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1er mai 1995
Événement

Brahim Bouarram jeté dans la Seine par des skinheads venus du défilé du Front national

Bas-port du quai du Louvre, rive droite, en amont du pont ; plaque posée en 2003
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Le pont du Carrousel et, à droite, le quai du Louvre : c’est en contrebas, sur le bas-port, que Brahim Bouarram fut jeté dans la Seine. Photo Philippe Boisseau — Archives Paris révolutionnaire

Le 1er mai 1995, entre les deux tours de l'élection présidentielle, le Front national défile comme chaque année dans Paris en l'honneur de Jeanne d'Arc, jusqu'à l'Opéra où Jean-Marie Le Pen prend la parole. À la queue du cortège marchent, comme chaque année aussi, des bandes de skinheads venus de province en cars affrétés par le parti. Trois jeunes de Reims en sont. Vers la fin de la matinée, une dizaine d'entre eux quittent le défilé, bifurquent à droite sur le quai du Louvre et descendent la rampe qui mène au bas-port, en amont du pont du Carrousel, où flânent ce jour-là des musiciens et des badauds.

Brahim Bouarram, vingt-neuf ans, y attend une amie. Marocain, arrivé en France à dix ans avec son oncle, il est marié, père de deux enfants, et travaille dans une épicerie près de Saint-Eustache, aux Halles. Sans un mot, sans une invective, trois des skinheads s'en prennent à lui et Mickaël Fréminet le pousse dans la Seine. Il ne sait pas nager. Une vedette de la brigade fluviale, présente sur place à cause du défilé, arrive trop tard ; son corps est repêché peu avant midi. Les agresseurs regagnent le cortège et rentrent le soir même à Reims dans le car du Front national. L'un d'eux s'en vante : « On l'a foutu à l'eau. »

Jean-Marie Le Pen parle d'un « incident », survenu « hors du défilé de Jeanne d'Arc », et assure que personne dans la police ne met en cause son parti. Le 9 mai, pourtant, c'est le service d'ordre du Front national, la DPS, qui remet aux enquêteurs les images filmées des skinheads. Trois Rémois sont interpellés le 10 mai, Fréminet le 11 ; il affirme n'avoir frappé la victime qu'à l'épaule. Dès le 3 mai, François Mitterrand, à deux semaines de quitter l'Élysée, vient jeter un bouquet de muguet dans la Seine à l'endroit de la chute ; dans la soirée, à l'appel de SOS Racisme, du MRAP, de l'UNEF-ID et de la FIDL, douze mille personnes se rassemblent au pont du Carrousel. Le matin même du crime, des gros bras du parti armés de barres de fer avaient chassé de l'Opéra quatre militants de Ras l'front qui avaient déployé une banderole « Non au racisme, non au fascisme » au-dessus de la tribune.

La plaque à la mémoire de Brahim Bouarram, sur le quai
La plaque posée par la Ville de Paris en 2003 sur le quai, en amont du pont — Like tears in rain · CC BY-SA 4.0 — Wikimedia Commons

Le procès s'ouvre devant la cour d'assises de Paris le 7 mai 1998. Le 15 mai, Mickaël Fréminet est condamné à huit ans de réclusion pour meurtre ; ses trois compagnons, à cinq ans dont quatre avec sursis pour non-assistance à personne en danger. Le 1er mai 2003, le maire de Paris Bertrand Delanoë dévoile une plaque sur le quai, rive droite, en amont du pont : la Ville y honore la mémoire de Brahim Bouarram « et celle de toutes les victimes du racisme ». Depuis, chaque 1er mai, associations, syndicats et partis de gauche s'y retrouvent, parfois le fils de la victime avec eux. Le Front national a toujours tenu le crime pour étranger à son défilé. La plaque, elle, dit où le cortège passait.