ~12 min

Rue de Cléry

Corneille et Molière écrivent, André Chénier se cache, les Égaux complotent.
📍 Rue de Cléry, 2e arr.

Au n° 74, la maison d'édition Raginel publiait après 1848 des textes politiques et du mouvement social, dont ceux de Proudhon. Au n° 97, une plaque discutable indique la demeure supposée d'André de Chénier en 1793 ; il s'était en fait réfugié à Versailles pour échapper aux poursuites suscitées par ses attaques contre Marat et Robespierre, et fut guillotiné deux jours avant Thermidor. Pierre Corneille habita cette rue avec son frère Thomas de 1665 à 1681, après le refus de Louis XIV de le loger au Louvre ; cette voie aménagée sur l'ancien rempart, un temps nommée rue Mouffetard à cause des « moufettes » de la Butte aux Gravois, était alors misérable. C'est pourtant ici que l'académicien écrivit, notamment en collaboration avec son ami Molière, la plupart de ses pièces.

Amar et le « Comité des Égaux »

Jean-Pierre-André Amar, ex-membre du Comité de sûreté générale, habita cette rue à une adresse inconnue. Il s'y tint en 1795 des réunions du Lycée politique, dit « Comité Amar », ébauche de ce qui allait devenir la Conjuration des Égaux de Babeuf. Elles rassemblaient Philippe Buonarroti, Augustin Darthé, Guillaume Massart, Charles Germain, Félix Lepeletier de Saint-Fargeau, Robert-François Debon… Mais Amar fut par la suite tenu à l'écart, vu son rôle dans la chute de Robespierre, et le Lycée politique fut dissous.

Vers l’arrêt 15 →
Débouchez sur le boulevard de Bonne-Nouvelle et suivez-le vers la porte Saint-Denis.
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Arrêt 15
★ Incontournable ~15 min

Boulevard de Bonne-Nouvelle et porte Saint-Denis

Un « bazar » avant-gardiste, les clubs de 1848, les barricades de juin — et la fin du parcours.
📍 Boulevard de Bonne-Nouvelle et porte Saint-Denis, 2e / 10e arr.

Au n° 38 du boulevard de Bonne-Nouvelle, le théâtre du Gymnase, construit en 1820, prit le nom de théâtre de Madame en l'honneur de la duchesse de Berry, puis Gymnase dramatique après 1830. Des tractations eurent lieu le 24 février 1848 sur une barricade dressée devant ses portes, entre le général Bedeau et Fauvelle-Delebarre, porte-parole des insurgés ; Odilon Barrot s'y fit huer, et une colonne de 2 000 hommes pactisa avec l'insurrection. Au n° 11 demeura Baudelaire de mai à juillet 1852.

20 — Le Bazar Bonne-Nouvelle et les clubs de 1848

À la place du bureau de Poste se trouvait le « Bazar Bonne-Nouvelle », immeuble commercial novateur qui regroupait sur six niveaux magasin, café, restaurant, 300 boutiques, salles de spectacles et une galerie de peinture — ancêtre à la fois de nos centres commerciaux et de nos maisons de la culture. Sa galerie présentait les peintres refusés par le Salon officiel ; Charles Baudelaire y fit ses premières armes de critique d'art avec « le musée classique du Bazar Bonne-Nouvelle » (1846). En mars 1848, s'y tinrent les réunions de nombreux clubs, dont le Club des Femmes animé par Eugénie Niboyet, Anaïs Ségalas, Jeanne Deroin, Désirée Gay, Pauline Roland, Adèle Esquiros…, et le Club du Peuple, très révolutionnaire, présidé par Alphonse Esquiros, Paul de Flotte et Pierre Lachambeaudie.

Les barricades du quartier, de 1820 à 1851

Le peintre Jean-Baptiste Greuze mourut le 21 mars 1805 rue des Fossés Saint-Denis, voie effacée par l'élargissement du boulevard. Le 9 juin 1820, un cortège défila ici au cri de « vive la charte » ; une charge des cuirassiers fit plusieurs morts. Le 15 juin 1831, on manifesta autour du poste de police pour l'acquittement d'Évariste Galois. De violents combats opposèrent le 23 juin 1848 les ouvriers des ateliers nationaux au gouvernement provisoire. Le 13 juin 1849, Karl Marx, resté clandestinement à Paris, participait ici à une protestation contre l'expédition de Rome avant de partir pour Londres. Et le 4 décembre 1851, les combats contre les troupes du général Saint-Arnaud, qui fit tirer au canon, firent 280 morts du côté des républicains.

Porte Saint-Denis — Fin du parcours

Notre parcours s'achève à la porte Saint-Denis, à la lisière des 2e et 10e arrondissements. Ce grand arc, dernier vestige monumental des fortifications de la ville de ce côté, ferme cette longue traversée du quartier de la presse et de ses révoltes.

⚠︎ Notice en cours de relecture (contenu issu des archives, enrichi puis vérifié) — découpe, légendes et crédits d’images susceptibles d’évoluer.